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Full text of "Revue celtique"

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REVUE  CELTIQUE 


TOME  X 


Digitized  by  the  Internet  Archive 

in  2010  with  funding  from 

University  of  Ottawa 


Iittp://www.archive.org/details/revueceltique10pari 


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A^^  FONDEE  "^  ^^ 

y«  PAR  V"^     ^ 

>^  H.    GAIDOZ  Ç/^ 

iQ^  1870-188S  ^y^ 

^  PUBLIÉE   SOUS   LA   DIRECTION   DE 

H.    D'ARBOIS    DE    JUBAINVILLE 

Membre  de  l'Institut,  Professeur  au  Collège  de  France 
AVEC   LE   CONCOURS   DE 

J.    LOTH  E.  ERNAULT 

Professeur  à  la  Faculté  Professeur  à  la  Faculté  des 

des  lettres  de  Rennes  lettres  de  Poitiers 

ET    DE    PLUSIEURS    SAVANTS    DES    ILES    BRITANNIQUES    ET    DU    CONTINENT 

G.    DOTTIN 
Secrétaire  de  la  rédaction 

Tome  X 


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PARIS 

EMILE    BOUILLON,    LIBRAIRE-ÉDITEUR 

ANCIENNE   MAISON    F.    VIEWEG 
67,    RUE    Richelieu,    67,    en    face    de    la    bibliothèqi-e    nationale 

1889 


581468. 


TABLE    DES    MATIÈRES 


CONTENUES 

DAMS  LE  TOME  X 


^ARTICLES  «E  FOND. 


Pages. 


Anciens  noëls  bretons,  par  H.  de  La  Villemarqué i,  288 

The  Voyage  ot  Mael  Duin,  by  Whitley  Stokes  (suite  et  fin).    .      .      .        Ao^ 
.Supplément  à  l'épigraphie  latine  de  Saintes,  par  R.  Gagnât,  ...         96 
Notes  on  Welsh  Consonants.  by  M.  Nettlau  (suite).    .      .      .  105,  520 

Les  chars  armés  de  faux  chez  les  anciens  Gaulois,  par  Th.  Reinach.  .  122 
Gentilices  en  -ius  employés  au  féminin  dans  la  géographie  de  la  Gaule, 

par  H.  D'Arbois  de  Jubainville 153,287 

On  some  Irish  Translations  from   médiéval   European  Literature,   by 

M.  Nettlau 178 

La  Création   du    monde,   mystère  breton,   par   l'abbé   Eug.   Bernard 

(suite) 192,  4  14 

The  adventures  of  Nera,  by  Kuno  Meyer 212 

Taranous  et  Thor  (deuxième  partie),  par  J. -F.  Cerquand.  .  .  265,  385 
The  Fer  Diad  épisode  of  the  Tain  B6  Cuailnge,  by  M.  Nettlau.  .  ,  330 
Irish  Texts  in  Dublin  and  London  maniiscripts,  by  M.  Nettlau.  .  .  456 
Le  Débat  du  corps  et  de  l'âme  en  Irlande,  par  H.  Gaidoz.  .  .  .  463 
A  puzzle  in  Irish  parsing,  by  Rev.  Edm.  Hogan 471 


MELANGES. 

Note  sur  le  nom  de  Nancy  et  sur  l'étymologie  de  divers  autres  noms 
de  lieu  du  département  de  Meurthe-et-Moselle,  par  H.  D'Arbois  de 
Jubainville 229 

Gobannicnos,  par  H.  D'Arbois  de  Jubainville 231 


VI  Table  des  Matières. 

Encore  un  mot  sur  les  chars  de  guerre  gaulois,  par  Ch.  Cournault.     .  233 

La  religion  gallo-romaine  chez  César,  par  A.  Réville 236 

Le  dieu  irlandais  L//g  et  le  thème  gaulois  L«g«- 238 

Notes  sur  le  voyage  de  Mael  Duin,  par  Alfred  Nutt 347 

Amlhr,  par  J.  Loth 348 

La  2"  personne  du  singulier  du  présent  de  l'indicatil  actif  (gallois  ydd^ 

comique  ;'//;,  armoricain  c:  ou  «;),  par  J.  Loth 348 

Uxisama,  Sena,  Vindilis,  Siata,  Arica,  par  J.  Loth 550 

Le  llcchwa:w  gallois  et  le  lia  Liimhe  irlandais,  par  J.  Loth.     ...  354 

Sur  une  faute  d'un  copiste  de  Vhistoria  de  Nennius,  par  J    Loth.  .     ,  357 

Dargiiid,  dcDvyddon^  cyfarivjddon,  par  J.  Loth 358 

Aculia,  Aquila,  par  P.  Ristelhuber 359 

Gn'yr,  goar,  par  J.  Loth 480 

Eguetoii,  par  J    Loth 482 

Fcc'h,''_Fi  zzzClnvcc'h^  c'hri  en  breton  de  Pont-l'Abbé,  par  J.  Loth..  483 


BIBLIOGRAPHIE. 

Borderie  (A.  de  la),  Les  trois  vies  anciennes  de  saint  Tadiial.      .      .      .  2^3 

Gelder  (H.  van),  Galatarum  res  in  Graecia  et  Asia  geitae 373 

Hennessy  (W.-M.),  Mesca  Ulad 244 

Loth  (J.),  Les  Mabinog'on 256,  370 

(^t\\\tn  'H. \,  Chansons  et  Danses  des  Brclons 371 

Rhys  (John),  Lectures  on  the  origin  and  growth  of  religion  as  illtistrated 

by  Celte  Heathendom 484 

SXoVts  [WWûlc)),  The  tripartite  life  of  Patrick 248 

Z'immer,  Keltische  Beitrdgc  1 360 


CHRONIQUE. 

Annales  de  Bretagne 136,  149 

Archéologiques  (nouvelles) 136 

Archivio  glottologico'jtaliano 49^ 

Arthur  {Le  Morte  d') 260 

Ascoli,  Glossarium  palae-hibernicum 49S 

Atkinson,  Passions  and  homitics 3^^ 

Aventicum '57 

Borderie  (A.  de  la),  Introduction   à  l'édition  du  Cartulaire  de  Landé- 

vennçc ...  149 

Brendan  (saint),  étude  sur  lui  par  Schirmer,  142;  sa  naissance.  .     .  507 


Table  des  Matières.  vu 

Bretonnes  (légendes)  dans  la  Revue  des  Traditions  populaires.    .      .      .  37^ 

Brelonues  {o\oses)  dans  k  Formulaire  de  Trêguier 147 

Bugge  (Sophus),  Etude  sur  l'origine  des  légendes  Scandinaves.     .      .      .  49e 

Campbel!,  West  Highland  (aies 376 

Cartaillac,  Elude  sur  l'or  gaulois 379 

Coelho  (F. -A.),  Étude  sur  les  noms  des  dieux  lusitaniens 505 

Corbilon  (emplacement  de  rcm/Jû/'/uni  de) j8i 

Dafydd  ab  Gwilym,  poète  gallois 381 

Dareste  (R.l,  Etude  sur  le  droit  irlandais 145 

Droit  irlandais  (cours  de),  148;  (procédure  du  jeûne  dans  le).      .      .  261 

Duchesne  (l'abbé),  Etude  sur  la  liturgie  latine  avant  Charlemagne..     378,  496 

Duvau  (Louis  ,  nommé  chargé  de  cours  à  Lille 261 

Ernault  (Emile),  nommé  professeur  à  Poitiers,    261  ;  Supplément  au 

glossaire  moyen-breton 261 

Fitzgerald  (David),  Mémoire  sur  Goban  saer,  etc 262 

French,  bibliothécaire  à  Dublin,  sa  mort 495 

Fustel  de  Coulanges,  sa  mort,  ses  écrits  principaux 492 

Gaélique  d'Ecosse  (notation  du) 377 

Gaidoz,  Naissance  de  saint  Brendan,  Mélusine 507 

Gaule  (un  gouverneur  inconnu  de  la) 576 

Gentilices  romains  d'origine  non  latine 379 

Gilbert  (J.-T.),  Calendar  of  ancient  records  0}  Dublin,  etc.  .      .      .      503-504 

Gollher  (Wolfgang),  Etude  sur  la  légende  de  Tristan  et  Yseut.    .      .  149 
Gwenolé  (mystère  de  saint),  377;  (ms.  du  musée  britannique  de  la  vie 

de  saint) 577 

Hennessy,  Les  Annales  d'Ulster,  142,  503  ;  sa  mort,  151  ;  notice  né- 
crologique par  Standish  O'Grady 260 

Highland  Monthly $05 

Hoernes,  Etude  sur  la  nécropole  de  Hallstatt 379 

Hogan  (E.),  professeur  d'irlandais  à  Dublin 504 

Holder  {Alked},  Alt-ccltischer  Sprachschatz 497 

Irisli  Echo  (the) 146,  381 

Irlandais  moderne  (étude  de  1') 145,  501,  502 

Kay  (Ch.  de),  articles  sur  l'histoire  d'Irlande 382,506 

Lacan  (reproduction  du  Livre  de) 259 

Lejay,  Inscriptions  antiques  de  la  Cùte-d'Or 507 

Loth,  Chrestomathie  bretonne,  136,  507;  traduction  des  Mahinogion, 
151,  262  ;  nommé  professeur  à  Rennes,  26 1  ;  son  mémoire  sur  l'ori- 
gine troyenne  des  Bretons 506 

Mac  Carthy,  saint  Ruben,  139;  critique  de  Tht  Tripartite  life,  140; 
Annales  d'Ulster,  259;  étude  sur  le  texte  de  The  Tripartite  life..     260,  503 


VIII  Table  des  Matières. 

Mac  Sweeney  (J.-J.),  rapport  présenté  à  ia  Society  for  the  préservation 

of  the  Irish  language 262 

Mac  Sweeney  (Patricli),  ses  succès i^f 

Masson  (Donald),  notes  gaéliques ijy 

Meyer  (Kuno),  Uaiducùon  à\i  Tochmarc  Emere i^y 

Meyer  (Wilhelm),  Grammaire  des  langues  romanes 497 

Muret  (Ej,  Origine  de  la  fable  de  Tristan  et  Yseut 147 

Nettlau  (Max),  Etudes  de  grammaire  galloise 144 

Nutt  (Alfred),  Sludies  on  the  legend  of  the  holy  Grail^   145  ;  étude  sur 

kMescaUlad 378 

Obélisques  (les)  d'Aristote ^83 

Ogamiques  (inscriptions)  d'Irlande  et  de  Galles 378,  506 

O'Grady  (St.),  Remarks  on  th:  Oxford  édition  oj  the  baille  oj  Ventry, 

144;  notice  nécrologique  sur  Hennessy,  260;  alacbi 263 

Quellien,  Chansons  et  danses  des  Bretons 262 

Reinach  (Salomoni,  Les  Gaulois  dans  l'art  antique 249,  381 

Schirmer,  La  légende  de  saint  Brandan 142 

S«rg/;ge  Concu/jw«,  traduit  en  français 148 

Serrure,  Grammaire  gauloise 263 

Société  pour  la  conservation  delà  langue  irlandaise 262,  506 

Stabbio  (inscription  lépontienne  de) 3S3 

Stèles  funéraires  en  Irlande,  378;  dans  le  pays  de  Galles 380 

Stokes  (Whitley),  Cûcumne,  159;  mss.  du  Vatican  en  écriture  irlan- 
daise, 1 50;  gloses  irlandaises  dans  des  mss.  du  Vatican,  260,  378;  cri- 
tique de  T/i^P^^^/'o/îj  and  the  homilies  from  Lcabhar  Breac,  261,  382; 

delà  Vie  tripartite  el  des  Annales  d'Ulster 503 

Stonehenge  (mémoire  sur  le  monument  de) 261 

Stowe  (missel  de) 378 

Thurneysen,  i«/rd,  262  ;  sa  collaboration  au  Gnm^n'jj 262 

Tristan  et  Yseut  (légende  de) J49 

Wood-MSithn^  The  rude  slone  monumenls  of  Ireland 150 

Zeuss  (visite  de  Sigfried  à) 2^9 

Zimmer,  note  sur  les  soi-disant  aspirées  en  moyen  irlandais.    ...  149 


ANCIENS  NOELS  BRETONS 


Ces  textes  sont  h  reproduction  de  documents  en  breton 
moyen  qu'on  déclare  anciois  dans  une  édition  de  1650  (An 
NouELOU  ANCIEN  ;  I  vol.  in-i6,  Quemper-Caurentin,  impri- 
merie de  George  Allienne  ;  Biblioth.  Nation.  Réserve  Y.  6187). 
Il  n'en  reste  pas  d'autre  copie,  du  moins  à  ma  connaissance; 
encore  ont-ils  été  «  accommodés  et  corrigés  »,  de  l'aveu  de 
l'éditeur,  Dom  Tanguy  Guéguen,  prêtre,  originaire  du  diocèse 
de  Léon,  en  Basse-Bretagne  :  heureusement  ses  «  accommode- 
ments et  corrections  »  n'ont  pas  été  graves,  si  j'en  juge  par  les 
retouches  qu'il  avait  déjà  fait  subir  h.  d'autres  textes  bretons, 
en  1622.  Il  réimprima  en  effet,  cette  année-là,  chez  le  même 
libraire,  à  Morlaix,  sans  défigurer  les  originaux,  deux  éditions 
gothiques,  l'une  de  la  Passion  et  de  la  Résurrection,  qui  a 
reparu  de  nos  jours  sous  un  titre  nouveau  (Le  Grand  Mys- 
tère de  Jésus  ;  Paris,  librairie  académique  Didier,  1865);  l'autre 
de  la  Mort  de  la  sainte  Vierge  et  de  la  Vie  de  l'Homme  (Poèmes 
bretons  du  moyen  âge,  1879,  même  librairie).  On  ne  sait  à 
quelle  époque  il  naquit.  En  1622  il  était  organiste  de  la  ca- 
thédrale de  Saint-Pol-de-Léon,  et  fut  nommé  curé  de  Plou- 
guerneau,  la  paroisse  la  plus  considérable  du  diocèse,  peut-être 
en  récompense  de  ses  services  comme  musicien  et  comme  collec- 
tionneur d'anciennes  poésies  pieuses  (Biogr.  bretonne,  t.  I 
p.  852). 

La  présente  transcription,  qui  parait  pour  la  première  fois, 
avec  une  traduction  tout  à  fait  littérale,  en  regard  du  texte,  a 
été  utilisée  récemment  par  M.  Emile  Ernault  pour  son  savant 
Dictionnaire  étymologique  du  breton  moyen,  couronné  par  l'Institut, 
le  plus  complet  qui  existe  (Nantes,  Société  des  Bibliophiles  bre- 
tons, 1887  ;  Paris,  Thorin,  rue  de  Médicis,  1888).  Son  numéro- 
Revue  Celtique,  X  i 


2  H.  de  La  Villemarqué. 

tage  des  couplets  des  Noëls  a  été  adopté  afin  de  faciliter  les  réfé- 
rences; les  interprétations  du  jeune  maître  ont  plus  d'une  fois 
servi,  ainsi  que  ses  lectures,  à  son  vieil  ami  ;  celui-ci  n'a  donc 
pas  besoin  de  donner  de  glossaire-index;  il  renvoie  en  toute  con- 
fiance à  l'ouvrage  du  disciple  de  Zeusset  de  M.  Whitley  Stokes. 
Reste  à  remercier  M.  d'Arbois  de  Jubainville  d'avoir  de- 
mandé un  travail  qui  permet  à  l'auteur  de  dire  à  la  Revue  Cel- 


I  ^ 

1  Noël  !  Noël  !  Pour  nous  rendre  visite, 
Notre  vrai  Roi  béni  est  envoyé  par  Dieu. 

A  cette  fête,  offrons  tous  notre  hommage, 
Toutes  nos  joies,  toujours,  et  nos  louanges 
Au  fils  de  Marie  qui  vient  d'arriver  parmi  nous. 
Pour  nous  racheter  tous  tant  que  nous  sommes  nés. 

2  A  cause  de  notre  père  Adam  nous  étions  condamnés, 
Hélas  !  grands  et  petits,  et  quiconque  était  né, 

A  être  dans  l'enfer  glacé,  dans  l'angoisse  et  la  douleur. 
Sans  la  venue  de  la  jeune  Vierge  et  du  petit  Enfant  béni. 

3  Eve,  notre  première  mère,  encourut  un  grand  blâme. 
Pour  avoir  cédé  trop  promptement  aux  artifices  de  Satan, 
A  l'instigation  du  Serpent,  et  pour  avoir  consenti   [créa. 
A  violer  le  commandement  de  Dieu,  notre  Roi,  qui  nous 

4  Pour  un  final  morceau  de  pomme  nous  étions  tous  con- 
A  rester  à  jamais  dans  l'angoisse  et  la  douleur  :  [damnés 
Ils  n'eurent  pas  d'autre  faute  ni  d'autre  péché  grave; 
Pour  une  seule  offense  ils  furent  châtiés. 


I .  L'air  de  ce  Noël  n'est  pas  indiqué,  contrairement  aux  autres. 


Anciens  No'éls  bretons.  5 

ticjue,  ou  plutôt  à  la  science  même  qu'il  aime  et  qu'il  servira 
jusqu'à  la  fin  : 

Extremum  hune,  Arethusa,  mihi  concède  laborem. 


Hersart  de  la  Villemarqué, 

Membre  de  l'Institut. 


1  Nouel!  Nouel!  E  quentel  don  guelet 

So  diliuzret  gant  Doue  hon  guir  Roue  benniguet^ 

Ouz  an  fest  man,  greomp  glan  damany, 
Joaou  meurbet,  bepret,  ha  meuleudy 
Ouz  Map  Mary  so  entromp  ny  arryuet, 
Huit  hon  prenaff  glan  quement  maz  omp  ganet. 

2  Dre  pen  hon  tat  Adam  ez  viomp  condamnet, 
Allas  !  bras  ha  byhan,  quement  a  voue  ganet, 
Da  bout  en  Ifern  yen  en  anquen  ha  penet, 
Pa  na  deuzy  en  Merchic  han  Mabic  beniguet. 

3  Eua,  hon  quentaft'  mam,  he  deffoue  un  blam  bras 
Ouz  sentiff  re  buhan  da  saouzan  Sathanas, 

Dre  atys  an  Serpant,  ha  hy  a  consantas 

Terriff  gourchemen  Doue,  hon  Roe,  nep  hon  croueas. 

4  Dre  un  tam  aual  glas  ez  viomp  oU  tasset 
Da  bezaff  bizuiquen  en  ancquen  ha  penet  : 
No  deffoue  muy  a  nech  nac  a  bech  a  pechet; 
Rac  offansiff  un  guez  ez  viont  carezet. 

I .  Ces  deux  vers  sont  sans  doute  le  refrain,  toutes  les  strophes  du  Noël 
étant  des  quatrains 


|.  H.  de  La  Villemar(jué . 

5  La  seconde  Personne  divine,  du  sein  de  la  Trinité, 
Est  venue  prendre  chair  dans  la  jeune  Vierge  bénie  : 
Il  lui  fut  révélé  respectueusement  par  un  Ange 

Que  le  Roi  du  ciel,  corps  et  âme,  serait  conçu  en  elle. 

6  Elle  conçut  donc,  et  il  demeura  en  elle. 
Comme  cela  lui  avait  été  dit  et  prédit 
Par  l'Ange  béni  envoyé  vers  elle  ; 

Et  du  ciel  vint  sur  la  terre  notre  bien-aimé  à  Marie. 

7  Nous  devons  croire  fermement  qu'il  naquit 

Du  corps  vierge  d'une  très  douce  jeune  tille  bénie. 
Et  qu'il  vint  au  monde  —  croyez,  soyez  certain  — 
Pour  jeûner  dans  un  désert  et  pour  être  martyr. 

8  Marie,  daus  la  crainte,  l'enfanta  avec  révérence. 

Dans  l'étable  d'un  bœuf  et  d'un  âne,  entre  ces  deux  [ani- 

[maux] 
Fut  mis  au  monde,  sans  mentir,  notre  vrai  et  glorieux  Sei- 
Ce  ne  fut  pas  en  chambres  ni  au  milieu  des  parures,  [gneur; 

9  Là,  ce  fut  pitié,  sur  ma  vraie  foi  !  que  l'avènement  ! 
Entre  des  animaux  notre  Seigneur  venir  au  monde  ! 

Le  Roi  des  saints  dans  la  misère!  il  n'y  avait  pas  de  quoi 

[faire  des  langes; 
Hélas  !  ni  rien  du  tout  pour  servir  de  maillots  ! 

10  Mais  aussitôt  qu'il  naquit,  ce  Dieu,  le  Roi  des  saints. 
Une  étoile  parut  dont  la  grandeur  était  immense. 
Et,  à  sa  lueur,  les  trois  Rois  d'Orient 

Vinrent  lui  offrir  des  présents  qu'ils  tirèrent  de  leur  trésor. 

1 1  Aux  Bergers  qui,  la  nuit,  reposaient  doucement. 
Il  fut,  croyez-le  bien,  sûrement  annoncé 

Par  les  Anges,  dans  un  chant,  que  cet  Enfant  était  né; 
Et  eux,  doux  et  humbles,  de  venir  saintement  le  voir. 


A nciens  No'éls  français .  5 

5  An  eil  Person  diuin,  a  peutrin  an  Dryndet, 

So  deuet  da  compret  quic  en  Merchic  beniguet  : 

Dezy  ez  voe  vuhel  dre  an  Eal  reuelet 

Enn  y  ez  voue  Rouen  efF,  corff  eneff,  concevet. 

6  Neuse  ez  concevas  liac  ez  mansa  ^  enny, 
Euel  maz  oa  coumset  ha  lauaret  dezy 
Gant  an  Eal  beniguet  diguacet  dauety  : 
An  efFez  deuz  hon  car  en  douar  da  Mary. 

7  Crediff  a  dleomp  glan  ez  voue  heman  ganet 
A  corff  guerch  un  merchic  doucesic,  beniguet, 
Hac  ez  deuz  voar  an  bet  —  credet,  bezet  seder  — ■ 
Da  iun  en  un  desers  ha  da  bezaff  merzer. 

8  Mary,  en  em  dougas,  en  ganas  en  hasaou. 
En  presep  un  egen  hac  un  asen  ho  daou 

Ez  voue  ganet,  hep  faut,  peur  haut,  hon  guir  Autraou; 
Ne  voue  tam  en  campraou  nac  en  paramantaou. 

9  Eno  ez  voe  truez,  dre  guir  fez  !  en  dezraou  ! 
Entre'n  anevalet  bout  ganet  hon  Autraou  ! 

Roue  sent  en  paourentes  !  ne  doa  danvez  treziaou  ; 

Allas!  na  netra  pur  da  ober  mailluraou. 

10  Ha  quen  buhan  maz  foue  ganet  Doue,  Roue  an  sent, 
Un  sterent  a  savas  hac  a  ioa  bras  he  ment; 

Gant  an  sclerder  a  voe,  an  try  roue  Orient 
A  deuz  da  proff  offrancc  chevancc  a  advancent. 

1 1  Dan  Pastoret,  en  nos,  pan  voant  clos  reposer, 
Ez  voe,  credet  detry,  devry  notyfiet 

Gant  an  Aelez  voar  can  ez  oan  Map  man  ganet; 
Hac  y,  cuffhac  vulicl,  dont  santel  de  guclet. 

: .   IJseï  manas. 


I  H.  de  La  Villemarqué. 

12  Les  Rois,  quand  ils  arrivèrent,  lui  demandèrent 
Le  doux  Paradis,  sans  doute,  comme  je  le  dis. 

Et  le  Roi  des  saints^  sans  feinte,  le  leur  accorda  tout  de 
Ainsi  certainement  les  riches  doivent  l'acheter.       [suite  : 

13  Qui  fut  bien  chagriné?  Certes  ce  fut  Hérode, 
Quant  il  apprit  que  l'Enfant  était  né, 

Par  la  bouche  des  trois  saints  Rois,  dans  la  visite  qu'ils 
De  dépit  et  d'envie  il  était  enragé;  [lui  firent: 

14  Si  bien  qu'il  ordonna,  sans  hésiter,  qu'on  envoyât  des  hom- 
Pour  mettre  à  mort  tous  les  petits  enflmts  ;  [mes  armés 
Et  tous  ces  Innocents  (je  ne  dis  pas  de  fables) 

Furent  massacrés,  hélas!  et  eurent  la  tète  coupée ^ 


15  Nous,  tous,  en  choeur,  fesons  honneur  aux  cinq  plaies, 
Et  à  la  grande  Passion,  hélas!  et  aux  tourments 
Qu'endura  le  Roi  de  la  terre,  sur  le  mont  du  Calvaire, 
Quand  il  fut  cloué  à  la  croix  par  ses  membres,  hélas  ! 

16  Longin  aussi,  l'aveugle,  pécha  par  sa  faute  : 
Il  perça  d'une  énorme  lance  le  fils  de  Marie, 

Si  bien  que  le  sang  coula  en  bas  à  grosses  gouttes  ; 
Mais  il  demanda  pardon  et  Dieu  lui  pardonna. 


17  Jésus,  fils  de  Dieu  et  homme,  est  sorti,  pour  notre  joie. 
Du  corps  d'une  Vierge  pure,  —  ceci  est  bien  connu  — 
De  même,  à  la  fin  du  monde,  il  viendra  certainement 
Juger  grands  et  petits  et  quiconque  aura  reçu  la  vie. 

18  Prions  tous  maintenant  ce  divin  Enûmt,  [rie; 
Et  celle  qui  est  si  bien  nommée  sa  chère  douce  mère,  Ma- 


I .   Les  deux  couplets  qui   suivent  devaient  être  précédés  de  quelques 
vers  de  transition. 


Anciens  No'cls  français.  ■; 

12  Rouanez,  pan  deuzont,  a  mensont  digantaff 
An  Barados,  hep  mar,  clouar,  dre'n  lavaraff. 

Deze  he  roas  Rouen  sent,  hep  fent,  an  pouent  quentaff; 
Hac  an  pinuizien  a  reng  plen  he  prenaff. 

13  Herodes  hep  quet  sy  a  voe  melconiet, 

Pan  clevas  an  dra  man  beza  an  Map  man  ganet, 
Gant  an  try  Roue  santel,  pan  deuzont  de  guelet; 
Gant  dépit  hac  affvy  ez  voe  frenesyet  ; 

14  Maz  lavaras,  hep  mar,  digas  tut  a  armaou 
Da  distrugaff"  hep  sy  an  hulgaleygaou  ; 
An  oll  Inosantet,  ne  comsaff  quet  a  gaou, 

A  voe,  syouas  !  lazet  ha  trouchet  ho  pennaou 


1 5  011  greomp  ny  enor,  a  cor,  dan  pemp  gouly 
Ha  dan  Passion  bras,  allas  !  ha  dan  casty 

En  deffoue  Roue  nouar,  e  menez  Calvary, 
Pan  voe  greyet  en  croas,  allas  !  dren  isily. 

16  Ha  Longius,  an  dal,  dre  e  goal  a  tallas  : 
Gant  un  goaff  damany  Map  Mary  a  gryas, 

Maz  deue  an  goat  dan  traou  dinaou  bannechaou  bras  ; 
Hac  enff  gouUen  pardon  ha  Doue  en  pardonas. 


17  Jesu,  Map  Doue  ha  den,  so  deuet  don  lauenhat 

A  corff  un  Guerches  glan,  —  an  dra  man  so  haznat 
Juez,  da  fin  an  bet,  ez  deuy  net  hep  cretat 
Da  barn  bras  ha  bihan  quement  glan  a  ganat. 

18  Entromp  pedomp  breman  an  Map  man  damany, 
Hac  e  quer  mam  clouar  hanvet  hep  mar  Mary, 


8  H.  de  La  Villemarqiié. 

Qu'ils  nous  logent  eux-mêmes  dans  leur  maison  bénie, 
Au  sein  de  la  joie  et  du  bonheur,  après  la  fin  du  monde. 


II  I 

19  Noël!  —  Chantons,  réjouissons-nous  saintement  ! 
Plus  de  peines  maintenant,  peuple  du  monde  ! 
Faisons  fête  au  petit  Enfant, 

Qui  dans  ce  monde  est  né  pour  nous. 

20  Dans  le  sein  d'une  Vierge,  notre  bonne  maîtresse, 
A  été  conçu,  comme  il  devait  l'être. 

Le  sauveur  de  ce  long  et  large  univers, 
Pour  nous  rendre  purs  et  agréables  à  Dieu. 

21  La  vierge  courtoise  et  charmante. 
Qui  était  parfaite  et  sans  tache, 

Fut  choisie,  à  cause  de  sa  perfection. 

Pour  être  la  mère  de  Dieu,  notre  vrai  Créateur. 

22  Quand  vers  elle  vint  Gabriel, 

La  voyant  sainte  et  pleine  de  charmes, 

Il  ne  faillit  point  à  son  message,  et  humblement. 

Sans  faire  d'éclat,  la  salua  : 

23  «  Le  roi  de  tout  bien,  le  Créateur  de  la  nature. 
Est  dans  ton  chaste  corps  assurément  formé. 
Douce  Marie;  tu  es  sans  aucun  doute. 

Bénie  par-dessus  chaque  femme.  »  — 

24  Alors  fut  conçue  certainement 

En  elle  une  forme  qui  était  surnaturelle, 

I .  Noël  sur  l'air  de  Conditor  aime  syderum. 


Anciens  No'cls  bretons. 


Ma  bon  lochint  y  ^  en  ho  ty  benniguet 
En  joa  ba  leuenez,  goude  finuez  an  bet. 


II  ^ 

19  Nouel!  Quenomp,  joaeusomp  glan  ! 
Gant  diboan  breman,  pobl  an  bet  ! 
Greomp  meuleudy  dan  Map  biban 
A  so  en  bet  man  deom  ganet. 

20  En  un  Merch  guerches,  maestres  net, 
Ez  voue  concevet  competant 

Saluer  an  bet  bet  ha  ledan, 
Don  ober  glan  hac  auanant. 

21  An  guerches  courtes  ha  plesant 
A  yoa  excellant  hac  antier  ; 
Dre  he  bout  parfet,  choaset  voe 

Da  bezaff  mam  Doue,  bon  guir  Crouer. 

22  Pan  deuez  dauet  y  Gabriel, 
Plesant  santel  pa  he  guelas, 
Ne  fallas  pas  dan  cas,  astut. 
Hep  ober  brut,  he  saludas  : 

23  «  Roue  an  oU  mat,  Crouer  natur, 
So  ez  corff  pur  sigur  furmet  ; 

Te  so  hep  mar,  clouar  Mary, 
Plen  dreist  pep  heny  beniguet.  » 

24  Neuse  ez  croeat  a  tra  sur 
Enn  y  figur  dreist  natur  voc; 

1 .  Lisez  vv. 

2.  Nouel  voar  ton:  Condilor  aime  syderum. 


10  H.  de  La  Villemarcjué. 

Et  dans  son  chaste  sein  fut  engendré 

A  l'instant  celui  qui  était  à  la  fois  fils  de  l'homme  et  Dieu. 

25  Au  bout  des  neuf  mois  accomplis, 
Il  fut  mis  dans  ce  monde  ; 

Ce  fut  dans  une  étable  à  bêtes,  croyez-le, 
Que  Dieu  naquit;  n'était-ce  pas  pénible? 

26  Le  Roi  du  Paradis  coucha 

Sur  du  foin  vert,  dans  l'étable  d'un  âne, 
Et  Marie,  sa  bonne  mère, 
Entre  des  bestiaux  de  même. 

27  Avec  joie,  harmonie  et  consolation. 
Aux  saints  pasteurs  il  fut  chanté  : 

«  Gloire  aux  Cieux  !  paix  sur  la  terre  ! 
Il  est  né  notre  ami  aimable  !  » 

28  Et  alors,  les  bons  bergers 

Quittèrent  promptement  leurs  troupeaux; 
Et  ils  se  hâtèrent  de  se  rendre 
Vers  le  Fils  de  la  bonne  Marie. 

29  Trois  Rois  prophètes  attirés  vers  Dieu 
Vinrent  —  hommes  dévots,  notez  bien  ceci  — 
Offrir  des  présents  à  Jésus,  très  désireux  [de  le  voir]  ; 
Et  une  étoile  les  guidait. 

30  Hérode,  ce  tyran  de  son  royaume, 

Par  une  instigation  diabolique,  aux  trois  bons  Rois 
Fit  une  recommandation,  et  n'y  manqua  point, 
Sans  être  timide,  par  une  feinte. 

3  I   Mais,  sans  nul  doute,  un  ange  béni 
Leur  dit  doucement 

De  changer  de  chemin  et  de  retourner  chez  eux; 
Tous  les  trois  il  les  détrompa. 


Anciens  No'els  bretons.  1 1 


Hac  en  he  corf  pur  ez  furmat 
Map  Den  tizmat  pep  stat  ha  Doue. 

25  Da  pen  an  nao  mis  fournisset, 
Ez  voe  ganet  voar  ai^,  bet  man  ; 
E  craou  an  milet,  credet,  voe 

Ez  ganet  Doue  ;  ha  ne  voua  poan  ? 

26  Roue  'n  Barados  a  reposas 
Voar  fouen  glas,  e  craou  an  asen, 
Hac  e  mam  Mary  cordial 

Entre  an  chatal  evalhen. 

27  Gant  joa,  meuleudy  ha  dyboan 
Dan  pastoret  glan  ez  canat  : 

«  Gloar  en  effaou  !  peoch  en  douar  ! 
Ganet  eo  hon  car  he^arat  !  » 


-&' 


28  Ha  neuse  an  buçale  mat 
A  laesas  tiz  mat  ho  chatal, 
Ha  monet  pront  a  gresont  y 
Bete  Map  Mary  cordial. 

29  Try  Roue  bete  Doue  proffedet 

A  deuez  —  tut  deuot,  notet  se  — 
Da  prot  da  Jésus,  hetus  ten  ; 
Hac  an  steren  ho  quelenne. 

30  Herodes,  pugnes  en  e  stat. 

An  Try  Roue  mat  dre  drouc  atys 
A  quemennas,  ne  fltllas  pouent, 
Hep  bezaff  lent,  dre  un  fentys. 

3  I  An  Eal  benniguet,  hep  quet  mar, 
Dezc  douar  a  lauaras 
Ez  chenchent  hent,  az  vent  do  tv; 
Ho  trv  en  ho  ditiazias. 


12  H.  de  La  Villemarqué. 

32  Prions  tous  Jésus,  doucement,  humblement, 
Bonnes  gens,  qui  sommes  à  la  messe  de  Noël; 
Qu'à  notre  sortie  de  ce  monde 
Nous  allions  tous  vers  les  saints. 


III 


33  Chantons  Noël  au  Roi  des  anges, 
Joyeusement,  avec  amour, 

Puisque  Jésus  est  venu,  dans  sa  miséricorde, 
Pour  nous  conduire  au  bonheur. 

34  La  nuit  de  Noël,  allègrement, 

La  vierge  glorieuse,  l'aimable  Marie 
Enfanta  sans  douleur  le  Roi  puissant. 
Bon  et  joyeux,  dans  une  écurie. 

35  En  un  lieu  froid,  pour  porter  peine, 

Pour  commencer  à  souffrir,  il  fut  mis  au  monde. 
Dans  la  pauvreté,  selon  le  monde, 
Vint  le  petit  Enfant  béni. 

36  Et  au  bout  de  huit  jours  —  sachez-le  — 
Après  qu'il  eut  été  saintement  enflinté, 
Vint  un  petit  Ange  béni, 

Désigné  pour  le  nommer  Jésus. 

37  II  serait  terrible  de  conter  ou  de  voir 
Combien  de  peine  dans  le  monde 
Souffrit  le  petit  Enfant  béni 

Pour  nous  tous  qui  étions  perdus. 


1 .  Noël  dont  l'air  est  populaire. 


Anciens  No'éls  bretons.  1 5 


32  Pedomp  oU  lesu,  cuff,  vuhel, 

Pan  omp,  tut  santel,  en  pel  quent, 
Ha  goude  hoU  fet  an  bet  man 
Maz  ahymp  glan  dauet  ant  ^  sent. 


III 


33  Quenomp  Nouel  da  Roue  'n  Aelez 
Joaiussamant,  dre  carantez, 

Pan  eo  deuet  lesu  dre  truez 
Huit  bon  ren  da  leuenez. 

34  Nos  Nedelec,  beb  dieguy, 

An  Guercbes  gloar,  begar  Mary 
A  ganas  bep  bel  Roue  'n  belly, 
Mat  ba  mao,  en  un  marchaocy. 

35  En  un  lecb  ien,  da  douen  penet, 
Da  dezraou  poan,  ez  voue  ganet; 
En  paurentez,  beruez  an  bet, 

Ez  deuz  an  Mabic  benniguet. 

36  Ha  da  pen  eiz  dez  —  gouezet  — 
Goude  bout  glan  beman  ganet, 
Ez  deuez  an  Aelic  beniguet, 

De  henuel  lesus  diuset. 

37  Meur  ve  ezr  euel  na  sellet 
Peguement  a  poan  voar  an  bet 
En  deffoue  'n  Mabic  benniguet 
Euyd  omp  oU  pan  oamp  collet. 


ï .   Sic,  pour  an)!. 

2.  Nouel  pe  a  licny  an  ton  so  commun. 


14  H.  de  La  Villemarqué. 

38  Les  bergers  se  sont  mis  en  route 

[Avec  ?]  trois  rois  d'Orient 

Venant  offrir  à  Dieu,  le  vrai  roi  des  saints, 

L'or,  la  myrrhe  et  l'encens  qu'ils  apportaient. 

3  9  Plus  tard  il  montra  encore 

Son  amour  et  sa  grande  fidélité  envers  nous  : 
Il  employa  son  précieux  sang 
A  nous  tirer  des  peines  de  Satan. 

40  Quand  le  fils  de  Dieu  qui  nous  créa  était 

Sur  ses  deux  genoux  dans  le  Jardin  de  douleur, 

Il  y  vit  surnaturellement 

Les  peines  horribles  qu'il  souffrit  [plus  tard]. 

41  Quand  il  y  songea,  il  versa  du  sang 

Depuis  les  deux  sourcils  jusqu'à  la  plante  des  pieds  : 
Ils  étaient  arrivés,  les  peines  et  les  soupirs 
Et  les  ennuis  pour  notre  bon  Seigneur  ! 

42  Incontinent,  des  brigands, 
Gens  affreux,  sans  raison, 
Vinrent,  en  face,  le  prendre 

Pour  le  conduire  à  une  mort  très  cruelle. 

43  Les  juifs,  sans  aucun  motif. 
Après  l'avoir  pris,  le  firent  venir 

—  Croyez-le  bien  —  jusqu'à  la  maison  d'Anne, 
Et  puis  à  la  maison  de  Caïft'e. 

44  Une  couronne  d'épine  fut  enroulée 

Sur  la  tête  de  l'homme  Dieu,  et  avec  quelle  douleur  ! 

Et  sans  égard  on  battit 

Jésus,  impitoyablement,  et  on  l'accabla  de  coups. 


Anciens  No'éls  bretons.  1 5 


38  An  Pastoret  so  deuet  en  hent, 
Rouanez  try  diouz  Orient 

Da  proff"  da  Doue,  guir  Roue  an  sent, 
Aour,  Mir,  esancs  a  auancent^ 

39  Neuze  yuez  ez  disquezas 
Deomp  ny  carantez  ha  feiz  bras, 
E  goat  precyus  a  usas 

Don  lamet  a  poan  Sathanas. 

40  Pan  oa  Map  Doue  nep  hon  croueas 
Voar  e  daouglin  en  lardryn  glas, 
Eno  peur  santel  es  guelas 

An  poanyou  greffus  a  usas. 

41  Pan  ho  soungas,  ez  scuillas  goat 
An  diou  abrant  bet  plant  an  troat  : 
Arryuff  voa  'n  poan,  han  huanat 
Han  annyaou  dan  Autraou  mat. 

42  En  continuant  an  brigantet. 
Tut  difflieçon,  diresonet, 

A  deuez  en  e  drem  de  quemeret^ 
De  quacs  dan  maro  so  garo  meurbet. 

43  An  luzeuyon,  diraeson  bras, 
Goude  e  quempret,  en  redas, 
Crédit  splam,  bete  ty  Annas, 
Ha  goude  da  ty  Caiffas. 

44  Vn  curun  spern  a  voe  cernet 
Voar  pen  Doue  den,  pebez  penet  ! 
Hep  enebran  ez  voe  cannet 

lesu,  dytruez  labezet. 


1 .  Ce  couplet  ne  semble  pas  appartenir  à  ce  Noël. 

2.  Lise:^^  quempret. 


i6  H.  de  La  Villemarqué. 

45  Pilate  le  condamna  durement 

Et  —  croyez-le  bien  —  il  ordonna 
De  le  lier  fortement  à  une  croix  de  bois 
Avec  des  clous  (deux  ou  trois)  très  cruels. 

46  Une  croix  d'une  grandeur  énorme,  —  n'en  doutez  pas  - 
Fut  donnée  [à  porter]  à  notre  ami,  le  fils  de  Marie  ; 

Et  quelque  grande  qu'elle  fût,  il  la  porta, 
Ce  Roi  de  la  terre,  jusqu'au  Calvaire. 

47  Après  qu'il  fut  étendu  sur  la  croix  de  bois 
Il  pria  son  père  béni 

De  pardonner,  sans  nul  délai, 
A  quiconque  l'avait  torturé. 

48  Le  larron  de  droite  le  plaignit, 

Il  se  recommanda  au  Roi  du  monde. 
Et  alors  le  Dieu  qui  le  créa 
De  bon  cœur  lui  pardonna. 

49  Et  après  encore,  quand  il  fut  temps, 
Il  donna  à  sa  chère  mère  émue 

Saint  Jean,  l'homme  juste,  pour  la  garder. 
Comme  son  cher  fils,  sans  nulle  raillerie. 

50  A  la  quatrième  parole  méditée. 
Il  eut  une  soif  accablante, 
Désirant,  avant  toute  chose, 

De  nous  sauver  tous  afin  que  nous  ne  fussions  pas  perdus. 

5 1  A  la  sixième  parole  méditée. 
Il  dit,  et  n'y  manqua  pas, 

Que  les  prophéties  étaient  accomplies 

Telles  qu'elles  avaient  été  prédites  dans  l'Ecriture  sainte. 


Anciens  Nocis  bretons.  17 


45  Pilât  voe'  cadarn  en  barnas; 
Ha,  credet  plen,  a  ordrenas 

E  gryat  ten  en  un  pren  croas 

Gant  tachaou  daou  try,  peur  dyulas. 

46  Croas  bras  meurbet,  na  lequel  sy, 
A  roet  don  car  Map  Mary; 

Nan  doa  mar  bras,  he  dougas  hy 
Rouen  nouar  bete  Calvary. 

47  Goude  e  asten  en  pren  croas, 
E  tat  benniguet  a  pedas 

Da  pardonaff  hep  tardaff  pas 
Da  quement  unan  en  poanyas. 

48  An  laezr  dehaou  a  caffliouas, 
Ouz  Roue  'n  bet  en  em  erbedas, 
Ha  neuse  Doue  nep  en  croueaz 
A  guyr  calaoun  en  pardonnas. 

49  Ha  goude  arre,  pan  voe  prêt, 
Ez  roas  de  quer  mam  estlammet 
Sant  lahan,  den  guyr,  de  myret, 
Euel  he  quer  map,  hep  goap  quet. 

50  Dan  peuare  guer  prederet: 
En  deffoue  un  bech  a  sechet, 
Oz  desiraff,  an  quentaff  prêt, 
Hon  seluell  oll,  na  vemp  collet. 

5 1  Dan  huechuet  guer  deliberet  : 
Ez  lauaras,  ne  fallas  quet, 
Ez  oan  profecy  achiuet 

En  Scriptur  glan  diouganet. 


I .   Peut-être  pour  en  cadarn. 
Revue  Celtique,  X. 


i8  H.  de  La  Villcmar^iié . 

52  Et  à  la  septième,  quand  il  mourut, 
Il  inclina  sa  tête  divine, 

Et  les  planètes  prirent  le  deuil 
Et  la  terre  entière  trembla. 

53  Alors  Longin  fut  poussé 
Par  une  haine  très  odieuse. 

Car,  debout,  avec  une  grande  lance. 
Il  perça  le  cœur  du  Fils  de  Marie. 

54  Et  le  sang  découla  en  bas, 
Et  le  long  de  son  côté  jaillit 

Sur  sa  face,  avant  qu'il  eût  bougé, 
Et  il  recouvra  la  vue. 

55  Quand  il  vit  Dieu,  il  eut  honte; 
Et  il  implora  sa  pitié; 

Et  alors  Dieu,  le  vrai  Roi  des  anges, 
Lui  pardonna  toute  sa  folie. 

56  Et  nous  maintenant,  petits  et  grands. 
Prions  l'homme  Dieu  qui  nous  racheta. 
Et  la  Mère  qui  le  mit  dans  ce  monde, 
De  prier  aussi.  Deo  gratins  ! 


IV  ^ 

57  Chantons  doucement,  humblement,  Noël  au  Roi  puissant 
Et  à  sa  douce  mère  immaculée,  joyeusement,  sans  perdre 
Qui  a,  il  n'y  a  pas  de  doute,  [de  temps, 

Enfanté  Dieu,  notre  Roi  ; 
Cela  lui  fut  annoncé, 
Et  révélé  par  l'Ange. 

I .  Noël  sur  l'air  de  Courtoises  dames. 


I 


Anciens  Noëls  bretons.  19 


52  Ha  dan  seizuet,  pan  décédas, 
E  pen  diuin  a  anclynas, 
An  planedaou  a  cafFaouas 
Han  douar  certen  a  grenas. 

5  3  Neuse  Longius  a  usas 
A  un  cassouny  re  difflas, 
Rac,  ves  e  saff,  gant  un  goaff  bras 
Galon  Map  Mary  a  gryas. 

54  An  goat  dan  traou  a  dinaouas, 
Ahet  e  costez  ^  ez  diloftas  ; 
Voar  e  bisaig  quent  ez  flaychas, 
Hac  enff  s;uelet  a  remedas. 

55  Pan  guelas  Doue,  en  deffoue  mez; 
Maz  mennas  hep  mar  trugarez  ; 
Ha  neuse  Doue,  guir  Roue'n  Aelez 
En  pardonnas  oll  e  follez. 

56  Ha  ny  breman,  bihan  ha  bras, 
Pedomp  Doue  den,  nep  hon  prenas, 
Han  Mam  en  bet  man  an  ganas 
Yuez  supply.  Deo  gratias. 


IV  ^ 

57  Quenomp  cuff  vuhel  Nouel  da  Roe  'n  velly 

Ha  dinam  de  mam  chuec,  choantec,  hep  dieguy; 
He  deueus,  n'en  deux  sy, 
Ganet  Doue  hon  Roue  ny  ; 
Desy  ez  voe  bryet. 
Gant  an  Eal  revelet. 


1  .   Liseï  coff. 

2.   Nouel  voar  ton  Courtes  itroneset. 


;o  H.  de  La  Villeinar^iic . 

58  Jésus  le  fils  de  Dieu  le  Roi  des  Saints,  né  dans  la  pau 
A  l'anniversaire  de  cette  nuit  souffrit  la  misère,       [vreté, 
Le  froid  cruel  et  la  saleté; 
Entre  des  bêtes,  aujourd'hui, 
Le  Roi  des  anges,  sachez-le. 
Est  né  pour  nous  maintenant. 

5  9  En  l'attendant  dans  le  monde,  nous  trouvions  le  temps  dur  ; 
Et  nous  fûmes  cinq  mille  ans  et  plus  encore  dans  l'ennui, 
Quand  il  plut  au  Dieu  des  astres 
D'envoyer  son  fils  chéri,  sans  mentir. 
Pour  devenir  le  premier  martyr, 
Et  nous  retirer  de  l'enfer. 

60  En  cette  nuit  sans  chagrin,  où  Dieu  naquit. 
Ce  fut  dans  un  lieu  sans  abri,  dans  une  écurie  ; 

Ce  fut  à  cause  de  nos  péchés,  croyez-le  bien  ; 

Songez  à  tous  les  ennuis 

De  Jésus  fils  de  Dieu  et  homme. 

Quand  il  vint  tout  nu  nous  racheter! 

61  L'Ange  apprit  avec  grande  joie  et  humblement 

Aux  bergers  assemblés  que  le  Roi  de  la  mer  était  né; 
Et,  de  la  montagne,  sachez-le, 
Très  humblement,  pour  le  voir. 
Ils  vinrent,  n'en  faites  doute, 
Jusqu'à  la  douce  Marie. 

[étoile 

62  On  ne  vit  en  aucun  temps,  vraiment,  une  aussi  grande 
Que  celle  d'au-dessus  du  pays  où  était  Dieu,  le  Roi  du 

Si  bien  qu'un  chant  s'éleva  [monde, 

Là,  au-dessus  de  sa  tète  : 
Chacun  se  demandait 
Où  Dieu  était  né. 


Anciens  No'cls  bretons.  2 1 

58  Jesu  Map  Doue  Roue  'n  sent  ganet  en  paourentez, 
Da  quifin  ;in  nos  man  en  deftbue  bihanes, 

Ryou  difflas  ha  lastez  ; 
Entren  loeznet,  vêtez, 
Rouen  Aelez,  gouezet, 
So  deomp  breman  ganet. 

59  Ouz  e  gourtos  en  bet  ny  bon  boue  caleter; 

Hac  a  voe  pemp  mil  bloas  ha  choaze  ^  annoazdcr, 
Pan  phgas  gant  Rouen  ster 
Cacs  e  map,  hep  goap,  quer, 
Da  bezaf-  merzer  querhafF, 
An  hm  don  redymatf, 

60  Henoaz  hep  annoaz  quet  pan  voa  net  ganet  Doue, 
En  un  lech  dyabry,  en  un  merchaucy  voe; 

Dre  on  pechet,  credet,  voe; 
Songet  picn  pcz  enuoe 
Jesu  Map  Doue  ha  den, 
Deuet  en  noaz  don  dazpren  ! 

61  An  Eal  a  reuelas  gant  joa  bras  hac  asquet 
Bezaff  ganet  Roue  'n  mor  a  cor  dan  pastoret  ; 

An  menez,  gouezet. 
Peur  vuheU  de  guelet 
Ez  int  deuez>,  na  gret  y, 
Bete  douar  Mary. 

62  Ne  guelat  nep  nmscr,  a  scier,  quen  bras  steren 
Euel  a  diouz  an  ploue  maz  edoa  Doue  Roue  'n  glen, 

Maz  deuez  scaff  canauen 
Eno,  a  dyouz  e  pen  : 
Pep  cren  a  goulenne 
Max  oa  net  ganet  Doue. 


1 .  Liseï  choaz  e. 

2 .  Lise:^  bout. 

3 .  Lisc:^  dcuct. 


22        .  H.  de  La  Villemarqué. 

63  Alors,  en  un  carrefour,  sans  feinte,  avec  leurs  largesses, 
Se  trouvèrent  là  tout  de  suite  les  saints  Rois, 

Cherchant  partout  la  demeure 

Où,  par  l'effet  d'une  grande  pitié,  Jésus, 

C'est  la  Vérité,  sachez-le, 

L'enfant  Jésus  était  né. 

64  En  passant  par  le  pays  ils  trouvèrent  Hérode, 
Qui  leur  fit  mille  prévenances. 

Et,  à  leur  gré,  bien  et  convenablement, 
Les  soigna  de  la  belle  façon. 
Avec  une  vraie  courtoisie. 
Quoique  malade  d'envie. 

65  —  «  Obéissez-moi,  revenez  ici,  par  ce  chemin-ci,  ô  Rois, 
Quand  vous  retournerez  dans  votre  pays,  et  je  vous  logerai 

Si  bien  qu'ils  promirent  sur  leur  foi     [pendant  tout 
De  revenir  là  à  la  fin;  [le  jour.  « 

Et  il  dit  en  lui-même  :  «  Je  leur  tendrai 
Des  embûches  pour  les  perdre.  » 

66  Ensuite,  quand  ils  revinrent,  ils  trouvèrent,  dit-on 

Un  messager  du  vrai  Dieu,  un  bon  ange,  et  sans  délai  : 
«  Venez  par  ce  chemin  à  la  maison,  [dit-il] 
Car  Hérode,  c'est  notoire, 
Est  en  train  de  prendre  des  mesures 
Hélas  !  pour  que  vous  soyez  tués.   » 

67  Comprenez  bien  la  question,  ne  dites  mot; 

Car  il  est  né,  le  fils  de  Dieu,  notre  Roi,  notre  Créateur, 
Dans  une  pauvre  maison. 
Sans  feu  dans  sa  demeure; 
Quelle  hôtellerie 
Pour  le  fils  de  Dieu,  notre  Roi  ! 


Anciens  Noels  bretons. 

6^   Neuse,  en  un  croashent,  hep  fent,  gant  larguentez, 
Eno  en  em  caffas  glan  buhan  an  Rouanez, 
Oz  clasq  splan  an  annez 
Jesu  dre  meur  tfuez, 
Guyrionez,  gouezet, 
Maz  oa'n  Map  man  ganet. 

64  En  un  tremen  dre  ^  bro  ez  quefsont  Herodes, 
Hac  o  cuffias  y  a  deftVy  alyes, 

A  do  grat,  mat  hac  aes, 
Ho  tretas  a  tra  spes, 
Certes  dre  courtesy, 
Hac  enfF  claff  gant  auy. 

65  —  «  Sentyt,  distroit  aman,  an  hent  man,  Rouanez, 
Pan  tremen het  doz  bro  ha  moz  logo  vêtez.  » 

Maz  diougansont  fez 
Donet  dy  en  dyvez  : 
«  Me  gray  rez,  emezaff, 
Ambuig  do  dystrugaff  » . 

66  Neuse,  pan  distrosont  e  quefsont,  a  conter, 
Cannât  Doue  ditfoue  net,  an  Eal  mat,  hep  atfer: 

«  Deuet  an  hent  man  dan  queer  ; 
Rac  Herot,  so  noter, 
So  esper  commeret 
Syouas  !  maz  vech  hizet.  » 

67  Ouz  an  lyt  ententyt  escuyt,  ne  sonnyt  guer; 

Pan  eo  ganet  Map  Doue,  hon  Roue  hac  hon  Crouer 
En  un  ty  so  dister 
Ha  hep  tan  en  maner  : 
Pebez  austelery 
Da  Map  Doue  hon  Roue  ny  ! 


1  .   Lisci  drcn  (dre  'n). 


24  H.  de  La  Villemarcjué. 

68  Le  roi  des  anges,  sichez-le,  est  venu  en  ce  monde 
Pour  souffrir  continuellement  la  douleur,  à  dater  du  jour 

C'est  par  le  fait  d'Adam  [où  il  est  né  ; 

Que  nous  avons  été  condamnés  tous 
A  être  retenus  dans  le  feu 
A  jamais  dans  la  douleur. 

69  Marie,  la  mère  de  l'homme  Dieu,  alla  certes,  je  le  crois, 
Jusqu'à  Siniéon,  l'homme  juste  et  droit; 

Et  elle  remit  entre  ses  bras 
Son  petit  enflmt  béni, 
Huit  jours,  sachez-le, 
Après  qu'il  fut  né. 

70  En  cette  rencontre  on  prophétisa  à  la  douce  Marie 
Qu'un  glaive  traverserait  profondément  son  cœur  navré, 

Et  que  lui  verserait 

Tout  son  sang  pur  : 

Et  en  effet,  à  cause  de  nous, 

Il  a  été  attaché  à  une  croix. 

71  Ensuite  il  lui  fut  expressément  recommandé  par  l'Ange 
De  fuir  vite  en  Egypte  afin  d'être  en  liberté. 

Car  l'ordre  avait  été  donné 

Hélas!  qu'on  tuât 

(Pour  chercher  à  trouver  le  Roi  des  saints) 

Tous  les  innocents. 

72  De  grandes  vilenies,  de  grandes  amertumes,  et  des  hor- 
Eut  à  souffrir  le  Roi  des  saints,  outre  la  pauvreté:  [reurs, 

Il  n'avait  certes,  tous  les  jours, 
Rien  que  peine,  misère! 
N'était-ce  pas  pitié  de  voir 
Le  fils  de  Dieu  le  Père  en  cet  état  ? 

73  Pendant  sept  ans  dans  le  froid  ennui,  dans  l'angoisse  et  la 
Ils  furent  en  Egypte,  avant  d'être  délivrés  ;  [peine, 


Anciens  No'els  bretons.  2) 

68  Roue'n  Aelez,  gouezet,  so  deuet  voar  an  bet  maii 
Adal  maz  voe  ganet  bepret  ouz  compret  poan  ; 

Dre  Adam  voue  'n  dra  man 
Maz  oump  condamnet  glan 
Da  bout  en  tan  manet 
Bizuiquen  en  penet. 

69  Mary,  mam  Doue  ha  din  den,  a  }-ez  certen,  m'en  cret, 
Davede  Symeon,  den  guiryon  raesonet  ; 

Hac  ez  roas  dezaff  net 
He  mabic  beniguet 
Dan  eiz  dez,  gouezet 
Goude  glan  bout  ganet. 

70  Aman  dan  goar  Mary  ez  voe  profecyet 
Ez  treusse  clezev  don  he  calon  estonnet, 

Hac  enff  a  scuilse  net 
E  goat  pur  assuret  : 
Rac  pahunour  deomp  ni 
Ez  voue  crucifiet. 

7 1  Neuse  splan  gant  an  Eal  ez  voue  cre  revelet 
Techet  cre  en  Egypt  da  vezaff  acuy tet, 

Rac  cren  gourchemennet 
Voa,  svouaz  !  ez  lazset 
(Oz  chisq  caftbut  Roe  'n  sent) 
An  oU  inoçantet. 

72  Vileny  hiny  bras  peur  dytflas  ha  histez 

En  defioue  da  consent  Roue'n  sent  ha  paourentez  : 
N'en  deffoa  lem  bemdez 
Nemet  poan,  bihanez  ! 
An  doa  truez  bezatF 
Map  Doue  'n  Tat  en  stat  man  ? 

73  Seys  bloaz  en  annoazien^  en  anquen  ha  penet 
Ev:  vyont  en  Egypt  quen  bezaft"  acuytet  ; 

I .   Liseï  annoaz  ieii. 


26  H.  de  La  Villemarijiié. 

Tant  qu'il  leur  fut  révélé  par  l'Ange 
D'avoir,  sans  plus  tarder, 
A  opérer,  croyez-le  bien. 
Leur  retour  à  Bethléem. 

74  Après  leur  départ,  ils  le  perdirent  d'abord 
Réellement,  au  milieu  de  Jérusalem  ; 

Et,  par  la  foule,  à  qui  ils  demandaient 

Où  était  Dieu,  Roi  du  monde, 

Ils  furent  renseignés 

De  manière  à  le  retrouver. 

75  Au  milieu  d'un  auditoire,  parmi  les  Docteurs, 
Il  disputait  fortement  et  il  ne  les  craignait  pas  ; 

Il  était  tout  rempli  de  beauté 
Et  de  savoir  —  sachez-le  bien  — 
A  l'âge  de  douze  ans, 
Il  les  rendit  confus. 

j6  Ramener  son  fils  à  sa  maison,  avec  elle  et  son  époux, 
Voilà  ce  que  fit  alors  la  sage  Marie,  assurément. 
En  lui  disant  sans  hésiter  : 
«  Est-ce  que  vous  ne  saviez  pas 
Que  nous  étions  occupés  à  vous  chercher, 
Dans  l'angoisse  et  la  douleur  ?  » 

77  Jésus  le  fils  du  Dieu  Créateur,  sans  faire  aucune  différence, 
Nous  a  rachetés  tous  de  la  même  manière  par  pure  obéis- 

Par-dessus  tous  les  hommes  une  sagesse        [sance. 
De  premier  ordre  est  en  lui. 
Elevée  au-dessus  de  toute  créature  : 
Il  est  le  Roi  des  anges,  sachez-le. 

78  Gens  dévots  et  notables,  sans  raillerie  ni  fiction. 
Songez  à  bien  célébrer  du  commencement  à  la  fin, 


Anciens  No'éls  bretons.  27 

Gant  an  Eal  revelet 
Deze  y,  hep  muy  quet, 
Voe  donet,  crede|  lem, 
Adarre  en  Bezleem. 

74  Faziaff  quentaff  prêt,  goude  monet  cret  lem, 
A  gresont  3^  reall  en  creys  Hierusalem; 

Ha,  dr'en  foui,  oz  goulen 
Maz  e  doa  Doue,  Roue  'n  glen, 
Maz  viont  quelennet 
De  caffout  hep  dont  quet. 

75  En  creys  an  auditor,  e  mesq  an  Doctoret. 
Ez  disputeve  ^  creff  hac  enff  no  douge  quet  ; 

Leun  voa  plen  a  quenet 
A  squiant,  ententet; 
Da  pen  he  daouzec  bloaz. 
Ho  geureunnaz  et  zo-. 

76  Cacs  he  map  de  abry  gant  y  ha  he  priet 
A  geureu  iMary  fur  neuse  pur,  assuret, 

Hep  mar  oz  lauaret  : 
«  A  chuy  na  gouzye  quet 
Ez  oamp  oz  hoz  clasq  plen. 
En  anquen  ha  penet?  » 

77  lesu  Map  Doue  Crouer  a  scier  hep  dyfferancç 
Hon  prenas  e  pep  guys  dre  guyr  obeyssancç. 

Voar  an  oll  tut  prudancç 
So  enn  aff  quentaff  lancç; 
Voar  pep  noeancc  lancet  ; 
Roue  'n  Aelez,  gouezet. 

78  Tut  deuot  lia  notabl,  hep  comps  goap  na  foblaou, 
Ouz  an  lyt  songyt  frez  a  dyuez  da  dezraou 


1 .  Liseï  dispute  eff. 

2.  Lisci  Ho  geureu  annoazet. 


2  8  //.  lit  La  VilL marqué. 

Sans  manque  la  fête  de  notre  vrai  Seigneur 

Qui  souffrit  patiemment 

Des  peines  et  de  rudes  douleurs 

Et  la  froide  mort,  le  vendredi. 


V  ' 

79  Chantons  Noël,  humblement,  en  ce  jour  de  Noël, 

Et  notre  maîtresse  la  Vierge,  la  douce  Reine,  [souhait  ?  — 
Qui  mit  au  monde  le  Dieu,  notre  Roi  —  n'était-ce  pas  à 
Dont  la  gloire  est  grande  en  l'esprit  de  tous  les  clercs  ! 

80  Prédestinée  avant  de  venir  en  ce  monde,  [Vierge] 
Et  créée  par  l'opération  de  l'Esprit  saint,   telle  était  [la 
Je  n'en  dirai  pas  davantage  ;  la  Théologie  est  faible 
Pour  donner  raison  de  sa  dignité. 


'O' 


8 1  Grâce  à  une  pomme,  [Satan]  qui  est  faux  comme  une  vipère, 
Satan  le  voleur,  vint  vite 

(En  commençant  par  un  mensonge  et  de  belles  paroles) 
A  bout  de  nous  chasser  du  palais  de  l'Empereur. 

82  Depuis  cinq  mille  ans,  oui,  et  davantage, 

Le  peuple  du  monde  était  dans  la  peine  et  dans  l'effroi; 
Il  était  tenu  par  Lucifer  dans  le  feu  et  la  puanteur,  quand 
Grâce  à  la  Passion,  notre  rançon  a  été  remise.       [soudain, 

83  II  était  temps  de  faire  la  paix  entre  Dieu  le  Père  et  Adam 
Qui  avait  frustré  [de  son  héritage]  le  peuple  du  monde 

[par  un  morceau  [de  pomme] 
Il  est  venu  le  jour  de  la  joie  tout  nouvellement; 
Nous  sommes  parfaitement  sauvés  et  absous  de  notre  faute. 

I .   Noël  dévot  et  ancien  dont  l'air  est  populaire. 


Anciens  Nocls  bretons.  29 

Hep  fout  bon  guir  Autraou 
A  gouzaftas  hasaou 
Poanyaou  ha  glo^saou  quer 
Han  marv  yen,  dez  guener. 


V 


79  Quenomp  Nouel  vuhel  da  Nedelec; 

Ha  don  Maestres,  Guerchez,  Rouanez  chuec 
A  ganas  Doue  hon  Roue,  ha  ne  voe  chuec  ? 
Bras  eo  he  gloar  e  memoar  pep  cloarec  ! 

80  Predystinet  quent  donet  en  bet  man 
Voe  ha  crouet  dre  splet  an  Speret  glan  : 
Ne  consiff  muy,  Theology  so  bihan 
Da  reifî"  raeson  an  person  a  houmman. 

81  Dre  un  aual,  diffeal  eual  aezr, 

Tiz  ha  buhan  ez  deuez  Satan  an  laezr 

—  (Ha  da  dezraou  un  gaou,  dre  comsaou  caezr) 

Don  chasseal  a  sal  an  Impahtezr. 

82  Pemp  mil  bhzen  certen  ha  tremenet 

Ez  voe  en  poan  ha  saouzan  pobl  an  bet 
En  tan  ha  fler,  gant  Lucifer,  dre  ret, 
Dr  'en  Passion,  eo  'n  ranccon  pardonnet. 

83  Prêt  voe  peochat  Doue  an  Tat  ouz  Adam 
Pa'en  doa  pryuet  pobl  an  bet  dre  un  tam  ; 

Dcuet  eo  an  deiz  leuenez  neuez  flam  ; 
Net  omp  saluet  ha  pardonnet  honn  blam. 


I .   Noucl  deuot  hac  ancien  pe  a  heny  an  ton  so  commun. 


jo  H.  de  La  Villcmarqué. 

84  Quand  l'humble  Saint  Gabriel  la  vit 

Si  merveilleusement  sage,  il  la  salua  avec  respect 

D'un  Ave;  alors  fut  conçu 

Dans  le  sein  de  la  douce  Marie,  notre  Roi,  le  Messie. 

85  En  un  réceptacle  très  pur  et  excellent, 
En  cette  Vierge,  naquit  pur,  aussi  lui. 

Le  Roi  des  Juifs,  qui  était  Dieu  et  homme,  je  le  sais. 
Réjouissons-nous  donc  selon  l'Écriture. 

86  II  est  né  le  Dieu,  notre  Roi,  qui  nous  créa  ; 
Parmi  les  témoins  qui  le  prophétisèrent 
Etaient  Isaïe,  Elie,  Jérémie, 

Tous  les  prophètes  :  heureux  ceux  qui  les  ont  crus  ! 

87  Que  désormais  chacun  se  livre  à  la  joie  ! 
Jésus  est  venu,  le  voilà;  dans  sa  grande  pitié 

Il  ne  nous  a  pas  oubliés,  puisqu'il  nous  a  tirés  de  la  mi- 
II  est  notre  ami,  sa  miséricorde  est  sans  pareille,      [sère; 

88  Quoique  venu  d'en  haut,  il  était  humble,  le  Dieu  des  Anges, 
Sorti  du  corps  de  Marie  et  ne  montrant  plus  sa  puissance. 
Le  Saint  Esprit  n'imposa  aucune  douleur  [à  sa  mère] 
Quand  elle  l'enfanta,  quand  elle  le  nourrit  de  son  lait. 

89  Une  masse  de  misères  de  toute  sorte  a  été,  parmi  nous, 
Accumulée  à  cause  du  péché  où  nous  étions, 

Ah!  certes,  Jésus  de  tout  côté  est  au-dessus  de  nous; 
Il  est  devenu  notre  hôte,  sans  éclat,  au-dessous  de  nous  ! 

90  O  gens  du  peuple,  unissons-nous  tous, 
De  tout  péché  soyons  purs,  et  prions 
Cette  Vierge  que  nous  chantons  tous  ; 
Malheur  à  nous  si  nous  lui  manquions  jamais! 


Anciens  Nocls  bretons. 

84  Sant  Gabriel  vuhel  pan  he  guelas 
Fur  dre  burzut,  astut  he  saludas 
Dre  un  Ave;  neuse  ez  concevas 

En  goar  Mary  bon  Roue  ny*  Messias. 

85  En  un  supot  peur  deuot  ha  noter, 

En  Guerches  man  ez  deuez  glan  pep  manyer 
Roue  'n  luzeuyen  voa  den  ^  me  en  goar; 
Rac  se  greomp  fest  heruez  test  an  Istoar. 

86  Ganet  eo  Doue  bon  Roue  nep  bon  croueas  ; 
En  testeny  nep  a  proffecyas 

Voe  Isay,  Hely,  Hieremias, 

An  Profedet;  çuen  bo  bet  ho  credas  ! 


■5  &' 


87  Hyuizyquen  gret  pep  den  leuenez  ! 
Deuet  eo  lesu,  chetu  ;  dre  meur  truez 
No  n'ancouffas  pa  on  lamas  a  lastez  ; 
Eff  eo  bon  car,  dispar  e  trugarez. 

88  A  lecb  vuhel,  izel  voe  Dou  'en  Aelez 
A  corf  Mary,  hep  muy  autronyez  ; 
An  Speret  glan  ne  laqua  nep  annoez 
Hy  de  guenel  de  derchel  voar  he  laez. 

89  Vn  bern  mernent  a  pep  hent  so  entromp 
Multipliet  dr'  en  pechet  maz  edoamp. 
Certes  lesu  a  pep  tu  so  aiouz  omp  ; 

Ma  bon  ostys  dicouantys  a  is  tomp. 

90  Commun,  un  voan  pep  unan  a  banomp, 
A  pep  pechet  bezomp  net,  ha  pedomp 
An  Guerches  man  pe  da  glan  ez  canomp  ; 
Nep  guez  dezy  goa  ny  mar  fazyomp  ! 


I .   Lise:(^  voa  Doue  ha  den. 


\2  H.  de  La  Villemarqaé. 

91   Chère  mère  de  Jésus,  votre  siège,  à  vous,  est  là-haut  ! 
Et  les  mortels  sont  bien  bas  et  dans  la  langueur  ! 
Vierge  des  saints,  garde  notre  carrière  sous  ta  protection  ; 
Que  nous  allions  bientôt  à  la  joie  des  Apôtres. 


VI  ^ 

92  Noël!  Noël!  Noël! 
Lans^uissants  ici-bas 
Dieu,  là  haut,  nous  a  vus; 
Peuples,  de  bonnes  nouvelles 
Nous  ont  été  annoncées; 
Dieu  le  Père  l'a  promis. 

93  Adam,  notre  premier  père, 
A  été  tiré  d'ennui 

Et  il  est  allé  à  la  joie 

Où  sont  les  anges  pour  toujours; 

A  présent  est  né 

Le  fils  chéri  de  Dieu,  Roi  du  monde. 

Heureux  qui  l'a  cru  ! 

Une  fille  vierge,  pure 

Des  péchés  de  ce  monde, 

A  enfanté  ce  Fils. 

94  Dans  cette  fille  glorieuse 

Sont  venues,  certes,  pour  nous  défendre, 

Sont  descendues  des  cieux 

Ici-bas  trois  lumières  : 

Oui,  certes,  la  Trinité, 

Comme  le  jour  à  travers  le  verre, 


I .   Noël  sur  l'air  Beau  Noël  à  Jésus. 


Anciens  No'ils  bretons.  ^5 

91  Quer  man  lesu,  ho  seyg  hu  so  vuhel, 
Hac  an  bedis  en  languys  so  isel  ! 
Guerches  an  Sent,  mir  lion  lient  ez  quentel 
Maz  a  liimp  prest  da  fest  an  Abestel. 


VI  ^ 

92  Nouel!  Nouel!  Nouel! 
E  languis  a  isel 

Doue  vuhel  hon  guelas  ; 
Tudaou,  quehezlaou  mat 
Deompny  proficiat  ! 
Doue  an  Tat  en  gratas. 

93  Hon  quentafftat,  Adam 
A  estlam  so  lamet 

Hac  eat  da  leuenez 

Ma  edi  'n  Aelez  pepret; 

Breman  ez  eo  ganet 

Quer  map  Doue,  Roue  an  bet; 

Guen  e  bet  en  credas  ! 

Un  merch  so  guerch,  ha  glan 

A  pechet  an  bet  man 

An  Map  man  a  ganas. 

94  En  merch  man  damany 
Deuet  detrv^  don  diffen, 
Disquennet  an  effaou 

Oz  traou  teyr  goulaouen. 
An  Dreindet,  credet  hen, 
Euel  deiz  dr'  en  guezren 


I ,  Nouel  voar  ton  Koueï  spes  da  lesus. 
Revue  Celtique,  X. 


J4  W.  de  La  Villemarqué. 

Est  descendue  sur  la  terre; 
Toujours  vierge,  en  ce  monde 
Fut  préservée  de  toute  souillure 
Celle  qui  l'enEinta. 

95  Comme  le  jour  à  travers  le  verre 
Est  descendu  véritablement 

Le  Fils  de  Dieu,  le  Père  éternel, 

Qui  est  la  sainteté  visible. 

Par  un  mot  de  son  Esprit, 

Furent  créés  en  chaque  pays 

Les  oiseaux  et  les  grands  animaux  ; 

Pour  sa  gloire  très  douce, 

Le  soleil  brillant  et  la  lune 

Et  la  terre  ont  été  faits  par  lui. 

96  Depuis  cinq  mille  ans,  tout  centristes. 
Les  hommes  étaient  dans  la  contrainte  ; 
Ils  s'entassaient  en  enfer; 

Toujours  ils  y  étaient  conduits. 
Le  châtiment  était  horrible, 
Et  la  douleur  profonde; 
Malheur  à  nous,  lorsque  pécha 
Eve,  notre  première  mère  ! 
Mais  Marie  innocente 
Nous  a  tirés  de  la  misère. 

97  Chère  mère  de  Dieu,  Roi  des  Cieux, 
Dans  les  chemins  droits 

Donnez  la  clarté  à  notre  esprit, 
Avant  que  nous  quittions  ce  monde. 
Tous^  qui  que  nous  soyons. 
Gardez-nous  soigneusement 
Des  pièges  de  Satan  ; 
Par  la  grâce  de  Dieu  déhvrez-nous  ! 
Par  votre  fils,  notre  appui, 
Lui  qui  nous  a  créés. 


Anciens  No'els  bretons.  ?  5 

En  glen  a  dysquennas  : 
Guerch  pepret,  en  bet  man 
Voa  net  preservet  glan 
Homan  pa  en  ganas. 

95  Euel  deiz  dren  guezren, 
A  cren  eo  dysquennet 
Map  Dou'  en  Tat  so  padel 
Ha  santel  da  guelet. 

Dre  en  giier  e  Speret 
Pep  ploue  a  voe  crouet 
Eznet  ha  loeznet  bras  ; 
Dre  e  gloar  peur  clouar 
An  eaul  splan  hac  an  loar 
An  douar  a  paras, 

96  Pemp  mil  bloaz,  annoazet 
Ez  vo'en  bet  en  redy  ; 

En  Ifern  ez  bergnet; 
Bepret  ez  reet  d}^; 
Dyfflas  voe  an  casty, 
Ha  don  an  melcony; 
Goa  ny,  pa  fazias 
Eva,  bon  quentaff  mam  ! 
Hoguen  Mary  difflam 
A  estlam  bon  lammas. 

97  Quer  mam  Doue,  Roue  'n  enffaou 
En  bynchaou-  dysauozan 

Reyt  sclerder  don  speret 
Quent  monet  an  bet  man. 
Commun,  guytibunan, 
Hon  miret  ny  peur  glan 
Oz  sauozan  Sathanas  ; 
Hon  dilacc  dre  grâce  Doue  ! 
Ouz  da  ^  map  hon  azboue, 
Hennez  voue  hon  croueas. 


I .   Liseï  hoz. 


î6  H.  de  La  ViUemarqné. 

98  Noël  au  Roi  suprême  ! 
Tous,  chantons  avec  grâce; 
Noël  à  la  douce  Marie  !  . 
Une  prière  de  louange 
A  celle  qui  est  pleine  de  gloire, 
Qui  est  notre  maîtresse,  à  la  mère  de  Jésus, 
Qui  a  été  heureuse  de  nous  disculper. 
Pesons  lui  fête  ! 

Toujours  elle  intercède  pour  nous 
Assurément.  —  Deo  gratias  ! 


VII  ^ 

99  Beau  Noël  à  Jésus  ! 

Chantons  tous  avec  grâce. 
Avec  joie,  de  la  façon  la  plus  agréable, 
Puisqu'il  est  venu  en  ce  monde 
Doux  et  humble  comme  un  agneau, 
Aujourd'hui  pour  nous  tirer  de  peine. 

100  Sa  pitié  pour  nous  qui  étions 

Châtiés  à  cause  de  notre  premier  père, 

Il  la  montra  ce  Dieu,  ce  Roi  du  monde. 

En  descendant  du  ciel 

Pour  naître  en  ce  jour 

Du  sein  d'une  jeune  fille  vierge. 

Parfaite,  d'un  cœur  pur. 

D'une  grâce  incomparable, 

D'une  amabilité  au-dessus  de  la  nature, 

D'une  jeune  fille  créée  sans  tache. 


-1  •  Noël  sur  l'air  de  celui  qui  précède. 


Anciens  No'els  bretons.  57 

98  Nouel  da  Roue  'n  velly  ! 
Q.uenomp  ny  gracyus, 
Ha  dan  clouar  Mary  ! 
Supply  melodius   ^ 
Dezy  hy  glorius, 
Hon  Maestres,  mam  Jésus, 
loaius  hon  escusas  ; 
Greomp  leuenez  dezy  ! 
Bepret  hon  erbet  hy 
Devry.  —  Deo  gratins! 


VII  I 

99  Nouel  spes  da  lesus  ! 
Quenomp  ny  gracyus, 
Haetus,  plygandushaff, 
Pan  eo  deuet  en  bet  man 
CufF,  vuhel,  euel  oan, 
Breman  don  dypoaniaff. 

100  Truez  ouz  hon  bezaff 

Dr  'en  tat  quentaff"  claffet 
En  deffoue  Doue,  Roue  'n  glen, 
Pan  eo  cren  disquennet 
Breman  da  bout  ganet 
Gant  un  merch  he  guerchdet 
Parfiiit,  a  caoudet  net, 
Gracius  dreyst  musur, 
Hegarat  dreyst  natur, 
Merch  illur  so  furmet. 


I .   Nouel  voar  ton  homan  diaraoc. 


38  H.  de  La  Villemarqué. 

loi  En  aucun  temps,  sans  faute, 

On  n'en  trouverait  pas  d'aussi  sainte, 

Dans  l'univers  entier 

Parcouru  en  travers,,  en  long  et  en  large. 

Les  voilà  maintenant  perdus 

Par  Satan  ses  titres  [contre  nous.] 

Par  le  fait  de  sa  naissance 

Jésus  a,  en  mille  endroits, 

A  chacun  gracieusement 

Apporté  la  consolation. 

102  Sainte  et  humble 

Avait  été  trouvée  incomparablement 

Par  le  Roi  de  la  terre,  notre  véritable  ami. 

Sa  mère,  la  douce  Marie. 

A  l'instant  où  d'elle 

Naquit  le  Dieu  notre  Roi, 

Voilà  qu'un  cri  de  gloire  [partit]  : 

C'étaient  les  anges,  n'en  doutez  pas, 

Qui  chantaient  mélodieusement 

Les  louanges  du  Seigneur. 

103  Pour  ceux  qui  très  gémissants 
Et  coupables  avaient  péché 

Il  y  eut  assurément 

Une  lumière  allumée. 

Puisqu'il  s'est  élancé 

Le  Messie  envoyé 

Au  monde,  pour  nous  porter  remède, 

Faisons-lui  joie  et  fête. 

Jusqu'à  la  fin  de  notre  vie, 

La  nuit  et  le  jour! 

104  Bien  des  fois,  à  son  sujet. 
Très  clairement  et  sans  ambage, 
Il  avait  été  divinement 
Prophétisé  à  notre  race 

Qu'il  serait  par  grâce  envoyé 
Du  ciel,  pour  supporter  un  mal 


Anciens  No'els  bretons .  39 

loi  Dynam,  e  nep  amser 
Ne  caffer  he  quen  glan, 
Euyt  oll  an  holl  bet 
Treus  ha  het  ha  l^^dan. 
Collet  lem  eo  breman 
E  contrat  2;ant  Sathan. 
Oz  bout  heman  ganet 
En  deuex,  heux  place, 
Da  pep  re,  dre  e  grâce, 
An  soulacc  diguaccet. 

102  Santel  en  vuheltet 
Ez  voue  caffet  detry 

Gant  Roue  'n  tyr,  hon  guir  car 
E  mam,  clouar  Mary. 
Presant  maz  oa  gant  y 
Ganet  Doue  hon  Roue  nv, 
Chetu  cry  glorius  : 
An  Aelez,  na  gret  sy, 
A  gre  can  letany 
Meuleudy  gracius. 

103  Nep  pep  rout  hirvoudus 
Cablus  a  ioa  ruset 

So  deze,  nen  deo  gaou, 
An  goulaou  enauet. 
Pan  eo  flam  dilamet 
Messias  dis;accet 
En  bet,  don  remedaf, 
Ioa  plen  ha  leuenez, 
En  essu  hon  buhez, 
Noz  ha  deiz  greomp  dezaff. 

104  Lyes  guez  a  nezaff" 

Peur  scaff,  hep  douetaff  quet, 
Ez  voe  glan  damany 
Deomp  ny  proficiet 
Dre  grâce  en  dygacet 
An  enft",  da  duen  clenffet 


40  H.  de  La  Villemarqué. 

Très  dur  en  ce  monde  ; 

Or,  à  Bethléem  en  ce  jour 

On  sut  très  bien  ceci 

Par  les  saintes  gens  qui  chantaient. 

105  C'étaient  les  plus  parfaits  des  bergers 
Qui,  dans  leurs  chansons, 

Lui  rendaient  joyeusement  grâce. 

Comme  des  enflints  bénis. 

Instruits  par  l'Ange, 

Le  cherchant  en  foule. 

Ils  vinrent  jusqu'à  la  maison; 

Et,  dans  l'étable  même. 

Ils  trouvèrent  le  Roi  de  la  terre 

Bien  doucement  avec  Marie. 

106  Et  trois  Rois  aussi 
Venus  de  l'Orient, 
D'un  trait  jusqu'à  Hérode 
Accoururent  humblement; 

Et  lui  demandèrent  hardiment 

A  lui-même,  sans  hésiter  : 

«  Le  vrai  Roi  des  saints,  tout  nouvellement  [arrivé,] 

Où  est-il  donc  par  ici  ? 

Souverain  de  ce  quartier, 

Le  Roi  de  ce  pays  où  est-il  né  ?  » 

107  Alors  tout  de  suite  il  eut  peur 
Certes,  à  cause  de  ce  Roi 

Dont  on  apprenait,  trop  clairement  ! 

La  naissance  indubitable; 

Si  bien  qu'il  s'enquit 

Auprès  de  ses  gens,  l'infâme, 

[Du  témoignage]  des  saintes  Ecritures; 

Et,  faute  de  le  trouver. 

Par  l'envie  de  tuer  Jésus, 

Il  était  malade  de  tristesse. 


Anciens  No'els  bretons.  41 

Voar  en  bet  caletaff; 
Hac  en  Bezleem  breman 
Ez  gous  flam  an  dra  man 
Dre  tut  glan  o^  canaff. 

105  Pastoret  parfetaff 
Dezatî"  dre  canaffen 

A  gréa  gracçaou  laouen, 
Euel  plen  mibyen  guen. 
Dr  'en  Eal  ouz  ho  quelen, 
Poursuyuant  a  banden, 
A  deuz  cren  bet'  en  ty; 
Hac  en  presep  hep  mar 
Ez  quefsont  Roue  'n  nouar 
Peur  clouar  gat  Mary. 

106  Rouanez  yuez  try 
Hep  sy  diouz  Orient 
Dan  trot  bet  Herodes 

A  deuez  certes  he  sent  ^  ; 

Ha  cren  ez  goullennent 

Out  aff,  hep  bezatF  lent  : 

«  Guir  Roue  an  sent  quentrat 

Ma  edy  dynam  aman  ? 

An  quartyer  souueran, 

Roue  'n  bro  man  maz  ganat  ?  » 

107  Neuse  pront  ez  spontat 
Tiz  mat  dr'  en  pennadur 
Allas  !  dreau  oz  cleuet 

E  bout  net  ganet  sur; 
Maz  en  cherchas  assur 
Diouz  e  tut,  an  hudur, 
Sigur  an  Scripturiaou  ; 
Hac,  a  goall  saout  out  aff, 
Gant  annoaz  de  lazaff 
Ez  oa  claff  gant  caffaou. 


I .  Liseï  hesent. 


42  ti.  de  La  Villemarqué. 

io8  Richesse  et  offrandes 
Et  trésors  joyeusement 
Apportèrent  de  loin  les  trois  Rois 
Vraiment  au  Dieu-homme; 
Ils  étaient  arrivés  au  but 
Puisqu'ils  cherchaient,  et  rien  autre  chose, 
Le  Dieu  et  l'homme  assurément. 
Honneur  et  joies 

A  notre  véritable  ami,  le  fils  de  Marie, 
C'est  ce  qu'ils  rendirent  à  qui  mieux  mieux. 

109  Et  nous,  sans  défaillance. 
Vite,  sans  nous  lasser, 
Par  sa  mère,  notre  appui. 
Si  des  douleurs  et  des  tempêtes  surviennent, 
Si  les  désastres  s'amoncellent; 
Tournons-nous  vers  le  Roi  des  Saints  ; 
Et  la  douce  Marie  elle  aussi 
Prions-la,  ne  fesons  que  cela; 
Et  chantons  avec  feu  Amen! 


VIII  ^ 

no  Noël  !  Noël  !  Noël! 

C'est  le  temps  de  l'appeler  ! 

Peuple,  honorons  la  Reine  de  tout  bien; 

Devant  notre  véritable  avocate, 

La  belle  jeune  fille,  l'Impératrice, 

Notre  maîtresse  immédiate. 

Nous  devons  nous  présenter  respectueusement. 


I .   Noël  dont  l'air  est  populaire. 


Anciens  Noëls  bretons.  43 

108  Cheuancç  hac  offrancaou 
Ha  madaou  en  laouen 

A  dougas  hir  try  roue 
En  diffoue  da  Dçueden  ; 
Deuet  int  ferm  dan  termen, 
Pan  clasquent,  ne  grent  quen, 
Doue  ha  den  certenhaff. 
Enor  ha  jolory 
Don  guir  car,  Map  Mary, 
A  grent  y  an  muyhaff. 

109  Ha  ny,  hep  faziaff, 
Prestaff,  heb  bezalf  lent, 
Dre  e  mam,  hon  ampouent, 
Mar  deu  glar  na  baluent, 
Na  nep  bern  a  mernent, 

Ouz  Roue  'n  sent  ententomp; 
Han  goar  Mary  dyen 
Pedomp,  na  greomp  qucn. 
Ha  flam  Amen  !  quenomp. 


VHP 

iio  Nouel,  Nouel,  Nouel  ! 

E  quentel  gueluomp  ! 
Rouanes  an  Tensor,  cosquor,  enoromp. 
Don  guir  Aduocades, 
Merch  caezr,  Impalaezres, 
Hon  Maestres  nessatî, 
Ny  a  die  reuerant  en  em  presentafi". 


I ,   Nouel  pe  a  heny  an  ion  so  commun. 


44  W,  de  La  ViUemarqaé. 

1 1 1  On  vient  de  nous  écrire, 

En  ce  pays,  le  [mystère]  glorieux 

De  sa  Conception  ^ 

Où  se  trouvait,  assurément,  notre  Rédemption. 

112  A  elle,  par  Gabriel, 

De  la  part  du  Roi  des  Apôtres, 

Il  fut  révélé  [Trinité. 

Qu'elle  deviendrait  la  digne  alliée  et  parente  de  la 

113  Toi,  douce  Vierge  Marie, 
Certes,  par  dessus  chacun, 
Tu  es  sanctifiée; 

Tu  es  choisie  pour  être  la  mère  de  Jésus. 

114  Celle-ci,  avant  qu'elle  naquît. 
Avait  été  manifestement  préservée  ; 
Et  il  avait  été  décidé 

Que  notre  Roi  béni  descendrait  en  elle. 

115  II  n'y  avait  ni  mal  en  elle, 
Ni  péché,  n'en  doutez  pas; 
Ni  vice  originel 

Dans  la  Vierge,  mère  de  Jésus,  ni  vice  actuel. 


116  Si  bien  que,  doux  et  humble,  vint 
Vers  elle  Gabriel 

Pour  lui  annoncer 

Qu'en  elle  descendrait  notre  Roi  suprême. 

117  Elle  répondit  tout  de  suite 
A  l'Ange  de  l'Annonciation  : 

«  Ce  serait  une  chose  étrange. 

Je  veux  garder  ma  virginité,  je  ne  ferai  pas  cela.  » 

118  Le  bon  Ange,  avec  respect. 
Lui  parla  noblement  : 

I.  Saint  Pie.  V,  1568. 


Anciens  No'éls  bretons.  4j 

111  Scriffet  prym  eo  deonny, 
En  bro  man,  damany 

He  Conception, 
He  voue  cafFet,  membry,  don  redempcion. 

112  Dezy,  gant  Gabriel, 

A  perz  Roue  'n  Ebestel, 
Ez  voue  reuelet 
Ez  vyse  mat  ha  din  quifin  an  Drindet. 

113  Te,  Guerches  goar,  Mary, 
Certen,  dreyst  pep  heny, 

So  sanctifiet; 
Da  bout  mam  da  lesu  ez  out  dyuiset. 

114  Houman,  quent  ma  ganset, 
A  yoa  scier  preseruet; 

Ha  predestinet 
Ez  dysquense  enn  hy  hon  Roue  benniguet. 

115  N'en  doa  drouc  enn  y 
Na  pechet,  na  gret  sy  ; 

Na  vice  originel 
En  Guerches,  mam  lesu,  na  vice  actuel. 

116  Ha  ma  deuez,  cuffvuhel, 

Davet  y  Gabriel, 
Euyt  reuelaff 
Ez  disquense  enn  hy  hou  Roue  ny  muyhaff. 

117  Hy  pront  a  respontas 
Dan  Eal  pan  révélas  : 

«  Tra  bras  v'en  dra  se  ; 
Me  a  delch  ma  guerchdet,  ne  grahen  quet  se.  » 

118  An  Eal  mor%  gant  atfer, 
A  comps  out  y  fier  : 

I .  Liseï  mat. 


46  H.  de  La  Villemarcjué. 

«  Marie,  je  le  déclare, 

Ta  virginité  demeurera  toujours  avec  toi. 

119  Par  l'opération  du  saint  Esprit 
Tu  concevras  cet  enfant; 

Tu  engendreras  sans  douleur 

Jésus  qui  rachètera  certainement  la  race  humaine.  » 

120  —  Puisqu'il  plaît  au  cher  Seigneur, 
Mon  Dieu  et  mon  créateur, 

De  me  recevoir,  [il  vous  plaira.  » 

Qu'il  me  soit  fait  absolument,  Roi  des  astres,  comme 

121  Alors  elle  conçut 

Le  Dieu-homme  qui  nous  racheta 

Hélas  !  sur  une  croix  de  bois  ; 

Et  Marie  le  mit  au  monde  dans  l'étable  d'un  âne. 

122  C'est  notre  ami  de  Nazareth 
Celui  qui  est  né, 

—  Croyez,  n'en  doutez  pas,  —  [rie. 

Et  qui  a  été  nourri  doucement  sur  la  terre  par  Ma- 

123  Avec  honneur,  les  Bergers 
Tout  remplis  de  joie 
Quand  il  fut  né. 

Vinrent  avec  des  louanges  trouver  le  petit  Enfant. 

124  Hérode,  l'imbécile. 
Quand  il  apprit  la  naissance 
D'un  Roi  du  monde,  autre  que  lui. 
Tomba  malade,  hélas  !  d'envie  de  le  tuer. 

125  Du  corps  aimable  de  Marie 
Oui,  assurément  il  est  né 
Notre  Roi  béni  ; 

Donc  les  Léonais  doivent  être  très  joyeux. 


Anciens  No'éls  bretons.  47 

«  Mary,  me  dyscler  se  : 
Chom  a  gray  daguerchdet  bepret  guenede. 

119  Dre  gret  an  Speret  glan 
Ez  conceuy  Map  man  ; 

Hep  poan  te  gano 
lesu  lignez  humen  certen  a  preno. 

120  —  Pan  plig  dan  Autraou  quer, 
Ma  Doue,  ha  ma  Crouer, 

Ma  dycoumeret, 
Diff  ez  grehet  seder,  Roue'n  ster,  drez  queret.  — 

121  Neuse  ez  conceuaz 
Doue  ha  dcn  hon  prenas 

Allas  !  en  croas  pren  ; 
Ha  Mary  en  ganas  en  craou  un  asen. 

122  Hon  car  a  Nazareth 
Eo  heman  so  ganet, 
Credet,  na  lequet  sy, 

Ha  maguet  en  douar  clouar  gant  Mary. 

123  Gant  enor,  Pastoret, 

Pep  guis  rejouisset, 
Pan  voa  ganet  glan, 
So  deuet  gand  meuleudy  bet  en  Map  bihan. 

124  Herot,  an  assotet. 
Pan  cleuas  glan  ganet 

Roue  'n  bet  nemet  aff, 
A  voue  claff  gand  annoaz,  syouas  !  e  lazaC 

125  A  corff  hegar  Mary 
Ez  eo  ganet  detry 
Hon  Roue  benniguet  ; 

Maz  die  don  Leonis  bout  rejouiset. 


48  H.  de  La  Villemarijué. 

126  Vous,  si  irréprochables  de  toute  fliçon, 
Hommes  loyaux  du  Léonais, 

Soyez  tous  joyeux! 

Noël  au  Roi  des  Anges!  Vous  le  devez  [crier]. 

127  II  est  venu  le  Dieu,  le  Roi  du  Ciel, 
Pour  racheter  les  âmes. 

Loyaux  Léonais! 

Voilà  des  braves  gens  toujours  dociles  à  l'Eglise! 


(A  suivre.) 


Anciens  No'els  bretons.  49 

126  Huy  queii  net  en  pep  guis, 
Tut  guirion,  Leonis, 

OU  rejouisset  ! 
Nouel  da  Roue  'n  Aelez  !  hennez  a  dleet. 

127  Deuet  eo  Doue,  Roue  an  Tron, 

Da  pren'an  anaffon. 
Guiiyon  Leonis  ! 

Pepret  int  tut  gentil  en  still  an  Ilys  ^ 


I .   Par  Y.  Guyot,  prestre. 
Revue  Celtique,  X 


THE  VOYAGE  OF  MAEL  DUIN 

(Suite) 


[L.  U.  p.  25"]. 
XX. 


Fogabat  isin  treslo  iarsin  insi  n-aili,  7  mûr  orda  impe,  7  Idr 
gel  ama/  chluim.  Atchiat  dano  fer  inti,  7  iss  ed  ba  hetach  do, 
findfad  a  chuirp  fodessin.  Imchomaircsetar  ^  dô  iarom  cia  sa- 
sad  o  mbered  -  bith  ?  «  Atd  ém,  »  ol  se,  «  sund  topor  isind 
insi-se.  I  n-aine  7  hi  cetain  medg  no  usr6'3  dob^rar  ass.  I  ndom- 
nachaib  imi)iiirro,  7  hi  felib  martir-t  deg-ass  >  (.i.  loim)dobtTar 
ass.  Mad  hi  feil  apstal^  ïmmurro  7  Mairi  7  Eoin  Bàhtaist7  is 
coirm  7  fin  dobcrar  ass,  7  is-sollainnaib  dano^  ».  Im  nônai 
iarom  dosn-anic  on  Chomdid  9  doib  uh  leth-bairgen  cech  fir, 
7  ordu  eisc,  7  ibsit  a  ndoethain  dind  Und  dobreth  dôib  asin 
tiprait  inna  hinsi,  7  focheird  hi  sûan  cotolta  on  trath-sin  cu- 
5arnabarach  ^". 


O  rofersat  tri  aidchi  aigidechta,  forforcongair  in  clerech  forru 


1 .  Imcomaircsit,  E. 

2.  on-arbered,  E. 

3 .  ba  medhgusce,  YBL. 

4.  martirech,  Y'BL.  na  mairtirech,  E. 

5 .  ba  daghass,  YBL. 

6.  apstail,  YBL. 

7.  lohannis  baptaist,  YBL. 

8.7  a  solhmnaib  uislib  na  hliadne,  E. 
9.   do  rath  Dé,  E. 
10.   j  a.  ndoethain  lenno  assin  tiprait.  Cowtulsit  go  harauharach,  E. 


XX. 

On  the  third  day  after  that  they  find  another  island,  with  a 
golden  rampart  around  it  and  the  midst  of  it^  white  like  down. 
They  see  therein  a  man,  and  this  was  his  raiment,  the  hair 
ofhis  own  bodv.  Then  they  asked  himwhatsustenancehe  used. 
«  Verily  »,  saithhe,  «  there  is  hère  a  fountain  in  this  island.  On 
Fridayand  on  Wednesday  whey  or  water  is  yielded  by  it.  On 
Sundays,  however,  and  on  feasts  of  martyrs  good  milk  is  yielded 
by  it.  But  on  the  feasts  of  apostles,  and  of  Mary  and  of  John 
Baptist,  and  also  on  the  hightides  (of  the  year),  it  is  aie  and 
wine  that  are  yielded  by  it  ».  At  none,  then,  there  came  to 
every  man  of  them  half  a  cake  and  a  pièce  of  fish  ;  and  they 
drank  their  fiil  of  the  liquor  which  was  yielded  to  them  ont  of 
the  fountain  of  the  island.  And  it  cast  them  into  a'heavy  sleep^ 
from  that  hour  till  the  morrow. 

When  they  had  passed  three  nights  of  guesting,  the  cleric 


1 .  Litcrally  «  a  floor  ». 

2.  siiau  coiulta,  lit.  «  sicep  of  slecping  (collud)  »,  a  very  commoii  ex- 
pression. 


5  2  Whiîley  Stokes. 

imtecht,  7  lotar  iarom  ass  for  imtecht,  7  celebraiset  dô  iartain^ 


XXI. 

A  mbatdr  iarom  ciana  for  imluad  forsna  tonnaib  atconnarc- 
atar  fota  uadib  insi,  7  ama/  roscuchsat  cofoc/^5  di,  co  cualatar- 
ïogiir  na  ngoband  oc  tuarcain  brotha  forsind  inneoin  co  n-on- 
aib3  amfl/  tuarcain  trir  no  cethrair.  Intan  iarom  lotar  hi  com- 
focM5  co  cualatar  in  fer  oc  imcomarc  diarailiu  4  :  «  In  fuilet  hi 
iocus  ?  »  ol  se.  »  «  To5  »  ar  araile.  «  Ciasôm^?  »  ar  fer  aile, 
«  asbmtsi  do  tuidecht  and  ?  »  «  Meic7  beca  atchiat  hi  lothwr^ 
bic  anall  ùt  »,  fer  se.  O  rochûala  Maélduin  anisin  atb^rtatar 
inna  gobaind,  âsheir9  :  «  Tecam  forcûlu,  »  ol  se,  «  ocus  na 
himpam  in  curach,  acht  bid  a  erais  renie,  drnaro  ariget  teched 
dùn'^"  ». 

Imraiset^^  iarom  7  a  erais  resin  curach.  larfaigis  aris  in  fer 
cetna  bûi  isin  cerdchai  :  «  Indat  flicsi  don  purt  indossa  ?  »  ol 
se.  «  Atatinnatost  »,  ol  in  dercthaid^^^  «  sech  ni  thecat  ille,  ni 
thiagat  innond  ». 

Nir'bo  chian  iarsin  coro-iarfaig  doris  ^5  :  «  Cid  dogniat  in- 
dosso  ?  »  ol  se.  «  IS  doich  lemsa  »,  ol  in  fegthaid^-^,  «  is  for 
teched  tiagait  :  is  sia  lim  attat  indossa  on  phurt  olda  o  chian- 
aib  ».  Doth:\:t  in  goba  andsaide  assain  cherdchai,  7  bruth 
[p.  26^]  romor^4  isin  tenchoir  inna  laim,  7  focheird  in  mbruth 


1 .  O  rofersat  teora  \o2.  co  n-odqu\  an-oeghoidecht,  roforchonguir  in  clé- 
rech  a  n-imtecht.  Dogniter  samlaid,  E. 

2.  rochualatar,  E. 

3.  con-ordaib,  KBL.,  conorduib,  £. 

4.  friaraile  l'fiL.,  diaroli,  H.  6.  son  YBL  and  E. 

5.  T6,  YBL  and  E.  7.   Fn,E. 

8.  il-lothur,  E.,  al-lothair,  YBL. 

9.  atbert,  H. 

10.  arnaron-airigtgr  for  xechedh,  E. 

1 1 .  lasiut,  H. 

12.  fegaidh,  W.,  feghthaig,  YBL.,  dercuig,  E. 

13.  dorisi,  YBL.  14.   fcithmidh,  YBL. 

14.  7  bruth  raor  iairnn,  YBL.,  bruth  radr,  E. 


The  Voyage  of  Mael  Duin.  5  j 

ordercd^  them  togo.  Sothenthey  went  forthon  theirway-,  and 
afterwards  bade  him  farewell. 


XXI. 

Now  when  they  had  bcen  long  a-voyaging  on  the  waves 
they  saw  far  from  them  an  island,  and  as  they  approached 
it,  they  heard  the  noise  of  the  smiths  smiting  a  mass  (of  iron) 
on  the  anvil  with  sledges5,  hke  the  smiting  of  three  or  of 
four.  Now  when  they  had  drawn  nigh  it  they  heard  onc  man 
asking  of  another:  «  Are  they  close  at  hand  ?  »  saith  he.  «  Yea  », 
saiththc  other.  «  Who  »,  saith  another  man,  «  are  thèse  yesay 
are  comingthcre?  »  «  Little  boys  they  seem4  in  a  littletrough 
yonder  »,  saith  he.  When  Mael  duin  heard  what  the  smiths 
said,  he  saith:  «  Let  us  retreat  »,  saith  he,  «  and  let  usnot  turn 
the  boat,  but  let  her  stem  5  be  foremost,  so  that  they  may  not 
perceive  that  we  are  fleeing  ». 

Then  they  rowed  away,  with  the  boat  stern-foremost.  Again 
the  same  man  who  was  biding  in  the  forge  asked  :  «  Are  they 
nownear  theharhour  ?  »  saith  he.  «  Thev  are  at  rest^  »,  saith 
the  watchman  :  «  they  comc  not  hcre  and  they  go  not  there  ». 

Not  long  thereafter  he  asked  again  :  «  what  are  they  doing 
now?  »  saith  he.  «  I  think  »,  saith  the  look-out-man,  «  that 
they  are  running  away;  meseems  they  are  further  from  the 
port  now  than  they  wcre  some  time  ago  ».  Then  the  smith 
came  out  of  the  forge,  holding  in  the  tongs  a  hugë  mass  (of 
glowing  iron/),  and  he  cast  that  mass  after  the  boat  into  the 


1 .  Note  the  prefix  for,  of  which  eleven  examples  are  given  in  the  intro- 
duction to  the  Tripartile  Life,  p.  Ixxi. 

2.  The  last  two  clauses  in  LU.  hâve  obviously  been  transposed.  The 
whole  chapter  is  substantially  the  same  as  chap.  XIX,  and  has  doubtless 
been  taken  bv  the  compiler  from  a  second  ms 

5 .  ortaih  for  ordaib  pi.  dat.  of  01  d  a  slcdge-hammer,  z:z  W.  g-ordd. 
4.  atchiat  «  they  sce  »  hère  appears  to  mean  «  they  seem  ». 

) .   erais  m  cross. 

6.  Lit.  «  in  their  silence  ». 

7.  hrtith  (^cn.  brotha)  À.  awr,  the  mass.  lump,  cast  or  charge  of  glowing 
met.1l  in  the  forge  or  furnace,  P.  O'C. 


54  Winiley  Stokes. 

sain  indegaid  in  curaig  hisin  muir,  coro  lich  in  muir  uile, 
achtnis-rocht-som,  arrotheichset  foner[taib]  bdg^  codiandein- 
m[ne]tach  isin  n-ocian  môr  immach  -. 

XXII. 

IMrast'tiarsin  ro/zos-tarla  im-muirba  cosmail  fri  glain  nglais. 
Bùi  dia  glaine  cor'bo  réill  5  in  grian  7  in  gainem  in  mara  trit-t, 
7  noro//-faccatar  biastai  na  lianmannai  and  et/r  na  carrce,  acht 
in  grian  glan  7  an  gainem  glas>.  Batar  ré  mor  dind  16  oc  im- 
ram  in  mara  sin,  7  ba  môr  a  etrochta  7  a  dlli^. 


XXIII. 

Foclieirdat7  ass  iarsein  him-muir  n-aill  cosmail  fri  ncl,  7 
andar  leoseom  nis-faélsad^  fèin  nach9  in  curach.  Conaccatar 
iarsain  fôn  muir  fôthib  ^^  annis  dùine  c/niitachta  7  tir  alaind,  7 
atchiat  anmanna"  mor  n-uatlimar  biastaite^^  hi  crund  and'3,  7 
tâin  do  almaim^4  7  indilib  immon  crand  immacùaird  ^>,  7  fer 


1 .  acht  ni  rocht-som  ar  roteichsid  fo  nertaib  bâgh,  YBL. 

2.  acht  ni  roacht  eat,  ar  a  déne  rothechsiut  ammach,  E. 
5.  leir,  YBL.,  rcil,  E. 

4.  For  in  mara  trit,  E.  bas  trethe,  YBL.  boi  'na  hichtur. 

5.  7  ni  fhacatar  biastai  na  anmonna  na  cairgiu,  na  nac/;  n-aimrédh  etzV 
inte,  E. 

6.  Batar  cd  ciân  don  lo  ace  ascnam  in  maro  sain,  ar  ba  mor  a  hetro- 
chta  leo,  E. 

7.  Fosceird  YBL.^  Foscerdat,  E. 

8.  ni  fôelsit,  E. 

9.  inna,  E. 

10.  foaib,  K6L.,  fôib,  E. 

1 1.  anmonn,  E. 

12.  biastaidhi,  YBL..,  mbiâstaighc,  E. 

13.  ard,  YBL.,  E. 

14.  almuib,  YBL. 

15 .  siu  7  anall,  E. 


The  Voyage  of  Mael  Duin.  ^  5 

sea;  and  dl  the  sea  boiled  ;  but  he  did  not  reach  the  boat', 
for  they  fled  with  ail  their  warriors'  might,  swiftly,  hurriedly, 
forth  into  the  great  océan . 


xxn. 

After  that  they  voyaged  till  they  entered  a  sea  that  re- 
sembled  green  glass.  Such  was  its  puritv  that  the  gravel^  and 
the  sand  of  the  sea  were  clearly  visible  through  it  ;  and  they 
saw  no  monstcrs  nor  bcasts  therein  among  the  crags,  but  only 
the  pure  gravel  and  the  green  sand.  For  a  long  space  of  the 
day  they  were  voyaging  in  that  sea,  and  great  was  its  splend- 
eur and  its  beauty. 

XXIII. 

They  afterwards  put  forth  into  anothcrseahke  acloud,  and  it 
seemed  to  them  that  it  would  not  support  them^  or  the  boat. 
Then  they  behcld  under  the  sea  down  below  them 4  roofed 
strongholds  and  a  bcautiful  country .  And  they  see  a  beast  huge, 
awful,  monstrous,  in  a  tree  there,  and  a  drovc  of  herds  >  and 


1 .  Compare  the  second  cast  of  the  Cyclops,  Odyssey  ix.  539,  540,  and 
the  followuig  passage  from  Perigr.  Brandani,  p.  28  :  audierunt  sonitus  fo- 
lium  sufrtantium  quasi  tonitruum  atque  mallcoruni  coUisionem  contra  fer- 
rum  et  incudes...  qccq  unus  ex  habitatoribus  eiusdem  insuie  egrediebatur 
foras  quasi  aliquot  opus  peragens  :  erat  ispidus  valde,  et  igneus  atque  tcne- 
brosus.  Cuni  autem  vidisset  lamulos  Dci  transire  juxta  insuhinij  reversas  est 
in  suam  officinani.  Vir  Dci  itcrum  se  armavit  et  ait  fratribus  :  c  Filioii, 
tcndite  in  ahuin  plus  vêla  et  simul  navigate  quantocius  et  fugiamus  istani 
insulam.  Citius  dicto  ç.ccg  predictus  barbarus  occurrit  ad  litus  illis  a  regione 
portans  forcipem  in  manibus  cum  massa  ignea  de  scorio  inmense  magni- 
tudinis  atque  fcrvoris,  qui  statim  super  famulos  Christi  jactavit  predictam 
massam,  set  illis  non  nocuit,  transivit  enim  illos  quasi  spacium  unius  stadii 
ultra  :  nam  ubi  cecidit  in  mare  cepit  fervere  mare  quasi  ruina  moniis  ignei 
fuisset  ibi,  et  ascendcbat  fumus  de  mari  sicut  de  clibano  ignis. 

2.  griau  (n  the  gravel  or  sand  of  a  sea,  lake  or  river  »,  P.  O'C.)  zr  W. 
gidiati  sabulum,  saburra,  glarea  (Davies). 

^.   Au-ZW  the  dépendent   lorm  of  the   reduplicated   2dy  s-fut.  sg.    5  of 

Jolangitii. 

\.   In  folh-ib  the  //;  is  inserted  to  shew  that  /o-//'  is  a  dissyllable." 

).    In  ahiaint  the  fnial  m  is  for  infectcd  b.  Cf.  proiiiiulh  zuprobarc  inira, 

cliap.  XXXI. 


56  Whitley  Stokes. 

cona  arm  hifarrad  in  chraind,  co  sciath  7  gai  7  claidiûb  ^ 
Amal  atconnairc-sede-  in  n-anmanna  môr  ût  bôi  isin  crund 
téit  5  ass  for  teced  fochetôir.  Sinis  in  t-anmanna  4  a  brdgit  ûad 
asin  chrund,  7  furmid  >  a  chend  i  ndruim  in  daim  ba  mô 
dond  aimai  ^,  7  srengais  lais  isin  crand,  7  nos-ithend  fochetôir 
friha  brathad  sula^.  Techit  ass  fochetôir  indinnile^  7  in  bûa- 
chaill  ;  7  6'tchonnai[r]c  Mcél  dûin  sin  cona.  muintir  nos-geib  9 
imecla  môir  7  omon,  ar  bd  dôich  leo  ni  roistis  laris  œn  totim 
trit  sis  ar  a  thanaidecht  a.mal  chiaich  ^°. 


Rosagat  iarom  thairis  iar  môrgdbud. 


XXIIII. 

Fuaratar  iarsin  insi  n-aile,  7  atraacht"  am-muir  impi  suds, 
condernai  aile  ^-  dimora  impe  imdcûaird.  Amal  ro  arigsetar^> 
daine  ^^  in  tiri  sin  eat-som  atas-fobrat  ic  égmig  impu,  7  at- 
bfrat^>  :  «  Attésim-on,  attesim-on  !  »  fot  a  n-a  [p.  26^]-nali  ^^. 
Atrhoncatar  iarom  ddine  imdai  7  alm(a)  môra  do  indilib,  7 
graige  ech,  7  treôit  ^7  cha^rech  imdai.  Bôi  iarom  banscdl  oca 


1 .  Sciath  7  gae  7  daidium  laiss,  E. 

2.  atchiat  side,  E. 

3.  tiaghuid,  E. 

4.  in  t-anmand,  E. 

5.  foruirmed,  E. 

6.  fa  mo  issin  almô,  E. 

7.  non-ithend  fochetôir  fri  brathadh  sula,  YBL.^  non-malairtcdh  iri  pra- 
pad  na  sulai,  E. 

8.  Notechtis  in  innili' fochetôir,  E. 

9.  rus-gab,  E. 

10.  ar  dorumensat  cona  roistis  beo,  E. 

11 .  atracht,  YBL.,  E. 

12.  aille,  YBL.,  alita,  E. 

13.  rorathaighsit,  E. 

14.  doene.  YBL.,  fir,  E. 

1$.  rofuabuirsit  oc  cghim  inimpu  7  is  cd  ispcrat,  E. 

16.  athesimôn,  athcsimôn,  fot  an  anala,  KBL.,  atheisira  on,  athcisim  on, 
fot  a  n-anâla,  E. 

17.  7  graigib  7  treoto  (treôit,  E.)  caireach,  YBL. 


The  Voyage  of  Mael  Duin.  57 

flocks  round  about  the  tree,  and  beside  the  tree  an  armed 
man,  with  shield  and  spear  and  sword.  Whcn  he  beheld  yon 
huije  beast  that  abodc  in  the  tree  he  c;oeth  thence  at  once  in 
flight.  The  beast  stretched  forth  his  neck  out  of  the  tree,  and 
sets  his  head  into  the  back  ot  the  largest  ox  of  the  herd,  and 
dragged  it  into  the  tree,  and  anon  devours  it  in^  the  twink- 
Hng  of  an  eye^.  The  flocks  and  the  herdsman  flee  away  at 
once;  and  when  Mael  duin  and  his  people  saw  that,  greater^ 
terror  and  fear  seize  them,  for  thcy  supposcd  that  they  would 
nevcr  cross  that  sea  without  faUing  down  through  it,  by  rcas- 
on  of  its  tenuity  hke  mist. 

So  after  much  danger,  they  pass  over  it. 


XXIV. 

Thereafter  they  found  another  island,  and  uparound  itrose 
the  sea,  making  vast  cHfls^  (ofwater)  ail  about  it.  As  the  people 
otthat  countryperceivedthem,  they  set  to5  screaming  atthem, 
and  saying:  «  It  is  they!  It  is  thcy!  »,  till  they  were  out  ot 
breath^.  Then  Mael  duin  and  his  mcn  beheld  many  human 
beings,  and  great  herds  of  cattle,  and  troops  of  horses,  and 
many  flocks  of  sheep.  Then  there  was  a  woman  pelting  them 


1 .  fri-h-a  seems  (like  imm-ô)  a  compound  préposition  -rz  frilh    •-  a. 

2.  hrathad  (gcn.  lirolto,  pi.  n.  hrottae,  ace.  brotu)  the  oldcr  Ibrm  ot'  brufad, 
wlierc  th  (:^ /;ji  scems  to  hâve  become/,  as  in  biaflacc,  ntifrige,  afraig,  afii- 
<fwj  ;  possibly  also  m  gafann  =;  Corn,  gahcn  «  hcnbanc  »  and  alUibar,  al- 
labracb  for  '  allai hr-. 

^.   III 'ir  is  hcro  a  comparative:  see  infra  p.  61,  note  3. 
t.   allf,  ace.  pi.  of  the  neuter  s-  stem  ail,    rock,  steep,  or  cHtT,  P.   O'C. 
preceitic '/la/iof,  cognate  with  Gcnnan  fcls  and  Skr.  pjsbva,  pjsh.ina. 
').  aliis-Juhrat,  co'^nâi^:  whh  JjlKuiirn,  J'ôbuiit,  Windisch  Wœrterb.  s.  vv. 
6.   Lit.  Il  the  length  of  tiieir  breath  »  (auàl,  \V.  umull). 


$8  Whitley  Stokcs. 

nJiburgud  ^  som  nnis  co  cnoib  môraib  co  tairistis  forsna  ton- 
naib  thuds  occo  som  2.  R6theclaimsc/-som  3  môr  dina  cnoib- 
sin  4,  y  dofucsat  >  leo.  Dollotar-som  ond  insi  ïorcûlu,  7  ansat^ 
na  hegme  la  sodain. 

«  Cairm  /  hi  tât  indossa  ?  »  ol  in  duine  ticced  fônn  egem 
dianéis, 

«  Dolotar  ass  »,  (or  cetherd  aile  dib. 

«  Nidat-é  amlaid  »,  ar  cethernd  aile. 

IS  tris  as  chosmail  da/;c)  anisin,  amal  bad  nech  dia  mbcth 
hi  tarngire  leosom  do  dilgend^  a  tiri  7  dia  n-innarba  asa  tir  9. 


XXV. 

Gabsat  in  n-insi  n-aile  hi  tdrfàs  dôib  rét  n-ingnad^o  .i.  co- 
n-uargaib"  sruth  môr  a  tracht  na  hinsi  suas  co  téged  amal 
tudig^2  nime  tarsin  n-insi  uli,  co  ;/diburned^3  isin  tracht  n-aile 
na  hinsi  dond  leith  aile  di.  Ocus  tictis-seom  foi  annis  cen  fliu- 
chad  ^4.  Ocus  nogontais[s]eom  écne  mora  ass  anuas^s,  7  dofu- 
titis  écne  mora  dcrmara  asin  tsruth  anûas  for  talmain  na  hinsi 
sis,  co  mba  lan  ind  inis  uli  dia  mbréntaid  ^^,  dr  ni  rabi  nech  6 
tairscd  a  teclamad  ara  n-imad  ^7. 

1.  bandscal  môr  oc  a  ndiubrucadh,  YBL.,  dibruccud,  E. 

2.  (orna,  tunna  hi  fogH5  doibsium,  E. 

3 .  Rotheclaimtfs,  E. 

4.  denaim  cnoib.  E. 

5 .  dosfucsat,  YBL. 

6.  ansait,  YBL. 

7.  Cia  hairm,  YBL.,  E. 

8.  Is  fViss  ba  samulta  leosum  do  dilgiund  a  tire  fio  dia  n-innarbrt,  E. 

9.  YBL.  adds  ut. 

10.  n-ingnum.  E. 

1 1 .  cotn-ocbudh,  YBL. 

12.  stuaigh.  Y'BL.,  stuâidh,  E. 
.13.  contuirnffif,  E. 

14.  gen  llechofi  brotharne  dia  n-ctacli,  E. 

1 5 .  for  ccne  mora  ass  anuas  YBL.  bas  suas  iarom  an  sruth,  and  E.  bas  in 
sruth  suas. 

16.  dia  mbrentaigh  7  dia  mibalad,  YBL.,  dia  nibrcntaith  7  dia  mibolad, 
H.  do  breniaid  7  do  balud  on  iasc,  E. 

17.  a  tecluimm  a  n-immut,  E. 


The-  Voyage  of  Mael  Duin.  59 

from  below  with  large  nuts  which  remained  (floating)  on  the 
waves  above  by  them.  Much  of  those  nuts  they  gathered  and 
took  with  them.  (Thcn)  they  went  back  from  the  island,  and 
thereat  the  screams  ceased. 

«  Where  are  they  now  ?  »  saith  the  man  who  was  coming 
after  them  at  the  scream. 

«  They  hâve  gone  away  »,  saith  another  band^  of  them. 

«  They  are  not  so  »,  saith  another  band. 

Now  it  is  hkely  that  there  was  some  one  concerning  whom 
they  (the  islanders)  had  a  prophecy  that  he  would  ruin  their 
country  and  cxpel  them  from  their  land. 


XXV. 

They  gat  them  to  another  island,  whcrein  a  strangc  thing 
was  shewn  to  them,  to  wit,  a  great  stream  rose  up  ont  ot  the 
strand  of  the  island  and  went,  like  a  rainbow  ^,  over  the  whole 
island,  and  desccndcdJ  into  the  other  strand  of  the  island  on 
the  other  side  thereof.  And  they  were  going  under  it  (the 
stream)  below  without  being  wet.  And  they  were  piercing 
(with  their  spears)  the  stream  above4;  and  (thcn)  great,  enor- 
mous  salmon  were  tumbling  from  above  out  ot  the  stream 
down  upon  the  soil  of  the  island.  And  ail  the  island  was  full 
of  the  stench  (of  the  fish),  for  there  was  no  one  who  could 
finish  gathcring  them  because  of  their  abundance. 


1.  cetbcrd  for  cethertui,  celheru,  as  card  for  carnJ,  dirii,  etc. 

2.  Lit.  bow  (Itiaij)  ol  licavcn.  Iii  tlic  stuai^b,  stiiaidh  of  YBL  aiui  K  \\x 
li.ivc  prothetic  s. 

\.   diburned  ycxh^^s,  ^z  di-(or-iiukd,  cognatc  with  doairiudim,  -tairnim. 
4.   Herc  I  translate  from  YBL.  and  E. 


6o  Whitley  Stokes. 

O  espartain  aidchi  domnaig  co  hanteirt  dia  lûain  nin-gludsf<i?^ 
in  sruth  sain,  acht  nothairissc^  ina  thost  inna  muir  immon 
n-insi  immacuairt.  Immainait  ~  dôib  iarom  an  bu  môir  dona 
liécnib,  7  linsait  a  curach  dôib,  7  lotar  ond  insi  sin  fo/'culu 
forsin  n-ocian  bcos  ^ . 

XXVI. 

IMraist?/  iarsin  co  fuaratar  colomain  môir  n-airgdidi.  Cethri 
slessa  aicce  i  mboi  [dâ]  sesbeim-i  in  churaig  fri  cech  slis,  co 
mbdtdr  ocht  sesbeimend  don  churuch  a  timchell  uli.  Ocus  ni 
rabi  ôen  fot  do  talmain  imme,  acbt  in  t-ocian  anforcnedach  5 . 
Ocus  ni  accatar-som  cinnas  bôi  this  a  hichiiir  110*^  a  huacht«r 
tâas  ïor  a  hairde7.  Bôi  lin  argdide  assa  hùaclitor  cofota  uâd 
immach,  7  dolluid  in  curach  fo  séol  trena  mocoU  ind  lin-sin. 
Ocus  dobt'rt  Diûran  beim  do  febur  a  gœ^  tar  mocoll  ind  lin. 
«  Na  mandair  in  lin  »,  ar  Msél  dûin,  «  ar  is  o(pred)  morfer9 
ani  atchiam  ».  «  Ar  molad  anma  Dé,  »  ol  Diuran,  «  is  airi 
dogniu-sa  so,  corop  mo-te  chretir  (mo  scéla  ^°),  7  bérthair 
uaimse  for  altoir  Aird  Mâcha  acht  co  r//5H(èrinn  ».  Di)"  ungi 


) 


ni  gluaisedh,  YBL. 

Inneonaid,  YBL.,  Tinôlat,  E. 

7  lotar  on  indsi  arculo  diarraigh  beous,  YBL.,  7  lotar  as,  E. 


4.   da  seisbém,  YBL. 


) 


nemforcnedhach,  YBL.,  forciiedacb  by  metathesis  for  forccnâach,  jor- 
ccmiach. 

6.  nach,  YBL. 

7.  arairdiu,  H. 

8.  gai.  YBL. 

9.  opredh  moirlhcr,  YBL. 

10.  nio  scela,  YBL. 

11.  Da,  YBL. 


The  Voyage  of  Mael  Duin.  6i 

From  Sunday  eventide  to  Monday  forenoon^  that  streani 
did  not  movc,  but  remained  at  rest  in  its  sea  round  about  the 
island.  Then  they  bring  into  one  place  -  the  largest>  of  the  sal- 
mon,  and  theyfilled  their  boatwith  them,  and  went  back  from 
that  ishind  still  on  the  océan. 

XXVI. 

Thereafter  they  voyaged  till  they  found  a  great  silvern  col- 
umn.  It  had  four  sides,  and  the  width  of  each  of  thèse  sides 
was  two  oarstrokes4  of  the  boat,  so  that  in  its  whole  circum- 
ference  there  were  eight  oarstrokes  of  the  boat.  And  not  a 
single  sod  of  earth  was  about  it,  but  (only)  the  boundless 
océan.  And  they  saw  not  how  its  base  was  below,  or  —  be- 
cause  of  its  height  —  how  its  summit  was  above.  Out  of  its 
summit  came  a  silvern  net  far  away  from  it  ;  and  the  boat 
went  under  sail  through  a  mesh  of  that  net>.  And  Diuran 
gave  a  blow  of  the  edge  of  his  spear  over  the  mesh.  «  Destroy 
not  the  net  »,  saith  Mael  Duin,  «  for  what  we  see  is  the  work  of 
mighty  men  ».  «  For  the  praise  of  God's  name  »,  saith  Diu- 
ran, «  Ido  this,  so  that  my  tidings  may  be  the  more  believed; 
and  provided  I  reach  Ireland  (this  pièce  of  the  mesh)  shall  be 

1 .  auteirt  is  rr  W.  anterth  the  time  between  9  A.  M.  and  noon. 

2 .  The  iniieonaid  of  YBi  would  mean  «  they  strike  »  (imieonaim  I  strike. 
stamp,  0"R.),  cognate  vvith  indcoin  «  anvil»,  W.  einiongôf.  ThQ  immainait 
o( LU.  is  obscure.  The  ainail  may  be  for  ùinail,  cenait  =:  a  Latin  umvit  («  di- 
videre  potius  quani  unare  •,  TertuUian).  If  so.  the  itnieonaiil  6Î  YBL  is  a 
scribal  error  for  immoenaid.  E  substitutcs  tinolat  «  they  gather  ». 

3  .  niinr  hère  seems  a  comparative,  as  in  chap.  XXIV,  supra  p.  57,  and 
in  the  passages  cited  by  Zinimer  (Kuhn's  Zeitschrift,  xxviii,  370)  from  LU. 
)9-'35  and  IL.  2)2b,  2,,  30,  3s. 

4.  sesbetiN.  So  in  the  Tripartite  Life,  88,  Ciar.in  hears  the  fogiir  octis  ses- 
beini  intta  Itingai  «  the  noise  and  oarstroke  of  Diarmait's  vessel  ».  seis  or 
seisl  lumult,  noise,  buslle,  P.  O'C. 

).  Cl.  Aparuit  illis  colunipna  in  mari...  Cum  autem  appropinquassent, 
vir  Dei  asspiciebat  summitatcm  illius  :  tamen  minime  videre  potuit  pre  ahi- 
tudine  illius.  namque  ahior  erat  pêne  quam  aer.  Porro  cooperta  fuit  ex  raro 
conopeo  :  in  tantum  rarus  erat,  ut  navis  possit  transire  per  foramina  illius. 
Ignorabant  de  qua  creatura  est  factus  ipse  conopeus  :  habebat  colorem  ar- 
gent! ...  ait  ad  illos  vir  Dei  :  Mittite  navim  intus  ner  aliquod  foramen,  ut 
videamus  diligenter  magnalia  creatoris  nosiri  ».  Perigrinatio,  p.  27.  The 
lin  (net),  conotviis  or  coiiobemn  seems  sug^ested  by  thecanopv  formerlvsus- 
pended  over  the  altar  to  tceep  olï  Aies  :  Lotiopeum  in  similitiidine  retis  con- 


62  Whitley  Stokes. 

co  leith  iss  ed  bôi  and  iarna  thom«i  i  nArd  Ma(cha.  Co  cua-) 
latâr  da;w  iarsain  guth  môr  solusglan  do  ûachtur  (na  colomna) 
ût  :  sech  ni  fetatar  cia  bcrla  rolabair  7  cid  ^  rolabair. 


XX\TI. 

Atchiatinsi  ailedano  ft^rôenchois  .i.  ôcnchos  (oca  fulang^). 
Ocus  imraisi'/  a  timchell  d'iarraid  chonairi  inti,  7  ni  (fuaratar)' 
[YBL.,  col.  383]  nach  conair  indte,  acbt  adchoncatar  a 
n-ichtar  na  coise  tsis  dorus  fordunta4  fô  glas.  Athgenatar- 
som  ba  si  sen  conair  noteighthe  isan  indsi,  7  adchonncatar 
arathor  a  n-ochtar  na  hindsi  ;  sech  ni  acaillset  neach,  ni  ros- 
acaill  neach  iat.  Tecad  5  ass  for  cûlo. 


[XXVIII.] 

Rancatar  iarsin  indsi  môir,  7  mag  mor  inte,  7  magsliab 
môr  inti  cen  fraech,  is  se  ferach,  slemoin.  Cc)nac[at]ar  dun  môr 
ard  isinn  indsi  sin,  is  e  daingen,  a  comîocus  don  muir,  7  teach 
mor  cumdachta  and  co  ndaghdhergudhaib.  Secht  n-ingena  déc 
macdhachta  icdenom^  [col.  384]  fothraicthe  and.  Ocus  dolo- 
tar  isan  n-indsi  sin  co  ndesitar  for  cnucc  andorus"  an  duine. 
Is  ed  asbt'rt  Ma.4  dui7i  :  «  Is  derb  lind  tra  as^  dund  dognit/;^r 
an  fothrocadh  ût  » .  Trath  nona  iarom  conacatar  marcach  for 
each^   mbuadha  don    dun.  Eachdillat    maith  cumtachta  foa 


1 .  no  cidh  b^rla,  YBL. 

2.  Sic,  YBL. 

3.  acht  ni  fuaratar,  YBL.  Hère  ends  the  second  fragment  in  LU. 

4.  duntae,  //. 
).  tegait,  H. 

b.   macdacht  oc  denamh,  /y. 

7.  andorus  andorus,  YBL. 

8.  ni,  H. 

9.  eoch,  H. 


The  Voyage  of  Mael  Duin.  6  ] 

offered  by  me  on  the  altar  of  Armagh  ».  Two  ounces  and  a 
half  was  its  wcight  when  mcasured  (afterwards)  in  Armagh. 
And  thcn  they  heard  a  voice  from  the  summit  of  yonder 
pillar,  mighty,  and  clear,  and  distinct.  But  they  knew  not  the 
tonguc  it  spake,  or  the  words  it  uttcred^ 


XXVII. 

Then  they  see  another  island  (standing)  on  a  single  pe- 
destal,  to  wit,  one  foot  supporting  it.  And  they  rowed  round 
it  to  seek  a  way  into  it,  and  they  found  no  way  thereinto; 
but  they  saw  down  in  the  base  of  the  pedestal  a  closed  door 
under  lock.  They  understood  that  tbat  was  the  way  by  which 
the  island  was  entercd.  And  they  saw  a  plow  on  the  top  of  the 
island;  but  they  hcld  speech  with  no  one,  and  no  one  held 
speech  with  them.  They  (then)  go  away  back  (to  sea). 


XXVIII. 

After  that  they  came  to  a  large  island,  and  there  was  a 
great  plain  therein,  and  on  this  a  greattable-land-,  heatherless, 
but  grassy  and  smooth.  They  saw  in  that  island  near  the  sea, 
a  fortrcss,  large,  high  and  strong,  and  a  great  house  therein 
adorncd  and  with  good  couches.  Seventeen  grown-up  girls 
were  there,  preparing  a  bath.  And  they  (Mael  duin  and  his 
men)  landed  on  that  island  and  sate  on  a  hillock  before>  the 
fort.  Mael  duin  said  this:  «  We  are  sure  that  yonder  bath  is 
getting  ready  for  us  ».  Now  at  the  hour  of  none  they  beheld 
a  rider  on  a  race-horsc4  (coming)  to  the  fortress.  A  good, 
adorned   horscclotii  under  her  seat:   she  wore  a  hood,   blue 

tcxtum  propter  muscas  et  culices.  Nani  culixconix  hebra|i,ce  dicitur...  Co- 
nopeo  muscarurn  rete  uel  ornamcntum  subtilissimum,  Ms.  Reg.  Christinac 
(bibl.  Vatican.)  N"  21  >,  f'  99'. 

1 .  Hcre,  surcly,  \vc  havc  some  of  tliat  magie  ol  Ccltic  romance,  which 
Maiihew  Arnold  lovcd  and  praised. 

2.  I  conjecture  this  to  bc  the  mcsn'mg  oî  tiuig-sUab,  \'\l.  «  phtin-moun- 
tain  ».  Cf.  tiiaif;-réid  supra. 

3.  iiiiJoriis,  O.  Ir.  indorus,  a  nominal  préposition  meaning  «  before  ». 
.\.  Lit.  «  horse  of  victory  ». 


64  Whitley  Stokes. 

suidhiu.  Cocholl  gorm  geslach  uimme.  Brat  cimsach  corcra 
uime.  Lamanda  co  n-6rphell  '  imma  lamaib,  7  iallacrand^  cum- 
dachta  imma  chosa5.  Amal  t//rlaingis  fo  cétoir  gabais  ingen 
doua  hingenaib  an  t-each.  Luid  iarsiii  isan  dun  7  luid  isan  fo- 
thrucadh.  Adconcatar  imniurro  ba  bean  tarblaing  dind  each, 
7  nir'bo  chian  iarsin  doluid  ingen  dona  hingenaib  ['nando- 
chumm-^].  «  Focen  bar  tiachtu!  »  ol  si.  «  Tiçd  isin  dun  :  do- 
barn-o[air5  ind  ri^an  ».  Lotar  isin  dun  iarom  :  fothraicset^ 
uile;  7  siasair  an  rigan  isand-ara  leith  don  tigh  7  a  secht  n-in- 
gena  déc  uimpe.  Siasair  Mi\;l  duin  dano  isan  leith  n-ailc  anir- 
comair  na  rigna,  7  a  secht  fir  dcc  uime.  Dobreath  iarum  mias 
co  ndaigbiudh  fuirre  do  Ma.'lduin,  7  lestar  do  glain  co  ndaig- 
hnd/  ina  tarrudh,  7  mias  cacha  trir  7  lestar  guba  trir  dia 
muintir.  O  roscaichset^  a  praind,  is  ed  asbtrt  an  rigan: 
«  Cindus  coHtu'ûîet  ind  ôighidh9?  »  ol  si.  «  Indus  asbera-su  », 
olMasl  duin,  «  Arfecht^°  arfuiris  »,  ol  si,  «  bar  tiachta-si  dinn 
indsi.  Gaibedh  ceaf/;tar  uaib  a  mnâi  "  .i.  a  fil  ana  ercomair,  7 
tiat  isan  imdhai  aracul^-  ».  Ar  batar  secht  n-imdadha^5  dec 
cumdachta  [isin  tig]  co  ndagdergudhaib  iarna  cuire-som, 
Foiset  ^-^  immalle  iarum  na  secht  fir  déc  7  na  secht  n-ingena  déc 
macdhacht,  7faidhis^î  Mael  duin  lasan  rigain.  Con  tuiled  iar- 
suidhe  co-mmatin  arnamarach.  Atrachtatar  iarom  iarmaitin^^. 
«  Anaidh^/ sund  »,  ol  an  rigan,  «  oc//^  ni  toeth^^  a:?ss  foraib,  acht 
an  2ésinob-tarras^9;  7  ro[b]biabithbeathodog/rs,  7ando[b]-fiirnic 


1.  orphelt,  H.  4-   Sic,  H. 

2.  iallacrando.  H.  5.  dobar-gair,  H. 

3.  Sic,  Y B L,  icad  cosssi.  6.  nos-fotraicet,  H. 

7.  Sic,  H.,  lestar  co  nglain  do  daiglind,  YBL.,  lestar  di  glaia  co  ndag- 
lionn,  H. 

8.  o  roscaitsid,  YBL. 

9.  Sic,  H.,  inna  haidigh,  YBL. 

10.  arfes,  H. 

1 1 .  mnûi,  YBL. 

12.  Sic,  H.,  fola  culo,  YBL. 
1 5 .  nimdagha,  YBL. 

14.  feotar,  H. 

15.  fiu,H. 

16.  arabarucb,  H. 

17.  Sic,  H.  Anaigh,  YBL. 

18.  Sic,  H.  thaed,  YBL. 

19.  an  oess  indubar-tarraid  bete  ann,  H. 


The  Voyage  of  Mael  Duin.  65 

and '  she  wore  a  bordered-,  purple  mantlc.  Gloves  with 

gold  enibroidery  5  on  lier  hands  ;  and  on  lier  feet  adorned  san- 
dals.  As  she  alighted,  a  girl  of  thc  girls  at  once  took  the 
horse.  Then  she  entered  the  fortress  and  went  into  the  bath. 
Then  they  saw  that  it  was  a  woman  that  had  ahghted  from 
the  horse,  and  not  long  afterwards  came  a  girl  of  the  girls 
unto  them.  «  Welcome  is  your  arrivai!  »  saith  she.  «  Corne 
into  the  fort:  the  queen  invites  you4  ».  So  they  entered  the 
fort  and  they  ail  bathed.  The  queen  sat>  on  one  side  of  the 
housc,  and  her  seventecn  girls  about  her.  Mael  duin  sat  on 
the  other  side,  overagainst  the  queen,  with  his  seventeen  men 
around  him.  Then  a  platter  with  good  food  thereon  was 
brought  to  Mael  duin,  and  alongwithit  a  vesselof  glass  full  of 
good  liquor;  and  (there  was)  a  platter  for  every  three  and  a 
vessel  for  every  three  of  his  people.  When  they  had  eaten^  their 
dinner  the  queen  said  this  :  «  How  will  the  guests  sleep  ?  » 
saith  she.  «  As  thou   shalt  say   »,   saith  Mael  duin.  «  Your 

going  from  the  island  »,  saith  she,  «  7.  Let 

each  of  you  take  his  woman,  evcn  her  who  is  overagainst  him, 
and  let  him  go  into  the  chamber  behind  her  ».  For  there 
were  seventeen  canopied  chambers  in  the  house  with  good 
beds  set.  So  the  seventeen  men  and  the  seventeen  grown-up 
girls  slept  together,  and  Mael  duin  slept  with  the  queen.  After 
this  they  slumbered  till  the  morrow  morning.  Then  after 
morningthey  arose  (to  départ).  «  Stay  hère  »,  saith  the  queen, 
«  and  âge  will  not  fall  on  you,  but  the  âge  that  ye  hâve  at- 


1 .  t^eslach  «  workcd?  >>,  O'R.  lias  ■  geaslach  active  i.  c.  gniomhach  », 
and  P.  O'C.  his  g ios lai  ind  giuslal  .i.  gniomh  no  gaisccadh,  a  feu  or  ex- 
ploit, a  joust  or  tilt. 

2.  cimsach,  P.  O'C's  ciomsach  hcmmcd,  edged,  fringcd,  bordered,  a  dcri- 
valivc  o( limas,  cimmas  F.,  Ital.  chnossa  (Ascoli). 

}.   i'rphell  i^  Fr.  or/roi,  v.  fr.  Offrais,  orjrisiel ;  mlat.  aurifrigium. 

4  do-bat-gair  :  This  form  of  the  infixcd  personal  pron.  of  pi.  2  is  com- 
mon  lu  Middle-Iri.sh.  Sec  niany  examplcs  in  Revue  Celtique,  III,  95,  to 
^f>'hich  Sidd  ro-far-itulhaigft-,  LR.  l84'-b  and  ro-/'./;-(//;»;/V«;},'i;/'iir,  LB.  184^. 

).  stasair  a  reduplicated  dcponcntial  t-preteriie  ex  * sisad-tai-r  :  cf.  skr. 
s'ddnti  ex  *  sisdûmi,  * sisaddmi. 

b.   ro-s-caichsd  corrupt  speilinc  for  rn-s-caithset  «  they  consumed  it  ». 

7.  fuireas  «  cnteriainment  »,  O'R.  ;  but  hcre  atjuiris  secnis  a  vcrb. 

Revue  CeUi<jue,  X.  5 


66  Whitley  Stokes. 

arrér  dofar-icba^   cach  n-aidchi,^  cen  nach  sasthar,  Ocus  na 
bidh  for  fendil3  ni  bus  sia4  o  inis  do  inis  forsan  n-occian  !  » 


«  Aisneidhî  dùn  »,  ol  Mœl  duin,  «  cindas  atdi^  sund?  ». 

«  Ni  con  andsa7  son  eim  »,  ol  si.  «  Robôi  fer  maith  isan 
indsi-siu,  ri  na  hindsi.  As  do  rucussa  na  secbt  n-ingena  dec  ùt^, 
7  [messi]  a  raathair.  Atrubalt  iarom  [a  n-athair,  9]  j  ni  £irgaib 
fer  comurbai,  co  rogabussa  rigi  na  hindsi-seo  »,  ol  si,  «  ana 
diaidh.  Tiagsa  »,  ol  si,  «  im-magh  môr  fil  isand  indsi  do  bri- 
themnacht  7  do  Qtercen  na  tuaithe  cach  dia  ». 

«  Inge  cid  dia  teighe  uann  aniu  ?  »  ol  Ma;l  duin. 

«  Mane  thiasur-sa  »,  ol  si,  «  nin-tiucba  a  ndon-farnic^°  ar- 
râir^^  Anaid  amain^^  «^  qI  si,  «  anbar  tigh^3,  7  niba  heicen^4 
duib  naf/;  si^thar^5.  Ragad-sa  do  breithemnacht  natuathe  do- 
barcenn  ». 

Batar  tri  missa  an  gemridh  ^^  iarom  isand  indsi  sin,  7  andar 
léo  batar  teora^?  hliadna.  «  Is  fata  atam^^  sund  »,  ar  fer  dia 
muintir  fri  Masl  duin.  «  Cidh  na  hascnom  diar  tir?  »  ar  se. 

.    «  Ni  maith  a  n-adb^re  »,  ar  Mail  duin,   «  ar  nochon  fuig- 
bem  inar  tir  fén  ni  as  ferr  anda  an  ni  fogabum  sund ^9  ». 

1 .  a  ndofarnic  araer  dofairgeb  cech  n-aidche,  YBL. 

2.  dofar-faircebha  dogres  dano,  ol  si,  an  dofairnic  innocht,  H. 

3 .  foenniul,  H. 

4.  ni  ba  sire,  H. 

5 .  Assneis,  H. 

6.  do  thescmalt  sa,  H. 

7.  assa,  H. 

8.  ucut,  H. 

9.  Sic,  H. 

10.  ni  ticfa  a  ndon-anic,  H. 

11 .  Sic,  //.,  a  hireir,  YBL. 

12.  Anaidsi  namma,  f/. 
13  .  in  fortigh,  H. 

14.  ar  ni  bi  ecen,  H. 

15.  n-aill,  H. 

16.  in  gamridh  sin,  H, 

17.  Sic,  H.,  .iii.,  YBL. 

18.  is  cian  ataum,  H. 

19.  Ni  con  bia  inar  tir  fén  ar  fuirec  sunt,  ol  se,  H. 


The  Voyage  of  Mael  Duin.  67 

tained^  And  lasting  life  ye  shall  hâve  always-;  and  what 
came  to  you  5  last  night  shall-+  corne  to  you  every  night  without 
any  labour.  And  be  no  longer  awandering  from  island  to  is- 
land  on  the  océan  !  » 

«  Tell  us  »,  saith  Mael  duin,  «  how  thou  art  hère  «. 

«  Not  hard  (to  say)',  indeed  »,  she  saith.  There  dwelt  a 
good  man  in  this  island,  the  king  of  the  island.  To  him  Ibore 
yon  seventeen  girls,  and  I  was  their  mother.  Then  their  father 
died,  and  left  no  heir.  So  I  took  the  kingship  of  this  island 
after  him.  Every  day  »,  she  saith,  «  I  go  into  the  great  plain 
there  is  in  the  island,  to  judge  the  folk  and  to  décide  (their 
disputes)  ». 

«  But  why  dost  thou  leave  us  today?  »  saith  Mael  duin. 

«  Unless  I  go  »,  she  saith,  «  what  happened  to  us  last  night 
will  not  corne  to  us  (again).  Only  stay  »,  she  saith,  «  inyour^ 
house,  and  ye  need  not  labour.  I  will  go  to  judge  the  folk  for 
sake  of  you/  ». 

So  they  abode  in  that  island  for  the  three  months  of 
winter;  anditseemed  to  them  that  (those  months)  were  three 
years.  «  It  is  long  we  are  hère  »,  saith  one  of  his  people  to 
Mael  duin.  «  Why  do  we  not  fore  to  our  country  ?  »  saith  he. 

«  What  you  say  is  not  good  »,  saith  Mael  duin  :  «  for  we 
shall  not  find  in  our  own  country  aught  better  than  that 
which  we  find  hère  ». 


1 .  in-dob-tarras,  lit.  «  in  which  ye  hâve  been  found  ». 

2.  Cf.  Calypso  :  xôv  [j-Ïv  ey*^  cp;Xîdv  tî  /al  ËTps^ov,  rfiï  î'saazov  Orjjc'.v 
àOavaTOv  y.a'i  è.~'j\oo.O'i  rjua-a  -âvra,  Odyssey,  v.  135,  136. 

3.  dofairnic  redupl.  prêt,  oï  do-for iciin. 

4.  do-far-faircébha,  H,  redupl.  lut.  act.  sg.  3  of  the  indcpendent  forra  of 
tuargahaim.  For  the  infixed  pronoun  far,  bar  see  supra  p.  65,  note  4. 

5 .  ni  con  andsa  for  the  usual  ni  ansa. 

6.  an-bar  the  nasal  is  preserved  intact,  because  the  following  pronoun 
began  with  v,  .not  with/or  b. 

7 .  do  bar  cenn  seems  one  of  the  many  idiomatic  expressions  into  which 
cenn  cnters.  Compare  do  chinn  a  mbid  «  for  sake  of  their  food  »,  Saltair  na 
Rann,  3406. 


68  Whitley  Stokes. 

Gabais^  a  mundter  fodord  mor  fri  NLcel  duin,  7  is  ed  as- 
btTt-:  «  As  mor  seirc  a  mna  la  Mx\  duin  5.  Anudh  lee  iarom 
massa  thoil  dô  »,  ar  an  munter.  «  Ragmuitne-^  diar  tir  ». 

«  Ni  anub-sa  darbar  n-eisse  5  »,  ar  Masl  duin. 

La  n-X'n  and  àano  luid  an  rigan  don  breth  dia  teighedh  gach 
Idi.  Lotar-som  diaeisse  ana  curach.  Doroich-si  iarom  ^  fora 
lieoch,  7  focerd7  [col.  385]  ceirtle  anandiaidh,  7  nos-geib 
Miel  duin  7  lili^  dia  laim.  Boi  snaithe  din9  chertle  in  a  laim- 
si,  7  tairrngidh  ^°  an  curach  cuice  al-lus  an  tsnaithe  don  purt 
arculo. 

Ansat  lee  iarom  andsin  .iii.  missa  fotri^^  Rancatar-som  co- 
mairle  iarom.  «  Is  ed  as  derb  linde,  tra  »,  ol  a  mundté'r,  «  as 
mor  serc  a  mna  la  MiU'l  duin.  Is  aire  frithailes  an  certle  co  ro 
glena^-  dia  laim  diar  mbreth  forculo^3  don  dun  ».  «  F/ithail- 
edh  neach  aile  an  certle,  7  dia  lile^4  dia  laim,  tescthar^)  de  a 
lam  »,  ol  Mœl  duin. 

Dolotar-som^6  iarom  ina  curach.  Focerd-si^7  an  cer[t]le  an- 
andiaid.  Nogeib^^  fer  aile  isin  curach,  7  lenaidh^9  dia  laim. 


1 .  Gabait,  H. 

2.  conepertetatar,  H. 
3  .  liar  toisechni,  H. 
4.  7  ragmai-ne,  H. 

5  .  ni  aniuphsa  dufornesi,  H. 

6.  Roairighsi  iarom  an  ni  sin,  7  mos-tanic,  H. 

7.  cairt,  H. 

8.  liligh,  YBL.,\[\,  H. 

9.  asan,  H. 

10.  cor'  tharraing,  H. 

1 1 .  Ansit  bliadain  n-aile,  andar-leoso(m)  :  acht  is  m(  feabra  6n,  7  ni 
hassaimram  ann.  Cobô  tridogene  friu  annsain,  co  ro  ansat  tri  missa  erraig 
ann,  H. 

12.  is  aire  frisninnle  in  certle  corogle,  H. 

1 3 .  atheruch,  H. 

14.  m,  H. 

15 .  a  himdiblii,  H. 

16.  AUotar  som,  H. 

17.  focart-si,  H. 

18.  Frithinle,  H. 

19.  linaigli,  YBL,  lil,  H. 


The  Voyage  of  Mael  Duin.  69 

(But)  his  people  began  to  murmur  greatly  against  Mael  duin, 
and  they  said  this  :  «  Great  is  the  love  which  Mael  duin  hath 
for  his  woman.  Let  him,  then,  stay  with  her  if  he  so  de- 
sires »,  saith  the  people.  «  We  will  go  to  our  country  ». 

«  I  will  not  stay  after  y  ou  »,  saith  Mael  duin. 

One  day,  then,  the  queen  went  to  the  judging  whereunto 
she  used  to  go  every  day.  When  she  had  gone^  they  went 
on  board  their  boat.  Then  she  cornes  on  her  horse  and  flings 
a  clew  after  them,  and  Mael  duin  catches  it,  and  it  clung-  to 
his  hand.  A  thread  of  the  clew  was  in  her  band,  and  she 
draws  the  boat  unto  her,  by  means  of  the  thread,  back  to  the 
harbour. 

So  then  they  stayed  with  her  thrice  three  months'.  Then 
they  came  to  (this)  counsel.  «  Of  this  we  are  sure,  now,  » 
saith  his  people,  «  that  great  is  Mael  duin's  love  for  his  wo- 
man. Therefore  he  attends  the  clew  diatit  may  cleave  to  his 
hand  and  that  we  may  be  brought  back  to  the  fortress  ».  «  Let 
some  one  else  attend  the  clew  »,  saith  Mael  duin,  «  and  if  it 
clings  to  his  hand,  let  his  hand  be  eut  off"  ». 

So  they  went  on  board  their  boat.  (The  queen  came  and) 
flung  the  clew  after  them.  Another  man  in  the  boat  catches 


1 .  Lit.  after  her. 

2.  In  liï-i  (if  this  be  the  truc  rcading)  the  -/  scems  a  suffixed  pronoun 
in  the  nom.  sg.  The  ///  is  the  rcdupl.  prêt.  sg.  3  odaiim. 

5 .  Some'thing  appears  to  bu  lost  hère.  H  has  :  «  They  rcmained,  as  seeni- 
ed  to  them,  another  ycar;  but  it  was  (only)  tlie  nionth  of  Fcbruary  ; 
and  not  casy  was  it  to  voyage  tlien.  And  thrice  she  dealt  with  theni'in 
that  wise,  so  that  they  remained  there  for  three  months  of  spring  ». 


70  Whitley  Stokes. 

Benaid^  Diuran  alaim  de  2,  con-dorcoir^  lasin  certle.  O'tcon- 
nairc-si4ônanisinfocetoir,  gabaisgob  7  eigem,  cor'bo  œngair, 
gol  7  egem  a  tir^  uile.  Conidh  amlaidh-sin  doerlaiset  uaidhe7 
asand  indsi. 


[XXIX.] 

Batar  re  mor  chian  iarsin  forsna  tonda  for  imluadh,  co  fua- 
ratar  indsi  co  crannaib  indti  cosmailfri  sailich  110  coll.  Toirr- 
thi  amra  foraib.  Bolcamor[a]  foraib.  Lomairset  abaill  mbic  dib 
iarom,  7  focresa  crandchor  léo  iarom  dus  cia  nofromobadh  a 
toradh  bùi  forsin  abaill.  Dorochoir^  do  M^el  dinn.  Faiscis 
drecht  dib  il-lestar,  7  ibis,  7  focherd  a  suan  chotalta  on  trath 
sin  cusan  trath  cetna  arnamarach  ;  ocus  ni  fes  a  béo  seach  a 
marb,  7  a  cubur  àerg  ima  beolu  co  ro  duiscestair  arnabarach. 


Asb^^rt  friu  :  «  Teclomaidh9  »,  ar  se,  «  an  toradhsa,  ar  is 
mor  a  ïehus  » .  Tecloimsed  ^°  iarom,  7  conmescad  uisci  airi,  do 
mesrugud  a  mesca  7  a  cotalta.  Teclaimsed  an  ba  de  iarom,  7 
nofaisced  7  linad  "  an  ba  di  lestraib  léo,  7  immraised  onn  innsi 
sin. 


1.  Benaig,  YBL.^  Rombi,  H. 

2.  disuidiu,  H. 

3 .  condofargaip,  H. 

4.  Amal  atconnaircsi,  H. 

5.  mairg,  H. 

6.  in  tuat(h),  H. 

7.  Sic,  H.,  terlaised  uaidib.  YBL. 
8  Sic,  H.,  Dofocoir,  YBL. 

9.  Sic,  H.,  tecluraaigh,  YBL. 

10.  teglamsat,  H. 

1 1 .  rofaiscsiot  7  liontar,  H. 


The  Voyage  of  hlael  Duin.  7 1 

it,  anJ  it  clings  to  his  hand.  Diuran  cuts  oti"  his  hanJ,  ami  it 
fcll,  witli  tlic  clcw,  (into  thc  scn).  Whcn  shc  s.i\v  tlint,  slic 
at  once  bci^an  to  wnil  and  shrick,  so  tliat  ail  thc  land  was  011c 
cry,  wail  and  sliricking. 

So  in  tliat  wise  thcy  escapcd  from  hcr"  out  of  ihe  island. 


XXIX. 

Thcy  werc  tor  a  vcry  long  whilc  aftcrwards  drivcn  about 
on  thc  waves,  tiil  thcy  found  an  island  with  trccs  upon  it 
like  willow-  or  hazcl.  Thcrcon  wcrc  marvcllous  fruits  thc- 
rcon,  grcat  bcrries.  So  of  thcsc  thcn  thcy  stript  a  little  trce', 
and  then  thcy  cast  lots  to  sec  who  should  provc  thc  fruit 
that  had  bccn  on  thc  trcc.  (Thc  lot)  fcll  to  Mael  duin.  Hc 
squcczed  »  somc  of  thc  bcrries  into  a  vcsscl  and  drank  (thc 
juicc),  and  it  cast  him  into  a  deep  slecp  from  that  hour  to  thc 
same  hour  on  thc  morrow.  And  thcy  kncw  net  whcther  hc 
was  alivc  or  dcad,  with  thc  red  foam^  round  Iiis  lips,  rill  on 
thc  morrow  he  awokc. 

(Then)  hesaid  to  thcm  :  «  Gather  yc  this  fruit,  for  grcat  is 
its  excellence  ».  So  they  gathered  (it),  and  thcy  minglcd 
watcr  with  it,  to  moderate  its  powcr  to  intoxicatc  and  scnd 
asleep.  Then  they  gathered  ail  thcrc  was  of  it,  tind  werc 
squeczini,'  it,  and  tîlling  (with  its  juicc)  ail  thc vcsscls they  had; 
and  (then)  thcy  rowcd  away  from  that  island. 


1 .  I  hère  translate  from  H . 

2.  sailich  ace.  sg.  o(  sail  rr  Lat.  salix,  W.  helyg-eu. 

5 .  ahaill  ace  sg.  of  ahalL  which  hère  means,  not  as  usual  «  appletree  », 
but  «  trce  ».  So  in  Icelandic  the  word  cognate  with  oak  has  been  genera- 
liscd,  and  means  «  tree  ". 

4.  faiscis,  s-pret.  sg.  5  oi  fatsciin  I  squeeze,  W.  ^wasgu. 

■) .  cubiir  =r  ctibhar  {"roth,  foam,  scum  or  spume,  P.  O'C. 


72  Whitley  Sîokes. 


[XXX.] 

Foscerd^  iarsini  n-araile  indsi  moir.  Fidhbadh  inda[la]leath 
di,  ibair  7  daraig  mora  i  suidhiu.  Machaire  an  leath  [col.  386] 
aile  dhe  7  loch  bec  inti.  Treta  mora  indti  di  cairib.  Co«acatar 
eclais  mbic  7  dun  and-.  Lotar  donn  eclais5.  Senoir  clerigh 
leithisand  eclais,  7  rothuighestair  a  [fjindfudh  uile  hé.  IMcom- 
aircis  Masl  duin  do  :  «  Can  duit  ?  »  ol  se. 

«  Meisse  an  coicedh  fer  dcc  di  munt/r  Brenaind  Birra-^. 
Dodeachomar  diar  n-ailithri  >  isin  [n-]ocian,  conào-tanh  isan 
indsi-[se]^.  Atbathadar  uile 7  acbt  messi  amasnur  ».  Ocns  doar- 
faidh^  doib  iarsin  pollere9  Brenaind  doucsat^°leo  dia  n-aili- 
thri. Rodo-slechtatar-som  uile  don  pollaire",  7  dohen  Miel 
duin  poic  dô. 

«  Toimlidh^^  j-,-^  «^  qI  an  senoir,  «  bar  lôr  dona  cairib,  7 
na  caithidh  forcraidh  dar  bar  ndo[e]thain  ». 

B[i]atar  iarom  re  and  for  feolaib  na  caireach  [méth]^3. 

La  n-aill  ann  doib,  amal  batar  oc  deicsin  asan^-^  indsi  uaidib, 
adchiad^>  nell  aniardess  andochum.  lar  cén  iarom,  amal  botar 
ac[a]decsin  b[c]ôs,  rathaighset  ba  hén  bôi  and,  ar  adchitis  na 
heite  ac  foluamuin.  Iss  cd  doluid  iarum  isin  n-insi  co  rotairis 


1 .  Foscairt,  H. 

2.  For  «  7  dun  and  «  H.  has :  7  si  fo  eidhiunn. 

3.  di  suide,  H. 

4.  Biroir,  H. 

5 .  dodeocator  dia  n-ailithri,  H. 

6.  iTonta-tarla  isin  n-insi-se,  H. 

7.  rao  ceile,  H. 

8.  Tonarfaidh,  H. 

9.  polaire,  H. 

10.  ronucsat,  H. 

1 1 .  noda-sensat  iarum  don  polaire,  FI. 

12.  Toimligh,  YBL.  Tomlid  ira  mar  as  toi  liph,  H. 
1 3  .   Sic,  H. 

14,   Sic,  H.,  isan,  YBL.  15.  conaccatar,  YBL. 


The  Voyage  of  Mael  Duin.  7  ? 


XXX. 


Thcrcaftcr  thcy  land  '  on  :inothcr  lar*^c  island.  One  of  its 
two  sidcs  was  a  wood  witli  ycws  and  grcat  oaks  licrcin.  Tlic 
othcr  sidc  was  a  plain  witli  a  littlc  lake  in  it.  Grcat  licrds  of 
sliccp  wcrc  tlicrcin.  Tliey  bcluld  there  a  small  church  and  a 
fortrcss.  Tlicy  wcnt  to  ihc  cluircli.  An  ancicnt  grcv  clcric-was 
in  thc  cluircli,  and  iiis  hair  clothcd  liim  altogctlicr.  Macl  duin 
askcd  hini:  «  Wlicncc  art  tliou  ?  »  saith  hc. 

«  I  am  the  fifteenth  man  of  thc  community  of  Brcnainn  of 
Birr.  Wc  wcnt  on  Dur  pilgrimagc  into  tlie  océan  and  came 
into  this  island.  Thcy  hâve  ail  died  savc  me  alone  ».  And 
thcn  he  shewed  thcm  Brcnainn's  tablct',  which  they  (the 
monlvs)  had  taken  with  thcm  on  their  pilgrimage.  They  ail 
prostrated  thcmsclves  to  the  tablet-',  and  Mael  duin  gave  it 
a  kiss. 

«  Now  »,  saith  thc  ancicnt  man,  u  cat  your  fill  of  the  sheep, 
and  do  not  consume  more  than  sullketh  you  ». 

So  for  a  season  tiiey  arc  fed  5  there  on  the  flesh  of  the  fat 
sheep. 

One  day,  thcn,  as  they  wcrc  looking  out  from  thc  island 
thcy  sec  (what  they  take  to  he)  a  cloud  coming  towards  thcm 
Irom  the  south-west.  After  a  while,  as  thcy  were  still  looking, 
they  pcrccivcd  that  it  was  a  bird  ;  for  they  saw  the  pinions 
waving.  Thcn  it  came  into  the  island  and  alighted  on  a  hill 


1 .  fo-s-ccrd.  There  is  no  nominative  to  this  verb.  Read  pcrhaps/os-cerdat. 

2.  Lit.  «  an  ancient  man  of  a  gray  clcric  »,  a  common  Irish  idiom. 

3.  plaire,  pollere,  pollaire,  a  loan  from  Lat.  pugilîares. 

4     According  to  H  :  «  thcy  sained  themselves  with  the  tablet  ». 
).   Bidtar  (zr  biathatar)  près.  ind.  pass.  pi.  3  olhiathaivi. 


74  Whiiley  Stokes. 

for  tulaich^  bûi  a  comïocus  an  locho^.  Dorumenatar  iarum  a 
mbrith  do  ina  chrobaib  forsin  muir3.  DobéTt  les  daw  gesca  do 
crund  mor4,  Metit[h]er  œnnandarachmorS  an  gesca.  Lamgesca 
mora  is^,  barr  mordluith  fair  co  nduillib  uraib.  Torad  trom 
imdha  fair,  bolga  dcrga  fair  cosmaile  fri  [casra7]  finemna,  acht 
nama  batar  uilliu  som^.  Batar-som  a  foluch  iarom  ac  fegad9 
cid  dogenath.  Robôi^°  seal  ina  tost  ara  scis.  Gabais  alaill  do 
torudh  an  craind  do  ithe.  Tolluidh  iarum  Mc-el  duin  co  mbûi 
for  ur  na  tulcha  i  raibe  an  t-en,  dus  an  dingnedh  ni  d'ulc  fris, 
7  ni  dherna  on.  Dolotar  a  munttT  uile  inadhiaidh  isan  maighin- 
sin. 

«  Tiat  aenfer  uainn  »,  ar  Mœl  duin,  «  coro  thecla[ma]  ni 
do  thorudh  in  gesci  file"  arbelaib  an  eoin  ». 

Luidh  £enfer  uaidhib  iarom,  7  teclamaidh"  drecht  dina  bolg- 
aib,  7  ni  rocairigh,  7  ni  accai  an  t-en,  7  ni  râla  cor  de.  Lotar- 
som-3  an  ocht  feraib  déc,  co  mbatar  cona  sciathaib  forachulo, 
7  ni  dernai  ni  d'ulc  friu. 

Trath  nona  do  16  iarom  conacatardi  sain-en^+moraaniardcs 
bail  asa  tudhchaidh  an  t-én  mor^5j^o/îda-turnsad^^  arbelaib  an 
eoin  moir.  O  robatar  ciana  ina  tost  gabsad  eclaim  7  lomrud 
ina  mil  batar  im  oilib  7  im  smeich  ^7  an  eoin  moir,  7  imma 
suilib  7  ima  cluasa. 

Batar  occa  co  fescor.  Gabsad ^^  a  t/iur  andside  ithe  na  Cêêr  7 

1 .  conid  forruim  isind  tulaigh,  YBL. 

2.  don  loch,  YBL. 

3 .  Atraighsetar  dia  mbrit  ina  crob,  ar  ba  met  inna  mid  telcha  no  na  tige 
mara,  H. 

4.  an  etargnaidh,  H. 

5 .  maer  sen  inna  ndaracb,  H. 

6 .  7  gesce  7  lama  \mda  ass,  H. 

7.  Sic,  H. 

8.  uilliu  do  caoraib  cosmaile  fri  tinairae,  H. 

9.  oca  deicsin,  H. 

10.  o  ropoi,  H. 

1 1 .  Sic,  H.,  an  crainn  foil,  YBL. 

12.  teclamaigh,  YBL.,  teclam,  H. 

1 3 .  Hère  YBL.  inserts  uaid  saide. 

14.  da  seinen,  H. 

1 5 .  YBL.  inserts  conda-tudcaidh  ant-én  mor. 

16.  conda-forruimset,  H. 

17.  lomrud  ina  cart  robotar  in  oilib  7  for  smeachaib,  H. 

18.  Diud  lai  iarum  gabsat,  H. 


The  Voyage  oj  Mael  Duin.  ,      75 

ncar  thc  lakc.  Thcii  tlicy  supposcd  '  it  woulJ  carry  thciu  in 
its  talons  ont  to  sca^.  Now  it  brouglit  with  it  a  branch  ot  a 
grcat  trcc.  Biggcr  tlian  onc  ofthcgrcat  oaks  (was)  thc  brandi. 
Large  twigs  î  (grew)  ont  of  it,  and  a  dense  top  was  on  it 
(covered)  with  frcsli  leavcs.  Hcavy,  abundant  fruit  it  bore  — 
rcd  berries  like  unto  grnpcs  »  —  only  thcy  wcrc  bigger^.  So 
(thc  wandcrcrs)  wercin  hiding,  a-watching  what  thc  bird  woiild 
do.  Bccaiise  of  its  wcarincss,  it  rcmained  for  a  whilc  at  rcst. 
(Tlicn)  it  began  to  cat  some  of  the  fruit  of  thc  trcc.  So  Mael 
duin  went  till  lie  was  at  thc  edgc  of  thc  hill  on  which  the 
bird  was,  to  sce  whctherit  would  do  him  any  cvil,  and  it  did 
nonc.  AU  his  pcople  thcn  wcnt  after  himinto  that  place. 

«  Let  one  of  us  go  »,  saith  Mael  duin,  «  and  gathcr  somc 
of  the  fruit  of  the  branch^  which  is  bcfore  the  bird  ». 

So  one  of  thcm  went,  and  he  gathers  a  portion  of  the  ber- 
ries, and  thc  bird  blamed  him  not,  and  did  not  (cven)  look 
(at  him)  or  make  a  movement.  They,  thc  cightecn  men, 
with  their  shields,  went  beliind  it,  and  it  did  no  evil  to  them. 

Now  at  the  hour  of  none  of  the  day  they  behcld  two  great 
cagles7  in  the  southwest,  in  the  place  whencc  thc  great  bird 
had  corne,  and  they  swooped  down  in  front  of  the  grcat  bird. 
When  they  had  been  for  a  long  while  at  rest,  thcy  bcgan  to 
pick  and  strip  ort'  the  lice  that  infcsted  the  upper  and  lower 
parts  of  the  great  bird's  jaws,  and  its  eyes  and  ears.  • 

They  (the  two  eagles)  kept  at  this  till  vcspers.  Thcn  the 
thrce  of  them  he^an  to  eat  the  berries  and  the  fruit  of  the 
branch.  From  the  morrow  morning  till  mid-day,  they  werc 


1.  do-ru-tnénatar,  act.  pert".  pi.  5  oî domuiniiir . 

2.  Cf.  Ibn  Batuta's  description  of  the  rukh,  cited  in  Yule's  Marco  Polo, 
11,412. 

3 .  Lit.  «  hand-branches  » . 

4.  Lit.  «  berries  of  aviné  »  (fi'nemain). 

5.  la'Uiu  conipar.  o(  cil  (:=  r.oÀÀo;)  «  great,  large,  vast  »,  P.  O'C. 

6.  The  gesci  (branch)  of  H  is  bore  bettcr  than  the  crainn  of  YBL. 

7.  scn-èn,  P.  O'C's  «  sein  èan  an  eagle,  Alb.  q.  d.  longUved  bird  ». 


76  Whiîley  Stokes. 

toraidh  na  gessca.  O  matain  arabarach  co  medon  lâi  gabsad 
eclaim  ina  n-anmanda  cetna  assa  curp  uile,  7  tochora  na  sen- 
chluma^  ass  7  ina  senland  na  claime  do  ecloim  coler  ass.  Me- 
donlai  'wamurro  lomarsat-  na  bolga  din  chruib  7  nos-bruiddis 
cona  nguilbnib  frisna  clocho,  7  fos-cerditis  iarom  isind  loch  co 
raba  a  uan  derg  fair.  Luidh  iarsen  an  t-én  mor  isand  loch,  7 
bôi  occa  nigi  and  coîocus  do  diudh  lai.  Doluid  asand  loch 
iarsin,  7  forruim  a  maighin  aile  isin  telaig  cetna,  arna  dicsitis 
inna  mila  tallta  ass?. 

Matain  arnamarach  dogensatar4  ind5  eoin  htous  eclaim  7 
sliachtad  ^  inna  cluma  cona  nguilbnib,  am^?/  bidh  co  cir  dogne- 
thi.  Batar  occc  co  medhon  laithe.  Ansad/  iarom  biucan,  7lotar 
iarum  il-leth  assa^  tudchatar  riam. 

Ainsis9  nrimiirro  an  t-en  mor  dianéis  occa  clumad^°  7  ac 
fochrothadh  a  eite  co  cend  an  treas  Isê.  Cotn-ocaib  iarom  trath 
t^rtc  an  treasldi  7  foluastar  fotri  immon  indsi,  7  foruim  biucan 
airisse  arin  teak/o-n  cetna,  7  luid  ass  iarsen  hi  fotal-Ieith  asa  tu- 
dhchaidh^- riam.  Déiniu  7  tressiu  a  luamuin  an  fechtsain  andas 
riam,  co  mbo  follwj  doib  uile  ba  hathnughudh  dô  a  sendda- 
taidh  a  n-oitidh  ^3 ,  iar  mbreithir  innd  [f ]atha  adbtvV  Renouabitur 
ut  aquil[e]  iuuen[col.  387]-tus  tua. 


Ba  hand  asbt^rt  Diuran  ic    féghadh^^  an  moradamra  sin  : 

1 .  tocur  na  senclum,  H. 

2.  lommairsit,  H. 

3.  arna  digsitis  ind  na  mila  lotar  as  riam,  H. 

4.  dogensat,  H. 

5.  Sic,  H.,  an,  YBL. 
b.  sliachad,  H. 

7.  ansit,  H. 

8.  dia,  H. 

9.  anis,  H. 

10.  oc  comhgabail,  H. 

11.  Sic,  H.,  tecluim,  YBL. 

12.  dia  dtulaidh,  H. 

13 .  hatlinudhugh  dô  a  senddataigh  an  oitigh,  YBL,  hathnududli  di  seii- 
taid  in  oetidh,  H. 

14.  iar  n-aicsin,  H. 


The  Voyage  of  Mael  Duin.  77 

picIvin.L;'  the  same  vcrmin  ont  ofall  its  body,  aiid  plucking 
thc  oKi  fculicrs  out  ol  it,  anJ  pickiiig  out  complctclv  ihc  oKl 
scalcs  ofthc  mange.  At  midday,  howcvcr,  tlicy  stript  tlic  bcrr- 
ics  iVoin  tlic  brancli,  and  with  thcir  bcaks  thcy  wcrc  brcaking 
thcm  againsi  the  sioncs,  and  theii  casting  thcm  into  tlic  lakc, 
so  that  its  foam  upon  it  bccame  rcd.  Aftertliat  the  great  bird 
wcnt  intotlie  lakc  and  rcniaincd  washing  liimsclf  thcrcin  nearly 
till  the  close  of  the  day.  After  that  lie  wcnt  out  of  the  lakc, 
and  settled  on  anothcr  place  in  the  same  hill,  lest  the  lice 
which  had  bcen  takcn  ont  of  him  should  come  (again). 

On  the  morrow  morning  the  (two)  birds  with  their  bills 
still  picked  and  slecked-  the  plumage  (of  ihe  third),  as  if  it 
were  donc  with  a  comb.  Thcy  kept  at  this  till  midday.  Then 
they  rested  a  little,  and  then  they  went  away  to  the  quarter 
whence  thcy  had  come. 

Howbeit  the  great  bird  remained  behind  thcm  prcening'  ? 
himself  and  shaking  •  his  pinions  till  the  end  of  the  third  day. 
There  at  the  hourof  tierce  on  the  third  day  he  soared  up  and 
flew  thrice  round  the  island,  and  alighted  for  a  little  rest  on 
the  same  hill.  And  afterwards  he  fiiredafar  towards  the  quarter 
whence  he  had  come.  Swifter  and  stronger  (was)  his  ilight  at 
that  time  than  (ithad  been)  before.  Whereforc  it  was  manifest 
to  thcm  ail  that  this  was  his  renewal  from  old  âge  intoyouth, 
according  to  the  word  of  the  prophet,  who  saith  Thy  youth 
shall  hc  rcncwcd  likc  the  Cih^le's'-». 

Then  Diuràn,  seeing  that  great  marvel,  said  :  «  Let  us  go, 


î .  eclaim  and  ecloin  infra  seem  cognate  with  teclamaim  r=  doecmallaim . 

2.  «  sliachtadh  .i.  sliogadh  a  cutting  or  hacking  »  P.  0"C.  But  sliogadh 
rather  nicans  «  smoothing  »,  polishing  «  rendering  soft  and  glossy  1  (see 
O'R.  s.  vv.  sliogiKh,  sliogaim,  and  the  Highland  Society's  Dictionary  s.  v. 
sUogadb)  and  seems  borrowed  from  the  Eng.  to  sleeJc,  or  Icel.  slilcja. 

3.  cliimcidb,\\t.  «  feathering  ». 

4.  focrothadh:  cf.  rolhochroithed  sliab  nGargain  uli,  LB.  73-. 

5 .  Psalm  102.  5.  Sec  Notker  cited  by  W.  Wackernagel,  Kleinere  Schrijt- 
en,  III,  187. 


78  Whitley  Stokes. 

«  Tiagham  »,  ar  se,  «  isan  loch  diar  n-athnugudh^  baile  an 
rohathnuighedh  an  t-en^  ». 

«  Natho  »,  ar  a  chele,  «  ar  foragaib  an  t-en  a  nem3  and  ». 

«  Nimaith  a  n-asberi  »,  ol  sé4:  «  ragadsa>  cetamus  ind  ». 

Luid  iarum  ind  7  not-fotraic  and,  7  mescais  ina  beolu  a  n- 
uisce,  7  ibis  lomainn  de.  Ogslan  a  suile^  iarsin  aired  robo  béo7, 
7  ni  torchair^  fiacail  dô,  na  foiltne  dia  fuit,  7  ni  raibi  ém'rti9 
na  indlobra  fair^°  osin  immach  riam. 


Ceilebraised  iarsin  dia  senoir,  orM5  "  dobertadar  lônléo  dona 
cairib^-.Focerdat^5acMracl'i  for  muir,  7  sirit  iarom  an  aician^^. 


XXXI. 

Fogabat  indsi  moir  aile,  7  mag  mor  reidh  inte.  Sochaide 
mor  oc  cluiche  7  ic  gairib  cen  airisium  et/;'  issan  magh-sin. 
Certar^>  crandchor  léo[som]  duscia  dothocradh^^  dul  isand-innsi 
dia  promadh.  Dochuir^/  son  don  très  com2.\t3.  Maile  àuin^^.  A 
ndoluid  sidhc  fochetoir  gabais  cluiche  7  sirgaire  léo^9,  3.mal  bid 
occaib  nobeith  0  ais.  Batar  re  fota-°  cian  occa  irrnaidhiu,  7  ni 
taneic  chucco.  Fon-acbat^i  iarom. 


1.  athnudugh,yBL.,diunuch,H.  5.   ragatsa,  H. 

2.  in  senen, //.  6.   Sic,  H.,  ass  uile,  YBL. 

3.  ofbracaib  in  t-en  a  neim,  H.  7.   eret  romboi  imbetu,  H. 

4.  Diuran,  H.  8.   7  ni  con  torcair  dia  cinn,  H. 
9.   Sic,  H.,  eteri,  YBL. 

10.  ni  con  râla  inlobra  na  henirti  fair,  H. 

11.  Sic,  H.,  im,  YBL.  12.  di  feok/ na  caerach,  H. 
1 3  ,   Fochartatar,  H. 

14.  7  cot-mescsat  iarom  dond  aician,  H. 

1 5 .  Fochertar,  H. 

16.  noragatht,  H.  17.   Dofuit,  H. 

18.  Maoile  duin  in  doruaritt  ann,  H. 

19.  7  gaire  leosum  7  ni  natgenatar  ewrru  fri  oenuair,  ff. 

20.  mair,  H.  21.   Fonacabsat,  H. 


The  Voyage  of  Mael  Duin.  -J^j 

into  llic  lakc  to  renew  oursclvcs  whcir  thc  birJ  lus  bech  rc- 
ncwcd  ». 

«  Nay  »,  saith  anotlier,  «  for  thc  bird  liath  Icft  his  venom 
tlicrcin  ». 

«  Thou  saycst  ill  »,  s.iith  Diiiràn,  «  I  tlic  iirst  will  go  into 
it  ». 

Tlicn  he  wcnt  in  and  bathcs  himsclf'  thcrc,  and  plungcd- 
thc  lips  into  (tlic)  w.ucr,  and  drank  sups  thcreof.  Passing 
strong  wcrc  his  cycs  thcrcaftcr  so  long  as  hc  rcmained  aUvc; 
and  not  a  tooth  of  iiini  fcU  (from  his  jaw),  nora  hair  from  his 
iicad  '  ;  and  he  ncver  suffcrcd  wcakncss  or  infirmity  from  that 
timc  fort  h. 

Thcrcaftcr  thcy  badc  farewcU  to  thcir  ancient  nian  ;  and  of 
thc  shccp  thcy  took  with  thcni  provision.  Thcy  set  thcir  boat 
on  thc  sca,  and  thcn  thcy  scck  thc  océan. 


XXXI. 

Thcy  find  anothcr  large  island,  with  a  great  Icvel  plain 
thcrcin.  A  grcat  multitude  wcrc  on  that  plain,  plaving  and 
laughing»  without  any  cessation.  Lots  are  cast  by  Macl  duin 
and  his  men  to  see  unto  whom  it  should  fall  to  enter  the  is- 
land and  explore  it.  The  lot  fcU  on  thc  third  of  Mael  duin's 
fosterbrothers.  When  hc  wcnt  hc  at  once  bcgan  to  play  and 
to  laugh  continually  along  with  thc  islanders,  as  if  hc  had 
bcen  by  thcm  ail  his  lifc^  His  comrades  stayed  for  a  long, 
long  space  expecting  him,  and  he  came  not  to  thcm.  So  then 
thcy  leavc  him*'. 


1 .  uû-t-folraic  for  no-d-fothraic. 

2.  The  usual  meaning  of  iih'scaim  \s  I  viitigk,  Lat.  misceo,  But  hère,  as  in 
the  Trijurtite  Life,  p.  70  {nicscaid  daideb  n-and)  it  seems  to  mean  1  plunge, 
and  to  be  cognate  with  Lat.  lueri^o  from  *  mcsgo,  Skr.  majj. 

3  .   Lit.  hair  (coma):  foiltne  is  a  single  hair. 

4 .  gairib  scems  a  scribal  error  for  g.iiri. 

5 .  0  ais  :  this  must  be  the  meaning,  but  I  hâve  never  met  the  phrase 
elsewhere. 

6.  This  complètes  the  punishment  ofthe  fosterbrothers  for  disobeying 
the  druid.  The  other  two  fosterbrothers  are  disposed  of  in  chaps.  XI  and  XV. 


8o  Wlnlley  Stokes. 


XXXII. 


Adchiat  iarsin  indsi  n-aile  nar'bo  mor,  7  mur  tendtidhe 
uimpe  immacuairt,  7  imreithedh  immon  n-indsi  imacuairt  an 
mur  sin.  Bai  dorw^  oslaic[th]i  hi  toib  in  muir  sin.  INtaniarom 
ticedh  an  dorus  ina  n-ercomair-sium  beowj"  adchitis  an  indsi 
uilC;,  7  a  mbith  inte,  7  a  hatrebtiiaidlii  ^  uili  .i.  daine  aille 
imda  inte,  7  etaigi  cumtachta  imda-,  7  lestra  orda  ina  lam- 
aib  ic  fledhugudî.  Ocus  rochualatar  a  cormchéol.  Ocus  ro- 
batar  re  fota  ic  feghadh  an  adhamrai  adchondcatar,  7  ba  haib- 
ind  léo. 


XXXIII. 

Nir'bu  chian  iar  techt  [doib]  on  indsi-sin,  adchiat  uaidib  co- 
hetfrchian  et/Vna  tonda  gnodh  amal  en  iigel.  Soiset  braine  an 
cwraig  cuce  fodhes,  do  deiscin  an  neich  adchondcatar.  A  ndo- 
lotar  a  comfocMi  dô  iarum  ar  imrum-t  conacatar  ba  duine  bui 
and,  7  se  tuighthe  o  findfut[h]  giul  a  chuirp.  Foidisium  oc 
slechtanaib  for  carraic  lethain. 

A  ndofoscaigset  adochum  tothlaigit  bennachtain  [col.  388] 
uadh,  7  imchomarcait  do  can  doluidh  isin  carraic  ùt. 

«  O  Thoraich  eim  »,  ol  se,  «  dodechad-sa  sund,  7  is  a  Tor- 


1 .  Ms.  hatrebthaighi. 

2.  imda,  YBL. 

3.  fleghugm/,  YBL. 

4.  flrimrum  arimrum,  YBL. 


The  Voyage  of  Mael  Duin .  •    S  i 


XXXII. 

Aftcr  that  tlicy  si^lu  anothcr  island,  whicli  was  not  large; 
and  a  tîcry  ranipart  was  round  about  it;  and  that  rampart 
uscd  lo  rcvolvc'  round  thc  island.  Tiitrc  was  an  opcn  door- 
way  in  thc  sidc  of  that  ranipart.  Now,  whcncvcr  the  door- 
way  would  corne  (in  its  révolution)  opposite  to  them,  they 
uscd  to  sec  (through  it)  the  whole  island,  and  ail  that  was 
thcrcin,  and  ail  its  indwcllcrs,  cvcn  human  bcings  beautifui, 
abundant,  wcaring  adorncd  garments,  and  teasting  with 
golden  vessels  in  their  hands.  And  the  wandcrcrs  hcard  thcir 
ale-tnusic^.  And  for  a  long  space  were  they  seeing  the  niarvcl 
thev  behcld,  and  they  deemed  it  dcliqhtruP. 


XXXIII. 

Not  long  aftcr  they  had  gone  from  that  island  thev  see  far 
ort"  among  thc  waves  a  shape(?)  like  a  white  bird.  They 
turned  the  prow  of  the  boat  unto  it  southward,  to  perceive 
what  they  behcld.  So  whcn  they  had  drawn  ncar  it  in  rowing 
they  saw  that  it  was  a  human  bcing  and  that  lie  was  clo- 
thed  only  with  thc  white  hairofhis  body.  He  thrcw  himsclf  in 
prostrations  on  a  broad  rock. 

Whcn  they  had  corne  to  him,  they  entrcat  a  blessing  from 
him,  and  ask  him  whcnce  he  had  gone  to  vondcr  rock. 

«  From  Torach^,  vcrily  »,  saithhe,  «  I  hâve  corne  hère,  and 


1 .  Lit.  circumcurrebat. 

2.  corm-cheol  drinking-muslc.  Cf.  coirm-fleadh  a  merrv  drinkin"  treat, 
P.  OC. 

5 .  Anothcr  spécimen  of  the  magie  of  CeUic  romance.  I  know  of  no 
parallel  to  the  revolving  rampart  of  fire. 

4.  Torach  is  thc  narac  of  an  island  off  thc  coast  of  Donegai,  v,here 
tlicre  wcrc  a  monastcry  and  a  cliurch  in  which  S.  Colomb  cille  was  espec- 
ially  vcncrated. 

Revue  Celtique,  X  6 


82  Whilley  Stokes. 

aig  rom-alt.  Ranic  dam  iarom  gursa  coic  inte,  7  bassa  droch- 
coic,  ar  norenaind  hiadh  inna  hecailse  a  mbiinn  ar  seoto  7 
muini  dam  fodhein,  cor'bo  Idn  mo  theach  leam  di  choilcthib  7 
cherchaillib  7  d'etuch  gach  datha,  et/r  lin  7  olaind,  7  di  chil- 
arnaib  umaidhib  ^  7  di  thellendaib  becaib  umaidhib,  7  di  bret- 
nasaib  argait  co  pletaib  ôir.  Co>ia  rabe  ni  bud  iasacht  as  mo 
thigdo  gach  retas  tascidlii  do  duine,  etir  liubru  ordhai  7  tiagha 
lebur  cumdachtai  umai  7  oir.  Ocus  foclaidind  tighe  na  cille  co 
mberind  ilmuine  eisib. 


«  Ba  mor  dono  mo  uall  7  mo  dhiumwi'. 

«  La  n-oen  dam  (leg.  dano?)  dos-b^rt  frim  ara  clasaind  adh- 
nacol  do  cholaind  aithich  thuaithe  dobreth  isand  indsi.  Amal 
bassa  icon  adhnacol  sin  co  cuala  in  guth  frium  aniss  assan 
talmuin  fom  chossa.  «  Irige  na  tochail  an  maighin-sin  !  »  ol 
in  guth.  «  Na  tue  colaind  an  pec[th]aigh  forum,  os  me  duine 
na^m,  craibdeach  ». 

«  Étrom  7  Dia  »,  ol  smé,  «  dober  »,  la  med  mo  dimusa. 

«  Amin  »,  ol  se,  «  dia  nuduca-su  formsa  »,  ol  an  duine 
nôem,  «  adbelad  do  béoil  dia  très  lai  dhe,  7  bat  ifernach,  7  ni 
anfe  som  ann  ». 

ISb^rt-sa  frisin  senoir  :  «  Cid  do  maith  dobera-su  damsa 
mani  n-adhnas  fort  an  fer  !  » 

«  Beatha  suthain  do  aitreb  lat  la  Dia  »,  ol  se. 

«  Can  rofesar-sa  on?  »  ol  sme. 

«  Ni  ba  handsa  duit  son  »,  ol  se,  «  na  aicce.  An  adhnacol 


umaighib,  YBL. 


The  Voyage  of  Mael  Duin.  8? 

in  Toracli  I  was  rcarcd.  'l'Iicn  it  came  to  pass  that  I  was  cook 
tlicrcin;  aiiJ  I  was  an  cvil  cook,  for  tlic  food  of  thc  churcli 
whercin  I  was  Jwcllinj^  I  uscJ  to  scll  for  ircasurcs  anJ  jcwcls 
for  mysclf:  so  that  niy  housc  bccamc  full  of  countcrpancs 
and  pillows  and  of  raimcnt,  both  lincn  and  wool,  of  cvcry 
colour,.  and  of  bra/.cn  pails  and  o(  small  brazcn  tt'llciiiia\  and 
ôf  broochcs  ofsilvcr  witli  pins-of  ^old.  Insoinuch  that  iinto 
my  housc  tlicrc  was  notliini;  wanting'  ofall  that  is  lioardcd 
by  man  ;  both  *,'oldcn  books  and  book-satclicls  adorncd  with 
brass  and  gold.  And  I  uscd  to  di}^  undcr  thc  houscs  of  thc 
church  and  carry  many  trcasurcs  out  of  thcm. 

Grcat  thcn  was  my  pride  and  my  haughtincss. 

Now  one  day  I  was  told  to  dig  »  a  grave  for  tlic  corpsc  of 
a  peasant,  which  had  becn  brought  into  tlie  island.  As  I  was 
(working)  at  that  grave  I  heard  from  bclow  me  thc  voicc 
out  of  thc  ground  undcr  my  feet:  «  But  do  not  dig  up  that 
place!  »,  saith  thc  voicc.  «  Do  not  put  thc  corpsc  of  thc  sin- 
ner  on  tue  a  holy  pious  person  !  » 

(i  (Bc  it)  betwecn  me  and  God,  I  will  put  (it)  »,  say  I,  in 
my  excessive  haughtiness. 

«  Even  so  »,  saith  he.  «  If  you  put  it  on  me  »,  saith  thc 
holy  man,  «  thou  shah  perislr>  on  thc  third  day  hencc,  and 
thou  shah  bc  an  inhabitant  of  hell,  and  thc  corpsc  will  not 
remain  hère  ». 

Said  I  to  thc  ancient  man  :  «  What  good  wilt  .thou  bestow 
upon  me  if  I  shall  not  bury  ^  thc  man  abovc  you  ? 

«  To  abide  in  cternal  Hfe  along  with  God  »,  saith  he. 

«  How  »,  say  I,  «shall  I  know  that?  » 

«  That  is  neither  hard  nor...  for  thee  »,  saith  he.  «  The 

1 ,  teUennaib  pi,  dat.  oitelknn,  which  is  to  me  âraÇ  XsYdaevov. 

2.  pktaib  pi.  dat.  oî pld  .i.  nomen  rinda  dogniat  cerda,  H.  3.  18,  p.  73, 
col.  3. 

5 .  iasacht  «  a  loan,  a  thing  lent  or  borrowed  »  P.  O'C.  and  therefore 
absent  ? 

4.  Lit.  «  that  I  should  dig  »,  dasaind  ady  s-fut.  act. . o{  cJaidiin  =:  W. 
clcuidaf. 

5.  adbelod  (leg.  atbclal)  do  btoil  lit.  «  thy  lips  shall  perish  ».  Or  should 
\ve  read  atbila  do  beoil  «  thy  flesh  shall  perish?  »  —  «  bcoil  sometimes 
written  ior  feoil  flesh  »,  P.  O'C. 

6.  adtias,  btner  adiiu s,  s-fut.  act.  sg.  i  ol  adnacim. 


84  WhiUey  Stokes. 

noclaidhi  bid  Idii  anosa  di  ghainimh.  Bid  foll//5  duit  ass  sain 
nat  cœmais  adnocul  in  fir  foromsa  ce  triallai  », 

Nir'bo  deiridh  din  breithir-sin  antan  ba  lan  an  t-anacol  din 
gainim.  Adnacht  iarom  an  cholaind  a  mbaile  aile  iarsin. 

IN-alaile  amser  iarom  cuiriu[s]sa  curuch  nua  co  ndtrgcodail 
for  muir.  Lod-sa  am  curach,  7  ba  maith  lium  m'imchaisiu,  7 
ni  flirgbus  im  thigh,  o  biuc  co  mor,  ni  nad  rucad^  lium,  com 
choimtibh-  7  cingitib  7  com  cearnaib.  A  mbassa  ic  teghad  an 
mara  in  ducht  sin^,  7  ba  feth  dam  in  muir,  dom-fecad  gœtha 
mora  7  nom-srengad  isan  muir,  co  na  hacca  tir  na  talum.  Gab- 
ais  tost  mo  curach  fom  i  suidhiu,  conzch  bôi  cor  do  chor  de 
arsin  d'jenbailiu. 

Amal  dech//j--sa  immum  gach  leath  conacca  for  mo  laim 
deis  an  fer  ina  suidhiu  forsin  tuind.  ISbt^rt  rium  iarom:  «  Ca 
leth  teighi-se?  »  ol  se. 

«  Mellach  lium  »,  ol-sme,  «  al-leath  teit  m'imchaisse  for- 
san  muir  ». 

«  Ni  budh  mellach  latsu  on  dia  festa  an  ceithirn  fuil  immut  » . 

«  Citne  cethirnn  son?  »  ol  sme  fris. 

«  Airet  rosaigh  t'imchaise  uait  for  muir  7  suas  coruice  niullo 


1 .  rucaid,  YBL. 

2.  choimtigh,  YBL. 

3.  in  ducht  siii  =z  an  tucht  sin,  infra,  p.  88,   the  /  of  tucht  being  media- 
lised  by  the  nasal  ending  of  the  article,  which  hère  is  in  the  ace.  sg. 


The  Voyage  of  Mael  Duin.  85 

grave  thou  art  di^gin}^  will  now  Lx-comc  full  of  sand.  Tliencc 
it  will  bc  manifcst  10  thce  tliat  thou  wilt  not  be  ablc'  to  bury 
tlic  nian  abovc  inc,  (cvcn)  tliough  thou  triest  ». 

Tiiat  Word  was  not  cndcd  whcn  thc  grave  bccame  full  of 
the  sand.  So  thcrcaùcr  I  buricd^  thc  corpse  in  anothcr  place. 

Now  at  a  certain  tinie  I  set  a  ncw  boat  with  tanned  hide  ' 
on  the  sea.  I  went  on  board  my  boat,  and  I  was  glad  to  look 
around  me  :  and  I  left  in  my  housc  nothing,  from  small  to 
great,  that  was  not  brought  by  me,  with  my  vats  •♦  and  gob- 
lets^  and  with  my  dishes^\  While  I  was  in  tliat  wise 
looking  at  the  sea,  and  the  sea  was  calm  for  me,  great  winds 
come  upon  me,  and  draw  me  into  the  main,  so  that  I  saw 
neithcr  land  nor  soil.  Hère  my  boat  became  still,  and  there- 
after  it  stirred  not  from  one  stead. 

As  I  looked  round  me  on  every  side,  I  beheld  on  my  right 
hand  the  man  sitting  upon  the  wave.  Then  he  said  to  me  : 
M  Whither  goest  thou  ?  »  saith  he. 

«  Plcasant  to  me  »,  say  I",  «  is  the  direction  in  which  I 
am  gazing**  over  the  sea  ». 

«  It  would  not  be  pleasant  to  thee,  if  thou  kncwest  thc 
band9  that  surrounds  thee  ». 

«  What  may  this  band  be  ?  »  say  I. 

Saith  he  to  me  :  «  So  far  as  thy  sight  reaches  over  sea  and 


1.  caemais,  0.  Ir.  ccimais,  rcdupl.  s-fut.  sg.  2  oî  cumcaim. 

2.  adnacbt,  t-  prct.  sg.  i  oi  aJnacim. 

3.  Literally  «  red  hide  »  :  compare  «  fecerunt  naviculam  ...  et  cooperue- 
runt  illam  coriis  bovinisatque  rubricatis  in  cortice  roborina  »,  Perigrinatio  S. 
Brandani  abbatis,  éd.  Schrœder,  p.  6. 

4.  coimtib  dat.  pi.  oi  coimte  zzz  coinide  .1.  dabhach,  O'Cl  c  a  keeve,  vat 
or  large  tub  »,  P.  0"C. 

).  cingitih  àAX.  pi.  oicingit,  Corm.  Tr,  34.  cingit  chormma,  LB.  qb  :  is 
cingit  an  liach  dia  lessaiothcr  in  laec[hjbiad,  H.  2.  16,  col.  117,  s.  v.  Ingir. 

b .  cearnaib  dat.  pi.  01  ceni  :z:  /.s'svo:,  of  which  the  dimin.  cernnie  ojcurs 
in  Corm.  Tr.  37.  cearn  arbair,  Keating  cited  by  P.  0'C.,\vho  explains  c^ar« 
as  «  a  certain  dry  measure  ». 

7.  smc  :  this  lorm  of  the  pers.  pron.  of  sg.  i  occurs  elsewliere  in  this 
story.  It  is  doubtl'ul  where  the  s  is  prothetic  (as  in  s-ui,  G.  C.  525),  or 
whether  it  stands  for  05  in  os-mc,  G.  C.  323. 

8.  Lit.  my  view  goes.  .\  similar  expression  is  rosaig  t'imchaisc,  infra. 

9.  ceithirn  ace.  sg.  of  cethern  (angliciscd  Jcern)  a  troop  or  company  of 
loot-soldiers.  P.  O'C. 


86  Whiîley  Stokes. 

is  cén-tor  demna  umut  uile  »,  ol  se  frium,  «  ar  do  saint  7 
t'uaill  7  dium//j-,  7  ar  do  gait  7  ardo  drochgnimu  olchena.  IN 
fetar  »,  ol  se,  «  cid  aran  tairis  do  curach?  » 

«  Xochon[f]etar  eim  »,  ol  sme. 

«  Ni  ragha  ass  sund  do  CMrach  assin  baile  atd  co  tarda  mo 
re[i]r-se  ». 

«  Bes  ni  îélus  »,  ol  sme. 

«  Folilais  ïmmurro  piana  ifirnn  mina  fsêlais  mo  reir-si  ». 

Doluid  imdochum  iarom,  7  fuirmidh  a  laim  form^  7  dorair- 
ngert-sa  a  reir  dô. 

«  Cuir  tra  »,  ol  se,  «  isan  muir  an  uile  n-inneamfuil  occut 
isan  curuch  ». 

«  As  liach  ém  »,  ol  smé,  «  a  dul  im-mudhu  ». 

«  Ni  râga  etir  a  mudhu  »,  ol  se.  «  Biaidh^  nech  dia  tarm- 
naighfe  ». 

Fochiursa  uile  isin  muir  acbt  cuadh  bec  craind.  «  Eirg  ass 
tra  ifechtsa  »,  ol  se  frium,  «  7  baile  i  roisfe-  do  curuch  an 
and  »,  7  dohen  dam  iarum  cuadh  medhguisce  7  secht  mbair- 
ghina  do  Ion. 

«  Lod-sa  iarum  »,  ol  an  senoir,  «  leath  rom-fuc  mo  curach  7 
an  gi^th,  ar  ro[col.  389]-leices  uaim  mo  rama  7  mo  lui.  Amal 
bassa  and  iarum  for  imluadh  etir  na  tonna  dom-cuirethar 
forsan  carraic-si,  7  ba  cundtabuirt  liumsa  iarom  in  ba  ros- 
socht3  don4  curuch,  ar  ni  acca  tir  na  talmuin  sun?;^  7  ba  cu- 
man  lium  iarom  a  n-ebradh  rium  iarom  .i.  baie  a  tairisedh  mo 


r.   Hère  begins  the  second  fragment   in  Egerton   1782  (fo.    125a):  oir 
biaid  nech  dia  tarmnaigfe  bciis. 

2.  roichfe,  E. 

3 .  rochtuin,  E. 

4.  Sic,  £.,  an,  YBL. 


The  Voyage  of  Mael  Duin.  87 

up  to  the  clouds  is  onc  crowd  '  of  démons  ail  around  thee, 
bccausc  of  thy  covctousiicss  and  thy  pridc  and  iiaugluincss, 
and  bccausc  of  thy  thcft  and  thinc  othcr  cvil  dccds.  Knowest 
thou  »,  saith  lie,  «  why  thy  boat  stops?  » 

«  Verily,  I  know  not  »,  say  I. 

«  Thy  boat  shall  not  go  ont  of  the  place  whcrein  it  stands 
until  thon  do-  niy  will  ». 

«   Mavhap  I  shall  not  endure  it'  »,  say  I. 

«  Then  thou  wilt  endure»  the  pains  ofhell  unless  thou  en- 
dure my  will  ». 

He  came  towards  me  then,  and  lays  his  hand  on  me;  and  I 
promised  to  do  his  will. 

«  Hling  »,  saith  he,  «  intothe  sca  ail  the  wealth  >  that  thou 
hast  in  the  boat  ». 

«  It  is  a  pity  »,  sav  I,  «  that  it  should  go  to  loss  ». 

«  It  shall  in  no  wise  go  10  loss,  There  will  be  one  whom 
thou  wilt  profit  ». 

(Then)  I  fling  every  thing  into  the  sea,  savc  a  little  wooden 
cup.  «  Go  now  »,  saith  he  to  me,  «  and  fortli  the  stead  in  which 
thy  boat  will  pause^  stay  therein  ».  And  then  he  gave  me  for 
provision  a  cup  of  whey-water  and  scven  cakes. 

«  So  I  went  »,  saith  the  ancient  man,  «  in  the  direction 
that  mv  boat  and  the  wind  carried  me:  for  I  had  let  go  my 
oars  and  my  rudder.  As  I  was  there  then,  tossing  among  the 
waves,  I  amcast  upon  this  rock,  and  then  Idoubted  wbctherthe 
boat  hadstopt7,  for  I  saw  neitherland  nor  soil  hère.  And  then 
I  remembered  what  had  becn  said,  namely,  to  stay  in  the  stead 


1 .  tor  .i.  iniat,  ODav. 

2.  Lit.  «  give  ». 

5.  faelus  lor  fôilus,  the  dépendent  form  of  »he  act.  redupl.  s-fut.  sg.  i  of 
folangim. 

4.  folilais,   the  indcpendent,    and  faelais  the  dépendent,  form    of  the 
same  tense  and  vcrb,  sg.  2. 

5.  iiinriini  z^  O.  Ir.  indeb.  Compare  almatm  (or  ahnaib,  p.  y^    note  ). 
b.   roisfe,  /'-fut  act.  sg.  3  oi  roissim  «  nuto  »  ;  roissid  (gl.  nutat)  Ml.  2i-': 

r('rm(gl.  nutavit)  Ml.  84^. 

7.   rossoiht  zz  losacht,  Ml.    ilS^  20,  gcn.  rosachlac  (gl.  hessitationis)  Ml. 

19'  )• 


88  Whitley  Stokes. 

churach  anadh  ann.  Adom-racht  am  seasam  iarom  co  n-a.cca 
carrai^  mbic  frissi  tibedh  an  tonn.  Biru^  iarom  mo  chois  for- 
san  carraig  mbic-sin,  7  aslûi  mo  churucli  uaim  »,  ol  se,  «  co- 
-[numjtuargaib  -  suas  an  charraic  7  foscibset'  na  tonda  for- 
culo.  Secht  mhliadna  damsund  »,  ol  se,  «  for  na  sechtmhcùr- 
genaib-  7  forsan  cuadh  medguisce  meus  lium  on  fir  rom-leic 
uadh,  7  ni  raibe  ocum-i  acbt  mo  chuadh  medhgusce  nama  : 
bùi  sidhe  and  heous.  Ba  sa  i  tredheni^^  iarsin  »,  ol  se.  «  Aithle 
mo  treadhain  iarom,  trath  nona,  dôcuircstair  doburchù  eicne 
dam  asin  muir.  Imraidhi/<-vsa5  ocum  for  mo  menmain  na  bo 
sochma^'  dam  an  t-ecne  om  do  ithe/.  Nan-cuirer  aris  isan 
muir''^,  iarom  »,  ol  se,  «  7  bassa  [hijtreadhan  aile.  Immon  très 
nônai  iarom  coiiâcai  dochuir  doburchù  an  ecne9  dam  aris 
asin  muir,  7  dochuirestair  doburchù  aile  connudh  lassamain, 
7  suidhigis,  7  séitis  cona  anail,  co  rolas  an  tene  ass^°.  Fonassa 
iarom  an  écne,  [7  ba]  sccbt  mhliadna  aile  dam  an  tucht  sin,  7 
dom-ficcdh  ecne  gach  dia  »,  olsé,  «  [con  a  thinith"]  7  forbrigh 
an  charrac^-  coiiïdh  mor  hi.  Ocus  ni  tabur  dam  mo  b/atan  dia 
sccbt  mhliadaii  iarsin.  Bassa  [hi]  treadhan^3  aile  aris.  Immon 


1 .  Rolasu,  £. 

2.  conum-tuarcuib,  E. 
3  .  roscibset,  E. 

4.  fO!maf/;am-raba  do  Ion,  E. 

5 .  Imradimsi,  E. 

6.  socraid,  E. 

7.  thomuilt,  E. 

8.  7  rus-curius  doridisi  issin  muir. 

9.  con  faca  dob/(rcu  co  n-ecne,  E. 

10.  7  rochoruig  he  7  rolec  a  anail  fon  giirriis  lursuinn,  E. 

1 1 .  Sic,  E. 

12.  roforbuir  in  charruic,  E. 

13 .  treaghan,  YBL. 


The  Voyage  of  Mael  Duin.  80 

wlicrc  niy  boat  should  stop.  So  I  stood  up  '  .ind  saw  a  littlc 
crai^  aj;ainst  whicli  thc  wave  beat^  Thcn  I  set  my  foot  on 
th.u  littlc  crai^,  and  my  boat  cscapcs  from  me,  and  thc  crag 
lifted  me  up,  and  the  waves  withdrew  ',  Seven  years  am  I 
liere  »,  saitli  lie,  «  (livinj;)  on  the  scven  cakes  and  on  the  cup 
otwhey-water  which  was  qiven^  me  by  the  man  who  sent  me 
from  hitr».  And  I  had  no  (provision)  save  only  my  cup.  of 
whey-watcr.  This  still  rcmained  there.  Aiter  that  I  was  in  a 
threc-days-fast  »,  saith  he.  «  Now  aftcr  my  three  days,  at  thc 
hour  of  nonc,  an  ottcr  brouj^ht  me  a  salmon  out  of  the  sea. 
I  pondcred  in  mv  mind  that  it  was  not  possible  for  me  to  cat 
a  raw  salmon.  I  throw  it  a^ain  into  thc  sea  »,  saith  hc,  «  and 
I  was  fasting  for  another  space  of  three  days.  At  the  third 
none,  then,  I  saw  an  otter  bring  the  salmon  to  me  again  out 
of  the  sea,  and  another  otter  brought  flaming  firewood,  and 
set  it  down,  and  blew  >  with  hisbreath,  so  that  the  fîre  blazed 
thereout.  So  I  cooked^  the  salmon  ",  and  for  seven  other  years 
I  livcd  in  that  wise.  And  every  day  »,  saith  he,  «  a  sahnon 
used  10  corne  to  me,  with  its  fîre,  and  the  crag  increaseth** 
so  that  (now)  it  is  large.  And  on  that  day  scven  years  my  sal- 
mon is  not  given  me  :  (so)  I  rcmained  again  (fasting)  for  ano- 

1 .  iiil-oui-racht  «  I  raised  myscU  up  •>,  /-  prêt.  sg.  i  with  infixcd  pron. 
sg.  I  :  près.  sg.    5,  atriii^,  Windisch  Wœrt.  380. 

2.  tibfd  liere  secms  cognate  with  iztiiu},  iT'.Çc'oi  Usually  lihid  means  to 
laugh.  So  in  the  Lile  of  èen.in  (Bock  of  Lismore,  fo.  20*'  i):  doroudis  nu 
tonna  iulochum  eu  tibhtis  uinime. 

5 .  foscihsct  secms  a  scribal  error  l'or  roscibsel,  s-pret.  pi.  5  of  scibim, 
verbal  noun  5t('W//<i  supra,  or  scibud,  LU.  27»:  scibeadh  beathadh  À.^hiasMt 
bealhiidh  «  the  course  or  order  of  lifc  »,  P.  O'C. 

4.  lucus  for  tucaJ,  by  analogv  to  O.  Ir.  rofess,  rochloss,  adchess,  focress, 
G.  C.  478. 

5 .  séilis,  S-pret.  sg.  5  of  sélim. 

b.  fûuassa.  \it\\Qx  fonussa,  s-pret.  sg.  1  o(  fuinitn. 

7.  Porro  septimo  die  aparuit  niichi  ista  pctra  in  quam  intravi,  dimissa 
navicula  atque  percuss.i  pede  nieo  ut  isset  undc  venerat,  confestimque  vidi 
illam  cursu  vclocissimo  sulc.mtcm  undas  per  cquora  ut  redirct  in  patriani 
suam.  Ego  vero  mansi  hic.  Circa  horani  nonani  luter  portavit  michi  pran- 
dium  do  mari,  id  est,  pisccm  unum  in  ore  suo,  et  fasciciilum  de  sarminibus 
ad  focum  faciendum  inter  suos  anteriores  pedcs,  ambulans  super  duobus 
posterioribus.  Cum  posuissct  anïc  me  piscem  et  cremina,  reversus  est  unde 
venerat.  Ego  vero  accepte  terre  silicem  percussi  fecique  ignem  de  cremi- 
nibus  et  paravi  michi  cibum  de  illo  pisce,  Perigr.  p.  55. 

8.  forbrigh  %ho\Aà  probably  ht  forbridh,  0\à-\T .  forbeir . 


90  Whitley  Stokes. 

très  nôin  [don  tredan]  ^  docarastar  dam  lethbarghen  cruith- 
nechta  7  ordu  eisc.  Aslui  rium^  iarom  mo  chuadh  medgusre', 
7  dom-ainic  cuadh  comméd  fris  do  daghlind,  ro;nd-fuil  isan 
charraic  sunii,  7  bid  lan  gach  dhia.  Ocus  nim-farraidh4  gœth, 
nafleochadh,  nates,  na  fuacht  isan  maighin-seo.  It  he  mo  tur- 
ter/;/asa  sin  5  »,  ol  an  senoir. 


INtan  tra  tanic  trath  nôna  iarom  nosn-ic  lethbarsen"  7 
ordo  eisc  gach  fir  dibseom  uile,  7  tbgebthe  isan  cliôdh  bôi 
bôcomair  an  clerig  isan  charraic  al-lôr  uile  do  daighnd.  As- 
b^rt  an  senoir  friusom  iarsin  : 

«  Ricfaidh  uile  do  for  tir 7,  7  an  fer  romarb  t'athair-seo,  a 
Mael-duin,  fon-ngébaid^  a  ndun  arforcind,  7  ni  romarbaid9, 
acht  tabruidh  dilghudh  do,  fobithin  robar-sœr-si  Dia  di  mor- 
guasachtaib  imdaib^°,  7  basa  fir  bidhbuidh  bais  dochena^^  ». 

Ceilebraiset  iarom  don  tsenoir,  7  lotar  for  a  n-indtiuch 
gnathac/;^^. 

XXXIV. 

[col.  390]  lAr  techt  doib  de  sen  iarum,  arrancatar  indsi  co 
cetraib  imdaib,  co  ndamaib  7  buaib  7  chairib.  Ni  batar  tigi  na 
dune  inti,  7  ethait  iarom  féolo  na  cairech.  Ba  handsin  asb^r- 
tatar  alaile  dib,  ic  aicsin  errich  moir  and  :  «  Ba  cosmail  in 
t-errach^3  fria  herrcho  Ercnii^-^  ».  «  Is  fir  son  ém  »,  ol  fairenn 
ele.  «  Forcométaidh  he  »,  ol  Ma^l  duin,  «  co  n-aicidh  cia  thés 
uaib  in  t-en  ».   Gwaccatar  foluastar  uaidhib  sairdhes^5.  Im- 

1 .  Sic,  £.  3 .   £.  inscris  :  do  dermat. 

2.  erum,  E.  4.   nin-farraigh,  YBL. 

5 .  it  he  mo  tz/;tenasa  sin,  YBL.  it  iat  sin  mo  usa,  E. 

6.  INtan  don-anic  nom  in  lai  dusn-ic  lethuargen,  E. 

7 .  7  fogabat  hi  cod  in  dérig  in  doethain  do  daglinn,  7  rotharngair  doib 
co  riccfitis  slân  a  tir  ule,  E. 

8.  fonn-gebaigh,  YBL.  9.   nis-marbuid,  E. 

10.  E  inscris  :  hi  rababuir  indallana. 

11.  E  omits  :  7  basa.  .  .  dochena. 

12.  Celepraid  cacli  diarale  dib,  7  lotar  som  forsind  imarchor  ngnath,  E. 
1  5 .  YBL.  anterrich. 

14.    AtroMcatûr  erruch  mor  ann  cosmuil  fri  herrchu  Hérinn,  E. 
I  ) .   Con  facatar  adil  [leg.  agil  ?]  for  foluamuin  sairdess,  E. 


The  Voyage  oj  Mael  Duin-  91 

thcr  space  of  tlirce  days.  Al  the  tliird  nonc  of  thc  ilircc  days 
ihcrc  half  a  cake  of  whcat  and  a  piccc  of  fish  werc  cast  up' 
ti).  Tlicn  my  cup  of  wlieywatcr  cscapcs  from  me,  and  tlicrc 
came  to  me  a  cup  of  the  same  si/e  lilled  witli  <^ood  liquor, 
wliich  is  on  the  crag  Iiere,  and  it  is  fiill  cvery  day.  And  neiiher 
wind,  nor  wet,  nor  Iicat,  nor  cold  aifects  me^  in  iliis  place. 
Tliose  arc  my  narratives'  »,  saith  the  ancient  man. 

Now  when  the  hour  of  none  arrived,  half  a  cake  and  a  pièce 
of  tîsh  come  to  each  of  thcm  ail,  and  in  the  cup  which  stood 
beforc  the  cleric  on  thc  rock  was  found  their  fili  of  good 
liquor.  Thereafter  said  the  ancient  man  to  them  : 

«  Yc  will  ail  reach  your  countrv,  and  thc  man  that  slew 
thy  fathcr,  O  Mael  duin,  you  will  lind  him  in  a  fortress  be- 
forc you.  And  slay  him  not,  but  forgive  him,  because  God 
hath  saved  yo»<^  from  manifold  great  périls,  and  ye,  too,  are  5 
mcn  deserving  of  dcath  ». 

Then  thev  bade  farewell  to  the  ancient  man,  and  went  on 
thcir  accustomed  way. 

XXXIV. 

Now,  after  they  had  gone  thence  they  come  to  an  island 
with  abundant  cattle,  and  with  oxen  and  kinc  and  shcep.  There 
werc  no  houscs  nor  forts  therein,  and  so  they  eat  the  flesh  of 
the  shcep.  Then  said  some  of  them,  seeing  a  large  falcon  ^ 
there  :  «  The  talcon  is  like  the  f^ilcons  of  Ireland  !  »  «  That  is 
truc  indeed  »,  say  some  of  the  others.  «  Watch  it  »,  saith 
Maelduin,  «  and  see  how  the  bird  will  go  from  us  ».  They 
saw  that  it  flew  from  them  to  the  south-east.  So  they  rowed 


1 .  thauastai  seems  a  scribal  error  for  Jocoras  tlie  Middle-Irish  prêt.  pass. 
sg.  5  of  docuiiim. 

2.  iti-tn-farraidb:  cf.  da-farraid  galar  hi  ti'rih  Cniithnech,  Tnp.  Life.  p.  30. 
5.   turtechta.  tuirthcact  .i.  airnineact  no  scealaidheact,  P.  OC. 

4.  roi'j/-sacr  si  :  see  above.  p.  65,  note  4, 

5 .  The  basa  of  YBL.  is  certainly  corrupt.  I  conjecture  baithi-si. 

o.   crrach,  sg.  gen.  crrich,   pi.  ace.  crrchii,  I  hâve  not  met  elsewliere.  It 
probably  means  «  falcon  »  or  perhaps  «  sca-eagle  ». 


92  Whiîley  Stokes. 

raised  iarum  indiiidh  an  eoin  il-leth  luidh  uaidhib.  Imraised 
al-laa-sin  co  fescor^  Tosach  aidhchi  iarom  adchiat  talmuin 
cosmail  do  thalmuin  Erinn.  Imraiset  adochum.  Fogabut  indsi 
mbic,  7  is  uaidhe  sidhe  ros-uc  an  ga^th  isin  n-ocian  artw^ 
intan  tancatar  a  tosuch  for  muir^. 

Docuiretar  a  mbraine  a  tir  iarum,  7  lotar  cusa.n  dùn  bôi 
isand  indsi,  7  batar  ic  étsecht,  7  is  and  son  batar  aitrebthaidhi> 
an  dûine  ac  praindiughudli. 

Co  cualatar  araile  dib.  Asbertis')  :  «  Ba  maith  dunn  mane 
faicsimiss  Mœl  duin  ». 

«  Robaidedh  in  M^l  duin  sin  »,  ar  fer  aile  dib. 

«  Bess  bidh  lie  dotuisceba  as  bar  cotludli  »,  ar  fer  aili. 

«  Mad  dia  tisadh  anossa  »,  ar  fer  aile,  «  cid  dogenmais  ?  » 

«  Ni  bud  andsa  son  »,  ar  tuisech  an  tighi  :  «  failte  moir 
fris  dia  tisadh,  ar  bdi  ar  moir-imnedh  re  chian  ». 

Lasodhain  b^«aid  Mai  duin  [baschrann  fris  5]-an  comlaidli^. 

«  Cia  fil  and  ?  »  ar  an  dorrsaidh. 

«  M^l  duin  sunn  »,  ol  se  fén. 

«  Oslaic  iarum  »,  ar  in  tuisech  :  «  is  mochen  do  tiachtu  ». 

Lotar  iarom  isa  tech,  7  dognitfer  failti  moir  friu,  7  doberar 
étaigi  nôidoib.  Adfiadatar  iarom  inna  huile  adhamra  rofoillsigh- 
estar  Dia  doib,  iar  mbrethir  inn  fatha  [noim"]  asbt'/r  [col.  391] 
haec  oiiim  nicminisse^  iuuabil. 


1 .  Hère  YBL  inscris  (but  E.  omits)  the  words:  ar  ba  îocus  do  déodh  lâi 
rogabsad  imrum. 

2.  AiHfaccatar  innsi  mbicc  uaidib,7  is  ûaithi-seic  rofhuàitgestar  in  gaeih 
hi  tus  ind  echtra,  E. 

3 .  Dochuirit  braine  in  churazV  hi  ti'r,  7  tiat  budéin  hi  iocus  in  duiniu,  co 
mbatar  oc  estecht  frisin  luc^/istaig  oc  fledug»(f,  E. 

4.  aitrebtaighi,  YBL. 
) ,  Sic,  E. 

6.  comlaigh,  YBL. 

7.  Sic,  E. 

8.  meimise,  YBL. 


The  Voyage  of  Mael  Duin.  9j 

.iltcr  tlic  bird  in  thc  direction  in  which  it  liad  ^'onc  from 
tlicMu.  Thcy  rowed  that  day  till  vcspcrs.  At  ni^htf.dl  tlicy  si«^lu 
Innd  like  thc  iand  of  Ircland.  Thcy  row  towards  it.  Tlicy  lind 
a  small  ishmd,  and  il  was  from  iliis  vcry  isiand  that  tlie  wind 
h.id  hornc  tlicm  into  ilic  occan  whcn  tlicy  first  wcnt  to  sca'. 

Thcn  thcy  put  thcir  prow  on  sliore,  and  thcy  wcnt  to 
tlic  fortrcss  iliat  was  in  thc  ishmd,  and  thcy  wcrc  listcnin^, 
and  thc  inhabiiants  of  thc  fortrcss  wcrc  tlicn  dinin^-. 

Thcy  heard  some  of  thcm  say  ing:  «  It  is  weil  for  us  if  wc 
should  not  sec  Macl  duin  ». 

«  That  Macl  duin  has  been  drowncd  »,  saith  anothcr  man 
of  them. 

«  Mayiiap  it  is  hc  who  will  wakc  you  out  of  vour  slccp  », 
saich  anothcr  man. 

«  If  hc  should  corne  now  »,  saith  anothcr,  «  what  should 
we  do  ?  » 

«  That  wcrc  not  hard  (to  say)  »,  saith  thc  chief  of  thc 
housc  :  «  grcat  welcomc  to  him  if  he  should  come,  for  hc 
hath  bccn  for  a  loni^  spacc  in  niuch  tribulation  ». 

Thcrcat  Macl  duinstrikcs  thc  chipper  '  against  thc  doorvalvc. 

«  Who  is  thcrc  ?  »  saith  thc  doorkccper. 

«  Mac!  duin  is  herc  »,  saith  hc  himsclf. 

«  Thcn  opcn  !  »  saith  thc  chief:  «  welcome  is  thy  coming  ». 

So  they  entcrcd  thc  housc,  and  great  welcome  ♦  is  made  to 
them,  and  new  garmcnts  are  given  them.  Thcn.  they  dé- 
clare ail  thcmarvcls  which  God  had  rcvcaled  to  them,  accord- 
ing  to  thc  Word  of  thc  sacrcd  poet  who  saith  :  Hutr  olitn 
nit'iiiiuissc  iuuabiî  >. 


1 .  E  has  :  «  They  saw  before  thcm  a  little  isiand,  and  it  is  from  it  that 
the  wind  had  swept  thcm  away  at  the  beginning  of  the  adventure  ».  Here 
seic  is  the  démonstrative  suftix  fréquent  in  thc  Laws  :  ro-fhuàitgestar  is  thc 
deponential  i-prct.  oi  (uataù^im  ;  Windisch,  Wœrterb.,  (uadach  to  snatch, 
whip,  or  swecp  awav,  P.  O'C. 

2 .  E  has  :  Thev  put  the  prow  of  the  boat  on  shore,  and  they  them- 
selves  go  near  the  fortress,  andwere  listeningto  the  folk  inside  it  who  were 
feasting. 

3 .  bas-cbrann  lit.  «  palm-wood  »  the  rapper  or  knocker,  P.  OC. 

4.  failli  and  moir  arc  in  liie  accusative  —  a  common  idiom  with  thc 
vocalled  Irish  passive. 

5.  Verg.  Aen.  I.  205.  Thc  fuith  nùem  is  a  rendering  oi  vates  sacer. 


94  Whitley  Stokes. 

Doluid  Mœl  duin  dia  crich  fein%  7  dohen  Diuran  Leicerd 
na  coic  leithe  unga  tue  dond  lin,  co  rofuirim  for  altoir  Aird 
Mâcha  ^  hi  cosgur  ocus  hi  commdidium  in[na]  ferta  7  mormir- 
bul  dorinni  Dia  erthu.  Ocus  atfia(datar)  a  n-imthMi-a  o  ihus 
co  der(ed),  ocus  ana  fuaratar  do  gaibthib  7  gua(s)flr/;/[aib] 
for  mu[i]r  7  tir. 

Roch6ruig3  immorro  Aed  Finn,  ardecnuid  Herinn,  in  sgél- 
sa  amfl/  ata  sunt;  comad  ar  ghairdechrtJ  menman  dorig«/,  7 
do  doinib  Herinn  hé  inadididh^. 


1 .  7  dia  fherund  buden,  E. 

2 .  7  dob^rt  Diuran  lethcerd  mocul  in  lion  i  mbatar  na  cuig  lethuncra  cû 
rofliuirim  for  altoir  Arda  mâcha,  E.  Hère  YBL.  ends.  The  rest  is  from  E. 

3 .  Ms.  Rochoruid. 

4.  Ms.  inadiaidh. 


The  Voyaiie  of  ^fael  Duin.  95 

M;r1  duin  (thcn)  wcnt  to  liis  own  district,  nnd  Diuran  tlic 
Rhymcr  took  tlic  livc  lulf-ounccs  (of  silver)  which  lie  had 
brou,L;lu  from  thc  net',  and  laid  thcmon  thc  altar  of  Armagh, 
in  triumpiiand  in  exultation  at  the  miracles  and  great  marvcls 
which  God  had  wroui^ht  for  them  -.  And  thev  declarcd  their 
adventurcs  from  heginninj^  to  end,  and  ail  the  '  dangers  and 
périls  thev  had  found  on  sea  and  land. 

Now  Aed  thc  1-air,  chief  sage  of  Ireland,  arranged  this 
story  as  it  standeth  herc;  and  he  did  (so)  for  delighting-»  the 
mind  and  for  the  folks  of  Ireland  after  him. 


Whitllcy  Stokes. 


1.  See  chap.  XXVI,  p.  61. 

2.  crthu  for  erru. 

5 .  Lit.  icbat  (aan)  oj  (do  for  di).  Hère  ana  is  for  intia-n:  compare  iniiaii- 
dernai  do  fertaib  (lit.  what  of  miracles  he  wroughl),  Tripartite  Life  of  Pa- 
trick, p.  2)8,  L  28. 

4.  gairdechad  zz.  gairdcaghadh  a  rejoicing,  elating,  joy,  P.  O'C. 


SUPPLÉMENT 

A  l'épigraphie  latine  de  saintes 


L'année  dernière,  à  pareille  époque,  j'ai  profité  de  l'hospi- 
talité de  la  Revue  Celtique  pour  y  insérer  quelques  inscriptions 
de  Saintes  nouvellement  découvertes,  qui  intéressaient  l'ono- 
mastique gauloise.  Les  fouilles  de  M.  le  chanoine  JuHen- 
Laferrière  ayant  continué  cette  année  avec  succès,  je  dois 
compléter  mes  conclusions  passées. 

L 

La  fin  de  la  grande  inscription  où  j'ai  restitué  le  nom  d'Age- 
dillus^  a  été  retrouvée  en  plusieurs  morceaux.  Je  l'ai  ainsi 
copiée  -  : 

/ 

AEv 

ro 

EOv 
I  B 


1.  Revue  Celtique,  IX,  p.  78. 

2.  Ce  fragment  vient  d'être  publié,  avec  le  reste  de  l'inscription,  par 
M.  Em.  Espérandieu  (Rev.  Poitevine  et  Saintongeaise,  V,  p.  194).  M.  Espé- 
randieu  ne  lit  pas  Jgedil[li\  sur  la  pierre,  mais  seulement  /Iged,  ce  en  quoi 
je  crois  qu'il  a  tort.  L'estampage  que  j'ai  entre  les  mains  en  tait  foi. 


' 


Supplément  à  l'P.pigraphie  latine  de  Saintes.  97 

Les  mots  qui  terminaient  l'inscription  sont  donc  :  à  la 
deuxième  ligne,  Atcclorù^ianae,  et  à  la  troisième,  evocato, 
comme  on  l'avait  toujours  pensé;  à  la  quatrième  ligne,  c'est 
bien  chipco^  et  non  clupàs  qu'on  doit  lire;  A  la  cinquième,  le 
mot  commilitonibus  était  abrégé  en  comniililonib;  enfin,  à  la 
dernière,  après  le  T  initial  de  tcstaïucnto,  il  y  a  un  point  trian- 
gulaire qui  termine  absolument  le  texte;  il  ne  faut  donc  pas 
songer  à  restituer  [p(osucruut)\.  La  lin  de  la  première  ligne 
a  été  emportée  par  la  cassure  de  la  pierre  ;  on  n'y  voit  plus 
qu'un  petit  trait  courbe  qui  descend  un  peu  au-dessous  du  ni- 
veau inférieur  des  lettres.  Or,  ce  trait  ne  peut  appartenir  à  la 
queue  d'aucune  lettre.  D'ailleurs,  le  surnom  du  personnage, 
Macro,  était  évidemment  le  dernier  mot  ;  il  f;iut  donc  sup- 
poser que  cette  ligne,  qui  se  terminait  un  peu  avant  la  limite 
extrême  des  autres,  était  agrémentée  à  la  fin  d'un  point  sépa- 
ratif,  non  pas  triangulaire  comme  sur  le  reste  du  monument, 
mais  plus  développé,  et,  peut-être,  par  une  feuille  cordiformc. 
Ce  ne  serait  pas  la  première  inscription,  du  début  de  l'empire, 
où  l'on  trouverait  ainsi  des  points  séparatifs,  de  forme  diffé- 
rente, employés  simultanément  -. 


IL 

En  parlant  l'année  dernière  d'un  texte  incomplet  relatif  à 
un  prêtre  de  Rome  et  d'Auguste  >,  j'avais  conjecturé  qu'on  en 
trouverait  peut-être  un  second  exemplaire,  me  fondant,  pour 
exprimer  cette  opinion,  sur  un  petit  fragment,  déjà  connu  par 
une  copie  de  Chaudruc  de  Crazanncs  >,  qui  paraissait  en  être 


1 .  L'E  est  enfermé  dans  l'O  ;  je  les  ai  scparOs  pour  la  facilité  de  l'im- 
pression. 

2.  Cf.  une  inscription  d'Arles  (C.  /.  L.,  XII,  855  a)  où  Ion  rencontre 
la  feuille  cordiforme,  la  virgule  et  le  point  triangulaire  :  une  autre  de 
Maycnce  (Hùbner.  Excmpla  scripturae  epigraplncac,  n.  205)011  deux  feuilles 
figurent  à  la  tin,  le  reste  du  texte  n'offrant  que  des  points  triangulaires  ;  une 
troisième  de  Constantine  (C.  /.  L.,  VIII,  6987)  qui  offre  la  même  particu- 
larité, etc. 

5.   Rev.  Celtique,  IX,  p.  85. 

4.   Antiquités  de  Saintes,  p.  34,  et  pi.  IV,  fig.  3. 

Revue  Celtique,  X  7 


98  R.  Cagnat. 

le  début.  La  bonne  étoile  de  M.  le  chanoine  Julien-Laferrière 
m'a  donné  raison,  plus  même  que  je  ne  pouvais  m'y  attendre: 
non  seulement  il  a  mis  au  jour  la  suite  du  premier  exemplaire 
que  nous  possédions  déjà  en  partie,  mais  encore  il  en  a  ex- 
humé trois  autres  plus  ou  moins  fragmentés,  de  telle  sorte 
que  nous  avons  maintenant  en  quadruple  l'épitaphe  du  même 
personnage.  Ces  quatre  textes  étant  identiques,  on  peut  les 
compléter  l'un  par  l'autre  pour  les  parties  aujourd'hui  man- 
quantes. Je  vais  transcrire  d'abord  tous  les  fragments  de  ces 
inscriptions  que  l'on  possède,  d'après  mes  copies,  ou,  à  dé- 
faut, d'après  celles  de  M.  le  chanoine  Julien-Laferrière  ;  j'es- 
saierai ensuite  de  rétablir  en  son  entier  le  texte,  tel  qu'il  devait 
figurer  sur  les  quatre  faces  du  tombeau  monumental  de  cet 
antique  enfant  de  Saintes. 

Premier  exemplaire. 

^J^  C  .  I  VLIO     CON 

PATIS  •  NEPOTI  ■  F 
ROMAE   •  ET  .  AVG 

^J^ONNETODVBNl 

ECTO  •  FABRVM  •  TrIBV 
iLAD-CONFLVENTEMC- 

^;'F.V0LTVICT0R1 

NO    •    MILlTvM    •   COHORT 
IVLIVS  •  VOLT  -VICTOR  •  F  -1 


1.  Fragment  déjà  connu.  Cf.  Rev.  Celt.,   IX,   p.    81,   et  Catalogue  du 
musée  de  Saintes,  1888,  p.  34. 

2.  Cf.  ibid. 

3.  Ma  copie  d'après  l'original  et  une  photographie  de  M.  le  chanoine 
Julien-Laferrière,  Cf.  Revue  Poitevine,  1888,  p.  24). 


Supplément  à  rF.pigraphie  latine  de  Saintes.  09 

Deuxième  exemplaire. 

'0'  civ 

PAT 
SAC 

^;mo    conc 

s  .  NEPOTI  •   PR 
RD  •  ROMAE  •  I 

0^^  N  E  T  O 

cTo  •  FAI 
VSTI      AD 

^/J' VICTOR  I   •  AC 

ILlTvM      •     COHO 

c  •  ivLivs     volT  •  V 
0-^  O  M  O 

A  R  V  M 
LI  V  S  • 


1 .  Copie  de  M.  le  chanoine  Julien-Laferrière.  Cf.  Rrcue  Poitevine,  p.  246. 

2.  M.i  copie  d'après  une  pliotographie  du  même.   Cf.   Revue  Poitevine, 
p.  246,  et  Revue  d'Aunis  et  de  Saintonge,  1888,  p.  416. 

5 .   Ma  copie,  d'après  une  photographie  du  même.  Cf.  Revue  Poitevine, 
p.  246,  et  Revue  d'Aunis  et  de  Saintonge,  p.  416. 

4.  Ma  copie  d'après  une  photograpliie  du  même.  Cf.   Revue  Poitevine, 
p.  246,  et  Revue  de  l'Aunis  et  de  la  Saintonge,  p.  417. 

5 .  Ma  copie  d'après  une  copie  du  même  chanoine  JuUen-Laferrière.  Cl. 
Revue  d'Aunis  et  de  Saintonge,  1888,  p.  417. 


100  R.  Cognai. 

Troisième  exemplaire'^ . 

^;VLIO   .    CONGON 

PATIS    .    NEPOTI    •    PRAEFECTO 
ROMAE  •  ET  •  AVGVSTI  •  AD  •  CON 

^^;NI      F  .  VOLT  .  V 

MIL  ^^P^    •    COHO 

IVS     iOo  èSt  •  VICTOI 


Quatrième  exemplaire. 

^;iO.     =     [Iuï\io 
b)\j    RI.     ^    y[icto\ri 


A  quoi  il  faut  ajouter  le  fragment  autrefois  publié  par  Chan- 
druc  de  Crazannes  ^ 

C   IVL 
PATI 
SAC 


qui  ne  peut  être  rapporté  qu'à  ce  quatrième  exemplaire. 

Ainsi  est  tranchée  la  question  de  savoir  quel  était  le  sur- 
nom du  personnage.  On  voulait  en  faire  un  C.  Julius  Cogi- 
dubnus,  en  se  référant  à  deux  autres  inscriptions  de  Saintes 

1 ,  Copie  du  même. 

2.  Antiquités  de  Saintes,  p.  34,  pi.  IV,  fîg.  3. 


Supplément  à  l'fipigraphie  Litine  de  Saintes.  loi 

qui  ont  été  réunies  en  une  seule  par  plusieurs  de  ceux  qui 
s'en  sont  occupés  '  ;  il  se  nommait  C.  Julius  Victor. 

Son  père  s'appelait  Com^onnetoduhius  et  non  Couconnetodub- 
nus,  forme  adoptée  jusqu'ici-.  La  présence  du  G  est  d'autant 
moins  extraordinaire  que  cette  lettre  fi«,'ure  déjA  dans  un  cer- 
tain nombre  de  mots  de  même  racine  connus  par  des  inscrip- 
tions ou  des  textes  d'auteurs:  Cotiijinnui,  Con^^onna-^,  Con^o- 
nius'^,  Coutyoniius^,  Qnii^h-ntiicusT,  Coiit^onetiacus^,  Coui^avala'i. 

Le  nom  de  l'aïeul  du  défunt  était  Ai^cdomopas,  mot  qui 
s'est  déjà  rencontré  sur  une  monnaie  gauloise  sous  la  forme 
Agedomapas^'^.  Le  premier  élément  Aged,  d'ailleurs  bien 
connu,  .Hgure  dans  le  mot  Ai^cdillus  que  j'ai  rappelé  au 
début  de  cet  article,  et  dans  un  petit  nombre  de  mots  que  j'ai 
eu  l'occasion  de  signaler  ici  même".  La  terminaison /)aj  est 
assez  fréquente. 

Voilà  encore  deux  noms  gaulois  de  plus  que  nous  a  fournis 
la  muraille  de  Saintes,  et  ce  ne  sont  pas  les  seuls  '-. 

A  la  seconde  ligne,  il  est  dit  que  C.  Julius  Victor  était  tribun 
d'une  cohorte  dont  l'expression  se  terminait  par  les  lettres 
ARV.M.  Le  nombre  des  cohortes  connues  qui  satisfont  à  cette 
condition  est  très  restreint  ;  je  ne  vois  guère  que  Niimidarum, 
Dclmatitrum,  Bracanivi  ou  Bch^arum  auxquels  on  puisse  songer. 
Encore,  si  l'on  tient  compte  du  peu  de  place  dont  on  dispose, 
f;mt-il  écarter  les  deux  premiers  mots  et  retenir  seulement  le 

1 .  Cf.  Audiat,  Catalogue  du  musée  de  Saintes,  p.  39,  et  les  auteurs  cités 
par  M.  Audiat. 

2.  Gluck,  Keltiscb.  Xanu-n,  p.  65  et  suiv.  ;  Zeuss,  Grammatica  Celtica, 
deuxième  édition,  p.  797  et  866. 

S.  C.  /.  L,I1I,  s 523.  Cf.  3496. 

4.  Ibid.,  V,  7181. 

5.  Ibid.,  III,  1205. 

6.  Ibid.,  V,  7245. 

7.  Ibid.,  XII,  4883. 

8.  Liv.,  Epit.,  61. 

9.  Notitia  Digniiatum  (Occid.)  XL,  48  (éd.  Seeck).  Congavata  est  une 
ville  de  Bretagne. 

10.  Ch.  Robert,  Monnaies  gauloises,  p.  s8.  Cf.  de  Barthélémy,  Rev.  Nu- 
mismatique, 1884,  p.  177  et  suiv. 

1 1  .  Rev.  Celtique,  IX,  p.  80.  et  notes  2,  3,  4. 

12.  M.  le  chanoine  Julicn-Laferrière  en  a  encore  découvert  d'autres  qui 
trouveront  place  prochainement  dans  le  Bulletin  archéologique  du  Comité  des 
Travaux  historiques,  publié  par  le  ministère  de  l'Instruction  publique. 


10  2  R.  Cagnat. 

troisième  ou  le  quatrième  qui  conviennent  également,  le  qua- 
trième surtout.  En  69,  il  y  avait  plusieurs  cohortes  de  Belges 
parmi  les  auxilia  de  la  légion  I  Germanica  %  et  une  cohors  I 
Belgarum  a  subsisté  pendant  tout  l'empire-.  Mais  ici  il  ne 
semble  pas  que  nous  ayons  la  place  de  rétablir  un  numéro,  et 
il  faut  supposer  que  la  cohorte  de  Belges  mentionnée  n'en 
avait  point,  c'est-à-dire  qu'il  n'y  avait  à  ce  moment  qu'une 
seule  cohorte  de  cette  espèce,  ce  qui  est  très  possible,  étant 
donnée  l'époque  relativement  ancienne  du  monument.  Si 
l'on  restituait  Bracaruni,  on  serait  obligé  de  croire  que  le  nu- 
méro n'était  point  exprimé,  comme  sur  ces  briques  où  on  lit 
COHBRAC3  à  côté' de  COH-I-BRAC.  Il  est  vrai  que  sur 
des  briques  le  numéro  est  omis  pour  un  tout  autre  motif  qu'il 
ne  le  serait  sur  cette  épitaphe. 

Naturellement  il  est  possible  que  la  cohorte  ici  mentionnée 
soit  encore  inconnue;  mais  on  peut  difficilement  raisonner 
dans  cette  hypothèse-^. 

Le  deuxième  texte  était  terminé  par  le  mot  Filius,  en  toutes 
lettres  ;  le  premier,  au  contraire,  ne  contenait  que  F  suivi 
d'un  point  et  d'une  autre  lettre  formée  d'une  haste  droite  ou 
commençant  ainsi  (H,  T  ou  L).  Il  faut  sans  doute  chercher 
là  une  des  formules  qui  terminent  d'ordinaire  les  épitaphes, 
par  exemple,  h(eres)  e(jus). 

En  comparant  entre  eux  les  quatre  exemplaires  rapportés 
plus  haut,  on  remarquera  que  deux  d'entre  eux  (i  et  3)  por- 
tent au  commencement  de  la  troisième  ligne  ROMAE,  le  mot 
sacerdûs  appartenant  évidemment  à  la  fin  de  la  deuxième  ligne, 
tandis  que  les  deux  autres  (2  et  4)  portent  au  même  endroit 
SACERD- ROMAE.  Ces  quatre  textes,  semblables  pour  la  ré- 
daction, étaient  disposés  un  peu  différemment. 

On  lisait  donc  sur  deux  des  faces  du  monument  l'épitaphe 

1 .  Tac,  Hist  ,  IV,  20. 

2.  C.  I.  L.,  III,  1790  (an  173),  1918,  2067,  2745;  Arch.  Epigr.  Mit- 
theil.  ans  Œsterreich,  1884.  p.  106,  n.  12;  Brambach,  Insc.  Rhen.,  1030  (du 
temps  de  Sévère  Alexandre).  Cf.  Hassencamp,  de  Cohortibus  Romanorum 
aiixiliariis,  p.  23. 

3.  Eph.  Epigr.,  IV,  205. 

4.  M.  Audiat,  Revue  d'Ainiis  et  de Saintonge,  1888,  p.  417,  s'arrête  à  peu 
près  à  la  même  conclusion. 


Supplément  à  rEptèri^plue  i^Une  de  Saintes. 


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104  ^-  Cagnaî. 

que  nous  avons  restituée  sous  le  n°  I,  et  sur  les  deux  autres 
celle  qui  porte  ci-contre  le  n°  IL 


III. 

En  terminant,  j'ai  une  rectification  à  faire  à  mon  article  de 
l'an  dernier.  Dans  une  épitaphe  du  musée  j'avais  cru,  d'après 
l'estampage  —  je  ne  connaissais  pas  l'original  —  pouvoir  lire  par 
deux  fois  le  gentilice  Cappius  ^  M.  Audiat,  dans  son  Catalogue 
du  niusée^,  s'est  décidé  pour  Caprius.  Vérification  faite  sur 
la  pierre  même,  il  a  raison.  La  queue  du  R  est  visible  à  la 
première  comme  à  la  troisième  ligne  du  texte,  surtout  à  la 
première.  Ce  gentilice  est,  d'ailleurs,  parfaitement  connu'. 


R.  Gagnât. 


1 .  Rev.  Celtique,  IX,  p.  86. 

2.  Catalogue  du  muséede  Saintes,  i888,  p.  56,  n"  135. 

3 .  Cf.  de  Vit,  Onomasticon,  s.  v. 


NOTES 

ON 

WELSH    CONSONANTS 

BY    DR.    M.    NHTri.AU 

(Suite) 


CHW. 

25.  Chw  arosc  mostly  from  *sv.  In  tlie  lovinwords  chwc- 
tVor,  gwefror  (Icoii.  c'iiouevrer)  and  chwysigen,  gwysigcn 
(Icon.  c'houczigell,  vessie)  chw  sprung  from  *gh\v,  in  wliich 
g  as  in  gw  for  v  was  put  before  an  aspiratcd  v  (vli).  Cf.  Ad- 
dit.  Ms.  31060  gwefrol  f.  153  a,  mis  gwetfrol  f.  210  a;  L. 
Morris,  Addit.  Ms.  14944,  f.  62  a:  cinvcfror  «  in  Anglesey 
chwefrol  »;  the  same  mentions  chefrol  in  Souih  v:.  poenis  (in 
a  lettcr,  printed  in  }'  Cymmr.,  II,  p.  145).  —  Chw  —  gw 
occur  both  in  chware,  damchwein,  chwedy;  cf.  Add.  Ms. 
14869  y  warae  oreu  pan  woraer,  f.  23  a;  B.  of  Hcrg.  gwaryaf 
col.  563,  a  chwaryy  di  563,  ch6aryaf  660,  a  wharya6d  688, 
yn  g6are  564,  565,  566,  y  g6are  h6nn6  564(2),  565(2),  y 
g6arywyt  720  etc.  —  damchweinio,  damweinio  Sp.  ;  B.  of 
Hcrg.  damwheina6  col.  709,  damwheineu  800,  801  ;  LI.  Gw. 
Rh.  dannvein  p.  9,  damhweinaw  p.  153  ;  Ms.  Cleop  B  5  dam- 
chweynws  f.  34  a;  5  =  Addit.  Ms.  22356  y  lie  y  damcheino 
f.  65  a,  damchein  f.  no  b,  na  damcheina6d  f.  69  a;  or  dam- 
ch6eina  f.  61  a,  ac  or  damh6eina  f.  64  a,  or  dam6eina  f.  74  b; 
or  dameina  (sic)  ryfcl  f.  64  b;  5"  in  Owen's  Laivs :  damch6ei- 

I  Voir  le  commencement  de  cet  article  t.  IX,  p.  64. 


io6  Nettlan. 

neu  p.  558,  damhéeinieu  ib.,  damcheinei  p.  616;  Gr.  Roberts, 
gramm.  damwain  p.  84,  etc.  —  It  is  probable  that  thèse  dou- 
blets represent  an  earlier  status  durus  and  status  mollis  (cf. 
Rev,  Celt.,  \l,  314,  n.  5);  also  the  South  Welsh  wh,  h\v 
wants  some  considération  in  this  regard,  see  24. 

24.  h\v,  wh  are  the  South  Welsh  représentants  of  chw.  Thev 
are  perhaps  due  to  an  initial  mutation  of  the  group  in  an 
earlier  period  of  the  language;  compare  the  change  of  initial  *s 
in  Welsh  into  h,  which  is  not  without  exceptions,  since  it  oc- 
curred  first  only  in  words  closely  following  a  word  ending  in 
a  vowel.  Hw  and  wh,  later  even  w  are  found  in  many  South- 
Welsh  Mss.,  but  chw  ahvays  occurs  besides  them;  whether 
this  is  due  in  the  oldest  Mss.  to  the  more  common  Northern 
orthography  or  whether  chw  and  hw  existed  in  différent  syn- 
tactic  positions  still  both  at  the  time  of  thèse  Mss.  cannot  be 
decided  without  a  spécial  study  of  the  détails.  In  the  Vene- 
dotian  Ms.  A  occur  e.  g.  chue  byu  p.  12,  chuehet  p.  27, 
kechuin,  kecuyn  p.  45,  koquinyat  p.  61,  kecuuin  p.  62,  mys- 
tacuet  p.  18;  o  damguenX'a  p.  53,  etc.;  as  to  ch  and  c  cf.  de- 
creu  p.  2,  hucc  p.  32,  mocch  p.  36,  kescho  (c3^sgo,  c-h  hke 
t-h  in  rotho,  etc.),  mecni  p.  55,  etc.  But  p.  14  :  huechet  and 
p.  55  i  guadu  wecni  (mechni)  wec  guir  ac  euo  ehun  sei- 
thuet  (perhaps  an  error  caused  by  wec  of  wecni). 

25.  B.  of  Carm.  chuetlev  a  giklev,  hwetil  (17),  chuetil 
(18),  chuetyl.  BofTal.  whegach  (14).  r=Harl.  Ms.  958  a 
hweugein  mu  f.  4  a;  r=  Harl.  Ms.  4353  whech,  whefraôr 
f.  29  a.  5=  Addit.  Ms.  22356  6heg6yr  f.  4  a,  6he  bu  f.  12  b; 
on  6h6thu  see  my  Beitr.  §  107,  in  Neath  wthu,  fe  wthiff; 
B.  of  Herfr.  dy  whaer  col.  728,  a  wharya6d  col.  688,  ni  an 
whech  col.  723,  etc.;  Ll.  Gw.  Rb.  hwechet  p.  215,  hwim- 
wth  p.  155;  cf.  pp.  226,  234,  240;  hwythu  p.  237;  cwrnu 
(chwyrnu)  p.  130;  drwy  wherwder  p.  237;  y  varwgywedyl 
ef  p.  151  (cychwedl,  Sp.).  Tit.  D  22  wimmwth,  y  wethel 
(th  for  dd;  cliweddl  for  chwedl  is  South  W.,  see  below),  we- 
ched,  etc.  (YC.  III).  Addit.  Ms.  19709  whemil  f.  68  a.  Cleop. 
B  5  hwiliaw  (chwilio)  f.  102  b,  etc.  Add.  Ms.  149 12,  mis 
whefra6r,  hwer6  f.  16  b,  chechet  f.  26  b,  etc. 

26.  In  later  texts  :  Addit.  Ms.  14921,  i6th  cent  (Gwentian 


Notes  on  Welsh  Consonants.  1 07 

dialcct)  :  whccliant  t".  46  a,  whcddcl  f.  44  b,  Ib  ddiwhclocdd 
t".  8  a;  Invssy  f.  37  b  =  cluvysu,  etc.;  Sunce  Ms.  672,  û 
whcrddir  f.  26  b,  d.  \\  ddwad  f.  26  a,  û  lainw;  Addit  Ms. 
149 13  Invcclicd  f.  72  a;  Uyfr  Achau  1602:  ab  Harri  wcchcd 
p.  12,  Edward  y  wcchcd  ib.,  y  whcched  p.  35  (2),  ai  wacr 
hithav  p.  43,  hwacr  p.  57,  etc.;  Addit.  Ms.  14973  na  wlic- 
nvchcclif.  81  A\MiUch.Cni'\dr.  h\vantau,yii  hwcnnychu,  etc. 
—  In  tlic  modcrn  South  W.  dialccts  \v!i  or  w  arc  commonly 
writtcn.  —  W.  Salesbury,  pron.,  1547  s.  lit.  ch  givcs  Invccli, 
hwacr  as  South  W.  which  corresponds  with  the  niodcni 
prouunciation  (IiHis,  1.  c).  —  On  the  Xortliern  chw  Swcet 
p.  417  savs  :  (w)  docs  not  round  the  (cli). 

27.  Some  clumsy  ortliograplis  arc:  cinvhcfrin,  B.  of  Tal. 
(i));  Sal.  A'.  T.  cwhedlca  f.  377  b,  cwherwa  t".  384  b, 
cwherwocdd  ib.  (Huct);  also  Catiii  v  C.  1672:  cwharieu, 
cwhario  p.  233,  chwhenychu,  chwhareu  p.  226,  chwharc 
p.  159;  (ib.  camweddle  p.  419).  Hère  Salesbury  and  Stephen 
Hughes  combined  in  print  the  Xortliern  chw  and  tiie  Soutliern 
wh  to  satisfy  the  evcs  of  the  readers  of  ail  dialccts  ;  Huct  and 
Prichardwrote  of  course  wh  as  their  Gwcntian  dialccts  rcquire 
and  the  respective  cditors  added  the  Northern  ch.  In  theolder 
Welsh  prints  such  accomodations  to  différent  dialccts  are  not 
seldoni  met  with. 

The  forms  of  anghwancgu  also  illustratcearly  orthographv. 
et.  B.oJ  Hcrg.  aghwanegu  col.  779,  yn  ach6ancc  Sk,  p.  203; 
iJ.  Giv.  Rh.  yn  yghwanec  p.  119,  yn  angchwanec  p.  120, 
heb  arveu  yghwanec  p.  125,  ygwanec  pp.  124,  133,  etc. 

28.  Ch  for  chw  occurs  so  often  in  several  Mss.  that  it 
scems  to  express  some  really  altered  pronunciation  in  which 
ch  prevailed;  also  chi  for  chwi  is  common  to  ail  dialccts. 
Ct.  Ms.  A  :  Chcwraur  p.  68  (twicc),  cuefraur  p.  10, 
kanydemchel  p.  46,  eny  emchelo  p.  392,  nyt  hemchucl 
p.  159.  Ms.  S:  damchein,  etc.,  sce  23.  Ms.  A  (Owen, 
Laïcs)  am  chevgain,  ac  o  chevgain  p.  542;  Addit.  Ms.  14986 
(i6th  cent.)  yr  eilchaith  f.  6  a;  Ll.  Achau,  1602:  a  chedy 
(twice)  and  ach  wedy  p.  6r;  chefrol,  see  23.  —  In  Beitr. 
p.  79  I  quotcd  from  Ms.  Clcop.  B  j  dychelut  f.  152  a,  ymche- 
lut  t.  138  b;  in  thisMs.  ymchwcilant,  etc.,    occur  often;   on 


io8  Netilau. 

ymchwelyd  :  ymhoelyd  see  my  article  in  Y  Cymiiir.  IX, 
pp.  84-88,  where  many  forms  are  collected;  on  chi  see  ib., 
VIII,  pp.  1 19-120. 

29.  An  unique  example,  as  far  as  I  know,  is  chwadan  (from 
*chwiaden),  the  Carnarvonshire  form  of  hwyaden  (duck), 
given  by  Sweet  p.  428;  cf.  Yr  Arw.  chwiadan,  24,  2,  1859; 
chwiad,  Yr  Amserau,  31,  12,  46;  chwyied  22,  4,  47.  In  Y 
Traetb.  III,  p.  7.  South  W.  giâr  a  chwiaden,  pi.  geir  a  chvàed 
=  NorthW.  iar  a  hwyaden,  ieir  a  hwyeid;  giâr  is  South  W., 
but  what  is  said  on  chwiaden  is  a  mistake  or  this  form  is 
known  ail  over  Wales.  Cf.  Ms.  Cleop.  B  5  hwiedid  f.  174  b, 
hwyedic  f.  175  a;  Ms.  S  héyedyd  f.  38  a.  Perhaps,  like  the 
r  of  the  article  yr  is  sometimes  wrongly  transposed  to  the 
following  Word  commencing  with  a  vowel  or  h  and  causes  an 
initial  rh  in  it,  the  c  of  ac  (and)  caused  chwjdden  for  hwjd- 
den  ;  a  more  probable  explanation  is  that  when  y  in  hwyâdan 
became  j  the  group  *hwj  +  vowel  could  not  longer  be  pro- 
nounced  in  Northwales  (in  South  W.  hw,  wh  is  a  common 
Sound);  so  *hwi  became  chwj,  every  following  consonant 
modifying  the  preceding  (j  >  w  >  h).  In  Glamorganshire 
gwialen  becomes  gjelan,  for  *gwjelan,  which  shows  the  ten- 
dency  to  évade  the  combination  cons.  +  w  (v)  +  j. 

30.  Engl.  qu  becomes  chw  in  North  W.,  cw  in  South  W. 
(Powel,  dimet.  loamuords  p.  16).  Cf.  maes  kwarterog,  Ll. 
Achau  p.  18;  ym  mhob  cwarter  (marg.  cwrr  o'r  wlad),  Cann. 
y  C.  p.  585;  L.  Morris,  Addit.  Ms.  14944:  chwart  a  quart, 
Anglesey  —  cwart,  a  quarter,  Cardigansh,  f.  56  a:  cwart,  a 
quarter,  Cardigansh.,  f.  62  a;  also  f.  56  a:  cwart,  a  quarter 
of  any  measure,  Cardigansh.  Chwaral,  Yr  Arw.  17,  7,  1856. 
—  (B.  of  Herg.  col.  774  a  ch6artha6r  eidon  ieuanc). 


II.    M,   N,   NG. 

21.  Initial  m,  n,  w  are  in  the  spoken  language  aspirated 
after  the  words  causing  aspiration  of  the  tenues  ;  thèse  mh,  nh, 
wh  are  said  to  be  South  Welsh,  but  they  are  also  given  by  Sweet 
from  Carnarvonshire.  Cf.  Sal.  N.  T.  ary  whynebey  f.  385  b 


Notes  on  Welsh  Consonnants.  109 

(Huct);  Gambold,  i^ramni.  1727:  South  W,  mh,  nh  p.  5; 
William  Morris,  Addit.  Ms.  14947:  nih,  nh  in  Southwalcs 
and  somctimcs  in  Nortlnvalcs  as  in  Holyhcad  (whcrc  lie 
livcd),  t.  38  a.  Y  Tnu'lh.,  III,  p.  7,  Rowlands  gntmm.-^  p.  9: 
South  W.  ci  mhab,  ci  nhai,  ci  nhatur  ;  et.  am  ci  nhatur,  Y  T. 
ii'rG.  I,  p.  95,  etc.;  mh,  nh  occur  also  in  the  litcrary  lan- 
guagc  ol  books  printcd  in  Southwalcs. 

Swcct,  p.  442  :  i  t.id  ai  mhani,  i  thàd  ai  mham;  nhp.432, 
i  whatshi  p.  419  (hcr  watch).  —  Ellis,  Early  E.  Pron.  p.  74S 
says  on  the  pronunciation  of  initial  mh,  nh,  n*;h  in  thc  col- 
loquial  lan^uagc  :  in  thc  case  of  no  vowcl  prcccding  «  a 
murmur  is  insertcd,  as  'mH,  'nH,  'qH  ». 

33,  Initial  rh  and  n  sccm  to  hâve  been  dropped  occasio- 
nally;  this  was  caused  by  thc  close  connection  of  thèse  words 
with  thc  prcccding  article  or  with  yn,  etc.,  such  a  group 
(under  onc  accent)  being  aftcrwards  wrongly  separatcd  ;  thus 
South  Welsh  hoeth  =  noeth.  Cf.  Add.  Ms.  I49i2yn  hocth 
f.  41  a,  41  b;  Sal.  N.  T.  yn  hoyth,  hocth  (marg.  noeth), 
f.  391  a,  392  b  (Huct)  ;  Y  drych  christ,  yr  ocdh  y  corph  yn 
hocth,  f.  21  b;  also  f.  23  b,  27  a,  etc.;  Addit.  Ms.  1492 1 
(Gwent.  diaiect)  yn  hoython  f.  57  b,  ar  bobol  hoython  f.  61  b; 
14986  :  yn  hocth  f.  23  a;  Hotn.,  1606  yn  hoeth,  II,  p.  142; 
Addit.  Ms.  14973  yn  hoeth  f.  90  a;  March.  Crywdr.  yn  nesaf 
idd  y  crocn  hoeth,  Y Brython  \.,  p.  257,  etc.;  noeth:  démet, 
et  antiqui  hoeth'and  hocth  v.  noeth,  Davies  dict'. 

33.  By  a  wrong  séparation  n  sometinics  is  prcfixcd  to  an 
initial  vowcl  or  h.  Cf.  nol  and  hol,  to  fctch  Sp.  ;  Y  Traeth., 
III,  p.  14  :  Gwcntian  dos  i  hôl  dwr  (=  dos  i  geisio,  ymofyn 
d.)  =^  North  W.  dos  i  nôl  dwr.  I  think  nol,  hol  contain  ol 
(mark,  trace,  track),  ynol('n-ol)accordingto;  ago;  back,  past, 
aftcr,  Sp.  ;  hence  nol  for  yn  ol.  In  Neath  are  usede.  g.  fy  hôla 
i,  fe  holiff  a,  fe  gâs  i  hôl  (it  was  fcteled),  fc  holwd,  etc.  — 
Sweet  p.  430  mentions  ncplas  for  cples  (Sp.),  leaven.  Sales- 
bury  uses  thc  engl.  llefcn  and  sur-docs  (tocs);  cf.  surdocs 
(marg.  llcfcn)  f.  21  a,  llefen  (marg.  surdocs)  f.  26  a;  lleven 
f.  282,  etc.  —  Sai«f  a^o  E/ien;  a  Szvit  ko/as,  Lew.  Gl.  C, 
poems,  p.  340  (Nicolas;  hère  saint  being  pronounced  sain  was 
the  reason  af  the  apparent  dropping  of  n). 


iio  Nettlau. 

34.  Ng  in  the  interior  of  words  between  vowels  became  w 
in  ewin,  Old  W.  eguin  (Oxon.  I),  iéon.  ivin;  llewa  :  ir.  longaim; 
llysywen  ;  rhewydd,  Old  Bret.  rogedou  (Lux.);  ffrewyll  a 
scourge,  *frangellui"n,  see  Rhys,  Airb.  Camhr.  1874,  P-  5^; 
the  same  change  occurs  before  n  in  pythewnos  and  in  the 
loanword  llawethair,  engl.  long  fetter.  Pythewnos  offers  aiso 
other  points  of  interest  requiring  some  remarks. 

35.  Cf.  petheunos  ^  p.  69  ;  F  =  Harl.  Ms.  4353  py- 
the6nos  f.  40  b;  B.  of  Heg.  a  phe«e6nos  a  mis  y  buant  yno 
col.  806  (?);  Ckop.  B  5  pethewnos  f.  147  b;  Davies  dict.  py- 
thefnos,  passim  pythewnos;  Addit.  Ms.  31056,  f.  17  a  my 
fym  yno  buthefnos  (ibe  cungor,  miewn,  fo);  bob  thefnos,  Yr 
Aiiis.  23,  II,  48,  ib  b3'folieth;  S.  C.  (dimet.)  pethewnos  and 
pythownos  ?  I,  p.  372,  where  the  e  in  a  southern  dialect  is 
not  expected  but  if  pronounced  at  ail  has  its  counterpart  in 
bennag  for  bynnag  in  the  same  texts  ;  North  Welsh  pythefnos, 
Rev.  Celf.,  II,  p.  192.  Sp.  gives  also  pymthegnos,  of  course  a 
modem  composite;  in  the  Gwladgarwr,  23,  2,  1861  cven 
pymthefnosol  occurs  in  literary  language.  P3^the\v-  arose  from 
*pytheng-;  deng  for  deg,  is  common,  cf.  Barddas,  I,  p.  96; 
ib.  unneng,  deunneng,  trineng,  pedryneng,  pumneng,  chwe- 
neng,  seitheng  etc.  ;  wythneng  neu  wyneng,  seithneng  neu 
seitheng  p.  100,  am  bob  lliosneng  arall  (Uiosgant,  lliosmil) 
ib.  —  Davies,  gramm.  dengmab  o  feibion^.  In  the  middle 
Welsh  Mss.  using  g  for  ng  too  degcan  be  deg  or  deng;  it  na- 
salizes  not  always  the  following  consonant,  cf.  LI.  Giu.  Rh. 
deg  mydin  p.  104  and  y  deg  bydin  ib.;  deng  mil  pp.  29,  44. 
Deng  seems  to  be  due  to  an  assimilation  before  nasalized  con- 
sonants.  Deng  is  still  common  in  the  spoken  language  before 
initial  nasals  :  deng  munud,  deng  mab.  —  On  fin  bythefnos, 
see  20.  —  The  loss  of  m  and  the  origin  of  th  in  pythew-, 
*pytheng  are  unexplained;  I  would  suggest  that  either  *pum- 
ddeg  became  *pu-ddeng  or  more  probably  that  *pum-ddeng- 

I .  He  gives  :  trigwr,  tnwyr,  tri  o  wyr,  even  trywyr  o  wyr,  dengmab  o 
feibion,  chwegwyr  o  farchogion,  etc.  E.  Lhuyd,  Arch.  Brit.,  p.  244  a 
says  that  nuraerals  are  constructed  in  South  W.  with  the  «  gen.  plur.  » 
(form  of  the  sing.),  in  North  W.  with  prépositions  and  the  plural  :  saith  o 
veibion,  etc. 


Notes  on  Welsh  Consonants.  1 1 1 

nos  was  dissimilatcd  into  *pu-ddéng  -nos  and  th  for  dd  was 
caused  by  the  accent  being  on  the  following  s^-llablc,  as  in 
b3'tho,  rotho,  etc. 

36.  On  llowethirsee  Bcitr.  p.  44  ;  Rhys,  F  C,  IV,  p.  197 
remarks  that  it  dénotes  in  Carnarvonsh.  also  a  cord  tying  the 
two  feet  (of  the  horse)  together  =  huai  in  Cardigansh  ;  cf.  o 
bop  march  auo  huai  neu  laôhethyr  arna6  (a  shackle  or  fetter) 
L  (dimet.)  p.  274;  Ms.  Cleop.  B  j  laffetheir,  f.  195  a;  Add. 
Ms.  14869,  /.  224  b  (Cynddelw);  llawethair,  llywethyr,  11a- 
wcthyr  Davies  dict.  ;  North  W.  gefynn,  -au  =  South  W.  llyfe- 
thyr,  -iau,  Davies  Ll.  y  Res.  —  Ir,  langfiter  Corm.  translat. 
p.  ICI,  langpeiter,  langphetir  Corm.  B. 

37.  Ng  in  inlaut  and  auslaut  is  often  written  n  in  popular 
texts,  which  may  point  to  a  change  in  pronunciation.  Cf.  da- 
nos'  Yr.  Arw.  30,  10,  1859,  C.  f'ew.  T.  p.  32,  56,  78;  dy- 
noswch,  Yr  Amserau  12,  11,  185 1,  mi  ddynosaib.  ;  gilhvn  Yr 
Anu.  17,  7,  56,  cnebrwn  30,  10,  59,  cnebrwyn^  and  cnebrwn 
20,  I,  59;  g\vll\vn_,  gystwn  Sweet  p.  430;  rhwn,  golhvn  C. 
f'ew.  T.  p.  258.  Powel  (d'unct.  loanev.^  gives  also  bredin  (engl. 

braiding),  etc.  —  Ng  is  written  m  in  F  Bed.,  VIII,  p.  106  : 
yn  brudd  ac  yn  deilwm  (teilwng)  ;  teilwn  in  Neath  ;  cf.  the 
next  §.  — In  Neath  :  gillwn,  gellwn;  gishtwn,  like  ishta. 

38.  Final  n  becomes  m  in  many  words,  especially  in  words  of 
English  origin,  but  even  in  Welsh  terminations,  e.  g.  llatwm, 
rheswm,  cottwm,  botwm,  saffrwm  and  saffrwn  Sp.  dict.;  Addh. 
Ms.  14986,  i6th  cent,  megis  ffelwn  \vr  f.  10  b  and  dav  ffel- 


1 .  Gangos,  either  an  error  or  the  resuit  of  an  assimilation  occurs  in  two 
texts:  Hengwrt  Ms.  202,  f.  28  b  i,  1.  33  {YCymr.,  VII,  p  147)  and  Ms. 
H  p.  726  (Owen,  Laïus,  i6th  cent.);  in  the  Hengwrt  Ms.  (i4th  cent  )  the 
popular  amdler  for  anilder  is  also  found.  It  is  impossible  to  décide  as  to 
the  authenticity  of  gangos,  e.Kcept  if  it  happens  to  exist  still  in  a  living 
dialect. 

2.  Cnebrwyn  for  canhebrwng  (heprwn,  Neath),  if  genuine,  is  to  bc  ex- 
plained  like  bygwyth,  see  Beitr.  5  108.  In  the  sensé  of  burial  in  which  it  is 
used  hère  it  is  North  W'clsh,  cf.  L.  Morris  (in  Addit.  Ms.  14925,  f.  134  a) 
South  W.  angladd,  burial  =  North  W.  canhebrwng  (so  in  Anglesey),  clad- 
dedigaeth;  Addit  Ms.  14944,  f-  46  a:  claddedigaeth  funus,  Dcnbigiish  ; 
Huglics  1822,  YGii'yI.  1828  :  South  W.  angladd,  North  W.  claddedigaeth. 
—  .\ngladd  is  the  Neatii  word  for  burial,  pron  anglodd  plur.  angladda  ; 
angladd  in  Monmouthshire. 


1 12  Nettlau. 

wmwr  (félons)  f.  15  b;  patrwm  (patron),  in  booktitles,  D. 
S.  Evans,  llyfr.  i6j<),  2,  1723,  4.  B.of  Herg.  col.  566  olat- 
t6m  yr  yspaen;  Ll.  Giv.  Rb.  p.  126  actwn  (acketon)  but  p.  127 
bwrkwm  (burkun).  Of  Welsh  words  cf.  cwthwn  and  chwy- 
thwm,  Sp.,  cwthwm  Addit.  Ms.  14944.  ^-  53  ^  (L.  Morris), 
a  hurricane  or  spirt  of  bad  weather,  Cardigansh.  E.  Lhuyd, 
Arch.  Brit,  p.  235  :  ellyn  a  razor,  not  elhym  as  commonly 
pronounced  ;  gwialem  for  gwialen  is  given  by  W.  Williams, 
called  Caledfryn  inhis  grammar,  written  in  Welsh,  2nd  edit., 
p.  58,  114. 

39.  Another  change  of  final  n,  vie.  into  ng  seems  peculiar 
to  the  dialects  of  Cardiganshire;  Rhys  lect.^  p.  120  gives  fyng 
enw  and  pring  from  North  Cardigansh.  In  S.  C.  III,  p.  306 
and  Seren  Gomcr  XXXVI,  p.  362  (both  dimet.)  pring  occurs 
(yn  bring  iawn,  pring);  pringder,  Stowe  Ms.  672,  f.  117  b, 
pring  vydd  f.  195  a.  —  L.  Morris,  Addit.  Ms.  14944  has  : 
criafonllwyn,  pen  criafon  neu  criafol,  ornus  vel  fraxinus  syl- 
vestris,  the  quickentree  or  wild  ash,  in  Cardigansh.  cerdinen 
and  cerdingen,  f.  61  b  where  ng  is  imported  from  the  plur. 
cerding  ;  this  word  is  ordinarely  written  cerddin  ;  on  rd  and 
rdd  see  below  and  cf.  Ed.  Lhuyd,  Arch.  Brit.  s.  v.  ornus 
South  W.  kerdynen;  cerdin  (S.  W.)  =  cerddin  Sp.  ;  W. 
Lleyn's  Vocah.  :  cerddin  =  criafol.  —  Ng  in  llading,  Katring 
seems  tobe  notconfined  to  this  local  dialect,  but  occurs  alsoin 
the  literary  language.  W.  Salesbury,  pron.  1547  s.  lit.  g 
mentions  Uating,  Katering,  pring;  cf.  owdyl  Katring,  Addit. 
Ms.  14986,  f.  6  b.  Rhuddin  and  rhudding,  Davies  dût.  — 
In  loanwords  :  coffing  (coffin),  Powel;  dwsing  (dozen)  Y 
Gen.  Gymreig  (Caernarfon)  20.  5.  1885.  —  l'r  cuffreding, 
Yr  Ams.  l'j,  12,  46  (S.  W,). 

40.  Halsing  is  a  curions  word.  In  Llyfr.  y  Cymry,  s.  a. 
1781,  7  the  following  title  is  printed  :  Halsing  neu  Gân 
newydd  ar  Ddydd  Natolic.  Gan  John  Wilhams  o  St.  Alban 
yni  Morganwg;  the  editor  adds  :  South  W.  halsing  =  North  W. 
carol  nadolig  and  quotes  alseiniau  a  charolau  (Jolo  Mss.  p.  175) 
and  canu  alsain  mewn  drain  draw  (William  Edward  i'rEos). 
L.  Morris  (Addit.  Ms.  14944,  f.  104  a)  :  halsingod  a  certain 
kind  of  barbarous  verses  used  in  South  about  Carmarthen. 


Notes  on  Welsli  Consonants .  1 1  ; 

Otlier  terms  are  :  cwndid  =  cân,  W.  Lleyn;  carol  ne  cwndid, 
Gr.  Robcrts,  grainni.  ;  cwndid  is  said  in  YGcninen,  III,  p.  19, 
to  be  a  Glamorgansh.  idiotism,  meaning  siarad  yn  brudd- 
glwyfus  a  digalon. 

41.  Final  n  is  droppcd  occasionally  in  the  coHoquial  lan- 
guas^e,  owinçr  certainlv  to  the  close  connection  of  thc  word 
containing  it  with  the  following  one.  The  same  occurs  to 
rinal  m,  c,  d,  etc.,  mostly  in  prépositions,  etc.  which  arc 
ncarly  proclitics.  In  the  Ms.  1492 1  (r6th  cent.,  Gwent.  dia- 
lect)  this  pecLiliarity  of  the  spoken  language  is  more  conspi- 
ciioiis  than  in  any  other  text  I  know;  as  to  n  I  counted  15  n 
dropped  before  vowels,  10  bcfore  c,  8  before  t  (8  +  t),  4  -|-  ii, 
6  -f  g,  9  +  d,  6  -f  b,  3  +  w  (v),  I  +  gw,  I  +  dd,  3  +  t, 
I  +  ff,  4  +  r,  I  -|-  11,  2  4-  m,  3  +  s,  I  +  sh,  cf.  e.  g. 
mew  cerric  f.  25  a,  mew  tri  f.  38  b,  y(n)  hir  f.  27  b,  y(n) 
gorwedd  f.  35  a,  mcwbyrf.  38  a,  mew  bra\v(d)  f.  49  b,  etc.; 
cf.  also  pe  elwir  f.  39  a  (peth  a  clwir),  mo  newvddol  f.  31a 
(mor);  n:  yr  Inv  a,  ar  liw  y,  arià,  nàssiw,  tri  tferso,  nâmv, 
dâ  arglwydd,  kyfiaw,  er  mwv  kyrf,  d\vv(n)  tal,  postolio 
(pi.),  etc.  In  other  texts  :  mew  dwr  Addit.  Ms.  14913,  f.  78  a; 
wragedd  mew  tatarndv  31056  f.  197  a;  Sweet  p.  430  mew 
mynyd'.  In  loanwords  :  crimsi,  shcspi,  shespin  (crimosin, 
shespin,  Powcl). 

42.  In  soms  groLips  of  consonants,  especially  in  those  con- 
taining liquids  and  nasals,  assimilations  of  two  or  mpre  conso- 
nants, transpositions,  etc.,  are  of  not  infrequent  occurrence 
in  spoken  Welsh.  Xow,  many  lawsof  thèse  changes  cannot  be 
established  as  yet,  thoiigh  some  evidently  exist,  since  most  of 
thc  forms  which  I  am  going  to  cite  occur  only  occasionally  in 
varions  ditVerent  texts,  [The  groups  containing  dentals  sec 
below.]  ♦ 

43.  um  :  os  camola  S.  C.  III,  p.  466  (canmol)  ;  camol,  Yr 
Amscrau  27,  8,  1851.  lî.  Lliiiyd,  Anb.  Bril.  p.  235,  kalan 
mai,  vulgo  hhnnnie. 

I  In  ihc  iMs.  les  Coll.  141  and  Icss  frcqucntly  in  otliers  also  consonants 
in  inlaut  arc  sonictiincs  omiticd  in  writing,  cf.  anidavnl  f.  142,  gwnNvvic 
I.  14)  b,  clivcion  (i-iivcddion)  f.  >  a.  a  wnacpwyt  10  a;  in  tins  Ms.  also 
vowels  are  omittcd  in  tywysgion.  mardigyon,  etc.,  cf.  Beiir.  $  28. 

Revue  Celtique,  X  8 


114  Netîhiu. 

mn  :  plymnwyd  struggle,  conflict  Sp.  ;  plymlwyd  in  lolo 
Godïspocms,  seeR.  Jones' édition  (1877),  p.  45;  W.  Lleyn's 
vocab.  plymlwyd  =  plymnwyd,  rhyfel.  —  shimie,  pi.  shim- 
neie  (chimney),  Powel;  simdde  and  simnai  Sp.  ;  simdda, 
simdd33-a  and  simna  Sweet,  p.  435;  cf.  perhaps  *mangnel 
aries  bellicus,  machina  bellica,  phalangae  Davies  dict.,  to 
which  L.  Morris,  Add.  Ms.  14944,  ^-  ^^^  ^  adds  :  «  I  also 
read  it  mangddel  »;  (mangonel,  manganel,  mangnel;  manga- 
nello  ;  mangonum,  \).yL'('(xio^i);  also  magnel,  see45. 

44.  inr  :  cymyd  for  cymryd  (*com-ber-)  in  NorthWelsh 
texts,  cf.  Yr  Avw.  cymud  lie  17,  7,  56,  cym  gyngor  gini 
rwan  18,  12,  56,  a  cym  ditha  dy  siawns  (engl.  chance)  bel- 
lach  ib.,  na  chymwn  i  21,  5,  57;  ipt.  cymad  20,  i,  59; 
Y  Gen.  G.  na  chyman  nhw  6,  5,  1885,  p.  7?;  Cah.F'ew.  T. 
mi  g}'mist  dy  (=  fe  gymmeraist  dy)  p.  137,  ni  chymse 
p.  479,  etc.  Cymryd  like  difFryd  (-ber-,  Rev.  Celt.,  VI,  p.  24) 
is  interestins;  on  account  ot  its  accentuation.  Soin  Breton  ke- 
mener  (*  com-ben-âr-)  is  stressed  on  thefirst  syllable  in  Llan- 
vollon,  Plouha,  etc.,  cf.  Ernault,  de  l'urgence,  etc.,  1877;  but 
I  know  nothins:  more  on  the  accentuation  of  this  Breton  sub- 
dialect.  In  Welsh  the  notion  of  the  stem  *ber  was  lost  and 
cymmer,  cymmerth  (cymmyrth),  diffyrth  had  their  accentua- 
tion generalized. 

rm :  L.  Morris,  Addit.  Ms.  14944  ^-  ^3  ^  gives  as  South 
Welsh  forms  (15059,  f.  146  a  :  used  in  Cardiganshire)  :  gom- 
rod,  onfi,  clasgu  for  gormod,  ofni,  casglu. 

ni  :  calyn  for  canlvn  is  not  seldom  met  with  since  the  i6th 
cent.;  cf.  calynant,  Z  (Gwentian  Code),  p.  304  (1480);  Sal. 
N.  T.  a  chalyn  ar  v'ol  i  f.  16  a;  Gr.  Roberts,  gramm.  yn  i 
galyn  p.  75,  sy  n  calyn,  Y drych  Christ,  f.  62  a;  yn  kalyn 
Statue  Ms.  785;  Ll.  Achau,  1602  ag  a  galyn  p.  64;  Addit.  Ms. 
14973  i  galyn  f.  105  b;  14936  fal  y  calyn  f.  8  a;  31058  kalyn 
3  sing.,  f.  71a;  Davies  dict.  calyn  corrupte  pro  canlyn;  Yr 
Anu.  calun  21,  5,  37;  calyn  in  C. /Viy,  T.,  Yr  Amserau  12, 
II,  i85i;y  cnigiad  cylynol,  18,  5,  48,  ib.  Ca«//yn  id.  quod 
canlyn,  calyn,  Davies  dict. 

mld  :  Hgt.  Ms.  202  (i4th  cent.)  amylder,  amdler  f.  25  b, 
amdler  f.  26  a(thrice);  Addit.   Ms.  31057  amdyler  f.  109  a; 


Noies  on  Welsh  Consonnants.  1 1  <, 

S.  Evans,  llytbr.  andler,  cf.  diandlawj  for  Jiamdhnvd,  L.  Mor- 
ris, 14909,  f.  55  b;  andler  is  fréquent  in  modem  dialects. 

4).  iif  :  dafnon  for  danfon,  YrAms.  25,  i,  49;  8,  3  &  24, 
),  49;  Cab.  f'ciu.  T.,  p.  91,  172;  ib.  danwon  like  angenwil 
(mil);  danon,'  Yr  Aiiis.  8,  2,  49  (S.  W.).  Cvfnas  for  cyntas 
(Sp.),  engl.  canvas  is  given  by  Swcct,  p.  431.  —  Penfar  idem 
quod  pennor;  pennor  capistrum,  fiscella;  penflir,  pennawr, 
penwar  id.,  Davies  dict.,  cf.  marwor,  etc. 

fn  :  f  before  n  and  1  is  frequently  lost,  cf.  South  W.  côl  for 
cofl,  Hughes  1822.  Cofn  :  South  W.  echon(Rhys);  Gwentian 
ewn  ;  vnon  corrupte  pro  unofn,  Davies  J/d.;  see  some  quota- 
tions  in  Beitr.  §  63.  —  Or  f  and  n  are  transposed  :  South  W. 
ontî,  see  §  44  (rm);  )'  Traclh.,  II,  p.  34:  cenfu,  llynfu  (cefnu, 
llyfnu);  III,  p.  8  :  onfi,  cenlï,  llynti  ;  cf.  Y  T.  a'r  G.  onfi,  I, 
p.  117(1856),  in  i  onfi  fe,  Y  Giuron  Gyinrcig,  20,  5,  1852; 
onfu,  18,  II,  52.  Denfydd  for  defnydd,  W.  Sal.,  1547,  see 
20.  —  Fn  before  consonants  becomes  ri  :  kender  (cefnder), 
Ll.  AcJkui,  p.  10,  46;  deifniog  (fnj),  vulgo  deiniog  et  dci- 
niol,  Davies  dict.;  cyndedyn  (cefndedyn,  mesentery),  L. 
Morris,  Addit.  Ms.  14909,  f.  55  b;  cenfor  (cefnfor)  Y  Tradh. 
II,  p.  34;  Ms.  S  y  gael  drachen  neu  dalv  dros  y  gy^iirid  (c 
later  inserted),  f.  70  a. 

Cf.  also  tyrpcg  (turnpike),  magncl  (mangonel),  giyen  by 
Powel,  loanuvrds. 

46.  Othcr  altérations  of  nasalsdue  to  assimilation  and  dissi- 
milation  are  :  matcyn=  engl.  napkin  (Powel);  gwymed  given 
by  Spurrell,  _^;7;//////.-  99  for  gwyneb;  gwymeb  was  the  inter- 
m.ediate  forni  ;  6rth6v/7/ebedigvon  in  Ms.  B.  oi  Bnid  \  Tyicy- 
socryoïi,  p.  194  (éd.  Williams)  may  contain  this  form  (if  it  is 
no  crror  or  misprint),  for  as  early  as  in  the  i6th  cent.  Addit. 
Ms.  14921  y  hwymede  occurs  (f.  61  a,  y  hwynebe  f.  57  b)  ; 
.V.  C.  wmcd,  I,  p.  531,  337;  gwymad  in  Xeath.  The  North- 
Welsh  maip,  turnipsarosc  from  *naip,  cf.  Ir.  neip  f.  (O'Rcilly), 
G.iel.  neup,  nèip,  sneup  (Mac  Alpine);  Manx.  napin  (Cr.). 
Sp.  lias:  maip  X.  W.  =;  ertin  S.  W.  (Bret.  irvin,  navets); 
d.  also  L.  Morris,  Addit.  Ms.  14944,  f.  98  a:  gwinllan  faip, 
a  iield  (properly  a  vineyard)  of  turnips,  Anglesey;  lie  com- 
pares to  this  use  of  gwinllan  the  propcr  meaning  of  which 


H  6  Nettlau. 

must  hâve  faded  away  in  this  connection,  the  use  of  bûches 
(locus  mulgendi  vaccas,  Davies,  dici.)  in  bûches  o  ddefaid, 
a  fold  of  sheep,  C  ardiganshire  (f.  38  a);  E.  Lhuyd  Arch.  Br. 
s.  y.  oviie:  deveidty,  — korlan  deva^d  —  kaid  dewed;  S.  W. 
Ihok  dev<s?d;  Cornish  bowdzhe  devaz.  —  Add.  Ms.  149 12 
(medic.)  :  sepadium  ervin;  spadiuw  eruin  f.  92  a;  had  eruin 
f.  77  b. 

R,  l;  ll. 

47.  Down  from  the  end  of  the  I5th  cent,  rris  often  written 
in  Mss.  for  initial  rh,  cf.  les.  Coll.  Ms.  141  rryngvnt  f.  54 
b,  etc.;  Sal.  A^  T.  rrwn  (yr  hwn),  rrai,  etc.;  Y  C,  VII, 
p.  176  (Ms.  B  2),  p.  178  (Ms.  B  5),  etc.;  E.  Lhuyd,  A. 
Br.,  p.  229  a  says  :  rr  occurs  since  about  1500  «  in  several 
North  W.  Mss.  ». 

48.  Sweet  p.  418  describing  the  sound  of  rh  remarks^  h 
«  seems  to  belong  ah:nost  as  much  to  the  following  vowel  »  ; 
he  gives  p.  431  the  phir.  ogLa  (rhogl  scent,  odour,  smeli 
Sp.  and  arogl).  Initial  rh  with  the  article  y  is  often  written 
in  Mss.  :  y-r  h-,  cf.  yr  hwymon  Addit.  Ms.  14986  (i6th  cent), 
f.  14  b;  also  ir  hof  i  f.  15  a,  ar  hwymo  f.  14  b  (a  r(h)\vymo). 
On  the  other  side  r  of  the  article  yr  is  often  transported  be- 
tore  the  following  initial  vowel,  cf.  y  r-\vythnos,  Ms.  A  p.  498, 
y  r-ynat  p.  499;  les.  Coll.  Ms.  141  yr  r-eiddvnt  f.  55  b,  etc. 
Thèse  orthographs  illustrate  the  pronunciation  and  make  it 
clear  how  in  some  words  both  initial  rh  and  h  occur;  cf.  also 
noeth  and  hoeth,  32,  33. 

E.  Lhuyd,  A.  Br.  gives  heddig,  radish  (from  H.  S.);  L. 
Morris  (Addit.  Ms.  14944,  f.  105  a)  remarks  :  recte  rhuddigl; 
Davies  dict.  has  rhuddygl  vide  hudd3-gl;  huddigl  Mawrth, 
potius  Rhuddygl,  raphanus  vulgaris  sine  agrestis,  radix,  che- 
ria;  rhuddygl  Sp.,  hiddig  Sweet  p.  415.  —  L.  Morris,  l.  c,  : 
rhuddgwn  or  hyddgwn  and  rhuddwernen,  birds  cherry  tree 
f.  144  b.  —  Ib.  yr  wyll  in  Anglesey  f.  155  b;  rhwyll  gum- 
phus,  etc.  (Davies).  —  Plur.  ogl-a  Sweet  (arogl).  —  Ynga- 
ser  i  (my  razor),  'r  hysbant  (wristband),  Powel,  loanwords 
p.  29.  —  In  Y  C,  VII,  p.  235  rhwyddel  is  said  to  be  «  the 
regular  Breconshire  form  »  of  hwyddel,  hwyfel  (salmon).  — 


Notes  on  Welsh  Consonants.  117 

Cinet  yra6c  B.  of  Herg.,  éd.  Skeiie,  p.  256;  yrhawc  Y  S.  Gr. 
p.  280,  427,  na  deuynt  y  ra\vc  dmcheuyn  §  5,  etc.;  L.  Mor- 
ris, Addit.  Ms.  14944  •  rh'i"^vg  or  y  rhawg  or  yr  ha^vg,  a  good 
while  to  corne  or  after,  not  used  in  Cardiganshire,  |f.  144  a; 
NorthW.  yr  hawg  =  South  W.  enydoamser,  YTrcicth.,111, 
p.  13,  etc.,  a  North  Welsh  Word.  —  Eminiog,  hiniog;  rhiniog 
(not  in  Sp.,  dict.),  Davies  (doorpost)  ;  L.  Morris,  Addit.  Ms. 
14944  :  amminiog  q.  Limen,  Hypothyrum  =  South  W.  tro- 
thwv;  mehiniog,  vid.  rhiniog,  ib.,  f.  123  b  (hke  mysang  : 
ymsang?). 

49.  I  cannot  say  whether  simihir  relations  exist  between 
the  North  W.  hogyn  and  the  South  W.  rhocyn,  for  c  in 
rhocyn  could  hâve  becn  caused  by  the  peculiar  Gwentian  pro- 
nunciation  of  the  mediae,  see  below  ;  but  I  do  not  know  whe- 
ther it  is  only  a  Gwentian  word.  However  the  dialectal  dis- 
tribution of  this  and  other  words  of  similar  meaning  afFords 
sonie  interest.  L.  Morris,  Addit.  Ms.  14923  says  :  South  W. 
rhoccyn  m.,  rhocccs  f.  =  North  W.  hog,  hogyn  m.,  hogen 
f .  ;  hoglangc;  South  W.  bras  roccyn  m.,  llodes  f.  =:  North 
W.  llangc  m.,  llodes  and  vulgo  llangces  f.,  f.  133  a;  South  W. 
crwit,  crwttyn  m.  (cf.  crut,  a  youth,  in  Pembrokeshire  English, 
Cainbr.  Journ.,  II,  p.  305),  crottes  f.  =  North  W,  plentyn, 
bachgen  m.,  gcneth  f.  (ib.);  Addit.  Ms.  14944:  NorthW. 
llangc  a  lad,  a  lass;  llangces  a  ladcss,  f.  114  b;  Addit.  Ms. 
14923  1.  c.  South  W.  bachgen  m.,  benvw  f.  =  Nortli  W. 
llangc,  dyn  ni.,  merch  f.,  Addit.  Ms.  14944,  f.  34  a:  «  bun, 
bcnyw  common  for  a  young  woman  in  North  W.  ;  to  call  a 
woman  menyw  or  benyw  is  a  slighting  word  in  Cardigan- 
shire and  thci  Ml  answer  menyw  ydyw  caseg  ».  Cf.  also  Y 
Gwyl.  1828:  South  W.  crwttyn  m.,  crotten  f.  =  North  W. 
hogyn  m.,  hogen  f .  ;  W.  Lleyn's  vocahuhry  lias  rhocccs  = 
liane,  tluis  giving  words  of  différent  dialects  as  oftcn,  see  Bcitr. 
p.  28;  S.  C.  crotesi  plur,  I,  p.  371;  pan  own  I  (^  oeddwn 
i) 'n  grwt  bacli  yn  shirgar  yma,  Punch  C\mraeg,  18,  2,  1860; 
'nihoylwr  go  lew  w'i  o  grwt,  diniet.  dialcct,  given  in  Powel's 
notes  to  the  text  printed  in  }'  C,  III,  froni  Ms.  Tit.  D  22; 
y  llancie  ar  myrynion,  'Rhcii  Jfarnmr,^,  10,  49;  am  i  lanccsi 
fynta;  niorwun  ib. 


ii8  Nettlau. 

50.  The  irrational  vowels,  inserted  between  r,  1  and  con- 
sonants  and  other  groups  oi  consonants,  (commonlv  called 
svarabhakti)  are  widely  spread  in  Welsh  ;  but  some  ortho- 
graphs  prevailing  in  later  Mss.  which  contain  apparently 
svarabhakti  want  further  considération  and  a  previous  exa- 
mination  of  the  différent  dialectal  forms  of  svarabhakti. 
The  ordinary  literary  form  is  v  with  the  sound  of  the  syl- 
lables  previous  to  the  last,  i.  e.  il,  cf.  gwddiif,  cwbal  Davies, 
granuii.  p.  42,  who  uses  différent  types  for  the  two  v.  Rh}'s, 
Airb.  Cambr.,  loanworâs  s.  v.  autor(and  lectures^,  p.  243)  says, 
the  svarabhakti  developed  in  South  W.  into  a  full  vowel,  the 
quality  of  \vhich  is  dépendent  from  the  neighbouring  vowels  : 
cafim,  dwfwn,  dofon,  lleidir  —  Northw.  lleidar  {Yr  Aiiiserau, 
19,  3,  185 1),  from  lleidar.  Also  in  Y  Traclh,  III,  p.  9,  South 
W.  cefen,  drachefan  (?),  Uester,  llyfyr,  llyfur,  ofan,  ochor, 
temel,  trefen,  symyl,  ystorom  are  given.  —  In  Lewis'  Giyn 
Cothi  pociiis -Qx  of  broder  rhymes  with  genuine  -er,  cf.  p.  42 
\-  tri  broder,  lie  gosoder,  |  Yr  aur  doder  ar  wyr  dedwydd; 
p.  43  vn  rhanau'r  tri  broder  :  Rhosser;  p.  433  :  Dau  vroder, 
rvw  amser,  oedd  |  a  wnaeth  Ruvain  a'  i  threvoedd  ;  but  tins 
cr  is  more  likely  to  be  a  rest  of  the  old  declension  of  this  r-stem, 
showing  an  other  degree  of  stammabstufung  than  *brodr  (bro- 
dvr).  —  In  Neath  :  Ihvtwn,  llydynod;  gweddal,  gweddélod 
(chwedl);  theplurals  show  thesyllabic  value  of  the  svarabhakti 
vowels . 

51.  Ofon  is  curions,  but  its  existence  cannot  be  doubted. 
Cf.  Ms.  Tit.  D  22  ouan  f.  11  b;  Addit.  Ms.  14973,  1640 
(Rees  Prichard)  ofan  in  rhymc  with  y  hynan  ;  Addit.  Ms. 
1492 1  ofon  f.  9  a,  II  a,  diofon  f.  3  b,  diofyn  1.  11  a,  eon 
f  4  and  ofan  f.  4  b;  ofan  Ms.  B  3,  Jerwerth  Vynglwyd's 
poetiis,  Y  C.  \ll,  p.  177;  C.  y  C.  otan  and  chwarian  (an  usual 
infinitive  form  in  this  text)  rhyme;  ofan.  Punch  Cymracg  21, 
I,  1859  (from  Ebbw-Vale,  Monmouthsh.).  Theonlywayin 
which  I  could  account  for  this  a  is  to  suppose  an  old  *afan, 
of  which  I  hâve  no  examples,  but  the  following  forms  of  of- 
nadwyare  not  unlikely  to  support  it  :  Y  Tract!) .  III,  p.  12  :  ol- 
nadwy,  ofnaswy;  in  Ardudwy  (a  part  ot  Carnarvonsli.)  rtfna- 
dsan  ;  Yr  Anu.  ofnadsan,  ofnatsan,  ofnedsan,  atnadsan  (thrice); 


Noies  on  Welsh  Consonants.  1 19 

Y  Bed.  (Monmouthsh.)  wvt  ti  'n  depyg  afnatyw  i  dy  dad, 
Mil,  p.  106;  YGu'ion  Gv;/z;y/"^;  gwaith  afnatsen,  20,  4,  52; 
yn  afnatsen,  afnadwu  3,  6,  52;  afnatw,  ofan  ewn  in  Neath; 
afnadsen  in  Carmarthenshire;  see  on  -san  and  on  other  dia- 
lectal torms  my  article  on  the  adverbs,  y  C.  IX,  p.  277  and 
Beitr.  §  5 5,- 63.  —  Afn  exists  but  bas  a  somcwbat  différent 
mcaning  thougb  a  connection  of  both  is  not  altogether  ex- 
cluded. 

52.  In  middleWelsb  Mss.  tbe  svarabhakti  is  mostly  written 
y,  but  in  some  South  Welsh  Mss.  the  now  prevailing  full 
vowels  are  found  as  early  as  at  that  timc.  Cf.  B.  of  Hcrg. 
t6r6fcol.  558,  667,  683,  772,  kynn6r6f  571,  ac  a  dogon  o 
arueu  g6r  a  march  648,  dogon  o  gynnut  650  (dogyn  650, 
651),  yst6ff6l  664(5),  na  chorofna  chyfr6y  742,  hoedel  699, 
702,  824,  lloeger  555,  745,  (y  holl  gyfaranc  714,  amylach 
741).  LL  Gzc.  Rh.  torof  p.  253.  S.  gobor  p.  608  (Owen), 
lleidir,  llcidyr  f.  8  b,  gidleidir  f .  9  b;  Ms.  Cleop.B  5  dynnyon 
diwala  heb  wybor  dim,  f.  52  a;  kenedil  f,  33  a,  65  b;  o  ge- 
nedyl  f.  44  b;  cf.  gwabar,  gwabor  Addit.  Ms.  14973,  f.  86  b 
vulgo  gwabar,  gwobor,  L.  Morris,  Addit.  Ms.  14944,  f.  94 
b;  S.  ym6ystelleist  p.  599,  y  6ystoloryaeth  f.  59  a,  ganteref 
p.  195,  berenhin  p,  586,  ran  o  deref  eu  tadeu  f.  74  b;  kyreuyd 
f,  108  a,  datyleuoed  f.  68  a,  datyl6ryaeth,  f.  68  b,  69  a; 
Cieop.  B  5,  dechereu  f.  109  a,  diolochas  f.  145  b.  Ms. 
77/.  D  22  anghcredigyr6yth  f.  7  a,  llifdyuuyreth  f.  ri,  Uif- 
dyuuyrcth,  dyuercth  (dyfredd)  f.  8,  etc. 

L.  Morris  in  a  Icttcr  (1762)  printed  in  )'  C.  II  mentions 
catan,  dafan,  trwscwl  in  South  W.  pocms.  S.  C.  ofon  I,  p.  23  i, 
233,  sobor  p.  373,  cefen,  n-\vnc\vl  II,  p.  382,  etc. 

In  .*\ddit.  Ms.  1492 1  (i6th  cent.)  cf.  chweddel  f.  46  b,  dre- 
clicfen  f.  35  a,  37  b,  karrcgcl  f.  26  a,  llestcr  f.  24  a,  30  b 
(even  lleste  f.  21  a,  final  r  is  often  omitted,  and  llestair  which 
proves  the  pronunciation  c  for  ai  in  final  syllables),  llwdwn 
t.  61  a,  etc.  —  Add.  Ms.  149 13  :  dwvwr  f.  65  b,  60  b,  77  a; 
y  kylatf  f.  51  a,  gwlyb/Vïroc  f.  53  a,  dwffyr  f.  53  a,  dwr  and 
dyfwr,  etc. 

Tiie  NorthW.  talwni  (erystalwm,  ystalwm,  'stalwni  —  in 
South  W.  cr  ys  iiawer  dydd,  ysdyddie,  etc.,   are  used  in  the 


120  Nettlau. 

same  sensé)  is  a  rare  example  of  a  svarabhakti  becoming  syl- 
labicw;  cf.  yr  ystalym,  B.  of  Herg.  col.  714. 

53.  A  svarabhakti  existsalso  in  groups  containing  liquids'or 
nasals  in  the  commencement  ofa  stresseJsyllable,  e.  g.  tylawd, 
kynawd,  etc.  The  r  and  1  in  groups  like  vowel  -|-  r,  1  -f  cons. 
or  r,  1  -j-  vowel  +  cons.  are  not  seldom  transposed  and  or- 
thographs  containing  a  vowel  before  and  after  the  r,  1  appear 
as  the  intermediate  forms.  But  herereal  metatheses  like  plygain 
for  pylgain  must  be  separated  from  the  fréquent  apparent  me- 
tatheses in  pretonic  syllables  besides  whom  also  vowels  -\-  r, 
1  +  vowels,  vowels  alone  (r,  1  apparently  dropped)  and  nei- 
ther  vowels  norr,  1  (the  whole  syllablelost)  are  written.  Thèse 
orthographs  hâve  nothing  to  do  with  the  svarabhakti  ;  the  uns- 
tressed  syllable  was  reduced  hère  to  an  irrational  vowel  or, 
if  the  surrounding  consonants  permitted  it,  was  totally  lost. 

54.  Cf.  tlic  following  examples  of  the  altérations  of  initial 
cons.  +  r,  1,  n  (cons.  +  m  never  occurs).  Latin  Laïus,  I3th 
cent,  cherechyt  ardea,  Owen  p.  775  (see  Beitr.  §  m),  dc- 
ressaur  p.  771,  773  (drysor).  Addit.  Ms.  19709  ac  y  bu  reit 
vdunt  vna  o  dolodi  b6yt  a  dia6t  mynet  yr  tir  oc  eu  llogeu 
f.  14  a  ;  ib.  in  the  fragment  of  the  Welsh  Dares  Phrygius  al- 
ways  goroec  for  groec.  Kana6d  Til.  D  22,  f.  i  b.  Talodionsee 
Bcitr.  §  3,  n.  i-|.  Gr.  R.ohiins,-gmr)un.  taramwy  and  tramwy, 
tylawd  and  tlawd  (p.  68  of  the  part  on  poetics;  talodi  Ms.  S, 
f.  73  a.  Addit.  Ms.  14913  (i6th  cent.),  k^mawd  f.  13  a,  16  b, 
kylaft'  f.  51  a  (claf).  Addit.  Ms.  149S6  (i6th  cent.)  cyroes 
f.  19  b,  ynghyroc  f.  20  a  (croc),  kyredwch  f.  26  a,  kyriawdyr 
f.  20  a;  deng  myrenin  f.  44  a,  bylynyddoedd  f.  10  b  (dechyre 
f.  48  b,  kythereiliaid  f.  19  a),  Addit.  Ms.  14938  (i7th  cent.) 
pyriodi  f.  68  a  {ci.  fe  brodes,  Add.  Ms.  1492 1,  f.  22  b; 
North  W.  prodi,  Sweet  p.  428).  In  a  prose  text  in  the  I7th 
cent.  Ms.  Add.  Ms.  31060  such  orthographs  are  regularly 
used,  cf.  a  byriodes  f.  216  b,  kylyddaddodd  f.  217  a  (he  bu- 
ried,  leg.  kylyddodd,  the  error  was  caused  probably  by  clad- 
dodd  in  the  original  text  ;  as  I  hâve  not  the  context  of  this 
passage  now  before  me  I  must  concède  that  kylyddaddodd  can 
be  ail  right,  as  magaddoedd,  etc.  with  dd  where  d  is  expected, 
occur  also)  f.  217  a;  ynys  byrydain  f.  214  b,  byrytaen,  byrv- 


Notes  on  Welsh  Consonants.  1 2 1 

tainf.  215  a,  byrytain,  byritain  f.  215  b,  217  a,  brydain,  bru- 
dain  f.  216  b,  byritanied  f.  217  a,  byrtanied  f.  214  a; 
ap  \Vrytus  Darian  las,  ap  byrutus,  ap  byrtus  ib.  t.  214  b, 
215  a;  krvlon  f.  216  b,  kyrvlon  f.  214  b,  216  b;  mylynedd 
f.  215  b;  byryddewyd  f.  226  a  (breuddwyd)  ;  (ib.  vs3^dd, 
dowad  for  dyfod).  Addit.  Ms.  3 1057  "^y^ygioni,  y  kylowir 
(clywir)  chwedlav,  f.  108  b,  107  b,  ffylowr  ddylis  (fleur  de 
lis)  f.  118  a,  oi  bylegid,  ffyrangec,  etc.;  Slowe  Ms.  672, 
f.  320  a  pyrgethwr. 

5  5 .  Thèse  forms  are  proved  by  the  following  modem  forms 
to  be  merely  orthographs  trying  to  represent  a  nearly  vanish- 
ed  unstressed  syllablc.  Cf.  C.  f'eiu.  T.  :  es  bylnydde  lawer, 
bylnyddoedd  p.  475,  sgyrfena  di  p.  269,  pyrflesswr  p.  146,  yn 
bylserus  iawn  p.  258,  pyrgethu  pp.  42,  73,  cyrfyddol  p.  56; 
cryadur  p.  9,  C3-radur  p.  57,  cradur  pp.  21,  34,  96;  pi.  crydu- 
ried  p.  9,  cyrduried  p.  34  etc.;  o  syr  Gynarfon  p.  62,  dych- 
gétn  p.  60  (so  also  in  Add.  Ms.  1492 1  :  dechéfn  f.  3  a,  de- 
chefen  f.  24  b,  skifeny  f.  35  a,  yn  skefenedic  f.  41  b,  etc.); 
myrwymo,  Yr  Amscrau  i,  7,  47  (i  byrtoi  4,  11,  47,  ryferyd 
18,  II,  47  ;  anffredin  16,  12,  47),  etc.  IV  Arw.  pygethu  20, 
I,  1859,  yn  sgwenud,  sgwenu  17,  7,  56  (also  syfenu,  syfe- 
nodd  =  ysgrifenu,  etc.),  sgwenwr  31,7,  55  ;  Y Cyfaill  difyr 
(Riithin)  pygetlîwrs,  o  gethu;  Y  Traeîh.  1864,  p.  m:  cy- 
dwried,  etc. — Yn  rywinol  iawn,  'R  Hcn  Ffarmiur,  9,  10 
1849;  yn  rysNvydus,  29,  11,  1849. 

{A  suivre).  Nettlau. 


LES  CHARS  ARMÉS   DE   EAUX 

CHEZ    LES    ANCIENS    GAULOIS 


Les  Gaulois  ont  fait  usage,  à  diverses  époques,  de  chars  de 
guerre,  analogues  aux  chars  homériques,  dont  Mazard  et 
plus  récemment  M.  d'Arbois  de  Jubainville  ont  esquissé  l'his- 
toire ^  Mais  à  côté  de  ces  chars  ordinaires,  simples  véhicules 
destinés  à  transporter  rapidement  le  guerrier  d'un  point  à 
l'autre  du  champ  de  bataille,  nos  ancêtres  ont-ils  connu  le 
chariot  armé  de  faux,  cet  engin  de  guerre  plus  effrayant  que 
réellement  efficace,  dont  l'antiquité  tout  entière  attribuait  l'in- 
vention à  Cyrus,  roi  de  Perse  ?  Telle  est  la  question  que  je 
me  propose  d'examiner  brièvement.  La  plupart  de  nos  his- 
toires, de  nos  dictionnaires  d'antiquités,  la  résolvent,  sans  hé- 
siter, par  l'affirmative-;  quelques  témoignages  anciens  parais- 
sent venir  à  l'appui  de  leur  du^e;  peut-être  cependant  un 
examen  attentif  des  documents  nous  conduira-t-il  à  une  con- 
clusion différente. 

Voici,  tout  d'abord,  quelques  observations  préliminaires, 
dont  l'importance  n'échappera  à  personne  : 

1°  On  a  recueilli,  notamment  dans  les  sépultures  du   dé- 

1 .  Mazard,  Essai  sur  les  chars  gaulois  de  la  Marne,  Revue  archéologique, 
1877,  r,  p.  154  et  suiv.  —  D'Arbois  de  Jubainville,  Le  char  de  guerre  des 
Celles  dans  quelques  textes  historiques,  Revue  Celtique,  t.  IX,  p.  387. 

2.  Dictionnaires  de  S.mith  et  de  Rich,  articles  Covinus,  Essedmn,  Fal- 
catus  currus;  Amédée  Thierry,  Histoire  des  Gaulois  (éd.  1863),  I,  p.  262; 
II,  p.  178. 


Chars  armés  de  faux.  123 

partement  de  la  Marne,  bon  nombre  de  chars  de  guerre  gau- 
lois (belges)  ;  or,  on  n'a  rien  trouvé,  parmi  ces  débris,  qui 
■ressemble  aux  redoutables  garnitures  en  fer  des  chariots  perses, 
décrits  par  les  auteurs  ^  :  fltux  longues  de  deux  coudées  fixées 
au  bout  des  essieux,  antennes  longues  de  dix  coudées  poin- 
tant des  extrémités  du  timon  ;  les  jantes,  les  rais  des  roues  ne 
portent,  non  plus,  aucune  trace  de  pointes  de  fer. 

2°  Les  auteurs  anciens  qui  ont  rédigé  des  traités  techniques 
sur  l'art  militaire,  Arrien,  Végèce,  etc.,  dans  leur  énumération 
des  engins  de  guerre  démodés,  mentionnent  naturellement  les 
chariots  armés  de  faux  ;  or,  ils  n'en  attribuent  l'usage  qu'aux 
Perses  ou  à  leurs  imitateurs  orientaux,  Antiochus  et  Mithri- 
date-,  jamais  aux  Gaulois.  Qu'on  ne  dise  pas  que  c'est  là  une 
simple  omission.  Arrien,  par  exemple,  sait  très  bien  que  les 
Gaulois  de  Bretagne  se  servaient  de  chars  de  guerre,  mais  il 
oppose  nettement  ces  véhicules  aux  chariots  à  taux  perses.  Le 
passage  mérite  d'être  cité  :  «  Les  Romains  ne  se  sont  jamais 
servis  de  chars  de  guerre,  et  même  parmi  les  barbares  d'Eu- 
rope il  n'y  a  que  les  habitants  des  Iles  Britanniques  qui  en 
aient  fait  usage.  Ceux-ci  employaient  en  général  des  biges 
(Tjvo)p(oî;),  où  ils  attelaient  deux  méchants  bidets,  de  petite 
taille  5  ;  mais  ces  chars  sont  propres  à  évoluer  sur  toute  espèce 
de  terrains  et  ces  petits  chevaux  sont  rompus  à  toutes  les  fa- 
tigues. Parmi  les  barbares  d'Asie,  les  Perses  firent  jadis  usage 
de  chariots  armés  de  faux,  trainés  par  des  chevaux  "bardés  de 
ter;  l'invention  de  ces  chars  remonte  à  Cyrus4.  » 

3°  Les  historiens  qui  ont  raconté  avec  le  plus  de  détail  et 
d'exactitude  les  guerres  de  Rome  contre  les  Gaulois,  soit  en 
Asie,  soit  en  Europe,  Polybe,  Tite-Live,  César,  Diodore,  Dion 


I.  Xénophon,  Cyropêdie,  VI,  i,  29;  VI,  2,  17;  Tite-Live,  XXXVIII, 
41,  5:  duinte-Curce,  IV,  35,  5. 

2  .  Végèce,  III.  2  [  :  Ouadri^as  fulcalas  in  helJo  rex  Antiochus  et  Mithridates 
h.ibnenint.  La  tradition  parait  avoir  été  ressuscitée  par  les  premiers  Sassa- 
nides  (Lampride,  Alexandre  Sévère,  c.  S  5-6;  chiffres  et  documents  sont  su- 
jets à  caution). 

3 .  Dion  Cassius,  LXXVI,  12,  s'exprime  presque  dans  les  mêmes  termes  : 
-jT-yatîJOvTa'.  (les  Calédoniens)  i~\  -i  i-vax-wv,  '"n;;oj;  s/ovtî;  ix'./.poj;  •/.?• 
Ta/ et;. 

4.  Arrien,  Ars  tactica,  c.  19. 


124  Théodore  Reinach. 

Cassius,  mentionnent  plusieurs  fois  les  chars  de  guerre  celti- 
ques :  jamais  ils  ne  les  qualifient  de  chars  porte-faux.  Pourtant 
leur  attention  avait  été  attirée  sur  cette  variété  de  chars  :  Po- 
lybe,  Tite-Live  signalent,  décrivent  les  chars  à  faux  d'An- 
tiochus  le  Grand  ^,  César  ou  son  historiographe  officiel,  Hir- 
tius^,  mentionne  ceux  de  Pharnace,  à  la  bataille  de  Zéla  ; 
est-il  croyable  que  ces  auteurs  eussent  passé  sous  silence  ces 
mêmes  ens;ins  s'il  s'en  était  rencontré  dans  les  armées  gau- 
loises  ?  Strabon,  qui  mérite  d'être  nommé  à  côté  de  ces  auto- 
rités historiques,  signale  —  probablement  sur  les  dires  d'un 
voyageur  mal  informé  —  des  chariots  à  faux  chez  deux  tribus 
africaines,  les  Pharusiens  et  les  Nigrètes  3  ;  mais  quand  il  parle 
des  chars  gaulois  et  bretons,  il  les  qualifie  simplement  de  chars 
(ârr,va')4;  il  se  garde  bien  d'ajouter  que  ces  chars  fussent 
armés  de  faux. 

Ces  arguments  e  sikni'w  ont,  dans  l'espèce,  une  valeur  pres- 
que décisive  ;  ils  ne  peuvent  nous  dispenser,  cependant, 
d'étudier  les  textes  qu'on  allègue  en  faveur  de  l'opinion  cou- 
rante. Ces  textes  se  réfèrent  soit  aux  Galates  d'Asie,  soit  aux 
Celtes  de  Gaule  et  de  Bretagne  :  examinons-les  dans  cet  ordre. 

1°  Galates  d'Asie-Mineure.  - —  A  la  bataille  gagnée  par  An- 
tiochus  Soter  sur  les  Galates  (vers  272  av.  J.-C.)  ceux-ci 
mirent  en  ligne,  d'après  Lucien  >,  quatre-vingts  chariots  porte- 
faux,  probablemient  attelés  à  quatre  (ap;j.a-:a  cptT.7.rr,oipy.)  et  deux 
fois  autant  de  higes  ordinaires  (^jvoipîiEr).  Voilà  un  témoignage 
qui  paraît  bien  explicite,  et  la  distinction  précise  des  deux  es- 
pèces de  chars  semble  en  renforcer  la  valeur;  mais  ce  n'est  pas 
assez  qu'un  témoin  parle  net,  il  faut  encore  qu'il  soit  digne 
de  foi.  Or  il  suffit  de  lire  d'un  bout  à  l'autre  ce  brillant  récit 
de  bataille  pour  se  convaincre  que  Lucien,  ou  plutôt  sa  source, 
n'a  visé  que  l'effet  poétique  et  romanesque,  sans  aucun  souci 
de  la  vérité  historique.  Je  laisse  de  côté  le  personnage  indécis. 


1 .  Polybe,  V,  33  (chars  du  rebelle  Molon),  Tite-Live,  XXXVIIl,  41,  5. 

2 .  Bellum  alexandrinum ,  0.75. 

3 .  Strabon,  XVII,  3,7. 

4.  Strabon,  IV,  5,2. 

).   Lucien,  Antiochus  sive  Zeuxis,  c.  8  et   12  (dialogue  22  de  l'édition 
Didot). 


Chars  armés  de  faux.  1 2  5 

sentimental  et  pleurard  qu'il  prête  gratuitement  à  Antiochus 
Soter;  mais  que  dire  de  ces  «  20,000  cavaliers  gaulois  »  qui 
auraient  figuré  à  la  bataille,  alors  que  nous  savons  que  les 
Gaulois  venaient  à  peine  de  franchir  l'Hellespont,  au  nombre 
de  20,000  ^  ?  Comment  concilier  cette  «  phalange  de  flmtas- 
sins,  formée  sur  24  rangs  de  profondeur  et  dont  tout  le  pre- 
mier rang  était  cuirassé  »,  avec  le  mépris  bien  connu,  per- 
sistant de  nos  ancêtres  pour  les  armes  défensives  ;  un  siècle 
après  la  victoire  d'Antiochus  Soter,  les  Galates  combattaient 
encore  à  moitié  nus^  !  C'est  le  cas,  ce  semble,  d'appliquer  la 
rèa[le  Ab  uno  disce  omnes  :  convaincu  d'inexactitude  et  d'exa2;é 
ration  sur  deux  points  essentiels,  le  récit  de  Lucien  est  sus- 
pect pour  tout  le  reste;  pour  ma  part  je  n'y  vois  de  réellement 
historique  que  ce  qui  est  confirmé  par  d'autres  sources  :  le  fait 
même  de  la  victoire  d'Antiochus  et  la  part  décisive  qu'y  prirent 
les  éléphants  >.  Quant  au  détail  des  chars,  on  peut  admettre,  à 
la  rigueur,  que  les  Gaulois  qui  envahirent  l'Asie  Mineure  au 
iii*^  siècle  se  servaient  encore  de  chars  de  guerre  —  on  en  voit 
représentés  sur  les  bas-reliefs  de  Pergame  —  mais  c'est  l'ima- 
gination d'un  narrateur  érudit  qui  a  transformé  ces  chars  «  ho- 
mériques »  en  chariots  armés  de  faux;  si  les  Galates  avaient 
eu  des  chariots  de  ce  genre  en  272,  à  plus  forte  raison  en  au- 
raient-ils eu  en  189,  lorsqu'Antiochus  le  Grand  eut  remis  cet 
engin  à  la  mode  :  or  dans  le  récit  très  détaillé  de  la  campagne 
de  Manlius  Vulso  chez  Tite-Live,  il  n'y  a  pas  lin  mot  qui 
permette  de  soupçonner  la  présence  de  chars  armés  de  foux. 

Au  reste,  le  caractère  fabuleux  de  ce  récit  cesse  de  nous 
étonner  quand  on  sait  à  quelle  source  Lucien  l'a  puisé  :  cette 
source,  comme  l'a  montré  Wernsdorf-*,  n'est  autre  qu'un 
poème  épique  de  Simonide  de  Magnésie,  contemporain  d'An- 
tiochus le  Grand».  Simonide  voyait  dans  les  armées  de  son 


1.  Tite-Live,  XXXVIII,  16. 

2.  Tite-Live.  XXXVIH,  21.  Cf.  Plutarque,  Crassus,  c.  25. 

3 .  Cf.  Van  Gelder,  Gdatarum  res  in. . .  Asiagestae  (Amsterdam,  1888), 
p.  129. 

4.  Wernsdorf,  De  Republica  Gulataium,  p.  42. 

5.  Suidas:  Diatuvior,;,  Màyvr,;  H'.njXoj,   i-or.'y.Q;.  rfyovcv  z~\  'Av::'o/ou 
TOj  McyâXo'j-  xa-  -fi''^oy.-2i  Ta;    'Avt'.o'/O'j  to'j  i]'jj-:r,so;  (mss.  MîyxXou)  noâ- 


126  Théodore  Reinach. 

temps  des  mercenaires  galates  bardés  de  fer  ^  :  il  en  a  supposé 
dès  le  temps  d'Antiochus  Soter.  Simonide  voyait  les  Syriens 
fliire  usage  de  chariots  porte-faux  :  il  en  a  prêté  gratuitement 
aux  Galates.  Ce  sont  là  articles  de  machinerie  épique,  anachro- 
nismes  excusables  chez  un  poète,  mais  qui  n'auraient  pas  dû  en 
imposer  aux  historiens. 

2°  Gaulois  d'Occident^  Bretons.  —  Frontin,  après  avoir  ra- 
conté comment  Sylla,  à  la  bataille  de  Chéronée,  brisa  l'élan 
des  chars  à  faux  d'Archélaûs  en  leur  opposant  des  palissades 
improvisées,  ajoute  :  «  C'est  par  le  même  moyen,  des  pieux 
fichés  en  terre,  que  Jules  César  arrêta  les  quadriges  armés  de 
faux  des  Gaulois-.  »  Le  terme  dont  se  sert  ici  Frontin,  Galli, 
est  équivoque  :  il  désigne  tout  aussi  bien  les  Celtes  de  Gaule 
que  ceux  de  Bretagne  ;  mai*  d'autres  textes  ne  permettent 
guère  de  douter  que  l'auteur  ait  eu  en  vue  les  Bretons.  En 
effet,  à  l'époque  de  César,  comme  nous  l'apprennent  les  Com- 
mentaires, le  char  de  guerre,  in  génère,  avait  complètement  dis- 
paru de  la  Gaule  continentale  3  ;  les  Romains  le  rencontrèrent 
pour  la  première  fois  dans  l'ile  de  Bretagne,  et  César  dit  ex- 
pressément que  ses  soldats,  furent  «  déroutés  par  la  nouveauté  de 
ce  mode  de  combat 4  ».  Ce  qui  est  vrai  du  char  de  guerre  in 
génère  l'est,  à  fortiori,  du  char  à  faux  ;  s'il  en  a  jamais  existé, 
c'est  en  Bretagne  seulement  que  César  a  pu  en  rencontrer; 
c'est  là  seulement  que  peut  se  placer  l'épisode  rapporté  par 
Frontin.  Par  malheur,  on  chercherait  vainement  dans  les  Com- 
mentaires de  César  —  la  seule  source  sérieuse  que  nous  pos- 
sédions pour  l'histoire  de  ses  campagnes  —  la  moindre  trace 
du  stratagème  que  lui  attribue  notre  compilateur.  Cependant 
les  batailles  contre  les  Bretons,  et  en  particulier  les   charges 


^i'.;  y.x:  -r^^t  ~îo;   FaXaTa;   •j.xyr,^,  6-1   'j.i-x  Twv   ÈXîsacvTwv    Tr,v   !--ov  ajTojv 
(mss.  aùtoO)  s'aSaiCc. 

1.  Appien,  Dâ  rébus Syriacis,  c.  52  (à  la  bataille  de  Magnésie)  :  FaXâ-ra'. 
•/.atà'^oa/.TO'.. 

2.  Frontin,  Stratagèmes,  II,  5,  18  :  C.  Caesar  Gallorum  falcatas  quadrigas 
eadem  ratione  palis  defixis  excepit  inhihititquc. 

3.  Si  Strabon  paraît  dire  le  contraire  (IV,  5,  2  :  à-r^va;;  /iôjvTa'....  xa- 
Ox-£p  x.a'i  -ojv  KcXtojv  ëv'.o;)  c'est  qu'il  a  sous  les  veux  un  texte,  déjà  ar- 
riéré, de  Posidonius.  Il  faut  expliquer  de  même  Diodore,  V,  29. 

4.  Perturhatisnoslris  novitate  piignae,  César,  BclL  gaîl.,  IV,  34. 


Chars  armés  de  faux.  1 27 

troublantes  de  leurs  chars  de  guerre,  y  sont  décrits  avec  beau- 
coup de  détail  :  si  les  Romains  avaient  réellement  employé 
des  pieux  à  cette  occasion,  César  n'aurait  pas  manqué  de  le 
raconter;  or,  en  fait  de  pieux,  les  seuls  que  mentionne  son 
récit  sont  ceux  que  les  Bretons  plantèrent  dans  le  lit  de  la  Ta- 
mise pour  empêcher  la  cavalerie  romaine  de  la  passer  à  gué  ^  ! 
On  est  en  droit  de  conclure  que  le  stratagème  de  Frontin 
n'est  pas  historique;  j'ajoute  que  je  ne  le  considère  même  pas 
comme  authentique.  Le  paragraphe  qui  le  renferme  est  relié 
au  précédent  par  une  formule  —  eadeni  ratione  —  qui  tra-hit 
d'une  manière  presque  infaillible,  dans  nos  manuscrits  de 
Frontin,  la  main  des  interpolateurs.  Nous  avons  affaire  ici  à 
un  nouvel  exploit  de  ce  terrible  bomo  otiosus  de  nos  vieux  pa- 
léographes. Supposons  un  lecteur  désœuvré,  un  vieux  mili- 
taire, médiocrement  érudit,  qui  vient  de  Ure  le  stratagème  de 
Chéronée,  raconté  par  Frontin  d'après  Sylla.  Les  chars  pon- 
tiques  rappellent  à  notre  homme  les  chars  bretons,  qu'il  se 
souvient  vaguement  d'avoir  rencontrés  chez  César.  On  sait 
(par  Végèce)  que  l'emploi  des  pieux  portatifs  à  quatre  tiges, 
appelés  tribuli,  était  devenu  un  moyen  classique  pour  garantir 
l'infanterie  contre  les  attaques  des  chars  à  faux  ^  ;  notre  lec- 
teur, encore  sous  l'influence  des  chars  à  faux  d'Archélaùs, 
n'aura  pas  hésité  d'abord  à  confondre  dans  ses  souvenirs  les 
chars  bretons  avec  des  chars  de  ce  genre,  ensuite  à  supposer 
que  César  avait  pu  ou  dû  leur  opposer  le  même  stratagème 
que  Sylla;  Vhomo  otiosus  ne  se  contente  pas  de  penser  tout 
haut,  il  écrit  sa  pensée;  et  ainsi  la  remarque  oiseuse,  l'hypo- 
thèse gratruire  d'un  faux  savant,  inscrite  en  marge  d'un  exem- 
plaire des  Stratagciiies,  a  fini  par  faire  partie  intégrante  du 
texte.  Frontin  lui-même,  qui  fut  gouverneur  de  la  Bretagne», 
était  trop  bien  informé  des  choses  de  ce  pays  pour  commettre 
une  pareille  bévue. 

Nous  n'en  avons  pas  fini  avec  les  textes  relatifs  aux  Bre- 
tons; ceux  que  nous  allons  citer  ont  tous  ceci  de  commun 


1.  Ccsar,  Bel!,  gall,  V,  18. 

2.  Vcgcce,  III,  24. 

5.  Tacite,  Agricola,  c.  17. 


128  Théodore  Reinach. 

qu'ils  désignent  le  char  breton  par  son  nom  national,  covinus. 
«  Les  Bretons,  dit  le  géographe  Pomponius  Mêla,  ne  com- 
battent pas  seulement  à  pied  et  à  cheval,  mais  encore  montés 
sur  des  chars,  équipés  à  la  façon  gauloise  :  ils  appellent  ces 
c\\2i.xs  covins  et  les  essieux  se  terminent  par  des  faux^  ».  Lu- 
cain,  à  son  ordinaire,  emboîtant  le  pas  derrière  Mêla,  fait 
figurer,  dans  son  dénombrement  de  l'armée  de  César,  «  le 
Belge,  adroit  cocher  du  covin  qui  l'abrite-  ».  Enfin  Silius  Ita- 
licus  mentionne  également,  dans  une  comparaison,  le  «  covin 
porte-faux  »  des  habitants  de  Thulé  !  5  Nous  pouvons,  sans 
danger,  laisser  de  côté  ces  deux  derniers  textes,  d'abord  parce 
qu'ils  viennent  de  poètes,  ensuite  parce  que  ces  poètes  n'ont 
fait  probablement  que  reproduire  le  renseignement  de  Mêla  ; 
d'ailleurs,  le  vers  de  Lucain,  avec  la  leçon  la  plus  autorisée,  ne 
parle  point  d'un  char  à  faux  —  covinus  rostratus  —  mais  sim- 
plement d'une  voiture  couverte  —  covinus  constratus  —  ce 
qu'était,  en  eff'et  (on  le  verra  à  l'instant)  \q  covin  breton.  Si, 
au  lieu  de  Bretons,  Lucain  nomme  des  Belges  comme  faisant 
usage  de  ces  chars,  c'est  sans  doute  par  licence  poétique;  on 
sait,  d'ailleurs,  que  les  conquérants  celtes  du  sud  de  la  Grande- 
Bretagne  étaient  de  race  belge 4,  et  il  n'est  pas  impossible 
qu'ils  aient  apporté  avec  eux  ce  véhicule  national. 

Reste  le  texte  de  Mêla;  celui-ci  affirme  en  propres  termes 
que  le  covin  belge  était  un  char  armé  de  faux.  Je  pourrais  me 
contenter  d'opposer  à  cette  assertion  le  texte  d'Arrien,  cité 
plus  haut,  où  le  char  breton  est  défini  «  un  bige  traîné  par 
deux  mauvais  petits  chevaux,  mais  propre  à  rouler  sur  tous  les 
terrains  »  ;  assurément  rien  ne  ressemble  moins  à  l'idée  qu'on 
se  fait  d'un  char  porte-faux,  dont  l'emploi  exige  avant  tout  la 


1.  Pomponius  Mêla,  III,  6  :  Dimicant  (Britanni)  non  equitatu  modo  aut 
pedite,  vcrum  et  higis  et  curribiis,  gallicc  armati  :  covinos  vocant,  quorum  faîca- 
tis  axibus  utuntur.  La  fin  de  cette  phrase  est  peu  latine  et  paraît  altérée. 

2.  Lucain,  Pharsale,  1,  426  :  Et  docilis  rector  vionstrati  Belga  covini.  Le 
mot  nioiistrati,  leçon  des  manuscrits,  est  impossible;  on  l'a  corrigé  soit  en 
rostrati  (en  rappelant  \qs  j'alces  rosîratae  de  Columelle),  soit  en  constrati,  ce 
qui  paraît  préférable. 

3.  Silius  Italicus,  Punica,  XVII,  417  :  incola  Thiiks  Agmiua  falcifero  cir- 
ciimvenit  arta  covino. 

4.  César.  Bell.  galL,  II,  4;  V,  12. 


Chars  armés  de  faux.  i  29 

vitesse,  la  vigueur  des  attelages,  le  combat  en  plaine.  Maison 
pourrait  à  la  rigueur  récuser  l'autorité  d'Arrien,  comme  celle 
d'un  tacticien  de  cabinet.  Je  préfère  donc  produire  ici  la  dépo- 
sition de  deux  témoins  oculaires,  dont  l'un  nous  dira  com- 
ment était  fait  le  covin^  l'autre  comment  on  s'en  servait  ;  ces 
témoins  sont  Martial  et  César. 

Martial  écrivait  sous  Domitien,  à  une  époque  où  la  Bretagne 
était  non  seulement  conquise,  mais  encore  pacifiée.  Déjà 
même  l'anglomanie  commençait  à  s'introduire  à  Rome,  et, 
comme  toujours,  c'est  par  les  choses  du  sport  que  l'influence 
britannique  se  faisait  d'abord  sentir.  Les  élégants  de  Rome  adop- 
tèrent le  covin  breton,  non  pas  comme  char  de  guerre,  mais 
comme  voiture  d'agrément  ;  un  ami  de  Martial,  Elien  —  peut- 
être  le  célèbre  tacticien  de  ce  nom  — fit  cadeau  à  notre  poète 
d'un  spécimen  du  véhicule  à  la  mode,  et  voici  comment  Mar- 
tial célèbre  son  acquisition  :  «  O  covin,  délicieuse  solitude, 
préférable  à  tous  les  carrosses,  à  tous  les  chars-à-bancs  du 
monde,  présent  de  l'éloquent  EHen  !  C'est  là,  mon  ami  Ju- 
vatus,  c'est  là  que  tu  peux,  seul  à  seul  avec  moi,  laisser  courir 
ta  langue  en  liberté:  point  de  postillon  nègre,  point  de  cocher 
court  vêtu,  point  de  muletier  gêneur  pour  nous  espionner; 
quant  à  nos  petits  bidets,  ils  savent  écouter  et  se  taire...  »  ^ 
On  voit  ce  qu'était  le  covinus  de  Martial  :  une  petite  voiture 
légère,  à  deux  roues,  probablement  muni  d'une  capote  fixe 
{covinus  conslratiis,  chez  Lucain),  et  traînée  par  deux  chevaux 
de  moyenne  taille,  deux  bidets  gaulois  (jnannuli)  ;  à  l'intérieur 
prenaient  place  deux  personnes,  dont  l'une  tenait  les  rênes; 
on  n'avait  besoin  ni  de  cocher,  ni  de  postillon.  En  un  mot, 
le  covin  romain  était  ce  que  nous  appelons   aujourd'hui  un 

I .  Martial,  XII,  24: 

O  jucunda,  covinne,  solitude, 
Carruca  magis  essedoque  gratum 
Facundi  mihi  munus  j£liani  ! 
Hic  mecuni  licet,  hic,  Juvate,  quidquid 
In  buccam  tibi  venerit,  loquaris  : 
Non  rector  libyci  niger  caballi, 
Succinctus  neque  cursor  antecedif, 
Nusquam  est  mulio  :  mannuli  tacebunt.  . . 

Revue  Celtique,  X.  9 


1 30  Théodore  Reinach. 

cabriolet,  attelant  à  deux;  comme,  jusqu'à  nouvel  ordre,  qui 
conserve  le  mot  conserve  la  chose,  c'est  également  sous  cet 
aspect  que  nous  devons  nous  représenter  le  char  de  guerre 
des  Bretons. 

Voyons  maintenant  fonctionner  ce  char  sur  le  champ  de 
bataille.  C'est  César  qui  va  nous  renseigner  à  ce  sujet  ;  il  ne 
prononce  pas,  il  est  vrai,  le  nom  de  covinus ;  le  char  breton 
s'appelle  chez  lui  esseduni,  mais  il  n'y  a  là  qu'une  différence  de 
mots  insignifiante  :  essedum  paraît  être  le  nom  belge  du  char  de 
guerre^,  covinus,  le  nom  breton.  La  preuve  que  les  deux 
noms  désignent  (au  moins  quand  il  s'agit  de  la  Bretagne)  un 
seul  et  même  véhicule,  c'est  qu'ils  ne  sont  jamais  employés 
simultanément:  là  où  César  dit  essedarii-,  Tacite  dit  covin- 
narii  3  ;  et  le  contexte  prouve  qu'il  s'agit  bien,  dans  les  deux 
cas,  de  la  même  troupe.  Laissons  maintenant  la  parole  à  César: 
«  Voici  en  quoi  consiste  le  mode  de  combat  avec  les  chars  de 
guerre.  D'abord,  ils  font  courir  leurs  chars  dans  tous  les  sens, 
en  lançant  des  traits  :  la  terreur  qu'inspirent  les  chevaux,  le 
fracas  des  roues  suffisent  ordinairement  à  troubler  les  rangs 
ennemis.  Quand  ils  ont  réussi  à  se  faufiler  entre  les  escadrons 
de  cavalerie,  ils  sautent  à  bas  de  leurs  chars  et  combattent  à 
pied  ;  pendant  ce  temps,  les  conducteurs  ramènent  les  chars 
hors  de  la  mêlée  et  se  placent  de  telle  sorte  que  les  guerriers, 
qui  ont  mis  pied  à  terre,  s'ils  sont  accablés  par  le  nombre, 
puissent  facilement  regagner  leurs  voitures  et  y  trouver  un  re- 
fuge. Ils  combinent  ainsi  sur  le  champ  de  bataille  la  mobilité 
du  cavalier  et  la  stabilité  du  fantassin.  En  s'exerçant  tous  les 
jours,  ils  arrivent,  à  force  d'habitude,  à  une  telle  dextérité, 
qu'ils  savent  arrêter  net  leurs  chevaux  lancés  sur  une  pente  ra- 
pide, leur  faire  décrire  des  voltes  et  des  demi-tours  rasants; 
parfois,  ils  s'élancent  en  courant  sur  le  timon,  s'arrêtent  sur 


1.  Voir  Virgile,  Ge'û/'o-.,  III,  204:  BeJgica  vel  violli  melins  feret  esseda 
collo. 

2.  Non  seulement  dans  les  Commentaires,  mais  encore  dans  un  frag- 
ment d'une  lettre  à  Cicéron  (livre  III),  conservé  par  Philargvre  sur  Virgile, 
Gèorg.,  III,  204  :  nndta  milia  eqidtum  atqtieessedariorum  hahet  (Cassivellaunus). 
Cf.  le  César  de  Dinter  (Teubner),  III,  140. 

3.  Tacite,  Agricola,  c.  35-36. 


Chars  armés  de  faux.  1 3 1 

le  joug  pour  lancer  leur  trait,  et  rentrent  précipitamment  à 
l'abri  du  char  ^  ».  Ces  derniers  mots  confirment  ce  que  nous 
ont  appris  Lucain  et  Martial  sur  la  couverture  ou  capote  du 
char  breton  :  on  ne  «  se  réfugie  »  (se  recipcre)  que  dans  une 
voiture  couverte.  L'ensemble  du  texte  montre  aussi  claire- 
ment que  possible  en  quoi  consistnit  la  tactique  des  chars  bre- 
tons :  non  seulement  César  ne  leur  attribue  point  d'appen- 
dices falciformes,  mais  encore  l'existence  de  pareils  appen- 
dices eût  été  complètement  incompatible  avec  le  genre  de 
service  que  les  Bretons  exigeaient  de  leurs  chars;  ils  se  se- 
raient gênés  et  heurtés  mutuellement  dans  ces  évolutions  ra- 
pides, et,  excepté  dans  des  plaines  immenses,  il  eût  été  impos- 
sible de  déployer  cette  nombreuse  «  artillerie  » .  Dans  la  seule 
armée  de  Cassivellaunus,  on  comptait  4,000  cssedarii,  c'est-à- 
dire  2,000  chars,  et  nous  savons  par  César,  comme  par  Ar- 
rien,  que  ces  chars  manœuvraient  aussi  bien  en  terrain  de 
montagne  qu'en  plaine  (locis  impcdilis  atque  silvestribus)-. 

Le  passage  de  César  convaincra,  j'espère,  les  plus  sceptiques 
que  Mêla  s'est  trompé  sur  la  nature  des  chars  de  guerre  bre- 
tons. Reste  à  expliquer  l'origine  de  son  erreur  :  je  crois  qu'elle 
est  de  tout  point  semblable  à  celle  que  nous  avons  constatée 
chez  Lucien.  Ici  encore,  les  poètes  ont  fait  tout  le  mal.  Mêla 
écrivait  sous  le  règne  de  Claude,  au  lendemain  de  la  conquête 
de  la  Bretagne;  il  exprime,  dans  le  chapitre  même  que  j'ai 
cité,  le  vœu  qu'on  soit  bientôt  un  peu  mieux  renseigné  sur  les 
choses  de  cette  île  :  c'est  dire  clairement  qu'on  l'était  fort  mal. 
En  effet,  depuis  César,  sauf  quelques  rares  marchands,  per- 
sonne n'avait  sérieusement  exploré  la  Bretagne  ;  l'éloignement 
du  pays,  sa  situation  insulaire,  la  sauvagerie  des  habitants, 
tout  concourait  à  foire  de  la  Bretagne,  pour  les  Romains  du 
I"  siècle,  ce  qu'était  l'Amérique  pour  les  Espagnols  du  xvi"-'  : 
une  sorte  de  terre  flibuleusc,  que  l'imagination  avide  de  beau- 
coup de  gens  transformait  en  Eldorado.  Les  deux  campagnes 
de  César  elles-mêmes  n'avaient  guère  été  que  des  reconnais- 


1.  César,  De  bello  gallico,  IV,  33.  Cl".  Juvénal,  IV,    126  :  aut  de  tetnone 
Brilanno  Excidet  Arviragiis.  La  manœuvre,  on  le  voit,  était  assez  risquée. 

2.  César,  Bell.  Gall.,  V,  19. 


I  ^2  Théodore  Reinach. 

sances  rapides,  fugitives,  dans  tous  les  sens  du  mot;  l'audace 
et  la  brusquerie  de  ces  apparitions  leur  donnait  de  loin  quel- 
que chose  d'héroïque,  de  propre  à  frapper  les  imaginations. 
La  Gaule  était  trop  connue,  trop  voisine  pour  que  les  campa- 
gnes de  César  dans  ce  pays  inspirassent  beaucoup  de  poètes 
épiques  ^  ;  il  en  était  autrement  de  la  Bretagne,  et  dès  le  pre- 
mier jour  l'expédition  bretonne  fut  considérée  comme  une 
«  admirable  matière  à  mettre  en  vers  latins  ».  Quintus  Cicéron 
avait  projeté  d'écrire  un  poème  épique  sur  ce  sujet  :  son  frère 
applaudit  à  son  dessein  et  offrit  d'y  collaborer-  ;  on  ignore  ce 
qui  en  advint,  mais  à  supposer  que  Quintus  ait  abandonné 
son  projet,  d'autres  durent  le  reprendre  à  sa  place  et  déve- 
lopper à  l'infini  le  thème  varié  par  plusieurs  épigrammes  con- 
temporaines : 

Cernitis  ignotos  Latia  sub  lege  Britannos 
Et  jam  Romano  cingimur  Oceano  5. 

Les  œuvres,  les  noms  même  de  ces  Camoëns  romains  se 
sont  perdus,  mais  nous  pouvons  encore  apprécier  leur  ma- 
nière par  un  exemple  caractéristique,  que  le  hasard  a  con- 
servé. L'auteur  des  Stratagèmes  grecs,  Polyen,  raconte  quelque 
part  que  César  employa  contre  les  chars  et  la  cavalerie  des 
Bretons  le  moyen  qui  avait  si  bien  réussi  aux  Grecs  contre  les 
Galates  :  il  transporta  un  éléphant  au  delà  du  détroit,  et  la 
seule  vue  de  cet  animal  inconnu  fit  prendre  la  fuite  aux  Bre- 
tons qui  s'apprêtaient  à  disputer  aux  Romains  le  passage  de 
la  Tamise  4.  Inutile  d'insister  sur  l'ineptie  de  ce  récit  dont  il 
n'y  a  pas  trace  dans  les  Commentaires  de  César;  mais  Polyen 
est  un  auteur  trop  médiocre  et  trop  enchaîné  à  ses  autorités 
pour  qu'on  puisse  l'accuser  d'avoir  tiré  ce  stratagème  de  son 
propre  cru;  il  n'a  pu  l'emprunter,  directement  ou  indirecte- 


1 .  Cependant  Varron  d'Atax  avait  écrit  un  poème  intitulé  Bellum  sequa- 
nicum,  cité  par  Priscien.  (Cf.  Teuffel,  Geschichte  der  rocmischen  Literatur, 
§  212).  Furius  Bibaculus  avait  traité  un  sujet  analogue  (ib.,  §  192,  9). 

2.  Cicéron,  Ad  Oiiintum,  II,  16,  4. 

3.  Voir  les  épigrammes  419-426  dans  V Anthologie  latine,  éd.  Riese 
(Teubner,  1869). 

4.  Polyen,  VIII,  23,  s • 


Chars  armés  de  faux.  •  133 

ment,  qu'à  un  poème  épique  et,  si  je  ne  me  trompe  fort,  la 
source  qui  a  fourni  l'éléphant  de  Polyen  est  de  la  même  famille 
que  celle  d'où  sont  sortis  les  chars  à  faux  du  Pseudo-Frontin 
et  de  Mêla.  Comme  Simonide  de  Magnésie,  Quintus  Cicéron 
et  ses  émules  ont  dû  puiser  à  pleines  mains  dans  l'arsenal  de 
la  tradition  épique  et  de  leur  érudition  livresque  pour  «  em- 
bellir »  le  récit  des  campagnes  de  leur  héros,  et  c'est  ainsi  que 
de  modestes  chars  de  guerre  traînés,  comme  dit  Arrien,  par 
de  méchants  bidets,  ont  été,  dans  l'un  et  l'autre  cas,  méta- 
morphosés en  de  redoutables  quadriges,  armés  de  faux  meur- 
trières :  la  vérité  perdait  peut-être  au  change,  mais  la  couleur 
gagnait  singulièrement,  et  l'on  sait  que 

Le  mensonge  et  les  vers  de  tout  temps  sont  amis. 

* 

*  * 

Il  est  temps  de  formuler  en  deux  mots  la  conclusion  de 
cette  étude  sur  les  chars  à  faux  des  Gaulois  :  il  n'y  en  avait 
point. 

Théodore  Reinach. 


CHRONIQUE 


SOMMAIRE,  —  I.  NoiivcUcs  archéologiques  par  A.   de  Barthélemv.  —  II.    Annules  <h-  Brelinynt. 

—  III.  Arch.rological  Riviciv.  —  IV.  Recherches  de  M.  W'hitley  Stokes  et  du  Rév.  Mac  Canhv 
sur  la  collection  canonique  irlandaise  et  critique  des  travaux  de  M.  Whitlev  StoUes  par  le  Rév. 
Mac  Canhy.  —  V.  M.  \V.  M.  Hennessy  et  les  Antutles  d'Uhler.  —  VI.  Les  thèses  de  M.  Schirmer 
sur  la  légende  de  la  Croix  et  sur  celle  de  saint  Brendan.  —  VII.  Le  livre  de  M.  Alfred  Nutt  sur 
la  légende  du  Saint  Graal. — VIII.  Un  nouveau  mémoire  de  M.  Nettlau  sur  la  grammaire  galloise. 

—  I\.   Critique  p.ir  M.    St.  O'Gradv  de   l'édition  de    la  B:i1ailh'  <le  l'aitr\   par  M.  Kuno  Mever. 

—  X.  Les  Eluiles  d'hiiloirc  du  droit  de  M.  R.  Dareste.  —  XI.  L'enseignement  de  la  langue 
irlandaise  en  Irlande  et  les  succès  du  jeune  Patrick  Mac  Sweenev.  —  XII.  Le  journal  The  Iriih 
Echo,  de  Boston. —  XIII.  Gloses  bretonnes  du  Formulaire  de  Tréguier. —  XIV.  Divc-s  articles 
relatifs  aux  études  celtiques  dans  des  revues  françaises.  —  XV.  Note  phonétique  de  M.  2inimer 
dans  la  Revue  de  Kuhn.  —  XVI.  Etudes  de  MM.  Wolfgang  Golther  et  Muret  sur  la  légende  de 
Tri  tan  et  d'Iseult    —  XVII.  Recherches  de  M.  S.    Reinach  sur  le;  Gaulois    dans  l'art  antique. 

—  XVIII.  .M.  de  la  Borderie  et  la  vie  de  saint  Guenolé  par  Vurdestin.  —  XIX.  Le  livre  de 
M.  Wood  Martin  sur  les  monuments  de  pierre  lirute  du  comté  de  Sligo  en  Irl.indc  et  dans  l'Ile 
d'Achill.  —  XX.  Nouvelles  recherches  de  M.  Whitlev  Stokes  à  la  bibliothèque  du  Vatican.  — 
XXI.  La  traduction  des  Mal'ittogion  par  M.  J.  Loth.  —  XXII.  Mort  de  M.  W.-M.  Henuessv. 


I. 

Nous  devons  signaler  quelques  articles  publiés  dans  la  Revue  archéolo- 
gique, tomes  X,  XI  et  XII.  qui  peuvent  intéresser  les  lecteurs  de  la  Revue 
Celtique.  —  M.  le  baron  de  Witte  ' ,  à  propos  de  l'arc  de  triomphe  d'Orange, 
présente  de  nouveaux  arguments  à  l'appui  d'une  opinion  déjà  ancienne  sur 
le  fait  historique  qui  dut  donner  la  pensée  de  construire  ce  monument.  On 
hésitait  entre  deu.K  hypothèses  ;  suivant  les  uns,  l'arc  d'Orange  rappelait  la 
victoire  de  Marius  sur  les  Cimbres  et  les  Teutons  ;  suivant  d'autres,  il  da- 
terait du  règne  de  Tibère,  voire  même  des  Antonins.  Les  armes  qui  figurent 
dans  les  sculptures  ne  laissent  aucun  doute  sur  le  but  que  l'on  s'est  pro- 
posé ;  il  s'agit  d'une  victoire  remportée  sur  les  Gaulois,  et  M.  de  Witte 
pense  qu'il  s'agit  des  campagnes  heureuses  menées  contre  les  Arvernes  et 
les  Allobroges  par  Domitius  Ahenobarbus  et  Fabius  Maximus  (121  av. 
J.-C  ).  A  ce  sujet,  il  rappelle  une  série  de  monnaies  en  argent  de  la  Répu- 
blique romaine,  portant  le  nom  de  Cn.  Domitius,  fils  du  vainqueur  de  Vin- 
dalium  :  on  y  remarque,  dans  un  bige,  un  guerrier  tenant  une  lance,  un 
boucher  et  la  trompette  de  guerre  gauloise  nommée  carnyx.  M.  de  Witte, 
dans  ce  personnage,  voit  Bétultus,  roi  arverne,  dans  un  char  d'argent  2,  tel 

\.  T.  X,  p.  129. 

2 .   Le  char  de  Bétultus  nous  fait  penser  au  mémoire  qui  a  paru  dans  la 


Chronique.  \  ^  5 

qu'il  parut  au  triomphe  de  son  vainqueur.  —  M.  Salomon  Reinach  '  parle 
de  trois  statuettes  du  British  Muséum,  deux  de  guerrier  et  une  de  femme 
nue,  dont  la  nationalité  est  clairement  indiquée  par  son  torques  et  des  bra- 
celets ;  il  donne  un  croquis  de  la  gauloise  qui  a  inspiré  la  Jeanne  d'Arc  de 
M.  Chapus;  nous  regrettons  qu'iln'ait  pas  pensé  à  reproduire  aussi  les  deux 
guerriers.  —  M.  -A.-L.  des  Ormeaux  -,  à  propos  du  mors  de  cheval  en  bronze 
trouvé  par  M.  le  docteur  Gros  à  Moeringen,  cherche  à  déterminer  la  race 
de  chevaux  contemporaine  et  l'analogie  de  ce  mors  avec  ceux  qui  sont  re- 
présentés sur  les  monuments  assyriens.  —  M.  Ant.  Héron  de  Villefosse  5 
fait  connaître  plusieurs  figurines  en  terre  dont  on  a  déjà  trouvé  dix  exem- 
plaires sur  divers  points  de  la  France.  Celui  qui  provient  de  Caudebec-lès- 
Elbeuf  porte  la  légende  :  RIIXTVGIINOS  SVLLIAS  AVVOT.  Dans  cette 
marque  de  fabricant,  M.  de  Villefosse  propose  de  voir  trois  mots  :  Rextu- 
genos,  le  nom  du  potier,  suUias  dont  la  valeur  n'est  pas  encore  déterminée, 
et  avvot  qu'  pourrait  être  l'équivalent  du  verbe /ec/^ —  M.  Abel  Maître 4  a 
dressé  un  inventaire  complet  et  méthodique  des  objets  recueillis  dans  cin- 
quante-deux tombes,  de  l'époque  gauloise,  explorées  dans  une  nécropole  à 
Saint-Maur-les-Fossés  ;  les  armes  et  les  ornements  offrent  une  srrande  ana- 
logie  avec  ceux  qui  proviennent  des  cimetières  de  la  Marne  et  de  Marza- 
batto.  près  de  Bologne.  Il  est  à  noter,  d'après  les  observations  de  M.  Maître, 
que  ces  sépultures  n'ont  fourni,  jusqu'à  ce  jour,  ni  poteries,  ni  torques,  ni 
chars  de  guerre,  ni  pendeloques,  ni  couteaux,  ni  perles  en  verre.  On  n'a 
recueilli  que  des  épées,  des  ceinturons  formés  de  chaînettes,  des  fibules , 
des  umbos  de  boucliers.  —  Dans  une  autre  notes,  M.  Maître  cherche  à 
établir  que  l'origine  de  l'épée  en  bronze,  dite  à  soie  plate  ou  à  crans,  doit 
être  cherchée  dans  l'imitation  de  l'appendice  que  porte  sur  le  museau  le 
squale  à  scie.—  .M.  Adr.  Blanchet  signale  6,  d'après  le  ms.  fr.  15634  de  la 
Bibliothèque  nationale,  le  dessin  d'un  cippe,  trouvé  à  Toul  en  1700,  re- 
présentant le  dieu  gaulois  au  marteau.  Le  souvenir  de  ce  monument  n'est 
plus  conservé  que  par  le  dessin  fait  pour  les  Monuments  de  la  monarchie  Jran- 
çaise  :  il  était  resté  inédit. 

Nous  devons  une  mention  toute  spéciale  au  travail  important  publié  par 
le  lieutenant-colonel  G.  de  la  Noé,  intitulé  :  Principes  de  la  fortification  an- 
tique depuis  les  temps  préhistoriques  jusqu'aux  croisades.  Dans  la  première  li- 
vraifon  qui  vient  de  paraître?.  l'auteur  traite  des  enceintes  dites  préhisto- 
riques (le  mont  Vaudois,  le  mont  Bart,  etc.)  et  n'y  retrouve  aucun  carac- 
tère stratégique.  Mais  lorsqu'il  aborde  les  fortifications  gauloises,  il  donne 

Revue  Celtique,  IX,  387,  et  dans  lequel  M.  d'Arbois  de  Jubainville  parle 
des  chars  de  guerre  dans  les  Gaules. 

1.  T.  XI.  p.  19. 

2.  T.  XI,  p.  52. 
5.  T.  XL  p.  14). 

4.  T.  XI,  p.  324. 

5.  T.  XII,  p.  86. 

6.  T.  XII.  p.  114- 

7.  Paris,  Ern.  Leroux,  1888. 


136  Chronique. 

des  indications  précieuses  sur  les  nombreux  oppidum  étudiés  par  lui  sur  le 
terrain.  C'est  un  véritable  manuel,  rédigé  par  un  homme  qui  connaît  éga- 
lement la  stratégie,  les  textes  et  l'archéologie.  Nous  voudrions  voir  son 
livre  entre  les  mains  de  tous  les  travailleurs  de  province  qui  seraient  ainsi  à 
même  d'apprendre  beaucoup  et  de  le  compléter  par  leurs  observations  per- 
scMinelles. 

Les  fragments  épigraphiques  que  l'on  retrouve  à  Saintes  permettent  de 
rétablir  la  famille  de  Caius  Julius  Agedoniapatis  dont  le  nom  se  lit  sur  des 
monnaies  gauloises,  très  rares,  dont  l'attribution,  jusqu'à  ce  jour,  était 
restée  incertaine  ;  on  n'en  connaît  guère  que  cinq  ou  si.K  exemplaires,  et 
la  légende  n'a  été  lue  complètement  que  grâce  à  un  denier  qui  fut  dé- 
couvert à  Jersey.  Il  semble  que  cette  pièce  doive  être  classée  aux  Santones, 
chez  lesquels  entre  l'an  50  et  l'an  17  avant  J.-C,  C.  Julius  Agedomapatis 
aurait  été  à  la  tête  de  la  nation  pendant  cette  période  d'autonomie  qui  lais- 
sait une  véritable  indépendance  aux  cités  libres  et  fédérées  de  la  Gaule  • . 

A.  DE  Barthélémy. 

II. 

Dans  le  numéro  de  juillet  des  Aniudcs  de  Brelagnc  (t.  III,  n°  4),  M.  Loth 
continue  à  étudier  le  breton  du  dix-huitième  siècle.  Il  nous  donne  des  ex- 
traits :  1°  (p.  612-618)  de  Robert  le  Diable,  mystère  manuscrit  daté  de 
1741  et  conservé  à  la  Bibliothèque  Nationale  (fonds  celtique,  no  51); 
2°  (p.  619-622)  de  la  Création  du  Monde,  mystère,  d'après  un  manuscrit 
de  1760  appartenant  à  M.  Luzel  -;  3°  (p.  622-627)  '^^  ^^  tragédie  de  Saint 
Alexis  traduite  du  français  en  breton  et  représentée  le  19  mai  1799.  La 
source  française  n'est  pas  connue. 

Pour  donner  une  idée  des  dialectes  bretons  au  xixe  siècle,  M.  Loth  a 
réuni  plusieurs  traductions  bretonnes  de  la  parabole  de  l'Enfant  prodigue 
(Luc,  XV,  11-52).  Il  publie  dans  le  numéro  de  juillet  les  spécimens  des 
dialectes  :  de  Léon  (p.  630),  de  Léon  (Landerneau)  (p.  63 2J,  de  Tréguier 
(p.  633),  de  Tréguier  (pays  de  Goelloj  p.  635),  de  la  haute  Cornouailles 
(p.  637),  de  la  Cornouailles  du  nord-est(p.  639J,  du  bas-vannetais(p.  641). 

Le  numéro  de  novembre  {Annales  de  Bretagne,  t.  IV,  n°  i)  contient  les 
spécimens  du  dialecte  haut-vannetais  (îles  de  Houat  et  Hédicj,  p.  103;  des 
dialectes:  de  Groix  (p.  105)  et  de  Belle-Ile  (Locmaria),  p.  107.  Dans  le 
même  numéro  commence  le  vocabulaire-index  de  la  chrestomathie,  la 
partie  publiée  comprend  les  noms  de  lieux  et  de  personnes  (p.  109-161). 

1.  Voyez  les  travaux  de  M.  de  Barthéiemv  sur  les  légendes  des  mon- 
naies gauloises  dans  la  Revue  Celtique,  t.  I,  p.  296,  col.  2;  t.  III,  p.  249, 
et  t.  IX,  p.  28;  comparez  le  mém.oire  de  M.  Cagnat  intitulé  :  Supplément 
à  l'épigraphie  de  Saintes,  Revue  Celtique,  t.  X,  p.  96  et  suiv.,  notamment 
p.  loi,  103.  —  Note  de  la  rédaction. 

2.  Comparez  au  passage  correspondant  de  la  version  publiée  par  M.  l'abbé 
Bernard  dans  la  Revue  Celtique,  t.  IX,  p.  324-326. 


Chronique.  ijy 

Nous  signalerons  encore  (p.  162-165)  des  chansons  bretonnes  de  l'époque 
de  la  Révolution  trouvées  parmi  les  papiers  de  Louis-Marie  Goujon,  prêtre, 
prévenu  d'émigration  et  arrêté  le  9  floréal  an  MI.  Ces  chansons  appar- 
tiennent maintenant  aux  archives  des  Côtes-du-Nord. 

G.  D. 

III. 

Par  suite  d'une  erreur  commise  dans  l'expédition  des  numéros  de  VJr- 
chiuohgical  Rcviav  qui  me  sont  adressés,  je  suis  fort  en  retard  avec  cette 
intéressante  publication. 

La  traduction  de  «  la  demande  en  mariage  d'Emer  »,  Tochmarc  Enierc, 
par  M.  Kuno  Meyer,  commencée  dans  les  numéros  de  mars  et  d'avril  1888, 
comme  nous  l'avons  annoncé  déjà,  s'est  continuée  dans  le  numéro  de  mai 
et  s'est  terminée  dans  le  numéro  de  juin.  Dans  les  exemplaires  reliés  de 
r ArchacologicaJ  Revieiv,  on  trouvi^ra  son  intéressant  travail  au  tome  premier, 
pages  68-75,  130-155,  231-235,  298-307.  Le.  Tochmarc  Eincrc  n'avait  pas 
été  traduit  jusqu'ici.  Il  en  existe  un  fragment  dans  le  Lebor  iia  h-Uidre ; 
M.  Kuno  Meyer  a  complété  ce  fragment  à  l'aide  d'une  copie  prise  par  lui  à 
Dublin  du  texte  complet  contenu  dans  le  manuscrit  Stowe  992,  aujourd'hui 
conservé  dans  la  bibliothèque  de  la  Royal  Irish  Academy. 

Dans  le  numéro  d'août  dernier  de  la  même  revue,  tome  I,  p.  413-425, 
M.  E.-J.  Miles  a  inséré  un  très  intéressant  article  sur  AvchUcudi,  la  métro- 
pole romaine  de  l'Helvétie.  Cet  article  est  consacré  à  peu  près  exclusivement 
à  la  période  romaine  de  l'histoire  de  cette  ville.  Malheureusement  dans 
l'énoncé  d'un  des  rares  détails  qui  touchent  aux  questions  celtiques,  nous 
remarquons  une  faute  d'impression  deux  fois  répétée,  p.  419,  seconde  ligne 
à  partir  du  bas,  Liigoncs  pour  Liigovcs,  nominatif  pluriel  du  thème  celtique 
Liigii-  qui  dans  la  mythologie  irlandaise  désigne  une  divinité  bien  connue. 

Dans  le  numéro  de  septembre  1888  (t.  II,  p.  45-50),  M.  Donald 
Masson  a  donné  un  recueil  de  quatre  notes  prises  par  lui  dans  les  hautes 
terres  de  l'Ecosse.  La  première  est  sur  les  noms  de  lieux  gaéliques  dont 
un  élément  exprime  l'idée  de  couleur,  comme  gcal  «  blanc  »  dans  Geal- 
charn  «  blanche  montagne  »,  Caini-gorm  «  montagne  bleue  »,  Cani- 
glas  «  montagne  grise  »,  Carn-ruadh  «  montagne  rouge  »,  Carn-duhh 
«  montagne  noire  ».  La  seconde  a  pour  objet  un  menhir  dressé  en  1755 
pour  rappeler  la  mémoire  d'un  mariage  :  il  y  avait  déjà  des  celtomanes  à 
cette  date.  La  dernière  concerne  une  prophétie  gaélique  suivant  laquelle  le 
monastère  de  saint  Colomba  à  Ili,  l'Iona,  ou  mieux  lova,  du  moyen  âge, 
devrait  un  jour  se  relever  de  ses  ruines.  M.  Donald  Miisson  parle  à  nou- 
veau de  cette  prophétie  dans  le  numéro  d'octobre,  tome  II,  p.  107-108,  et 
en  donne  une  version  plus  complète  que  la  première  : 

Ili  mo  chridhe,  Hi  mo  ghraidh, 
An  aite  guth  manaich  bithidh  geuni  ba; 
Ach  nnin  tig  an  saoghal  gu  crich 
Bithidh  Hi  niar  a  biia. 


i?8  Chronique. 

«  Hi  de  mon  cœur,  Hi  de  mon  amour,  au  lieu  de  voix  de  moine  il  v  aura 
beuglement  de  vache;  mais,  avant  que  vienne  le  monde  à  sa  fin,  Hi  sera 
comme  il  fut.  » 

M.  Donald  Masson  attribue  cette  prophétie  à  saint  Colomba  et  pense 
qu'elle  annonce  le  futur  rétablissement  de  l'abbaye.  La  première  fois,  dit-il, 
qu'il  entendit  citer  cette  prophétie,  c'était  dans  les  forêts  glacées  du  Ca- 
nada, sur  les  bords  du  lac  Huron.  Il  visitait  alors  en  qualité  de  mission- 
naire protestant  les  populations  gaéliques  d'Ecosse  établies  dans  ces  con- 
trées sauvages.  «  Ses  croyances  ne  l'empêchèrent  pas  de  prier  Dieu  de 
«  bon  cœur,  en  lui  demandant  que  le  jour  pût  bientôt  venir  où  se  re- 
«  lèverait  plus  glorieuse  qu'autrefois  la  sainte  habitation  de  Colomba,  la 
«  Jérusalem  vers  laquelle  son  àme  pieuse  dans  son  long  exil  tournait  si 
«  tendrement  ses  regards  »  (tome  II,  p.  50). 

Dans  une  critique,  par  M.  W. -H.  Stevenson,  de  Taylor,  JVords  and  places, 
nous  remarquons  (t.  II,  p.  107)  l'observation  fort  juste  du  danger  que 
présente  l'emploi  étymologique  des  langues  modernes  ;  un  exemple  souvent 
donné  tant  en  France  que  dans  les  Iles-Britanniques  est  la  prétention  qu'ont 
tant  de  celtomanes  d'expliquer  plusieurs  noms  de  lieu  anciens  par  le  mot 
qui  s'écrit  aujourd'hui  en  breton  doj(r,  en  gallois  divr  et  qui  veut  dire  «  eau  »  ; 
ils  ne  s'aperçoivent  point  que  ce  mot  a  perdu  un  h  avant  1';-. 

Le  principal  article  de  la  Keviie  en  ce  qui  concerne  les  études  celtiques 
est  celui  que  M.  Alfred  Nutt  a  intitulé  :  Celli'c  iiiylh  and  saga  (p.  1 10-142). 
C'est  un  mémoire  savant  sur  les  publications  les  plus  récentes  dont  la  my- 
thologie irlandaise  a  été  l'objet  ;  c'est-à-dire  :  1°  le  volume  de  M.  Rhys  : 
«  On  the  origin  and  groivth  of  religion  as  illnstratcd  hv  Celtic  heatJiendoin  »  ; 
2°  l'article  de  M.  Zimmer  sur  les  procédés  de  compilation  auxquels  on 
doit  les  textes  légendaires  irlandais  compris  dans  le  Lebor  na  li-Uidhre  (Re- 
vue de  Kiihn,  t.  XXVIII,  p.  417-689);  3°  les  textes  publiés  et  traduits  dans 
le  tome  IX  de  la  Revue  Celtique  ;  4°  les  articles  de  M.  Macbain  sur  les  lé- 
gendes héroïques  des  Gaels,  dans  le  Celtic  Maga:^ine  ' .  L'auteur  apprécie  les 
travaux  des  deux  directeurs  successifs  de  la  Revue  Celtique  en  des  termes 
trop  favorables  pour  qu'il  soit  facile  ici  de  parler  de  lui  sans  un  certain 
embarras.  Il  a,  je  crois,  parfaitement  raison  d'insister  sur  le  mérite  du  mé- 
moire de  M.  Zimmer  dont  nous  venons  de  donner  le  titre  et  dont  nous 
avons  parlé  beaucoup  trop  brièvement  dans  la  Revue  Celtique  (t.  IX,  p.  533). 
Il  consacre  la  plus  grande  partie  de  son  article  à  l'étude  du  livre  si  complet 
et  si  érudit  de  M.  Rhys.  Le  principal  reproche  qu'il  lui  fait,  ce  me  semble, 
consiste  à  constater  que  M.  Rhys  a  négligé  de  faire  connaître  son  opinion 
sur  la  valeur  des  sources  galloises  auxquelles  il  a  puisé  les  faits  mytholo- 
giques qu'il  expose  avec  tant  d'abondance  et  une  si  incontestable  autorité. 

IV. 

Les  recherches  fliites  concurremment,  je  ne  dirai  pas  en  collaboration, 

I.   Voyez  Revue  Celtique,  t.  IX.  p.  144,  295,  418,  497. 


chronique.  1 39 

par  M.  Whitlcy  Stokes  et  par  le  révérend  Mac  Carthy  ont  amené  une  dé- 
couverte très  intéressante  pour  l'histoire  du  droit  canonique  irlandais.  Dans 
le  manuscrit  latin  de  Paris  12021  daté  du  x«  siècle  par  M.  Delisle,  Invcn- 
lairc  des  iiianiiscrils  de  Saiiit-Gennain-des-Prés,  page  53,  la  collection  cano- 
nique irlandaise  se  termine  parles  mots  :  huciisqiie  riibcn  et  ai.  cidininiac.  et 
diirinis  '.  M.  Bradshaw  avait  pensé  que  cette  courte  phrase  faisait  connaître 
les  noms  des  auteurs  de  la  collection  canonique,  que  le  dernier  mot  était  le 
nom  de  l'abbaye  où  leur  travail  avait  eu  lieu.  Cette  abbaye,  suivant  lui, 
était  Dairinis,  dans  la  région  sud-ouest  de  l'Irlande,  et  quant  aux  noms 
d'homme  il  croyait  que  l'un  d'eux  pouvai;  être  celui  de  l'abbé  Cum- 
meanus,  auteur  d'un  pénitenciel  dont  la  meilleure  édition  est,  à  ma  con- 
naissance, celle  qu'a  donnée  ^^'asserschleben,  Die  Bussordnungcn  der  abend- 
hundischen  Kirche,  p.  460-493,  et  qu'on  peut  trouver  aussi  dans  la  Patio- 
logic  laliiii'  de  Migne,  t.  87,  col.  979-998.  Cette  hypothèse  avait  été 
combattue  par  M.  Wasserschleben  dans  une  note  à  la  page  lxxiii  de  sa 
deuxième  édition  de  la  collection  canonique  irlandaise.  Dans  VÂcadeiiiy  du 
14  juillet  dernier,  p.  26,  col.  3,  M.  Whitley  Stokes  fait  observer  que  le 
nom  du  second  des  auteurs  mentionnés  par  le  manuscrit  latin  12021  de 
Paris  est  non  pasCummean,  mais  Cu.  cuiminiae  qu"il  corrige  en  Cù-cum- 
mne.  Or  c'est  exactement  une  des  deux  orthographes  données  par  les  An- 
nules des  quatre  maîtres  au  nom  d'un  savant  irlandais  qui  serait  mort  en 
742  2.  Du  nom  de  ce  savant  il  y  a  dans  les  mêmes  Annales  une  autre  or- 
thographe plus  récente,  Cucuimne  3.  C'est  celle-ci  qu'on  trouve  dans  les  An- 
nales d'Ulster  où  la  mort  de  ce  personnage  est  placée  en  7474.  Son  nom 
est  méconnaissable  dans  l'édition  des  Annales  de  1  igernach  donnée  par 
O'Conor  où  on  est  réduit  à  le  deviner  S.  Qiiant  au  nom  de  l'abbaye, 
M.  Whitley  Stokes  le  comprend  comme  Bradshaw  et  propose  de  suppléer 
une  syllabe  en  écrivant  dii[Dui]rinis,  c'est-à-dire  «  à  Dairinis  ».• 

M.  Whitley  Stokes  laissait  sans  explication  le  premier  nom,  Ruben.  Le 
Kév.  Mac  Carthy  a  eu  la  bonne  idée  de  consulter  l'index  des  Annales  des 
Quatre  Maîtres  qui  l'a  renvoyé  à  l'année  720  de  notre  ère,  et  dans  la  liste 
de  personnages  décédés  cette  année-là  ;  a  trouvé  mentionné  saint  Ruibin, 
sur  lequel  les  .Annales  des  Quatre  Maîtres  donnent  en  irlandais  une  notice 


1.  Wasserschleben,  Die  îrische  Kanonensaninilung,  p.  xxxi,  LXXii,  245. 
Ces  mots  se  trouvent  à  la  p.  190,  fol.  127  \'°,  1.  3  du  ms. 

2.  Cucummne  eccnaidh  togaidhe  eisidlie  doécc.  Edition  d'O'Donovan, 
1851,  t.  I,  p.  ^4^,  1.  16. 

5.  Ibidem,  ligne  i  8. 

4.  Cucuimme  sapiens  obiit.  Jiidition  Hennessv,  p.  208;  plus  bas  :  Cu- 
chuimme  au  nominatif,  et  Coincuimme  au  datif,  ce  qui  montre  que  nous 
avons  afiaire  à  un  composé  dont  le  premier  terme  est  câ  «  ciiien  » 

5.  Cuimine  sapiens  obit.  p.  247,  sous  la  date  de  747.  Des  savants  mo- 
dernes qui  ont  parlé  de  Cû-cliummnc  le  phis  ancien  à  notre  connaissance 
est  Colgan,  Trias  Ihaumaturga,  p.  218,  col.  2.  Vient  ensuite  llarris,  'J'he 
Hislory  of  the  u'riters  of  Ireland,  p.  46. 


140  .        Chronique. 

erronée  '  ;  mais  la  bonne  leçon  nous  a  été  conservée  dans  une  langue  partie 
latine,  partie  irlandaise  par  les  Annales  d'Ulstei-  et  par  celles  de  Tigernach 
sous  la  date  de  724  dans  les  unes  2,  de  725  dans  les  autres  ?.  On  y  voit 
que  Rubin,  fils  de  Conna  ou  de  Connad,  était  scribe  de  Munster 4.  (Cf. 
Academy  du  5  novembre  1888,  p.  290-291.) 

De  ces  observations,  il  résulte  que  la  collection  canonique   irlandaise 
remonte  au  plus  tard  à  l'année  725  5. 

Le  Rév.  Mac  Carthy  ne  s'est  pas  contenté  de  cette  découverte.  Ayant 
remarqué  que  M.  Whitley  Stokes  avait  fait  un  Errata  à  son  édition  de  la 
Fie  triparlite  et  que  le  savant  éditeur  continuait  cette  bonne  œuvre,  il  a 
voulu  lui  apporter  son  concours ,  comme  pour  l'histoire  du  droit  cano- 
nique irlandais.  Cette  entreprise  était  inspirée  par  d'excellents  senti- 
ments :  elle  a  donné  en  plusieurs  circonstances  des  résultats  très  satisfai- 
sants. Ainsi,  à  la  page  264,  ligne  8,  qiWuis  est  une  faute  évidente  pour 
(\uam\xis,  et  le  Rév.  Mac  Carthy  a  très  bien  fait  de  la  signaler.  Mais  les 
corrections  n'ont  pas  toutes  le  même  intérêt.  Le  Rév.  Mac-Carthy  prétend 
rectifier  la  traduction  de  M.  Whitley  Stokes.  Or  voici  comment  il  procède. 
Je  commence  par  la  première  correction  qu'il  propose.  Quoiqu'il  s'agisse 
d'anglais,  j'espère  que  le  lecteur  français  pourra  me  comprendre.  L'auteur 
irlandais  du  moyen  âge  débute  comme  nos  prédicateurs  par  un  texte  latin  : 
Et  sedentihus  in  regione  et  uiiihra  niortis,  lux  orta  est  eis ;  puis  il  le  traduit  en 
irlandais  ;  on  peut  rendre  littéralement  sa  traduction  ainsi  :  «  et  les  gens 
qui  furent  en  pays  et  en  ombre  de  mort  trouvèrent  lumière  de  quoi  vint 
leur  illumination.  »  Voici  en  français  la  reproduction  de  la  phrase  anglaise 
par  laquelle  M.  Whitley  Stokes  rend  la  traduction  irlandaise  :  «  et  ceux  qui 
habitaient  dans  la  terre  et  dans  l'ombre  de  la  mort  trouvèrent  une  lumière 
d'où  vint  leur  illumination.  »  Suivant  le  Rév.  Mac  Carthy,  il  y  a  dans 
cette  phrase  une  grosse  faute,  et  cette  faute  est  d'avoir  rendu  in  lucht  «  les 
gens  »  «  la  troupe  [qui]  »  par  «  ceux  qui  ».  Je  suis  étonné  que  le  critique 
n'ait  pas  poussé  ses  principes  jusqu'au  bout  et  n'ait  pas  reproché  à  M.  Stolies 
d'avoir  traduit  rohatar  «  furent  »  par  «  habitaient  »  (divelt)  et  d'avoir  mis 
dans  sa  phrase  anglaise  un  certain  nombre  d'articles  qui  manquent  en  ir- 
landais. Probablement  le  Rév.  Mac  Carthy  pensera  que  je  ne  sais  pas  un 
mot  d'anglais  parce  que  je  traduis  shadoiu  of  deatb  par  «  ombre  de  la  mort  » 
en  intercalant  un  article  qui  manque  dans  le  texte  anglais  de  M.  Whitley 
Stokes. 


1 .  S[anctus]  Ruibin  mac  mie  Connaid  sccribhneoir  Mumhan,  mac  sidhe 
Brocain  ô  Tigh  Telle.  Edition  O'Donovan,  1 851,  t.  I,  p.  318. 

2.  Edition  Hennessy,  t.  I,  p.  176. 

3.  Edition  O'Conor,  p.  234. 

4.  Rubin,  mac  Connadh  (Hennessy),  Connaidh  (O'Conor),  scriba 
Mumhan. 

5.  M.  L.  Delisle,  à  qui  j'ai  soumis  la  question  de  savoir  si  la  formule  : 
Hiiciisque  Riihen  et  Cû-ctimmne  désignait  des  auteurs  ou  des  copistes,  paraît 
incliner  vers  la  seconde  hypothèse. 


Chronii^ue.  141 

Mais  continuons.  L'auteur  irlandais  du  moyen  âge  reproduit  une  parole 
bien  connue  de  saint  Jérôme.  Ce  père,  voulant  louer  le  prophète  Isaïe,  a  dit 
que  ce  saint  de  l'Ancien  Testament  devrait  être  appelé  plutôt  évangéliste 
que  prophète.  Voici  la  traduction  littérale  du  texte  irlandais  :  «  pour  le 
louer,  saint  Jérôme  dit  cette  chose-ci  :  qiiod  non  tam  dicendus  est  propheta 
quant  evangelista  ».  Dans  la  traduction  anglaise  de  M.  Whitley  Stokes  nous 
lisons  :  «  pour  le  louer,  saint  Jérôme  dit  ceci  ».  Il  a  passé  chose!  s'écrie 
M.  Mac  Carthy,  encore  une  faute  irréparable  qui  déshonore  la  traduction 
officielle  de  la  Vie  tripartitc!  Je  tremble  en  écrivant  devant  un  juge  si  sé- 
vère, car  en  traduisant  l'anglais  de  M.  Whitley  Stokes,  je  me  suis  permis 
deux  inversions.  Si  j'avais  traduit  mot  à  mot  j'aurais  dit  :  «  pour  louer 
lui,  dit  saint  Jérôme  ceci  ».  Or  je  me  suis  cru  autorisé  à  changer  de  place 
un  pronom  et  un  verbe.  J'ai  écrit  :  Pour  /flouer,  saint  Jérôme  dit  ceci. 

Mettons  si  l'on  veut  que  je  me  permets  avec  les  textes  anglais  beaucoup 
trop  de  liberté,  et  revenons  aux  critiques  adressées  par  le  Rév.  Mac  Carthy 
à  M.  Stokes.  Les  deux  exemples  que  je  viens  de  donner  suffisent  pour 
montrer  en  quoi  consiste  le  système  de  traduction  que  le  Rév.  Mac  Carthy 
prétend  imposer.  Je  passe  aux  endroits  où  le  savant  ecclésiastique  irlandais 
veut  donner  des  leçons  de  grammaire  à  son  contradicteur.  A  la  page  160, 
ligne  2,  il  est  question  d'églises  fondées  par  saint  Patrice  :  forothaigestar 
cella,  dit  le  texte  irlandais  de  M.  Wliitley  Stokes.  Le  premier  mot  est  le 
verbe  «  il  fonda  »,  le  second  est  l'accusatif  pluriel  du  substantif  féminin 
cell  «  église  »,  qui  est  le  mot  latin  cclla;  en  vieux  et  moyen  irlandais  ce 
substantif  se  décline  ainsi  au  singuher  : 


'&■■ 


Nominatif,  cell  ; 
Génitif,  ceille; 
Datif,  cill; 
Accusatif,  cill  «-. 

La  Vie  tripartite  est  remplie  d'exemples  de  ce  mot.  Mais  l'irlandais  mo- 
derne a  supprimé  en  général  l'accusatif  singulier  des  noms,  et  ce  cas  au- 
jourd'hui se  confond  avec  le  nominatif.  On  dit  donc  maintenant  cell  aux 
deux  cas,  l'ancien  accusatifs//  n-  est  tombé  en  désuétude.  O'Curry,  homme 
de  génie  qu'on  ne  peut  trop  admirer,  mais  qui  n'avait  de  la  grammaire  du 
vieil  irlandais  que  de  très  vagues  notions,  a  fait  du  texte  de  la  Vie  tripartite 
une  copie  où  il  a  écrit  cell  dans  le  passage  précité,  et  pour  le  révérend  Mac 
Carthy  c'est  la  bonne  leçon,  en  sorte  que  M.  Whitley  Stokes,  au  lieu 
d'écrire  cella,  forme  régulière  de  l'accusatif  pluriel  en  vieux  et  en  moyen  ir- 
landais et  de  traduire  par  le  pluriel  churchcs  «  églises  »,  aurait  dû  écrire  cell 
accusatif  singulier  moderne  et  traduire  par  le  singulier  church  «  église  ». 
Le  Rév.  Mac  Carthy  ne  s'est  pas  aperçu  que  cette  traduction  supposait  le 
vieux  et  moyen  irlandais  cill  n~. 

Le  vieil  irlandais  avait  deux  formes  pour  le  prétérit  sigmatique,  la  forme 
absolue  et  la  forme  conjointe.  On  disait  à  la  troisième  personne  du  singu- 
lier sènais  «  il  a  béni  »  ;  c'était  la  forme  absolue,  et  ro  shài,  même  sens  ; 


142  Chronique. 

c'était  la  forme  conjointe.  La  loi  dont  il  s'agit  ici  a  été  étudiée  à  fond  dans 
la  Grammatica  celtica.  deuxième  édition,  p.  462-465  (comparez  la  Gram- 
maire de  W'indisch,  p.  èG).  Les  grammaires  modernes  ne  donnent  plus  que 
la  forme  conjointe;  de  cette  règle  nouvelle,  le  Rév.  Mac  Carthy  conclut 
que  M.  Whitley  Stokes  traduisant  la  troisième  personne  du  singulier  sê- 
nais  par  le  passé,  commet  une  faute  d'irlandais,  et  qu'il  aurait  dû  employer 
le  présent  ' . 

Le  Rév.  Mac  Carthy  est  un  homme  fort  instruit  et  très  intelligent.  Il 
sait,  je  pense,  l'irlandais  moderne,  soit  qu'il  l'ait  appris  dans  son  enfance, 
soit  qu'il  l'ait  étudié  depuis,  et  c'est  pour  lui  une  grande  supériorité  sur  la 
plupart  des  disciples  de  Zeuss.  Il  fait  pour  apprendre  l'irlandais  ancien  les 
plus  louables  efforts,  et  j'espère  qu'il  sera  bientôt  maître  de  cette  langue 
difficile.  Mais  s'il  était  assez  aimable  pour  entreprendre  la  publication  d'un 
texte  irlandais,  il  nous  rendrait  bien  plus  de  services  qu'en  employant  son 
temps  à  critiquer  comme  il  le  fait  les  travaux  d'autrui.  Il  a  notamment  de 
réelles  aptitudes  pour  l'érudition  historique  et  dans  le  cas  par  exemple  où 
il  donnerait  une  nouvelle  édition  des  Annales  de  1  igernach,  elle  serait  la 
bienvenue. 

V. 

Les  lecteurs  de  la  Revue  Celtique  apprendront  avec  un  vif  chagrin  que 
M.  Hennessv  est  forcé  par  sa  santé  de  renoncer  à  terminer  la  publication  des 
Annales  d'Ulster  dont  il  a  publié  le  premier  volume  avec  cette  science 
profonde  à  laquelle  ses  précédents  travaux  nous  avaient  habitué. 


VI. 

M.  Gustav  Schirmer,  dont  la  thèse  de  doctorat  a  eu  pour  sujet  la  lé- 
gende de  la  Croix  dans  le  Leabhar  Breac  2,  vient  de  publier  comme  Hahili- 
tationsschrijt  un  mémoire  sur  la  légende  de  saint  Brendan  5  :  il  l'a  divisé 
en  deux  chapitres:  le  premier  traite  du  saint  Brendan  qui  parait  avoir  véri- 
tablement existé,  le  second  a  pour  objet  le  personnage  légendaire  qui  s'est 

1 .  Les  critiques  du  Rév.  Mac  Carthy  se  trouvent  dans  les  numéros  de 
VAcademy  du  i^r  et  du  15  septembre  1888,  p.  138  et  172.  Dans  V Acadcmy 
du  !«  décembre,  p.  354,  M.  Whitley  Stokes  dit  quelles  sont  celles  de  ces 
critiques  qu'il  peut  accepter  et  quelles  sont  celles  qu'il  repousse. 

2.  Die  Krcnieskgenden  iin  Leabhar  Breac,  inaugural-disscrtatiûn  :^ur  Erlan- 
cruHpr  der  Doctorivîirde  an  der  phihsophischen  Faculhel  der  Universi'at  Leipzig 
von  Gustav  Schirmer.  St  Gallen,  ZoUikofer'sche  Buchdruckerei,  1886,  in-8, 
91  p.  Cette  thèse  est  divisée  en  trois  parties  :  la  première  comprend  le 
te.Kte  irlandais,  la  seconde  la  traduction,  la  troisième  une  étude  :  i"  sur  le 
légende  de  la  Crois,  2°  sur  la  langue  du  texte  irlandais. 

3.  Zur  Brendamis-Legende.   Leipzig,  Pœschel    und  Trepte,    1888,  in-8, 

75  p. 


Chronique.  145 

greffé  sur  le  premier  ;  l'auteur  y  examine  comment  ce  phénomène  littéraire 
s'est  produit  en  Irlande  et  quel  écho  il  a  eu  en  Angleterre,  en  Allemagne 
et  dans  la  Bretagne  continentale.  Il  s'exprime  avec  une  précision,  une 
clarté,  une  connaissance  des  sources  qui  attestent  chez  lui  toutes  les  qua- 
lités distinctives  du  véritable  érudit. 

J'ai  peu  de  critiques  à  lui  adresser.  L'une  porte  sur  une  question  d'arith- 
métique. Saint  Patrice  aurait  un  certain  jour  prédit  que  cent  vingt  ans  après 
sa  mort,  saint  Brendan  naîtrait.  Suivant  M.  Schirmer,  saint  Patrice  étant 
mort  en  460,  il  faut  ajouter  120,  retrancher  100  et  on  trouve  la  date  de  la 
naissance  de  saint  Brendan,  savoir  480.  La  soustraction  de  100  me  semble 
un  peu  arbitraire.  Voici  une  autre  explication.  Dans  la  quatrième  vie  de 
saint  Patrice  publiée  par  Colgan,  on  lit  :  Patriciits...  prophetavit...  de  sanctù 
Breiiclano  qui  CXX  anno  post  heati  viri  obitiim  orimuhis  fuit .  Le  texte  de  la  Vie 
tripartite  est  probablement  préférable  :  il  n'indique  aucun  point  de  départ 
pour  le  délai  de  cent  vingt  ans  :  Profetaiiit  do  Brciiaiiiii  mac  iiu  Allae  qui  iiasce- 
retiir  CXX  anno  ' .  Or  dans  la  langue  liturgique  nfl/a//^  désigne  le  jour  de  la 
mort  des  saints  et  en  retranchant  1 20  de  la  date  approximative  où  serait  mort 
saint  Brendan,  576  ou  577,  on  trouve  456  ou  457  qui  serait  la  date  de  la 
prophétie  attribuée  à  saint  Patrice.  Saint  Patrice  était  vivant  à  cette  date. 

J'ai  vu  aussi  avec  surprise  (p.  6,  note  5)  que  parmi  les  éditeurs  de  la 
liste  des  saints  irlandais  les  plus  anciens,  M.  Schirmer  ne  paraisse  connaître 
que  le  premier,  c'est-à-dire  Ussher,  et  qu'il  ne  renvoie  pas  à  l'édition 
donnée  par  Arthur  West  Haddan  et  William  Stubbs,  Counciîs  and  ecclesias- 
tical  documents  relating  lo  Great  Britain  and  Ircland,  vol.  I,  partie  2,  p.  292- 
294. 

VIL 

Sous  le  titre  de  Studies  on  the  legend  of  thc  Holy  Graiî,  with  cspccial  reje- 
rence  to  thc  hypothesis  of  ils  Ccltic  origin  (Londres,  David  Nutt,  in-8,  1888, 
XV-281  pages),  M.  Alfred  Nutt  vient  de  faire  paraître  le  travail  le  plus 
complet  qui  ait  été  publié  jusqu'à  ce  jour  sur  les  sources  primitives  d'une  des 
des  fables  les  plus  importantes  du  cycle  de  la  Table  Ronde. 

Dans  le  savant,  clair,  mais  trop  court  résumé  que  M.  Gaston  Paris  a  inti- 
tulé La  littérature  française  au  moyen  âge,  l'érudit  français  constate  (p.  39-40) 
que  le  type  de  l'épopée  guerrière  française  a  été  créé  de  1050  à  1 120.  C'est 
postérieurement  à  cette  période  et  dans  les  années  suivantes  du  xiic  siècle 
que  l'épopée  amoureuse  et  féerique  fait  son  apparition  avec  les  romans  de 
la  Table  Ronde  (ibid.,  p.  88  et  suiv.).  Ce  fait  littéraire  est  contemporain 
d'un  événement  juridique  d'une  haute  importance,  la  reconnaissance  du 
droit  des  femmes  à  la  succession  des  royaumes  et  des  fiefs. 

Henri  Plantagenet,  du  chef  de  sa  mère  et  de  sa  femme,  devient  duc  de 
Normandie,  roi  d'Angleterre,  duc  de  Guyenne,  l'égal  et  peut-être  sur  bien 
des  points  le  supérieur  du   roi  de  France  dont  comme  comte  d'Anjou  il 

I.  Edition  Wiiitley  Stokes,  p.  208. 


144  Chronit^ue. 

était  un  des  petits  vassaux.  On  pouvait  dire  alors  des  comtes  d'Anjou,  en  ne 
changeant  qu'un  mot,  ce  que  plus  tard  on  a  tant  de  fois  répété  au  sujet  de 
l'Autriche  : 

Bella  gérant  alii,  tu,  felix  Austria,  nube  : 
Nam  quae  Mars  aliis  dat  tibi  régna  Venus. 

Les  femmes  alors  ont  acquis  une  puissance  inconnue  jusque-là  ;  une  lit- 
térature nouvelle  est  créée  pour  elles  :  c'est  le  cycle  de  la  Table  Ronde.  Il 
emprunte  à  des  poèmes  gallois  une  partie  de  ses  éléments  fondamentaux, 
mais  quels  sont  précisément  ces  éléments  ?  Il  est  souvent  difficile  de  le  dé- 
terminer d'une  façon  rigoureuse,  et  beaucoup  de  points  restent  douteux, 
parce  que  les  poèmes  gallois  primitifs  sont  perdus.  Les  plus  anciens  mo- 
numents de  la  littérature  épique  du  pa3-s  de  Galles  ne  remontent  pas  — 
du  moins  paléographiquemcnt  —  au  delà  du  xiv^  siècle,  et  nous  ignorons 
dans  quelle  mesure  ils  ont  subi,  par  une  sorte  de  choc  en  retour,  l'influence 
de  la  littérature  française  du  xii'^  siècle.  Il  est  vrai  que  la  littérature  irlan- 
daise nous  offre  des  monuments  antérieurs  aux  plus  anciens  romans  de  la 
Table  Ronde,  mais  ces  monuments  n'ont  pas  été  la  source  où  ont  puisé 
les  romanciers  français,  et  d'autre  part,  malgré  le  savant  travail  de  M.  Zim- 
mer  dont  nous  parlons  plus  haut,  la  critique  de  la  littérature  épique  irlan- 
daise ne  fait  que  naître  ;  elle  offre  encore  bien  des  points  obscurs. 

Nous  recommanderons  à  nos  lecteurs  l'ouvrage  de  M.  Nutt,  certainement 
un  des  hommes  qui  ont  étudié  avec  le  plus  de  compétence  ces  difficiles 
questions. 


VIII. 

Notre  collaborateur,  M.  Max  Nettlau,  continue  ses  savantes  études  sur 
la  grammaire  galloise  et  vient  de  publier  dans  le  volume  du  Cymmrodor 
en  cours  de  publication,  p.  259  et  suiv.,  un  recueil  d'observations  sur  les 
noms,  les  adjectifs  et  les  adverbes  gallois. 


IX. 

M.  Standish  O'Grady  a  inséré  dans  le  recueil  de  la  Phiîological  Society 
sous  le  titre  de  Remarks  on  the  Oxford  édition  of  the  battle  of  Ventry,  une  cri- 
tique de  l'édition  du  Cath  Finntrdga  publié  par  M.  Kuno  Meyer  en  1885. 


X. 

Sous  le  titre  à' Etudes  d'histoire  du  droit,  M.  Rodolphe  Dareste  a  réuni  et 
publié  à  la  librairie  Larose  et  Forcel  en  un  volume  in-octavo  le  recueil  de 
ses  mémoires  sur  les  plus  anciens  droits  de  l'Egypte,  de  l'Asie  occidentale 


chronique.  145 

et  de  l'Europe  à  l'exception  des  droits  grec  et  romain.  Il  y  a  reproduit 
l'étude  sur  le  droit  irlandais  dont  nous  avons  parlé  déjà  dans  cette  Revue. 
Nous  recommandons  vivement  ce  livre  aux  personnes  qui  voudraient  se 
rendre  logiquement  compte  de  la  situation  qu'occupe  le  droit  irlandais 
dans  l'ensemble  des  législations  anciennes  sans  se  contenter,  comme  l'ont 
fait  jusqu'ici  bien  des  gens,  de  rapprochements  saisis  au  hasard,  ici  dans  la 
loi  anglaise  moderne,  là  dans  le  droit  de  Justinien  ou  encore  dans  le  droit 
indou. 

XI. 

Le  dimanche  21  octobre  dernier  a  eu  lieu,  sous  la  présidence  du  lord- 
maire,  M.  Sexton,  membre  du  Parlement,  la  distribution  solennelle  des 
prix  à  l'école  des  Frères,  North  Richmond  Street,  à  Dublin.  A  cette  réu- 
nion, deux  discours  ont  été  prononcés  :  l'un  par  le  Frère  directeur,  l'autre 
par  le  lord-maire.  Naturellement  le  principal  sujet  de  ces  discours  était  les 
succès  obtenus  par  les  élèves  de  l'établissement  dans  les  examens  publics  en 
concurrence  avec  les  élèves  des  autres  écoles.  Je  relève  dans  un  résumé  du 
discours  du  lord-maire,  donné  par  VIrish  CathoJic  du  27  octobre  dernier,  le 
passage  suivant  :  «  Je  n'ai,  disait  le  lord-maire,  qu'une  remarque  critique  à 
faire.  Oui,  je  n'en  ai  qu'une;  c'est  que,  de  tous  les  élèves  —  et  cent 
trente  ont  été  reçus  —  un  seul  a  passé  l'examen  pour  l'irlandais.  J'espère 
que  le  nombre  augmentera  dans  les  années  futures.  Ce  n'est  pas  la  faute  du 
peuple  irlandais  ni  des  professeurs  irlandais  si  chez  nous  le  temps  présent 
est  défavorable  à  l'enseignement  de  l'irlandais.  La  situation  changera.  Sur 
le  continent,  des  savants  étudient  l'irlandais  avec  zèle.  Je  pense  que  le 
temps  est  proche  où,  trouvant  dans  le  gouvernement  du  pavs  un  concours 
et  non  des  obstacles,  les  savants  irlandais,  les  écoles  irlandaises  rivaliseront 
les  unes  avec  les  autres  en  cuhivant  et  en  protégeant  le  noble  langage  de 
nos  pères.  Je  citerai  donc  ,ivec  haute  approbation  le  nom  de  Patrick  Mac 
Sweeney  qui  a  passé  avec  un  brillant  succès  l'examen  non  seulement  en  ir- 
landais, mais  en  anglais,  en  latin,  en  français,  en  arithmétique,  en  algèbre, 
en  chimie,  en  philosophie  naturelle  et  en  dessin,  qui  a  réussi  dans  l'examen 
de  tenue  de  livres  et  de  géométrie.  Je  pense  que  tout  le  monde  m'approu- 
vera quand  je  dirai  que  Patrick  Mac  Sweeney  ne  vaut  pas  moins  que  les 
autres,  pour  savoir  un  peu  d'irlandais.  Il  n'y  a  pas  d'homme  auquel  il  ne 
soit  capable  de  tenir  tète,  ni  de  route  où  il  ne  puisse  s'engager  sans 
compter  sur  le  succès.  » 

Pendant  le  premier  séjour  de  M.  Zimmer  à  Dublin,  il  y  a  environ  dix  ans, 
le  jeune  Mac  Sweeney  a  été  plusieurs  fois  le  compagnon  de  ses  prome- 
nades. Quelque  temps  après  à  Dublin,  en  me  parlant  du  jeune  Mac 
Sweeney,  on  me  disait  :  «  votre  jeune  ami  ».  Il  est  fils  de  M.  J.-J.  Mac 
Sweeney,  sous-bibliothécaire  de  l'Académie  royale  d'Irlande  et  secrétaire 
de  la  Société  pour  la  conservation  de  la  langue  irlandaise.  Des  différentes 
branches  de  connaissances  qu'il  a  cultivées,  puisse-t-il  ne  pas  préférer  la 
tenue  de  livres  et  puisse-t-il  devenir  un  jour  le  successeur  des  O'Longan, 
des  O'Curry,  des  O'Donovan,  des  Hennessy  et  des  O'Looney  ! 

Revue  Celtique,  X  10 


146  Chronique. 


XII. 

La  rédaction  de  la  Revue  Celtique  a  reçu  quelques  numéros  d'un  journal 
intitulé  The  Irisli  écho  qui  paraît  tous  les  mois  à  Boston,  Etats-Unis  d'Amé- 
rique, depuis  le  commencement  de  l'année  1887.  Le  but  de  cette  publi- 
cation paraît  être  de  conserver  chez  les  Irlandais  établis  en  Amérique  la 
connaissance  de  l'irlandais  moderne.  Si  les  rédacteurs  de  ce  journal 
n'avaient  pas  d'autre  but,  nous  ne  pourrions  songer  à  leur  donner  que  des 
encouragements.  Entre  autres  articles  intéressants,  nous  citerons  un 
recueil  de  proverbes  irlandais  imprimés  en  caractères  irlandais,  avec  :  1°  la 
transcription  en  caractères  ordinaires;  2°  la  prononciation  notée  en  don- 
nant aux  lettres  la  valeur  qu'elles  ont  en  anglais,  par  exemple  en  repré- 
sentant Vd  par  aw,  ïi  par  ee;  viennent  ensuite  :  3°  une  traduction  en  mot 
à  mot;  40  une  traduction  libre  en  bon  anglais.  Parmi  ces  proverbes,  il  y 
en  a  de  fort  jolis.  On  dit  en  français  :  «  un  tiens  vaut  mieux  que  deux  tu 
l'auras  ».  La  formule  irlandaise  correspondante  est  plus  imagée;  «  mieux 
vaut  roitelet  en  main  que  grue  sur  parole  »  :  Fêarr  dreoili'n  i  n-dorii  'ni 
corr  ail'  câirdc. 

Ce  que  l'on  pourra  regretter,  c'est  que  la  direction  de  ce  journal  ait  la 
prétention  de  traiter  les  questions  linguistiques  sans  la  moindre  préparation 
scientifique.  M.  Michel  C.  O'Shea,  qui  parait  être  le  principal  rédacteur,  est 
fort  irrité  contre  MM.  Max  Mùller  et  Whitney.  Il  trouve  insultante  la  con- 
viction qu'a  M.  Max  Mùller  de  la  supériorité  de  la  race  germanique  sur  la 
race  celtique.  Les  Teutons,  a  dit  M.  Max  Mùller,  ont  rejeté  les  Celtes  dans 
l'Europe  occidentale  et  en  dernier  lieu  d'Irlande  au  delà  de  l'Atlantique. 
Heureusement,  répond  M.  O'Shea,  il  reste  encore  en  Irlande  assez  de  Celtes 
pour  vexer  les  Teutons  du  parti  tory,  en  sorte  que  M.  Max  Mùller,  dans  la 
phrase  que  nous  venons  de  citer,  a  montré  bien  peu  de  jugement. 
M.  Whitney,  le  professeur  de  sanscrit,  est,  continue  M.  O'Shea,  un  bien 
plus  habile  homme  que  M.  Max  Mùller  ;  mais  il  ne  vaut  pas  mieux.  Cet 
arrogant  personnage  croit  pouvoir  d'un  seul  mot  biffer  tous  les  titres  de  la 
race  celtique  ;  ce  mot  insultant  est  ceJtomanie  ' .  Malheureusement,  dans  le 
même  numéro,  deux  pages  plus  haut,  M.  O'Shea  a  écrit  sous  le  titre  de 
Philohgicdl  prooj's,  un  article  qui  ne  motive  guère  bien  son  appel  contre  la 
censure  prononcée  par  M.  ^^'hitney.  Il  prétend  expliquer  la  racine  sanscrite 
SK.\ND  «  sauter  »  par  trois  mots  irlandais  :  so,  ac,  cauda  «  aisé  ou  bon  pou- 
voir d'oiseau  ».  M.  0"Shea  emploierait  beaucoup  mieux  son  temps  et  son 
encre  en  donnant  à  ses  lecteurs  une  étude  sur  la  partie  celtique  de  la  gram- 
maire comparée  de  Brugmann  :  Giundriss  der  verghichciiden  Grauiniaiik  der 
indogermanischen  Sprachen.  Le  second  volume  de  cette  savante  publication 
vient  de   paraître  chez  Trùbner,  à  Strasbourg,  et  en  vulgarisant  les  doc- 


I.   Irish  Echo  du  rttois  d'août  1888, 


chronique.  147 

trines  qui  y  sont  enseignées,  M.  O'Shea  répondrait  victorieusement  au  re- 
proche de  celtomanie  qu'il  confirme  à  son  insu.  Ce  serait  plus  utile  que  de 
réimprimer  par  fragments  les  leçons  d"0"Curry  ou  de  compiler,  d'après 
O'Donovan  et  O'Mahony,  l'histoire  imaginaire  de  l'Irlande  pendant  les 
siècles  qui  ont  précédé  l'ère  chrétienne. 


XIII. 

M.  Léopold  Delisle,  le  savant  administrateur  de  la  Bibliothèque  Natio- 
nale, me  communique  une  épreuve  d'un  article  qui  va  paraître  dans  le 
tome  XXXI  de  l'Histoire  littéraire  de  la  France.  Cet  article  a  pour  objet  un 
manuscrit  du  commencement  du  quatorzième  siècle,  jadis  conservé  à  l'ab- 
bave  de  Marmoutiers,  Indre-et-Loire  ;  de  là,  ce  ms.,  après  des  pérégrinations 
inconnues,  est  passé  dans  la  bibliothèque  de  M.  Jules  Desnoyers  et  enfin  à 
la  Bibliothèque  Nationale. 'Il  y  porte  aujourd'hui  le  numéro  426  du  fonds 
latin  des  nouvelles  acquisitions.  C'est  un  recueil  de  modèles  de  lettres  com- 
posé dans  le  diocèse  de  Tréguier,  Côtes-du-Nord.  Aussi  M.  Delisle  lui  a-t-il 
donné  le  nom  de  Formulaire  de  Tréguier.  Quelques  morceaux  sont  étran- 
gers au  genre  épistolaire,  entre  autres  celui-ci  qui  pourra  intéresser  les  cel- 
tistes;  c'est  un  texte  latin  avec  des  gloses  bretonnes.  On  les  reconnaîtra  fa- 
cilement, quoique  chaque  mot  ne  soit  représenté  la  plupart  du  temps  que 
par  la  lettre  initiale  ou  les  premières  lettres. 

«  Aquiloni,  fratrum  saevissimo,  pulsanti  flatu  nubila,  subvertenti  mon- 
«  tibus  robora,  equora  concassanti  et  orbem  tremoribus  horçidis,  nives  in 
«  grandine  induranti,  quercus  /.  m  (i),  prunus  i.  p  (2)  et  corulus  /.  c  (3), 
«  pomus  /.  a  (4),  pirus  /.  /?  (5)  et  cerasus  /.  c  (6),  esculus  /.  mesp  (7)  et 
«  sambucus  /.  s  (8),  priunivs  /.  hiri  (9),  cinus  /.  spri  (10),  bodegares  /.  au- 
«  grosent  (11),  juniperus  /.  p.  c  (12),  cornus  /.  cormes  (15),  alnus  i. 
«  guer  (14),  laurus  /.  /  (lO;  populus  /;  (16),  holeaster  ceteraeque  arbores 
«  quae  terra  radicibus  infiguntur,  querimoniam  lacrimis  defluentem.  » 

Nous  allons  reproduire  les  gloses  en  les  complétant  et  en  les  expliquant  : 

1 .  m  (qucrcusj  :zi  nicscmi  «  gland  ». 

2.  y)  (prunus) -^r^în/Ht'H»  «  prunier  ». 

3 .  c  (corulus)  rz  celve-^eiin  «  avec  c  dur,  écrit,  du  xv*  siècle  au  commen- 

cement du  xix^,  queheiciiii,  aujourd'hui  /v/îr:^t'?/«,  plus  anciennement 
colveienn  «  noisetier  ». 

4.  a  (pomusj  ::=  avalenn  «  pommier  ». 
).   p  (pirus)  :iz percnn  «  poirier  ». 

6.  c  (cerasus)  zn  cereseun  avec  c  dur,  écrit  du    xvc  siècle  au  commen- 

cement du  \ix'-queresetiu ,  aujourd'hui  keresenn. 

7.  mcsp  (esculus)  =r  inespereun  «  néflier  ». 

8.  s  (sambucus)  zn  scavetin  «  sureau  ». 

9.  hiri  (priunus /)twr  prinnus)  ^=  hiriimm  «  prunelier  »  :  prinmis  est,  je 

crois,  pour  prTiius  «  chêne  vert  »  ;   en  sorte  qu'ici  il  y  aurait  un 


148  Chronitjue. 

contre-sens,  comme  plus  haut  dans  la  traduction  de  csciilus  par  mcs- 
pereiin  «  néflier  ». 

10.  spri  (cinus)  est  une  mauvaise  leçon,  je  crois,  pour  sj)n,  avec  p  barré 
zz:  spenienn  «  épine  ».  Spoiieuii  est  traduit  par  cinus  dans  le  glos- 
saire de  Lagadeuc. 

II  .  aiigrosciit  (bodegares)  est  une  mauvaise  leçon  poiiv  aiii:^roesciiii  ;  c'est  un 
des  noms  de  l'églantier  écrit  Jaiigroessèen  par  L'Armerve,  agroc'cn 
par  Le  Gonidec  et  Troude  ;  che^  Rostrenen  on  trouve  le  pluriel 
aingroai  et  angroai. 

12.  p.  c  (juniperus).  «  Genévrier  »  se  dit  aujourd'hui  genevreg,  en  sorte 

que  je  laisse  cette  glose  inexpliquée. 

13.  conncs  (cornus),  lisez  corinel,  au  singulier  ai/'Wt'/i-H//  «  cormier  ». 

14.  guer  (alnus)  zrr  guernenn  «  aulne  ». 
1 3 .   /  (laurus)  =  lotcnii  «  laurier  ». 

16.    /;  (populus)  :::z  probablement  hi'ijlcnii  pour  r/Jh-iiii  «  peuplier  ». 

La  raison,  pour  laquelle  on  a  mis  le  nom  du  gland  au  lieu  de  celui  du 
chêne,  est  que,  dans  un  grand  nombre  de  cas,  le  fruit  et  l'arbre  portent  le 
même  nom,  sauf  un  suffixe  :  aval  «  pomme  »,  avaleiiii  «  pommier  »  ;  per 
«  poire  n,  pcn'iiii  «  poirier  ».  Pour  le  chêne,  c'est  différent,  en  sorte  que, 
sur  cet  article,  il  \-  a  erreur. 

XIV. 

Quelque  embarras  que  Ton  puisse  éprouver  à  parler  de  soi,  nous  croyons 
devoir,  pour  être  complet,  donner  les  indications  qui  suivent.  On  pourra 
trouver  dans  la  Revue  générale  du  lirait,  de  la  législation  et  de  la  jurisprudence 
publié  par  la  librairie  Thorin,  7,  rue  de  Médicis,  douzième  année,  p.  224- 
225,  le  résumé  d'un  cours  de  droit  irlandais  professé  au  Collège  de  France 
pendant  le  premier  semestre  de  l'année  1887-1888.  La  Nouvelle  Revue  bis- 
torique  de  droit  français  et  étranger  publiée  par  la  librairie  Larose  et  Forcel, 
a  donné  dans  sa  douzième  année,  p.  303-310,  deux  notes  du  même  auteur 
sur  la  saisie  dans  la  loi  salique  et  dans  le  droit  irlandais  et  sur  la  peine  du 
vol  en  droit  irlandais  et  en  droit  romain.  La  Revue  de  linguistique  et  de  pJji- 
lologie  comparée  qui  paraît  à  la  librairie  Maisonneuve  contient  dans  son 
tome  vingt  et  unième,  p.  542-360,  la  traduction  des  deux  premières  parties 
du  morceau  épique  irlandais  intitulé  :  «  Maladie  de  Cûchulainn  et  unique 
jalousie  d'Emer  »  ;  la  première  partie  de  cette  traduction  est  l'œuvre  de 
M.  G.  Dottin.  Ont  paru  dans  la  Revue  archéologique,  t.  XII,  p.  61,  125, 
deux  mémoires  intitulés  :  i"  La  source  du  Danube  chez  Hérodote,  re- 
cherches pour  servir  à  la  plus  ancienne  histoire  des  Celtes  ;  2°  De  l'emploi 
des  bijoux  et  de  l'argenterie  comme  prix  d'achat  en  Irlande  avant  l'intro- 
duction du  monnayage. 


Chronique.  149 


XV. 


Le  quatrième  cahier  du  tome  XXX  de  la  Revue  de  Kuhn,  Zeiischrijt  Jiïr 
ivrgkichende  Spracbforschuiig,  contient  (p.  452)  une  note  de  M.  Zimmer  des- 
tinée à  prouver  que  les  soi-disant  aspirées  /,  //;,  db  et  ch  n'avaient  pas  en 
iioo  d'autre  valeur  que  celle  d'une  simple  aspiration/;  comme  aujourd'hui. 


XVI. 

Dans  la  Ronuinia  d'octobre  1888,  p.  603-609,  M.  E.  Muret,  à  propos  du 
livre  de  M.  Wolfgang  Golther,  Die  sage  von  Tristan  iind  Isoldc,  discute  avec 
talent  l'origine  de  la  fable  de  Tristan  et  d'Iseut  qui  appartient,  comme  on 
sait,  au  cycle  de  la  Table-Ronde.  Pour  cette  fable  la  grande  difficulté  est 
de  déterminer  quels  éléments  d'origine  celtique  offrent  les  récits  des 
trouvères  français.  Ce  qui,  dans  le  travail  de  M.  Muret,  m'a  semblé  le  plus 
intéressant,  est  le  renvoi  à  Hermann  de  Tournay  :  De  niiracidis  sanctae 
Mariae  Laudmieiisis,  livre  II,  c.  1 3  et  16,  où  l'on  voit  les  quêteurs  de  Notre- 
Dame  de  Laon,  revenant  d'un  voyage  en  Grande-Bretagne  en  11 13,  racon- 
ter ce  qui  suit  :  venimus  in  provinciam  quae  vocatur  Danavexeria,  ubi 
ostenderunt  nobis  cathedram  et  furnum  illius  famosi....  régis  Arturi,  ipsam- 

que  terram  ejusdem  Arturi  esse  dicebant Quidam...  dicens  adhuc  Artu- 

ram  viverc (Migne,  Patrobgia  Jatina,  t.  CLVI,  col.  983).  Ce  voyage 

est  de  plus  de  vingt  ans  antérieur  à  VHisloria  rcgiun  Brllanniae  de  Geoffroy 
de  .Monmouth  (i  1 3  5). 

X\II. 

La  Revue  archéologique  de  novembre-décembre  1888  contient  le  com- 
mencement d'un  savant  travail  de  M.  Salomon  Reinach  sur  les  Gaulois  dans 
l'art  antique,  et  sur  le  sarcophage  de  la  vigne  Ammendola.  Nous  parlerons 
de  ce  mémoire  avec  plus  de  détails  quand  sa  publication  sera  plus  avancée. 
Il  nous  manquait  un  recueil  des  monuments  de  l'art  antique  où  les  Gaulois 
sont  représentés,  et  les  découvertes  de  Pergame  ont  augmenté  beaucoup  le 
nombre  de  ceux  de  ces  monuments  qu'on  peut  rassembler  aujourd'hui. 


XVIII. 

]3ans  les  Annales  de  Uretai^ne,  numéro  de  janvier  1889,  t.  IV,  p.  295  et 
suivantes,  M.  de  la  Borderie  a  inséré  l'introduction  de  son  édition  du  Car- 
tulaire  de  Landevenec.  La  première  livraison  de  cette  édition,  contenant  le 
texte,  les  variantes  et  les  notes,  vient,  dit-il,  de  paraître  à  Q.uimper.  Dans 
l'introduction,  M.  de  la  Borderie  défend  avec   beaucoup  de  science  et  de 


1 50  Chronique. 

talent  sa  doctrine  sur  la  valeur  historique  de  la  vie  de  saint  Guenolé  par 
Vurdestin.  On  sait  que  cet  auteur,  qui  écrivait  au  neuvième  siècle,  prétend 
avoir  eu  à  sa  disposition  des  documents  relatifs  à  cette  vie  qui  auraient  été 
écrits  antérieurement  à  lui.  La  question  est  de  savoir  dans  quelles  parties 
de  son  récit  Vurdestin  copie  ces  documents,  et  quelles  sont  les  parties  pour 
lesquelles  il  a  puisé  à  d'autres  sources,  soit  dans  la  légende  orale,  soit  dans 
son  imagination,  soit  enfin  dans  d'autres  vies  de  saints.  Ce  sont  des  ques- 
tions qui  ne  peuvent  guère  être  discutées  ici,  et  je  ne  saisis  pas  beaucoup 
d'autres  preuves  d'antiquité  que  celles  qui  résultent  des  formes  de  la  langue. 
Ainsi  les  noms  d'hommes  Maglus,  Conomagli  filius  (Hvre  I,  c.  i8)  et  Cat- 
maglus  (livre  II,  c.  23)  appartiennent  à  un  âge  antérieur  au  neuvième 
siècle  :  au  neuvième  siècle  Maglus  se  serait  dit  Mael,  Conomaglus  Con- 
mael,  Catmaglus  Catmael.  De  là  donc  il  résulte  que  lorsque  Vurdestin  a 
rédigé  le  chapitre  dix-huit  de  son  livre  premier  et  le  chapitre  vingt-trois  de 
son  livre  deux,  il  avait  sous  les  yeux  des  documents  antérieurs  au  neu- 
vième siècle. 

XIX. 

M.  Wood  Martin  a  publié  sous  le  titre  de  The  rude  stoitc  moniuiients  of 
Iieland  (Co.  Sligo  and  the  islaiid  of  Achill.  ')  un  tirage  à  part  de  ses  études 
si  remarquables  sur  les  monuments  de  pierre  brute  du  comté  de  Sligo  et 
de  l'île  d'Achill.  Nous  avons  déjà  parlé  de  ces  études  qui  ont  paru  dans  le 
Journal  de  l'Association  roj-ale  historique  et  archéologique  d'Irlande.  Les 
savants  et  les  amateurs  qui  s'occupent  d'archéologie  préhistorique  trouve- 
ront avec  plaisir  réunies  en  un  volume  les  descriptions  des  monuments  mé- 
galithiques :  cercles  de  pierres,  dolmens,  menhirs,  etc.,  d'une  des  parties  à 
ce  point  de  vue  les  plus  curieuses  de  l'Irlande.  Ce  volume  est  orné  de 
planches  où  l'on  remarque,  par  exemple,  d'intéressants  spécimens  de  po- 
terie. 

XX. 

Dans  VAcadcmy  du  12  de  ce  mois,  p.  26,  M.  Whitley  Stokes  a  publié 
sous  le  titre  de  Spicilegiuiii  Vaticanuiii  un  recueil  de  notes  recueillies  par 
lui  pendant  une  courte  excursion  dans  la  bibliothèque  du  Vatican  ;  le  sa- 
vant celtiste  a  constaté  dans  cette  bibliothèque  l'existence  de  quatre  ma- 
nuscrits écrits  par  des  scribes  irlandais.  Ces  manuscrits  sont  cotés  :  Vati- 
canus  5755,  Reginai209,  Palatinus  65  et  830.  L'érudit  chercheur  n'y  a  pas 
trouvé  de  gloses  irlandaises  inédites.  Il  n'a  pas  été  plus  heureux  avec  les 
vingt-huit  manuscrits  qui  viennent  de  l'abbaye  de  Bobbio  et  qui  sont  au- 
jourd'hui cotés  5748-5776.  Mais  il  en  a  découvert  trente-trois  dans  le  ma- 
nuscrit Regiha  215.  Ce  manuscrit,  écrit  au  neuvième  siècle  par  un  scribe 
du  continent,  parait  être  la  copie  d'un  manuscrit  irlandais. 

I.  Dublin,  Hodges  Figgis  and  Co,  1888,  gr.  in-8,  xviii-274  p. 


Chronique.  i  ^  i 

Dans  le  manuscrit  Ottob.  1474,  M.  Whitley  Stokes  a  découvert  un 
poème  latin  qui  paraît  traduit  du  comique  et  qui  est  accompagné  de  gloses 
comiques. 

L'article  de  M.  Whitley  Stokes  se  termine  par  un  recueil  des  principaux 
résultats  de  sa  collation  :  1°  d'un  fragment  de  traité  du  compuî  contenu 
dans  le  codex  Vaticanus  5755  et  publié  par  M.  Zimmer,  Ghssae  hibernicae, 
p.  259-261  ;  2^  de' fragments  de  la  chronique  de  Marianus  Scotus  extraits 
du  codex  Palatinus  830  par  le  même  auteur,  et  insérés  dans  le  même 
ouvrage,  p.  274-282.  Les  lectures  du  savant  et  consciencieux  professeur 
de  Greifswald  ne  sont  pas  toujours  exactes,  et  on  lui  rend  service  en  col- 
ligeant  à  son  usage  des  errata  dont  il  ne  manque  jamais  de  tirer  un  excel- 
lent parti. 


XXI. 

Cette  semaine  a  paru  à  la  librairie  Thorin,  7,  rue  de  Médicis,  à  Paris,  le 
premier  volume  de  la  première  traduction  en  français  des  Mabinogion  qui 
ait  été  publiée  jusqu'ici.  Elle  est  l'œuvre  de  notre  savant  collaborateur, 
M.  J.  Loth,  et  elle  devra,  je  pense,  tant  à  ses  efforts  personnels  qu'à  la 
nouvelle  édition  du  texte  des  Mabinogion  par  MM.  John  Rhys  et  Gwenog- 
fryn  Evans,  une  grande  supériorité  sur  la  traduction  anglaise  de  Lady  Char- 
lotte Guest  dont  la  fidélité  n'égale  pas  l'élégance. 

XXII. 

Au  moment  de  terminer  cette  chronique,  nous  recevons  VIrish  Times  du 
lundi  14  janvier  où  nous  lisons  l'article  dont  suit  la  traduction,  et  qui  nous 
arrive  comme  un  coup  de  foudre  :  «  —  Mort  de  M.  W.-M.  Hennessy  — 
«  C'est  avec  beaucoup  de  regret  que  nous  apprenons  la  mort  de  M.  Wil- 
«  liam-Maunscl  Hennessy,  l'éminent  celtiste  et  archéologue.  Il  avait  dû 
«  à  son  érudition  et  à  sa  capacité  une  situation  élevée  aux  Archives  publi- 
«  ques  d'Irlande.  Il  était  aussi  membre  de  l'Académie  royale  d'Irlande, 
«  dans  les  comptes  rendus  de  laquelle  il  avait  inséré  plusieurs  mémoires 
«  importants,  entre  autres  un  remarquable  traité  sur  l'ancienne  déesse  cel- 
'(  tique  de  la  guerre,  et  un  autre  sur  la  preuve  par  le  jugement  de  Dieu. 
«  M.  Hennessy  a  aussi  publié  le  Chrouicon  Scotoium  et  les  Annales  de  Loch 
«  Ce  qui  ont  paru  dans  la  collection  anglaise  du  Maître  des  rôles.  Il  a  écrit 
«  dans  la  Revue  Celtique  et  dans  le  journal  VAcadeviy  auquel  il  a  donné  un 
«  remarquable  article  sur  la  controverse  ossianique.  Il  est  né  en  1828  à 
«  Castle  Gregory,  dans  le  comté  de  Kerry,  en  Irlande.  Dans  une  courte 
«  période  de  sa  vie,  de  1853  à  1856,  il  a  appartenu  à  la  presse  périodique; 
«  il  était  alors  un  des  principaux  rédacteurs  du  journal  la  Nation.  Sa  mort 
«  sera  vivement  regrettée  par  les  celtistes  de  tous  pays,  par  les  savants 
«  irlandais  sans  exception  et  par  beaucoup  d'habitants  de  Dublin.  » 

M.  Hennessy  continuait  avec  une  grande  supériorité  sur  ses  devanciers 
la  tradition  des  O'Donovan  et  des  O'Curry.  Je  n'ai  jamais  rencontré  un  sa- 


152  Chroniijue. 

vant  plus  libéral  des  trésors  de  son  érudition.  Il  était  toujours  prêt  à  donner 
aide  à  qui  le  lui  demandait,  et  plus  d'une  personne  qui  a  écrit  et  signé  un 
mémoire  n'a  pas  compris  et  n'a  pu  donc  penser  à  dire  que  la  plus  grande 
partie  avait  été  dictée  par  M.  Hennessy.  Il  l'avait  fait,  comme  en  se  jouant, 
pendant  les  courts  instants  de  récréation  qu'il  se  donnait  tous  les  jours  dans 
la  bibliothèque  de  l'Académie  royale  d'Irlande  en  sortant  des  Archives 
après  l'accomplissement  de  sa  tâche  officielle,  et  avant  de  rentrer  chez  lui 
où  d'autres  labeurs  l'attendaient. 

Paris,  le  16  janvier  1S89. 

H.  d'Arbois  de  Jub.mnville. 


ERRATA  DU  TOME  IX. 

Page  457,  ligne  i6,  après  my  iusèrt\  own. 

Page  485,  ligne     3,  stipprinw-  that. 

Page  490,  ligne     2,  an  lien  de  Alain  Cdem  ti:)  //>-  Alain(d  em  t.i). 

Page  498,  ligne  11,  an  lien  de  meraid  lise^  meraib. 

Page  499,  ligne  10,  an  lien  de  skip  lise-  scip. 

Page  499,  ligne  16,  an  lien  de  primid  //>-  prinid. 

M.  Whitley  Stokes  nous  fait  observer  que  le  mot  composé  cethalitride 
pour  cetharlilride,  page  497,  ligne  14,  «  est  ainsi  écrit  dans  le  manuscrit  de 
Milan  »  ;  que  par  conséquent  la  fiiute  est  imputable  au  scribe,  et  non  à 
M.  Ascoli. 


Le  Propriétaire-Gérant  :  E.  BOUILLON. 


Chartres.  —  Imprimerie  DURAND. 


GENTILICES   EN   lUS 

EMPLOYÉS    AU    FÉMININ    DANS   LA    GÉOGRAPHIE 

DE    LA    GAULE  I 


L'Itinéraire  d'Antonin  nous  donne  un  exemple  d'un  nom 
de  fundus  employé  au  fémmin  et  s'accordant  avec  villa  ex- 
primé :  ad  villam  Scrvilianam  (p.  42),  c'est  en  Afrique.  Le 
plus  souvent,  dans  Vltinérairc  d'Antonin,  le  mot  villa  est 
sous-entendu  :  voici  des  exemples  de  noms  de  fundi  au  fémi- 
nin tirés  de  gentilices  à  l'aide  du  suffixe  -anus  : 

Antistiana  (^Itinéraire,  p.  398) 
Barbariana  (p.  406) 
Bassiana  (p.  362) 
Clodiana  (p.  318) 
Crispiana  (p.  267) 
Domitiana  (p.  499,  500) 
Malliana  (p.  38) 
Manliana  (p.  292) 
Marcelliana  (p.  1 10) 
Mariana  (p.  445) 
Variana  (p.  220) 


I ,  Ce  travail  contient  le  texte  de  deux  leçons  faites  au  Collège  de  France 
en  janvier  1889.  Il  est  la  suite  d'une  étude  sur  les  gentilices  en  itis  em- 
ploycs  au  masculin  singulier  dans  la  Géographie  de  la  Gaule;  cette  étude 
sera  publiée  dans  la  Reznie  ilcs  Patois  gallo-romans  de  MM.  Gilliéron  et 
Rousselot. 

Rivue  Celtique,  X  il 


154  ^-  d' Artois  de  Jubainville. 

Ont  été  formés  avec  le  suffixe  -acus  : 

Arriaca  (Itincraire,  p.  43  e,  438) 
Artiaca  (p.  361) 
Darentiaca  (p.  554). 

Il  ne  faut  donc  pas  s'étonner  si  les  gentilices  employés 
comme  noms  de  lieux  se  rencontrent  quelquefois  au  féminin 
dans  les  documents  du  moyen  âge.  On  en  peut  citer  pour  la 
France  un  exemple  qui  remonte  au  temps  de  l'Empire  romain  : 

CANTILIA, 

dans  la  Table  de  Peutinger,  aujourd'hui  Chantelle  (Allier)  % 
est  la  forme  féminine  du  gentilice  Cantilius. 

La  forme  féminime  Cantilia  de  ce  gentilice  est  un  nom  de 
femme  dans  une  inscription  du  musée  de  Naples  (C  /.  Z,.,  X, 
41 16).  Au  masculin,  L.  Cantilius  est  le  nom  d'un  scriba  pon- 
tifîcis  mentionné  par  Tite-Live,  XXII,  5  7  ;  il  fut  condamné  à 
mort  pour  avoir  rendu  grosse  une  vestale  et  périt  sous  les 
verges. 

Au  lieu  de  villa  Cantilia,  on  aurait  pu  dire  villa  Cantiliana 
ou  funci us  Cantilianus.  C'est  d'un  fundus  Cantilianus  que  tire 
probablement  son  nom  la  vicaria  Cantilianensis  mentionnée 
dans  une  charte  de  926  que  M.  Doniol  a  publiée  dans  son  Car- 
tiilaire  de  Brioude,  p.  63.  De  Cantilianus  est  venu  le  dérivé 
Cantilianicus  écrit  Cantillanicus  dans  une  charte  de  894  con- 
servée parle  Cartulaire  de  Brioude,  p.  115. 

Les  dérivés  en  acus  de  Cantilius  nt  sont  pas  rares  en  France. 
Nous  citerons  Chantilly  (Oise),  Chantilly,  commune  de 
Courcelles  (Indre-et-Loire),  Chantillac  (Chaiente),  Chantillac, 
commune  de  Ceyssac  (Haute-Loire),  Cantillac  (Dordogne), 
Cantilly,  hameau  de  Cerisy-la-Forêt  (Manche). 

De  cet  exemple  fourni  par  un  document  contemporain  de 
l'empire  romain,  nous  passons  à  ceux  que  nous  oftrent  les 
textes  du  moyen  âge. 

I .  E.  Desjardins,  Géographie  de  la  Gaule  d'après  la  Table  de  Peutinger , 
p.  298. 


Gentilices  en  ius.  1 55 


ACULIA. 

Une  localité  de  ce  nom  dans  le  pays  de  Vosge,  in  pago  Vo- 
sago,  est  mentionnée  en  713  par  une  charte  de  l'abbaye  de 
Wissembourg  (Pardessus,  Diploinata,  II,  437).  En  1056,  une 
charte  de  l'abbaye  de  Saint-Victor  de  Marseille  parle  d'un  châ- 
teau appelé  Agidia  :  castnim  quem  vocatur  AguJia  (Guérard, 
Cart.  de  Saint-Victor  de  Marseille,  t.  I,  p.  264).  Agidia  est 
une  orthographe  moderne  pour  AcuJia. 

Acidia  est  le  féminin  d'Aculius,  gentilice  écrit  Aqulius 
dans  la  marque  d'un  potier  qu'on  a  relevée  sur  un  vase  trouvé 
à  Aix  en  Provence  :  G.  Aqulius  Félix  (C  /.  L.,  XII,  5686, 
69.  Aculius  est  le  pendant  du  gentilice  Aculenus  (C.  /.  L., 
IX,  3351).  En  dérivent  le  cognonien  Acidinus  (C.  /.  L.,  VIII, 
7973)  et  quelques  noms  de  lieu. 

Tel  est  Agidiacus  pour  Aculiacus  dans  une  charte  de  l'an- 
née 850;  c'est  aujourd'hui  Saint-Apollinaire  (Gôte-d'Or) 
comme  l'a  reconnu  M.  J.  Garnier,  Nomenclature  historique, 
p,  190,  n°  28,  cf.  p.  8,  même  numéro.  \J\\^nva{ûî  Aculiacus 
explique  Eguilly  (Aube),  au  xii''  siècle  Aguilley  (Boutiot  et 
Socard,  Dict.  topogr.  du  dép.  de  l'Aube,  p.  61);  Eguilly,  com- 
mune de  Saint-Avit  (Eure-et-Loir),  au  xiv-^  siècle  Aguilly 
(Mcrlct,  Dict.  top.  du  dép.  d'Eure-et-Loir,  p.  ()^^. 

Aiguillan,  commune  de  Merindol  (Drôme),  Aiguillanes, 
commune  de  Vilhac-Aiguillanes  (Ardèche),  sont  dérivés  du 
gentilice  Aculius  au  moyen  du  suffixe  -anus.  Aiguillon  (Lot- 
et-Garonne)  et  les  deux  Aiguillon  de  la  Vendée  nous  offrent 
le  même  gentilice  développé  à  l'aide  du  suffixe  -0,  -onis. 


ALBANIA. 

Les  mots  in  territorio  quod  dicitur  Albania  {Cari,  de  Saint- 
Victor  de  Marseille,  t.  I,  p.  67),  /;/  territorio  villae  Alhaniae 
(ibid.,  p.  83),  in  castro  Albaniae  (Jbid.,  p.  162),  dans  des 
chartes  du  xi*-"  siècle,  paraissent  désigner  Aubagne  (Bouches- 
du-Rhône). 


10  H.  d'Arbois  ae  Jubainville. 

C'est  un  gentilice  dont  les  inscriptions  romaines  nous 
offrent  quelques  exemples  en  Afrique  et  en  Italie^.  Nous  re- 
marquerons qu'on  le  trouve  aussi  dans  une  inscription  ro- 
maine de  Valence  (Drôme)^. 

Le  nom  d'Aubagnan  (Landes)  est  un  dérivé  en  -anus  de  ce 
gentilice.  Les  dérivés  en  -acus  sont  plus  nombreux  en  France  : 
Tels  sont  trois  hameaux  du  département  de  l'Aveyron,  tous 
appelés  Albagnac,  communes  de  Montagnol,  Sauveterre  et 
Saint-Igest;  Albagnac,  commune  de  Saint-Etienne  de  Chomeil 
(Cantal),  Aubagnat,  commune  de  Frugières-le-Pin  (Haute- 
(Loire)3. 

ALBIA. 

C'est  Albi,  chef-lieu  du  département  du  Tarn. 

La  plupart  des  textes  les  plus  anciens  supposent  une  ortho- 
graphe Albiga  avec  un  g  parasite  entre  l'i  et  l'a.  C'est  ainsi 
que  la  Notifia  dignitatuni  parle  des  équités  cataphractarii  albi- 
genses  Yl\:^cks  sous  les  ordres  du  magistcr  militum  de  Thrace-^; 
que  la  civitas  Alhigensium  figure  dans  la  «  Notice  des  pro- 
vinces et  des  cités  de  la  Gaule  >  » .  Grégoire  de  Tours  appelle 
Albi  au  génitif  A  linge  ^  et  en  tire  l'adjectif  Albigcnsis,  Alhi- 
ciiisis~.  ■ 

D'Anville,  Notice  des  Gaules,  p.  45,  a  reconnu  qu  Albiga 
est  une  notation  d'Albia.  M.  Schuchardt  (J^ohalismus  des  Vul- 
gaerlateins,  I,  170;  III,  25)  a  relevé  des  analogues:  aligenare 
pour  alienare;  aliginigenus  pour  alienigenus  ;  origentis  pour 
orientis. 

Nous  avons  étudié  le  gentilice  Albius  et  son  dérivé  Albiacus 


1.  C.  I.  L.,  VIII,  6718,  718),  8003,  8ooj;  IX,  1639,  5551  ;  X,  6132. 

2.  C.  /.  I.,  XII,  1759. 

5.    \'oir  Chassang,  Spicilegium  Brivatensc,  p.  579,  583. 

4.  Notitia  orientis,  c.  VII,  §  1,  B.  i.  Ed.  Boecking,  t.  I,  p.  31,  216. 

5.  Longnon,  Atlas  historique  de  la  France,  Texte,  p.  13. 

6.  Historia  Francorum,  1.  IX,  c.  20;  éd.  Arndt,  p.  375,  1.  16. 

7.  Historia  Francorum,  1.  II,  c.  3,  37;  I  VI,  c.  33  ;  1.  VII,  c.  i  ;  I.  VIII, 
c.  22,  45  ;  édition  Arndt,  p.  65,  1.  18  ;  p.  102,  1.  i  ;  p.  274,  1.  5  ;  p.  292, 
1.  2;  p.  340,  I.  9;  p.  356,  I.  14. 


Gentilices  en  lus.  137 

dans  le  r.  XLVIII,  p.  359-360,  de  h  Bibliothèque  de  l'Ecole  des 
Chartes. 

ANTIA. 

Ancia,  forme  vulgaire  pour  Antia,  est  un  nom  de  lieu  men- 
tionné dans  un  diplôme  faux  du  roi  Dagobert  II  en  faveur 
d'une  abbaye  au  diocèse  de  Trêves  ^  Ance  (Basses-Py- 
rénées), Anse  (Rhône)  se  sont  peut-être  appelés  primitivement 
Antia. 

Antius  est  un  gentilice  romain  peu  connu.  Le  moins  obscur 
de  ceux  qui  l'ont  porté  sous  la  république  est  Antius  Restio  ; 
étant  tribun  du  peuple,  édile  ou  préteur,  on  ne  sait  lequel,  il 
fit  voter  une  loi  pour  empêcher  les  candidats  aux  magistratures 
et  les  magistrats  d'aller  diner  en  ville.  Sa  loi  ne  fut  exécutée 
par  personne,  lui  excepté  ;  ayant  soin  de  bien  diner  chez  lui 
tous  les  soirs,  il  n'eut  jamais  la  tentation  de  dîner  une  se- 
conde fois  chez  les  autres  2. 

On  trouve  ce  gentilice  sous  l'empire  à  Rome  5  et  hors  de 
Rome. 

Le  gentilice  Antius  a  donné  à  la  France  des  noms  de  lieu 
dérivés  en  -acus  et  en  -anus  :  Ancy-le-Franc  (Yonne)  est  ap- 
pelé à  l'accusatif:  Anciacum  dans  deux  testaments,  l'un  de 
l'année  721,  l'autre  de  746  (Pardessus,  Diplomata,  t.  II,  p.  324, 
400,  cf.  Quantin,  Cart.  de  l'Yonne,  t.  II,  p.  2),  et  dans  une  do- 
nation de  la  fin  du  xi'-*  siècle  (Cart.  de  l'Yonne,  t.  II,  p.  18). 
L'église  d'Ancy-le-Serveux  (Yonne)  est  en  latin  ccclesia  An- 
ciaci  dans  une  charte  de  1108  (Cart.  de  l'Yonne,  t.  I,  p.  216). 
Ancey  (Côtc-d'Or)  a  la  même  origine,  bien  que  les  textes  les 
plus  anciens,  wx"  siècle,  ne  conservent  la  tradition  ni  de  Va  ni 
du  c  du  sulHxe  et  écrivent  son  nom  Anceiiim  (Garnier,  Nomen- 
clature historique,  p.  56,  n°  243).  Ancy  (Rhône)  dans  une 
charte  de  la  fin  du  xi"  siècle  est  à  l'ablatif  Anciaco  (Cart.  de 
Savigny,  p.  429).  Ansac  (Charente)  paraît  être  la  notation 

1.  Pardessus,  D/'/i/tw/û/a,  II,  168. 

2.  Aulu-Gelle,  II,  24,  13;  Macrobe,  Saturnales,  III,  17,  15  ;  cf.  De-Vit, 
Onoiiiasticon,  I,  545. 

5.   C.  /.  L.,  VI,  1 1940-1 1945. 


158  H.  d'Arbois  de  Jubainville. 

méridionale  d'un  antique  Antiacus.  Ansan  (Gers)  doit  être  la 
forme  moderne  d'un  primitif  Antianus. 


ARIA,  mieux  ARRIA. 

Une  charte  de  l'année  856  contient  la  date  de  lieu  Actum 
Aria  monasterio  (Guérard,  Cart.  de  Saint-Bertin,  p.  162).  Il 
s'agit  d'Aire-sur-la-Lys  (Pas-de-Calais). 

On  a  trouvé  à  Rome  les  épitaphes  de  L.  Arius  Abascantus, 
d'Arius  Amandus  et  d'Aria  Gemella  (C  /.  L.,  VI,  12328- 
12330).  Cependant  les  inscriptions  et  les  textes  classiques 
écrivent  ordinairement  ce  gentilice  avec  deux  r.  La  bonne  or- 
thographe du  nom  de  lieu  serait  donc  Arria.  C'est  la  forme 
féminine  du  gentilice  Arrius.  Arrius  est  le  nom  d'un  centu- 
rion qui  s'empara  des  biens  de  Virgile  à  Mantoue.  Servius 
nous  l'apprend  dans  son  commentaire  sur  le  vers  47  de  la 
première  éclogue,  sur  le  vers  94  de  la  troisième  et  sur  le  pre- 
mier vers  de  la  neuvième  ^  On  y  voit  que  le  domaine  occupé 
par  Arrius  touchait  au  Mincio,  un  affluent  du  Pô;  que,  Vir- 
gile s'étant  remis  en  possession,  Arrius  voulut  le  tuer,  et  que 
le  poète  ne  put  sauver  sa  vie  qu'en  se  jetant  dans  la  rivière  et 
en  la  traversant  à  la  nage. 

Catulle  se  moque  de  la  prononciation  d'un  autre  Arrius  qui 
ornait  la  langue  latine  d'aspirations  inutiles  : 

Chommoda  dicebat,  si  quando  commoda  vellet 
Dicere,  et  hinsidias  Arrius  insidias. 

Arrius  est  fréquent  chez  les  auteurs,  et  on  rencontre  par 
exemple  chez  Cicéron  plusieurs  Arrius.  On  trouve  souvent 
aussi  ce  gentilice  dans  les  inscriptions  romaines.  Ainsi,  parmi 
celles  de  la  ville  de  Rome,  on  a  publié  les  épitaphes  de  dix-sept 
Arrius  et  de  vingt  Arria  (C.  /.  L.,  VI,  12366-12415).  Nous 
citerons  dans  la  Gaule  méridionale  le  nom  du  potier  Arrius 
au  musée  de  Nîmes  (C.  L  L.,  XII,  5686,  76).  L'épitaphe 
d'un  certain  Capito,  trouvée  près  de  Mayence,  nous  apprend 

\.  Ed.  Thilo,  t.  III,  p.  II,  41,  108. 


Gentilices  en  ius.  1 59 

que  ce  Capito  était  affranchi  d'Arrius  et  qu'Arrius,  son  patron, 
avait  un  esclave  nommé  Diomède  (Brambach,  934).  Une  ins- 
cription de  la  Bavière  rhénane  rappelle  que  G.  Arrius  Patrui- 
tus  avait  élevé  un  temple  à  la  déesse  Maia  (Brambach,  1835). 

Les  noms  de  lieu  dérivés  d'Arrius  ne  nous  offrent  qu'une 
seule  r  dans  les  monuments  du  Moyen  Age.  En  721,  l'abbé 
Wideradus  donne  à  l'abbaye  de  Flavigny  (Côte-d'Or),  une 
coJonica  in  Ariaco,  c'est-à-dire  à  Herry  (Nièvre),  (Quantin, 
Cart.  de  V  Yonne,  t.  II,  p.  540).  Dans  la  charte  du  Cart.  de 
Saint-Bertin,  d'après  laquelle  nous  avons  donné  le  nom  ancien 
d'Aire-sur-la-Lys,  on  trouve  l'indication  géographique  in 
Ariaco.  Une  charte  du  ix*-"  siècle,  comme  la  précédente,  et 
conservée  par  le  Cart.  de  Saiiit-Hiigues  de  Grenoble,  p.  15, 
donne  une  énumération  de  localités  comprises  dans  le  comté 
de  Vienne,  et  nous  y  lisons  au  cas  indirect  Ariaco^  c'est  Hey- 
rieux  (Isère).  Nous  citerons  encore  la  vicaria  Ariacensis  men- 
tionnée au  x''  siècle  dans  le  CartuJaire  de  Conques,  p.  230. 
Elle  était  située  en  Rouergue,  c'est  aujourd'hui  Arjac,  com- 
mune de  Saint-Cyprien  (Aveyron).  La  bonne  orthographe 
nous  est  conservée  par  l'Itinéraire  d'Antonin,  ou  une  station 
d'Espagne  est  deux  fois  appelée  Arriaca. 

A  côté  du  dérivé  en  -acus  il  v  en  a  un  autre  en  -anus  dont 
la  forme  féminine  nous  est  offerte  par  le  nom  de  lieu  Ariaiia. 
Ce  nom  de  lieu  sert  à  distinguer  des  autres  Giraud,  Giraldus  de 
Ariana  dans  une  charte  de  la  fin  du  xi^  siècle  conservée  par  le 
Cariulaire  de  Saini-Huf^ues  de  Grenoble,  p.  127.  Ce  nom  de 
lieu  a  dû  s'écrire  originairement  par  deux  r.  Dans  une  ins- 
cription de  Pompeï,  il  est  question  de  VInsula  Arriana  (C.  I. 
L.,  IV,  138). 

ARTIA. 

Nous  diviserons  cet  article  en  cinq  paragraphes.  Le  premier 
traitera  de  l'étymologie  du  mot  Artia.  Nous  dirons  dans  le 
deuxième  qu'une  idée  religieuse  était  associée  à  ce  mot.  Dans 
le  troisième  paragraphe,  la  preuve  en  sera  donnée  par  l'exa- 
men des  noms  d'hommes  composés  gaulois  dont  le  second 
terme  est  genos.  Le  quatrième    paragraphe  concernera   trois 


i6o  H-  d^Arhois  de  Jubainrille. 

noms  propres  d'hommes  gaulois  idemiques  à  des  noms  com- 
muns d'animaux  divinisés  et  les  dérivés  de  ces  noms  propres. 
Le  cinquième  aura  pour  objet  une  difficulté  phonétique. 

§.  I.  —  Artia,  Ariiits,  Artos. 

Le  testament  d'Abbon  en  739  met  in  pago  Gratianopolitano, 
c'est-à-dire  en  Graisivaudan,  une  cohnica  (c'est-à-dire  une 
terre  habitée  par  les  colons)  ...  propc  Arcia  {Cart.  de  Saint- 
Hugues  de  Grenoble,  p.  44).  La  même  localité  est  appelée 
Anes  vers  iioo  {Ihid.,  p.  103);  c'est  aujourd'hui  Arces, 
commune  de  Saint-Ismier  (Isère).  Arcia,  Arces  (lisez  Arce), 
figurent  la  prononciation  moderne  d'un  antique  Artia,  fémi- 
nin d'Artius. 

Artius  est  un  gentilice  romain  peu  répandu.  De-Vit,  Ono- 
masticon,  t.  I,  p.  494,  au  mot  Artia,  en  offre  deux  exemples. 
On  trouve  Artius  servant  de  cognonien  dans  une  inscription  de 
Pozzuoli  en  Campanie  ;  c'est  l'épitaphe  d'un  monument  funèbre 
élevé  par  deux  affranchis  à  leur  mère,  affranchie  comme  eux 
d'un  certain  Junius  :  l'un  s'appelle  M.  Junius  Artius  (C  /.  L., 
X,  2626).  Artius  est  dérivé  d'Artus  ou  Artos,  que  l'on  sup- 
pose être  le  nominatif  d' Arti  dans  le  composé  S3-ntactique  gau- 
lois Arti-cnos  «  fils  d' Artos  »,  conservé  par  une  inscription 
grecque  d'Ancyre  ^  en  Galatie,  et  par  une  inscription  de  la  Pan- 
nonie  supérieure  où  est  mentionnée  la  tiirnia  Arti,  le  peloton 
d'Artus  qui  faisait  partie  de  Vala  Pannonioruui,  c'est-à-dire  de 
l'escadron  des  Pannoniens  (C.  /.  L.,  l\l,  4376).  Arti  peut 
être  le  génitif  d'Artius  aussi  bien  que  d'Artus.  Cependant 
l'existence  d'un  nom  d'homme  Artos  ou  Artus  paraît  dé- 
montrée parle  nom  de  lieu  Arto-briga,  forteresse  d'Artos,  en 
Norique  suivant  la  table  de  Peutinger,  en  VindéHcie  suivant 
Ptolémée  ;  c'est  par  un  premier  terme  primitif  arto-  que  s'ex- 
plique le  nom  d'Arte-dunus,  Arti-dunus  ou  Arta-dunum  porté 
au  viii^  et  au  x'^  siècle  par  Arthun  (Loire)  dans  les  Cartu- 
laires  de  Saviçnv  et  de  Saint-Victor  de  Marseille. 

A  Arto-briga  comparez  Eburo-briga  «  forteresse  d'Eburos  », 

I.    Mojaavo;  'AoTi'/voy,  Boeck,  C.  I.  GR.,  t.  III,  n"  ^039,  1.  57. 


Gent'Jices  en  ius.  i6i 

nom  d'une  station  romaine  des  Gaules;  Augusto-hriga,  Cae- 
saro-hriga,  noms  de  villes  d'Espagne  dont  le  premier  terme 
est  un  cognomen  romain  comme  Eburus  ;  CocJio-hriga,  Flavio- 
hriga,  JuUo-hriga,  noms  de  villes  d'Espagne  dont  le  premier 
terme  est  un  gentilice  romain.  A  *Arto-diinum,  comparez  Au- 
gusto-dimuni,  Cacsaro-dunum.  Arto-s  a  donné  plusieurs  dérivés; 
l'un  est  Artinus,  cognomen  d'Acceptius,  dans  une  épitaphe 
trouvée  à  Trêves  (Brambach,  817);  un  autre  est  Artilius, 
gentilice,  employé  au  féminin  dans  une  inscription  de  Lyon 
(Boissieu,  p.  200),  au  masculin  dans  une  inscription  de 
Brescia  (C.  /.  L.,  V,  4535).  On  trouve  les  gentilices  Arta- 
nius  et  Artidius  dans  des  inscriptions  de  Rome  (C.  /.  L.,  VI, 
12452,  12471). 

D'Artius  est  venu  le  nom  de  lieu  dérivé  Artiacus  employé 
au  féminin  dans  V Itinéraire d' Antonin  où  Artiaca  est  Arcis-sur- 
Aube  (Aube).  L'accusatif  pluriel  féminin  Arciacas,  dans  un  di- 
plôme de  Charlemagne  en  802,  désigne  Assé-le-Bérenger, 
Mayenne  (L.  Maître,  Dict.  top.  du  dép.  delà  Mayenne,  p.  7). 
Ailleurs  le  masculin  l'emporte  :  Artiacus  est  Arçay  (Vienne) 
dans  un  acte  de  l'année  791  (Redet,  Dict.  top.  du  dép.  de  la 
Vienne,  p.  11);  Arcy-sur-Cure,  Yonne,  s'appelle  à  l'ablatif 
Arsiaco  dans  une  charte  du  xir'  siècle  (Quantin,  Cart.  de 
l'Yonne,  t.  I,  p.  71);  Arciacus  est  en  1125  le  nom  d'Arcy- 
Sainte-Restitute,  Aisne  (Matton,  Dict.  top.  du  dép.  de  V Aisne, 
p.  8);  le  même  nom  désigne  au  xi''  et  au  xir"  siècle  dans  le 
Cart.  de  Saint-Vincent  de  Màcon,  p.  340  et  374,  Arciat  ou 
Arcieux,  commune  de  Saint-Jean-de-Thurigneux  (Ain). 

Dans  le  midi  de  la  France,  les  communes  d'Arsac  (Gironde) 
et  d'Arzacq  (Basses-Pyrénées;  les  hameaux  d'Arzac,  commune 
de  Cahuzac  (Tarn),  d'Arsac,  commune  d'Auzers  (Cantal), 
d'Arsac,  commune  de  Garât  (Charente)  ;  d'Arsac,  commune 
de  Saint-Frejoux  (Corrèze)  ;  d'Arsac,  commune  de  Coubon  ; 
d'Arsac,  commune  de  Saint-Pierre-du-Champ,  tous  deux 
dans  la  Haute-Loire,  se  sont  probablement  appelés  primiti- 
vement chacun  Artiacus.  Arsague  (Landes)  paraît  être  une  an- 
cienne Artiaca  (villa).  Ces  formations  ne  sont  pas  spéciales  à 
la  France:  M.  Flechia,  dans  le  t.  XXVII  des  mémoires  de 
l'Académie  des  sciences  de  Turin,  signale  les  noms  de  Y\Q\iAr- 


102  H.  d'Arbois  de  Juhainville. 

~ago  et  Ar::aga,  près  de  Milan  et  près  de  Bergame.  Une  charte 
de  976  qui  fait  partie  des  arcliives  de  la  cathédrale  de  Novare 
mentionne  près  de  cette  ville  un  fundus  Arciacus  {Historiae 
patriac  nwnumenta,  Chartae,  I,  249). 

Le  nom  d'homme  gaulois  Arto-s,  dont  le  gentilice  Artius  dé- 
rive, paraît  identique  au  gallois  art]}  «  ours  ».  Le  nom  latin 
de  cet  animal,  iirsus,  a  été  employé  en  Gaule  comme  cog- 
nomen  sous  l'empire  romain.  A  Grézy,  près  Aix  en  Savoie, 
existe  encore  l'épitaphe  de  Rutilia  Ursa  (C.  /.  L.,  XII,  2476). 
On  a  autrefois  copié  à  Narbonne  les  épitaphes  de  Cornelia 
Ursa  (C.  /.  L.,  XII,  4747)  et  d'Usulena  Ursa  (C.  /.  L.,  XII, 
5265).  On  a  trouvé:  à  Vienne  (Isère),  une  lampe  romaine 
qui  porte  la  marque  du  fabricant  de  poterie  L.  AemiUus(?) 
Ursus  (C.  /.  L.,  XII,  5682,  53);  près  de  Mayence  une  dédi- 
cace au  génie  du  collège  de  la  jeunesse  d'un  vicus  par  Acutius 
Ursus  et  par  Acutia  Ursa  (Brambach,  1138). 

Ursus  fut  un  nom  fréquent  chez  les  chrétiens  vers  la  fin  de 
l'Empire  romain,  et  dans  les  siècles  qui  ont  suivi  sa  chute  : 
nous  citerons  saint  Ursus,  évêque  de  Troyes,  au  commen- 
cement du  V'  siècle  ;  saint  Ursus,  évêque  d'Auxerre,  vers  la 
fin  du  même  siècle  ;  saint  Ursus,  né  à  Cahors,  qui  devint  abbé 
de  Loches  et  dont  Grégoire  de  Tours  a  raconté  l'histoire  dans 
ses  Vitae  Patnim  (c.  xviii,  §  1-2)  ;  il  était  contemporain  du 
roi  Alaric  et  vivait  sous  la  domination  de  ce  prince  qui  périt, 
comme  on  sait,  à  la  bataille  de  Vouillé  en  507.  Grégoire  de 
Tours  raconte  dans  YHistoria  Francorum  (IV,  46)  comment 
au  temps  du  roi  Sigebert,  (I,  561-575),  un  certain  Ursus, 
riche  habitant  de  Clermont-Ferrand,  faillit  être  dépouillé  de 
sa  fortune  par  les  intrigues  d'un  aventurier  appelé  Andar- 
chius.  Andarchius  avait  trouvé  pour  compère  un  pauvre  diable 
nommé  aussi  Ursus  qui  s'était  engagé  à  lui  donner  sa  fille  en 
mariage,  et  il  prétendait  contraindre  le  riche  Ursus  à  exécuter 
cette  promesse. 

D'Ursus  est  venu  le  gentilice  Ursius  dans  les  inscriptions 
romaines,  par  exemple  aux  environs  de  Mayence  (Brambach, 
1238)  et  dans  l'Italie  méridionale  (C.  /.  L.,  X,  6238).  On 
peut  y  rattacher  le  nom  d'Orsay  (Seine-et-Oise)  et  d'Orçay 
(Loir-et-Cher)  qui  seraient  d'anciens  Ursiacus ;  ces  noms  de 


Gentilices  enius.  i6j 

lieu  auraient  le  même  sens  qu'Arcis,  Arcy,  Arçay,  etc.,  ceux- 
ci  dérivés  d'un  gentilice  tiré  du  gaulois  Artos  «  ours  »,  tandis 
qu'Orsay  viendrait  d'un  gentilice  dérivé  du  latin  Ursus. 

On  ne  doit  pas  hésiter  à  reconnaître  l'identité  du  mot 
gallois  arth  «  ours  »,  en  gaulois  artos,  avec  le  premier  terme 
des  noms  d'hommes  composés  :  i°  Arth-mael,  2°  Arth-uiuu, 
fréquents  au  ix"  siècle  dans  les  chartes  de  la  Bretagne  con- 
tinentale que  nous  a  conservées  le  Cartulaire  de  Redon, 
3°  Arthbiu,  qui  s'y  rencontre  aussi,  mais  une  fois  seulement. 
Arth-mael  =  *  Arto-maglo-s  paraît  signifier  «  prince,  roi  des 
ours  »  ^  ;  Arth-uuiu  «  digne  d'être  un  ours  »  ;  Arth-biu  «  vif 
comme  un  ours  ».  On  a  proposé  d'expliquer  le  premier  terme 
de  ces  noms  composés  par  l'irlandais  art  «  pierre  »  ;  il  est  bien 
plus  naturel  de  l'expliquer  par  le  gallois.  Le  premier  et  le  der- 
nier de  ces  deux  noms  composés  ont  été  usités  chez  les  Gallois 
comme  chez  les  Bretons.  On  trouve  dans  le  Cartulaire  de 
Llandaf  au  xii^  siècle  le  nom  d'homme  Arthmail  =  Arth-mael 
«  roi  des  ours  »  {Grammatica  ccltica,  2'-'  édition,  p.  114); 
Artbeu  =  Arthbiu  «  vif  comme  un  ours  »  est  un  nom  d'homme 
inscrit  au  viii"  ou  au  ix'^  siècle  sur  une  stèle  funéraire  du  pays 
de  Galles  (Hûbner,  Inscripiioncs  Britanniae  Christianae,  n°  57). 
M.  Rhys,  dans  ses  Lectures  on  WehhPhilology,  2'' édition,  p.  358, 
369,  traduit  comme  nous  les  substantifs  arth  et  mail  dans  les 
noms  d'homme  composés  gallois. 

Il  y  a  un  nom  d'homme  germanique  dont  la  comparaison 
avec  Arth-mael  est  propre,  je  crois,  à  convaincre  les  plus 
sceptiques,  c'est  Bcrnrich,  dont  M.  Fœrstemann  a  réuni  des 
exemples  dans  le  tome  II  de  son  Altdeutsches  Nanienhucb, 
col.  233.  Nous  en  connaissons  un  exemple  français:  il  est 
fourni  par  les  actes  des  évêques  du  Mans  fabriqués  au 
i.\*  siècle,  où  on  voit  paraître  les  témoins  Bernaricus  (Par- 
dessus, Diploiiiala,  I,  p.  95),  Bcrnerichus  {ihid.,  I,  p.  98)  et 
Bernericus  (//'/J.,  I,  p.  99,  127;  11,45).  Ces  personnages  créés 
par  le  même  faussaire  constituent,  à  côté  des   exemples  alle- 


I.  M.  Rhys, /^t7«re5  0« /re/5/^  P/;//o/o^v,  deuxième  édition,  p.  369,  traduit 
comme  nous  niacl  -zz  magtoi,  et  on  peut  voir  dans  le  même  ouvrage, 
p.  558,  que  arlh  a  été  employé  comme  nom  dhomme  en  Galles. 


164  H.  d'Arbols  de  Jahainville. 

mands  réunis  par  M.  Fœrstemann,  un  témoignage  français 
unique,  mais  ce  témoignage  atteste  que  le  nom  dont  il  s'agit 
était  connu  dans  le  diocèse  du  Mans  au  ix*=  siècle.  Un  autre 
nom  bien  plus  répandu  est  le  nom  germanique  Bernhard,  litté- 
ralement «  dur  comme  un  ours  )i  ;  il  peut  se  comparer  aux 
noms  bretons  Arthbiu  «  vif  comme  un  ours  »,  Arth-uuiu 
«  digne  d'être  un  ours  ». 

Le  nom  d'homme  Arth-mael  a  fourni  le  second  élément  du 
nom  de  lieu  breton  Ploermel  (Morbihan).  Ploermel  s'appelait 
Plchs  Arthniacl  au  ix*^  siècle  comme  nous  l'apprend  une  charte 
du  Cartulaire  de  Redon,  p.  20. 

Plehs  Arthmael  signifie  «  paroisse  d'Arthmael  »,  c'est-à-dire 
du  «  roi  des  ours  »,  comme  Artiaca,  sous-entendu  villa, 
signifie  «  ferme  d'Artius  »,  c'est-à-dire  «  ferme  du  fils  d'Ar- 
tos  »,  du  fils  de  l'ours,  et  Arto-Briga,  *  Arto-dimum,  château 
d'Artos,  c'est-à-dire  d'un  homme  dont  le  nom  était  le  nom 
gaulois  de  l'ours. 

Nous  serions  incomplet  si  nous  ne  disions  qu'Artilius, 
signalé  plus  haut  comme  dérivé  d'Artos,  a  donné  un  nom  de 
lieu  en  -aciis,  c'est  Arîiliaciis  dans  le  Talou,  pcigus  Tellavus^, 
c'est-à-dire  aux  environs  d'Eu,  suivant  un  diplôme  de  Pépin 
le  Bref  pour  l'abbaye  de  Saint-Denys  en  75 1  -. 

Ariiliaciis  a  pour  pendant  Ursiliacus  en  Lyonnais  donné  à 
l'abbaye  d'Ainay  vers  le  miheu  du  xi"  siècle  (Aug.  Bernard, 
Cart.  de  Savigiiy,  t.  II,  p.  568). 

§  2.  —  Les  animaux  divins. 

Une  des  causes  qui  ont  dû  contribuer  à  faire  adopter  à 
certaines  personnes  dans  le  monde  gaulois  le  nom  d'Artos  et 
les  noms  dérivés  d'Artos,  est  le  sentiment  religieux.  L'ours 
était  considéré  comme  un  animal  divin.  Chez  les  Celtes,  on 
avait  divinisé  l'ours  et  l'auroch,  qui  étaient  les  plus  redoutables 
animaux  des  forêts,  et  le  corbeau  qui,  après  la  bataille,  ron- 
geait le  cadavre  du  guerrier  vaincu.  Les  Germains  avaient  des 

1 .  Voyez  sur  ce  p^^^lls,  dont  le  nom  est  ordinairement  écrit  Tellaus,  Lon- 
gnon,  Atlas  historique  de  la  France,  p.  98. 

2.  Tardif,  Monuments  historiques,  p.  45,  col.  2. 


Gentilices  en  ius.  165 

croyances  analogues.  En  Scandinavie,  ours,  biorn,  était  un 
surnom  de  Thorr,  dieu  de  la  foudre  S  et  un  corbeau  perchait 
sur  chaque  épaule  du  grand  dieu  Odin-.  Dans  les  premiers 
siècles  du  royaume  de  France  des  parents  donnant  à  leurs  fils 
les  noms  de  Bero  «  ours  »  de  Chramnus  ou  Hrabanus  «  cor- 
beau »,  ont  dû  avoir  présentes  à  l'esprit  ces  croyances  reli- 
gieuses. 

En  Irlande,  le  mot  art  =  arios,  au  gén.  airt  =  arti 
«  ours  »,  tombé  en  désuétude  comme  nom  d'animal,  survécut 
dans  la  littérature  la  plus  ancienne  comme  nom  de  dieu  en 
général  ;  on  le  trouve  même  appliqué  à  Jésus-Christ  3 . 

En  Gaule,  au  temps  de  l'empire  romain,  nous  le  recon- 
naissons au  féminin  dans  le  nom  And-arta  =  Ande-arta  d'une 
déesse  honorée  à  Die  (Drôme),  comme  l'étabHssent  plusieurs 
inscriptions  dédicatoires  (C  L  L.,  XII,  1554-1560).  And[e]- 
arta,  dont  le  premier  terme  est  la  particule  augmentative 
ande,  dont  le  second  terme  est  un  nom  d'animal  divinisé, 
peut  être  comparé  à  deux  noms  d'homme  qui  devinrent  noms 
de  lieux:  Andc-matunmiin  et  Ande-camulus.  Tous  deux  ont 
pour  premier  terme  le  préfixe  ande  et  pour  second  terme  un 
nom  de  divinité.  Andc-iuatiinnum,  nom  de  la  ville  de  Langres 
sous  l'empire  romain,  est  probablement  une  expression  abrégée 
pour  Ande-matunno-duninn ,  forteresse  d'Ande-matunnus,  et  le 
second  terme  de  ce  nom  d'homme  n'est  autre  chose  que  le 
nom  du  dieu  Matunus,  probablement  par  u  long,  mentionné 
dans  une  inscription  romaine  de  la  Grande-Bretagne  (C.  I.  L., 
VII,  995),  et  employé  au  féminin  comme  fco-Homt'n  dans  une  ins- 
cription romaine  de  Séville  (C.  /.  L.,  II,  1209).  Quant  à  An- 
.  decainul us[[undus\  ou  Ande-caniulunt  (-pour  A ndecaDiulo-dunuiii) 
tout  le  monde  connaît  le  nom  de  Camulus,  un  des  dieux  gau- 
lois de  la  guerre,  qui  a  fourni  le  second  terme  de  ce  composé. 

D'*artos,  nom  de  l'ours  mâle,  ou  à'arta,  nom  de  sa  femelle, 
paraissent  tirés  deux  autres  noms  de  divinités:    1°  celui  de 

1.  Grimm,  Deutsche  M)thologie.  troisième  édition,  p.  633;  Simrock, 
Handhuch  der  deutschen  Mythologie,  cinquième  édition,  p.  239. 

2 .  Simrock,  Handhuch  der  deutschen  Mythologie,  cinquième  édition,  p.  174. 

3.  Glossaire  de  Connue,  \">  Art,  chez  Whitley  Stokes,  Three  Irish  glos- 
saries,  p.  2. 


i66  H.  d'Arbois  de  Jubainrille. 

la  déesse  Artio  :  un  fragment  de  statue  de  cette  divinité  a  été 
découvert  dans  le  canton  de  Berne  ^  ;  2°  celui  du  dieu  Artaios 
assimilé  à  Mercure  :  une  dédicace  Mercurio  Auguste  Artaio 
a  été  trouvée  à  Beaucroissant  (Isère)  (C.  /.  L.,  XII,  2199). 

On  comprend  l'importance  du  culte  de  l'ours  dans  le  voisi- 
nage des  Alpes,  mais  ce  culte  paraît  avoir  été  connu  dans 
le  monde  celtique  en  des  régions  bien  éloignées  de  ces  mon- 
tagnes. 

§3.  —  Matu-genos,  Arti-geuos;  -genos  en  général. 

De  l'étude  du  mot  art-o-s  qui  est  un  des  noms  de  l'ours, 
nous  ne  pouvons  guère  séparer  l'étude  du  thème  matii-  qui 
est  un  autre  nom  du  même  animal.  Matu-s  est  en  moyen  ir- 
landais math,  gén.  niatho,  que  M.  Windisch  donne  dans  le 
glossaire  de  ses  Irischc  Texte.  Les  dictionnaires  modernes  four- 
nissent le  composé  Math-gbamhain  ou  math-ghamljuin,  dont  le 
second  terme  veut  dire  «  veau  ».  Math-gamhain  est  à  propre- 
ment parler  le  veau  de  l'ours,  c'est-à-dire  l'ourson.  Cependant 
ce  mot  signifie  «  ours  »  aujourd'hui.  C'est  l'expression  qui 
dans  la  traduction  irlandaise  de  la  Bible  correspond  à  Yursus 
de  la  Vulgate.  Math-gbaiiib)ia,  gén.  sing.  de  Mathghanihain 
se  prononce  aujourd'hui  Mahon,  c'est  la  seconde  partie  du 
nom  de  flimille  Mac-Mahon  qui  s'écrit  en  irlandais  Mac-malh- 
ghainljna  et  qui  veut  dire  «  fils  de  l'ours  ». 

Le  principal  témoignage  qui  atteste  le  culte  de  l'ours  sous  le 
nom  de  matu-s  dans  le  monde  celtique  est  le  nom  d'homme 
Matu-2:enos  «  fils  de  l'ours  ».  On  le  lit  écrit  sur  une  monnaie 
gauloise  comme  on  peut  le  voir  dans  le  dernier  travail  de 
M.  de  Barthélémy  sur  les  légendes  des  monnaies  gauloises 
{Revue  Celtique,  t.  IX,  p.  33,  col.  i).  On  a  trouvé  en  France, 
tant  dans  le  département  du  Gard  qu'à  Narbonne,  les  épi- 
taphes  de  trois  Matugenus  (C.  /.  L.,  XII,  2865,  2880, 
4986)  ;  à  Bordeaux,  un  autel  dédié  à  Jupiter  par  les  soins  d'un 
quatrième  Matugenus  (Jullian,  Inscriptions  romaines  de  Bor- 
deaux, p.  25).   On  conserve  au  Musée  Britannique  quelques 

I.   Mommsen,  Inscript iones  heheticae,  215. 


Gentilices  en  ius.  167 

vases  qui  portent  la  marque  du  potier  Matugenus  (C.  /.  L., 
VII,  1334,  34;  1336,  683);  de  ce  nom  gaulois  dérive  le  genti- 
lice  Matugenius  dont  le  féminin  Matugenia  nous  a  été  conservé 
par  une  inscription  de  Soleure  en  Suisse  (Mommsen,  Inscr. 
hciveticae,  23  i)  et  dont  la  forme  masculine  apparaît  avec  un  rau 
lieu  d'un  g  ':  Matuceni  au  génitif  dans  une  inscription  trouvée 
cà  Saint-Benézet-de-Cheyran  (Gard)  (C.  /.  L.,  XII,  3935). 

Les  composés  asyntactiques  dont  le  second  terme  est 
-genos  expriment  une  filiation  mythologique  ;  ils  s'opposent 
aux  composés  syntactiques  dont  le  premier  terme  est  un  nom 
d'homme  au  çénitif  et  dont  le  second  terme  est  cno-s  :  exem- 
pie,  Druti-cnos  «  fils  de  Drutus  »  ;  Tanotali-cnos  «  fils  de 
Dannotalos  »  ;  Toutissi-cnos  «  fils  de  Toutissos  »  ;  Arti-cnos 
cité  plus  haut,  etc.  Ces  derniers  noms  expriment  la  relation  ju- 
ridique de  fils  à  père;  tandis  que  les  noms  dont  le  second  terme 
est  -genos  ont  un  sens  religieux  :  tel  est  dans  une  inscription  de 
Rome  (C.  /.  L.,  VI,  2407)  Totati-gen[u]s,  fils  de  Totatis, 
ailleurs  Toutatis,  dieu  assimilé  à  Mars,  le  Teutatès  de  Lucain. 
Totati-genus  est  le  nom  d'un  soldat  gaulois  au  service  de  l'em- 
pire romain.  Camulo-genus,  chef  aulerque  d'Evreux,  qui 
prend  les  armes  contre  César  en  l'an  52  avant  J.-C,  est  éty- 
mologiquement  un  fils  du  dieu  Camulus.  Divo-genus,  Divo- 
gena  dans  des  inscriptions  de  Bordeaux  (JuUian,  p.  129,  27), 
variantes  dialectales  d'un  plus  régulier  *Dêvo-genos,  *Dêvo- 
gena  signifient  fils  et  fille  de  Dieu.  Le  grec  a  des  composés  ana- 
logues, l'.'y;irr,:,  'Eç,-^.oyéTr,ç,  fils  de  Zeus,  fils  d'Hermes. 

Des  noms  gaulois  dont  le  second  terme  est  genos  et  dont  le 
premier  terme  est  un  nom  de  divinité,  on  peut  rapprocher  les 
noms  gaulois  en  getws  dont  le  premier  terme  est  le  nom  d'un 
être  abstrait  :  Rectu-genus  «  fils  du  droit  »  dans  deux  inscrip- 
tions romaines  d'Espagne  (C.  /.  L.,  II,  2402,  2907)  ^  Boduo- 
genus  «  fils  de  la  volonté,  du  bon  plaisir,  peut-être  du  destin  », 
dans  une  inscription  romaine  de  Grande-Bretagne  (C.  /.  L., 
VII,  1202);  Litu-genus  «  fils  de  la  fête  »  dans  un  graffito  ro- 
main de  Grande  Bretagne  (C.  I.  L.,  VII,  1256)  et  dans  des 
marques  de  potier  du  même  pays  (C.  /.  L.,  VII,  133  i,  66; 

I .  Rextu-genos  dans  l'inscription  de  la  figurine  de  Caudebec. 


1 68  H.  d'Arbois  de  Jabainville. 

1336,  563),  au  féminin  Litu-gena  «  fille  delà  fête  »  cognomen 
de  femmes  dans  plusieurs  inscriptions  romaines  du  Norique 
(C.  /.  L.,  III,  5066,  5099,  5269,  5430).  Litugena  faisait  au 
génitif  Litugenes  ou  avec  une  orthographe  moins  exacte  Lito- 
genes  :  c'était  le  nom  d'une  fabricante  de  lampes  en  terre  dont 
on  a  trouvé  des  spécimens  dans  plusieurs  localités  de  l'Italie 
septentrionale  (C.  /.  L.,  V,  81 14,  81). 

Ce  nom  antique  a  persisté  en  Grande-Bretagne  après  la 
chute  de  l'empire  romain.  On  signale  encore,  dans  le  comté 
de  Pembroke,  l'épitaphe  du  fils  de  Lito-genus,  gravée  entre  les 
années  500  et  700  de  notre  ère,  Hûbner,  Inscript  loties  Bri- 
tanniae  Christianae,  98. 

Les  chartes  du  moyen  âge  gallois  et  breton  nous  offrent  des 
exemples  de  noms  d'hommes  formés  de  cette  façon  :  Anau- 
gen  =  *Anavo-genos  «  fils  de  la  musique  et  de  la  poésie  » 
dans  le  Liber  Landavensis,  manuscrit  du  pays  de  Galles,  et  dans 
le  Cartulaire  de  Redon  qui  est  breton  ;  Cat-gen  =  Catu-genos 
dans  le  Liber  Landavensis,  veut  dire  «  fils  de  la  bataille  »;  Bud- 
ien  =  Bodi-genos,  dans  le  Cartulaire  de  Redon,  signifie  «  fils  de 
la  victoire  ».  *Bodigenos  exprime  une  idée  analogue  au  sens  de 
Bodiacos  qui  veut  dire  «  celui  qui  appartient  à  la  victoire  », 
«  celui  qui  est  en  quelque  sorte  membre  de  la  famille  dont  la 
victoire  personnifiée  est  le  chef  ».  Le  suffixe  -acus  a  une  valeur 
analogue  à  celle  du  suffixe  latin  -anus,  et  celui-ci  dans  les 
noms  d'hommes  exprime  la  filiation  naturelle  de  l'enfant  adoptif 
par  opposition  à  sa  filiation  légale  :  Octavianus  est  celui  qui, 
de  par  la  nature,  a  appartenu  à  Octavius  et  auquel  une  fiction 
légale  a  donné  un  père  nouveau.  Bodiacus  forme  le  second 
terme  du  nom  d'un  peuple  de  Galatie,  les  Teuto-bodi-aci, 
Pline,  V,  146.  Ce  nom  peut  être  rendu  par  :  «  fils  ou  protégé 
delà  divinité  qui  préside  aux  victoires  sur  les  peuples  ». 

La  paternité  mythologique  chez  les  Celtes  a  été  attribuée  à 
un  minéral  :  Hoiarn-gen  =  *  Esarno-genos,  fils  du  fer  ;  Dubr- 
ien  =  Dubro-iienos  «  fils  de  l'eau  »  dans  le  Cartulaire  de 
Redon.  En  regard  de  ce  nom  aquatique  conservé  au  mo3''en  âge 
on  pourrait  mettre  le  nom  plus  gai  de  Medu-genus  «  fils  de 
l'hydromel  »  porté  par  un  Gaulois  d'Espagne  sous  l'empire  ro- 
main (C.  /.  L.,  II,  162).  Mais  Dubr-ien  =■  Dubro-genos  «  fils 


Gentilices  en'ms.  169 

de  l'eau  »  s'explique  par  la  croyance  à  la  divinité  des  rivières. 
Cette  croyance  explique  aussi  le  vers  où  Properce  parlant  du 
chef  gaulois  Virdumarus  tué  par  le  consul  Claudius  Marcellus 
l'an  222  av.  J.-C,  dit  que  Virdumarus  prétendait  compter  le 
Rliin  parmi  ses  ancêtres  : 

. . .   genus  hic  Rheno  jactabat  ab  ipso 

(livre  V,  élégie  10,  v.  41). 

Cela  veut  dire  qu'il  était  fils  de  Reno-genus.  Il  s'appelait  Vir- 
dumarus Renogeni-cnos.  Le  Rhin  (c'est-à-dire  non  seulement 
le  grand  fleuve,  mais  tout  amas  d'eau,  rian,  en  irlandais  «  la 
mer  »),  était  dieu  :  on  pouvait  s'appeler  par  piété  Roius  dans  le 
monde  celtique,  comme  Mercurius  dans  le  monde  romain. 
Parmi  les  inscriptions  romaines  de  Padoue  se  trouve  le  nom 
d'une  femme  appelée  Isellia  Rena  (C  /.  L.^  V,  2967).  De 
Renus  on  a  tiré  en  abrégeant  1'^  et  en  doublant  Vn  le  gentilice 
Rennius.  Les  Gaulois  ont  porté  ce  gentilice  dans  diverses  par- 
ties de  l'empire  romain.  On  le  rencontre  par  exemple  à 
Aquilée  (C.  /.  I.,  V,  8444),  à  Adria  (C.  /.  I./V,  2359),  à 
Oderzo  (C.  /.  L.,  V,  1977),  dans  l'Italie  du  Nord;  à  Nonn- 
berg,  près  de  Salzburg  en  Autriche  (C.  /.  L.,  III,  5554).  On 
le  trouve  enfin  en  Gaule,  à  Narbonne  (C.  I.  L.,  Xli,  5967). 
Il  a  donné  naissance  au  nom  de  lieu  *  Reimiaciis  très  répandu 
en  France.  On  doit,  je  pense,  reconnaître  d'anciens  Rcnniacus 
dans  les  nombreux  Regney,  Regny,  Reignac,  Reignat,  Rei- 
gny,  Rignac,  Rigneux,  Rigné,  Rigny  que  la  France  possède. 
Les  uns  ont  conservé  Vc  de  la  première  syllabe,  les  autres 
l'ont  assimilé  à  la  syllabe  suivante.  Dans  la  première  catégorie 
sont  Regney  (Vosges),  Regnié  (Rhône),  Rcgniacus  au 
x*-"  siècle  dans  le  Cari,  de  Saint-Vincent  de  Mâcon,  p.  59, 
Regny  (Aisne),  appelé  Regni  en  11 10  et  Reini  en  1143 
(Matton,  Dicl.  top.  du  dép.  de  l'Yonne,  p.  228)  et  six  autres 
Regny  (Cher,  Isère,  Loire),  sept  Reignac  (Charente,  Corrèze, 
Gironde,  Indre-et-Loire,  Lot-et-Garonne),  deux  Reignat  (Puy- 
de-Dôme),  un  Reigny  (Cher),  total  dix-neuf.  La  seconde  ca- 
tégorie comprend  trente-trois  localités  :  Rignac  (Aveyron), 
encore  appelé  à  l'ablatif  de  Regniaco  au  xi'=  siècle  dans  le 
Carlulaire  de  Conques,  p.  3,  4,  et  huit  autres  Rignac  (Cantal, 
Revue  Celtique,  X  .12 


lyo  H.  d'Arboisde  Jubainville. 

Corrèze,  Dordogne,  Gers,  Ille-et- Vilaine,  Lot),  Rigné  (Maine- 
et-Loire)  qui  s'appelait  déjà  ainsi  vers  iioo  (Port,  Dict. 
de  Maine-et-Loire,  t.  III,  p.  257),  Rigney  (Doubs),  deux  Ri- 
gneu  dans  l'Ain  et  dix-neuf  Rigny,  dont  il  est  inutile  d'énu- 
mérer  les  départements,  et  enfin  Rinhac  (Lot)  ;  cela  donnerait 
un  total  de  cinquante-deux  Rcnniacus,  noms  de  lieux  dérivés 
du  gentilice  Rennius,  dérivé  lui-même  de  Renus  et  ayant  pour 
point  de  départ  la  croyance  à  la  divinité  du  grand  fleuve  comme 
*  Reno-genos,  fils  du  Rhin,  nom  probable  du  père  de  Virdu- 
marus.  Rennius,  gentilice  en  Gaule,  est  le  résultat  d'un  pro- 
cédé de  formation  grammaticale  analogue  à  celui  qui,  en 
Grande-Bretagne,  a  donné  naissance  au  cognomen  Belismius 
(C  /.  L.,  VII,  97).  Belismius,  surnom  d'une  personne  dans 
une  inscription  romaine  de  Caerleon  en  Galles,  est  dérivé  de 
Belisama  qui,  en  Grande-Bretagne,  est  l'embouchure  d'une  ri- 
vière près  de  Liverpool,  tandis  qu'à  Saint-Bertrand  de  Com- 
minges,  BeHsama  est  une  Minerve  (Orelli,  143  i). 

De  *  Reno-genos  on  peut  rapprocher  Eni-genus,  nom  du 
père  d'un  certain  Secundus,  qui  près  de  Vence  fit  élever  une 
stèle  funéraire  à  ses  enfants  (C.  /.  L.,  XII,  33).  Eni-genus 
veut  dire  fils  de  l'Enus  ou  mieux  de  l'^Enus,  qui  est  l'Inn.  Du 
thème  Erio-  on  a  peut-être  tiré  le  gentilice  Enius  conservé  par 
une  inscription  des  environs  de  Vence  (C.  I.  L.,  XII,  17)  et 
qu'on  croit  reconnaître  dans  la  marque  de  potier  où  le  nom  du 
fabricant  est  écrit  au  génitif  Q.  Eni  (C.  /.  L.,  XII,  5686, 
329);  cf.  Eni-boudius,  «  vainqueur  de  llnn  »  (V,  7865,  7886). 

La  croyance  à  la  divinité  de  l'eau  et  du  fer  qui  a  donné 
naissance  aux  noms  comme  Dubrogenos,  Esarno-genos,  a  eu 
son  eftet  dans  l'ordre  des  choses  juridiques.  Le  fer,  c'est-à-dire 
l'épée,  était  le  juge  des  contestations,  non  seulement  quand 
les  parties  recouraient  aux  armes,  mais  aussi  quand  le  ser- 
ment d'une  des  parties  décidait  du  gain  du  procès  :  les  Irlan- 
dais juraient  sur  leur  épée  et  croyaient  que  l'épée  se  levait  elle- 
même  pour  frapper  le  parjure.  L'épreuve  de  l'eau  bouillante 
était  usitée  dans  le  droit  irlandais  comme  dans  celui  des  Ger- 
mains. Des  deux  côtés  on  l'appelait  l'épreuve  du  chaudron, 
caire  en  irlandais,  aeneum  dans  la  loi  salique  ;  mais  ce  n'était 
pas  le  chaudron,  c'était  l'eau  qui,  en  brûlant  le  coupable,  fai- 


Gentilices  en  ius.  171 

sait  triompher  la  justice.  Le  Rhin,  en  qualité  de  dieu,  était  le 
juge  des  femmes  mariées  dont  les  maris  suspectaient  la  fidé- 
lité, il  engloutissait,  disait-on,  l'enfant  adultérin  qui,  couché 
sur  un  bouclier,  était  exposé  aux  hasards  des  flots  par  un  mari 
soupçonneux;  l'enfant  légitime  surnageait. 

Un  poète  grec  anonyme  a  chanté  cette  épreuve  juridique  :  il 
peint  les  inquiétudes  de  la  mère  qui,  après  les  douleurs  de 
l'enfantement,  ressent  des  angoisses  nouvelles  et  attend  toute 
tremblante  le  jugement  des  flots  agités.  Si  l'on  prenait  cet  au- 
teur à  la  lettre,  tous  les  enfants  des  Celtes  auraient  été  soumis 
à  cette  redoutable  épreuve  ^  ;  il  est  évident  qu'il  ne  faut  pas 
l'entendre  ainsi.  En  règle  générale,  chez  les  Celtes  comme 
chez  les  Germains,  on  ne  recourait  aux  ordalies,  au  jugement 
de  Dieu,  que  lorsqu'il  y  avait  contestation  et  que  les  autres 
preuves  faisaient  défaut,  et  il  faudrait  connaître  bien  mal  le 
cœur  humain  pour  admettre  qu'un  mari  croyant  être  père  au- 
rait exposé  son  enfant  au  danger  de  périr  dans  les  flots-. 

Il  serait  intéressant  de  savoir  à  quelle  date .  l'épigramme 
grecque  dont  nous  parlons  remonte.  Nous  l'ignorons;  elle  est 
probablement  la  source  où  a  puisé  l'empereur  Julien  quand  il 
parle  de  cet  usage  dans  son  second  discours  à  l'empereur 
Constance  et  surtout  dans  une  lettre  au  philosophe  Maxime. 

Voici  comment  Julien  s'exprime  dans  son  discours  : 

«  On  dit  que  chez  les  Celtes  un  fleuve  est  le  juge  incor- 
«  ruptible  de  la  légitimité  des  enfants;  jamais  les  pleurs  des 
«  mères  n'obtiennent  de  lui  qu'il  voile  et  cache  leur  faute  ;  les 
«  pères  attendent  sans  crainte  la  sentence  qu'il  prononce  sur 
«  les  femmes  et  sur  les  enfants;  c'est  un  juge  véridique  et  qui 
«  ne  ment  pas  5  ».  JuHen  ne  dit  pas  ici  le  nom  du  fleuve  dont 
il  s'agit,  il  est  plus  explicite  dans  sa  lettre  au  philosophe 
Maxime  :  «  On  ne  peut  »,  écrivait-il,  «  accuser  le  Rhin  d'in- 
«  justice  envers  les  Celtes,  car  il  engloutit  dans  ses  flots 
«  tourbillonnants  les  bâtards  et  punit  ainsi  la  profanation  du 
«  lit  conjugal;  mais  quand  il  reconnaît  qu'un  enfant  est  légi- 

1 .  ...    /.a'.  O'j  -âpo;  î\i\  to/.f;£; 

2.  Anthologia,  1.  IX,  ép.  125  ;  cd.  Didot,  t.  II,  p.  24. 
5.   Oratio  II,  édition  Tcubncr-Hertlein,  p.  104-105. 


172  H.  d'Arbois  de  Jubainville. 

«  time,  il  le  tient  élevé  au-dessus  des  eaux  et  le  ramène  entre 
«  les  mains  de  la  mère  tremblante  ;  en  le  lui  rendant  plein  de 
«  vie  il  est  en  quelque  sorte  le  témoin  incorruptible  de  la 
«  vertu  et  de  l'honneur  de  l'épouse  ^  ». 

Des  noms  de  rivières  divinisées,  on  peut  rapprocher  le  mot 
gaulois  nemeton  qui  signifiait  «  temple  ou  plus  exactement  es- 
pace de  terrain  consacré  à  un  ou  plusieurs  dieux  ».  On  disait 
Reno-genos  «  fils  du  Rhin  »,  on  disait  aussi  Nemeto-genos, 
fils  du  temple. 

Il  y  eut  à  Bordeaux,  sous  l'empire  romain,  une  esclave  de 
la  cité,  ancilla  publica,  qui  s'appelait  Nemeto-gena  «  fille  du 
temple  »  (Jullian,  Inscriptions  roniaijies  de  Bordeaux,  1. 1,  p.  194). 
On  a  trouvé  dans  la  même  ville  l'épitaphe  d'une  autre  femme 
qui  portait  le  même  nom,  mais  avec  une  légère  modification 
dans  l'orthographe,  le  second  terme  est  écrit  avec  un  c  au 
lieu  d'un  g  :  Nemeto-cena  (Jhid.,  p.  366).  Cette  particularité 
orthographique  se  remarque  avec  une  autre  qui  est  le  double- 
ment de  Vn  dans  le  nom  le  plus  ancien  d'Arras,  Nemeto-cenna 
pour  Nemeto-gena,  formule  abrégée  probablement  pour  Nemeto- 
geno-hona.  Le  doublement  de  Vn  de  gêna  se  rencontre  ailleurs, 
par  exemple  dans  Nitio-genna,  surnom  d'une  femme  qui  fit  à 
la  Victoire  une  dédicace  conservée  au  musée  de  Lausanne  (C. 
/.  L.,  XII,  162).  Gêna  a  été  altéré  en  cenna,  non  seulement 
dans  Nemeto-cenna,  mais  aussi  dans  Sumelo-cenna,  nom  d'une 
station  romaine  inscrite  dans  la  carte  de  Peutinger.  Sumelo- 
cenna  paraît  avoir  occupé  l'emplacement  de  la  ville  moderne 
de  Rottenburg  et  donna  son  nom  au  territoire  appelé  dans 
une  inscription  romaine  salins  suniclo-cennensis  (Brambach, 
1633).  Sumelocenna  doit  probablement  son  nom  à  un  per- 
sonnage appelé  Sumelo-genus;  mais  le  premier  terme  de  ce 
nom,  probablement  nom  de  divinité,  reste  obscur  pour  nous, 
tandis  que  nous  croyons  comprendre  Nemeto-gena,  qui  signifie, 
ce  nous  semble,  «  fille  du  temple  personnifié  et  divinisé  ». 


I .   Ed.  Teubner-Hertlein,  p.  495  ;  l'idée  de  la  mère  tremblante  Tps-jLOjar) 
est  évidemment  empruntée  par  Julien  à  l'épigramme  dont  l'auteur  a  écrit 

Tpou.£oyaa. 


Gentilices  en  ius.  175 

Quelquefois  le  père  que  l'imagination  celtique  donne  à  un 
homme  est  un  végétal  :  Guidgen  =r=  *  Vidu-genos  «  fils  de 
l'arbre  »,  Guern-gen  =  *  Verno-genos  «  fils  de  l'aune  »,  dans 
le  Liber  Laudavciisis ;  Der-gen  =:*Dervo-genos  «  fils  du  chêne  » 
dans  le  Cartulaire  de  Redon.  Der-gen,  notation  du  ix^  siècle, 
est  devenu  plus  tard  Der-ien  qu'on  trouve  au  ix^  siècle  dans 
une  charte  de  Beauport.  Aujourd'hui  on  écrit  Derrien,  c'est  la 
dernière  partie  du  n.om  de  La  Roche-Derrien  (Côtes-du-Nord). 
Ce  nom  de  lieu  veut  dire  «  La  Roche  du  fils  du  chêne  ». 

Enfin  le  père  mythique  peut  être  un  animal  divinisé.  Un 
prêtre  du  nom  de  Con-gen  =  Cuno-genos  «  fils  du  chien  » 
est  témoin  au  ix*^  siècle  dans  une  charte  du  Cartulaire  de 
Redon,  p.  25.  A  la  même  catégorie  appartiennent  chez  les 
Celtes  contemporains  de  l'empire  romain:  1°  *Uro-genos 
«  fils  de  l'auroch  »  (ûrus),  nécessaire  pour  expliquer  le  genti- 
lice  Urogenius  dans  une  épitaphe  trouvée  à  Lyon  (Boissieu, 
p.  193)  et  le  nom  du  vétéran  Uro-geno-nertus  «  celui  qui  a 
la  force  du  fils  de  l'auroch  »,  dont  l'épitaphe  a  été  découverte 
à  Lyon  comme  la  précédente  (Boissieu,  p.  330-);  2°  Branno- 
genos  «  fils  du  corbeau  »,  nom  d'homme  barbare  nécessaire 
pour  expliquer  le  terme  géographique  Brannogenium  qui  dé- 
signe dans  l'Itinéraire d'Antonin  une  station  romaine  de  Grande- 
Bretagne.  Brauno-geniiini,  sous-emendu  praedi uni,  est  le  neutre 
d'un  gentilice  romain  Branno-genius,  dérivé  de  Branno-genos; 
3'^  Matu-genos  «  fils  de  l'ours  »,  synonyme  antique,  —  mais 
avec  sens  mythologique  —  du  moderne  Mac-Mahon,  qui  dé- 
signe une  filiation  réelle  et  veut  dire  fils  d'un  homme  appelé 
Mahon  ou  l'ours  ;  4"  un  autre  synonyme  antique  de  Matu- 
genos,  c'est  un  mot  dont  nous  n'avons  rien  dit  encore,  *Arto- 
genos,  ou  avec  une  légère  variante  Artigenos  qui  explique  le 
nom,  Arti-geni,  d'un  endroit  où  l'abbaye  de  Saint-Victor  de 
Marseille  avait  une  colonica  au  commencement  du  ix''  siècle 
(Cart.  de  Saint-Viclor  de  Marseille,  t.  II,  p.  641).  Arligeni, 
sous-entendu  fnndi,  est  un  domaine  formé  par  la  réunion  de 
plusieurs  fonds  de  terre  dont  le  plus  ancien  propriétaire 
connu  s'appelait  Arto-genos  ou  Arti-genos  «  fils  de  l'ours  », 
de  l'ours  divinisé.  Il  ne  fiut  pas  confondre  ce  nom  avec  Arti- 
cnos,  qui  veut  dire  fils  d'un  homme  appelé  Artos  ou  l'ours. 


174  ^'  ^'^r^ois  de  Jubainville. 


§  4,  —  Les  noms  d'hommes  Uro-s,  Braiino-s,  Matus 
et  leurs  dérivés. 

Le  nom  d'homme  Arto-s  «  ours  »  était  adopté  sous  l'in- 
fluence d'une  idée  religieuse  analogue  à  celle  qui  a  fait  créer 
le  nom  d'Artigenos.  Les  noms  d'homme  Urus  «  auroch  », 
Brannus  «  corbeau  »  parallèles  à  Urogenus  et  à  Brannogenus 
s'expliquent  de  même  par  un  sentiment  religieux. 

On  a  trouvé  à  Bordeaux  l'épitaphe  de  Julia  Uri  filia  (Jul- 
lian,  Inscriptions  romaines  de  Bordeaux,  p.  351);  Uro-magus, 
champ  d'Urus,  est  le  nom  probable  d'une  station  romaine  de 
Suisse  (C.  /.  L.,  XII,  p.  21). 

lyuro-s  on  a  tiré  un  gentilice  Urius ;  je  n'en  connais  pas 
d'exemple  dans  les  inscriptions  ;  mais  son  existence  est  prouvée 
par  le  nom  de  lieu  dérivé  Uriacus  dans  une  charte  de  Louis  VI 
en  II 13  (Lasteyrie,  Cart.  de  Paris,  p.  i88)-,  c'est  aujourd'hui 
Ury  (Seine-et-Marne).  L'//  du  latin  se  prononce  //  en  français 
parce  qu'il  était  long  :  telle  est  la  quantité  d'urus  : 

Silvestres  uri  assiduae  capraeque  sequaces 
lUudunt.  .. 

Virgile,  Géorgiques,  II,  373-374- 

Quaesitas  ad  sacra  boves  Junonis,  et  uris 
Imparibus  ductos  alta  ad  donaria  currus. 

Virgile,  Géorgiques,  III,  332-533. 

C'est  le  nom  d'homme  Brânos  par  a  long  et  simple  n,  va- 
riante de  Branno-s  «  corbeau  »,  par  a  bref  et  n  double,  qui 
explique  le  terme  géographique  Brano-dunum,  nom  d'une  lo- 
calité de  Grande-Bretagne,  où  dans  les  derniers  temps  de  l'em- 
pire romain  les  cavaliers  d  aimâtes  tenaient  garnison  ^  La  villa 
Brandono  d'une  charte  de  l'an  1000  ou  environ  dans  le  Cart. 
de  Saint-Vincent  de  Mâcon,  p.  225,  est  un  ancien  Brano- 
dunum  ou  Branno-dunum  ;  c'est  aujourd'hui  Brandon  (Saône- 
et-Loire).    Braine   (Aisne)    appelé    Braina    par   Flodoard   au 

I .   Notitia  occidentis,  c.  25,  §  4  ;  éd.  Bœcking,  t.  II,  p.  81. 


Genîilices  en  ïns.  175 

x^  siècle  dans  son  histoire  de  l'église  de  Reims,  est  une  ancienne 
villa  Brana  ainsi  nommée  à  cause  d'un  ancien  propriétaire 
Brânos,  On  retrouve  le  double  11  chez  César,  de  Bello  Gallico, 
dans  le  surnom  des  Aukrci  Branno-vices  où  Branno-  est  un 
nom  d'homme  comme  Eburo-  dans  le  surnom  des  Aukrci  Ebu- 
rovices  chez-  le  même  écrivain.  On  doit  reconnaître  Brannos 
dans  le  nom  d'homme  Bran  fréquent  au  ix^  siècle  dans  le  Car- 
tulaire  de  Redon.  De  Brannos  ou  de  Brânos  est  venu  un  gen- 
tilice  *Brannius  ou  *Brânius,  d'où  le  dérivé  Braniacus  qui, 
dans  un  pouillé  du  xr  siècle,  désigne  Bragny-en-Charolais 
(Saône-et-Loire)  (Aug.  Bernard,  Cart.  de  Savigny,  t.  II, 
p.  1052,  1109). 

De  matu-s  «  ours  »  employé  comme  nom  d'homme,  nous 
n'avons  pas  trouvé  d'exemple,  mais  de  ce  mot  viennent  les 
cognoniina  dérivés  primaires:  1°  Matuus  et  Matua  à  Bordeaux 
(JuUian,  t.  I,  p.  287-288);  2°  Matucus  en  Grande-Bretagne 
(C.  /.  L.,  VII,  1336,682)  d'où  Matuco  et  Matuccius.  Ma- 
tuco  est  un  cognomen  qu'on  trouve  en  Norique  (C.  /.  L.^ 
m,  5624).  Matuco,  au  génitif  Matuconis,  a  donné  naissance 
au  gentilice  Matuconius  dans  une  inscription  de  Castellane, 
Alpes-Maritimes  (C.  /.  L.,  XII,  66).  Matuccius,  autre  dérivé 
de  Matucus,  est  un  gentilice  qu'une  inscription  de  Nice  nous 
a  conservé  (C.  /.  L.,  V,  7923,  p.  931).  Ces  noms  complètent 
ce  que  peut  apprendre  du  culte  de  l'ours  chez  les  Gaulois 
l'étude  du  thème  arto-  et  ses  dérivés. 

§  5 .  —  ar  notation  d'r  voyelle. 

Je  ne  me  suis  pas  arrêté  dans  cet  article  à  une  difficulté  pho- 
nétique :  le  nom  indo-européen  de  l'ours  est  *  rk-tô-s  avec  r 
voyelle  initiale  dont  la  résonnancc  produit  en  grec  un  a,  en 
latin  un  u  antécédent  :  apy.xo;,  ursus.  Régulièrement  cette 
voyelle  r  devrait  produire  en  celtique  un  e  ou  un  /  subséquent: 
rectos,  ou  ricto-s ;  or  elle  donne  naissance  à  une  voyelle  anté- 
cédente identique  à  celle  du  grec. 

Mais  ce  phénomène  n'est  pas  isolé  en  celtique.  Comparez 
au  latin  mortuos,  d'une  racine  réduite  mr  avec  la  voyelle  brève 
r,  l'irlandais   marb ,    le   breton   marv  «   mort   ».    Mettez   en 


176  H .  d'Arbois  de  Jubainville. 

regard  du  latin  posco  pour  porc-sco  =:  prc-sco,  en  sanscrit  pr- 
châmi,  racine  prc,  l'irlandais  arco.  Dans  ces  deux  cas  l'r 
voyelle  est  suivi  de  plus  de  deux  consonnes  et  nous  avons  ar 
au  lieu  de  reon  ri;  la  voyelle  produite  par  la  résonnance  de 
Vr  dans  ces  mots  celtiques  est  la  même  que  dans  le  latin  ar- 
duus,  que  dans  le  gaulois  Arduinna,  où  la  voyelle  r  est  longue 
ainsi  que  le  prouve  le  sanscrit  ûrdhva-s. 


BARBARIA 

Par  une  charte  dont  la  date  se  place  en  971  ou  en  972,  il 
fut  fait  donation  à  l'abbaye  de  Cluny  d'une  vigne  in  Barbaria 
(Bruel,  Recueil  des  chartes  de  l'abbaye  de  Cluny,  t.  II,  p.  386). 

Le  gentilice  Barharius,  dont  Barbaria  est  le  féminin,  est  rare 
mais  s'est  rencontré  en  Italie  et  en  France.  Une  inscription 
d'Avella  en  Campanie  nous  fait  connaître  les  noms  de  Bar- 
barius  Pompeianus  v[ir]  c[larissimus]  cons[ularis]  Campaniae 
(C.  /.  L.,  X,  1199).  On  a  trouvé  à  Valence  en  France  l'épi- 
taphe  que  M.  Barbarius  Perpetuus  fit  graver  pour  sa  femme 
(C.  I.L.,  XII,  1756). 

U Itinéraire  d'Antonin  mentionne  un  nom  de  lieu  dérivé  de 
ce  gentilice,  c'est  Barbariana  :  ainsi  s'appellent  deux  stations 
romaines  d'Espagne.  A  l'aide  du  même  suffixe  a  été  formé  le 
nom  Barbarianus,  noté  BarbairanuniQn  11 85,  d'une  ferme  ap- 
pelée aujourd'hui  Barbayrac,  Hérault  (E.  Thomas,  Dict.  top. 
dudép.  de  l'Hérault,  p.  13). 

Le  suffixe  -acus  est  ordinairement  préféré  en  France.  Une 
terra  de  Barbariaco  est  mentionnée  au  ix^  siècle  dans  le  Cartu- 
laire  de  Saint-Vincent  de  Mâcon  édité  par  M.  Ragut,  p.  243. 
En  992,  il  fut  f:iit  don  à  l'abbaye  de  Cluny  d'un  champ  et 
d'une  vigne  in  villa  Barberiacense  ;  cette  villa  était  située  au 
pays  de  Chalon-sur-Saône,  in  pago  Cabilonensi ,  dans  le  terri- 
toire du  Ballore  (Saône-et-Loire)  in  fine  Bahrnensi  (Bruel, 
Rec.  des  chartes  de  l'abbaye  de  Cluny,  t.  III,  p.  147).  Suivant  la 
Chronique  de  Saint-Bénigne  de  Dijon,  qui  date  du  milieu  du 
xi^  siècle,  le  roi  Contran,  l'an  23  de  son  règne,  soit  en  583, 
aurait  donné  à  cette  abbaye  des  biens  situés  dans  plusieurs  lo- 


GentiUces  en  îus,  177 

calités  voisines  de  Dijon,  notamment  in  Barbiriaco  (Migne, 
Patrologia  latina,  t.  CLXII,  col.  768;  édition  Bougaud  et  Gar- 
nier,  p.  29);  il  s'agit  de  Barbirey,  Côte-d'Or  (Garnier,  No- 
menclature, p.  57).  Vers  l'année  iioo,  l'église  de  Barberay 
(Savoie)  est  appelée  ecclesia  de  Barbariaco  dans  une  nomencla- 
ture des  bénéfices  qui  dépendaient  de  l'évèché  de  Grenoble 
(Cart.  de  Saiut-Huj^ues  de  Grenoble,  p.  187).  Barberey,  Aube, 
est  nommé  Barbariacum  dans  deux  documents  du  xii^  siècle, 
Barbari  dans  un  autre  du  même  siècle  (Boutiot  et  Socard, 
Dict.  top.  du  dép.  de  l'Aube,  p.  12). 

H.  d'Arbois  de  Jubainville. 


NOTA.  —  Du  nom  de  personne  Renus,  au  féminin  Rena, 
p.  169,  on  peut  rapprocher  le  nom  d'homme  Rhodanus  ou 
Rodanus  dans  deux  inscriptions  de  la  Gaule  Cisalpine  (C.  /. 
L.,  V,  n-  3677,  5559).  . 

Enignus,  nom  pérégrin  dans  trois  inscriptions  de  la  Pan- 
nonie  supérieure  (C.  /.  L.,  III,  3784,  3793,  3871)  paraît  ne 
différer  que  par  une  variante  orthographique  d'Eni-genus,  ci- 
dessus,  p.  170. 


ON  SOME  IRISH  TRANSLATIONS 

FROM  MEDIEVAL  EUROPEAN  LITERATURE. 


In  looking  last  spring  through  some  of  the  Irish  Mss.  at 
Dublin  I  found  several  texts,  not  actual  translations  of  but 
more  or  less  closely  based  upon  some  widely  spread  texts  of 
médiéval  european  literature,  vie.  Irish  rédactions  of  the  life 
and  adventures  of  Héraclès,  Guy  of  Wanuich,  Bcvis  of  Sout- 
hampton  and  the  OuesteduSt.  Gral,  ail  in  I5th  cent.  Mss.  A 
doser  examination  of  Irish  and  Welsh  literature  reveals  the 
fact  that  many  of  thèse  texts,  familiar  to  ail  Hteratures  from 
Iceland  to  Russia  exist  also  in  at  least  fragmentary  kept  texts  in 
Ireland  and  Wales;  a  great  part  of  them  remains  unedited,  f.  i.  a 
large  prose  text  on  the  Theban  War,  of  which  besides  a  fall  copy 
in  Ms.  Eg.  1701,  ff.  87a  I — f.  120  ai  fragments  exist  in  Ms. 
H  2,  7  (p.  457  a — p.  460  b),  written  in  1479  and  in  anEdin- 
burgh  Ms.  (Kilbride  Ms.,  two  last  folios,  mentioned  first  to 
me  by  Mr.  Wh.  Stokes)  ^  The  following  extracts  from  the 
above  named  four  texts  may  enable  others  to  décide  whether 
the  publication  of  thèse  texts  would  in  any  way  further  the 
solution  of  the  many  questions  connected  with  their  originals 
in  other  Hteratures.  Their  language  like  f.  i.  that  of  the  trans- 
lation of  Maundeville' s  travels  forms  a  counterpart  to  that  of 

I.  I  hâve  given  a  list  of  the  Irish  and  Welsh  translations,  etc.,  from 
foreign  Hteratures  known  to  me  in  an  article  on  the  Welsh  translation  of 
Maundeville' s  travels  (YCymmrodor,  vol.  X,  not  yet  published.) 


On  some  Irish  Translations.  1 79 

the  romantic  taies  of  the  same  or  later  âges  (so  Echtra  an  mha- 
dra  mhaoil  is  found  already  in  Ms,  Eg.  1782)  and  so  is  not 
without  interest  as  affording  means  to  control  in  several  ins- 
tances the  meaning  and  the  genuine  or  traditionary  use  of 
words  or  expressions  in  the  later  native  productions.  I  hâve 
not  copied  thèse  texts  and  the  extracts  given  below  are  what  I 
then  considered  to  be  sufficient  spécimens  of  the  texts  and  the 
language.  M.  N. 

October  22,  1888. 

I.    STAIR   ERC(aIl)    7    A    BAS    (p.    299    a). 

Ms.  H  2,  j  (T.  C.  D.),  a   iph  cent,  velliim  Ms.  formerly 
belonging  to  Edivard  Lhuyd's  collection,  p.  2jS  a — p.  2<)^  h. 

P.  258  a  :  Bui  ri  uasal  oirmide  doncinel  gregac\\  ampitr/o- 
nis  mac  alisius  m/c  gorgofon  m/c  saduirn  m/c  iuran/<i.  Ro- 
sanntaigh  au.  i;/righside  mnai  adhingmala  donchinel  cf/na  .i. 
alcamena  ingew  electrion  m/c  gorgofon  7  ni  bui  hicomhrere 
ben  robo  CcTime  cruth  7  cuma  i«as  7  Doronadh  coibfledh 
comiadhamla  k-o  7  doratsat  do  cured  diacoibnesaim  7  diatrj- 
tighib  dolongadh  nafesside.  Doradudh  an/;  asenatha/r  dibh- 
linaibh  i;;andochuw  .i.  iub(itcr)  mac  sad///;-n  7  abanseitce  .i. 
iunuind  bandée  7  Arfliicsin  alcamena  do  iub(itcr)  rolas  dia 
gmd  7  iartochaithimh  nafessi  doibh  ro  imthigh  cach  dib  dia- 
cathrachûf //'/;.  Jub(iter)  au...  —  p.  259  a:  Ba  halar/;/  an»  alca- 
mena oiub(itcr)  7  oampitWon  doncu///;^5c  sin.  Comàhc  toghail 
cathrac/;  nabotheme  7  geinemai»  ircail  conmg\  sin. 

Dala  iub(iter)  iarum  docuaidh  reime  dia  c;  ic\\  budein  7  ro- 
foill(sighcdh)  sin  diabanseitce  .i.  iunai/zd  bandée  go/xinntaigh 
iub(iter)  remnai  ampitnon  7  dochuaidh  idha  adb(ul)  uathmar 
coda  isinasalmnai  sin  7  An  aims/r  tc^midhthi  athoirrct'ia  dalc- 
cumena...  —  p.  259  b:  Comàiht  s\n  cet  gniw  gaisgid  e//'c(ail). 

P.  261  a:  Comà\\  aml(aidh)  shi  dorug  erc(ail)  gell  arma- 
craidh  nagr^ge  ana;»ach  na///buadh. 

P.  263  b:  Coriiàh.  hi  ectm  erc(ail)  anoilcn  nacasrac/;  corcra 
cowniccisin  7  r(e)l(iqu)a. 


i8o  Nettlau. 

P.  264  b  :  Conià  e  comme  erc(ail)  7  naleoghan  7  adhmo- 
l(adh)  iunainde  for  erc(ail)  ronnigisin. 

P.  265  b  :  Co«idhi  gabhail  nahegepta  la  herc(ail)  7  ag(ed) 
arigh  coiinicc  sin. 

P.  266  a  :  Conidhé  macgni;;//-adha  erc(ail)  7  tochmarc  me- 
gera  conmc'isïn.  Dala  piroto  mie  esoin  7  i;?gine  righ  podam 
ahainw  sidhe  iartiar/;f(ain)  i;/madha  iarww  nahi»gi»e  rothi- 
noilsit  nasloig  asgacb  naird  àocum  antochmairc  sin...  — 
P.  268  a  :  Co;/idi  cuairt  ri  nasisaile  anif/;'n;z  connici  sin. 

Cir  au.  .i.  m(athai)r  mnd  righ  nasisaile  tanic  roi?«pi  sann- 
gmcc  do  cosaid  ahi;igi»e  dobrcith  iiaithi  dopluto;?  7  dofuairsi 
uaisli  7  ardmaithi  nag/rgi  acaithem  nafleidhi  hain/zsi  dori»dedh 
dingin  ri  nahispirni  7  dopirotw  mac  esoin  .i.  ri  na  tesailli  7 
Tarrla  pirotw  7  tesewj-  uirrthe  arceide  nacathrac/;  7  (ochtaià 
sc(el)a  di.  Adub(air)t  i;zrigan  da  fhaguind  [p.  268  b]  uaisli  na 
g;rgi  uli  dolathuir  roi;;deosain;z  mosc(el)a  doibh.  Ad(ubrad)rtr 
indamil(idh)  morchalma  sin  vidis  sc(el)a  duin;ze  arsiat  7  do- 
denu///  doles  incach  conuir  ambeir.  Atpt'rt  inrigan  ata  mi;zgen 
arsi  .i.  ben  righ  na  sisuile  agpl(uton)  ri  [ijf/rnn  arnab/vith  leis 
are^o-in  7  is  nar  dibsi  maithi  nagr^ge  minatucthai  mi?2ge«  cugum 
opl(uton)  mebhlach  midha3/;/un«ach  uair  ata  coir  îir  talman 
air  7  ni  [fuil  a]  coir  ar  sen  nech  acu.  Ad(uhrad)ar  indaardth^e- 
isech  sin  .i.  pirotes  7  tese//5  coracdis  fein  datahacb  arpl(uton) 
7  Docuadfifr  sacatr(aigh)  ïaruni  7  roin;/sidur  nasc(el)a  si;/  do- 
nagrfgflfc/.'aib  7  ad(ubrad)fl'r  san  nacb  rachad^r  7  narbeg  leô 
iat  nandis  doco;;zlun;z  rehas;/dui»e  isi;zcrui;/de  7  roi/;/getar 
ro;;/pa  hrutn.  ISann  sin  adub(air)t  erc(ail)  refiloces  lingcwi  in 
fogmoir  bui  inacime  lais  dobmth  dachoimét  do«teib  7  ncuir 
isincarcair  coime7a  i«aroibe  pnm  mac  l(amedoin)  angialk  lais. 
Dala  filoces  iarz»;/  doruc  se  lingcz^i"  leis  7  docuaid  ar  muir  7 
nircian  do  i/ztan  do  cunnaicc  incablach  mor  adhbul  vii\docum 
7  Robui  fodhmor  ûchmar  forniata  at?/^  incabl(aigh)  andru- 
madas  aain?»  sidhe  7  Dofhiarf(aigh)se  sc(el)a  dolingcwj-  iar- 
naaithne  dô.  atp^rt  lingais  ataim  amcimç  crapaillti  acerc(ail) 
iarmarb(adh)  mothigzrna  conamuindur  do  7  atathar  com- 
bmth  do?zteibh  domcoimét.  Andrwmudas  aI.  iarclos  nasc(el) 
sin  dô  dogflb  se  inlong  7  filoces  7  dosgair  aglais  7  agebenna 
do  lingc//5  7  Atp^rt  lingc/z^  aairdr/gh  arsé  cur  ïcsta.  dogab(ail) 


On  some  Irish  Translations.  1 8 1 

nateibhe  7  dicennter  cmid[on]  ri  natiabhanac/;  lat  7  hcir  ben 
erc(ail)  angialla  lat  7  gabh  la?2righi  natiabhanac/;.  Roi;;zthigh 
andrwmudas  iarum  dogab(ail)  nateibhe  7  .s.  mili  fodlimoir 
marienris  7  dog^bsat  cuan'acnchaibli  natiablian^c/;.  doairgedur 
[p.  269  a]  7  do'mnrudar  intirsin  coleir.  lArclos  nasc(el)sin  do 
cmidhon  .i.  ri  na  mhhanacb  docw/rse  tecbta.  arcen»  a;»pit;'/on 
7  tanicc  se  cugi  ronamorteghlach  7  tugadûf;-  daceile  7  andrw- 
mudas  7  tarrla  lingc/zi-  7  craiàhon  daceile  isincath  7  Doro/zsad 
cowrucc  fmhir  fergach  foniiata  reroile  7  dobuail  lingc^j  tri 
beimenna  brishman\  bais  ar  ri  natiabhanac/;  condorchair  marbh 
ganan/«ai».  uair  rogt'r;'  achathbarra  cxm  clochbuadhach  cu/«- 
daigh  don  cet  builli  7  rotrascair  e  dond^ra  heim  7  doben  acen» 
de  dontr^as  beim.  Robrfsedh  hrum  arnatiabhanflc/;aibh  iarmar- 
b(adh)  arigh  7  rotheithsit  isincathr(aigh)  7  ampitr/on  mara;n 
riu  iarna  c;rchnug(udh)  comor  isi?/cath  7  Rolen  andrwmudas 
cottathodhmoraibh  iat  mnus  co7;dechudar  anenkcht  7  natiab(a- 
naighe)  isinteibh  7  rog^bsat  incathr(aigh)  7  domarbad^?'  as- 
l(uaigh)  uili.  Anuair  docun/micc  megera  .i.  b^/î  erc(ail)  aha- 
th(air)  artoiti;n  rogabh  eneirte  hi  7  adub(air)t  niheid/r  dul  sech 
ancinM^r^dh^  arsi  7  is  trwag  du'md  gan  erc(ail)  acarni^ididin  di 
hudesta  7  Rogab(adh)  megera  7  ampitnon  lehandr/zmadas  7  do- 
rijzdi  seriarcathr(aigh)  nateibhe  dolingcz/^  7  rofhagaibhse  ceitr/ 
cet  fodmoir  fare  lingcz/j  acoi;»ed  na  cathr^c/;  sin  7  Dolleic  se 
pr/m  mac  l(amedoin)  robui  and:cirsi  acerc(ail)  amach.  Con'i- 
dhe  gab(ail)  nateibe  7  marb(adh)  righ  na  tidbhanflfc/;  coimicci. 

P.  269  b  :  Co;zidhi  tuar^jcbail  if/niu  .i.  cathrach  pl(uton)  si«. 

P.  270  b  :  Con\dK\  toghail  lîirnn  7  marb(adh)  plutoiw  7  di- 
cen;md  ceribrwi'  con\\\cc\  shi  7  r(e)l(iqu)a.  Uilliam  m^c  an- 
•  lega  a^îii  sgribhsit  u'  bona  morte  pmbit. 

P.  271  b  :  Con\d\\  aml(aidh)  sin  rog^ïb  erc(ail)  m  teibh  îor 
\\ngcus. 

P,  271  b:  Cûn\d\\  aml(aidh)  sin  rodigail  erc(ail)  aesanoir 
fadho  ar  prim  uair  rotoghl(adh)  intrax  fadô  les  7  domarb(adii) 
prini  fein  arantoghail  dhc^i^aigh. 

P.  272  a  :  Conidhe  tochmarc  echee  i/zgine  asfeir  conniccï 
sin, 

I.  I  hâve  uscd  ea  to  transcribc  c  with  a  sniall  a  underneath  it  of  the  Mss. 


i82  Nettlau. 

P.  272  b  :  Con'idhQ  sin  an  cet  cath  docuir  erc(ail)  arann- 
tenor. 

Dosmuain  erc(ail)  iname/miaiw  nach  testta  dotragib  riga- 
chta  uadha  acbt  amain  aheilh  ganel(adh)aiH  dô  7  Docual(a)se 
coroibi  ri  isindowun  i;niinb(aidh)  sin  7  gorbardmaigist/r  isna 
7  neladhnaibh  somaisé;c/7a  sa?ra  hé  7  condenad  se  ars  memora- 
tiua  .i.  el(adhn)a  nacui/;/ni  dochacli  acoitcin;;e  7  Rotr/all  er- 

c(ail)  cuigi  dfaghail  fogliluma  uadha  —  p.  273  b  :  Conï- 

dhi  er/;/ra  erc(ail)  agdenu/«  nanel(adh)an  conmcx. 

P.  274  b  :  Comdh  aml(aidh)  sin  dochoisc  erc(ail)  diumwi  7 
f^oir  anntenoif . 

P.  275  a  :  Conidh   aml(aidh)  sin  do  rue   erc(ail)   buaidh 

forna  mnai?^  morcahiia  mileta  sin  7  r(e)l(iqua).  ( atecbt- 

akecbt  oban;zrighai?z  naheigipti  7  natisi  7  na  capadoisi  7  na- 
hasia  ule  .i.  sinoib  ahain/;/  ). 

P.  276  b  :  H.  incncliaibh  nacalidoine  ...  xneus  À.  airdr/gh 
intiresin;  bis  daughîers  dianira  7  gorge,  etc. 

P.  276  b  :  Tareis  nanilgni/n  sin  dodenuw  derc(ail)  roloduir 
cona  dirmaduibh  d(?//;sloigh  colerne 

P.  279  a  I  :  Conidhe  comhn/c  hé'rc(ail)  remonstras  connic- 
cisin. 

H.  îvoit  cocathr(aigh)  atenwj  .i.  incathair  inaroibhitesiw^..., 

to  tbe  to-wn  0/ ligsi  isi;/gmg ,   sanespain  7  coruigi   iwmuir 

afrflicci Cirion  p.  281  a:  iarclos  duHxes  .i.  toisech 

gregacb  erc(ail)  doheitb  isifz^o^in  sin  docuir  se  mailion  .i.  rid/fi 
mormen/Hach  diachab//r  cosloghaibh  aidhbh  marasn  ris  oca- 

thr(aigh)  megida  Conidhe  sin  iwdara  cath  docuir  erc(ail) 

{orcinon. 

P.  282  b  :  Goruhh  aml(aidh)  sin  tairnicc  iwcogudhsiw  laer- 
c(ail)  arnaspaint'c/;aibh. 

Foundation  of  tbe  town  0/ coroighne    p.  281   b.  Dala 

sluaigh  na  cartagine   calc«^  aitilais  .i.   ardmaigistzV 

isnaheladhnaibh  dmigec/;^a ulcan agrigh  nasisaile 

city  o/terracone Dala  erc(ail)  iarww {be  went  to  tbecity 

of)  salamanque  7  robui  sel  inwti  agdénum  eladhan  anuaim  tal- 
man  7  docuaid  assin  cocatiloigne  .i.  cathair  ele  isidhe  7  robui 

sel  innti  agdenuw  eladhan  isi?z  cathr(aigh)  sin  (be  went 

afterwards)  ap;-(?in?îsi  ele  7  dori«di  cathair  daingen  mnii  dar- 


On  some  Irish  Translations.  i8j 

bainw  barsiloine,  wbere  he  niade  delb  alain»  dor  brui»dti  lobich 

answers  every  question  put  to  it  relating  to  the  libéral  arts  

p.  286  b:  Robui  .y.  sgn'benoir  acoiwidt'c/;^  erc(ail)  agsgrîb(adh) 
astaire    budhein  uair  robannsa  le  htTc(ail)  liub«/V  7    eladna 

sœra    narigi   natalmau    ule  ;    acatr(aigh)    nacremone    7 

acathr(aigh)   na  melane  euander  .i.  ri  nahedaille  

pnccwi"  .i.  ri  nacalidoi?ze  

P.  290  a  :  Gc'raib  aml(aidh)  sin  dochoisc  erc(ail)  àmmus  7 
egoiï  calcwj  corpthi  chtnbrrathaigh. 

Facua,  aho  ur/'/^m  faucua,  baiiintig/rna  laurin;;d  

Dala  h£Tc(ail)  iar//?;/  doceileba/r  doib  7  roi?;îigh  uatha  

p.  291  a:  DaLi  — p.  291  b:  Conidhe  sin  c<?/(cath)  do- 

ciiir  li^rc(ail)  ior  priccus. 

P.  293  a  :  Co;zidli  hi  toghail  aithrach  na  cailidoi;/e  laher- 
c(ail)  7  marb(adh)  ^riczus  conmcï  sin. 

P.  294  a  :  ConidhQ  tochmarc  yole  iwgine  pricus  lah^rc(ail) 
connicis'vi. 

P.  294  /'  :  Co//idh  aml(aidh)  sin  romarbh  erc(ail)  iw  fodh- 
moir  7  rofliostaigh  se  abancheile  .i.  dianira  i(ngin)  righ  na- 
cailidoini. 

P.  296  b  :  Coma  [a]ml(aidh)  sin  dothoit  an;/tius  mac  terri 

laht'/'c(ail) licas  etc p.  299  a:  Docr;/in;ng  iiloces  ct^rp 

antrmmil(idh)  diabrath  diaannlucudh  dontempull  do  ordaigh 
fein  dodenum  san  edaille  areuandtr.  Docuidh  se  cocathr(aigh) 
lisi  7  roin;zis  in  mortcht  sin  7  Docainedh  acu  cotrom  7  [t  ?]ai- 
brenach  e  7  arféd  nagtcige  uili  maill(e)  heigim  arda  acaiwtecha 
7  regoluibh  greannma'ra  glithfin[%.  d  ?]echa  7  relamcowairt 
lamh.  Conidhi  stair  erc(ail)  7  abas  conn'icà  si;/,  finit. 

Bi  cuma  dianira  ingine  righ  na  cailidoine  fa  erc(ail)  annso. 
oir  intau  dochual(a)  dianira  bas  dfagbhail  derc(ail)  adub(air)t 

is  tr^ag  ingnim  sïn  p.  299  K*  IS  e  crc(ail)  romarbh  atach 

coimeda  oilcin  na  caerac/;  corcra  7  ise  rocengail  filoces  

then  foïloms  an  enumeration  of  the  contents  of  the  story  which  is 
brought  up  top.  2yp  a  (H.'s  struggle  ivith  the  monstra^)  when 
the  Ms.  breaks  off  at  the  end  of  col.b.  So  the  Ms.  contains  the 
complète  tcxt  (safe  a  feiu  Unes)  and  a  part  of  the  list  of  contents. 


1 84  Nettlau. 


2.    aUESTE    DU    ST.    GRAL. 

Stoiue  Ms.  ^<)2  (D,  4,  2)  on  a  part  of  the  other  contents  ofwhich 
see  K.  Meyer's  article  in  Rev.  Celt.  VI,  contahis  large  frag- 
ments of  an  Irish  translation  of  the  Oueste  du  St.  Gral  hound 
upiuith  the  other  parts  of  the  Ms.,  vie.  ff.  40-4),  )'j,  jS,  67, 
6^-j4.  A  feui  extracts  are: 

[ioso]  F.  40  a  j  ;  p//j-  airm  amboi  eualac  7  rotairmisc 

[ ]  antsl(uaigh) Rotindscain  iosopwj  prrtL'cept  breit/'i  de 

7  intsosc(el)  coimdeta  7  sc(el)a  anref/;/a  n:ei  7  paisi  i/;u  cr(ist) 
7  aeiseirigh  ilîad(nais)i  eualac  7  inadeg(aidh)  siu  roerrlam- 
haidb  iosopwi  sciatli  gle  gel  7  rosuig(idh)  crois  dosroll  datha 
àonnàeirg  imeodhon  insceith  7  rotaiselb  ifiad(nais)i  eualac  7 
roraidh  iris  combad  ana;/maim  cruïchi  cr(ist)  norag(adh)  ana- 
g(aidh)  tholam/V  uair  ata  ifaistîne  olse  comuidf(er)  cath  fhort 
re  tolam/V  coctnn  teora  laithe  7  teora  naidhch(e)  co;;zba  com- 
foccus  àîiil  budhei?^  tider/;/  indarrdenaibh  ecca  7  oighedhi  intan 
hus  do  aigïn  duit  icro;2cathach(udh)  nocht  ansc(iath)  7  gaidh 
ancoimdhiu  c\xmachtd.c\i  rofodhaim  croich  7  cesad  darcen«  an- 
dnedd.  dc-en^za  corïoîonacht^dài  tu  asaneicen  ambia  7  corotsîera 
{on  nai/;/diu  7  corotidlaici  tu  CMjancradem  catholica  ardaigh 
combla  afrescisi  de  fodeoigh.  roimth(igh)  eualac  remé  ar 
amMi-  tolam/V  7  roferad  cath  ain;;nn  escairdem(ail)  et//;Ta  7 
eualac  corromhuidh  foreualac  îri  teora.  laithib  am(ail)  ïshert  io- 
sopMi",  IS  andsin  rocuimnidh  ios  eualac  for  aithescc  iosop//j  7 
ronocht  donsc(iath)  7  atco;nzairc  deilb  noidhen  i^maighin  cro'i- 
che  cr(ist)  inimed/joti  i»sceith  7  alo?;/ma  cro  ictep/'/sin  darbel(a) 
nanal(adh)  bat^rfair.  ISandsin  rocuimnidh  eualac  forcowuirle 
iosopMJ-  7  isptTt  inroraidh  iosopw^  (ris  ut  an(te)  d(i)c(tu)m. 
Asahaithle  sin  rosoied  incath  ïor  tolam/V  cotorcuir  uodein  7 
inrop  mesja  dia  m(uin)t(ir)  7  roimpo  eualac  combuaid  7  cos- 
car  cocatraig  sarais  7  romorad  ain;;;  de  7  acruiche  7  iosopus 
tr/asin  mirbuil  sin  Dorala  nech  isincath  iartesc(adh)  alaimhe 

de  7  doratad  mordrms  ùir  (upon  Eualac)  ,....  sarapi  ... 

7  doratad  nasiens  fair 


On  some  Irish  Translations.  185 

F.  41  a  2:  Doronad  mortinol  ele  nanag(aidh)  sidhe 

lasluadha  nabr/taine  i;»marig  7  roferadh  cobleng  croda  cm/tu 
disiu  7  anall  coromhuidh  incath  ior  britainibh  coroldd  andr  co 
dirime  iartoitim  inrigh  ..... 

F.  40  ^  i  ; 7  fogeba  ansciath  conià.  he  sin  fis  bunaidh 

inscel  roarhcomaircis  ol  inrid/ri  7  \siusi  in  tairrng/Vt(e)  sin 
olsé  7  ise  dia  ro  erb  fort  tidcr/;^  cusxxx  mainist/r  airm  ifii  nasinens. 

lartaircsin  nambr/awr  donrid/ri  roimtig  rewi  7  ni  fes  do 
galafas  cait  and6'flch(aidh).  Rosoi  im(orro)  sir  .g.  7  inscuiber 
c«5inmainist/r  doridisi  7  ro  oirn(idli)  sir.  g.  esim  ^t);znd^;-na2 
rid/ri  de  7  rogaidhsim  sir.  g.  imalecadli  leis  ce(ch)  conair  no- 
dhighsedh.  rofei/;ndh  sir.  g.  fair  uair  baftrr  leis  heith  indua- 

th(adh)  7  rochual(a)  an  ngarbfogwr  nglitid^c/;  icergi  asa- 

nadhnac(ul) dorât  sigin  na  croiche  daraenecli... 

F.  41  a:  7  dobi'rt  sir  balbuaidh  gai  dô  7  doroine  sir 

imuiw  7  sir  boos  an  cetrxz. acd  fechsain  caich  is  gaisc(idh) 

.i.  gi«5dail  doronsat  anla  sin  dib  linaib sir.  1.  7  s/V  p^rsual 

it^r  sir.  1.  7  i(ngi)»  rig  pesiur 

F.  \2  a: cotainic  araile  maigdin  ogc Boi  d"ingnad 

aile  acomaidher/;/  ancl(aidh)i;«  .i.  cris  dobarrach  cnaibi  icaim- 

cur  7  roboi  sc/'/btha  air   ;  f.  42  h:  dorât  an  cl(aidh)iw 

buille  daraslinden  co\.ox.z\\a\r  faonfortarrsna  dara  ais  isinluing... 

F.  42  ^  7  .•  Dala  nixAireàh  m.  dodlutaidsid  risiw  nimdaigh 
7  atro««cadair  \ri  huathn6'i/;a  cusaine  ndatha  agahimfulang  .i. 
uaitne  indath  smchti  7  araile  andath  fhola  7  araill  andflth  as- 

miron  .i.  cloch  cond^th  nglds f.  43  /;  2  ...  7  la  hairseduib 

irgaile  in  buird  crwind  scc/jnon  na  br/taine  moire  

F.  44  a  /  .•  sir  balbuaidh  7  sir  echtair  maireis  7  dola- 

\.ar  sidhe  riangalafas  isincath  dardorwi  incaisteoil  7 

tarfas  doib  {\o  Galafas  and  Ihe  maighdin)  long  \uchtmar  lan- 

fairsing   icluthar  incuain  7  incaladpo/Vt  f.  44  ^  2  :  fuath 

natrach  neime  dianadain;»  papal»ites  7  nigaband  t^'ibach  imar- 

crûch  acath  nacomh](ann)  inti  icambia  7  fuath  eiscc as- 

ruth  rcnap<Tar  efmcn  —  f.  45  b  2  Denum  am(ail) 

sut  arid/Vida  arinmaighdin  uair  rcctai  allcas  [ujarscith  7  uar- 
toirrsi  docli///V  dib.  Dognit^r  saml(aidh)  7  rof/rslaitt  cohano- 
rach  cat  anoidhchi  sin  7  roriurf(aigh)  gal(afas)  dib  crcd  asa- 
fuaradiir  ancis  aingid  etrocar  sin  boi  acu  icathabhach.  Ni(nsc) 
Revue  Celtique,  X  13 


i86  Nettlau. 

orsiad  acind  dabli(adn)a  onaimsirsi  rotoit  bantigt'rna  ancais- 
teoilsi  aluhra  galair  7  domtait  legha  7  fisicc^û^a  diahindsoig(idh) 
7  is(edh)  forfuaradar  inalebraibh  comadedh  noshnaigïcdh  hi  .i. 
adœthain  do  cru  i(ngi)n  nen;/ac  dofagbail  7  t//cad^r  sluaigh 
ancaistialsi  andaingen  7  anerrsnad;«an;i  fo  gan  i(ngi);z  righ  na 
roflatha  do  leccad  uath(a)  can  ancis  utt  dobein  di  7  ismor  do 
i(nge);/aibh  airdtig^rna  7  dofol(a)  uaisle  7  anuaisle  dorocradar 
lind  risi;/resi«  7  dandt'rtch(aidh)  aon  i(ngi)n  uainn  sœr  ni  hi  an 
i(ngi)n  (end  off.  4s). 

F.  57  (to  be  inserted  after  f.  40),  a  i,  1.  8.  larnafaicsin  sin 
do  sir  meliant  rogaidh  sir.  g.  imalecc  isin  coiiair  boi  donleth 
cli  ardaigh  condtTb(adh)  agaisc(idh)  7  cotormaigh^J/;  aall(udh) 
7  akdercus  indacetguaisid.  Rocetaig  sir.  g.  dou  7  rogab  uadein 
isin  leth  ndeis  7  nihairm(i)ttT  almtecbtii  sunda  colecc  acht  is 
do  sir  meliant  labras  budesta.  Dala  im(orro)  sir  meliant 

F.  58  a  2  :  Imth//ia  teglaigh  anbuird  cru'md  otcondaitar 
ancatha^ir  ba^glach  arnoirisim  fanrid/ri  occ  7  narscar  aon  neach 
dandeach(aidh)  i»dti  riam  can  bas  no  bithainî?«  fm.  Roin- 
gantaigsit  comor  annisin  7  is(edh)  rotuicsit  comdhe  ancoiw- 
diu  cumachtach.  rofoidh  dia  nindsaig(idh)  he 

Among  the  unboiDid  fragments  of  vellum  Mss.  forming  a  part  of 
the  collection  of  Irish  Mss.  in  the  Franciscan  Convent  of  Du- 
blin thereare  two  leaves  of  a  i^tb  cent.  Ms.  containing  parts  of 
probably  ihe  same  translation  of  this  text  (dealing  with  Bort 
and  Lionel' s  adventures)  ;  cf. 

F.  I  ^  .•  [cinjiudha  doéndai  7  ise  a«  cran«  étoinech  forsarai- 
bhe  .i.  an  sa2g(ul)  roboi  cen  credew?  ci»  riaghail  ecalsa  ria«- 
gein  cr(ist)  acht  sil  adhai/;/  uile  icdul  anif/Vn  aci/zaidh  asittws/r 
uair  ropiatsei?z  na  heoiw  marbha  corodoirt  i»tén  uasal  .i.  ih"u 
cri(st)  afhuil  isin  croich  cesta  diataithbeodhadh  

F.  2  b  :  Otcual  sir  bo(rt)  na  haithescasi//  ba  derh  lais  comd 
bas  foruair  sir  liuinel  7  ba  moiti  athoirrsi  7  at;7^aighnemeli 
anairetsai?/  diascel(a)  dfhaghbhail  7  roboi  sist  cen  labra  cen 
ermasin  aruamhan  i^sceoil.  Oroermais  labhra  fa  deoigh  ro- 
gaidh sir  bo(rt)  forin  senoir  c(or)p  abrathar  dotaiselbad  do 
masamarbh  roboi  aco/;//;air  aadhnaicthi  doso?»  rc?«anoir  con&i- 


On  some  Irish  Translations.  1 87 

mhiti;?  am(ail)  uadh  chub(Liidh)  f;7  huasli  achineil  7  fm  de- 

gainll(iudh)  ïehi  Asahaithli  ïebi  rotôcaib   sir  bo(rt)  hi- 

c(or)p  êter  adibh  lamhaib  7  rochuir  andillait  an  sdeda  he  7 
roataig  fo/'anseo/7oir  aseol(adh)  coaroile  maiuist/r  ecin  i//ana- 
dhnaicf(edh)  corp  abrath(ar)  ISp^rt  in  se?îoir  fr/seom  boi  deir- 
tech  hec  viacoiiiùxocus  7  bataitt-  (end  off.  2)^. 


3.    BETHADH    s/r    GHUI    Ob[ar]b[h]uIC. 

This  is  thc  title  (luritten  in  a  latcr  hand)  ofthc  story  contained  on 
pp.  300-)4j  of  Ms.  H  2,  -j  (T.  C.  D.),  follozving  imnie- 
diatcly  after  the  ahovc  dcscribed  life  of  Héraclès. 

P.  300  a:  Bui  iarla  roim  saidhbir  asaxanaib  doshindrudh 
diarbacowainm  risderd  obharbhaicc  7  robui  da  itirhcht  aigi  .i. 
Kwhcbt  à  b^rbhuicc  7  hrhcbt  bocigam  7  dobfrr  saidhbhir  so- 
chinelach  intiarla  conilimad  gâcha  maith//5a  7  Robui  ingeii 
cr«thach  ca;mhalui//d  adingmala  aigi  .i.  feilis  ahain/;/  sidhe  7 
niroibi  inahaimstr  ben  dobîerr  dclbh  7  denu/;/  modh  7  mû- 
nudh  druine  7  dethhes  nani//gin  sin.  Docuiredb  .y.  ardmaigist/r 
diamunud  an/îsnahcl(adhnaibh)  snsra  7  nircian  laruni  disi  co- 
mcll(a)  amaigist/V  ingac/;  clathai;/  cotucc  i/miaighist/r  slat 
amuinci  di  budhei/z  iarnasarug(udh)  di  ingach  egna  aciivi  a 
secht  mbl(iadhna)  dt'g  dosin;/r(u)d.  Coclos  tbniili  doniun  adeth- 
clû  it/V  egna  7  ordan  7  cincch  eter  cy7/dhb(udh)  7   ciun//i  7 

c it/V  gloine  7  gais  7  glic//i'  g<'rbolan  dasrrc  7  dasirgnidh 

uaisli  7  ardmaithi  naouinnc  cocomcoitcen;/.  Robui  dî  sdibard 
uasal  oirbiz/dcch  agiarla  o  bi^rbuicc  aninbuidii  sin  .i.  siccard 
aain;»  sidhe  7  dobfcr  fortill  firchalma  c  conibuaidh  coscuir  7 
co;//niaidhmi  m^cich  gni///  robo  dir  doneoch  dohadh  aigi  7  Ge- 
nv/d/;  uathadh  doniarla  nirba  iionihun  lais  nen  sl(uaigli)  na 
socli(rait)i  nrht  combctli  intuasal  barun  sin  agaimcoimcV  7  ISé 
robidii  aciabliacii  acissa  7  acliana  doniarla  7  gidbc  donidh  do- 

I.  Ms.  Rawl.  B.  s  12,  ff.  123  a  i-i59b2  contains  anothcr  fragment  of 
this  tcxt,  as  thc  extracts  printed  from  it  by  Wh.  Stokcs  show  {Triparlite 
Life  of  Patrick,  1887,  I,  pp.  xxxvui-xxxix). 


i88  Nettlau. 

gra  no  doible  (ris  imcis  iniarla  . . .  doW/'adh  san  achar  7  in;/arb(a) 
asafiaith///i  fein  forra,  7  Robui  mac  adingmala  agansdibard  sin. 
gyi  a  ain77zsidhe,  7  roshâraigh  na  uili  macu  aaims/n  avmét  ar- 
mais! armacantaf/;/  arnôs  arnert  arnidechwj  aruaill  araicned 
arzracbtus  gorhàhn  nacr/cha  coco;;;la;/  7  nacen^acha  comfo- 
cuiss  dia  clu  7  dia  all(udh)  7  Gachinadh  iwacluineadh  gyi 
cluithighi  aonaig  7  ibhnis  7  oir(r/;/ais  arfed  7  arliarlaid  crich'i 
s^ruaisli  saxa;;  [p.  300  /;]  dofrcag/'adh  iat  7  dob^radh  buaidh 

gâcha,  buidhni  cobarruil  7   G,  was  made  sguiger do- 

cuir  se  leine  sremnaighi  sroiW  reg;'/an  ageilchnis  p.  302  b 

sicart . . .  sir  eront . . .  sir  uront . . .  sir  uri . . . 

P.  303  ûf  ;  Con\à\\\  eslainti  7  guasacht  sir  gyi  o  barbuic  tri- 
gradh  iwgine  i/àarla  conmcci  sin  7  r(e)l(iqu)a. 

P.  303  b  :  Cn;/idhi  cuairt  sir  gy  sanormoi«t  sin. 

P.  304  b  :  Conidhc  cetgnim  gaisgidh  sir  gyi  iarfiigb(ail) 
saxan  cojimcci  sin  ...  Çsir  gayer  ...  otan  .i.  diuici  na  pani  ...). 

P.  305  b  :  Coindhï  digbail  nalu;»bardflc/;  ogyi  connici  sin. 

P.  305  b  :  Co;ùdhi  cuairt  sir  gyi  obûrbuic  acri(ch)aib  bri- 
ghmara  nabmai;/e  connigi  sin  7  r(e)l(iqua)  ...  Coiiidlù  cuairt 
gyi  acr/chaibh  saxan  coiinicci. 

P.  307  a  .•  Conidhi  cuairt  gyi  cobrwidis  connigisin. 

P.  308  a  :  Cc7//dh  aml(aidh)  sin  roiheal  diuici  otun  argyi... 

Cojiidhe  oihr us  sir  gyi  conigi  si« Co//idhe  othnis  sir  he- 

ront  connigi  sin  7  r(e)l(iqua). 

P.  309  a  .•  Conidhi  cuairt  s/r  gyi  afarradh  poeil  si«. 

P.  310  a:  Conïdhe  cet  cogadb  sir  gy  aranimp^r  connigi 
sin 

P.  310  ^.-  Conidh  é  sin  an  t;ras  cath  docuir  sir  gyi  ar- 
muindtir  animp^ri. 

P.  316  a:  Conidh  aml(aidh)  sin  fa  fuin  dow  cogudh  idir 
antimper  7  d(iuice)  na  lobeine. 

P.  315  b  :  Conidhi  cuairt  sir  g(yi)  san  almaiw  connigi  sin. 

P.  319  a:  Conide  ai/nles  ansdibaird  arsir  gyi  connigi  sin  7 
r(e)l(iqua). 

P.  320  a:  Co;?idhe  sin  indara  cath  docuir  sir  g(yi)  aran- 
sabdan. 

P.  322  a:  Conidh  aml(aidh)  sin  fa  fui;/  do  cogadh  intsab- 
dai«  la  sir  gyi. 


On  some  Irish  Translations.  1 89 

P.  323  b:  Comdhï  cuairt  sir  g(yi)  fare  him^eri  cons3.m'm- 
nobile  connigi  sin. 

P.  325  a  :  Couidhe  cet  cumann  sir  g(yi)  re  sir  tirri  anw  sin. 

P.  326  a  ;  Ctwidh  aml(aidh)  sin  fa  fui;z  don  cath  shi. 

P.  ^2j  a  :  Conïdh  aml(aidli)  sin  ro  comhuirligli  d(iuici)  na 
l(oren)  feil  for  gyi. 

P.  328  rt  ;  Conidhe  sc(el)a  in  fill  conicci  sin. 

P.  328  b  :  Conidhi  cuair  sir  gy'i  acn'cli  natz/rcach  connicc'i 
s'in. 

P.  330  û(  .•  Ccmidh  aml(aidh)  si;z  doc;-/chn(aigh)  sir  gy  aco- 
gadb  re  d(iuici)  na  l(oren)  7  mar  dodighail  arid/ri. 

P.  331  a  ;  Conïdh.  aml(aidh)  sin  docoiscedh  cogadh  i«dadi- 
uice  de  sir  g(yi)  6  b(arbhiuic). 

P.  334^  .■  Conidlie  toclimarc  btguie  iarla  ob(arbhuic)  les/r 
g(yi)  connigi  (...  ioh(ann)es  de  alcino...). 

P.  335  a:  Conïdh  a7;zl(aidh)  si/z  docuir  gyi  insxgaïl  de. 

P.  335  b:  Co//idhi  dichuma  nasaxanach  iwgyi  7  lorguirecht 
sir  h^ront  connici  sïn. 

P.  338  a:  Conidhe  comme  sir  gyi  ôb(arbhuic)  7  amoront 
C07imci. 

P.  339  ^  .'  Co/zidh  i  cimiacht  sir  herom  isin  afmic  ("o;?nicisin. 

P.  341  b  :  Conidhi  cuair  sir  gyi  fare  iarla  tirri  conicci. 

P.  343  a  :  Conidhe  co/;/rug  colobrcn  7  sir  g(yi)  conici. 

P.  344  rt  .•  Conïdh  aml(aidli)  sin  docnclinuighr^/;  bt'//;a 
anxu  vidiri  isluga  dobolc  daroibhi  i/zai/;/szV. 

P.  34)  b  :  Conid  aml(aidh)  si«  rofagadar  i«darid/n  si«  cricha 
nahafrrtice. 

P.  346  b  :  Conidli  aml(aidh)  sin  rogahh  r(oighnebron)  nert 
forinrigh  sigdha  ro;micci  sin. 

P.  347  a  :  Doraidh  inridzVe  inzzeosa  misi  scéla  dibh  arse. 
uair  is  ridzVi  saxanach  misi  arse  7  mac  do  sir  hcrom  me  7  ri- 
d/Vi  domui//dt/V  sir  gyi  obarbuic  7  sir  aslog  main/z/  arse  7  Do- 
cuaidh  math(air)  .i.  sir  eront  do  lorgairrr/;/  adalta  .i.  roigline- 
hron  m/c  sir  gyi  obi^rbuic  dogoidcdar  foiren/z  luinge  cenn[ai- 
ghcj  uadlia  sanafn7icc  hé  7  atait  sechl  mbi(iadn)a  ôduaidiieran- 
lorgiiirccht  sin  7  nifuaramar  enfocul  dosc(el)aib  cechl^r  dibh 
risin  rc  sin  7  Anuair  fatainic  ais  gaisgidh  damsa  dogabz^i  gra- 
dha  gaiscidh  7  dcisi  ridzVi  cugu;zz  7  tanag  doshiub(ail)  ando- 


190  Netilaii. 

man  dolorgair^f/;/  math(ar)  7  mod^rbhcomhdhalta  7  Rofostaid 
iarla  salua  me  docogad  arduicnice  nzhurgu'me  7  rohin«radh  7 
roharged  inbz^rguine  liuw  in  bl(iadain)  so  7  Ata  coimh^^  na 
slighedh  so  rebl(iadain)  uair  isi  so  conuir  coitchenn  gaich  asin 
shiubhlflfi  i;zdowan  soir  no  siar  7  nisiubhuil  i;;co;Riir  so  rebl(ia- 
dain)  œn  rid/ri  narfiabhroighesa  sc(el)a  mathar  7  modtvbco- 
malta  dibh  7  nifuarMj  en  fhoc-(p.  347  Z')ul  dasc(el)uibli  ri- 
smre  7  ornach  fuar//j-  nirieighis  eladhach  bt^//;ad  orwn  dib  gan 
marb(adh)  7  isiad  sin  mosc(el)a  dibsi  7  Fos  doden  in  cetna. 
ribsi  .i.  boinfed  adharcen7zdibhsisul  nachsgarud  rib.  Adub(air)t 
sir  h^ront  nicoir  duit  sin;/e  domarb(adh)  arse  uair  is  misi  ha- 
th(air)  7  isesin  roighnebrt'n  resnafuil  tu  aco;nrug.  lArnaclos 
sni  do  s/r  aslocc  dotliuirrlig  coluath  7  dothoirrbig  teora  pogh 
chodil  dichra  dc//;tairisi  do.  r(oigiinebron)  7  dosir  liront  mar 
an  Q'^na  7  Dochuadar  amillsi  br/atliar  7  acaine  co;«raidh  re- 
cheile  7  docuad^^r  iarsin  acenu  iarla  salua  7  dorônsad  sidh  itir 
e  7  diuice  nabwrguine  7  Tangad^ïr  asaxanaibh  iarsi;;  7  nirug 
roighnebron  beo  aramath(a;V)  ann  7  doglac  se  oighrecht  ashe- 
nath(ar)  cuigi  .i.  hrlacht  obr7/'buic  7  iarla<:/;^  boicigam  7  tug 
se  barûntaf/;/  dos/V  hrront  7  ilimud  maïûiiusa.  ele  irechois. 


4.    BIBUS   O    HAMTUIR. 

The  same  Ms.  coiitains  on  pp.  ^^Sa — )6)b  a  translation, 
impcrfect  at  the  end,  of  thc  story  of  Bevis  of  Southampton. 

P.  348  rt:  Bui  iarla  saidhbîV  socharthanach  asaxanaibh  do- 
shin7îrudh  diarbaco;;/ain/;/  sir  gyi  ohamtuir  7  docliaith  se  da- 
tr/an  a  aisi  7  aaims/ri  regaisced  7  regnathirgail  7  niroibi  ban- 
cheile  aigi  risinre  sin  7  Tugad^r  aass  gradha  mar  comairle  dô 
ingen  righ  albun  do  ihahain  mar  mnai  7  ISaml(aidh)  robui 
aniwgen  sin  7  gradh  adbulmor  aici  domA^c  animp/rf  almai7?digh 
.i.  para  aainw  sidhe  7  dobidh  seisin  disi  marsin  7  Gidhedh 
isi  facoma/Hi  le  righ  albun  athaba/rt  diarla  ohawtuir  aregla 
alaiwe  7  adighulwij-  uair  niroibi  acht  sruth  biroigi  eturra  7 
[g(?r]beidir  lehiarla  ohamtuir  aies  no  anai/nles  dodenu;;/.  Tug 
iarla  oha;;/tuir  i(ngi)n  rig  albun  7  dori;;di  abanais  hrum  7  tug 


On  some  Irish  Translations.  191 

leis  hi  da  cathr(aigh)  fein  7  nirchian  di  gorba  halacht  hi  7  do- 
.  rug  gein  minalain»  mie  7  tucadh  bib;/5  dainm  fair  7  Tugadh 
daoilemaine  do   sir  sabfr  .i.  rid/Vi  crodha  fad^r  brathair  do- 
niarla  7  r(e)l(iqua). 

Aroile  la  diaroibi  i;/cunHdais  cruad  cuisech  sin  agafothrug- 
(udh)  inaseomra  7  dochunnaicc  si  [adelbh  ...  fein]  7  Adub(air)t 
is  truagh.  dhamh  arsi  senoir  crt'chtacli  crolin/ztech  arcaithemh 
forgla  aaisi  7  aaimsm  dohctb  mar  cheile  agam  7  mocheile  co- 
maisi  7  mo  c(et)  gradh  dft'roibh  im:[\man  A.  intimpcr  ôg  al- 
maindech  gambanclieile  fôs  doms^rcsi  7  do/»sirgradh  7  dafhe- 
dur  arsi  isgcrr  co[-]gen  athoil  7  asirmian.  Tug  anoig  righan 
sin  sguig«'  damui;;dt/r  fei^  cuici  7  dogab  minta  min  fair  7  do- 
[p.  448  /']  lig  acoibsena  fr/s  7  doghell  na  liuili  maith  dô  7  dul 
uaithi  aiechtâh-ccht 

P.  349  b  :  Coiiiàhi  adhaigh  iarla  hamtuir  sin. 

P.  350  Z»:  Coiidh  e  sin  loi//ges  .b. 

P.  351  b  :  Comdh  aml(aidh)  s'm  dosa^rad/;  .b.  armarb(adh) 
na  rid//'i.  (...  eirmin  ...  sisian). 

P.  353  b  :  Con'idh  aml(aidh)  s'in  docuir  sir  b(ibus)  i/zcath 
sin  arrigh  na  da///aisci  7  r(e)l(iqua). 

P.  356  fl  :  Dala  sisian  i;zgine  ermiw  

P".  359  a:  Dala  bibwj-  o  hamtuir  

P.  360a:  Ccniidh.  aml(aidh)  sin  fuair  sisian  uainges  im- 

ther/;/a Dala  yboir  .i.  ri  na  memroij/e i/ztoilirtt'c/; , 

oilirthech asgobard 

P.  362  b  :  Conidhe  comrucc  .b.  risin  dra2:un  sin. 

P.  363  b  :  {of  difficuh  readin^')  ends  Dala  e[s]g[ob]ard  [i]arsi;î 
ïogah  se  ag  iwrudh  nalui^/gi  relamhaibh  ...  7  rogab  cua^î  7  ... 
cu»macatrflc/;  [the  rest  is  losi]. 

Max  Neitlau. 


IQ2  L'abbé  Eug.  Bernard. 


ISTOIR  D'EUS   A   CREATION  AR  BET-MAN 

AR  FORMATION  AN  DEN  HAC  HE  VUE 

AR   HENTAN   PHILOSOF   A   VOA   ADAM,    HAC   HE   VARO 
HA  BUE  AR  PROFET  HENOC  HAC  ELI 

AN  DILUJ 
HA  BUE  NOE  HAC  HE  VARO 

(Suite). 


An  drivet  proloc  a  comans. 

Auditoret  santel,  hac  a  brudans  carguet, 
1140  Gant  guir  humilité  ec'li  oun  n'em  avancet, 
Pehini  oar  ar  vertu  liac  ar  rosen  roial 
D'eus  an  holl  vertuio  ebars  en  gênerai, 
Dre  pehinin  e  heller  esperin,  hep  soupçon, 
Dous  ha  caër  e  heuliet  d'eus  a  perfection. 
1145  Rac-se  ec'h  oun  hardi  dont  hoas  d'en  em  avans, 
Da  dont  d'ho  supplian  da  chom  hoas  en  silans. 
«  Adam,  eme  Doue,  houi  hoc'h  eus  meritet 
«  Supliço  an  Ifern,  balamour  d'ho  pehet. 
«  En  em  dennet  ho  taou,  an  eil  d'eus  eguile, 
1150  «  Da  hout  hac  ar  serpant  a  lavar  guirione  ». 

Truez  hen  defoa  ont-han,  balamour  ma  voa  den, 
Hac  e  roas  d'ehan  un  abit  a  crohen, 


La  Création  du  monde.  195 


HISTOIRE  DE  LA  CRÉATION  DE  CE  MONDE 

LA  FORMATION  DE  L'HOMME  ET  SA  VIE 

LE   PREMIER   PHILOSOPHE    FUT   ADAM,    SA   MORT 

LA  VIE  DU  PROPHÈTE  HÉNOCH  ET  CELLE  D'ELIE 

LE  DÉLUGE 

LA  VIE  DE  NOÉ  ET  SA  MORT 

(Suite). 


Le  troisième  prologue  commence. 

Auditeurs  que  la  sainteté  distingue  et  que  la  prudence  con- 
duit, je  me  présente  à  vous  avec  un  véritable  sentiment  d'hu- 
milité. Je  connais  la  vertu  et  la  voie  royale  de  toutes  les  vertus 
en  général,  et  l'on  peut  espérer  sans  témérité  vous  voir  en 
suivre  les  lignes  douces  et  fleuries,  pour  atteindre  à  la  perfec- 
tion. C'est  pourquoi  j'ai  la  hardiesse  de  paraître  de  nouveaa 
devant  vous,  et  de  venir  vous  supplier  de  garder  encore  le  si- 
lence. 

«  Adam,  dit  Dieu,  vous  avez  mérité  les  supplices  de  l'Enfer, 
«  à  cause  de  votre  péché.  Retirez- vous  tous  deux,  écartez- 
«  vous  l'un  de  l'autre,  pour  vous  assurer  si  le  serpent  a  dit  la 
«  vérité.  » 

Le  Seigneur  avait  pitié  d'Adam,  parce  que  c'était  un  lîommc  : 
il  lui  donna  un  habit  de  peaux  et  un  autre  pareil  à  Eve,  son 


y 


II7O 


194  Vahht  Eug.  Bernard. 

Hac  he  briet  Eva  hen  defoe  couls  hac  hen, 
Pa  voaint  coet  er  pehet  er  memeus  calite. 

115  5       «  —  Ma  Doue,  eme  Adam,  bras  eo  ho  puissans  ! 
M'ho  pet  d'am  pardonin  a  dimeus  ma  ofans. 
Houi  demeus  a  netra  en  deveus  ma  crouet, 
Me  a  obeïsso  d'ar  pes  agomandet. 
Groet  hoc'h  eus,  ma  Doue,  ar  bet-man  a  netra, 

II 60  «  Pardonet  evel-se  d'ar  paoures  ques  Eva. 
Dre  ma  frajilite  ha  dre  ma  ignorans, 
Ma  Doue,  siouas  d'in  !  e  coesis  en  ofans  ». 
—  P'ho  clevoan,  eme  Doue,  ho  taou  o  regretin, 
True  am  eus  ous-hoc'h,  me  deu  d'ho  pardonin. 

1165   «  Me'm  boa  ho  confirmet  dre  ma  gras  immortel; 
Breman,  gant  an  amser  houi  a  renquo  mervoel. 
Dimeus  a  douar  out,  arre  e  retornet, 
Ha  soufrin  cals  a  poan,  entre  veet  er  bet, 
Labourât  an  douar  houi  a  renquo  bemde, 
Gant  ar  hoes  ho  crohen  evit  pean  ho  tle. 
Ha  soufrin  evit  Doue  ha  tomder  hac  anvoet, 
Ha  goude  ho  peso  hac  ilboet  hac  sehet. 
Neuse  eur  voes  ar  bla,  e  teui  da  produin 
An  douar  labouret,  evit  ho  substantin. 

1175    «  Ha  houi  ive,  Eva,  a  renquo  couls  hac  hen, 
Bean  participant  er  memeus  paourente, 
Hac  ar  freus  a  douguet  gant  poan  houi  a  hano, 
Ha  quent  e  voac'h  exant  d'eus  a  pep  sort  poanio. 
Eva,  houi  a  renquo  bout  sujet  d'ho  priet, 

II 80  «  Evel  ma  comando,  gant  guir  basiantet, 
Hac  ive  pep  labour  ebars  en  ho  gallout, 
Pa'n  d-eo  formed  ar  boan,  houi  ho  peso  ho  lot  ». 
Ma  comando  d'eshe  mont  da  vale  Hebron, 
Hac  eno  e  soufront  tomder  ha  ieneon. 

1185   «  Nep  a  deuio  d'amanti  dre  ur  guir  binijen, 
«  A  renquo,  eme  Doue,  er  barados  antren  ». 
Doue  lar  da  Adam  quent  fin  d'eus  he  vue, 
Digas  unan-bennac  dimeus  he  vugale, 
Da  guerhat  an  eoul  d'eus  a  visericord 

1190  Digant  ar  Churubin,  evit  ober  acord. 


La  Création  du  monde.  195 

épouse,   puisqu'ils  étaient  également  tombés  dans  le  même 
péché. 

«  Mon  Dieu,  s'écriait  Adam,  grande  est  votre  puissance! 
■■<■  Je  vous  prie  de  me  pardonner  ma  faute.  Vous  m'aviez  créé 
:<  de  rien,  j'obéirai  à  tout  ce  que  vous  commanderez.  Mon 
Dieu,  vous  avez  tiré  le  monde  du  néant,  pardonnez  aussi  à 
(  la  pauvre  chère  Eve.  C'est  par  ma  faiblesse  et  par  mon  igno- 
(  rance,  mon  Dieu,  que  je  suis,  pauvre  de  moi  !  tombé  dans 
(  le  péché.  »  —  «  Quand  je  vous  entends,  répond  le  Sei- 
:<  gneur,  tous  deux  exprimer  vos  regrets,  j'ai  pitié  de  vous,  et 
j'en  viens  à  vous  pardonner.  Je  vous  avais,  par  ma  grâce, 
:<  assuré  l'immortalité  :  maintenant  avec  le  temps  il  vous 
faudra  mourir.  Tu  es  poussière  et  tu  retourneras  en  pous- 
sière. Vous  souffrirez  beaucoup  de  peines  tant  que  vous  se- 
rez au  monde;  tous  les  jours  vous  travaillerez  la  terre  à  la 
;(  sueur  de  votre  peau,  afin  de  payer  vos  dettes.  Pour  Dieu 
X  vous  supporterez  la  chaleur  et  la  froidure,  vous  endurerez  la 
faim  et  la  soif.  Une  fois  l'an,  la  terre  cultivée  donnera  ses 
produits  pour  vous  sustenter.  Et  vous,  Eve,  aussi  bien 
qu'Adam,  vous  partagerez  la  même  pauvreté;  les  fruits  que 
vous  porterez,  vous  les  enfanterez  dans  la  douleur,  et  au- 
paravant, vous  étiez  exempte  de  toute  souffrance.  Eve,  vous 
devrez  être  soumise  à  votre  époux,  obéir  à  ses  ordres  avec 
une  patience  inaltérable,  l'aider  dans  ses  travaux  autant  que 
vous  le  pourrez,  et  puisque  la  peine  est  entrée  dans  le 
monde,  vous  en  aurez  votre  part.  » 


Dieu  leur  commandera  de  se  rendre  à  la  vallée  d'Hébron, 
et  là  ils  souffriront  du  chaud  et  du  froid. 

«  Quiconque,  dit  le  Seigneur,  s'amendera  par  une  vraie 
«  pénitence,  arrivera  par  ce  moyen  à  entrer  en  Paradis.  » 

Dieu  avertit  Adam  d'envoyer  avant  la  fin  de  sa  vie  un  de 
ses  enfants  chercher  auprès  du  Chérubin,  l'huile  de  miséri- 
corde, afin  de  faire  la  paix. 


I  cf6  L'abbé  Eug.  Bernard. 

Doue  a  digasas  Chérubin  en  douar 
Da  conjurin  Adam  hac  he  briet  Eva, 
Hen  laquât  er  jardin  da  vesa  gouarner  : 
Er  Barados  terest  achu  voa  ho  amser. 

1195   «  —  Adam  ha  houi  Eva,  'me  an  el  Churubin, 
«  A  beurs  Doue  an  Tat  me  so  deut  d'ar  jardin, 
«  Evit  ho  conjurin  da  dilesel  ar  plas  ; 
«  Balamour  d'ho  pehet  hoc'h  eus  collet  ar  plas  ». 
Adam,  o  tetestin  pa  'n  em  considère  : 

1200  «  —  Bras  eo  ho  madeles,  eme-han,  ma  Doue  ! 
«  Queus  am  eus,  eme-han,  o  quitat  an  deliço, 
«  Monet  da  vale  Hebron  da  soufrin  ar  poanio  ». 

Promettin  ra  Adam  gant  guir  pasiantet 
Houesan  an  dour,  ar  goat,  evit  gonit  he  voet, 

1205   Ma  halje  eur  veach,  goude  fin  hé  vue 

Bout  evurus  en  env  en  presans  un  Doue. 
Dre  urs  ar  Chérubin  e  teuio  da  quitat, 
Pa  deui  d'ho  conjurin  a  beurs  Doue  an  Tat, 
Hep  donet  d'en  em  glem  pa  voa  int  voa  quiriec, 

1210  Dre  ho  frajihte  balamour  d'ho  fehet. 
Mes  an  el  Churubin  a  promettas  d'eshe 
E  petje  evit-he  dirac  ar  guir  Doue; 
Mar  soufjent  ho  foanio  gant  guir  basiantet, 
E  vijent  evurus  en  pales  an  Drindet. 

12 15       Pa  sortias  Adam  hac  he  briet  e-mes, . 
E  ordrenas  Doue  serrin  ar  Baradoes, 
Hac  evesat  erfat  ne  antreje  hini 
A  nep  sort  nation,  evit  he  ofansi. 

Adam  hac  he  briet  'n  em  dennas  da  Hebron, 

1220  Trubuillet  gant  ar  heus,  ha  flitic  ho  halon. 
Adam  a  lavaras  en  defoa  un  irvoet  : 
Ret  voa  dibri  lousou  da  servi jout  da  voet. 
Ous  o  bean  en  noas  e  soufrent  an  anvoet. 
Ha  cavent  alies  hac  ilboet  ha  sehet. 

1225   Ma  teujont  da  sevel  d'eus  a  douar,  un  ti, 
Hen  golo  gant  delio  d'en  em  sauvetei. 
«  —  Breman,  eme  Eva,  pa  'n  d-e  savet  an  ti, 
«  Ret  vo  monet  ebars  hon  daou  da  reposi. 


La  Création  du  monde.  197 

Le  Seigneur  donna  ordre  à  un  Chérubin  de  descendre  sur 
la  terre  pour  chasser  Adam  et  Eve,  son  épouse,  et  il  l'établit 
gardien  du  jardin  ;  pour  eux,  leur  temps  était  fini  au  Paradis 
terrestre.  —  «  Adam,  et  vous,  Eve,  dit  le  Chérubin,  c'est  de 
«  la  part  de  Dieu  que  je  viens  au  jardin  vous  commander  de 
«  quitter  la  place  :  à  cause  de  votre  péché,  vous  êtes  bannis 
«  de  ces  lieux.  » 

Adam  exhalait  sa  douleur  en  se  considérant  lui-même  : 
«  Votre  bonté,  disait-il,  est  grande,  ô  mon  Dieu  !  J'ai  re- 
«  gret,  ajoutait-il,  d'abandonner  ce  séjour  de  délices  pour  aller 
«  à  la  vallée  d'Hébron  souffrir  toute  sorte  de  peines  » . 


Adam  promet  de  montrer  une  véritable  résignation,  de  suer 
l'eau  et  le  sang  pour  gagner  sa  nourriture,  afin  de  pouvoir,  au 
terme  de  sa  vie,  être  heureux  au  Ciel,  en  présence  de  l'Eternel. 
Ils  quittent  le  Paradis,  sur  l'ordre  du  Chérubin,  quand  celui-ci 
vient  leur  en  signifier  l'arrêt  de  la  part  de  Dieu  le  Père.  Au- 
cune plainte  ne  tombe  de  leurs  lèvres,  puisqu'ils  étaient  cou- 
pables de  s'être,  par  leur  faiblesse,  laissé  aller  au  péché.  Le 
Chérubin  leur  donna  l'assurance  d'intercéder  pour  eux  auprès 
du  Tout-Puissant  :  qu'en  supportant  leurs  peines  avec  patience, 
ils  seraient  heureux  au  palais  de  la  Sainte  Trinité. 


Lorsque  Adam  et  son  épouse  furent  sortis  du  Paradis,  Dieu 
ordonna  d'en  fermer  les  portes  et  de  prendre  garde  qu'il  n'y 
entrât  personne,  de  quelque  pays  que  ce  fût,  pour  offenser  sa 
Majesté. 

Adam  et  Eve  se  retirèrent  à  Hébron,  le  cœur  tourmenté  par 
le  chagrin  et  par  la  tristesse.  Adam  déclara  qu'il  avait  faim  : 
il  fallut  manger  des  herbes  et  les  prendre  pour  nourriture. 
Comme  ils  étaient  nus,  ils  souffraient  du  froid  et  ils  se  res- 
sentaient souvent  de  la  faim  et  de  la  soif.  Ils  se  mirent  à  cons- 
truire une  maison  en  terre  et  à  la  couvrir  de  feuilles,  afin  de 
se  trouver  à  l'abri.  «  Maintenant,  dit  Eve,  que  la  maison  est 
bâtie,  il  faut  y  entrer  tous  deux  pour  nous  reposer.  Le  temps 


198  L'abbé  Eug.  Bernard. 

«  An  amser  a  so  ien,  hac  an  nos  so  tefal, 
1230  «  Ha  nin  so  fall  guisquet  ous  an  amser  digar.  » 
Rac-se,  compagnones,  me  a  houlen  iscus 

Humblament,  a  galon,  mar  d-oun  bet  anvoius  ; 

Me  ho  pet,  a  galon,  da  donet  da  compren. 

Me  ia  da  sortian,  da  sedin  an  dachen, 
1235   Evit  an  drede  proloc  a  voelan  finisset. 

Rac-se,  compagnones,  m'ho  pet,  ma  iscuset, 

Ha  deut  da  profitan.  En  hano  an  Drindet 

Iscus  a  houlennan,  quenavo,  ar  hentan  guelet. 


Senne  I. 


Adam  hac  Eva  a  antre. 


Doue  an  Tat  a  coms. 


Breman,  Adam,  Eva,  houi  hoc'h  eus  meritet 
1240  Supliço  an  Ifern,  balamour  d'ho  pehet. 
En  em  sellet  ho  taou,  an  eil  hac  eguile, 
Da  bout  hac  ar  serpant  a  lavar  guirione. 
Hen-nes  a  laras  d'ec'h  pa  voa  ous  ho  tentin. 
Ma  tebjac'h  an  aval,  e  vijac'h  engal  d'in 
1245  A  corf,  hac  a  furnes,  hac  ive  a  speret. 

Sellet  en  pe  miser  oc'h  breman  'n  em  rentet. 
True  am  eus  ous-it  balamour  ma  out  den, 
Me  raio  d'it  un  abit  a  vo  gret  a  grohen^ 
Ha  houi  breman,  Eva,  a  renquo  couls  hac  hen, 
1250  Pa'n  d-oc'h  coet  er  pehet  er  memeus  dignité. 
Rac-se  sellet  breman  ho  crat  hac  ho  feson. 
Ha  houi  a  so  henvel  ous  oruir  Roue  an  Tron  ? 


& 


I .  La  mémoire  de  celui  qui  dictait  s'est  ici  surprise  en  défaut.  Six  vers 
commençant  par:  Hac  ar  freus  a  douguet...,  que  le  scribe  avait  transcrits  à 
cet  endroit,  ont  été  eflfacés  et  se  trouvent  transportés  plus  loin,  après  le 
vers  1274. 


La  Création  du  monde.  1 99 

est  froid,  la  nuit  est  obscure,  et  nous  sommes  mal  habillés 
contre  les  rigueurs  de  la  saison.  » 

C'est  pourquoi  je  demande  à  la  compagnie  pardon  humble- 
ment et  du  fond  du  cœur,  si  j'ai  été  ennuyeux.  Je  vous  engage 
charitablement  à  faire  en  sorte  de  comprendre.  Je  vais  me  re- 
tirer et  céder  la  place  après  le  troisième  prologue,  que  je  ter- 
mine à  l'instant.  Ainsi,  mes  amis,  je  vous  prie  de  ne  pas  m'en 
vouloir,  et  tirez-en  votre  profit.  Au  nom  de  la  sainte  Trinité, 
excusez-moi,  s'il  vous  plaît,  au  revoir,  à  la  première  occasion. 


Scène  I. 


Adam  et  Eve  entrent. 


Dieu  le  Père. 


A  cette  heure,  Adam  et  Eve,  vous  avez  mérité  les  supplices 
de  l'Enfer  à  cause  de  votre  péché.  Regardez-vous  l'un  l'autre 
pour  savoir  si  le  serpent  a  dit  la  vérité  :  il  vous  assura,  lors- 
qu'il vous  induisait  en  tentation,  que  si  vous  mangiez  la 
pomme,  vous  deviendriez  mes  égaux  en  nature,  en  sagesse  et 
en  esprit.  Examinez  en  quelle  misère  vous  êtes  tombés.  J'ai 
pitié  de  toi,  Adam,  parce  que  tu  es  homme,  je  vais  te  donner 
un  vêtement  de  peaux.  Et  vous,  Eve,  vous  partagerez  son  sort, 
puisque  vous  avez  commis  le  péché  dans  les  mêmes  condi- 
tions. Observez  donc  maintenant  votre  état  et  vos  manières,  et 
voyez  si  vous  êtes  semblables  au  Roi  des  Cieux  ? 


200  L'abbé  Eug.  Bernard. 

Adam  a  coms. 

O  Doue,  ma  Hrouer!  bras  eo  ho  puissans  ! 
M'ho  pet  d'am  pardonin  a  dimeus  ma  ofans. 
1255   Houi  demeus  a  netra  en  deveus  ma  crouet  : 
Me  a  obeisso  da  guement  a  leret. 

Eva  a  coms. 

Ma  Doue  !  houi  en  deus  srroet  ar  bet  d'eus  netra  ! 
M'ho  pet  da  pardonin  d'ar  paoures  ques  Eva. 
Dre  ma  frajiHte  ha  dre  ma  ignorans, 
1260  Ma  Doue,  sivoas  d'in,  e  coesis  en  ofans  ! 

Doue  an  Tat  a  coms. 

P'ho  clevoan  er  guis-se  o  tont  da  reclamin, 
True  am  eus  ous-hoc'h,  me  deu  d'ho  pardonin. 
M'em  boa  ho  confirmet,  dre  ma  gras,  immortel, 
Breman  gant  an  amser  houi  a  renquo  mervel. 

1265   Demeus  a  douar  oc'h,  arre  eretornet; 

Ha  soufrin  cals  a  boan  entre  ma  veet  er  bet. 
Labourât  an  douar  houi  a  renquo  bemde 
Gant  ar  hoes  d'eus  ho  corf  en  durant  ho  pue. 
Houi  en  defo  tomder  hac  ive  anvoet, 

1270  Ha  goude-se  houi  po  hac  irvoet  ha  sehet. 
Neuse  eur  veach  ar  bla  e  teui  da  produi 
An  douar  a  ve  ret  evit  ho  substanti. 
Hi  houi  breman,  Eva,  a  renquo  couls  hac  hen, 
Beau  participant  er  memeus  paourente, 

1275  Hac  ar  freus  a  douguet  gant  poan  houi  ho  gano, 
Ha  quent  e  voac'h  exant  d'eus  a  bep  sort  poanio. 
Neuse  houi  a  renquo  bout  sujet  d'ho  priet, 
Evel  ma  comando,  gant  guir  pasiantet, 
Hac  ober  ho  labour  ebars  en  ho  callout, 

1280  Pa  'n  d-e  formet  ar  boan  houi  ho  peso  ho  lot. 
Na  chomet  mui  aman,  et  da  vale  Hebron, 
Hac  eno  e  soufrer  tomder  haieneon. 
Neuse,  hen  laran  d'ec'h,  ret  e  bout  pasiant 


La  Création  du  monde.  20 1 


Adam. 


O  Dieu,  mon  Créateur,  votre  puissance  est  infinie!  Je  vous 
en  prie,  pardonnez-moi  mon  péché.  Vous  m'avez  créé  de 
rien,  j'obéirai  à  tout  ce  que  vous  ordonnerez. 


Eve. 

Mon  Dieu,  vous  avez  tiré  le  monde  du  néant,  je  vous  en 
prie,  pardonnez  à  la  pauvre  Eve.  Par  ma  faiblesse  et  par  mon 
ignorance,  mon  Dieu,  malheureuse  que  je  suis  !  j'ai  succombé 
à  la  tentation. 

Dieu  le  Père. 

Lorsque  je  vous  entends  m'implorer  en  ces  termes,  j'ai 
pitié  de  vous  et  je  viens  vous  pardonner.  Je  vous  avais,  par 
ma  grâce,  assuré  l'immortalité  :  maintenant  avec  le  temps,  il 
vous  faudra  mourir.  Vous  êtes  sortis  de  la  terre,  vous  y  re- 
tournerez :  vous  endurerez  beaucoup  de  peines  tant  que  vous 
serez  en  vie;  vous  êtes  condamnés  à  travailler  tous  les  jours  la 
terre,  à  la  sueur  de  votre  corps.  Vous  souffrirez  du  chaud  et 
du  froid,  vous  ressentirez  la  faim  et  fa  soif.  Une  fois  l'an,  la 
terre  produira  ce  qui  est  nécessaire  à  votre  subsistance.  Et 
vous,  Eve,  aussi  bien  que  votre  époux,  vous  partagerez  la 
même  pauvreté,  et  les  fruits  que  vous  porterez,  vous  les  en- 
flmterez  dans  la  douleur.  Auparavant,  vous  étiez  à  l'abri  de 
toute  souffrance,  à  présent  vous  devrez  être  soumise  à  votre 
époux,  obéir  à  ses  ordres  avec  patience,  travailler  autant  qu'il 
sera  en  votre  pouvoir,  et  puisque  la  peine  existe,  vous  en  au- 
rez votre  part. 


Ne  demeurez  pas  ici  davantage,  allez  à  la  vallée  d'Hébron; 
là  vous  endurerez  la  chaleur  et  la  froidure.  Il  fiut,  je  vous  le 
dis,  vous  montrer  patients  dans  vos  souffrances,  vos  ennuis  et 
Revue  Celtique,  X  14 


202  L'abbé  Eug.  Bernard. 

Ebars  en  ho  poanio,  anvoio  ha  tourmant, 
1285   Hac  ho  holl  miserio  ofret  evit  ma  gloar. 

Ha  houi,  ha  quement  den  a  deui  voar  an  douar, 
A  veso  en  pehet;  rac-se  dre  binijen 
E  renquer,  ma  mignon,  er  Barados  antren. 
Quent  evit  ma  verfet,  en  dilin  ho  pue, 
1290  Houi  a  digaso  aman  unan  ho  pugale, 
Da  guerc'hat  an  eol  d'eus  a  visericord, 
Digant  ar  Churubin,  evit  pean  ho  fot. 
Me  hen  leso  hep  mar  gant  an  el  Churubin, 
A  veso  en  ho  plas  gouarner  er  jardin. 


Senne  II. 

Doue  an  Tat  a  ia  da  cafet  an  el  Churubin,  neuse  a  coms. 

1295   Ma  mignon  Churubin,  disquennet  d'an  douar, 
Da  conjurin  Adam  hac  he  briet  Eva, 
So  er  Barados  terest  :  achu  eo  an  amser. 
Houi  a  veso  en  h«  fias,  er  jardin  gouarner. 

An  el  Churubin  a  coms. 

Ma  Frins  ha  ma  Roue,  gant  reson  competant, 
1300  D'ar  pes  a  comandet  me  vo  obéissant, 
Hac  a  iel  prontamant  da  lavarat  d'eshe 
E  renquont  sortian  dimeus  a  beurs  Doue. 

Aman  e  a  da  cafet  Adam,  ha  ma  continu  da  coms. 

Adam,  ha  houi  Eva,  me  a  so  deut  racial, 
A  beurs  Doue  an  Tat,  aman  voar  an  douar  ^ 
1305   Evit  ho  conjurin  da  dilesel  ar  plas, 

Balamour  d'ar  pehet  hoc'h  eus  collet  he  c'hras. 


1  .   Ce  vers  avait  échappé  à  la  mémoire  de  celui  qui  dictait  le  mystère  :  il 
a  été  rétabli  à  In  marçe  du  manuscrit. 


La  Création  du  monde.  20? 

vos  tourments  et  supporter  toutes  vos  misères  pour  ma  gloire. 
Vous,  et  tout  homme  qui  naîtra  sur  la  terre,  serez  dans  le 
péché;  aussi,  mon  ami,  est-ce  par  la  pénitence  qu'il  vous  sera 
donné  d'entrer  au  Paradis.  Avant  de  mourir,  au  terme  de 
votre  vie,  vous  enverrez  ici  un  de  vos  enfants  chercher  auprès 
du  Chérubin  l'huile  de  miséricorde  pour  expier  votre  faute. 
Je  la  laisserai,  je  vous  promets,  entre  les  mains  de  cet  Ange 
qui,  à  votre  place,  sera  gardien  du  jardin. 


Scène  II. 


Dieu  le  Père  va  trouver  le  Chérubin. 


Mon  cher  Chérubin,  descendez  sur  la  terre,  allez  chasser 
Adam  et  Eve,  son  épouse,  qui  sont  dans  le  Paradis  terrestre  : 
le  temps  d'y  demeurer  est  fini  pour  eux.  Vous  garderez  le 
jardin  à  leur  place. 

Le  Chérubin. 

Mon  prince  et  mon  roi,  c'est  avec  juste  raison  que  j'obéirai 
à  votre  commandement.  Je  vais  sans  délai  aller  kur  dire 
qu'ils  doivent  sortir  sur  l'ordre  de  Dieu. 

Ici  il  se  dirige  vers  .^dam  et  continue. 

Adam,  et  vous  Eve,  je  viens  à  l'instant  au  nom  de  Dieu  le 
Père,  ici,  sur  la  terre,  vous  signifier  de  quitter  ce  séjour.  A 
cause  de  votre  péché,  vous  avez  perdu  la  grâce  du  Seigneur. 


204  L'abbé  Eug.  Bernard. 


Adam  a  coms. 

O  Doue  éternel,  pa  'n  em  consideran, 
Bras  eo  ho  madeles  em  andret,  er  bet-man. 
Queun  am  eus  o  quitat  ar  plas  a  deliço, 

13 10  Ha  mont  davale  Hebron  da  soufrin  ar  poanio. 
Birviquen  ne  gleman  pa  'n  d-eo  ret  er  guis-se, 
Entre  vin  er  bet-man,  o  tremen  ma  bue. 
Me  labouro  an  douar  gant  pep  pasiantet, 
Ha  hoeso  an  dour,  ar  goat  evit  gonit  ma  boet, 

13  15   Ma  hellin  eur  veach,  goude  fin  ma  bue 
Bout  evurus  en  env,  en  presans  ma  Doue  ! 

Eva  a  coms. 

Churubin,  pa  'n  d-eo  ret  d'imp  quitat, 
Pa  deut  d'hon  conjurin  a  beurs  Doue  an  Tat, 
Arabet  eo  'n  em  glem  pa  'n  d-e  nin  so  quiriec, 
1320  Dre  hor  frajilite,  balamour  d'ar  pehet. 

Churubin,  ma  mignon,  evel  m'  hoc'h  eus  pouver, 
Goulennet  d'imp  pardon  digant  an  Eternel, 
Hac  ar  c'hras  da  soufrin  bepret  evit  he  gloar 
Ar  poanio  hon  beso  breman  voar  au  douar. 

An  el  Churubin  a  coms. 

1325   Adieu,  Adam,  ha  houi  Eva,  me'm  eus  ous-hoc'h  true; 
Me  pedo  evid-hoc'h  dirac  ar  guir  Doue. 
Comeret  ho  paourente  gant  guir  basiantet, 
Hac  e  viet  evurus  en  pales  an  Drindet. 

Adam  hac  Eva  a  sorti. 

Doue  an  Tat  a  coms  d'eus  he  tron. 

Churubin,  ma  El  guen,  serret  ar  Baradoes, 
1330  Pa'n  d-eo  Adam,  Eva,  d'eus  ma  feurs,  et  e-mes. 
Teulet  evoes  erfat,  na  les't  den  da  antren, 
Ret  veso  d'ec'h  bepret  derhel  ma  gourhemen. 


La  Création  du  monde.  205 


Adam. 


O  Dieu  éternel,  je  me  considère  et  je  vois  combien  grande 
est  en  ce-  monde  votre  bonté  à  mon  égard.  Je  regrette  de 
quitter  ce  lieu  de  délices  pour  aller  à  la  vallée  d'Hébron  souf- 
frir toute  sorte  de  peines.  Jamais  je  ne  me  plaindrai,  puisque 
c'est  de  cette  façon  qu'il  me  faut,  tant  que  je  serai  sur  terre, 
passer  mon  existence.  Je  suerai  l'eau  et  le  sang  pour  gagner 
ma  nourriture;  que  je  puisse  une  fois,  à  la  fin  de  ma  carrière, 
être  heureux  au  Ciel,  en  présence  de  mon  Dieu  ! 


Eve. 

Chérubin,  il  nous  fluit  donc  partir,  dès  que  vous  nous  en 
apportez  l'ordre  de  la  part  de  Dieu  !  Nous  ne  nous  plaindrons 
pas,  puisque  nous  sommes  coupables,  par  suite  de  notre  fai- 
blesse, d'avoir  commis  le  péché.  Chérubin,  mon  ami,  comme 
vous  en  avez  le  pouvoir,  demandez  à  l'Eternel  pour  nous  le 
pardon  et  la  grâce  de  toujours  endurer,  pour  sa  gloire,  les 
peines  que  nous  rencontrerons  désormais  sur  la  terre. 


Le  Chérubin. 

Adieu,  Adam,  et  vous,  Eve,  j'ai  pitié  de  vous  et  je  prierai 
pour  vous  devant  le  Tout-Puissant.  Supportez  votre  pauvreté 
avec  une  vraie  patience,  et  vous  serez  heureux  au  palais  de  la 
Sainte  Trinité. 

Adam  et  Eve  sortent. 

Dieu  le  Père  parle  de  son  trône. 

Chérubin,  mon  bel  Ange,  fermez  le  Paradis  dès  l'instant 
qu'Adam  et  Eve  l'ont  quitté  sur  mon  ordre.  Prenez  bien 
garde,  ne  laissez  entrer  personne  :  il  vous  £iudra  toujours 
exécuter  mes  commandements. 


2o6  L'abbé  Eug.  Bernard. 


An  el  Churubin  a  coms. 


Evel  guir  crouadur,  reson  eo,  ma  C'hrouer; 
Me  a  obeisso  d'ec'h  evel  ur  guir  buguel. 
1335   Me  a  evoesai  erfat  ne  antreo  hini 
A  nep  sort  nation,  evit  ho  ofansi. 


Senne  III. 

Adam  hac  Eva  a  ia  dre  ar  broiou  evit  mont  da  vale  Hebron. 

Adam  a  coms  goude. 

Breman,  ma  guir  briet,  e  ret  d'imp  choas  hor  plas, 
Evit  gonit  iîor  boet,  pa'n  hon  deus  bet  ar  c'hras  ; 
Pa'n  deus  ar  guir  Doue  eur  veach  hon  pardonet, 
1340  Ur  remors  bras  am  eus  d'he  bean  ofonset. 

Eva  a  coms. 

El  lec'h  ma  tisiret,  me  so  ive  contant. 
Birviquen  na  vesin  e  nep  guis  rebellant. 
Evel  ho  guir  briet  d'ec'h  me  a  obeisso, 
Pa  e  comandet  d'in  a  beurs  ar  guir  Autro. 

Adam  a  coms. 

1345   Eva,  chetu  ar  plas  so  d'imp  da  possedin. 

Squisan  a  ran  gant  an  hent,  irvoet  bras  a  deu  d'in. 
O  Doue,  ma  C'hrouer,  m'ho  pet,  hon  sicouret  ! 
Ret  vo  dibrin  lousou  da  servijout  da  voet. 

Eva  a  coms. 

Me  voell  a-hont  lousou  :  me  a  ia  da  guerhet, 
1350  Ha  c'houi,  ma  friet  Adam,  me  ho  pet,  aucoeet. 
Dija  es  omp  faille  :  ret  eo  'n  em  gourajin, 
Bete  fin  hor  bue  bepret  perseverin. 


La  Création  du  monde.  207 


Le  Chérubin. 


Comme  une  créature  docile,  je  le  dois,  ô  mon  Créateur. 
Je  vous  obéirai  toujours  comme  un  enfant  soumis.  Je  ferai 
bonne  garde  afin  de  ne  laisser  entrer  personne,  quelle  que  soit 
sa  nation,  pour  vous  offenser. 


Scène  III. 


Adam  et  Eve  s'en  vont  à  travers  pays,  se  dirigeant  vers  la  vallée  d'Hébron. 

Adam. 

Il  nous  faut,  ma  chère  épouse,  maintenant  choisir  notre 
place,  afin  de  gagner  notre  nourriture,  puisque  nous  en  avons 
obtenu  la  grâce.  Comme  Dieu  nous  a  une  fois  pardonnes,  j'ai 
un  grand  remords  de  l'avoir  offensé. 

Eve. 

L'endroit  qui  vous  plaira  me  conviendra  aussi.  Jamais,  en 
aucune  façon,  je  ne  me  montrerai  rebelle,  et  comme  une 
bonne  épouse,  je  vous  obéirai,  puisque  j'en  ai  reçu  l'ordre  de 
la  part  du  souverain  Seigneur. 

Adam. 

Eve,  voici  la  place  que  nous  devons  occuper.  Le  chemin 
m'a  fatigué,  je  me  sens  une  grande  faim.  O  Dieu,  mon 
Créateur,  je  vous  en  prie,  venez  à  mon  secours  !  Il  nous  fau- 
dra manger  des  herbes  et  nous  en  servir  en  guise  de  nourri- 
ture. 

Eve. 

Je  vois  là-bas  des  herbes,  je  vais  les  cueillir.  Et  vous, 
Adam,  mon  époux,  je  vous  en  prie,  oubliez.  Déjà  nous  som- 
mes faibles,  il  faut  nous  encourager,  et  jusqu'à  la  fin  de  la  vie, 
toujours  persévérer. 


2o8  L'abbé  Eug.  Bernard. 


Adam  a  coms. 


Disqueset  al  lousou:  guelomp  ar  goût  ho  deus. 
Chanchamant  a  voelan  d'hon  bue  ha  d'hon  freus. 
1355   Nin  hon  eus  bet  evurustet  guesall  posséder  er  jardin. 
Da  veso  e  pep  amser  meuled  an  Tat  divin  ! 


Eva  a  coms. 

Al  lousou  a  so  glas,  ha  dinatur,  ha  cri  : 
Mes  evit  gloar  Doue  ret  veso  d'imp  dibri, 
Evit-ho  bout  callet.  Ret  veso  ur  veach 
.1360  En  em  acustumin  da  dremen  pep  outrach. 

Adam  a  coms. 

O  Doue  so  en  env,  divar  ho  hoU  puissans, 
Me  ho  supli  breman  da  rein  d'imp  asistans, 
Da  dremen  ma  amser,  ha  couls  ma  faourente, 
A  renquer  da  soufrin  entre  vin  en  bue  ! 

Ma  tebront,  ha  goude  Adam  a  coms. 

1365   Nas  devoas  labourât,  pa'n  d-c  gret  ar  repas 
D'eus  a  voet  bras.  Casi  es  omp  en  noas. 
Me  a  ia  da  obcr  un  ti,  rac  aon  arguai  amser. 
.  Biscoas  bete  breman  n'am  boa  soufret  miser. 

Pa  voa  gret  an  ti,  e  coms. 

Ah  !  ma  friet  Eva,  pelec'h  es  oc' h  manet  ? 
1370  Disquennet  da  e£m  :  maro  oun  gant  ar  sehet. 
Ur  fatic  bras  am  eus  aman,  o  labourât. 
Ha  me  o  c'hoesan  an  dour  casi  bete  ar  goat. 

Eva  a  digas  d'ehan  da  efan  gant  eur  goquen,  hac  coms. 

Me  lavar  d'ec'h,  ma  friet,  es  oc'h  impatiant. 
Ret  eo  bout  pariant  da  dremen  an  tourmant. 
1375    Chetu  aman  dour  mat  da  derrin  ho  sehet, 
Na  heller  quet  cavet  evcl  ma  ve  souhet. 
Leret  d'in  ho  toare,  petra  hoc'h  eus  esom  : 
Ha  me  raio  ma  fossipl  da  pourvein  d'e-omp. 


Lx  Création  du  monde.  209 

Adam. 

Montrez  ces  herbes.  Voyons  quel  est  leur  goût.  Il  y  a  du 
changement,  je  le  vois,  dans  notre  vie  et  dans  notre  nourri- 
ture. Jadis,  nous  étions  heureux  au  jardin!  Que  Dieu  le  Père 
soit  en  tout  temps  loué  ! 

Eve. 

Les  herbes  sont  vertes,  de  mauvaise  qualité  et  crues.  Mais 
pour  la  gloire  de  Dieu,  nous  devons  les  manger,  bien  qu'elles 
soient  dures.  Il  nous  faudra  une  bonne  fois  nous  accoutumer 
à  surmonter  toute  contrariété. 

Adam. 

O  Dieu  qui  êtes  au  Ciel,  au  nom  de  votre  toute-puissance, 
je  vous  supplie  de  m'assister  pour  m'aider  à  mener  mon  exis- 
tence, à  supporter  ma  pauvreté  qu'il  faudra  subir  tant  que  je 
serai  en  vie  !  .  • 

Ils  mangent  et  Adam  continue. 

Il  faut  travailler  puisque  nous  avons  fait  notre  repas  avec 
mets  distingué.  Nous  sommes  presque  nus,  je  vais  bâtir  une 
maison,  de  peur  du  mauvais  temps.  Jamais  jusqu'à  présent  je 
n'avais  souffert  de  la  misère. 

Lorsque  la  maison  est  construite,  Adam  poursuit. 

Ah!  Eve,  mon  épouse,  où  étes-vous  restée?  Versez-moi  à 
boire,  je  meurs  de  soif.  Je  me  suis  bien  fatigué  ici  à  travailler, 
et  je  sue  presque  jusqu'au  sang. 


Eve  lui  apporte  à  boire  dans  une  coquille. 

Je  vous  le  dis,  mon  époux,  vous  n'avez  point  de  patience. 
II  faut  en  avoir  pour  supporter  la  souffrance.  \'oici  de  bonne 
eau  pour  étanchcr  votre  soif  :  on  ne  peut  pas  en  trouver  au 
gré  de  ses  désirs.  Contez-moi  vos  affaires,  dites  de  quoi  vous 
avez  besoin,  et  je  ferai  mon  possible  pour  y  pourvoir. 


2  10  L'abbé  Eiig.  Bernard. 

Adam  a  coms. 

Chetu  aman  un  ti  batiset  a  douar: 
1380  Ret  vo  d'in  he  holo  gant  eur  sort  bennac  ail. 
Me  a  ia  breman  da  vit  un  nebeudic  dellio, 
Gant  ar  c'hras  a  Doue,  gant-he  m'hen  dislavo. 

Ma  a  da  vit  dellio. 
Eva  a  coms. 

Breman,  ma  guir  Doue,  pa  eo  savet  hon  ti, 
Ret  vo  monet  ebars  breman  da  reposi. 
1385   An  avel  a  so  ien,  an  nos  a  so  tefal, 

Ha  nin  so  tall  guisquet,  an  amser  so  digar. 


FIN    D  EUS   AN    DRIVET   ACT. 


La  Création  du  monde.  2i  i 


Adam. 


Voici  une  maison  que  j'ai  construite  en  terre.  Il  me  faudra 
la  couvrir  avec  quelque  autre  chose.  Je  vais  à  présent  chercher 
un  peu  de  feuilles,  et  grâce  à  Dieu,  elles  me  serviront  à  la 
mettre  à  l'abri  de  la  pluie. 

Il  va  chercher  des  feuilles. 
Eve. 

Maintenant,  ô  mon  Dieu,  que  notre  maison  est  bâtie,  nous 
n'avons  qu'à  y  entrer  pour  nous  reposer.  Le  vent  est  froid,  la 
nuit  est  sombre,  nous  sommes  mal  habillés  et  le  temps  est 
mauvais. 


FIN    DU   TROISIÈME   ACTE. 

(A  suivre.) 


THE  ADVENTURES  OF   NERA 


The  foUowing  taie,  now  printed  for  the  first  time,  seems 
to  hâve  been  variously  known  as  the  Echtra  Nerai  or  the  Tàin 
BéAingen.  See  Jubainville,  Catalogue,  pp.  124  and  213.  Under 
the  former  title  it  is  mentioned  in  LL.  245  b,  32,  as  one  of 
the  remscéla  or  introductory  taies  of  the  Tâiii  Bo  Cuailnge  ; 
the  latter  title  it  bears  in  one  of  the  two  copies  that  hâve 
corne  down  to  us,  viz.  that  in  H.  2.  16,  col.  658-662.  The 
other  copy,  preserved  in  Egerton  1782,  fo.  71 ''-y 3'',  is  with- 
out  a  heading. 

The  Echtra  Nerai  is  closely  connected  with  the  Tâin  Bô 
Regamna  (referred  to  in  the  text,  1.  169),  which  may  be  re- 
garded  as  an  épisode  of  it.  One  of  the  incidents  of  the  taie  is 
referred  to  in  the  body  of  the  Tâiii  Bô  Cuailnge,  see  note  on 
1.175. 

An  analysis  of  part  of  the  Echtra  Nerai  Is  foundinO'Curry, 
Manners  III.  pp.  199-201,  and  Hennessy  has  quoted  some 
extracts  from  it  in  the  Revue  Celtique,  I.  p.  44. 

The  two  MSS.  give  the  same  text  and  clearly  go  back  to 
one  archetypus.  Neither  of  them  can  hâve  been  copied  from 
the  other,  as  mistakes  caused  by  homoioteleuta  occur  in  both 
at  différent  places.  See  11.  52,  87,  108,  142. 

I  hâve  printed  the  text  of  Egerton  as  it  stands,  because  it  is 
more  carefully  written  than  that  of  H.  2.  16,  and  because  of 


Echtra  Nerai.  21  î 

its  peculiar  orthography.  The  various  readings,  but  not  îhe 
orthographical  déviations,  of  H.  2.  16  are  given  at  the  foot 
of  the  pages,  later  additions  and  corrections  by  the  hand  of  a 
différent  scribe  and  in  paler  ink  being  enclosed  in  parenthèses. 

Kuno  Meyer. 


ECHTRA  NERAI 


[EGERTON  1782,  Fo.  71  b] 

1 .  Bui  Ailill  ocus  Meudb  aidqi  samnoi  hir-Raith  Cr«a- 
chancona  techluch  huili.  Gaibtiur  ar  bearbad  bid  leu.  Ro- 
crochta  da  chimid  leo  al-laa  remiu  sin.  Asmbert  Ailill 
iarum  :  «  Inti  domberud  va  »,  ol  se,  «  id  im  choiss  nechtar 

5   nada  chimmig  fil  issien  croich,  rambiatha  log  lium-so  ai- 
riu,  amuil  bied  ail  do  ». 

2.  Ba  mor  iarum  a  dorchotai  na  haidqi  sin,  ogM^agran- 
datai,  ogus  doaidbitis  demnoie  ind  oidqi  sin  dogres.  No 
teged  gach  ïer  ar  huair  huaidip  i///mach  dia  (romud  ina 

10  haidqi  sin  7  ba  hopunn  ùcced  issin  tech  doridisi.  «  Rom- 
bith-si  a  loug  lat  »,  oU  Neroi,  «  7  ragat  hi/;/mach  ». 
«  Rotmbiad  mo  claidium  orduirn-sie  eim  »,  ol  Ai//ll. 

3.  Dochomluiass  iarum  inti  Nero7gaibissgaisccfJmaith 
fiiir  dochum  na  cimmido.  Atnaid  iarum  id  him  choiss  in- 

15  daro  fiur  dona  cimbethuip.  Docuirethar  iarum  ina  deguid 
aith^rruch  co  ma  tri.  Asmbert  iarum  in  ci;»mith  fr/ss, 
mano  thuco  menuth  taccuir  fair,  dia  m-be  aicci  co 
maitin,  ni  duinfiuth  iarum  fair  a  menod  fein  ind  fedo. 
Atnaig  Nero  menod  taccuir  fair  iar  sin. 

20  4.  Atp^rtin  cimith  assin  croich  fria  Nero  :  «  Ferdoi  sin, 
a  Nero!  »  «  Feurdo  ecin  !  »  ol  Nerai.  «  Ar  fir  do  la?ch- 
tachtdoi  fmt,   nombeir  fort  muin  co;m-esb/Mr  dich  latt. 


H.  2.  16,  col.  638.  —  I  Tain  BeAingen and  so.  2  gabthar  docrocht/;a 
4  olse  anwoso  ith  5  na/wbiad  log  6  bid  7  mar  ira  andorchadu  9  cach  ar- 
nuair     nahaidche  7  [col.  659    10  rombithsa  log     12  rodbia     14  naciwead 


THE  ADVENTURES  OF  NERA 


1 .  One  Halloween  Ailill  and  Medb  were  in  Rath  Cruachan 
with  their  whole  household.  Tliey  set  about  cooking  food. 
Two  captives  had  been  hanged  by  them  the  day  before  that. 
Then  Ailill  said  :  «  He  who  would  now  put  a  withe  round  the 
foot  of  either  of  the  two  captives  that  are  on  the  gallows, 
shall  hâve  a  prize  for  it  from  me,  as  he  may  choose  » . 

2.  Great  was  the  darkness  of  that  night  and  its  horror,  and 
démons  would  appear  on  that  night  always.  Each  manof  them 
went  out  in  turn  to  try  that  night,  and  quickly  would  he  come 
back  into  the  house.  «  I  will  hâve  the  prize  from  thee  »,  said 
Nera,  «  and  I  shall  go  out.  Truly  thou  shalt  hâve  this  my 
gold-hilted  sword  hère  »,  said  Ailill. 

3 .  Then  this  Nera  went  out  towards  the  captives,  and  put 
good  armour  on  him.  He  put  a  withe  round  the  foot  of  one 
ofthe  two  captives.  Thriceit  sprangoff  again.  Then  the  captive 
said  to  him,  unless  he  put  a  propcr  peg  on  it,  though  he  be  at 
it  till  the  morrow,  he  would  not  fix  his  own  peg  on  it.  Then 
Nera  put  a  proper  peg  on  it. 

t 

4.  Said  the  captive  from  the  gallows  to  Nera  :  v  That  is 
manly,  o  Nera!  »  «  Manly  indeed  !  »  said  Nera.  «  By  the 
trutiî  of  thy  valour,  take  me  on  thy  neck,  that  I  may  get  a 


indara  cimid  docw/rther  do«o  16  ba  17  nii/iathuca  menad  tacair  ciabc  aigi 
18  ni(H)  dunfacf  fair  amcnad  fcn  uid  adnaid  20  fcrrda  21  ferrda  do  Ixch- 
dacht  rit  22  cotiasi\\ir  deoch 


2 1 6  Kuno  Meyer. 

Rombui  hito  mor  form  in  tan  romcrochad .  »  «  Tair  eim 
(orm  muin  !  »  oU  Nero.  Dotoet  iarum  for  a  muin.  «  Cedh 
25   leth  notmb^r?  »  ollNeuro.  «  Dontaich  iss  nessumduinw  », 
or  in  cimith. 

5 .  Lo/atr iarum  dontaich hi  sin.  Conhccata?-  iarum  ni,  in 
locii  tiniuth  iwmon  tech  sin.  [72^]  «  Ni  fil  ar  n-dig  hissin 
tig  siu  »,  ol  in  cimith.  «  Ni  bi  teniu  gen  cogluid  ann  do- 

30  grès.  Tair  riunn  don  taich  aiH  dono  iss  nessim  duinn  », 
ol  in  cimith.  Lot^r  dono  do  sidi.  C^nfaccatar  dono  loch 
n-uscci  hime  suidiu.  «  Na  herich  don  tich  sin  »,  ol  in  ci- 
mith. «  Ni  gnath  athinndlad  na  athfotmccod  na  ambor 
co  némiud  ann  ind  aichce  iar  cotlw^.  Tair  riund  don  toig 

35  aili  heus  »^  or  in  cimid.  «  Ata  mu  dig-siu  isin  taig  siu 
ïmmoro  »,  or  in  cimid.  DoUeciu  de  for  Iar.  Tet  issin 
tech.  Athrnnlat  ogus  athfothruccud  ann,  ocus  bid  dig  hi 
cectwr  de.  Ammor  con-ntmïd  dana  for  Iar  in  taige  Ibid 
dono  dig  a  cechtarna  dosuidiu,  7  sroithid  loimb  n-dege- 

40  nuch  asa  beluib  im  aigti  na  n-doini  batar  hisin  tig,  conn- 
apatar  uil/.  Is  iar  ^  sin  tr^  ni  maith  athindlat  na  athfotrac- 
cod  na  teniu  gin  cogluid  na  ammor  con-nauïd  a  taig  iar 
cotlud. 

6.  Dombariarumsindochum  arededoridisiu.  Ogwj-do- 
45   tetNeru  forachulo  do  Chruachnuib,  a?;nifacco  ni.  Roloisc- 

cid  in  dun  ar  a  chiunn  7  coiinîàco  cendail  a;//-muinntiri  lasna 
hoccu  on  dun.  Tet  i  n-diaig  int  sluaig  iarum  ind  uaim 
Crwachaon.  «  Fer  hi  lorcc  so  »,  ol  in  for  deginuch  fri 
Nero.  «  Trummu  al-lorg  so  »,  ol  in  for  deginuch.  7  is- 
50  p^rt  cech  for  fr/a  cheih  in  fo)ccul  sïn  ond  fir  deginuch  gu- 
sin  for  toisiuch.  Iar  sin  dosegatt  sid  Cruachan  7  lotar  is- 
.  sin  sid.  «   Cid  dogent^zr  don  fiur  thanuicc  lib  ?  »  ol  fer 

I .  iarn  MS. 

24  formowuiH  dothaed  hrum  dontig  asnesam  dun  ol  incimid  28  tened 
imo?î  tellac/;  hisin  istigsea  29  tine  cencoiclead  30  tairr  roinn  dontig  naile 
di«o  31-  \odur  d'ino  dosuidiu.  co«f/;acadar  ni  dhio  in  loch  usci  iwiside  naherc 
dino  don  tigsea  33  i\mur  cotemed  35  modeochsa  37  and  ibid  deod  a  ceach- 
tarde  38  conemed  duio  39  di»o  deod  deside  7  sroithe  loi»/  deigenach  41  iar- 
siw  42  ti«e  cen  coicled  coHuemed  43  collad  44  iarsi?z  areigi  doridisi  confaca 
ni  7  dothœd  nera   45  dochrurtchnoib  dorisi     roloscad  47  hocaib  48  f. .  il- 


Echtra  Nerai.  2  1 7 

drink  with  thee.  I  was  very  thirsty  when  I  was  hanged.  » 
«  Corne  on  my  neck  then  !  »  said  Nera.  So  he  went  on  his 
neck.  «  Whither  shall  I  carry  thee  ?  »  said  Nera.  «  To  the 
house  which  is  nearest  to  us  »,  said  the  captive. 

5.  So  they  went  to  that  house.  Then  they  saw  something. 
A  lake  of  fire  round  that  house  ^  «  There  is  no  drink  for  us 
in  this  house  »,  said  the  captive.  «  There  is  no  fire  without 
sparing  in  it  ever.  «  Let  us  therefore  go  to  the  other  house, 
wich  is  nearest  to  us  »,  said  the  captive.  They  went  to  it  then 
and  saw  a  Lake  of  water  around  it.  «  Do  not  go  to  that  house  !  » 
said  the  captive.  There  is  never  a  washing-nora  bathing-tub, 
nor  a  slop-pail  in  it  at  night  after  sleeping.  «  Let  us  still  go 
to  the  other  house  »,  said  the  captive.  «  Now  there  is  my 
drink  in  this  house  »,  said  the  captive.  He  let  him  down  on 
the  floor.  He  went  into  the  house.  There  were  tubs  for 
washing  and  bathing  in  it,  and  a  drink  in  either  of  them. 
Alsô  a  slop-pail  on  the  floor  of  the  house.  He  then  drinks  a 
draught  of  either  of  them  and  scatters  the  last  sip  from  his  lips 
at  the  faces  of  the  people  that  were  in  the  house,  so  that  they 
ail  died.  Henceforth  it  is  not  good  (to  hâve)  either  a  tub  for 
washing  or  bathing,  or  a  fire  without  sparing,  or  a  slop-pail 
in  a  house  after  sleeping. 

6.  Thcrcupon  he  carried  him  back  to  his  torture,  and  Nera  re- 
turned  to  Cruachan.  Then  he  saw  something.  The  dun  was 
burnt  before  him,  and  he  beheld  a  hcap  ofhcadsoftheir  people 
(eut  oft)  by  the  warriors  from  the  dun.  He  went  after  the  host 
then  into  the  cave  of  Cruachan.  «  Aman  on  the  track  hère!  » 
said  the  last  man  to  Nera.  «  The  hcavier  is  the  track  »,  said 
his  comrade^  to  him,  and  each  man  said  that  word  to  his  mate 
from  the  last  man  to  the  first  man.  Thcreupon  they  reachcd 
the  sid  of  Cruachan  and  went  into  it.  Then  the  heads  were 

1.  round  that  licarth,  II.  2.  16. 

2.  the  last  man,  Hg. 


lorgsa  friw/;  tumu  lorc  (ris  olachele  f>  /suidi  7  asb«rt  SO  o«nir  toisifiach  ro- 
scgad  32  (jabair  taisbenad  na  ccnd  iarwm  don  rig  fiadosom  isiwsid.  Cid  do- 
dentar  donir 

Revue  Celliûue,  X.  15 


2  i8  Kuno  Meyer. 

dib-sium.  «  Taet  ille  ro;m-accallar-su  »,  ol  in  rig.  Dothaet 
qcco  iarum  ocus  ispen  ind  rig  iriuss  :  «  Cid  dotucc  lasna 
5  5  hocco  issin  sid  ?  »  ol  in  rig  fris.  «  A  comuitecht  do  sluaig- 
si  »,  ol  Na'ai.  «  Aircc  don  taig  uut  tall  va  »,  ol  in  rig, 
«  ata  hen  aentomu  ann,  denud  maith  fr/ut.  Abair  fr/a 
iss  uaim  faiter  chuici.  Ocus  tair-siu  cach  dia  co  cuail  con- 
nuid  don  taig  siuo.  » 


éo  7.  Dognith-sium  iarum  innisinama//issbr£'//;f/'/ss.  Fer- 
tair  iarum  faille  fr/s  7  ispen  :  «  Fochen  det,  masso  hein  ri 
rofuid  411e.  »  «  Is  lie  eim  »,  oll  Nero.  No  tcged  Xero  co 
cuail  ^cnnuid  don  dwi  gach  dia.  Atchid  assin  dun  im- 
w/ach  cach  dia  ar  a  chiiAin  dall  7  baccoch  for  a  mui//.  No 

65  tegdis  co  m-bitis  for  ur  natibrat  i  n-dor«5  in  duiniu.  «  In 
fil  ann?  »  ol  in  doU.  «  Fil  ecin  »,  oll  in  baccoch.  «  Tia- 
gom  ass  !  «  ol  in  haccacb. 

8.  Rofiarfor/;^  Nfro  iarum  inni  sin  don  mnai.  «  Cidh 
tathaigit  »,  ol  se,  «  in  dall  7  in  baccach  don  tiprait  ?  » 

70  «  Tathuigid  in  m-barr  fil  issiu  tipr^it  »,  ol  in  u/;en, 
«  .i.  mionn  n-oir  bis  for  cionn  ind  rig.  Iss  ann  do- 
coisiaiar.  »  «  Cid  armod  in  dias  uccott  dotathuigf^  ?  »  ol 
Nero.  «  Ni  ansa  »,  ol  si,  «  huair  rob  iat  roba  tairisiu  las- 
si«  rig  do  thaihaigid  in  bairr.  Rodalkii  indaro  for  7  ro- 

75  bacc(7^  araili.  »  «  Tair  ille  biucc,  »  ol  Nero  fr/a  a  mnai, 
«  fo/m-ecius  dam  ni  do  mo  imtechtuib  collecc.  »  «  Cid 
dotarfas  ?  »  ol  in  u/jen.  «  Ni  ansa  y>,  ol  Nero.  «  In  tan 
ro///baoc  tuidecht  issin  sid,  andarlem  rohorta  Raith  Crua- 
d\an  7  doroclw/r  Ai//ll  7  Me^^  cona.  legluch  [72'']  huili 

80  ann.  »  «  Ni  fir  eim  on  »,  ol  in  bea»,  «  acht  is  sluag  sia- 
br^7  dotainicc.  Firfaigth/r  inni  si»  »,  ol  si,  mano  foilset- 

53  ««nanaicillirsa  54  dodtuc  5)  icomaided;/  dotluaigsiu  56  erc  t/;all 
$7  ben  îentuwa  and  7  denad  58  roi/;it£r  cucu  condaig  60  dognisowz  as- 
brelh  feraid  iarom  in  ben  61  duid  olsi  masa  he  inrig  rochind  ille  62  no  thei- 
dcdh  nera  [col.  6bo  làxom  63  condaig  65  nifil  tiagam  as  àim  68  roiarfacht 
71  isand  dochoisecair  72  armad    nothatlîaiged  73  huair  robdar  iat  robotairisi 


Echtra  Nerai.  219 

displayed  to  the  king  in  the  sid,  «  W^iat  shall  be  done  to  the 
man  that  came  with  you  ?  »  said  one  of  them.  «  Let  him 
corne  hither,  that  I  may  speak  with  him  »,  said  the  king. 
Then  Xera  came  to  them  and  the  king  said  to  him  :  «  What 
brou^ht  thee  with  the  warriors  into  the  sid  ?  »  said  the  kinç 
to  him.  «  I  came  in  the  company  of  thy  host  »,  said  Nera. 
«  Go  now  to  yonder  house  »,  said  the  king.  «  There  is  a 
single  woman  there,  who  will  make  thee  welcome.  Tell  her 
it  is  from  me  thou  art  sent  to  her,  and  come  every  day  to 
this  house  with  a  burden  oftirewood  ». 

7.  Then  he  did  as  he  wastold.  The  woman  bade  him  wel- 
come and  said  :  «  Welcome  to  thee,  if  it  is  the  king  that  sent 
thee  hither  ».  «  It  is  he,  truly  »,  said  Nera.  Every  day  Nera 
used  to  ço  with  a  burden  of  firewood  to  the  dun.  He  saw  everv 
dav  a  blind  man  and  a  lame  man  on  his  neck  comins;  out  of 
the  dun  before  him.  Thev  would  go  until  they  were  at  the 
brink  of  a  well  before  the  dun.  «  Is  it  there  ?  »  said  the  bhnd 
man.  «  It  is  indeed  »,  said  the  lame  onc.  «  Let  us  go  away  », 
said  the  lame  man. 

8.  Nera  then  asked  the  woman  about  this.  «  Wh}-  do  the 
blind  and  the  lame  man  visit  the  well  ?  »  «  They  visit  the 
ciown,  which  isinthe  well  »,  said  the  woman,  «  viz.  adiadem 
of  gold,  which  the  king  wears  on  his  head.  It  is  there  it  is 
kept  ».  «  Why  do  those  two  go  ?  »  said  Nera.  «  Not  hard  to 
tell  »,  said  she,  «  because  it  is  they  that  are  trusted  b}'  the  king 
to  visit  the  crown.  «  One  of  them  was  blinded,  the  other 
lamed  ».  «  Come  hither  a  little  »,  said  Nera  to  his  wife,  «  that 
thou  mayst  tell  me  of  my  adventures  now  ».  «  What  has  appear- 
ed  to  thee?  »  said  the  woman.  «  Not  hard  totell  »,  said  Nera. 
«  WhenI  was  going  into  the  sid,  methought  the  rath  of  Crua- 
chan  was  destroyed  and  Ailill  and  Medb  with  their  whole 
household  had  fiiUen  in  it  ».  «  That  is  not  true  indeed  », 
said  the  woman,   «   but  an  clfin  host  came  to  thee  ^  That 

I.  to  them,  H.  2.  16. 

74  dothathaigid  in  barr     robacaideg  7s  bicc  Va  76  ro«ecidomimtheachtaib 
77  bcn  intan  rodba  octaidecht  isisi/(th  intarlim  roort  81  rodata«ic  tirfaidWr 
manifaillsigfedsom 


2  20  ,  Kuno  Meyer. 

som  dia  chelip.  «  Cinnwi-  bërut-si  robud  dom  muinnt/r  ?  » 
ol  Nfro.  «  Eircc  a  n-dochum  »,  ol  si.  «  Atat  immon 
caire  cetno  heus,  7  ni  tailad  in  lucht  don  ùmg  çuse.  » 
85  Sech  bao  hairem  tri  laa  ocus  teoro  n-aidqi  leissium  bui 
issin  tsid.  «  Abair  fr/u,  airich//V/;ir  immon  samfuin-si 
dothaet,  mana  taesat-som  do  orgain  in  sidiu  ;  ar  dorairn- 
geiriud  doib-sium  on  :  orguin  hin  sido  do  Ailill  ocus  do 
Meidb  ocus  in  barr  Brmin  do  hrhh.  doib  ass.  » 


90  9.  Ised  tredi  £r/th  hi  suidiu  .i.  cetach  Loeguiri  hind-Ard 
Macho  ocus  in  barr  Briuin  la  Connachto  ocus  ind  enach 
Dunlaithe  la  Laigniu  hi  Cill  Daro. 

10.  «  Cinnus  crêtfidtfr  uaim-si  techt  hissi»  sid  ?  »  ol 
N^/'o.  «  Beirtoirthesamruidlatt)),olinu/;en.  Dob^^rtiarum 

95  crem  leis  ocus  sobairche  ocus  buiderath.  «  Et  biam  tor- 
ruch-so  uaitt  »,  ol  si,  «  oc//i'  berot  mû'c  duit.  Ocus  dom- 
hisiu  ûs-scel  huait,  in  tan  ticcfoi  do  muinnt/r  do  orguin 
in  sidui,  co  ruco  do  muinnt/V  ocus  do  cheva  assin  sid.  » 

11.  Luid  Nero  iarum  co  a  muin?2t//',  conusîaaïr  imon 
100  coincctno.  Ocus  atfet  scelo  doib.  OcMjdobrt'//;doiarum  a 

claidim,  7  anuis  lia  a  mu'mùr  co  cenn  m-hliadna  iar  sin. 
Is  hi  in  hliadain  s'm  dana  intsainrud  luidi  F^;'gM.v  mac 
Roich  a  crich  hUloth  for  lunguis  co  hAi//ll  ocus  Meidb 
co  Cruachna  Aii.  «  Tainicc  do  dal  tra,  a  X^ro  »,  oll  Ai- 
105  un  fr/a  Nrro.  «  Eircc  co  tucca  do  muinnt/r  7  do  cetm 
assiw  tsid,  ro;m-icsim-ni  do  orguin  in  tsido.  » 

12.  TeitNero  iarum  co  mnai  issi  sid  7  femis  a  ben  failte 
fr/ss.  «  Eircc  ass  ira  don  dun  »,  ol  a  hen  fr/a  Nero,  «  7 
hcr  cuail  ronnuid  lat.  Aiii-sa.  hliadain  lain  oc  a  athigid  co 


82  b^radsaro. .  diw  83  erig  doctwi  dotigi  75  dintene  cose  85  tri  naidchi 

nombui  isintig  86  airichlither  87  minatœdsad     intsida  àoâWill  7  domeidb 

7  inbarr  90  ised  treidi  isuidiu  .i.  in  ce/ach  laegairi  91  mâcha  7  ineineach  dun- 

latha  lalaigniu  hicill  dara  93   creidfider     tuidecht  95  bidam(w)   96  doni 


Echtra  Nerai.  221 

will  corne  true  »,  said  she,  unless  he  would  reveal  it  to  his 
friends.  «  How  shall  I  give  warning  to  my  people  ?  »  said 
Nera.  «  Rise  and  goto  them  »,  said  she.  «  They  arestili  round 
the  same  caldron  and  the  charge  has  not  yet  been  removed 
from  thefire.  »  Yet  it  had  seemed  to  him  threedays  and  three 
nights  since  he  had  been  in  the  sid.  «  Tell  them  to  be  on  their 
guardatHalloween  coming,  unless  they  corne  todestroytlieside. 
For  I  will  promise  them  this  :  the  sid  to  be  destroyed  by 
Ailill  and  Medb,  and  the  crown  of  Briun  to  be  carried  off  by 
them  ». 

9.  [Thèse  are  the  three  things,  which  were  found  in  it,  viz: 
the  mantle  of  Loes;aire  in  Arma2;h,  and  the  crown  of  Briun 
in  Connaught,  and  the  shirt  of  Dunlaing  in  Leinster  in  Kil- 
dare.] 

10.  «  How  will  it  be  believed  of  me,  that  I  hâve  gone  into 
the  sid  ?  »  said  Nera.  «  Take  fruits  ofsummer  with  thee  »,  said 
the  woman.  «  Then  he  took  wild  garhc  with  him  and  primrose 
and  golden  fern.  And  I  shall  be  pregnant  by  thee  »,  said  she 
«  and  shall  beat  thee  a  son.  And  send  a  message  from  thee 
to  the  sid,  when  thy  people  will  come  to  destroy  the  sid,  that 
thou  mayest  take  thy  family  and  thy  cattle  from  the  sid  ». 

11.  Thereupon  Nera  went  to  his  people,  and  found  them 
around  the  same  caldron;  and  he  related  his  adventures  to 
them.  And  then  his  sword  was  given  to  him,  and  he  staid 
with  his  people  to  the  end  of  a  year.  That  was  the  very  year, 
in  which  Fergus  mac  Roich  came  as  an  exile  from  the  land  of 
Ulster  to  Ailill  and  Medb  to  Cruachan.  «  Thy  appointment 
has  come,  oh  Nera  »,  said  Ailill  to  Nera.  «  Arise  and  bring  thy 
.people  and  thy  cattle  from  the  sid,  that  we  ma)' go  to  destroy 
the  sid  ». 

12.  Then  Nera  went  to  his  wife  in  the  sid,  and  she  bade 
him  welcome.  «'Arise  out  to  the  dunnow  »,  said  the  woman 
to  Nera,  «  and  take  a  burden  of  firewood  with  thee.  I  hâve  gone 


.1 
hissa  99  comuintir   100  dobreth(a)      anclaidtfw   ioî  is(s)inbliaJam      do- 
stondrud  doluidh  103  nuhid  104  tanic  dal  tra  nera  106  coHig/;esum  doargain 
loycoamnai  issintid  108  0/s  7  her  cuail  cownaig  lat  doH  du«  ol  abe«  atwa 
109  octhathaigid 


2  22  Kuno  Meyer. 

no  qil  connmth  ïor  mo  muin  cech  dia  tart'eisiu,  7  atruhart 
iss  i  n-galur  robadMi"e.  7  uinnsi  do  mac  sunn  ucutdo;/o.  » 
Teid-sium  ass  iarum  don  dun  7  heir/J  churt/7  coîinuith. 
leiss  f(^r  a  muin.  «  Fodia  do  betho  assi;/  gai///-  hir-rabo  !  » 
ol  ind  r/g/;.  «  Ole  lium  im;;;oro  in  hen  do  feiss  lat  cin  ath- 

11)  comarcc.  »  «  DogenMr  do  riar-so  im  sodui?/  »,  ol  Nero. 
«  Ni  bud  hannso  duit-si  on  »,  ol  in  ri.  Dotaet  dia  tig 
for  culo.  «In[gar]  tra  do  bu  aniud  »,olinu/;en.  «  Dora- 
tus  hmn  dib  dot  mac  iarna  gein  focf/oir.  »  Tet  Nero 
dana  lia  a  cetmin  laa  insin. 

120  13 .  Beirid  in  Morrigan  iarum  huiii  a  mic-seom  cein  bui- 
sium  ina  chotliid,  coudrodàn  in  Dunn  Cuailgne  thair  hi 
Cuailgnc.  Dotoet  i-oin  buin  doridisi  anair.  Nosstairthenn 
Cuculaiiid  hi  Muig  Muirtem;;('  oc  tuidecht  tairiss.  Ar  ba 
do  geissib  Conqiaind,  cetteit  ban  asa  thir,  manip  aurdf rg 

12)  leis.  Ba  dia  geissib  enlaith  do  tbgailt  a  thiri,  mani  fac- 
bati^[73''']  ni  leiss.  Ba  dia  geissib  iascc  ind  inberuib,  muni 
thuitidis  laiss.  Ba  dia  geisib  oicc^  echtarchiniul  ina  thir, 
mad  i  n-âgaid  thistis,  gen  imaccalluim  forru  ria  matain, 
mad  fria  laa  t/;istais,  cen   imacallrt//n  fria  matain.  Nach 

130  mgeii  macdacbt  7  nach  ben  a.mtamai  nobid  la  hUlltai,  is 
for  a  inchuib-seom  110  bitdis  noco  n-irailtis  for  feraib.  It  e 
gessa  Conculaind  in  sin.  Doairthen//  Cuculaind  in  Mor- 
rigan cona  bain  7  ashen  :  «  Ni  berthar  i;/d  imerge  !  »  ol 
Cuculaind. 


135  14.  Dothaet  NiTa  ass  iar;mi  fescwr  dia  thigro//a  buaib. 
«  Tome5/a  bo  mo  mfc  tra  »,  ol  se.  «  Ni  mo  du  do  dul-sa 
do  ingairiu  fo;m  ait  sin  »,  ol  a  ben  în'ssim.  Tanic  in  bo 
fo  sodain.  «  A  ing;m^  tra,  can  àodeochaid  in  bo  sai  ?  » 
«  Dodcochaid  em,  »  ol  in  ben,  «  a  Cuailngne  iarna  tair 

140  don  Don;z  Cuailngne'.  Erg  ass  tra  a  fer/;/  sa  »,  ol  in  ben, 

I .  oice  MS. 

no  cach  tairrisiu  7  (andiv  added  over  the  Une)  adubcil  isangalar  dobasu 
III  hunwsiu  à'ino  1 1  2  b^'/rith  cuail  1 16  niba  han?;suw  teit  diathig  Ingar 
ira  119  allasin  [col.  66  ij  121  condarodart     don;;     tair  122  nostc'crtend  124 


Echtra  Nerai.  223 

to  it  for  a  whole  year  with  a  burden  of  fireNvood  on  my  neck 
every  day  in  thv  stead,  and  I  said  thou  wert  in  sickness.  And 
there  is  also  thy  son  vonder  ».  Then  he  went  out  to  the  dun, 
and  carried  a  burden  of  firewood  with  him  on  his  neck. 
«  Welcome  alive  from  the  sickness  in  which  thou  wast  !  » 
said  the  king.  «  I  am  displeased  that  the  woman  should  sleep 
with  thee  without  asking  ».  «  Thy  will  shall  be  done  about 
this  »,  said  Nera.  «  It  will  not  be  hard  for  thee  »,  said  the 
king.  He  went  back  to  his  house.  «  Now  tend  thy  kine  to- 
day!  »  said  the  woman.  «  I  gave  a  cow  of  theni  to  thy  son  at 
once  after  his  birth  ».  So  Nera  went  with  his  cattle  that  day. 

13.  Then  while  he  was  asleep  the  Morrigan  took  the  cow^ 
of  his  son,  and  the  Donn  of  Cualgne  bulled  her  in  the  east  in 
Cualgne.  She  (the  Morrigan)  then  went  again  westward  w'ith 
her  cow.  Cuchulaindovertook  thcm  in  theplain  of  Murthemne 
as  they  passed  across  it.  For  it  was  one  of  Cuchulaind's  o'^.fj'a 
that  even  a  woman  should  leave  his  land  without  his  know- 
ledge.  [It  was  one  of  his  gessa  that  birds  should  feed  on  lus 
land,  unless  they  Icft  something  with  him.  It  was  one  of  his 
gessa  that  fish  should  be  in  the  bays,  unless  they  fell  by  him. 
It  was  one  of  his  ^essa  that  warriors  of  another  tribe  should 
be  in  his  land  without  hischalleniring  them,  before  mornins:,  if 
they  came  at  night,  or  before  night,  if  they  came  in  the  dav. 
Every  maiden  and  every  single  woman  that  was  in  Ulster, 
they  were  in  his  ward  till  they  were  ordained  for  husbands. 
Thèse  are  iXiq  gessa  of  Cuchulaind].  Cuchulaind  ovcrtook  the 
Morrigan  with  her  cow,  and  he  said  :  «  This  cow  must  not 
be  taken  ». 

14.  Nera  went  back  then  to  his  house  with  his  kine  in  the 
evening.  «  The  cow  of  my  son  is  missing  »,  said  he  ^  «  I  did 
notdcserve  that  thou  shouldst  go  and  tend  kine  in  that  way  », 
said  his  wife  to  him.  On  that  came  the  cow.  «  A  wonder 
now  !  Whence  docs  this  cow  corne  ?  »  «  Truly,  she  comes 
from  Cualgne,  after  being  bulled  bv  the  Donn    of  Cuabne  », 

I .   she,  H.  2.  16. 

cctcit  nianiburd<'/c  1 2 3  dof/jogeilt  127  oie  echtairceniuil  I28remaidin  129 
renaidchi  151  noconcraildais  1 32  dathaiithc  ijîimirce  1 5  >  fr/anowa  156 
domcsta      niodû  138  dodcchaid  140  dun;/  c/;uail''?/«     ass  ol  in  hen 


224  ^""^  Meyer. 

«  nachas  fogluaisit  do  oie  »,  ol  si.  «  Forremdeth  m 
coibden  hisiu  a  m-blednai  cusm  samain  aitherrach.  Do- 
tiasait  aidqi  shamnai  aitherruch,  ar  it  aursluictiu  sido 
h£"/inn  dogn's  him  samn/;z.  » 

145  15.  Dothet  Neru  dochum  a  muintériu.  «  Canas  tuth- 
clio  ?  »  or  Ail//1  7  McJ/'  frie  Neru,  «  ocus  cait  hi  rabaduis  o 
duchuduis  uainn  ?  »  «  Roua  a  tirib  cainib  »,  ol  Neri,  «  co 
setuib  ocus  muinib  moruib,  co  ;/n-imboth  bruitt  ocus  biid 
ocus  set  n-ingnad.  Doragut  du  ior  n-orccuiu  oidqi  hsam- 

150  noi  dotœt,  mano  foillsigttT  doib.  »  «  Rosnicfim-ne  eim  », 
ol  Ail/71.  Biit  ann  va  co  cenn  n\-h\iadna.  «  Manotdfuil 
ni  tm  isin  sid  »,  ol  Ail//1,  «.a  Nero,  co  tucco  ass.  » 
Treiss  laa  iarum  ria  samui;/  co  tucc  a  himircce  assin 
tsid.  Amail  dodechaid  iarum  in  tairbiniu  assi/z  sith,  adaig 

1 5  5  loeg  bo  Aingen  :  —  .i.  Aingeni  ainm  a  m/V-sium,  —  adaig 
a  tri  geiminno  a^  in  tairbin.  Is  hi  sin  huair  robui  AihVl 
ocus  Yergus  ac  imhin  lithcilli.  Co  cualatar  ni,  geim  in 
tairbini  hissin  mag.  Is  ann  ispen  Fergus  : 


16.  «  Ni  bud  inmuiH  limw  ind  ag 

160  geissius  hissin  Cruachanmag, 

mac  Duib  Chuailngneco«odsoid, 

macân  in  tairb  ol-Loch  Loig. 

Bet  loegaiw  de  cin  buiî 
i  m-Bairchi  hi  Cuailgniu  : 
165  cichis  reim  roirge  ind  rig 

do  âg  aide  Aingini.  » 

17.  Aingene  ainm  ind  lir  0C//5  Bee  n-Aingeni  aiwii  na  mna, 
ocus  ba  hinun»  coiioraim  atcondairc  inti  Xerov  forru  ocus 
atcowaircc  Cuqlainn  hi  Tain  Bo  Ragamna. 


141  fogluaiset  foremteacha/»'  142  hisin  atharruch  arit  fosgoihi  sid/;a 
Ercuii  dogrcs.  Dothet  145  tud/;chais  i46araba  oduchi7<i(ais)uaindi  147  ronba 
149  doregad  donworgaiw  samna  150  manifaillsigther  duid  ronicfamne 
1)1  biid  tra  oui.  manadfuil  152  erccotucaas.  Tet  nera  iarow.  Tresla  dia- 
s/;amain  1 34  asinsid  .i.  laig  bo  aingen  .i.  angene  ainm  ameicseom.  1 58  atnaig 


Echtra  Nerai.  22 j 

said  the  woman.  «  Rise  out  now,  lest  thy  warriors  corne  », 
she  said.  «  This  host  cannotgo  fora  year  till  Halloween  next. 
They  will  corne  on  Halloween  next  :  for  the  fairy-mounds  of 
Erinn  are  ahvavs  opened  about  Halloween  ». 

15.  Nera  went  to  his  people.  «  Whence  comest  thou?  » 
said  Ailill  and  Medb  to  Nera,  «  and  where  hast  thou  been 
since  thou  didst  go  froni  us?  »  «  I  was  in  fair  lands  »,  said 
Nera,  «  with  great  treasures  and  precious  things,  with  plenty 
of  garments  and  food,  and  of  wonderful  treasures.  «  They  will 
corne  to  slay  you  on  Halloween  coming,  unless  it  had  been  re- 
vealed  to  vou  ».  «  Wc  shall  certainly  go  against  them  »,  said 
Ailill.  So  they  remain  there  till  the  end  of  the  year.  «  Now  if 
thou  hast  anything  in  the  sid  »,  said  Ailill  to  Nera,  «  bring 
it  away  ».  So  Nera  went  on  the  third  day  before  Halloween 
and  brous;ht  her  drove  out  of  the  sid.  Now  as  the  buU  calf  went 
oui  of  the  sid,  viz.  the  calf  of  the  cow  of  Aingen  (Aingene  was  the 
name  of  his  son),  it  bellowed  thrice.  At  that  same  hour  Ailill  and 
Fergus  were  playing  drafts,  when  they  heard  something,  the 
bellowing  of  the  buU  calf  in  the  plain.  Then  said  Fergus  : 

16  «  I  like  not  the  calf 

bellowing  in  the  plain  of  Cruachan, 

the  son  of  the  black  bull  of  Cualgne,  which  approaches, 

the  young  son  of  the  bull  from  Loch  Laig. 

There  will  be  calves  without  cows 
on  Bairche  in  Cualgne, 
the  king  will  go  a  ...  march 
through  this  calf  of  Aingene.  » 

17.  [Aingene  was  the  name  of  the  man  and  Be  Aingeni  the 
name  of  the  woman,  and  the  appearance  which  this  Nera  saw 
on  them  was  the  samc  as  that  which  Cuchulaind  sa\v  in  the 
Tain  Bo  Regamna.] 


gemenda  1 56  intairbiniu  i)7fichli  inni  gem  intairbin  i^Sandsin  I59ni- 
binniain  inath  160  ma(i)g  161  miv:  iwduib  cuailc^w  conadsaig  i62m(;c  in- 
tairbin olochlaig  beidt  lœg  cenbu  imbairciiiu  liicuaiij^»/!;  cithis  remi  roirge 
inri  diag  aigi  ai//e  gcne  ainm  an(f)ir  7  be  aingene  ainm  namna  ibSintiow». 
169  regamna 


226  Kuno  Meyer. 

170  18.  Condrecat  iarum  intoir'oi^e  ocus'm  Finnbennach  hi 
Muig  Cruacban.  La  ocus  adaig  doib  hi  comr/zc  ann  sin 
g«rro[73'']moig  forsin  toirbine  fodeoig.  Beccistair  in  tair- 
bini  ïarum  in  tan  ro  mebuid  fair.  «  Ced  ro  uhecustair  ind 
ad  ?  »  ol  Medb  fr/a  a  biiachi7/lj  Buaigliu  a  ainm  sidein. 

175  «  Ro  fet//r-so  ni,  a  mo  bop^,  a  Vergus,  as  sin  laid  ro  gau- 
buis  himbuaruch  »,  ol  Br/ccr/u.  Doneco  ¥ergus  seco  la 
soduin  ocus  bentoi  sethnn  a  chinn  do  Briccriu  coiia  durn 
co  lotiir  na  cuicfir  fichilli  bawr  hind-durn  F[er]g//j-o  hi 
cenn  m-Br/ccriunn,    co   m-bo  buan  d'olcc  do.    «  Apair 

180  fnum,  a  Buaidliuo,  cid  isrubuirt  in  tarb  »,  ol  Medb. 
«  Adubuirt  eim  »,  ol  Buaigliu,  «  mad  a  athuir-sium  tis- 
siud  do  chomrucc  fr/ss  .i.  Dunn  Cuailgne,  nifown-ar- 
m/igfeth  ind  Ah  7  no  mehaid  fair  reme  fo  Mag  n-Oi  huili 
gach  leth.  »  Is  ann  sin  ispen  Medb  o  bês  lugai  :  «  Tonga 

185  na  dea  thung//^  mo  thuath,  na  tairinnfit  7  na  coitelfat 
îor  cluim  na  colccuid  7  ni  bom  blathcha  7  ni  cai//fuirim 
mo  ta^ib  7  ni  cainairbiur  dc/'gflatha  na  finn  7  niro;m-air- 
biur  biuth,  ronamrabat  na  da  tharb  sin  ar  mo  ubelaib  a 
comracc.  » 

190  I9.1ar  sin  tra  tiaguit  Q^/znrîr/j/uid  7  in  dubluingius  his- 
sin  sid,  gurairçsiutin  sith  7  co  tucsiutt  ass  a  m-bui  ann.  7 
co  tucsiut  ass  in  m-barr.m-Br/uin  iar  sin.  Is  hi  s'm  ira  in 
très  issa  amra  ind-hiTrinn  7  cetach  Loegaire  ind-Ard 
Macho  7  enech  Dunluinge  la  Laigniu  hio  Cill  Daro.  ¥or- 

195  fagbud  Nero  va  coiia  muinntzV  ina  sid  7  ni  tainic  a.f  cose, 
acus  nie  thicfo  co  brath.  Fmit.  .3  .un.  maiin  .on  .uni.  nox 
na  case. 


1 


170  tairbin    finnbennach  ai  171   aidchi     ochomroc  172  maig     tairbin 
beccastair  173  robacestair  innag  i74i"ribuachail  buaidliu     side  175  ni  om. 
popa  a  ferg/.'ais     rogab».f  176  dodechaifd)     sécha   177  benta  sechnu(/;)     do 
Br.  OUI     conadurn  i7;erg!«a  hicind  in  bricrcnd  179  aolcc  180  buighu  (col.  662) 
181  buaibhu  tisad  182  indond   iS';  inai     samag  nai     huili  oui.    184  Medb 
om.     lugu  tonga  mothuaih  nitbiur  bith  cocomracad  nadatarbsin  arniobe- 


Echtra  Nerai.  227 

18.  Thenthe  bullcalfand  the  WhitehornMiieet  in  theplain 
of  Cruachan.  A  night  and  a  day  they  were  there  fighting, 
until  at  last  the  buU  calf  was  beaten.  Then  the  bail  calf  bell- 
owed  when  it  was  beaten.  «  What  did  the  calf  bellow  ?  »  Medb 
asked  of  her  neat-herd,  whose  name  was  Buaigle.  «  I  know 
that,  my  good  father  Fergus  »,  said  Bricriu,  «  it  is  the  strain 
which  thonsangest  in  the  morning  ».  On  that  Fergus  glanced 
aside  and  struck  with  his  fist  at  Bricriu's  head,  so  that  the 
five  men  of  the  draft-board  that  were  in  his  hand,  went  into 
Bricriu's  head,  and  it  was  a  lasting  hurt  to  him.  «  Tell  me,  o 
Buaigle,  what  did  the  bull  say  ?  »  said  Medb.  «  Truly,  it  said  », 
answtred  Buaigle,  «  if  its  father  came  to  fight  with  it,  viz.  the 
Donn  of  Cualgne,  it  would  not  be  seen  in  Ai,  and  it  would 
be  beaten  throughout  the  whole  plain  of  Ai  on  every  side  ». 
Then  said  Medb  in  the  manner  of  an  oath  :  «  I  swear  by  the 
gods  that  my  people  swear  by,  that  I  shall  not  lie  down,  nor 
sleep  on  down  or  flockbed,  nor  shall  I  drink  butter-milk  nor 
nurse  my  side,  nor  drink  red  aie  nor  white,  nor  shall  I  taste 
food,  until  I  see  those  two  kinc  fighting  before-my  face  ». 

19.  Thereafter  the  men  of  Connaught  and  the  black  host 
of  exile  went  into  the  sid,  and  destroyed  the  sid,  and  took 
out  what  there  was  in  it.  And  then  they  brought  away  the 
crown  ofBriun.  That  is  the  third  wonderful  gift  in  Erinn,  and 
the  mantle  of  Loegaire  in  Armagh,  and  the  shirt  of  Dunlaing 
in  Leinster  in  Kildare.  Nera  was  left  with  his  people  in  the 
sid,  and  has  not  come  out  until  now,  nor  will  he  come  till 
Doom. 


I.  of  Ai.  add.  II.  2.  16. 


laibdocomruc  ic)0  aviiichl à  inlong/«  191  coroairgsed  192  iaroni  isisi»; 
d'ino  intrc'S  ascaid  is  nmra  incrinn  194  ein(e)ach  dunlaiwgi  193  tra  otn. 
i96conid  remsccl  dolhanaid  bocuail^we  si».  Finit.  Amen. 


L. 

86 

L. 

89 

L. 
L. 

91 
92 

228  KunoMeyer. 


NOTES 

L.  56.  This  house  remiads  one  of  ihttech  oiged  described  in  the  AisUnge 
Maie  Conglinne,  LBr.  213'',  37. 

L.  57.  athinndlad.  Cf.  LBr.  215b,  47  :  benais  fcn  iarum  a  chuaranu  de  7 
indlais  asin  aithindlat  ùt,  «  he  took  off  his  shoes  himself  and 
washed  (his  feet)  in  the  washing-tub  there.  » 

L.     38.   mnbor  co  néniiiid.  This  seems  to  be  the  same  thing  as  lîthommar, 
LL,  54  a.  34,  LBr.  21 3t',  45.  For  iicmed    cf.  O'CL   néimhédh 
.i.  ainm  don  uile  salchar. 
airichlithir ,  hom  ai n'jhlini  (^z  airfoclilim)  I  prépare,  LL.  82  a.  10: 

ara  n-airichlea  7  ara  n-airelma.  Cf.  Tog.  Tr.  Ind.  airichill. 
On  the  harr  Briuin  meic  Smelhrach  see  Book  of  Lismore.  fo.  96  a, 

I  (in  Stokes"  forthcoming  édition  of  the  Lives  of  Saints). 
enach,  0'R"s  eneach  «a  shirt  or  smock;  weft.» 
For   Dunlaithe  read  Dunlainge,  as  in  L  194.   On  this  Gen.  see 
Stokes.  Celtic  Declension.  p.  18. 

L.  95.  I  take  buiderath\o  be  meant  for  btiide-ruith  «  Ht.  «  yellow  fern  ». 
raith  =:z  W.  *rhad,  rliedyn,  GauL  pratis,  Lith.  papartis,  Russ. 
paporotl. 

L.  123  .  None  of  thèse  ç-wa  is  mentioned  in  the  pièce  called  Cessa  7  ilberla 
Coiiculaind,  LL.  107^,  26-32. 

L.    124.   For  this  meaning  of  airderc  cf.   Bricriu's  saying  (LL.  264  a,  11, 
268  b,   37)  :  is  irdarcu  dam-sa  sanas  'nâ  do  neoch  aile  égem, 
«  clearer  to  me  is  a  whisper  than  to  any  one  else  a  cry  ». 

L.  136.  dû  is  used  as  a  noun  also  in  LL.  247  b.  6  :  dobt^rar  dam  co  tinniu 
dôib  cona  dû  di  cliormaim  dia  feiss. 

L.   159,  daif.  Cf.  O'R.  dair,  daireadh  «  bulling  »;  bo  ag  daireadh. 

L.  142.  coibden  F.  «  a  host  ».  coibhdean  .i.  coimhfheadhan  .i.  buidhean, 
O'Cl.  d'ar  m-breith  sech  coibdin,  sech  creicli,  LL.  308'',  19. 

L.  143.  Cf.  ar  badair  oslaicte  sidha  Erenn  im  samain  dogres,  air  ni  fêta 
diamair  dia  samna  dogres  for  sidaib.  Mcgn.  Find,  21. 

L.   161.  couadsaig.  Cf.  adsegat  nad  arget,  LL.  344  d. 

L.  164.  i  m-Bairchi  hi  Cuailgiiiu.  Thèse  are  tlie  Benna  Bairche,  now  the 
Mourne  Mountains,  mentioned  in  the  Tripart.  Life  pp.  408, 
422,  in  the  Tdin  Bâ  Frdich,  LL.  251b,  4$,  and  in  the  TBC. 
LL.  83b. 

L.    16).  cichis,  3rdsing.  of  the  redupL  s-ÎMt.  oî  cing'im 

Ib.        rcim  roirge  (iz;  rorige)  «  a  course  of  great  kingship  »? 

L.  167.  Bee  u-Aitigeni.  For  other  exaraples  of  the  neuter  gender  of  M  see 
Stokes,  Celtic  Declension.  p.  29. 

L.  175.  Bricriu,  we  are  told  in  LL.  103b,  36,  had  conie  fromUlster  to  beg 
présents  from  Fergus.  But  Fergus  kept  him  waiting  for  jewels 
and  precious  things.  From  the  wound  he  received  from  Fergus 
he  lav  ill  at  Crùachan  during  the  whole  war  of  the  Tâin.  On 
the  dav  on  which  the  men  of  Erinn  returned  from  the  war  he 
got  up  for  the  fîrst  time.  For  his  taunt  to  Fergus  (athis  m'r)  he 
had  to  pay  with  his  life  :  for  he  was  forced  to  witness  the  fight 
between  the  Whitehorn  and  the  Donn  of  Cualnge.  and  was 
killcd  by  the  infuriated  beasts    LL.  103b.  44-104-1,  12. 

L.    183,    Cf.  rommebdatdr  rlum-sa  môrchatha  cach  leth,  LU.  114  a. 


MÉLANGES 


I. 


NOTE  SUR  LE  NOM  DE  XANXY  ET  SUR  L'ÉTYMO- 
LOGIE  DE  DIVERS  AUTRES  NOMS  DE  LIEU  DU  DÉ- 
PARTEMENT DE  MEURTHE-ET-MOSELLE. 

La  forme  la  plus  ancienne  du  nom  de  Nancy  est  proba- 
blement Nanti-acus,  dérivé  du  gentilice  ron\:im-*  Nanti  us. 

*Naniius  est  lui-même  dérivé  du  nom  d'homme  gaulois 
*Nantos,  parfaitement  reconnaissable  dans  le  nom  de  lieu  dé- 
rivé Nanteuil.  Les  inscriptions  romaines  de  Bordeaux  récem- 
ment publiées  par  M.  Camille  Jullian  nous  offrent  sous  les 
numéros  209  et  277  deux  exemples  du  génitif  iV^ï»//  d'un  nom 
d'homme  qui,  au  nominatif,  était  évidemment  soit  Nantiiis, 
soit  *Niintus  ou  *  Naiitos,  dont  *Xa)itius  lui-même  vient. 
*  Nanlos  se  rattache  vraisemblablement  à  la  racine  qui  a  donné 
au  vieil-irlandais  :  1°  le  substantif  nith  «  blessure  mortelle  »^  ; 
2°  le  substantif  mit  =  *  nanti-  «  combat,  blessure  »,  et  nom 
du  dieu  de  la  guerre-.  Cette  racine  était  germanique  en  même 
temps  que  celtique.  Comparez  le  verbe  gothique  ana-nanthjan 
«  être  brave  »,  et  le  premier  terme  du  nom  de  femme  Kantc- 
childis  porté  par  une  reine  de  France,  femme  du  roi  Dago- 
bcrt  I,  morte  en  642.  C'est  l'orthographe  observée  dans  la 
chronique  dite  de  Frédégaire  et  dans  deux  diplômes.  On  écrit 


1.  Windisch,  Irische  Texte,  t.  I,  p.  709. 

2.  Windisch,  Irische  Texte,  t.  I,  p.  704-70$. 


2^0  Mélanges. 

aujourd'hui  Nantilde.  L'allemand  moderne  neid  «  envie  »  se 
rattache  à  la  même  racine. 

Le  nom  de  Nancy  fait  partie  de  la  liste  des  noms  de  lieu 
qui  sont  d'anciens  noms  de  fundi  romains.  On  en  reconnaît 
un  certain  nombre  dans  le  Dictionnaire  topographique  du  dépar- 
tement de-la  Meurthe  publié  par  M.  H.  Lepage.  Tels  sont: 

Acci-aca  villa,  Essey  et  Maizerais,  dérivé  du  gentilice  Ac- 
cius. 

Acciagum,  pour  Acci-acus,  Essey-lès-Nancy,  même  origine. 

Biliniacuni,  pour  Bilini-acus,  Bulligny,  dérivé  de  Bilinius. 

Bucculiacuni,  pour  Bucculi-acus,  Bicqueley,  dérivé  de  Buccu- 
Uus. 

Caldiniacuin,  pour  Caldini-acus.  Chaudenev,  dérivé  de  Cal- 
donius. 

Caliniacum ,  pour  Calini-acus,  Chaligny,  dérivé  de  Calinius. 

CauJiacum,  pour  CauU-acus,  Cheloy,  dérivé  de  Caulius. 

Crepiacum,  pour  Crispi-acus,  Crépey,  de  Crispius. 

Flavini-aca  villa,  Flavigny,  de  Flavinius. 

Luciacum,  pour  Lucci-acus,  Lucy,  de  Luccius. 

Patcrniacum,  pour  Paterni-acus,  Pagney  et  Pagny,  de  Pa- 
ter nius. 

TuUiacuni,  pour  Tulli-acus,  Thuilley,  de  Tullius. 

Vitriacus,  Vitrey,  pour  Victori-acus,  de  Victorius. 

Cette  liste  de  dérivés  est  loin  d'être  complète  ;  mais  elle 
nous  offre  un  recueil  de  témoins  de  la  domination  romaine. 

Les  noms  de  lieu  qui  se  terminent  en  -court,  en  -meix,  en 
-mesnil,  en  -mont,  en  -val,  en  -ville  et  en  -viller  sont  des  com- 
posés; le  premier  terme  de  chacun  d'eux  est  en  général  un 
nom  d'homme  franc;  c'est  le  nom  d'un  des  conquérants  bar- 
bares qui,  à  la  chute  de  l'empire  romain,  sont  venus  fonder 
de  nouveaux  établissements  agricoles  dans  un  pays  ruiné  par 
les  précédentes  invasions.  De  là  les  noms  si  nombreux  comme 
Ahonis  curîis,  khoïiCOMn;  Agnaldi  curtis,  Ajoncourt;  Alme- 
rici  curtis,  Amelécourt;  Bernart-?nanil,  Bénaménil  ;  Gibhonis 
mansus,  Gibeaumeix  ;  Bathclani  mous,  Bathelémont  ;  Bosonis 
;;w;z5,  Bauzemont  ;  Arnaldi  villa,  Arnaville;  Ansoldi  villa, 
Ansauville  ;  Boddonis  villa,  Boudonvillc  ;  Gcrberti  villare,  Ger- 
béviller,  etc.  Dans  le  nord-est  de  la  France,  les  noms  de  lieux 


Mélanges.  231 

de  cette  catégorie  sont  de  beaucoup  les  plus  fréquents  ^  C'est 
la  région  où  principalement  s'établirent  les  conquérants  ger- 
mains, quand  l'empire  romain  succomba. 

■Dans  l'ancien  département  de  la  Meurthe,  très  peu  de  noms 
de  lieux  habités  paraissent  conserver  le  souvenir  de  la  période 
de  l'indépendance  celtique.  On  peut  supposer  que  Vandœuvre 
est  un  ancien  Vindo-briga,  et  Denœuvre  un  ancien  Daiio- 
briga.  Le  nom  de  Condé^  aujourd'hui  Custine,  peut  être  d'ori- 
gine celtique.  On  pourrait  croire  la  même  chose  de  Liverdun, 
si  le  premier  terme  ne  semblait  pas  être  un  cognomen  latin 
(C  /.  L.,  XII,  291e,  3509,  5686.  480),  comme  TuUuni,  au- 
jourd'hui Toul(C./.  jL.,  XII,'3726).  Vandœuvre  signifierait 
«  château  de  Vindos  »,  Deneuvre  «  château  de  Danos  »  ;  ces 
noms  seraient  des  composés,  et  leurs  premiers  termes  seraient 
des  noms  d'hommes  gaulois. 

On  sait  que  Coudé,  autrefois  Condate,  a  une  autre  origine 
et  paraît  signifier  confluent.  Il  3'  a  en  effet  quelques  noms  de 
lieux  habités  qui  nes'expliquentpointpar  des  noms  d'hommes. 
Tels  sont,  parmi  les  noms  de  lieu  que  la  langue  latine  a 
fournis:  Foiitan-etniii,  Fontenoy  ;  Aln-ctuni,  Aulnois;  Pruii-' 
ctum  {Prun-iduiii  en  bas  latin),  Prcny,  et  une  grande  partie  des 
noms  de  lieu  que  la  prononciation  moderne  termine  en  -iére 
ou  -iéres  =  latin  -aria,  -ariae,  comme  Bouxières,  Chenevières; 
ces  mots  sont  dérivés  de  noms  communs. 

H.  d'Arbois  de  Jubainville. 


IL 

GOBANNI-CNOS. 

Guichcnon,  Histoire  généalogique  de  la  maison  de  Savoie, 
Lyon,  i6éo,  t.  I,  p.  57,  a  publié  une  inscription  conservée 

I .  Dans  le  Dictionnaire  lopographique  de  la  Meurthe  public  par  M.  Lepaoe, 
j'ai  relevé  87  noms  en  «  court  »,  5  en  u  meix  »,  u  en  «  mesnil  »,  24  en 
«  mont  »,  91  en  «  ville  »,  26  en  «  viller  »,  total  257.  Les  noms  de  lieu 
dérivés  de  gcntilices  romains  ne  me  semblent  pas  atteindre  la  cinquantaine. 
Je  ne  donne  ces  chiffres  qu'à  titre  provisoire. 


2^2  Mélanges. 

au  jardin  de  l'abbaye  de  Saint-Just,  près  de  Suze,  et  dont  le 
texte  serait  ainsi  conçu  : 

ORENSIAE  CL.SEVERAE 

ANTIPHO  GOBANNILNO 

VIBIO  SEXT.       F 

SEVERA  VXOR       B.IT.V. 
F.    V.    E 

De  là  elle  est  passée  chez  Muratori,  1384,  4.  Zeuss,  dans  la 
première  édition  de  la  Granwiatica  celtica,  1853,  P-  7743  ^ 
cité  d'après  Muratori  le  Gohannilno  de  la  seconde  ligne,  l'a 
corrigé  en  Gobannicno  et  l'a  donné  comme  exemple  de  -cnos 
dans  les  noms  gaulois.  De  là  ce  mot  est  arrivé  chez  Gluck, 
Keliischen  Namen,  1857,  p.  108,  où  il  est  rapproché  de  Go- 
bannitio  (César,  De  hello  gallico,  VII,  4).  Ensuite  Becker,  pu- 
bliant dans  le  tome  III  des  Beilrâge  de  Kuhn,  1863,  son  mé- 
moire sur  les  restes  de  la  langue  celtique  dans  les  inscriptions, 
a  donné  le  datif  Gobannicno  comme  un  exemple  du  procédé  de 
la  composition  dans  la  formation  des  noms  de  personnes 
(p.  427).  En  1868,  notre  savant  collaborateur,  M.  Whitley 
Stokes,  annotant  la  traduction  du  glossaire  de  Cormac,  a  placé 
le  gaulois  Gobanuicnos  parmi  les  mots  celtiques  qu'il  rapproche 
de  l'irlandais  (-^('/w  «  forgeron  »,  p.  89.  Ebel,  en  1870  et  1871 
dans  la  seconde  édition  de  la  Gratnniatica  celtica,  a  cité 
trois  fois  le  même  mot,  d'abord  aux  pages  263  et  776,  où  il  le 
donne  comme  exemple  des  thèmes  en  -auji  par  double  n,  enfin 
à  la  page  854  où  il  le  met  dans  la  liste  des  noms  patrony- 
miques gaulois  qui  se  terminent  en  -cnos. 

Gobanni-cnos  est  certainement  un  des  plus  jolis  mots  gaulois 
qu'on  puibse  trouver.  L'inscription  qui  le  fournissait  se  trou- 
vant près  de  Suze  devait  être  reproduite  dans  le  tome  V  du 
Corpus  inscript ionum  latinarum.  J'ai  constaté  avec  désespoir  que 
le  nom  pérégrin  Gobannicnus  manquait  à  la  table  des  cogno- 
niina,  et  je  n'ai  pas  eu  le  talent  de  trouver  ce  qu'était  devenu 
sous  la  plume  de  M.  Mommsen  l'inscription  de  Guichenon  et 
de  Muratori  dont  les  celtistes  avaient  tiré  si  bon  parti.  J'ai  pro- 
fité d'un  séjour  de  M.  Mommsen  à  Paris  pour  le  prier  de  me 


Mélanges.  2]^ 

tirer  d'embarras.  Voici  la  réponse   que  j'ai  reçue  du  savant 
épigraphiste  : 

«  Monsieur, 

«  L'inscription  dont  vous  me  demandez  compte  appartient 
«  à  Suze  et  se  trouve  dans  le  C.  I.  L.,  V,  7290  (cf.  7230). 
«  Nous  en  avons  deux  copies,  corrompues  tous  les  deux; 
«  probablement  les  lettres  de  la  dernière  ligne  étaient  incom- 
«  plètes  et  illisibles.  Il  est  absolument  impossible  de  la  rec- 
«  tifier  et  du  texte  qui  existe  on  ne  peut  tenir  aucun  compte; 
«  tous  les  rapprochements  qui  s'y  appuient  sont  sans  fon- 
ce dément  quelconque  ».  [Paris,  le  8  février  1889]. 

Pour  bien  comprendre  ce  qui  précède,  il  faut  savoir  que 
l'inscription  de  Guichenon  et  de  Muratori  fait  deux  inscrip- 
tions dans  le  C.  /.  L.,  V;  l'une  correspondant  aux  deux  pre- 
mières lignes  porte  le  numéro  7290  : 

FORENSIAE 

c-    L-    SEVERAE 

IIIPHOGOBANNILO 

l'autre,  correspondant  aux  trois  dernières  lignes,  porte  le  nu- 
méro 7230  : 

VIBIO-    SEX-F. 

SEVERA 

VXOR 

bTvvonis.  F 

V .     F 

H.  d'A.  de  J. 

m. 

ENCORE  UN  MOT  SUR  LES  CHARS  DE  GUERRE 

GAULOIS. 

Malzeville,  près  Nancy,  le  30  juin  1888. 

Voici,  mon  cher  et  aimable  collègue  des  Antiquaires,  la 
note  sur  les  découvertes  de  chars  gaulois  dont  j'ai  connais- 
sance et  que  je  vous  ai  promise. 

Revtie  Celtique,  X  16 


2  34  Mélanges. 

SUISSE. 

1°  Tumulus  de  la  forêt  de  Grauholz,  canton  de  Berne. 
Fragments  de  cercles  de  roues  de  char.  Idem  des  moyeux  en 
bronze.  Les  cercles  en  fer  des  roues  ont  environ  o  m.  60  de 
diamètre.  Ces  objets  sont  au  musée  de  Berne. 

2°  Tumulus  de  Grachwyl,  canton  de  Berne.  Boîtes  de 
moyeux  en  bronze.  Essieu  en  bois  de  chêne.  Le  fer  des  roues 
avait  environ  o  m.  éo  de  diamètre.  —  Musée  de  Berne. 

3°  Premier  tumulus  d'Anet  (Lis  en  allemand),  canton  de 
Berne.  Boîtes  de  moyeux  en  ter  recouvertes  d'une  feuille  de 
bronze.  Jantes  en  bois  de  chêne.  Rayons  idem,  recouverts 
d'une  feuille  de  bronze  mince.  Plaques  de  bronze  découpées  à 
jour  qui  paraissent  avoir  servi  à  décorer  le  char. 

4°  Second  tumulus  d'Anet.  —  Char  dont  les  débris  étaient 
analogues  à  ceux  du  premier  tumulus,  excepté  les  plaques  dé- 
coupées à  jour  qui  ne  s'y  trouvaient  pas.  Clous  de  bronze. 
Le  moyeu  avait  0  m.  08  à  o  m.  09  de  diamètre  et  0  m.  07 
de  hauteur.  —  Musée  de  Berne. 

5°  Tumulus  de  Wilzingen,  à  deux  kilomètres  sud-ouest  de 
Sigmaringen.  Char  de  guerre  trouvé  avec  des  bracelets  et  des 
vases  de  bronze.  —  Bande  de  bronze,  d'environ  o  m.  03  de 
largeur  et  de  o  m.  003  d'épaisseur,  brisée  en  un  grand  nombre 
de  morceaux  qui,  réunis,  formaient  une  longueur  de  o  m.  70, 
ayant  pu  former  le  bord  supérieur  du  char.  —  Garniture  en 
bronze  du  moyeu  de  la  roue.  Un  des  rayons  des  roues,  en 
bois  de  chêne  recouvert  d'une  feuille  de  bronze  très  mince. 
Un  grand  morceau  de  cuir  conservé  grâce  à  l'oxydation  du 
cuivre  qui  le  recouvrait.  Le  fer  n'existait  plus  qu'à  l'état  d'oxyde 
dans  un  grand  panier,  où  je  l'ai  vu  chez  le  paysan  de  Vilsingen 
qui  avait  fouillé  le  tumulus.  Depuis  mon  départ  de  Sigma- 
ringen, j'ai  appris  que  le  prince  de  Hohenzollern  avait  acquis 
tous  les  objets  provenant  de  ce  tumulus  pour  son  beau  musée 
d'antiquités. 

6°  Tumulus  de  Langenfeld,  près  de  Walburg,  Parsberg, 
Haute-Bavière.  Sépuhure  composée  de  très  grosses  pierres. 
Ossements  humains  et  ceux  d'un  jeune  porc.  Le  char  avait  été 
en  bois  revêtu  de  cuir  sur  lequel  avaient   été  disposées  une 


Mélanges.  2  5  5 

multitude  de  pièces  découpées  en  cercles.  Il  y  en  avait  plus 
d'une  centaine.  La  roue  avait  o  m.  76  de  diamètre.  Le  fer 
était  fixé  à  la  roue  par  sept  clous  ronds  et  trois  carrés  de 
G-  m.  028  de  lone;ueur.  Les  moveux  avaient  o  m.  16  de  dia- 
mètre  extérieur.  On  trouva  aussi  les  fragments  d'un  plat  en 
bronze  et  d'un  bandeau  orné  de  petits  clous.  —  Musée  national 
bavarois,  à  Munich. 

Tous  les  objets  cités  plus  haut  ont  été  dessinés  par  moi, 
d'après  nature.  Ces  dessins  sont  conservés  au  Cabinet  des  Es- 
tampes de  la  Bibliothèque  nationale,  neuf  volumes  in-folio. 

7°  Tumulus  situé  sur  le  territoire  de  Diarvillc,  au  lieu  dit 
Devant-Gillot,  Meurthe-et-Moselle.  —  Segments  de  roues  de 
char,  en  fer,  pareils  à  ceux  trouvés  par  M.  Morel  dans  les  sé- 
pultures de  Somme-Bionne  (Marne).  Journal  de  la  Société 
d'archéologie  lorraine,  1888,  page  115.  Archéologie  préro- 
maine. Fouilles  à  Diarville. 

Je  vous  envoie  aussi  le  calque  d'un  dessin  que  j'ai  fait  à 
Metz,  il  y  a  bien  des  années.  A  cette  époque,  le  bas-relief 
était  dans  le  vestibule,  à  gauche  en  entrant,  renversé,  la  roue 
en  bas,  les  têtes  de  chevaux  en  haut.  On  paraissait  en  faire 
peu  de  cas.  Je  l'ai  dessiné  dans  cette  position.  Il  est  très  cu- 
rieux. C'est  Vesseda  ou  essedum.  Voici  la  description  qu'en 
donne  Rich  dans  son  dictionnaire  des  antiquités  romaines  et 
grecques. 

Esseda  ou  Essedum,  char  ou  chariot  découvert,  placé  sur 
deux  roues,  ouvert  par  devant,  mais  fermé  par  derrière  et  tiré 
par  deux  chevaux,  dont  se  servaient  habituellement  à  la  guerre 
les  anciens  Bretons,  Gaulois  et  Belges  (Caes.,  B.  G.,  IV,  33  ; 
V,  16.  Virg.,  Géorg.,  III,  204,  Servius  ad  1.).  Les  Romains 
firent  aussi  des  voitures  sur  le  même  modèle  qu'ils  em- 
ployèrent pour  des  usages  ordinaires  et  désignèrent  par  le 
même  nom.  (Cic.  ad  Ait.,  VI,  i.  Ov.,  Pont.,  II,  10,  34. 
Suét.,  Cal.,  51).  Il  n'existe  pas,  que  l'on  sache,  sur  aucun 
monument  authentique,  de  représentation  du  char  original 
des  Bretons  ou  de  celui  des  Romains  construit  sur  le  même 
modèle. 

Je  trouve  que  cette  description  convient  très  bien  au  char 
de  Metz.  Le  cocher  en  bardocucuUus  est  sur  un  sièîïe  d'osier. 


2^6  Mélanges. 

Les  brancards  de  la  voiture  sont  assez  forts  pour  supporter  un 
homme  qui  voudrait  combattre  comme  on  dit  que  le  fesaient 
les  Gaulois.  Les  chevaux  ont  des  colliers  élevés  comme  dans 
le  bas-relief  de  Langres  et  comme  ils  en  portent  encore  au- 
jourd'hui. Je  ne  vous  donne  pas  ce  char  comme  étant  celui 
d'un  chef  gaulois,  mais  bien  celui  d'un  gallo-romain. 

En  attendant,  bonne  santé,  et  agréez  mille  amitiés  de  votre 
tout  dévoué  confrère. 

Ch.   COURNAULT. 

IV. 
LA  RELIGION  GALLO-ROMAINE  CHEZ  J.  CÉSAR. 

Paris,  23  décembre  1888. 
Mon  cher  collègue. 

Je  me  suis  ramentu  plusieurs  fois  cette  semaine  l'intéres- 
sante conversation  que  j 'ai  eue  avec  vous  dimanche  dernier  chez 
notre  collègue  M.  Gaston  Paris.  Et  comme  vous  m'aviez  fait 
l'honneur  de  me  consulter  sur  un  point  concernant  l'histoire 
religieuse,  je  crains  que  dans  ma  réponse  je  ne  me  sois  pas 
exprimé  avec  la  précision  désirable,  de  sorte  que,  par  ma  faute, 
vous  auriez  Heu  de  prendre  pour  mon  opinion  ce  qui  ne  l'est 
que  partiellement.  C'est  pourquoi  je  désire  la  préciser  par 
écrit. 

Je  ne  puis  que  vous  donner  raison  quand  vous  dites  que 
J.  César  a  assimilé  les  dieux  gaulois  et  les  dieux  romains,  bien 
qu'il  n'y  eût  pas  d'identité  entre  les  divinités  respectives  qu'il 
affublait  du  môme  nom,  tout  au  plus  quelques  ressemblances 
accessoires. 

J'incline  aussi  à  penser  comme  vous  que  César  était  bien 
aise,  à  son  point  de  vue  poHtique,  d'établir  ces  assimilations, 
sans  même  nous  dire  —  ce  qui  eût  été  si  aimable  de  sa  part 
—  les  noms  indigènes  des  dieux  gaulois  qu'il  romanisait  ainsi 
d'un  trait  de  plume. 

.t  Seulement  je  tiens  à  vous  faire  remarquer  qu'il  ne  faudrait 
pas  lui  attribuer  sur  ce  point  un  plan  très  prémédité,  très  per- 
sonnel et  jusqu'à  un  certain  degré  machiavéhque.  Il  a  sim- 


Mélanges.  237 

plement  suivi  une  habitude,  un  cours  d'idées  universel  dans 
l'antiquité  polythéiste.  On  croit  d'emblée  à  l'identité  des  dieux 
de  noms  divers  que  l'on  apprend  à  connaître  à  mesure  qu'on 
se  familiarise  avec  les  pays  étrangers.  Les  Romains  y  ont  cru 
à  l'égard  des  divinités  grecques  (Minerve  =  Athena,  Mer- 
cure =  Hermès,  Ercolès  =  Héraclès,  Junon  =  Héra,  Vénus 
=  Aphrodite,  Diane  =  Artémis,  etc.,  etc.).  Les  Grecs  y  ont 
cru  à  l'égard  des  divinités  égyptiennes  (voir  Hérodote),  et  il 
semble  d'après  celui-ci  que  les  prêtres  égyptiens  étaient  du 
même  sentiment.  Les  Grecs  ont  donné  des  noms  de  dieux 
grecs  aux  divinités  phéniciennes,  chaldéennes,  assyriennes, 
perses  et  même  indiennes  (Mégasthène),  et  le  Phénicien  Philon 
de  Byblos  leur  donne  absolument  raison  ;  seulement  il  prétend 
que  c'est  en  Phénicie  que  sont  les  originaux.  Plus  tard  nous 
voyons  Tacite,  sauf  quelques  exceptions,  appliquer  la  même 
règle  aux  divinités  germaniques.  C'est  ce  qui  devait  mener  à 
cette  rrf/.px-:'.;  twv  0£wv  qui  fut  si  bien  à  la  mode  aux  derniers 
temps  du  paganisme  et  dont  le  néo-platonisme  fit  tout  un 
système. 

Donc  César,  en  identifiant  les  dieux  gaulois  et  les  dieux  ro- 
mains, ne  se  distingue  en  rien  de  l'ensemble  des  écrivains  de 
l'antiquité  classique,  tous  dominés  par  le  même  préjugé.  Il 
n'eût  été  ni  poUtique  ni  conquérant  qu'il  eût  fait  absolument 
de  même.  C'est  la  nuance,  mon  cher  collègue,  que  je  crains 
de  n'avoir  pas  fait  assez  ressortir  dans  notre  conversation. 

L'étude  que  je  fais  en  ce  moment  de  la  religion  phénicienne 
me  montre  précisément  sur  quels  fondements  légers  les  Grecs 
et  à  leur  suite  les  Latins  procédaient  aux  identifications  divines. 
Melkart  (Melek-Kirjath,  roi  de  la  cité),  le  dieu-patron  de  Tyr 
et  de  Carthage,  est  appelé  par  les  Grecs  tantôt  Apollon  ou 
Hélios,  parce  que  c'est  un  dieu- soleil,  tantôt  Zeus,  parce  que 
c'est  le  premier  des  dieux,  tantôt  Kronos,  parce  qu'il  dévore 
les  petits  enfants.  Cela  dépend  de  l'écrivain,  ou  de  ceux  dont 
il  rapporte  les  dires.  Et  du  reste  ils  attachaient  à  tout  cela 
cette  insouciance  du  fond  qui  nous  étonne  toujours,  nous  éle- 
vés à  lécole  de  dogmatismes  très  arrêtés  et  montrant  toujours 
leurs  pointes  offensives. 

Bien  à  vous.  A.  Réville. 


238  Mélanges. 


V. 


LE  DIEU  IRLANDAIS  LUG  ET  LE  THÈME  GAULOIS 

LUGU-. 

Dans  l'ouvrage  intitulé  Le  Cycle  mythologique  irlandais  et  la 
mythologie  celtique,  1884,  on  lit,  p.  178,  que  le  dieu  irlandais 
Lug  est  identique  :  1°  au  dieu  gaulois  qui,  suivant  César,  avait 
inventé  tous  les  arts  :  omnium  inventorem  artium;  2°  aux  Lugoves 
mentionnés  par  deux  inscriptions,  l'un  de  Suisse,  l'autre  d'Es- 
pagne et  que  son  noii^  a  fourni  le  premier  terme  du  nom  des 
villes  et  localités  secondaires  appelées  Lugudunum  en  Gaule, 
La  vraisemblance  de  cts  hypothèses  a  été  contestée  dans  la 
Revue  Celtique,  t.  VI,  p.  487-490.  Elle  n'est  pas  admise  par 
M.  Allmer,  Revue  épigraphique,  t.  II,  p.  144.  Elle  est  acceptée, 
sauf  peut-être  quelques  réserves  portant  sur  des  détails  acces- 
soires, par  notre  savant  collaborateur  M.  John  Rhys,  The  Hib- 
hert  lectures,  1886,  Lectures  on  the  origin  and  groiuth  of  religion 
as  illustrated  by  Celtic Heathendom ,  Londres,  1888,  p.  424-430, 
et  en  dernier  lieu  par  M.  Alfred  Nutt,  Studies  on  the  legend  of 
the  holy  Grail,  luith  especial  référence  to  the  hypothesis  of  ils  Celtic 
origin.  Londres,  1888,  p.  184.  On  est  revenu  sur  ce  sujet 
dans  la  Revue  Celtique,  t.  VIII,  p.  169-172,  et  t.  IX,  p.  267- 
268,  en  discutant  l'étymologie  du  nom  de  Lyon  et  en  signa- 
lant le  nom  de  femme  Lu^u-selva. 

Au  sujet  du  nom  primitif  de  Lyon,  Lugu-dunum,  on  peut 
faire  observer  que  ce  nom  a  été  plus  répandu  en  Gaule  qu'on 
ne  le  croit  généralement.  Il  a  été  porté  non  seulement  par  les 
villes  de  Leyde,  Laon  et  Saint-Bertrand-de-Comminges,  mais 
par  des  localités  d'importance  secondaire  ;  telle  est  la  villa  Luc- 
dono  ou  Lugduno  dans  le  Maine  mentionnée  dans  plusieurs  di- 
plômes carlovingiens,  en  802  (Dom  Bouquet,  t.  V,  p.  768  e); 
en  832  (Dom  Bouquet,  VI,  585  e)  ;  en  838  (Dom  Bouquet, 
VI,  617  d).  Tel  est  le  mous  Lugdunus  encore  mentionné  sous 
cette  forme  au  xiv^  siècle  dans  un  document  des  archives  de 
la  Chaise-Dieu  (Chassaing,  Spicilegium  Brivatense,   p.  423), 


Mélanges.  239 

c'est  aujourd'hui  Mont-Lahuc,  commune  de  Bellegarde, 
Drôme.  M.  Longnon  nous  fait  espérer  quelques  autres  indi- 
cations analogues. 

Le  fondement  principal  de  la  doctrine  exposée  ci-dessus  est 
un  passage  du  récit  épique  irlandais  connu  sous  le  nom  de 
Catb  Mnige  Tuired  na  Fomora.  Ce  récit  conservé,  et  malheu- 
reusement -d'une  façon  incomplète,  par  un  seul  manuscrit, 
British  Muséum  Harleian  5280,  fol.  52-59,  est  resté  jusqu'à 
présent  inédit.  Jusqu'ici  le  passage  qui  nous  intéresse  n'avait 
été  cité  que  d'après  une  traduction  donnée  par  O'Curry, 
On  the  maiiners  and  ciistoms  of  the  ancicnt  Irish,  t.  III,  p.  42-43. 
La  Revue  Celtique  doit  à  l'obligeance  savante  de  M.  Whitley 
Stokes,  la  copie  que  voici.  On  remarquera  que  Lug  porte 
trois  fois  dans  ce  document  le  surnom  de  SamhiJdânach. 
M.  Whitley  Stokes  propose  de  considérer  comme  un  m  pri- 
mitif la  seconde  consonne  de  ce  mot  composé  qu'il  traduit  par 
îjjjL-:/.J-:îyv:;.  O'Curry  avait  cru  devoir  reconnaître  dans  cet 
mh  un  b  primitif,  et  suivant  lui  sanih  était  identique  à  l'ir- 
landais sab,  s^èmiii  sabad  «  prince  ». 

TEXTE    IRLANDAIS 

(harleian  5280,  fo.  65  r"). 

Bui  Nuadha^  doridesi  xar  eisbu///;  a  rige  for  Thuaith  Deu. 
Bui  morfleg  ^  ocu-side  di  Tuaith  Dei  a  Temraig  an  inbaidsin. 
Boi  dno  oruli  -  ogLxch  og  saighid  de  Temrrt;Vr,  Samhilddnach  > 
aainm-side.  Bôtar  dorsaidi  for  Temraig  an  inbuid  sin,  Gamal 
mac  Figail  7  Camald  mac  Riaghaild  a  n-anmonn-sidei.  A  mboi 
side  and  atci  andirim  n-anetarcna/Jh  'nadocum  ogLcch  coem 
cruthach  co  n-imscigf?  rios:  a  n-airenuch  na  buidne  sin.  AtbiT- 
tatar  risin  dorsaid  ara  n-indised  a  Temruich  a  tiar/;/ai.  Atbtrt 
in  dorsaid  : 

«  Cia  fil  and  »  ? 

«  Fil  sunn  Luch  Lonnandsclech  mac  Ciein  meic  D'iencechl  7 

1.  kg.  fled. 

2.  /.  e.  araile. 

3 .  sam-  zz:  Skr.  sam-,  Gr.  à  (i-Xo/o;),  -il  r=  noXy-,  -dinach. 


240  Mélanges. 

Ethne  ingen  Baloir  dalta  siden  Taillne  ingine  Magmoir  ri  Es- 
pâine  7  Echlach  Gairu/;  mac  Duach  ». 

Rofiarfoi^  ion  dorsaid  do  t-Samhilldanuch  : 

«  Cia  dan  frisangeie  ^  ?  »  al  sei,  «  ar  ni  teid  nech  cin  dan 
i  Temruid-  ». 

«  Dene  mo  athcomarc,  »  ol  se:  «  am  sxr  ». 

Friscort  an  àorsaid  :  «  Nit-regaim  i  leas.  Ata  Sc-er  lenn  cenu 
.i.  Luclitai  mac  Luachadh^e  »  [leg.  Luachad  hé  ?] 

Atpert-sum  :  «  Atum-athcomairc,  a  dorrsoid,  am  gobhas  ». 

Frisgart  ion  dorsaid  dou  :  «  Ata  gobx'  liond  cenai  .i.  Colum 
Cuaoliémech  teora  nuagres  ». 

Atp<^;-t-som  :  «  Atom-atchomairc,  am  trénïer  » . 

Friscart  in  dorsaid  :  «  N.'d-regoim  a  les  :  ata  tr/nfer  lend 
cenu  .i.  Oghmîe  mac  Ethlend  ». 

Atbcrtsum  diridesi  :  «  Atom-athcom^/rr,  »  ar  se,  «  am 
crutiri  ». 

«  Nit-regaim  [fo.  65']  a  les  :  ata  crutiri  lenn  cenai  .i.  Aub- 
can  mac  Bicelmois  ara  n-utgatar  lir  tri  ndea  i  sidoib  ». 

Atpert-sum  :  «  Atom-athcoma/;r  :  am  niadh  ». 

Friscart  an  dorrsoidh  :  nit-re2;am  e  les  :  ata  niad  lion  chenu 
.i.  Bresal  Echarlam  macEchacb  Bc^thlaim  ». 

Atbert-sum  iarum  :  «  Adum-athcomaf/'/T,  a  dorsaid,  am  file 
7  am  senchaid  ». 

«  Nid  regam  i  les  :  ata  file  7  senchaid  cenai  lenn  .i.  En 
mac  Ethoma ifi  ». 

Athen  sum  :  «  Atom-athcoma/re  »,  ol  se,  «  im  corrgui- 
nech  ». 

«  Nit  recom  e  les.  Ataut  corrguinidh  lionn  chcno  :  at  im- 
dou  ar  ndruith  7  ar  lucht  cumachisà  ». 

Atbertsom  :  «  Atom-athcoma/Vr  :  am  liaich  ». 

«  Nit-regam  a  les  :  ata  Diencecht  do  liaigh  lenn  ». 

«  Atom-athcomairc  »,  ol  se,  «  am  deogbore  ». 

«  Nit-regom  a  les  :  ata  deogbrt'/re  linn  cenau  .i.  Delt  7 
Drucht  7  Daithe.  Taei  7  Talom  7  Trog.  Glei  7  Glan  7 
Glési  ». 


1 .  kg.  frisau-gnî. 

2 .  leg.  Temraig. 


Mélanges.  241 

Athert  :  «  klom-athcomairc  :  am  cert  maith  ». 

«  Nit-regom  e  les  :  ata  cert  lind  cenu  .i.  Credne  cerà.  ». 

Atb^rt  som  aithermr/;  :  «  Abair  frisind  rig  »,  ol  se,  «  an  fil 
les  oein&r  codogabai  ina  danz^Jc-e  ule,  7  ma  ata  les,  ni  tochim- 
sa  i  Temvaig. 

Luid  in  dorsaid  isin  rigtech  iar  sudiu,  co  neicid  dond  riogh 
ulei:  «  Tan-aic  ocW^rh  iondoras  lis  »,  aise,  «  Samillddnach  a 
ainm,  7  na  huili  dano  aru-fognot  det  muntir-si  atat  les  ule  a 
oenor,  conedh.  fer  cecha  danai  ule  ei  » 

Rohinnist'^  iarsin  thrd  do  Nua[d]aitt  an  ni  sin.  «  Tuleic 
isin  les  »,  ar  Nuadha,  «  ar  ni  tamz/c  riam  ùr  a  shama//  sin 
isin  dun-sa  ». 

Dolleic  hrum  an  dorrsaidh  seca,  7  luid  isin  dun,  7  siasur9 
a  suide  suad,  ar  bo  sui  cach  dàla  [kg.  ddna  ?]  é. 

TRADUCTION' 

Nuadu,  après  sa  déposition,  redevint  roi  de  la  Tuathdè.  Il 
fit  faire  pour  la  Tuathdè  un  grand  festin  à  Tara  dans  ce  temps- 
là.  Or,  il  arriva  qu'un  autre  jeune  guerrier  vint  à  Tara,  Sam- 
hildânach  était  son  surnom.  Il  y  avait  des  portiers  à  Tara  en 
ce  temps-là;  Gamal,  fils  de  Figal,  et  Camall,  fils  de  Riagall, 
étaient  leurs  noms.  L'un  d'eux  était  à  la  porte  quand  il  vit  une 
troupe  de  gens  inconnus  venir  à  lui.  Un  jeune  et  beau  guer- 
rier au  vêtement  de  roi  était  en  tète  de  cette  troupe.  Ces  gens 
dirent  au  portier  qu'il  annonçât  à  Tara  leur  visite.  Le  portier 
dit  :  «  Qui  est  là  ?.  » 

Ils  répondirent  :  «  C'est  Lug  Lonnandsclech  ;  son  père  est 
Cian,  fils  de  Diancccht;  sa  mère  est  Ethne,  fille  de  Balor;  il  a 
été  élevé  par  Tailltiu,  fille  de  Magmor,  roi  d'Espagne,  et  d'Eo- 
cliaid  Garbiî,  fils.de  Dua.  » 

Le  portier  demanda  à  Samhildànach  : 

«  Quel  métier  exerces-tu?  »,  dit-il,  «  car  il  ne  vient  à  Tara 
personne  sans  métier.  » 

«  Interroge-moi  »,  dit  [Samhildànach],  «  je  suis  char- 
pentier. » 

I.   leg.  siasair. 


242  Mélanges. 

Le  portier  répondit  :  «  Nous  n'avons  pas  besoin  de  toi,  il  y 
a  un  charpentier  chez  nous  déjà.  C'est  Luchtae,  fils  deLuacha.  » 

[Samhildânach]  dit  :  «  Tu  m'interroges  ^,  ô  portier,  je  suis 
forgeron.  » 

Le  portier  lui  répondit  :  «  Il  y  a  un  forgeron  chez  nous 
déjà;  c'est  Colum  Cuaollémech  des  trois  nouvelles  œuvres.  » 

[Samhildcànach]  dit  :  «  Tu  m'interroges,  je  suis  un  homme 
fort  et  brave.  » 

Le  portier  répondit  :  «  Nous  n'avons  pas  besoin  de  toi  :  il  y 
a  un  homme  fort  et  brave  chez  nous  déjà;  c'est  Ogma,  fils 
d'Ethne.  » 

[Samhildânach]  reprit  la  parole  :  «Tu  m'interroges  »,  dit-il, 
«  je  suis  harpiste.  » 

«  Nous  n'avons  pas  besoin  de  toi  »,  répliqua  le  portier, 
«  il  y  a  comme  harpiste  chez  nous  déjà  Abhcan,  fils  de  Bicelmas, 
pour  récréer  les  hommes  des  trois  dieux  -  dans  les  demeures 
féeriques.  » 

[Samhildânach]  dit  :  «  Tu  m'interroges,  je  suis  un  guerrier 
habile.  » 

Le  portier  répondit  :  «  Nous  n'avons  pas  besoin  de  toi  ;  il  y 
a  déjà  chez  nous  un  guerrier  habile  :  c'est  Bresal  Echarlam, 
fils  d'Eochaid  Baethlâm.  » 

[Samhildânach]  dit  alors  :  «  Tu  m'interroges,  ô  portier,  je 
suis  poète  et  je  suis  savant  en  histoire.  » 

«  Nous  n'avons  pas  besoin  de  toi  »,  répliqua  le  portier, 
«  il  y  a  déjà  chez  nous  un  poète  savant  en  histoire  :  c'est  En, 
fils  d'Ethoman.  » 

[Samhildânach]  dit  :  «  Tu  m'interroges,  je  suis  sorcier.  » 

«  Nous  n'avons  pas  besoin  de  toi.  Il  y  a  des  sorciers  chez 
nous  déjà.  Nombreux  sont  nos  druides  et  nos  puissants  ma- 


giciens. » 


[Samhildânach]  dit  :  «  Tu  m'interroges,  je  suis  médecin.  » 
«  Nous  n'avons  pas  besoin  de  toi  :  c'est  Diencecht  qui  est 
médecin  chez  nous.  » 

1.  At-um-athctimairc,  littéralement  «  sont  à  moi  questions  ». 

2,  Ces  trois  dieux  paraissent  être  les  trois  rois  qui  régnèrent  conjoin- 
tement sur  les  Tuatha  Dé  Danann,  savoir  Mac  Cuill.  Mac  Ceacht,  et  Mac 
Greine.  Annales  des  Quatre  Maîtres,  sous  Tan  du  monde  3471. 


Mélanges.  24} 

«  Tu  m'interroges»,  dit[Samhildânach],  «  je  suiséchanson.  » 

«  Nous  n'avons  pas  besoin  de  toi  :  il  y  a  des  échansons 
chez  nous  déjà.  Ce  sont  Delt,  Drucht  et  Daithe;  Taei,  Talom 
et  Trog;  Glei,  Glan  et  Glesi.  » 

[Samhildànach]  dit  :  «  Tu  m'interroges,  je  suis  bon  forgeron.  » 

«  Nous  n'avons  pas  besoin  de  toi,  il  y  a  un  forgeron  chez 
nous  déjà,  c'est  Credne,  le  forgeron.  » 

[Samhildànach]  reprit  la  parole  :  «  Demande  au  roi  »,  dit-il, 
«  s'il  y  a  chez  lui  un  homme  qui  à  soi  seul  réunisse  tous  ces 
métiers-là,  et  s'il  a  chez  lui  un  tel  homme,  je  ne  vais  pas  à 
Tara.  » 

Alors  le  portier  entra  dans  le  palais  ;  adressant  la  parole  ^  à 
la  royale  [assemblée]  tout  entière  :  «  Il  est  venu  »,  dit-il, 
«  un  jeune  guerrier  à  la  porte  de  la  forteresse  :  Samhildànach 
est  son  nom,  et  tous  les  métiers  qui  se  pratiquent  chez  tes 
gens  sont  réunis  chez  lui  seul,  en  sorte  qu'il  est  l'homme  de 
tous  les  métiers.  » 

On  rapporta  cela  à  Nuadu.  »  Fais-le  entrer  dans  la  forte- 
resse »,  dit  Nuadu,  «  car  jusqu'à  présent  il  n'est  venu  homme 
pareil  dans  ce  chàteau-ci.  » 

x\lors  le  portier  fit  entrer  [Samhildànach].  Celui-ci  vint  dans 
le  château  et  s'assit  sur  le  siège  de  docteur,  car  il  était  docteur 
en  tout  métier  (on  en  toute  partie). 


I .   Sur  eicid,  voyez  Atkinson,  Todd  Lectures,  II,  p.  676,  col.  2,   au  mot 
ecid. 


BIBLIOGRAPHIE, 


Royal  Irish  Academy.  Todd  Lefture  Séries.  Volume  I,  part.  I.  Mesca 
Ulad  or  The  Intoxication  of  the  Ultonians,  with  Translation  and  In- 
troductory  Notes,  by  William  M.  Hexxessy,  Esq.  M.  R.  I.  A.,  Todd 
professer  (delivered  April  24,  May  22,  and  June  12,  1882).  Dublin, 
1889,  in-8,  xvi-58  p. 

Le  Mesca  Ulad  est  un  des  morceaux  qui  composent  le  cycle 
de  Conchobar  et  de  Cùchulainn.  Il  était  inédit. 

W.-M.  Hennessy  lui  a  consacré  en  1882  ses  trois  premières 
leçons  comme  professeur  de  la  fondation  Todd,  à  Dublin. 
L'Académie  d'Irlande  a  entrepris  de  publier  les  leçons  faites  en 
exécution  de  cette  fondation.  Mais  l'impression  n'a  pas  eu  lieu 
dans  l'ordre  chronologique  où  les  leçons  avaient  été  données. 
On  a  commencé  par  mettre  sous  presse  une  partie  du  cours 
fait  par  le  savant  qui  a  succédé  à  Hennessy  comme  pro- 
fesseur de  la  fondation  Todd.  De  là  le  volume  II  des  Toihî 
Lectures  qui  contient  les  Passions  et  Homélies  du  Lcabhar 
Breacc,  texte,  traduction  et  glossaire  par  M.  Robert  Atkinson. 
Ce  gros  et  instructif  volume  date  de  l'année  1887,  et  il  en  a 
été  rendu  compte  dans  la  Revue  Celtique,  t.  IX,  p.  127. 

Après  avoir  fait  paraître  le  tome  II,  l'Académie  d'Irlande 
commence  la  publication  du  tome  I,  dont  le  Mesca  Ulad  for- 
mera la  première  livraison.  Le  texte  dont  il  s'agit  est  d'un 
grand  intérêt  :  il  appartient  au  plus  ancien  cycle  épique  de 
l'Irlande  et  il  a  été  conservé  par  les  deux  manuscrits  épiques  ir- 
landais les  plus  anciens  que  nous  ayons.  Cependant  il  est  du 
nombre  des  morceaux  qui  ont  été  composés  et  ajoutés  au  cycle 
à  une  date  relativement  récente.  Il  n'est  pas  mentionné  dans 


Bibliographie.  245 

le  catalogue  le  plus  ancien  de  la  littérature  épique  de  l'Irlande 
et  il  débute  par  une  donnée  inconciliable  avec  la  tradition 
épique  primitive,  c'est  que  le  roi  Conchobar  n'aurait  eu  pri- 
mitivement qu'un  tiers  du  royaume  d'Ulster  et  que  les  autres 
tiers  auraient  été  possédés  l'un  par  Cûchulainn,  l'autre  par 
Fintan. 

Le  sujet  est  une  expédition  que  les  guerriers  d'Ulster  au- 
raient entreprise  sous  l'empire  de  l'ivresse.  M.  Robert  Atkinson 
a  donné  l'analyse  de  ce  morceau  dans  les  Contents  du  Livre 
de  Leinster,  p.  59-61, 

Le  travail  de  W.-M.  Hennessy  est  digne  du  savant  si  distingué 
dont  nous  regrettons  la  perte.  Mais  nous  croyons  être  plus 
utile  ici  en  faisant  quelques  critiques  qu'en  accumulant  de 
stériles  éloges.  Dans  sa  préface,  W.-M.  Hennessy  a  inséré  une 
étude  intéressante  mais  incomplète  sur  les  mots  sid  et  brug. 
Au  sujet  de  sid  (p.  vi-vii),  il  cite  les  doctrines  d'O'Donovan 
et  d'O'Beirne  Crowe,  et  il  parait  ignorer  sur  l'origine  de  ce 
mot  l'opinion  de  M.  Thurneysen  {Journal  de  Kubn,  t.  XXVIII, 
p.  153-154).  Sa  notice  sur  le  mot  brug,  broga,  pourrait  aussi 
être  plus  complète.  Il  dit  par  exemple  que  dans  les  lois  des 
Brehons,  brug  est  expliqué  pzv  ferann  «  land  ».  Il  s'est  borné 
à  consulter  sur  ce  point  le  supplément  par  O'Donovan  du 
glossaire  d'O'Reilly.  Or,  les  renvois  d'O'Donovan  ne  sont  ni 
tout  à  fait  exacts  ni  suffisants.  D'abord  ils  contiennent  une 
légère  inexactitude  ;  O'Donovan  explique  brug  par  fearann 
«  terre  »,  et  cite  à  ce  sujet  les  mots  brugh  rigb  glosés  par  fea- 
rann in  righ  dans  sa  copie  des  lois  des  Brehons,  pages  377  et 
2101.  Au  lieu  de  p.  377,  lisez  p.  378  (il  s'agit  du  ms.  H.  3.  17 
du  Collège  de  la  Trinité  de  Dublin,  col.  287  ;  ce  ms.  con- 
tient, col.  255-304,  un  traité  des  septaines  qui  se  trouve  aussi 
à  Oxford,  Rawlinson  487,  fol.  53-64;  le  passage  correspon- 
dant se  rencontre  au  fol.  60,  p.  i  de  ce  second  ms.,  et  à 
la  p.  2101  de  la  copie  d'O'Donovan).  D'ailleurs  les  renvois 
d'O'Donovan  ne  sont  pas  suffisants  pour  nous  renseigner 
complètement  sur  le  sens  du  mot  brug. 

Si,  au  lieu  de  se  reportera  O'Donovan,  Hennessy  avait  con- 
sulté les  Ancient  laws  of  Ircland ,  il  y  aurait  trouvé  non  seule- 
ment la  glose  de  brug  parferannÇi.  IV, p.  124, 1.  16,  17),  mais 


246  Bibliographie. 

aussi  le  passage  (t.  I,  p.  132,  1.  11-15  ;  cf.  p.  138,  1.  33-35) 
où  brug  signifie  «  pâturage  éloigné  »  par  opposition  à  faithcc 
«  pâturage  situé  près  de  la  maison  ».  Enfin  Hennessy  paraît, 
bien  à  tort,  considérer  comme  non  avenus  les  articles  consacrés 
aux  mots  horg,  hrog  et  mrnig  par  M.  Windisch,  Irische  Texte, 
t.  I,  p.  401,  col.  i;  404,  col.  2,  et  697,  col.  i  ^ 

La  traduction  d'Hennessy,  malgré  tout  son  mérite,  pourrait 
aussi  donner  lieu  à  quelques  critiques.  Je  prends  comme 
exemple  le  début  du  fragment  emprunté  au  Lehor  na  h-Uidrc, 
p.  19  du  manuscrit,  p.  46  de  l'édition.  Hennessy  commence 
par  un  contre-sens.  Les  mots  dian-da-tairlc  mo  Jorgsa  mairfid- 
us  veulent  dire:  «  si  mon  gouïdin  l'atteint,  il  le  tuera  ».  Sur 
le  sens  de  da[n]  infixe,  voyez  Grammahca  celîica,  2^  éd.,  p.  330  ; 
c'est  un  pronom  infixe  de  la  troisième  personne  du  singulier. 
Quant  à  us,  c'est  un  pronom  sufiixe  de  la  troisième  personne 
du  pluriel  aussi  employé  au  singulier  :  voyez  la  grammaire 
de  Windisch,  p.  48,  §205,  et  les  Irische  Texte,  t.  I,  p.  512- 
513.  Hennessy  a  donc  eu  tort  de  traduire  comme  si  ces  deux 
pronoms  étaient  de  la  seconde  personne  :  «  Si  mon  gourdin 
t'atteint  il  te  tuera  »  (p.  47,  1.  3,  4)  :  If  my  club  reaches  thce, 
it  luill  km  thee. 

Dans  beaucoup  d'autres  cas,  la  traduction  pourrait  être  plus 
littérale.  Ainsi,  à  la  même  page,  1.  12-13  «  l'homme  que  les 
Ulates  honorent,  »  honour,  ne  rend  guère  exactement /^r  do-n- 
gegat  Ulaid,  p.  46, 1.  12  «  l'homme  que  choisiront  les  Ulates  ». 
Do-n-gegat  est  la  troisième  personne  du  pluriel  du  futur  rédu- 
plicatif  du  verbe  togu  «  je  choisis  »,  c'est  précisément  un  des 
exemples  de  ce  futur  dans  la  Grammatica  ccltica,  2^  édition, 
p.  453  (cf.  Whitley  Stokes,  The  old  Irish  glosses  at  PFiir:^burg 
and  Carlsrnhe,  p.  179,  et  p.  331,  glose  8;  Zimmer,  Glossae 
hibernicae,    p.    184,    3;    Gûterbock   et  Thurneysen,   Indices, 

P-  75)- 

Fris-n-érachtatar  iarom  i-sin  les,  p.  46,  1.  17,  signifie  non 

pas  «  ils  s'avancèrent  »,  advanced,  p.  47,  1.    18,  mais  «  ils 

montèrent  »,  littéralement   «   s'élevèrent  dans  le  fort  ».  Le 


I.   Cf.  Zimmer,  Keltische  Studien,  I,  p.  117,  118:  et  Keltische  Beitrage,  I, 
dans  Zeitschrijt  Jûr  deutsches  Alterthum,  t.  XXXII,  p.  279. 


Bibliographie.  247 

verbe  qui  commence  cette  petite  phrase  a  été  fort  bien  ex- 
pliqué par  M.  Windisch,  Irischc  Texte,  t.  I,  p.  578. 

Do-n-fangid  (p.  46,  ligne  dernière,  p.  48.  1.  i),  do-n-angid 
(p.  48,  1.  2),  veut  dire  «  qui  protège  »  {Grammatica  celtica^, 
p.  431)  et  non  «  qui  a  protégé  »,  protected,  p.  49,  1.  1,3. 

Erbaid  (p.  50,  1.  6)  doit  se  traduire  par  «  chargez  de  »  et 
non  par  «  envoyez  »,  send  (p.  51,  1.  9). 

Le  sens  littéral  de  co  tarla  a  di  bond  hàna  fair  (p.  50,  1.  23- 
24)  est«  en  sorte  que  ses  deux  bases  devinrent  exangues  ».«  Il 
s'évanouit  »,  faiiited,  p.  51,  1.  23,  ne  me  semble  pas  une  tra- 
duction suffisante. 

Cette  trop  courte  brochure  se  termine  par  quelques  notes, 
la  plupart  intéressantes  et  exactes  ;  mais  dans  une  des  der- 
nières (p.  57),  Hennessy,  trompé  par  O'Donovan,  Supplément 
à  O'Reilly,  confond  mac  gor  «  le  fils  qui  prend  soin  de  son 
père  infirme  »  {Ancient  laivs,  t.  III,  p.  56,  1.  20,  22)  avec  o-o;-- 
mac,  qui  veut  dire  «  fils  de  la  sœur  »  suivant  Ancient  laws,  1. 1, 
p.  206,  1.  16;  t.  IV,  p.  290,  1.  7-8,  cf.  p.  42,  1.  1-8. 

De  ces  critiques  on  aurait  tort  de  conclure  que  je  n'aie  pas  la 
plus  haute  estime  pour  le  travail  de  Hennessy.  Seulement  la  tra- 
duction d'un  texte  irlandais  présente  plus  de  difficulté  que  le 
vulgaire  ne  le  croit.  Hennessy  connaissait  le  vocabulaire  ir- 
landais mieux  que  ne  le  savent  la  plupart  des  érudits  qui  étu- 
dient le  vieil  irlandais  sur  le  continent,  mais,  comme  un  grand 
nombre  de  ses  compatriotes,  il  n'avait  pas  fait  d'études  gram- 
maticales suffisantes,  il  négligeait  quelquefois  l'analyse  gram- 
maticale, ne  sentait  pas  toujours  assez  l'utilité  d'un  mot  à  mot 
rigoureux;  enfin  il  ne  comprenait  pas  bien  en  quoi  un  mot  à 
motet  une  traduction  doivent  se  ressembler,  doivent  en  même 
temps  différer  l'un  de  l'autre.  Il  n'y  a  pas  de  savant  dont  l'éru- 
dition n'ait  ses  lacunes,  et  malgré  ses  côtés  faibles,  Hennessy 
était  un  homme  d'un  grand  talent,  un  celtiste  de  premier  ordre. 
J'ai  été  pendant  quelques  semaines  l'élève  d'Hennessy,  que 
n'ai-je  mieux  profité  des  leçons  de  ce  maître  si  instruit,  si 
modeste,  si  bienveillant,  que  vient  de  nous  enlever  une  mort 
prématurée  ! 

H.  d'A.  de  J. 


248  Bibliographie. 


The  tripartite  life  of  Patrick  with  other  documents  relating  to 
that  saint  edited  with  translations  and  indexes  by  Whitley  Stokes,  D. 
C.  L.,  LL.  D.,  etc.,  published  by  the  authority  of  the  lords  commis- 
sionners  of  lier  Majesty's  Treasury,  under  the  direction  of  the  Master  of 
Rolls.  Londres,  1887,  2  vol.  in-8,  cxcix-676  pages. 

C'est  avec  une  grande  confusion  que  je  transcris  la  date  de 
ces  deux  volumes  :  ils  contiennent  l'ouvrage  le  plus  considé- 
rable dont  les  études  celtiques  aient  été  l'objet  depuis  bien  des 
années,  et  voilà  deux  ans  que  j'ai  cet  ouvrage  sous  le^yeux, 
sur  ma  table.  Combien  de  fois  ne  l'ai-je  pas  déjà  ouvert,  feuil- 
leté, lu,  annoté!  voici  seulement  que  j'en  commence  le  compte 
rendu.  Mon  excuse,  au  milieu  de  mes  remords,  est  la  difficulté 
d'apprécier  comme  il  le  mérite  et  en  pleine  connaissance  de 
cause  un  travail  aussi  développé  que  savant,  et  où  sont  traitées 
avec  tant  de  compétence  une  si  grande  quantité  de  questions 
différentes,  les  unes  grammaticales,  les  autres  historiques. 

On  peut  y  distinguer  trois  parties:  1°  une  introduction; 
2°  le  texte  irlandais  inédit  de  la  Fie  tripartite  publié  avec  une 
traduction  anglaise  en  regard^;  3°  un  recueil  de  documents 
divers  concernant  saint  Patrice,  v'^-xiv^  siècle,  et  qui  peuvent 
être  considérés  comme  un  supplément  de  la  Vie  tripartite.  De 
copieux  index  facilitent  les  recherches  dans  ce  vaste  recueil. 

L'introduction  est  divisée  en  cinq  sections  :  1°  description 
des  manuscrits;  2°  date  probable  de  la  Vie  tripartite  ;  3°  étude 
sur  les  documents  pubUés  comme  supplément  à  la  Vie  tri- 
partite; 4°  recherche  sur  ce  qu'il  peut  y  avoir  de  vraiment 
historique  dans  la  légende  de  saint  Patrice;  5°  tableau  de  la  ci- 
vilisation irlandaise  primitive. 

Des  manuscrits  décrits,  le  plus  important  est  celui  de  la 
bibliothèque  bodléienne  d'Oxford  qui  est  coté  Rawlinson  B. 
512.  Il  a  fourni  au  savant  anglais  la  plus  grande  partie  du 
texte  de  la  Vie  tripartite.  M.  Whitley  Stokes  a  consacré  à  ce 

I .  On  ne  connaissait  jusqu'ici  la  Vie  tripartite  que  par  deux  traductions  : 
celle  de  Colgan  (Trias  ttiamnaturga,  Louvain,  1647,  in-fol.,  p.  117-208), 
en  latin,  et  celle  d'Hennessy,  en  anglais  (celle-ci  publiée  par  Mary  Frances 
Cusack,  1871). 


Bibliographie.  249 

manuscrit  trente  pages  (xiv-xlv)  qui  annulent  l'analyse  don- 
née par  Macray  en  1862  :  Catalogi  codicum  iiianuscriptorum  bi- 
bliothecae  Bodieianae  partis  quintae  fasciculus  primus,  p.  728- 
732  :  or  ce  ms.  ne  contient  pas  seulement  la  Vie  tripartite;  on 
y  trouve  un  grand  nombre  d'autres  morceaux  curieux,  il  est 
plein  d'intérêt  pour  l'histoire  de  la  littérature  irlandaise  tant 
religieuse  que  profane. 

Pour  fixer  la  date  de  la  Vie  tripartite,  M.  Whitley  Stokes 
s'appuie  sur  deux  sortes  d'arguments  :  les  uns  sont  his- 
toriques, les  autres  grammaticaux.  Les  arguments  historiques 
sont  les  plus  concluants.  Colgan  avait  prétendu  que  la  Vie 
tripartite  datait  du  vi"  siècle.  C'est  impossible,  car  plusieurs 
personnages  du  ix^  siècle  sont  mentionnés  dans  la  Vie  tripar- 
tite. Le  plus  récent  de  ces  personnages  est  Cenngêcân,  roi  et 
évèque  de  Cashel,  mort  vers  l'année  900  ;  on  lit  dans  la  Vie 
tripartite,  p.  196,  qu'après  le  baptême  d'Oengus,  roi  de 
Cashel,  vingt-sept  rois  de  la  même  race  régnèrent  à  Cashel 
sous  la  suprématie  de  la  crosse  épiscopale  d'Armagh  jusqu'au 
temps  de  Cenngêcân  ;  ce  Cenngêcân  est  identique  au  person- 
nage du  même  nom  qui  fut  remplacé  sur  le  trône  de  Cashel 
par  Cormac  Mac  Cuilennan  en  900,  suivant  les  Annales 
d'Ulster  (édition  Hennessy,  p.  416)  ;  en  89e,  suivant  les  An- 
nales des  Quatre  Maîtres  (édition  d'O'Donovan,  p.  554)  Tel 
est  le  personnage  le  moins  ancien  dont  il  soit  fait  mention  dans 
la  Vie  tripartite.  Car  on  doit,  je  pense,  considérer  comme 
étranger  à  cette  vie  le  chapitre  additionnel  publié,  p.  264  et 
266,  d'après  le  manuscrit  du  Musée  Britannique  Egerton  93, 
f°  18,  où  apparaît  Joseph,  archevêque  d'Armagh,  au  milieu 
du  x*"  siècle.  Il  est  donc  certain  que  la  Vie  tripartite  a  été 
écrite  au  plus  tôt  vers  l'an  900  et  il  n'y  a  pas  de  preuve  histo- 
rique qu'elle  soit  postérieure  à  cette  date.  Le  savant  éditeur 
prétend  démontrer  par  des  faits  grammaticaux  que  la  rédaction 
date  du  xi"  siècle.  Nous  ne  sommes  pas  tout  à  fait  convaincus. 

Les  manuscrits  sont  du  xiV  ou  du  xv*^  siècle;  rien  ne  prouve 
que  les  formes  caractéristiques  du  moyen  irlandais  n'aient  pas 
été  introduites  par  les  copistes  et  se  soient  trouvées  déjà  dans 
la  rédaction  originale.  Dans  les  mss.,  à  côté  d'e.xemples  du 
nom.-acc.  sing.  neutre /tr/;  «  maison  »  précédé  de  l'article  (7[;;] 
Revue  Celtique,  X  17 


2  5  0  Bibliographie . 

qui  est  vieil-irlandais,  on  rencontre  des  exemples  du  même  mot 
au  même  cas  précédé  de  l'article  in  caractéristique  de  l'irlan- 
dais moyen  (p.  lxv).  Il  n'est  pas  démontré  que  dans  la  ré- 
daction originale  l'auteur  n'eût  partout  écrit  l'article  neutre 
devant  ce  mot  au  nom. -ace.  sing.  ;  c'est  même  le  plus  vrai- 
semblable. Quand  le  copiste  a  écrit  a\ji\  il  a  reproduit  le 
texte  original  ;  lorsqu'il  a  écrit  in,  ses  habitudes  personnelles 
ont  exercé  sur  sa  plume  plus  d'influence  que  le  vieux  document 
qu'il  voulait  transcrire. 

On  trouve  en  vieil  irlandais  la  troisième  personne  du  sin- 
gulier du  prétérit  en  t  :  for-ro-chongart  «  il  ordonna  «,  de  for- 
congur  «  j'ordonne  »  (Grammatica  celtica,  deuxième  édition, 
p.  412).  Dans  quatre  exemples  offerts  par  la  Vie  tripartite, 
la  particule  ro  est  notée  or  :  for-or-conggart  ou  for-or -congart 
(p.  Lxxi),  ce  qui  semble  indiquer  le  transport  de  l'accent  sur 
l'initiale  contrairement  à  la  loi  archaïque  qui  veut  l'accent  sur 
ro.  Mais  rien  ne  prouve  que  le  rédacteur  primitif  n'eût  pas 
écrit  for-ro-chongart  comme  le  glossateur  du  Saint-Paul  de 
Wurzburg,  f°  20  c  (Whitley  Stokes,  Theoldirish glosses,  p.  119, 
glosse  9).  Ici  encore  le  copiste  aurait  inconsciemment  rajeuni 
la  leçon  archaïque  du  texte  original.  ■ 

M.  Whitley  Stokes  a  consacré  six  très  intéressantes  études  : 
1°  aux  verbes  composés  qui  sont  accentués  tantôt  sur  le  pre- 
mier terme,  tantôt  sur  le  second  suivant  la  règle  (p.  lxxii- 
Lxxxii);  2°  à  la  distinction  des  formes  conjointes  et  des 
formes  absolues  (p.  lxxxii-lxxxiii)  ;  3°  au  parfait  redoublé 
(p.  Lxxxiii-Lxxxvi)  ;  4°  au  prétérit  en  -t  (p.  lxxxvi-lxxxvii)  ; 
5°  au  futur  redoublé  (p.  lxxxvii-lxxxviii)  ;  6°  au  futur  sigma- 
tique  (p.  Lxxxviii).  C'est  un  utile  complément  des  travaux 
analogues  que  nous  devons  aux  auteurs  de  la  Grammatica 
celtica,  à  MM.  Windisch,  Thurneysen  etZimmer. 

Mais  M.  W.  St.  ne  s'est  pas  contenté  de  relever  les  exemples 
de  ces  vieilles  formes.  Il  note  avec  soin  (p.  lxxxix)  les  cas  où 
dans  la  Vie  tripartite  des  formes  d'irlandais  moyen  ont  été 
substituées  à  ces  formes  archaïques;  ainsi,  p.  184,  1.  20,  ro- 
sn-edhhair  «  il  les  offrit  »  tient  lieu  d'un  plus  ancien  ro-sn-edbart ; 
mais,  on  nous  permettra  d'insister,  nous  ignorons  si  dans  le 
ms.  original  on  ne  lisait  pas  ro-sn-edbart  et  si  le  scribe  du  xrv^ 


Bibliographie.  251 

ou  du  xv^  siècle  auquel  nous  devons  lems.  RawlinsonB.  512, 
f°  22,  n'a  pas  substitué  a  cette  vieille  leçon,  qui  conservait 
le  prétérit  en  t,  le  prétérit  sigmatique  ro-sn-edbair  dont  la  der- 
nière svllabe  est  conforme  à  l'usage  de  son  temps. 

L'étude  sur  les  documents  publiés  en  supplément  à  la  Fie 
tripartite  contient  entre  autres  choses  intéressantes  une  des- 
cription du  livre  d'Armagh,  ix^  s.  (p.  xc-xcix),  et  le  travail 
le  plus  complet  qui  ait  été  fait  jusqu'ici  sur  le  Livre  des 
hvmnes  des  Franciscains  de  Dublin,  lin  du  xr'  s.  (p.  cii-cix). 

La  section  consacrée  à  saint  Patrice  considéré  comme  per- 
sonnage historique  et  dégagé  de  la  légende  sera  lue  avec  beau- 
coup d'intérêt  et  de  prolît.  Mais  ce  qui  peut-être  attirera  le 
plus  l'attention,  c'est  l'étude  sur  la  civilisation  antique  de  l'Ir- 
lande qui  occupe  les  pages  cxliv-cxcvii  de  l'introduction. 
Ce  qui  pourrait  être  critiqué  dans  ce  travail  où  la  variété  des 
renseignements  est  égale  à  la  précision  et  à  l'exactitude  des 
citations,  c'est  une  certaine  absence  de  rigueur  chronologique. 
La  plus  grande  partie  des  textes  dont  se  sert  l'auteur  sont 
empruntés  à  la  Fie  tripartite,  c'est-à-dire  datent,  suivant  lui, 
du  xr^  siècle.  Or,  M.  W,  St.  ne  s'est  pas  fait  fliute  de  citer 
des  textes  plus  anciens,  par  exemple  le  manuscrit  de  Milan  qui 
parait  être  du  viii^  siècle;  le  manuscrit  de  Wûrzbourg  qui  peut 
nous  offrir  la  copie  d'un  texte  du  même  siècle;  Tirechan  qui 
écrivait  au  milieu  du  vii'^  siècle;  la  collection  canonique  irlan- 
daise qui  paraît  avoir  été  compilée  au  commencement  du 
même  siècle,  même  la  Confession  de  saint  Patrice  qui  remonte 
au  v*-"  siècle.  Il  pourra  sembler  singulier  de  voir  figurer  dans 
le  même  tableau  (p.  ci.xxxvii)  un  traité  des  huit  couleurs  des 
ornements  ecclésiastiques  emprunté  au  Leahhar  Breacc,  ma- 
nuscrit du  xiv"^  siècle.  On  peut  fiire  la  même  observation 
sur  les  litanies  de  la  Vierge  publiées  (p.  clxv-clxviii)  d'après 
le  même  manuscrit.  M.  Whitley  Stokes  croit  que  ces  litanies 
sont  du  xii*-"  siècle.  Il  me  paraît  difficile  d'admettre  que  les 
usages  primitifs  de  l'Eglise  d'Irlande  se  soient  maintenus  sans 
changement  jusqu'à  cette  date.  J'aurais  mieux  aimé  citer 
cette  vieille  leçon  d'un  article  de  l'oraison  dominicale  : 
Ne  patiaris  nos  induci  in  temptatioiieni  conservée  par  le  livre 
d'Armagh  au  i.x'^  siècle  (p.  xciv)  dans  un  passage  qu'on  peut 


252  Bibliographie. 

voir  reproduit  dans  les  fac-similé  de  Gilbert.  Peut-être 
trouve-t-on  un  écho  de  cette  vieille  leçon  au  xiv"  siècle  dans 
la  traduction  irlandaise  :  ni-r-lecea  sind  in  amus  n-dofulachtai  : 
«  ne  nous  laisse  pas  dans  une  tentation  insupportable  »  (cf. 
Revue  Celtique,  t.  IX,  p.  131). 

Pour  en  revenir  à  la  savante  étude  de  M.  Whitley  Stokes 
sur  la  civilisation  irlandaise,  elle  nous  fait  connaître  la 
civilisation  irlandaise  telle  qu'elle  est  dépeinte  par  la  Vie 
tripartite,  compilation  du  x"  siècle,  contemporaine  par  con- 
séquent de  la  domination  normande  en  Irlande,  et  quelques 
digressions  qui  nous  font  soit  remonter  plus  haut,  soit  des- 
cendre plus  bas. 

Grâce  aux  nombreux  documents  que  l'érudit  éditeur  a  joints 
à  la  Vie  tripartite,  grâce  à  la  supériorité  qu'offre  le  texte  ori- 
ginal de  cette  vie  sur  la  traduction  latine  de  Colgan,  la  pu- 
blication de  M.  Whitley  Stokes  a  une  bien  autre  valeur  que 
le  recueil  analogue  jadis  colligé  par  le  franciscain  irlandais. 
Cependant  le  sujet  n'est  pas  épuisé  :  il  serait  bien  à  désirer 
que  quelque  savant  entreprît  une  édition  critique  des  vies  au- 
quel Colgan  a  donné  les  n°'  2,  3,  4,  5  et  que  M.  Whitley 
Stokes  n'a  pas  reproduites.  En  publiant  les  vies  de  saint  Pa- 
trice du  ms.  d'Armagh,  déjà  connues  d'Ussher,  déjà  citées  par 
ce  savant  célèbre  il  y  a  deux  cent  cinquante  ans  et  cependant 
restées  inédites  jusqu'en  1882,  le  père  Hogan  a  donné  à  la 
critique  une  base  nouvelle.  M.  Whitley  Stokes  a  su  montrer 
l'importance  des  vies  du  ms.  d'Armagh  comme  source  de  la 
Vie  tripartite,  on  peut  établir  d'une  manière  analogue  qu'elles 
sont  la  source  de  l'hymne  dite  de  Fiacc.  Espérons  que  quelque 
jour,  soit  M.  Whitley  Stokes,  soit  le  père  Hogan,  soit  quelque 
autre,  entreprendra  un  classement  scientifique  des  autres  vies 
de  saint  Patrice  antérieures  à  JoceUn.  Les  nombreux  documents 
réunis  par  M.  Whitley  Stokes  dans  la  publication  dont  nous 
rendons  compte  seront  la  base  de  cette  publication  à  venir 
que  nous  appelons  de  tous  nos  vœux. 

H.  d'A.  de  J. 


Bibliographie.  2  5  j 

Histoire  de  Bretagne,  critique  des  sources,  par  A.  de  la  Borderie, 
correspondant  de  l'Institut.  Les  trois  vies  anciennes  de  saint  Tudual.  Pa- 
ris, Champion,  1887,  in-8,  154  p. 

M.  de  la  B.  me  semble  avoir  bien  ordonné  ses  textes;  la 
deuxième  vie  suppose  la  première,  la  troisième,  la  deuxième. 

Celle-ci,  cependant,  la  deuxième,  ne  me  semble  pas  beau- 
coup plus  ancienne  que  la  troisième;  c'est  à  peine  si  je  la  ferais 
remonter  jusqu'au  xi^  siècle.  Ce  qui  me  donne  cette  impres- 
sion, ce  sont  surtout  les  détails  romains.  Rome,  désignée  par 
le  nom  de  civitas  imperialis,  cela  sent  l'époque  postérieure  au 
milieu  du  x""  siècle,  le  temps  des  Othons  et  des  empereurs  sui- 
vants. —  Le  Monte  Mario  désigné  par  le  nom  à.QMo)is  Gaudii 
ne  se  rencontre  pas  avant  le  début  du  xi^  s.  —  Enfin  l'idée  de 
faire  d'un  évéque  breton  un  pape  du  nom  de  Léon  me  paraît 
avoir  été  suggérée  par  le  Romanus  catalogus,  que  cite  en  effet 
le  biographe.  Le  seul  pape  Léon  qui  puisse  être  rattaché  à 
cette  fable  est  Léon  V  (905)  que  les  catalogues  pontificaux  ap- 
pellent presbyte'}-  forensis  ou  simplement  forcnsis  (Iste  forensis 
fuit).  Ce  terme  signifie  un  prêtre  non  cardinal,  mais  il  a  pu 
être  interprété  dans  le  sens  plus  large  d'étranger,  d'advena, 
aJienigcna.  — Il  est  difficile  de  dire  par  quelle  voie  le  catalogue 
pontifical  romain  est  parvenu  en  France  et  en  Bretagne  ;  Flo- 
doard,  au  milieu  du  x*"  siècle,  n'en  a  nulle  connaissance; 
mais  on  le  trouve  employé  dans  la  chronique  d'Hermann 
Contract  ('[-  1054);  les  pèlerinages  et  autres  voyages  à  Rome 
ont  dû  contribuer  à  la  propagation  des  pièces  de  ce  genre. 

M.  de  la  B.  fait  de  grands  efiorts  pour  démontrer  que  la  ci- 
vitas Lexohiensis  n'apparaît  dans  la  deuxième  que  par  interpo- 
lation. Je  crois  qu'il  se  trompe  et  que  les  deux  passages  où 
cette  localité  est  mentionnée  sont  bien  de  première  main. 

La  vie  en  irlandais  me  paraît  une  pure  fiction.  Du  reste, 
pour  le  deuxième  biographe,  Scotigena  est  l'équivalent  de 
Transmarinus  :  il  ne  fiit  pas  la  distinction  du  breton  et  de  l'ir- 
landais. C'est  par  ignorance  qu'il  a  commis  le  péché  de  faire 
naître  Tudual  en  Irlande,  péché  qui  scandalise  si  fort  le  troi- 
sième biographe. 

En  ce  qui  regarde  la  première  vie,  je  ne  vois  pas  l'ombre 


2  54  Bibliographie. 

d'une  raison  en  faveur  de  la  date  que  lui  assigne  M.  de  la  B. 

Il  est  vrai  que  le  troisième  biographe  l'attribue  à  Louenan, 
disciple  du  saint.  —  Oui,  mais  disciple  à  quelle  génération? 
On  était  disciple  de  S.  Tudual  du  moment  que  l'on  vivait 
dans  son  monastère  de  Tréguier.  Rien  n'empêche  que  cette 
pièce  ait  été  écrite  plusieurs  siècles  après  S.  Tudual. 

Dans  cette  première  vie  il  y  a  deux  idées  :  la  première, 
c'est  que  S.  Tudual  (c'est-à-dire  le  monastère  de  Tréguier)  a 
beaucoup  de  propriétés  dans  la  Bretagne  du  nord  et  que  les 
titres  de  ces  propriétés  ont  été  légalisées  ab  antiqno  et  en  bon 
lieu  ;  la  deuxième,  c'est  que  le  même  saint  a  été  réellement 
évêquc  et  de  par  toutes  les  autorités  légitimes,  le  S.  Esprit 
(colombe)  et  le  souverain  frank. 

Cela  sent  le  ix^  siècle  et,  plus  spécialement,  le  temps  où 
l'évêché  de  Tréguier,  récemment  fondé,  éprouvait  le  besoin 
de  mettre  ses  origines  sous  les  protections  traditionnelles  les 
plus  respectables. 

En  dehors  de  cela,  le  biographe  ne  sait  autre  chose  que  la 
généalogie  du  saint;  les  généalogies  sont  toujours  l'objet  d'une 
attention  spéciale  dans  l'hagiographie  bretonne.  Sa  vie  devait 
être  absolument  inconnue'.  M.  de  la  B.  (p.  112  et  suiv.)  fait 
de  vains  efforts  pour  distinguer  son  saint  Tudual  de  ceux 
dont  il  est  question  dans  les  légendes  de  S.  Guénolé  et  de 
S.  Brieuc.  Pour  moi  c'est  le  môme  personnage.  La  vie  de 
S.  Guénolé  lui  prête  un  miracle  qui  reparaît  dans  celle  de 
S.  Malo  :  les  charbons  ardents  portés  dans  un  pli  du  manteau 
sans  que  celui-ci  soit  brûlé.  Cette  communication  des  aven- 
tures montre  bien  que  l'histoire  était  peu  lïxée.  —  Quant  à 
S.  Tudual,  neveu  de  S.  Brieuc,  son  attestation  n'est  pas  bien 
forte;  mais  le  fait  qu'on  ait  pu  inventer  une  telle  histoire 
prouve  que  la  légende  de  Tréguier  n'était  pas  très  arrêtée  ou 
du  moins  très  accréditée. 

En  somme,  sauf  examen  plus  détaillé,  mon  impression  est  : 

1°  Qu'on  ne  sait  rien  de  S.  Tudual,  sinon  qu'au  ix^  siècle 
il  était  considéré  comme  le  fondateur  du  monastère  de  Tré- 
guier. 

2°  Que  l'évêché  de  Tréguier  a3^ant  été  fondé  par  Nominoé, 
on  mit  son  origine  et  son  temporel  sous  la  protection  de  Tu- 


Bibliographie.  255 

dual,  sans  s'inquiéter  de  lui  faire  une  biographie,  pour  laquelle 
les  éléments  faisaient  défaut  ;  en  tête  du  cartulaire  on  plaça  le 
petit  écrit  n°  i  qui  n'est  pas  une  biographie. 

3°  due  les  clercs  ou  moines  du  xi^  siècle  suppléèrent  cette 
lacune  en  confectionnant  des  biographies  pour  lesquelles  la  tra- 
dition locale  leur  fournissait  peu  de  chose,  en-  dehors  peut-être 
de  l'épithète  Scotigetta,  dont  le  sens  pourrait  bien  être,  non 
pas  irlandais,  en  particulier,  mais  transmarin,  en  général.  — 
Quant  à  l'existence  d'une  vie  en  irlandais,  je  voudrais  d'autres 
autorités,  pour  l'admettre,  que  celle  du  biographe  n°  2. 

4°  Que  les  aventures  de  S.  Tudual  étaient  racontées,  en 
dehors  de  Tréguier,  d'une  façon  un  peu  différente,  mais  tout 
aussi  peu  sérieuse,  qu'elles  le  furent  par  les  biographes  du 
xi^  siècle. 

Appendice.  —  Ne  semble-t-il  pas  que  la  généalogie,  p.  57, 
soit  dérivée  des  hagiographes  bretons,  plus  ou  moins  bien 
combinés  ?  —  Celui  de  S.  Tudual  aura  fourni  Riwal  et  Desoch; 
celui  de  S.  Samson,  lona,  Judwal  et  Juthael;  enfin  les  chro- 
niques mentionnent  Riotham  et  Judicael. 

M.  de  la  B.  va  un  peu  vite  en  besogne  quand  il  fixe  à  l'an- 
née 1047,  environ,  la  rédaction  de  la  troisième  vie.  — Il  n'est 
nullement  sûr  qu'elle  soit  contemporaine  du  dernier  évêque 
mentionné.  Celui-ci,  Martin,  a  été  élu  évêque  de  Tréguier  à 
une  date  postérieure  à  1047  et  antérieure  à  1082;  son  épis- 
copat  était  fini  en  1086.  Rien  ne  prouve  qu'il  fût  vivant,  ou 
même  mort  depuis  peu  quand  le  troisième  biographe  écrivit. 

Ce  troisième  biographe  est  le  seul  qui  identifie  Albinus, 
compagnon  de  Tudual,  avec  l'évêque  d'Angers.  Il  est  pos- 
sible que  la  tradition  se  rapporte  à  une  autre  personnel 


I .  Si  les  pages  ci-dessus  ne  sont  pas  signées,  c'est  qu'elles  n'étaient  pas 
destinées  à  voir  le  jour.  Leur  auteur  y  avait  consigné  rapidement  ses  im- 
pressions après  lecture,  se  réservant  de  leur  donner  plus  tard  une  forme 
plus  littéraire.  Un  accident,  dont  il  n'est  pas  responsable,  a  fait  tomber  ses 
notes  sous  les  presses  de  la  Revue  Celtique. 


256  Bibliographie. 


Cours  de  littérature  celtique,  par  H.  d'Arbois  de  Jubainville,  membre  de 
l'Institut,  professeur  au  Collège  de  France,  et  par  J.  Loth,  professeur  à 
la  Faculté  des  lettres  de  Rennes.  —  Tome  III.  LesMabinogion,  tra- 
duits en  entier  pour  la  première  fois  en  français,  avec  un  commentaire 
explicatif  et  des  notes  critiques,  par  J.  Loth.  Tome  premier.  Paris, 
Thorin,  1889,  gr.  in-8,  560  p. 

Ce  premier  volume  de  la  traduction  française  des  Alabino- 
gion  comprend  les  récits  suivants  :  Pwyll,  prince  de  D3-vet 
(p.  27-63);  Branwen,  fille  de  Llyr  (p.  65-96),  Manawyddan, 
fils  de  Llyr  (p.  97-116);  Math,  fils  de  Mathonwy  (p.  117- 
154);  le  songe  de  Maxen  (p.  155-172);  Llud  et  Llevelys 
(p.  173-183):  Kulwch  et  Ohven  (p.  185-283);  le  songe  de 
Rhonabwy  (285-314).  Une  introduction  aux  Mabinogion  oc- 
cupe les  pages  1-26.  Le  volume  se  termine  par  des  notes  cri- 
tiques (p.  315-356).        _ 

La  traduction  a  été  faite  sur  l'édition  diplomatique  du  livre 
Rouge,  donnée  par  MM.  Rhys  et  Gwenôgfryn  Evans,  en  1887. 
Les  corrections  apportées  au  texte  gallois  sont  signalées  dans 
les  notes  critiques;  par  exemple,  à  la  page  9,  ligne  2  de  l'édi- 
tion Rhys-Evans,  yuviid  a  été  corrigé  avec  raison  par  M.  Loth 
en  yn  uiiud  «  humblement,  avec  empressement  »  ;  à  la 
page  119,  i.  27,  de  l'éd.  Rhys-Evans,  ac  odif  a  été  corrigé  en 
ae  odif;  nous  citerons  encore  pour  le  même  passage  une  cor- 
rection importante  réclamée  par  le  sens  (Rhys-Evans,  p.  119, 
1.  21),  au  lieu  de  y  dywau't  Yspnddaden  Pennhawr  na  saethiittavi, 
il  faut  lire  y  dywedassant  ivrth  Yspaddadcn  Pennkaïur  :  na  sac- 
thutta  ni. 

Dans  sa  traduction,  M.  L.  a  recherché  avant  tout  l'exacti- 
tude et  s'est  efforcé  de  reproduire  les  défauts  comme  les  qua- 
lités de  style  de  l'écrivain  gallois.  La  traduction  anglaise  de 
Lady  Guest  a  selon  nous  le  tort  de  dissimuler  soigneusement 
les  uns  et  de  dénaturer  les  autres.  Les  répétitions  de  mots  si 
fréquentes  dans  les  textes  gallois,  le  manque  de  lien  entre  les 
phrases,  les  obscurités  d'expressions  ne  peuvent  point  se  de- 
viner sous  les  périodes  élégantes  et  bien  construites  de  Lady 
Guest.  D'autre  part,  la  négligence  du  conteur  gallois  est  devenue 
souvent  dans  la  traduction   anglaise   une  simplicité   affectée 


Bibliographie.  257 

ou  une  naïveté  voulue.  Nous  ne  voulons  point  abaisser  le  mé- 
rite de  Lady  Guest  qui  a  eu  à  lutter  avec  les  nombreuses  dif- 
ficultés du  texte  et  qui  les  a  généralement  surmontées;  d'ail- 
leurs, en  1838,  il  était  encore  admis  qu'une  traduction  devait 
être  une  transformation  d'un  texte  original  pour  l'adapter  aux 
habitudes  d'esprit  et  de  style  d'un  autre  peuple.  La  traduction 
de  M.  L.  conserve,  autant  que  possible,  la  physionomie  du 
texte  gallois.  Le  sens  précis  des  mots  rares  a  été  déterminé 
exactement  par  le  rapprochement  de  tous  les  passages  où  se 
trouve  la  même  expression,  c'est  ainsi  qu'un  certain  nombre 
de  contre-sens  ou  d'inexactitudes  que  renfermait  la  traduction 
anglaise  ont  pu  être  corrigés. 

Le  ccymmentaire  contenu  dans  de  nombreuses  notes  placées 
au  bas  des  pages  est  surtout  grammatical  et  historique.  Les 
nombreux  surnoms  des  personnages  sont  simplement  transcrits 
dans  le  texte  et  sont  expliqués  en  note;  et  les  morceaux  de  la 
littérature  galloise  où  on  retrouve  les  personnages  des  Mabi- 
nogiùH  sont  partout  signalés.  M.  L.  s'est  abstenu  de  toute 
comparaison  avec  d'autres  contes  populaires.  Il  n'a  fait  de 
rapprochements  qu'entre  certains  passages  des  Mabinogion 
et  quelques  épisodes  des  romans  français  de  la  Table  Ronde 
et  de  l'épopée  irlandaise.  Nous  ne  pouvons  le  blâmer  d'avoir 
cherché  à  éclairer  les  traditions  galloises  les  unes  par  les 
autres  et  de  s'être  abstenu  de  comparaisons  plus  lointaines. 
Ces  comparaisons,  en  effet,  risquent  fort  d'être  contestables 
quand  elles  ne  reposent  pas  sur  un  examen  attentif  de  la  tra- 
dition locale  étudiée  en  elle-même. 

L'introduction  comprend  une  intéressante  étude  sur  les 
sources  et  la  chronologie  des  Mabinogion.  M.  L.  les  répartit 
en  quatre  classes  :  i"  Les  Mabinogion  de  Pwyll,  de  Mana- 
wyddan,  de  Branwen  et  de  Math  appartiendraient  au  cycle 
gallois  le  plus  ancien  ;  2°  Le  songe  de  Rhonabwy  et  le  songe 
de  Maxen  Wledic  sont  des  compositions  dues  à  l'imagination 
de  celui  qui  les  a  écrites;  3"  Kulwch  et  OKvcn  est  une  œuvre 
de  transition  où  l'on  trouve  des  personnages  appartenant  à 
différents  cycles,  et  un  mélange  de  traditions  païennes  et 
d'idées  chrétiennes.  Il  semble  aussi  que  l'auteur  de  ce  Mabi- 
nogi  ait  eu  l'idée  de  parodier  les  romans  de  chevalerie,  et  dans 


1 


258  Bibliographie. 

un  grand  nombre  de  passages  l'ironie  est  tout  à  fait  transpa- 
rente; 4°  Enfin  Owein  et  Lunet,  Gereint  et  Enid,  et  Peredur 
ab  Efrawc  remontent  à  la  même  source  que  les  trois  romans 
correspondants  fi-ançais  de  Chrestien  de  Troyes.  Quant  à  la 
date  des  Mabinogion,  certains  détails  historiques  ou  géogra- 
phiques permettent  de  dire  qu'ils  ont  été  écrits  à  la  fin  du 
xii^  siècle. 

Le  second  volume  de  la  traduction  des  Mabinogion  com-  _ 

prendra  un  choix  de  triades  qui  seront  à  la  fois  le  résumé  et  ^ 

le  commentaire  naturel  des  Mabinogion.  Quand  l'ouvrage  sera 
complet,  les  celtistes  auront  ainsi  une  traduction  exacte  et  un  à 

commentaire  sûr  d'un  des  plus  importants  monuments  de  la 
littérature  galloise  du  moyen  âge,  et  sur  cette  traduction  et 
ce  commentaire  les  folkloristcs  pourront  en  toute  sûreté  fonder 
d'intéressantes  comparaisons  entre  les  diverses  traditions  popu- 
laires et  la  légende  celtique. 

G.  D. 


I 


1 


CHRONIQUE 


SOMMAIRE:  I.  Visite  de  Siegfried  i  Zeuss  en  18;;.  — II.  Le  Rév.  Mac-Carthy  chargé  de  con- 
tinuer l'édition  des  AtinaU-s  d'UlsIcr.  —  III.  Le  fac-similé  du  Lehar  huidc  Lecain.  —  IV.  Le  Rév. 
Mac-Carthv  et  la  Vie  Iriparlile.  —  V.  Le  Spicilegium  Vaticatium  de  M.  W.  St.  —  VI.  Le  Morte 
d'Arthur,  nouvelle  édition.  —  VII.  Deux  notices  nécrologiques  sur  W.  M.  Hennessy.  — VIII.  Cri- 
tique par  M.  W.  St.  du  tome  II  des  Todd  Lectures.  —  IX.  MM.  Loth  et  Ernault,  professeurs 
titulaires;  M.  Duvau,  maître  de  conférence.  —  X.  Supplément  au  glossaire  moyen-breton  de 
M.  Ernault.  —  XI.  La  procédure  du  jeûne.  —  XII.  Le  monument  mégalithique  de  Stonehenge. 
—  XIII.  Légendes  irlandaises  d'après  M.  Fitzgerald.  —  XIV.  Chaînons  et  Danses  des  Bretons,  par 
M.  Qjiellien.  —  XV.  Nouvelles  publications  de  M.  Loth.  —  XVI.  La  société  pour  la  conser- 
vation de  la  langue  irlandaise.  —  XVII.  M.  Thurneysen  dans  le  journal  de  Kuhn  ;  M.  Thur- 
neysen  collaborateur  de  M.  Brugmann  pour  la  partie  celtique  de  la  grammaire  comparée  publiée 
par  ce  savant  linguiste.  —  XVIII.  La  formule  atoihe.  —  XIX.  M.  Serrure,  son  Essai  de  gram- 
maire gauloise  ex  %e%  «  convictions  ». 

I. 

M.  Gaidoz  nous  prie  d'insérer,  comme  complément  à  sa  notice  sur  Zeuss 
(Rev.  Celt.,  t.  VI,  p.  519  et  suiv.),  la  citation  suivante  qu'il  vient  de  re- 
trouver dans  ses  notes.  C'est  un  témoignage  de  Sigfried  : 

«  I  paid  a  visit  to  this  remarkable  man  [Zeuss]  in  the  vacation  of  1855 
when  his  health  was  fast  sinking.  He  was  a  tall,  well-made,  rather  spare 
man,  with  black  hair  and  moustache,  giving  on  the  ■whole  more  the  im- 
pression of  a  Slavonian  or  a  Greek  than  of  a  German  ». 

Cité  par  O'Donovan,  dans  VUlstcr  Journal  of  Archaeology,  t.    VII,  p.  15- 

IL 

L'Académie  royale  d'Irlande  a  chargé  le  Rév.  Mac-Carthy  de  continuer 
la  publication  des  Annales  d'Uhtcr  dont  le  premier  volume  a  eu  pour  édi- 
teur le  regretté  W.-M.  Hennessy.  L'Académie  royale  d'Irlande  ne  pouvait 
faire  un  meilleur  choix. 

III. 

Le  même  corps  savant  a  décidé  de  reproduire  en  fac-similé  le  célèbre 
manuscrit  du  Collège  de  la  Trinité  connu  sous  le  nom  de  Lehar  buide  Le- 
cain, \i\<-'  siècle.  On  pense  exécuter  une  grande  partie  de  ce  fac-similé  dans 
le  courant  de  l'été  prochain.  Après  le  Lcbar  na  hUidre  et  le  Livre  de  Leins- 
ter,  le  Lehar  huide  Lecain  est  le  manuscrit  irlandais  le  plus  intéressant  pour 
l'étude  de  la  vieille  littérature  épique  de  l'Irlande;  il  est  à  ce  point  de  vue 
bien  préférable  au  Livre  de  Ballymote. 


26o  Chronique. 


IV. 

Le  Rev.  Mac  Carthy  va  publier  dans  les  Transactions  de  l'Académie 
royale  d'Irlande  une  étude  sur  le  texte  de  la  Vie  tripartite  de  saint  Patrice. 

V. 

La  cinquième  livraison  du  t.X,  nouvelle  série,  de  la  Revue  de  Kuhn,  con- 
tient, p.  5  55  et  suivantes,  1°  le  texte  des  gloses  irlandaises  inédites  dé- 
couvertes par  M.  Whitley  Stokes  dans  le  ms.  du  Vatican  Regina  215  ;  2°  un 
savant  commentaire  sur  ces  gloses. 

VI. 

La  librairie  Nutt  de  Londres  vient  de  faire  reproduire  en  caractères  typo- 
graphiques l'édition  donnée  par  Caxton  en  1485  d"un  roman  de  la  Table 
Ronde  dont  voici  le  titre  : 

THE   NOBLE   AND   lOYOUS    BOOK    entytled    £c 
Ç$ottc  Dartl)iir  notjfythstondyng  it  treateth  of 

THE  BYRTH  /  LYF  /  AND  ACTES  OF  THE  SAYD  KYNGE 
ARTHUR  I  OF  HIS  NOBLE  KNYGHTES  OF  THE  ROUNDE 
TABLE  I  THEYR  MERUAYLLOUS  ENOU ESTES  AND  ADUEN- 
TURES/  THACHYEUYNG  OF  THE  S  ANCRE  AL  /  à-  LN  THENDE 
THE  DOLOROUS  DETH  &  DEPARTYNG  OUT  OF  THYS  WORLD 
OF  THEM  AL  /  TFHICHE  BOOK  JFAS  REDUCED   IN  TO  EN- 

GLYSSHE  BY  SYR  THOMAS  MALORY  KNYGHT 

Il  y  a  trois  prix  suivant  le  papier  :  6  1.  6  s.  ;  3  1.  13  s.  6  d.  ;  21  s. 

VIL 

M.  Standish  O'Grady  a  publié  dans  le  journal  VAcademy  du  26  janvier 
dernier  une  notice  nécrologique  sur  W.M.  Hennessy.  Un  éloge  funèbre  du 
même  érudit  a  été  inséré  dans  le  rapport  annuel  présenté  à  l'Académie 
royale  d'Irlande  au  nom  de  son  conseil  le  16  mars  dernier.  Suivant  le  rap- 
porteur, l'œuvre  la  plus  admirable  du  regretté  savant  serait  sa  traduction 
de  la  vision  de  Mac-Conglinne;  cette  traduction  a  paru  dans  le  Fraser's  Ma- 
gasine, septembre  1873.  Le  rapporteur  insiste  avec  raison  sur  l'étendue  et 
la  précision  de  la  science  de  W.-M.  Hennessy  et  sur  l'excessive  libéralité 
avec  laquelle  il  prodiguait  aux  autres  les  trésors  de  son  érudition.  Il  termine 
à  peu  près  ainsi  :  La  mort  de  cet  homme  à  la  physionomie  sympathique 
paraît  marquer  le  terme  d'une  période  importante  dans  l'histoire  des  études 
dont  la  langue  et  la  littérature  irlandaises  sont  l'objet  au  sein  de  l'Académie 
d'Irlande.  Hennessy  a  été  probablement  le  dernier  représentant  de  la  vieille 
école  qui  devait  exclusivement  sa  science  à  une  étude  attentive  et  patiem- 


Chronique.  261 

meut  prolongée  des  pages  à  demi-effacées  de  nos  manuscrits.  Son  nom  ne 
sera  pas  indigne  de  prendre  place  dans  Favenir  à  côté  de  ceux  d'O'Curry 
et  d'O'Donovan. 

VIII. 

Dans  une  séance  de  la  Philological  Society  qui  a  eu  lieu  le  !«•■  mars  dernier, 
M.  Whitley  Stokes  a  donné  lecture  d'une  étude  critique  sur  le  texte,  la  tra- 
duction et  le  glossaire  des  passions  et  homélies  publiées  d'après  le  fac-similé 
du  Leahhar  Breacc  par  M.  Robert  Atkinson,  cf.  AcademyàM  16  mars,  p.  190. 

IX. 

Nos  savants  collaborateurs,  MM.  J.  Loth  et  E.  Ernault,  viennent  d'être 
nommés  professeurs  de  littérature  et  d'institutions  grecques,  l'un  à  la  Fa- 
culté des  Lettres  de  Rennes,  l'autre  à  celle  de  Poitiers.  M.  Duvau,  auteur 
d'une  étude  sur  le  Compert  Conculainii ,  qu'ont  certainement  remarquée  nos 
lecteurs,  avait  été  au  commencement  de  la  présente  année  scolaire  chargé 
d'une  conférence  à  la  Faculté  des  Lettres  de  Dijon.  Il  vient  d'être  appelé  à 
celle  de  Lille  où  il  remplace  M.  V.  Henry,  chargé  du  cours  de  grammaire 
comparée  à  la  Faculté  des  Lettres  de  Paris. 

X. 

La  dernière  livraison  des  Mémoires  de  la  Société  de  Linguistique  de  Paris, 
t.  VI,  p.  416-441.  contient  le  commencement  d'un  glossaire  moyen  breton 
composé  par  M.  E.  Ernault,  pour  servir  de  supplément  à  celui  que  contient 
son  édition  du  Mystère  de  sainte  Barbe. 

XI. 

Dans  la  Nouvelle  Revue  historique  de  droit,  n"  de  novembre-décembre  1888, 
t.  XII,  p.  729-739,  on  trouve  une  note  intitulée  :  «  La  procédure  du  jeûne  en 
Irlande  d'après  le  Senchus  Mér  ». 

XII. 

M.  Arthur  J.  Evans  a  publié  dans  Y Archatological  Revieivàs  janvier  1889 
un  mémoire  sur  le  célèbre  monument  mégalithique  de  Stonehenge.  L'au- 
teur croit  que  la  construction  de  ce  monument  a  dû  commencer  vers 
l'an  300  avant  notre  ère  et  a  pu  durer  .soit  un  demi-siècle,  soit  un  siècle. 
Cette  construction  appartiendrait  à  la  période  qui  a  immédiatement  précédé 
l'invasion  belge,  et  1  invasion  belge  aurait  eu  lieu  vers  l'an  200  avant  notre 
ère;  elle  a  eu  pour  effet  l'introduction  en  Grande-Bretagne  d'un  mobilier 
funéraire  qu'on  ne  trouve  pas  encore  dans  les  tombes  dont  le  monument  de 
Stonehenge  est  entouré  (A rchacol.  Review,  t.  Il,  p.  524-325). 

XIII. 

Dans  la  Revue  des  Traditions  populaires,  nos  de  novembre  1 888  (p.  602- 
607)  et  de  février  1889  (p.  80-87),  M.  Loys  Brueyre  a  donné  la  traduction 


202  Chronique. 

d'un  mémoire  inédit  de  M.  David  Fitzgerald  sur  quelques  récits  légendaires 
irlandais  concernant  Goban  saor,  I^ug-Lâmlifhada  (n'  de  novembre),  Cear- 
bhall  O'Dalaigh,  Garlach  loUânach,  lollan,  les  chats  (no  de  février). 

XIV. 

M.  N.  Quellien  vient  de  faire  paraître  un  volume  intitulé  Chansons  et 
Danses  des  Bretons,  Paris,  Maisonneuve,  in-8,  500  pages.  Ce  volume  est 
divisé  en  trois  parties  :  notes  de  voj'age,  p.  5-56,  chansons  populaires  en 
breton  avec  traduction  en  français,  p.  57-258,  mélodies  notées  p.  239-296. 
Les  «  notes  de  voyage  »,  écrites  en  un  style  élégant  et  facile,  exposent  les 
doctrines  que  l'auteur  s'est  formées  sur  la  poésie  populaire  bretonne  en  par- 
courant le  pavs  à  la  recherche  de  documents  inédits.  Q.uant  aux  seconde 
et  troisième  parties,  M.  Quellien  a  eu  l'intention  d'en  faire  un  supplément 
aux  recueils  de  chansons  populaires  bretonnes  formés  par  MM.  de  La  Vil- 
lemarqué  et  Luzel.  Ainsi  le  volume  de  M.  duellien  pourra  prendre  place 
dans  la  bibliothèque  de  l'amateur  et  de  Térudit,  à  côté  du  Bar^a:^  Breii  et 
des  Gv.'er:(iou  Brei\  I-^el. 

XV. 

Nous  espérons  voir  paraître  prochainement  le  second  volume  de  la  tra- 
duction des  Mahinogion  par  M.  J.  Loth,  et  la  Chrestomathie  bretonne  du  même 
savant. 

XVL 

Le  5  mars  dernier,  M.  J.-J.  Mac  Sweeney  a  lu,  en  séance  de  la  Société 
pour  la  conservation  de  la  langue  irlandaise,  le  rapport  sur  les  résultats  ob- 
tenus pendant  l'année  1888.  Ce  rapport  montre  où  l'on  peut  arriver  avec 
une  persévérance  obstinée.  Le  nombre  des  examens  passés  avec  succès  sur 
l'irlandais  par  les  élèves  des  écoles  primaires  d'Irlande  s'est  progressivement 
élevé  de  12  en  1881  à  445  en  1888.  L'enseignement  intermédiaire  offre 
une  progression  analogue,  quoique  moins  forte,  de  49  en  1883  à  2ioen  1888. 

XVII. 

Le  dernier  cahier  du  tome  XXX  du  Journal  de  Kuhn  contient  un  fort  in- 
téressant recueil  de  mélanges  latins  par  M.  R.  Thurneysen.  Quelques-unes 
des  observations  réunies  dans  ce  travail  touchent  aux  questions  celtiques. 
Ainsi  à  propos  du  mot  infra,  M.  Thurneysen  étudie,  p.  491,  l'étymologie 
de  l'irlandais  Z5,  isel,  bas;  p.  492,  celle  du  gaulois  Uxello-s,  en  irlandais 
uasal,  et  dans  les  dialectes  bretons  uchel  «  haut  ».  Je  profite  de  cette  occa- 
sion pour  réparer  un  oubli  que  j'ai  commis  dans  la  précédente  chronique. 
l'ai  signalé  très  brièvement,  trop  brièvement  la  publication  du  second  vo- 
lume du  savant  ouvrage  auquel  M.  Brugmann  a  donné  le  titre  d'Esquisses 
de  la  grammaire  comparée  des  langues  indo-européennes.  J'aurais  dû  au  moins 
dire  que  ce  volume  qui  traite  de  la  morphologie  a  été  composé  avec  le  con- 
cours de  M.  Thurneysen.  Pour  la  partie  celtique,  dit  M.  Brugmann  dans 
sa  préface,  M.  Thurneysen,  professeur  à  Fribourg-en-Brisgau,  m'a  donné 
son  aide  bienveillante  de  la  même  manière  que  dans  le  premier  volume. 


chronique.  263 

XVIII. 

Dans  VAcademy  du  30  mars,  p.  221,  M.  Standish  O'Grady  recherche  le 
sens  de  deux  textes  irlandais  où  se  rencontre  la  formule  atûibi  écrite  ataebi, 
p  4,  1.  5,  et  atoibe,  p.  430,  1.  i,  de  Whitley  Stokes,  The  Tripartite  Life  of 
Patrick.  Nous  ne  comprenons  pas  bien  la  doctrine  grammaticale  du  savant 
auteur.  Il  nous  semble  que  dans  a-tùibi,  a  zz:  a[«]  est  le  pronom  relatif,  et 
que  tôihi  est  la  troisième  personne  singulier  du  présent  de  l'indicatif  d'un 
verbe  dénominatif  tiré  de  tâib  «  côté  »,  en  irlandais  moderne  taobh,  d'où  le 
verbe  irlandais  moderne  taohhaim  «  I  side,  join,  dépend  »  (O'Reilly), 
identique  au  vieil  irlandais /d/i/w  «  adhaereo  ».  L'auteur  irlandais  des  docu- 
ments publiés  par  M.  W.  St.  vient  de  citer  le  verset  2  du  chapitre  IX  d'Isaïe, 
Populus  qui  ainbulabat  in  teuebris...,  et  il  ajoute  que  le  verset  précédent  et 
auquel  se  rattache,  toibi,  le  verset  Populus  etc.  est  le  verset  i ,  Primo  tem- 
pore  alleviata  est,  etc. 

L'infinitif  de  tôibim  est  tôibud;  chez  O'Reilly:  taobhadh.  Il  se  trouve 
précédé  du  pronom  possessif  féminin  de  la  troisième  personne  a  dans  le 
composé  syntactique  a-toibad  {The  tripartite  Life,  t.  I,  p.  90,  1.  12)  qui 
signifie  «  sa  dépendance  ».  Il  s'agit  d'église,  cell,  féminin.  Sur  taobhaim  et 
taobhadh,  on  peut,  outre  le  dictionnaire  d'O'Reilly,  consulter  celui  d'O'Brien 
etleDictionary  ofthe  Gaelic  Janguage  publié  par  tlie  Highiand  Society.  M.  At- 
kinson,  dans  son  glossaire,  p.  555,  admet  un  verbe  atoibim  «  to  corres- 
pond, be  in  harmony  »;  nous  ne  saisissons  pas  l'utilité  de  cette  hypothèse; 
dans  les  exemples  qu'il  donne,  a  nous  semble  être  le  pronom  relatif.  Le  verbe 
atôibim  veut  dire  «  je  suis  lent  »  et  non  «  je  me  rattache  à  ». 

Atoibthe  (VnsciQTi  de  Saint-Gall,  p.  29  b,  gloses  15  et  18;  édition  d'As- 
coli,  p.  31,  32)  signifie  «  de  leur  adhérence,  de  leur  relation  »  (par  exemple 
du  père  et  du  fils,  du  maître  et  de  l'esclave)  voir  le  texte  latin  ;  toibthe  est 
le  génitif  singuUer  àt  tôibud;  a  est  le  pronom  possessif  de  la  troisième  per- 
sonne du  pluriel. 

XIX. 

Après  avoir  inséré  dans  le  Muséon  de  janvier  et  de  novembre  1886  une 
étude  sur  la  numismatique  gauloise,  M.  C.-A.  Serrure  a  publié  dans  la 
même  revue,  no*^  d'août  et  de  novembre  1887,  d'août  et  de  novembre  1888, 
et  de  janvier  1889,  t.  VI,  p.  489,  311  ;  t.  VII,  p.  434,  515  ;  t.  VIII,  p.  21, 
un  «  Essai  de  grammaire  gauloise  ».  Suivant  lui,  Zeuss  a  fait  fausse  route: 
ni  l'irlandais,  ni  le  gallois,  ni  le  breton  ne  sont  des  idiomes  celtiques,  ce 
sont  des  langues  cimmériennes  ;  le  latin  est  une  langue  celtique.  Sept  ans 
d'études  ont  suffi  pour  amener  M.  Serrure  à  ce  résultat  nouveau,  et  il  est 
convaincu  que  c'est  l'incontestable  vérité.  Combien  faut-il  que  nous  soyons 
peu  intelligent  pour  être  arrivé  après  un  travail  cinq  fois  autant  prolongé 
à  un  résultat  contraire  qui,  dans  la  conviction  de  M.  Serrure,  est  absolu- 
ment faux  !  Q.uel  cénacle  d'ineptie  que  le  petit  monde  des  celtistes  !  Leur 
esprit  obscur  et  aveuglé  est  incapable  de  voir  la  lumière  nouvelle,  et  ils 
restent  disciples  de  Zeuss,  tous,  les  entêtés,  y  compris  l'auteur  de  cette 
chronique.  H.  d'Arbois  de  Jub.\inville. 

Paris,  le  l"  avril  1889. 


CORRIGENDA 


Tome  IX. 

P.  459,  note  2, /or  seem  read  seems 
461,  1.  J,for  them  rcad  him 
463,  headline.  read  J^oyage 

1.  15,  for  it,  bring  read  ît,  He  will  bring 
46),  1.  II,  dek  and 
467,  1.  8,  deh  1 

1.  15,  after  .  . .  insert  ' 
469,  1.  20,  /or  the  read  that 
471,  note  4,  1.  3,  for  di  oghail  r^ai  dioghail 
485,  1.  12,  for  Fillets  rea(i  Hoods 

1.  16,  for  a  comrade  of  theirs  read  of  like  colour  with  them  (coin  ■ 
thach  is  a  syncopated  form  of  coin-dathach') 

note  2,  for  cenn-sniith,  etc.,  read  cennide  supra,  p.  422. 
489,  deh  note  4. 
495,  note  2,  1.  5 ,  r^arZ  rédaction 
499,  1.  28,  îox  géol  rtdiiX  geôl. 

Tome  X. 

P.     51,  1.  II,  after  came  insert  from  the  Lord 
53,  1.  4, /or  voyaging  read  tossing 
65,  1.  18,  for read  thou  shouldst  delay  for  a  time 

note  5 .  should  be  :  siasair  the  deponential  s-  aorist  of  a  desiderative 
formation  from  the  root  sed. 
69,  1.  10,  for  band  read  hand. 
71,  1.  9-10,  after  fruits  ow/7  thereon 
77,  1.  18,  for  There  read  Then 
83,  1.  21,  for  you  read  thou 

1.  26,  /or  you  r^ûfi  thee 
85,  1.  6,  a/i«r  boat  insert  (covered) 
87,  1.  8, /or  Mayhap  read  Surely 

1.  19,  read  Go  forth  . .  .  and  the  stead 
91,  1.  3,  after  to  insert  me. 

1.  20,  for  come  read  came 

1.  26,  for  us  reai/  you 
93,  1.  15, /or  Mayhap  rrati  Surely 

note  4,  1.  2,  for  vocalled  read  so-called 
9)>  1-  9, /or  deUghting  rcai  diverting 

note  3,1.  I,  for  aan  read  ana 

W.  St. 


le  Propriétaire-Gérant  :  E.  BOUILLON. 


Chartres.  —  Imprimerie  DURAND. 


TARANOUS  ET  THOR 

Deuxième  pai  tie 


TARANOUS  ET  THOR  ADVERSAIRES  DES  FLÉAUX  ^ 

Xe  travail  que  la  Revue  Celtique  publie  sous  ce  titre  est  la  suite  d'un  mé- 
moire publié  dans  notre  tome  VI,  p.  417  et  suiv.,  par  M.  Cerquand.  Il  se 
rattache  à  l'étude  d'un  mythe  gaulois  dont  M.  Cerquand  s'occupait  avec 
amour,  sur  lequel  il  avait  précédemment  donné  un  autre  article  à  notre  re- 
cueil (tome  V,  p.  581  et  suiv.)  et  sur  lequi  1  il  avait  publié  une  mono- 
graphie en  volume  (voit  Rev.  Celt.,  t.  V,  p.  229). 

M.  Cerquand  n'ignorait  pas  que  depuis  longtemps  je  me  proposais  aussi 
d'écrire  sur  le  mythe  de  Taranis  (voir  ma  note  dans  la  Rei\  Celt.,  t.  VI, 
p.  457);  mais  cette  émulation,  bien  loin  d'altérer  nos  relations,  les  avait 
rendues  plus  amicales.  Le  12  rnai  1888,  M.  Cerquand  mourut  presque  su- 
bitement, d'une  maladie  de  cœur,  à  Avignon,  où  il  résidait  depuis  qu'il 
avait  pris  sa  retraite  définitive  d'inspecteur  de  l'enseignement  primaire  (il 
était  né  à  Epinal  le  21  mars  1816).  Dans  ses  papiers  on  trouva  un  carton 
portant  cette  mention  :  Pour  remettre  à  M.  Gaido^...  C'était  le  manuscrit  du 
mémoire  que  l'on  va  lire. 

Ce  mémoire  était  entièrement  rédigé,  quoique  peut-être  l'auteur  eût  pu 
le  retoucher  encore  :  je  n'ai  eu  d'autre  addition  matérielle  à  y  faire  que  de 
marquer  le  point  d'attache  des  notes.  Je  n'y  ai  fait  aucun  changement,  et 
j'ai  respecté  l'orthographe  que  M.  Cerquand  a  employé  pour  les  noms  nor- 
diques, quoique  pour  ma  part  j'aurais  pu  en  employer  une  autre.  Je  re- 
mercie M.  d'Arbois  de  Jubainville  d'avoir  accueilli  ce  mémoire  comme  com- 
plément à  celui  que  j'avais  inséré  dans  le  tome  VI  de  ce  recueil. 

Les  études  de  mythologie  et  de  légendes  avaient  toujours  eu  un  grand 
attrait  pour  M  Cerquand,  et  c'est  à  elles  qu'appartiennent  tous  ses  écrits, 
ses  études  sur  les  Harpxes,  sur  les  Charités,  sur  les  Sirènes,  son  recueil  de 
Légendes  et  récits  populaires  du  pays  basque.  Dans  les  dernières  années  de  sa 
vie,  il  s'était  tourné  vers  la  mythologie  gauloise  et  le  mythe  de  Taranis,  si 

1 .   Voir  la  note  i ,  p.  2S2.  —  Les  notes  sont  imprimées  à  la  suite  de  l'article. 
Revue  Celtioue,  X.  18 


266  J.-F.  Cerqiiand. 

grandiose  par  ses  conceptions,  si  intéressant  par  ses  rapprochements  avec  le 
mythe  germanique  de  Thor,  l'avait  tellement  fasciné  qu'il  lui  consacrait 
tous  les  loisirs  de  sa  studieuse  retraite.  Il  était  devenu  le  dévot  et  comme  le 
hiérophante  de  Taranis.  Ses  idées  toujours  ingénieuses,  mais  quelquefois 
un  peu  aventureuses,  appelleront  plus  d'une  contradiction  et  subiront  plus 
d'une  correction  :  car,  sur  ce  sable  mouvant  de  la  mythologie  gauloise,  qui 
de  nous  peut  se  flatter  de  tracer  un  dessin  qu'épargnera  le  prochain  reflux? 
Mais  M.  Cerquand  est  un  de  ceux  qui  auront  le  mieux  mérité  de  ces  études 
par  ses  recherches,  par  ses  découvertes  et  par  ses  rapprochements  dans  la 
question  de  Taranis  ;  et  son  nom  restera  comme  celui  d'un  bon  et  modeste 
ouvrier  dans  l'œuvre  commune  de  la  mythologie  gauloise.  —  H.  Gaidoz.] 


I. 

Thor,  adversaire  des  lotnes. 

Une  phrase  d'Adam  de  Brème  atteste  l'intervention  de  Thor 
dans  la  répression  des  Fléaux,  œuvre  des  lotnes  : 

«  Les  Svéons,  dit-il,  ont  affecté  à  chacun  de  leurs  Dieux 
des  prêtres  qui  leur  offrent  les  sacrifices  publics.  Si  la  peste  ou 
la  famine  sont  imminentes,  on  fait  des  libations  à  l'image  de 
Thor  ;  si  c'est  la  guerre,  à  celle  de  Vodan  ;  si  l'on  veut  célé- 
brer des  noces,  à  celle  de  Fricco  (Freyr)^.  » 

Il  ajoute  un  peu  plus  loin  : 

«  Les  chants  qui  accompagnent  les  libations  pendant  les 
cérémonies  sont  divers;  ils  sont  aussi  inconvenants  et  c'est 
pourquoi  je  ne  les  relaterai  point.  » 

Il  faut  en  croire  Adam.  Il  avait  pu  étudier  directement  les 
actes  de  l'établissement  du  christianisme  dans  le  Nord,  con- 
verser avec  les  derniers  missionnaires,  entendre  ces  chants  li- 
turgiques que  sa  réserve  exagérée  a  empêchés  d'arriver  jusqu'à 
nous.  De  plus,  ce  qu'il  dit  du  rôle  de  Thor  au  sujet  de  la  ré- 
pression des  fléaux  concorde  tout  à  fait  avec  ce  que  nous 
savons  du  Dieu,  adversaire  de  lôrmungand.  lormungand  en 
effet  est  une  formule  particulière  de  l'inondation  marine,  la- 
quelle est  un  fléau  au  même  titre  que  la  peste  et  la  famine. 

Les  textes  norrains  —  chant  d'Ymir  de  Sœmund  ;  récit  de 
Snorri  —  présentent  des  détails  assez  précis  pour  que  le  lec- 
teur comprenne  bien  le  caractère  de  la  lutte  qui  se  produit 
entre  Thor  et  lôrmungand.  C'est  un  duel  de  proportions  gigan- 


Taranous  et  Thor.  267 

tesques  entre  deux  ennemis  également  redoutables  et  cou- 
rageux :  l'un  armé  du  marteau  qui  ne  manque  jamais  son  but 
et^qui  revient  de  lui-même,  le  coup  porté,  dans  la  main  qui 
l'a  lancé  ;  l'autre,  pourvu  d'une  gueule  immense,  qui  répand 
à  flots  un  venin  mortel,  et  dont  le  souffle  même  est  empoi- 
sonné. Aucune  mythologie  n'a  imaginé  un  monstre  compa- 
rable à  riotne  ennemi  de  Thor,  au  serpent  dont  les  plis  en- 
serrent la  terre.  Aucune  mêlée  cosmogonique  n'approche  ni 
dans  l'Inde,  ni  dans  la  Grèce,  de  l'horreur  de  cette  bataille. 

En  ce  qui  concerne  la  lutte  entre  Thor  et  les  fléaux,  Sœ- 
mund  et  Snorri  ne  nous  fournissent  plus  le  même  secours.  A 
peine  en  trouve-t-on  quelques  traits  sommaires  dans  le  Chant 
d'Harbar:^  suffisants  pour  éclairer  la  phrase  d'Adam  de  Brème, 
mais  trop  dépourvus  de  ces  détails  épiques  qui  aident  si  bien 
à  la  compréhension  d'un  mythe. 

Le  chant  d'Harbarz  a  pour  but  de  peindre  une  des  circons- 
tances où  Thor  est  sans  force  et  son  marteau  impuissant.  Le 
dieu  arrive  déguenillé,  fatigué  de  la  marche  et  mourant  de 
faim  au  bord  d'une  rivière  que  Harbarz,  un  lotne,  refuse  de 
lui  fiire  traverser  dans  sa  barque.  Thor  se  répand  d'abord  en 
menaces  vaines,  puis,  ainsi  que  le  vieux  Nestor  dans  l'as- 
semblée des  rois,  il  rappelle  les  souvenirs  de  sa  vaillante  jeu- 
nesse : 

«  J'ai  fait  une  expédition  à  l'Orient.  Là,  j'ai  frappé  les 
géantes  habiles  au  mal.  La  race  des  géants  deviendrait  bientôt 
invincible  et  détruirait  la  race  humaine  si  on  les  laissait  vivre 
tous. 

«  J'ai  frappé  les  femmes  des  géants  dans  Hléseya.  Elles 
avaient  commis  mainte  violence,  surpris  les  hommes  dans 
leurs  pièges. 

«  C'étaient  des  louves  plutôt  que  des  femmes.  Elles  ont 
brisé  mon  solide  navire,  essayé  de  m'écraser  avec  des  barres 
de  fer,  mis  Thialfl  aux  abois.   » 

Les  géantes  dont  parle  Thor  sont  les  femmes  et  les  mères 
des  lotnes  ;  elles  possèdent  la  force  et  la  science  mauvaise  de 
leurs  maris  et  de  leurs  enfants.  L'habitation  que  leur  assigne 
la  mythologie  est  un  enclos  au  delà  de  l'Océan  du  Nord, 
en  dehors  (Utgard)  de  l'enclos  des  Ascs  (Asgard)  et  de  l'enclos 


l6B  J.-F.  Cerquand. 

des  hommes  (Mitgard).  Elles  y  resteront  confinées  jusqu'au 
déclin  des  Puissances.  Ainsi  elles  ne  peuvent  actuellement  atta- 
quer en  face  les  Ases  et  les  hommes  ;  mais  elles  savent  les 
blesser  de  loin.  L'appellation  de  louves  dont  Thor  les  flétrit 
est  une  allusion  à  ce  pouvoir  actuel.  Dans  les  mythologies 
du  Nord,  une  sorcière  est  une  louve.  Les  géantes  louves  sont 
habiles  dans  la  pratique  des  enchantements;  elles  jettent  des 
sorts  sur  les  hommes  et  sur  leurs  biens  (Fléaux).  Tel  est  leur 
aspect  dans  l'épopée. 

Elles  personnifient  les  forces  hivernales,  violentes  et  déré- 
glées, qui  donnent  à  la  mythologie  norraine  un  caractère  si 
personnel.  Leur  pouvoir  prestigieux  glace  la  mer,  les  fleuves 
et  les  sources,  retarde  le  retour  du  jour  et  du  printemps  et 
détruit  sous  la  grêle,  la  neige  et  la  pluie  les  récoltes  prêtes 
pour  la  moisson. 

L'ennemi  naturel  des  géantes,  comme  de  tous  les  pouvoirs 
malfaisants,  est  Thor,  le  dieu  tonnant,  le  dieu  de  l'orage,  qui 
dissipe  à  coups  de  marteau  les  nuages  chargés  de  frimas,  brise 
les  glaces  qui  entravent  le  cours  des  eaux  et  amollit  les  terres 
pour  permettre  l'éclosion  des  plantes.  Mais  Thor  ne  rappelle 
pas  l'invincible  Jupiter  ;  il  achète  toujours  assez  durement  ses 
victoires,  ainsi  que  le  fait  entendre  le  chant  d'Harbarz,  ainsi 
que  le  montrent  d'autres  épisodes  de  ses  aventures  chez  les 
lotnes,  Lorsqu'arrive  l'hiver,  il  ne  lutte  plus  avec  les  lotnes, 
alors  tout-puissants.  Un  poème  eddique  le  montre  endormi 
pendant  cette  saison,  et  quand  il  s'éveille  avec  le  jour  et  le 
printemps,  il  s'aperçoit  que  son  marteau  lui  a  été  ravi.  Il  tant 
qu'il  ruse  pour  le  reprendre.  Mais  une  fois  en  possession  de 
l'arme  redoutable,  il  en  écrase  le  voleur. 

Les  lotnes  en  général  et  les  géantes  louves  ne  se  servent 
que  d'armes  de  jet.  Ici  ce  sont  des  barres  de  fer,  ou  plus  exac- 
tement des  branches  de  fer  arrachées  aux  arbres  de  la  iorêt  de 
fer  qui  pousse  dans  le  Pays  des  Géants.  Geirrod,  le  forgeron, 
lance  à  Thor  une  masse  de  fer  incandescente  que  le  Dieu  attrape 
au  passage  et  lui  retourne.  Rongnir,  dont  la  tête  est  de  pierre, 
est  armé  d'une  pierre  à  aiguiser.  Ce  sont  encore  des  pierres 
que  lancent  à  Thor  les  fils  de  Svarang.  Toutes  ces  armes,  les 
dernières  surtout,  n'étant  pas  façonnées,  nous  reportent  aux 


Taranoiis  et  Thor.  269 

temps  les  plus  anciens.  Elles  trahissent,  à  ce  qu'il  semble, 
l'identité  des  lotnes  qui  s'en  servent  avec  les  glaciers  et  les 
montagnes  qui  tantôt  retiennent,  tantôt  précipitent  sans  me- 
sure les  eaux  printanières.  C'est  ainsi  que  s'explique  et  se 
justifie  le  marteau  de  Thor.  Pour  briser  ces  têtes  de  pierre  ou 
de  glace,  une  lance  et  une  épée  ne  serviraient  de  rien. 

En  considérant  que  le  fléau  de  l'inondation  marine  se  per- 
sonnifie dans  le  serpent  lôrmungand,  on  serait  porté  à  croire 
que  les  autres  fléaux  se  personnifient  dans  d'autres  figures  lot- 
niques  ;  mais  il  n'en  est  rien.  Le  chant  d'Harbarz  et  d'autres 
documents  eddiques  nous  montrent  les  lotnes  et  les  louves 
unissant  leur  méchanceté  en  toute  circonstance.  Thor,  de  son 
côté,  s'en  prend  à  l'engeance  tout  entière,  quoiqu'il  ne  fuie 
pas  à  l'occasion  les  duels  avec  les  plus  puissants  ;  il  vise  sur- 
tout à  diminuer  le  nombre  des  lotnes.  Le  salut  des  Ases  et  des 
hommes  est  à  ce  prix.  lôrmungand  a  été  confiné  dans  l'Océan, 
les  lotnes  dans  Utgard,  comme  dans  des  prisons  dont  Thor  a 
la  garde.  Ils  en  sortiront  une  fois,  les  uns  et  les  autres  le  sa- 
vent, et  ce  sera  la  fin  des  Ases  et  la  ruine  du  monde.  La 
grande  aff'aire  est  de  les  tenir  bloqués  dans  leur  enclos.  C'est 
pourquoi  toute  tentative  du  serpent  pour  envahir  le  rivage, 
tout  maléfice  des  louves  pour  troubler  l'ordre  universel  amène 
aussitôt  une  répression  de  Thor  appelé  à  cause  de  cela  le  dé- 
fenseur des  hommes  et  le  champion  des  Ases. 

La  doctrine  et  la  liturgie  Scandinaves  relatives  à  la  répression 
des  fléaux  se  résument  dans  les  points  suivants  : 

1°  Les  Fléaux  sont  des  actes  désordonnés  des  Puissances  du 
mal,  en  vue  de  nuire  aux  Ases  et  aux  hommes. 

2°  La  répression  des  actes  malfaisants  des  lotnes  appartient 
à  Thor. 

3°  A  l'apparition  d'un  Fléau,  les  prêtres  invoquent  le  se- 
cours de  Thor  et  célèbrent  un  sacrifice  en  son  honneur.  Ils  y 
joignent  des  chants  consacrés,  un  festin  et  des  libations. 

4°  Thor  invoqué  se  transporte  au  repaire  même  des  lotnes, 
et  en  écrase  bon  nombre  de  son  marteau. 

5"  Les  lotnes  se  défendent  avec  des  armes  grossières  de  fer 
ou  de  pierre,  et  disputent  courageusement  la  victoire  à  leur 
ennemi. 


270  J.-F.  Ccr quand. 


II. 


Doctrine  des  Fléaux,  différente  dans  la  Gaule  payenne  et  dans 

l'église  des  Gaules. 

Il  s'agit  de  montrer  que  les  Gaulois,  menacés  ou  frappés 
par  les  Fléaux,  se  mettaient,  ainsi  que  les  Scandinaves,  sous  la 
protection  du  Dieu  armé  du  marteau,  l'invoquaient  dans  des 
chants,  lui  offraient  un  sacrifice  et  des  libations  ;  et  que  les  ad- 
versaires du  Dieu,  les  Fléaux,  étaient,  comme  chez  les  Scan- 
dinaves, des  Puissances  malfliisantes,  même  des  louves,  en 
sorte  que  la  légende  de  Taranous,  dans  la  répression  des 
Fléaux,  aurait  reproduit  la  légende  même  de  Thor. 

Nous  arrivons  à  la  démonstration  de  ce  fltit  par  le  procédé 
d'investigation  que  nous  avons  employé  dans  la  première 
partie.  Selon  les  croyances  de  la  Gaule  payenne,  l'inondation, 
œuvre  de  la  Gargouille,  paraissait  comme  une  menace  de 
ruine  prochaine,  que  Taranous  seul  était  capable  d'éloigner. 
C'est  pourquoi  le  dieu  était  appelé  au  secours  de  son  peuple 
par  des  sacrifices,  des  festins,  des  chants  consacrés.  Les  Gau- 
lois, même  convertis  au  christianisme,  n'avaient  pas  oublié 
les  anciennes  terreurs,  ni  les  fêtes  religieuses  pour  les  con- 
jurer. C'est  alors  que  les  Evêques,  suivant  la  méthode  cons- 
tante de  l'Eglise,  adoptèrent  des  cérémonies  parallèles,  mais 
où  la  force  de  l'esprit  parut  substituée  à  la  force  matérielle  :  la 
prière,  la  bénédiction,  l'exorcisme,  aux  luttes,  aux  armes  bru- 
tales. Cette  conduite  eut  un  résultat  bien  singulier  :  elle  fit 
oublier  le  dieu,  jusqu'à  son  nom,  mais  n'éteignit  pas  la 
croyance  payenne.  Le  symbolisme  liturgique  échappa  aux 
Gaulois  qui  n'y  virent  que  des  actes  de  force,  et  les  Evêques 
furent  regardés  comme  remplaçant  le  Dieu.  De  là  les  légendes 
que  nous  avons  étudiées,  où  le  travestissement  involontaire 
des  faits  nous  a  permis  de  retrouver  la  mythologie  gauloise 
sous  les  miracles  des  saints.  De  même,  les  écrivains  ecclésias- 
tiques, quoiqu'ils  n'eussent  aucunement  l'envie  de  nous  con- 
server rien  qui  concernât  le  culte  gaulois,  ont  mentionné,  sans 
y  songer,  les  résistances  ouvertes  ou  cachées  aux  cérémonies 


Tanmous  et  Thor.  271 

qu'ils  instituaient  pour  conjurer  les  fléaux.  Au  cours  de  leurs 
instructions,  ils  ont  mis  les  fidèles  en  garde  contre  certaines 
pratiques  payennes  et  soulevé  ainsi  un  coin  du  voile  qui  re- 
couvre si  obstinément  la  mythologie  celtique.  Les  documents 
qu'ils  offrent  à  notre  étude  ont  un  double  inconvénient  :  le 
premier,  d'être  incomplets  dans  chaque  écrivain,  en  sorte  qu'il 
est  très  difficile  de  rattacher  les  fragments  aux  fragments  ;  le 
second,  c'est  que  rarement  la  langue  est  assez  précise  et  que 
l'écrivain,  par  système  peut-être,  procède  par  allusions  plutôt 
que  par  arguments  directs.  Toutefois,  j'estime  que  les  princi- 
pales lignes  du  tableau  ne  manquent  pas  de  netteté,  et  qu'elles 
correspondent  exactement  aux  traits  que  nous  ont  conservés 
de  la  légende  de  Thor  Adam  de  Brème  et  les  récits  eddiques. 

Le  \"^  siècle  a  été  justement  appelé  le  siècle  des  Fléaux.  A 
ceux  qui  font  cortège  à  la  guerre  et  qui  se  produisirent  alors 
avec  une  effrayante  intensité,  se  joignaient  ceux  qui  semblaient 
avoir  une  origine  divine.  Comme  aux  temps  des  guerres  civiles 
de  Rome,  la  foudre  frappait  les  temples  et  les  palais;  les  com- 
motions du  sol  renversaient  les  murailles  des  cités;  les  fleuves 
débordés  ravageaient  les  campagnes  prêtes  pour  la  moisson;  la 
peste  suivait  les  barbares  à  la  piste,  du  Rhin  au  Rhône,  du 
Rhône  aux  Pvrénées  et  à  l'Océan.  Là  où  le  Vandale  ou  le 
Goth  n'avaient  pas  encore  pénétré,  le  Romain,  voyant  la  ruine 
prochaine,  redoublait  les  rigueurs  fiscales.  «  A  tout  moment, 
dit  un  contemporain,  nous  voyons  arriver  de  nouveaux  se- 
crétaires envoyés  par  Leurs  Sublimités.  Ils  s'arrangent  avec 
quelques  Illustres  pour  la  ruine  de  la  multitude.  Les  Puis- 
sants dressent  les  rôles,  les  pauvres  paient.  »  Et  quand  les 
pauvres  avaient  payé,  ils  étaient  ruinés.  Les  uns  acceptaient 
comme  une  faveur  d'exploiter  à  ferme  le  domaine  dont  le  fisc 
les  avait  dépouillés.  Ceux  qui  avaient  conservé  quelques  meu- 
bles se  réfugiaient  sur  les  territoires  occupés  par  les  Barbares. 
«  Ils  renonçaient  au  nom  romain,  à  la  liberté  romaine.  »  Les 
plus  désespérés  allaient  se  joindre  aux  bandes  des  Bagaudes. 
Un  grand  découragement  avait  suivi  la  furieuse  attaque  des 
Vandales  en  .|o6.  Les  citoyens,  désarmés,  ne  se  défendaient 
plus.  On  en  était  venu  à  douter  de  la  Providence. 

«  Dieu  laisse  les  ciioses  aller  à  l'aventure;  il  ne  s'inquiète 


272  J--F.  Cer quand. 

point  de  ce  que  font  les  hommes  ;  il  ne  protège  pas  les  bons, 
ne  retient  pas  les  méchants.  Nous  sommes  catholiques  ;  il  nous 
soumet  à  des  Ariens.  Les  barbares,  vainqueurs,  ne  respectent 
ni  les  vierges,  ni  les  veuves  vouées  à  Dieu,  ni  l'enfant  inno- 
cent, ni  l'ermite  en  prières.  Derrière  leurs  charriots,  ils  traî- 
nent le  pasteur  et  ses  ouailles,  pliant  sous  le  même  faix,  liés 
des  mêmes  chaînes,  recevant  les  mêmes  coups  sur  le  dos, 
jetés  enfin  au  même  bûcher.  C'est  la  guerre,  dit-on  ;  mais 
Dieu  ne  montre  pas  plus  de  souci  de  nous  pendant  la  paix. 
Quiconque  est  violent,  retors,  impitoyable,  avide,  sans  foi, 
sans  pudeur,  celui-là  est  admiré,  respecté,  honoré  ;  à  lui  les 
hauts  emplois  et  la  richesse.  L'honnête  homme  a  pour  lot  le 
mépris  et  la  pauvreté.  Dieu  ne  se  défend  pas  lui-même  ;  il 
laisse  le  blasphémateur  impuni  ;  il  permet  l'incendie  des  églises, 
la  violation  des  vases  consacrés.  » 

De  telles  plaintes  s'étaient  déjà  formulées  à  diverses  époques. 
Elles  avaient  été  l'objet  des  méditations  des  philosophes,  des 
chants  des  poètes  :  elles  étaient  devenues  des  lieux  communs 
d'école.  Mais  c'est  la  première  fois  qu'elles  sortaient  des  en- 
trailles d'un  peuple  souffrant,  à  qui  on  avait  promis  le  règne 
de  Dieu,  et  qui  voyait  le  mal  triomphant. 

L'Église  des  Gaules,  spécialement  touchée,  répondit  par  la 
voix  de  deux  prêtres  éminents,  Salvien  et  Prosper  : 

«  Vous  osez  accuser  Dieu  de  vous  soumettre  aux  Barbares; 
mais,  s'il  vous  avait  donné  de  les  vaincre,  c'est  alors  qu'il 
£iudrait  accuser  sa  justice.  Par  quoi,  en  effet,  avez-vous  mérité 
sa  clémence  ?  Où  sont  vos  vertus  ?  Les  puissants  d'entre  vous 
ne  se' servent  de  l'autorité  que  pour  l'injustice,  le  pillage  et  le 
luxe.  Autant  de.curiales,  autant  de  tyrans.  Les  prêtres  cachent 
sous  leur  habit  les  passions  du  siècle.  Ils  sont  durs,  insensibles 
à  la  misère  d'autrui,  spoliateurs  d'héritages.  Et  le  peuple 
chrétien,  dont  les  vertus  devraient  apaiser  Dieu,  que  fait-il  que 
de  l'irriter  par  ses  vices  ?  Les  enfants  de  l'Eglise  en  sont 
venus  à  ce  point  qu'une  moindre  immoralité  y  est  considérée 
comme  un  degré  de  sainteté. 

«  Mais  vous  dites  :  «  Les  barbares  aussi  sont  vicieux  ;  pour- 
tant Dieu  les  favorise.  »  Il  est  vrai;  le  Saxon  est  féroce,  le 
Franc  sans  foi,  le  Gépide  sans  humanité,  le  Hun  impudique; 


Turanous  et  Thor.  27  j 

la  vie  des  barbares  est  tous  vices.  Mais  qui  leur  a  appris  la 
pudeur,  l'honnêteté,  la  pitié,  la  clémence  ?  Vous,  vous  affectez 
leurs  vices,  après  avoir  appris  les  vertus  chrétiennes;  et  les 
barbares  ont  des  vertus  que  vous  n'avez  pas.  Ils  s'aiment  et 
s'aident  entre  eux  :  vous  vous  persécutez  les  uns  les  autres, 
parents  et  concitoyens.  Au  milieu  de  la  guerre,  Dieu  continue 
à  faire  mûrir  vos  fruits  et  accroître  vos  troupeaux  ;  vous  ne 
songez  pas  à  lui  en  rendre  grâces.  Les  Vandales  et  les  Goths 
s'adressent  à  Dieu  dans  leurs  angoisses  ;  ils  regardent  leurs 
succès  comme  une  fiveur  d'en  haut  ;  ils  disent  que  Dieu  les 
mène  et  les  pousse  en  avant.  Dieu  vous  châtie  par  eux.  Re- 
pentez-vous, secouez  le  joug  du  péché;  implorez  de  Dieu  son 
pardon.  » 

Se  repentir  et  s'amender  pour  fléchir  Dieu,  telle  est  la  doc- 
trine de  l'Eglise  au  v^  siècle.  Elle  est  en  conformité  avec  celle 
de  l'ancien  testament  telle  qu'elle  est  exposée  dans  la  Genèse, 
dans  l'Exode,  et  plus  amplement  chez  les  prophètes,  qtii  as- 
sistaient à  la  ruine  de  Sion,  comme  Salvien  à  la  ruine  de  la 
Gaule.  C'est  la  doctrine  des  religions  monothéistes.  Le  mal 
n'y  peut  être  qu'une  manifestation  de  la  colère  divine  :  c'est- 
à-dire  un  châtiment,  flagcllutii.  Dans  les  religions  dualistes,  le 
mal  a  nécessairement  pour  auteurs  les  Puissances  ennemies 
des  Dieux  et  des  hommes  ;  c'est  pourquoi  Dieux  et  hommes 
font  alliance  pour  repousser  l'ennemi  commun.  Adam  de 
Brème,  malgré  son  laconisme,  nous  renseigne  suffisamment 
sur  les  pratiques  qui  scellent  cette  alliance  :  un  sacrifice 
public,  un  festin  public  avec  des  libations,  des  chants  dont  la 
licence  arrête  la  plume  de  l'écrivain. 

Les  croyances  des  Romains  (je  n'ose  dire  la  doctrine)  sont 
fort  peu  claires  sur  ce  point.  Dans  les  désastres  publics,  on 
avait  recours  aux  livres  sibyllins,  qui  prescrivaient  le  rituel  à 
suivre.  Ce  rituel  a  varié  souvent.  A  propos  d'une  peste  en  397 
av.  J.-C,  les  livres  avaient  ordonné  un  ledisternium,  céré- 
monie qui  devint  bientôt  de  règle  en  pareil  cas.  Mais  en  360, 
c'était  le  troisième  depuis  397,  on  ajouta  des  jeux  scéniques. 
On  fit  venir  d'Etrurie  des  Ludions  qui  dansaient  gracieusement 
en  jouant  de  la  flûte  (Tite-Live,  V,  13;  ihid,,  VII,  2).  Le 
festin  du  lectisternium,  les  danses  sur  la  scène  paraissent  un 


274  J.-F.  Cerijuand. 

divertissement  offert  aux  dieux  pour  les  apaiser,  et  plus  d'un 
texte  ancien  montre  que  les  désastres  étaient  considérés  comme 
un  effet  de  la  colère  des  Dieux.  Pline  (Nat.  hisf.,  XI,  35) 
attribue  les  ravages  des  sauterelles  au  courroux  divin  :  «  Deo- 
ruiii  irae  pestis  ea  (Locusta)  intcUigitur.  »  Tite-Live  est  encore 
plus  précis  :  «  Pestilentiaiii  agris  urhique  illatam  haud  diihia  ira 
Dcoruin  »  (T.-L.,  V,  14).  Dans  cette  dernière  circonstance, 
les  livres  sibyllins  témoignèrent  que  les  Dieux  voyaient  de 
mauvais  œil  le  tribunat  militaire  accordé  à  des  plébéiens.  Les 
Dieux  turent  apaisés  cette  fois  par  l'élection  de  tribuns  mili- 
taires, tous  patriciens.  Sauf  le  mode  d'expiation,  la  crovance 
ne  s'éloigne  pas  beaucoup  de  celle  des  chrétiens,  c'est-à-dire 
qu'elle  diftère  de  la  doctrine  celtique.  Cependant  on  ne  peut 
s'empêcher  de  voir  entre  le  dualisme  celtique  et  le  polythéisme 
latin  une  certaine  analogie  quand  on  rencontre  les  noms  de 
certains  dieux  et  déesses  de  Rome  :  «  Nous  voyons  des  Dieux 
partout  ;  il  y  en  a  des  catégories  aux  enfers  ;  les  maladies  et 
les  fléaux  (pestibus)  sont  des  Dieux  que  nous  essavons  d'apaiser 
par  des  manifestations  de  terreur.  Il  y  a  une  chapelle  publique 
à  Febris,  au  Palatin,  et  aux  Esquilles  un  autel  à  Malechance, 
MaJa  Fortuna  (Tite-Live,  II,  5)  0.  Prudence  ajoute  à  ces  di- 
vinités funestes,  Scahies  : 

Par  furor  illorum  quos  tradit  fama  dicatis 
Coiisecrasse  Deas  Febrem  Scabiemque  sacellis. 

Il  arrive  encore  que  le  Fléau  (Pestis)  est  confondu  avec  le 
prodigium,  quoique  Tite-Live  (/.  c,  V,  14)  ait  soin  de  dis- 
tinguer l'un  de  l'autre.  En  397,  dit-il,  l'hiver  avait  été  terrible 
et  marqué  par  des  prodiges  divins;  en  396,  on  eut,  non  plus 
des  prodiges,  mais  des  désastres,  non  prodigia,  sed  eventus.  La 
famine  et  la  peste  deviennent  dans  Jul.  Obsequens  le  présage 
d'une  bataille  malheureuse  contre  Viriathe,  d'un  succès  contre 
les  Celtibères.  Les  effets  des  prodiges  étaient  conjurés  par  des 
cérémonies,  tantôt  spéciales,  tantôt  empruntées  au  cérémonial 
des  fléaux.  Une  pluie  de  pierres  est  l'occasion  d'un  novem- 
diale,  d'une  purification  de  la  ville,  d'une  procession  de  sup- 
pliants autour  de  tous  les  temples.  Cf.  J.  Obseq.,  passim'. 

Gaulois  et  Scandinaves  semblent  demander  à  l'ivresse  du 


Taranous  et  Tlwr.  275 

courage  pour  la  bataille,  les  chrétiens  prient  et  s'humilient. 
Cependant,  quand  l'Église  traduisit  sa  doctrine  en  actes  céré- 
moniels,  elle  n'abolit  point  absolument  les  pratiques  payen- 
nes  ;  elle  les  fit  côtoyer  par  celles  qu'elle  introduisait;  il  y  eut 
analogie  d'aspect,  mais  l'esprit  différa.  Au  lieu  de  l'orgie  reli- 
gieuse, elle  ordonna  les  repas  maigres  pendant  trois  jours,  et 
l'abstinence  du  vin.  Aux  chants  grossiers  et  immodestes  elle 
substitua  les  psaumes  pénitentiels  et  les  litanies  des  Saints, 
qui  paraissent  avoir  été  spécialement  composées  pour  le  tri- 
duum.  Elle  remplaça  les  courses  avinées  par  la  majesté  des 
processions.  Tout  le  peuple  chantait,  et  il  comprenait  alors 
ce  qu'd  chantait  : 

«  Seigneur,  ne  me  reprends  pas  en  ta  fureur;  ne  me  châtie 
pas  dans  ta  colère. 

«  Nuit  et  jour  ta  main  s'appesantit  sur  moi  ;  je  me  débats 
dans  ma  douleur,  comme  si  une  épine  pénétrait  dans  ma 
chair. 

«  Prends  pitié  de  moi.  Seigneur,  selon  ta  grande  miséri- 
corde. 

«  Saints  prêtres  et  lévites,  ermites  et  moines,  vierges  et 
veuves  saintes,  intercédez  pour  nous. 

«  Seigneur,  délivre-nous  de  tout  mal,  de  tout  péché;  délivre- 
nous  de  ta  colère,  de  la  mort  subite  et  imprévue,  des  em- 
bûches du  démon,  de  la  foudre  et  des  tempêtes;  délivre-nous 
des  tremblements  de  terre,  de  la  mort  éternelle.  » 

La  distinction  entre  les  rites  gaulois  et  chrétiens  paraît  ainsi 
bien  établie  ;  elle  ne  l'est  pas  moins  entre  ces  deux  et  les 
rites  du  polythéisme  romain.  Quoique  les  Romains  préférassent 
détourner  les  prodiges  par  des  cérémonies  consacrées,  ils  sa- 
vaient distinguer  les  prodiges  (prodigia,  omiiia)  des  désastres 
Çcventus,  pestes).  Ceux-ci  sont  des  manifestations  de  la  colère 
des  Dieux.  On  retrouve  dans  cette  croyance  la  doctrine  chré- 
tienne. Pour  apaiser  les  Dieux,  on  consulte  les  livres  sibyl- 
lins, on  organise  un  lectisterniuin,  des  jeux  scéniques.  En  ce 
qui  concerne  les  prodiges,  les  cérémonies  pour  en  détourner 
l'ellet  sont  très  nombreuses.  Des  jeunes  gens  et  des  vierges 
des  plus  grandes  familles  de  Rome  parcourent  certaines  rues 
en  chantant,  les  Vestales  font  des  lustrations  ;  il  y  a  des  prières 


276'  J.-F.  Ccrqnand. 

(precatio),  des  supplications  (supplicatio),  qui  durent  neuf  jours 
(novemdiale).  Le  caractère  distinctif  de  ces  eérémonies  est 
leur  aspect  esthétique  si  marqué  dans  les  jeux  scéniques  or- 
donnés à  propos  d'une  peste.  Il  semble  que  les  Romains, 
élèves  des  Grecs  et  des  Etrusques,  aient  voulu  séduire  les 
Dieux  plutôt  que  de  les  apaiser.  Par  leur  principe,  aussi  bien 
que  par  leurs  caractères  extérieurs,  les  cérémonies  propitia- 
toires des  Romains  payens  ne  peuvent  donc  se  confondre  ni 
avec  celles  des  chrétiens,  ni  avec  celles  des  Gaulois. 

Il  est  bon  de  faire  remarquer  ici  que  les  Evêques  ne  semblent 
pas  avoir  visé  les  pratiques  romaines  dans  l'établissement  des 
Rogations.  Les  Romains  pensaient  comme  les  chrétiens  que  les 
fléaux  sont  une  manifestation  de  la  colère  divine  ;  c'est  pour- 
quoi en  Italie,  en  Espagne,  en  Afrique,  les  évêqucs  qui  se 
trouvaient  en  présence  du  seul  romanisme  n'ont  pas  senti  le 
besoin  des  Rogations,  quoique  leurs  peuples  eussent  autant  à 
souffrir  que  la  Gaule  de  l'invasion  ;  ils  ne  les  ont  admises  que 
longtemps  après.  En  Gaule,  la  doctrine  des  Gaulois  payens, 
issue  du  dualisme,  constituait  un  danger  sérieux  et  comme 
une  renaissance  du  manichéisme.  Ce  danger  était  si  évident 
que,  dès  l'établissement  des  Rogations  par  Mamert  de  Vienne, 
tous  les  évèques  s'empressèrent  de  l'adopter. 

Ces  Rogations  sont  un  grand  événement  dans  l'histoire  de 
l'Eglise  des  Gaules.  Un  certain  nombre  d'écrivains  du  temps 
en  ont  raconté  les  causes,  les  phases,  les  résultats  ;  même  les 
oppositions.  Dans  l'examen  attentif  de  leurs  récits,  nous  croyons 
avoir  trouvé  la  preuve  par  les  faits  que  Taranous  jouait,  dans 
les  croyances  de  la  Gaule,  au  sujet  des  Fléaux  ou  des  cala- 
mités publiques  excitées  par  les  puissances  du  mal,  le  même 
rôle  que  Thor,  dans  la  mythologie  Scandinave. 


m. 


La  Pcsle. 

En  étudiant  ces  récits,  je  suivrai,  non  l'ordre  chronologique, 
mais  celui  qui  convient  à  ma  thèse.  Le  premier  est  emprunté  à 


Taranous  et  Thor.  277 

Grégoire  de  Tours,  témoin  oculaire,  qui  liabitait  alors  Cler- 
mont,  près  de  Gallus,  son  oncle  ÇHist.eccl.  Fr.,  IV,  5). 

«  Pendant  que  Gallus  était  évêque  de  Clermont,  la  peste 
qu'on  appelle  inguinairc  exerçait  ses  ravages  en  diverses  con- 
trées et  spécialement  dans  la  province  d'Arles,  qu'elle  dépeu- 
plait. Gallus  tremblant,  non  pas  tant  pour  lui  que  pour  son 
peuple,  priait  le  Seigneur  nuit  et  jour,  pour  que  son  peuple 
ne  fût  pas  détruit,  lui  vivant.  Alors,  dans  une  vision  de  nuit, 
un  ange  du  Seigneur  lui  apparut,  dont  les  cheveux  et  les  vê- 
tements étaient  aussi  blancs  que  la  neige,  et  cet  ange  lui  dit  : 
«  La  miséricorde  divine  a  écouté  avec  faveur  tes  supplications 
pour  ton  peuple.  Ne  crains  plus  ;  ta  prière  est  exaucée  et  voilà 
que  tu  seras  avec  ton  peuple  garanti  de  cette  calamité.  Per- 
sonne n'en  sera  victime,  toi  vivant.  Pour  le  présent,  sois  ras- 
suré; mais,  après  huit  années,  tu  sortiras  du  siècle.  »  Cette 
prophétie  s'est  accomplie  comme  l'ange  l'avait  dit.  L'évêque 
réveillé  rendit  grâces  à  Dieu,  pour  l'avoir  réconforté  par  un 
messager  céleste;  et  il  institua  alors  les  Rogations  que  main- 
tenant les  Arvernes  accomplissent  à  pied,  au  chant  des  psaumes, 
depuis  Clermont  jusqu'à  la  basilique  de  Saint-Julien,  à  une 
distance  de  360  stades.  En  ce  même  temps,  sans  qu'on  sache 
comment,  les  murailles  des  maisons  et  des  églises  parurent 
marquées  de  signes  et  les  paysans  appelaient  ces  lettres  des 
Thau.  Or,  pendant  que  la  peste  dévastait  les  contrées  voisines, 
elle  épargna  la  cité  arverne,  grâce  à  la  prière  du  bienheureux 
Gallus.  D'où  j'estime  que  le  crédit  n'était  pas  petit,  du  pasteur 
qui  obtint,  par  la  protection  de  Dieu,  le  salut  de  ses  ouailles.  » 

"Voici  le  texte  de  la  phrase  où  Grégoire  fait  mention  des 
Thau  : 

«  Tune  etiam  in  subita  contemplatione  parietes  vel  domo- 
rum  vel  ecclcsiarum  si^l^ari  videbantur.  Unde  a  rusticis  haec 
scriptio  Thau  vocabatur.  » 

La  place  qu'elle  occupe  dans  le  récit  indique  que,  pour  Gré- 
goire, l'apparition  des  signes  était  en  connexion  avec  les  cé- 
rémonies pour  conjurer  la  peste.  Toutefois  on  ne  peut  pas 
dire  qu'il  y  ait  vu  une  manifestation  payenne.  C'a  été  pour 
lui  un  miracle  comme  les  signes  de  protection  que  tracent  les 
anges  sur  les  maisons  d'Israël.  Mais  les  détails  que  son  hon- 


278  J.-F.  Cer quand. 

nêteté  nous  a  conservés  autorisent  à  y  voir  toute  autre  chose. 
Ainsi  Grégoire  ne  nous  cache  pas  que  l'apparition  des  signes 
fut  une  surprise  pour  les  habitants  :  suinta  comtciiiplatione  :  d'où 
il  suit  que  les  signes  avaient  été  tracés  en  secret  pendant  la 
nuit,  non  par  les  citoyens  qui  en  ignoraient  le  nom  et  la  si- 
gnification, mais  selon  toute  probabilité  par  les  Rustici,  qui 
n'en  ignoraient  ni  le  nom,  ni  la  signification.  Cela  suffit  à  dé- 
montrer que  le  Thau  n'était  pas  un  signe  chrétien.  Ducange 
y  voyait  cependant  une  représentation  de  la  croix.  «  Thau, 
vel  Tau,  crux  veterihus  Gallis.  »  C'est  aussi  l'opinion  du  dernier 
et  plus  fidèle  traducteur  de  Grégoire  :  «  Au  premier  bruit  de 
peste,  dit-il,  les  chrétiens  traçaient  une  croix  sur  leurs  mai- 
sons, pour  les  garantir  du  fléau.  »  Ce  n'est  qu'une  simple  as- 
sertion dont  la  preuve,  en  dehors  de  ce  passage,  reste  à 
donner.  Si  le  Thau  avait  été  une  croix,  Grégoire  l'aurait  su  et 
dit;  le  Thau  n'aurait  pas  été  une  surprise  pour  lui  et  pour  les 
Arvernes  :  les  Arvernes  de  la  cité,  chrétiens  en  plus  grand 
nombre  que  les  Rustici,  auraient  pris  les  devants  pour  un  acte 
chrétien  ;  ils  n'auraient  pas  hésité  à  appliquer  le  nom  au  signe. 

Le  Thau  n'appartenait  pas  non  plus  aux  cultes  de  Rome 
payenne.  Il  appartient  donc  sans  contestation  au  paganisme 
gaulois.  C'était  un  dessin  {signari),  même  un  caractère  d'écri- 
ture {scriptio),  c'est-à-dire  le  Tau  grec.  Le  grec  était  familier 
aux  populations  du  Midi  qui  employaient  les  caractères  grecs 
pour  les  légendes  monétaires  et  les  inscriptions  en  langue  cel- 
tique. 

Le  Tau  grec  était  devenu  gaulois.  Virgile  dit:  Tau  gallicum. 
Virgile,  au  début  de  l'empire,  sait  ce  que  c'est  que  le  Tau; 
Ausone,  à  400  ans  de  date,  ne  le  sait  plus,  ni  les  professeurs 
de  Burdigala,  à  qui  il  le  demande,  ni,  à  plus  forte  raison, 
Grégoire  et  les  habitants  de  la  cité  4.  Tous  étaient  ou  Romains 
ou  imbus  de  l'éducation  romaine  ;  mais  les  paysans  étaient 
restés  Gaulois  et  payens.  Entre  Rustici  et  Pagani,  j'ai  peine  à 
voir  une  différence. 

Petits  propriétaires,  méta3'ers,  esclaves,  tous  attachés  à  la 
terre,  ils  avaient  peu  de  relations  avec  la  ville;  l'Eglise  ne  dis- 
posait que  d'un  clergé  trop  faible  pour  évangéliser  les  popu- 
lations éparses.  Les  Rustici  se  trouvaient  dans  les  conditions 


Taranoiis  et  Tlwr. 


279 


les  plus  favorables  pour  conserver  les  vieilles  croyances,  les 
vieilles  superstitions.  Par  celles  qui  se  réveillent  encore  au- 
jourd'hui autour  de  nous  à  l'approche  des  épidémies,  nous 
pouvons  juger  de  la  vivacité  de  celles  d'autrefois. 

Le  Thau,  inscrit  pendant  la  nuit,  à  Tinsu  des  habitants  de 
Clermont,  sur  les  murs  des  maisons  et  des  églises,  au  mo- 
ment même  où  l'évcque  ordonnait  les  cérémonies  propitia- 
toires adoptées  par  l'Église  pour  détourner  les  fléaux,  présente 
incontestablement  le  caractère  d'opposition  que  j'ai  annoncé. 
Les  Rustici,  ne  comprenant  pas  l'esprit  des  Rogations  et 
n'y  ayant  aucune  confiance,  emploient  le  procédé  qui  leur  a  été 
transmis  par  la  tradition,  et  inscrivent  comme  jadis  le  signe 
préservateur  sur  les  maisons  et  sur  les  temples. 

Nous  retrouvons  le  Tau  gallicum  sur  un  petit  monument 
que  sa  forme  rattache  à  un  groupe  d'autels  conservé  au  musée 
de  Nîmes,  de  dimensions  exiguës:  (0,16-0,09;  0,20-0,12; 
0,29-0,14). 

Ces  cinq  autels  sont  anépigraphes,  mais  portent  sur  une  de 
leurs  faces  un  signe  gravé.  Sur  celui  qui  nous  occupe  d'abord, 
le  signe  est  un  Tau  sans  reliet,  simplement  esquissé,  dont  le 
dessin  est  produit  non  par  des  lignes,  mais  par  des  points.  Le 
travail  est  sommaire  et  fliit  songer  à  la  rapidité  qui  a  présidé 
au  dessin  des  Thau  sur  les  murs  de  Clermont  :  probablement 
en  deux  coups  de  pinceau  >. 


Kig.    I. 


Il  suffit  de  rapprocher  ce  petit  autel  des  autres  du  groupe 
pour  que  la  relation  des  figures  saute  aux  yeux.  Le  Tau  gai- 


28o  J.-F.  Cer quand. 

licum  du  premier  est  l'esquisse  sommaire  des  marteaux  figurés 
sur  les  autres. 


"^1 


Fig.    2. 

C'est  l'arme  avec  laquelle  Thor  détruit  les  lotnes  et  Tara- 
nous  les  fléaux,  telle  qu'elle  est  figurée,  avec  son  manche 
court,  sur  la  belle  stèle  du  musée  d'Avignon,  représentant  Ta- 
ranous  Silvanus,  Taranous  assimilé  à  Silvanus. 

Il  me  paraît  avec  cela  suffisamment  démontré  que  le  Dieu 
dont  les  Rustici  arvernes  appellent  la  protection  contre  la 
peste  est  le  Dieu  armé  du  marteau,  ainsi  qu'il  arrivait,  au  rap- 
port d'Adam  de  Brème,  chez  les  Svéons  menacés  de  la  peste 
et  de  la  famine. 

Le  Tau  est  reproduit  par  certains  marteaux  en  pierre,  que 
l'emmanchure  ne  traverse  pas,  la  pierre  n'ayant  été  creusée 
que  jusqu'à  la  moitié  du  diamètre. 


Fig.   3  et  4. 


Ils  ont  été  trouvés  à  Lacoste  (Vaucluse)  au  nombre  de 
quatre,  sur  un  tertre  de  décombres,  avec  un  petit  autel  à  Sil- 
vanus, décrit  par  M.  Allmer.  Ce  voisinage  leur  donne  une 
date  et  comme  un  certificat  de  destination.  Le  manche,  pro- 
bablement en  bois,  a  disparu.  Il  pouvait  rester  adhérent  tant 


Taranous  et  Thor.  281 

que  le  marteau  n'était  pas  employé  ;  mais  la  séparation  se  se- 
rait produite  au  premier  choc.  La  pierre  est  d'ailleurs  un  cal- 
caire grossier.  Les  quatre  marteaux  ne  sont  donc  point  des  ins- 
truments de  travail,  mais  des  symboles,  des  amulettes,  posés 
là  pour  appeler  la  protection  du  dieu  au  marteau,  sur  le  mo- 
nument, quel  qu'il  fût,  dont  faisait  partie  l'autel  de  Silvain. 

Le  marteau  gravé  sur  cet  autel  a  une  forme  particulière,  en 
arc  de  cercle  ;  le  manche  ne  semble  pas  en  traverser  la  masse, 
et  c'est  encore  un  Tau. 

1 


Fig.  s. 

Quoique  les  marteaux  en  plomb  trouvés  dans  la  source 
d'Uriage  ne  rappellent  nullement  le  Tau,  ils  ont  cependant 
de  grandes  analogies  avec  ceux  de  Lacoste.  Le  métal  dont  ils 
sont  faits  est  de  tous  le  moins  propre  à  des  instruments  per- 
cuteurs. L'un  d'eux,  armé  d'une  sorte  d'ergot  ou  d'éperon, 
accuse  une  llmtaisie  du  fondeur.  Ce  sont  des  ex-votos.  Il  y 
aurait  abus  à  considérer  Taranous  comme  un  Borvo,  un 
Apollo  Granus;  mais,  de  môme  que  de  nos  jours  les  Ruslici 
croient  encore  que  certaines  maladies  sont  données  par  des 
sorciers,  les  Gaulois  d'il  y  a  dix-huit  cents  ans  pouvaient  croire 
que  les  méchants  esprits  donnaient  aussi  des  maladies  aux 
hommes.  En  ce  cas,  les  malades  pouvaient  invoquer  le  dieu 
au  marteau,  non  comme  guérisseur,  mais  comme  ennemi  des 
mauvais  esprits.  Une  telle  croyance  a,  avec  celle  de  la  cure  de 
la  peste,  une  affinité  sur  laquelle  il  est  inutile  d'insister. 


(A  suivre.) 

J.-F.   CnRaUAND. 
Revue  Celtique,  X  19 


282  J.-F.  Cerquand. 


NOTES 


1.  Une  inscription  gauloise,  trouvée  à  Orgon  (Bouches-du-Rhône)  au 
mois  de  septembre  1886,  par  M.  de  Montessus,  capitaine  au  2"  régiment 
d'artillerie,  a  mis  fin,  à  peu  près,  à  toute  contestation  sur  le  nom  du  dieu 
tonnant  de  la  Gaule. 

OTHBPOTMAPOC 

AEAETAPANOÛT 

BPATOYAEKANTEM 

Elle  est  gravée  sur  un  petit  autel  votif  employé  jadis  comme  moellon 
dans  la  construction  d'une  chapelle.  La  chapelle,  tombant  de  vétusté,  a  été 
démolie  en  1886  et  c'est  parmi  les  décombres  que  l'a  remarquée  et  signalée 
M.  de  Montessus.  La  transcription  était  assez  fidèle  pour  que  M.  Deloye  et 
Sagnier,  l'un,  conservateur,  l'autre,  administrateur  du  musée  Calvat,  d'Avi- 
gnon, se  rendissent  aussitôt  à  Orgon,  où  ils  firent  l'acquisition  du  précieux 
monument,  maintenant  à  l'abri  des  démolitions  et  des  maçons,  au  Musée. 

MM.  Deloye  et  Sagnier  envoyèrent,  après  l'avoir  étudié  avec  soin,  un  es- 
tampage de  l'inscription  à  MM.  R.  Mowat  et  AUmer  qui  ont  inséré  à  ce 
propos,  dans  leurs  Revues  épigraphiques,  d'intéressants  et  savants  articles 
de  philologie.  La  désinence  inattendue  de  TAP7VNOOT  et  de  KANTEM 
donne  en  effet  ample  matière  aux  discussions. 

En  ce  qui  concerne  la  mythologie  de  la  Gaule,  l'inscription  d'Orgon  a 
également  beaucoup  d'importance.  En  eff"et,  non  seulement  le  nom  du 
Dieu  tonnant  y  figure  pour  la  première  fois  et  apparemment  sous  la  forme 
la  plus  voisine  de  la  celtique,  mais  de  plus  le  Dieu  n'y  est  pas  assimilé  à  un 
dieu  romain  :  c'est-à-dire  que  pour  l'auteur  de  la  dédicace  Vihrumaros,  le 
culte  de  Taranous  n'a  pas  cessé  d'èire  un  culte  national.  L'inscription,  au- 
tant que  je  puis  croire,  est  du  second  siècle  de  notre  ère,  et  il  est  bon  de 
constater  que  la  population  gallo-romaine  admet,  quoiqu'on  ait  dit,  à  cette 
époque,  à  côté  des  Romains  d'origine  ou  d'éducation  qui  honorent  les  dieux 
de  l'Olympe,  des  Gallo-romains  qui  assimilent  l'Olympe  latin  aux  dieux  de 
la  Gaule,  et  enfin  des  Gaulois  orthodoxes  qui  nient  l'assimilation. 

Peut-être  faut-il  ajouter  à  ces  trois  directions  religieuses,  dès  ce  second 
siècle,  des  chrétiens  en  petit  nombre.  Cela  fait  quatre  cultes  qu'à  chaque 
pas  je  retrouve  dans  cette  étude,  vivant  paisiblement  côte  à  côte. 

2.  Adamits  Breni.  Historia  Ecclesiae  Hamburg.  c.  234:  «  Omnibus  ita- 
que  Diis  suis  attributos  habent  sacerdotes  qui  sacrificia  populi  offerunt.  Si 
pestis  aut  famés  imminet,  Thor  ydolo  lybatur  ;  si  bellum,  Vodani  ;  si  nup- 
tiae  cclebrandae  sunt,  Fricconi.  » 

Id.  ibid.  :  «  Ceterum  neniae,  quae  in  ejusmodi  libationis  ritu  fieri  soient, 
multiplices  et  inhonestae  ;  ideoque  melius  reticendae.  • 


Taranous  et  Thor.  283 

On  ne  connaît  aucune  représentation  antique  des  dieux  du  Nord  ;  et  les 
seules  mentions  qui  en  aient  été  faites  appartiennent  à  des  écrivains  chré- 
tiens, légendaires  ou  historiens.  On  admettra  difficilement  que  l'erreur  de 
leur  part  ait  été  volontaire.  En  ce  qui  concerne  Thor,  Adam  de  Brème 
montre  lui-même  comment  elle  a  pu  se  produire.  Il  cite  en  effet  (1.  c  ,  II, 
44)  une  image  de  ce  dieu  qui  fut  brisée  par  le  roi  Vulfred,  et  que  le  peuple 
nommait  \â  pierre  de  Thor,  Tborston,  mot  dont  se  servent  les  Suédois  pour 
désigner  les  instruments  que  nos  paysans  appellent  de  leur  côté  :  pierre  de 
tonnerre.  Un  tel  mot,  rencontré  par  les  écrivains  chrétiens  dans  un  docu- 
ment ancien,  pouvait  se  traduire  par  imago,  ydoliim  Tliori. 

Je  me  suis  demandé  si  lybatnr  était  employé  par  Adam  dans  le  sens  de 
sacrificium,  ceremoniae  ;  la  grande  part  faite  aux  libations  dans  les  documents 
eddiques  m'a  fait  préférer  ce  dernier  mot. 

3 .  A  ces  rhes  publics,  Tite-Live  ajoute  un  rite  pratiqué  par  les  citoyens 
en  leur  particulier,  t  Ils  ouvraient  leurs  portes  à  tous  les  passants,  ei  connus 
et  inconnus,  reçus  en  hôtes,  prenaient  part  aux  provisions  de  toute  sorte 
disposés  dans  la  cour.  Pendant  les  fêtes  l'on  s'entretenait  avec  politesse  et 
bienveillance  avec  ses  ennemis  ;  on  tâchait  de  mettre  fin  aux  querelles  et 
aux  procès,  on  délivrait  les  débiteurs;  et  on  se  faisait  scrupule  ensuite  d'en- 
chaîner de  nouveau  ceux  que  les  Dieux  avaient  une  fois  affranchis.   « 

Un  tel  rite  ne  serait  pas  sans  analogie  avec  celui  qu'observaient  les  Gau- 
lois :  mais  il  faut  remarquer  :  i"  que  l'historien  n'en  parle  que  comme  d'un 
usage  aboli  :  fertint,  dit-il  ;  c'est  une  tradition  ;  2"  que  la  délivrance  des  pri- 
sonniers, la  réconciliation  entre  ennemis,  donne  à  l'usage  hospitaUer  qu'il 
décrit  une  élévation  morale  que  les  festins  des  Gaulois  ne  comportent  pas. 
En  conséquence,  ce  rite  même,  quelque  analogie  qu'il  présente  d'abord,  ne 
peut  être  confondu  avec  ceux  des  autres  cultes. 

4.  L'épigramme  {édition  Amar,  p.  312)  est  composée  de  cinq  vers  : 

«  Corinthiorum  amator  iste  verborum 
iste,  iste  rhetor.  Namque  quatenus  totus 
Thucydidcs  tyrannus  atticae  fcbris 
Tau  gallicum  spinae  ipsemet  maie  illisit, 
ista  omnia,  ista  verba  miscuit  fratri.  » 

«  Je  n'y  vois  goutte,  merae  tenebrae  »,  disait  Butmann,  et  les  autres  com- 
mentateurs avouent  n'y  voir  pas  beaucoup  plus.  Scaliger  cependant  a  essayé 
une  restitution  de  ces  vers  désespérés.  Seulement,  partant  d'un  point  de 
vue  faux,  il  n'a  pu,  avec  tous  ses  efîbrts,  qu'augmenter,  si  c'était  possible, 
l'obscurité.  Ausone  avait  écrit  {Edyll.  grammaticomastix) 

«  Die  quid  significent  catalecta  Maronis?  in  his  AL 
Ccltarum  posuit,  sequitur  non  lucidius  TAV. 
Imperium,  litem,  venerem,  cur  una  notât  RES  .' 
Est-ne  peregrini  vox  nominis,  an  latii  FIL  ? 
et  quod  germano  mistum  malc  letiferum  MIN  ? 

Scaliger  s'e.st  persuadé  que  Virgile  avait  réuni  dans  la  même  épigramme 


284  J--^'  Cerquand. 

les  deux  monosyllabes  gaulois  AL  et  TAV,  et  même  MIN  qui  termine  le 
cinquième  vers.  Ausone  ne  dit  pas  cela,  mais  seulement  que  Virgile  a  em- 
ployé deux  mots  gaulois,  premièrement  AL  et  ensuite  TAV  dans  ses  vers. 
Quant  à  MIN,  la  lecture  des  vers  d'Ausone  indique  qu'il  n'a  aucune  re- 
lation avec  les  deux  autres  mots.  Sur  cette  donnée,  Scaliger  restaure  le 
quatrième  vers  de  l'épigramme  : 

Tau  gallicum  spitiae  ïpsemet  maie  illisit,  comme  il  suit  : 
Tau  gallicutn  min  Ipsum  et  al  ei  illisit. 

Même  avec  cette  liberté  Scaliger  n'aboutit  à  rien  :  car  d'après  Ausone,  TAV 
gallicum  devrait  venir  après  AL,  au  lieu  de  le  précéder. 

Pour  expliquer  les  monosyllabes  —  gaulois,  il  ne  faut  pas  l'oublier  — 
Scaliger  se  base  sur  une  correction  faite  par  lui  au  premier  mot  du  premier 
vers,  dont  les  variantes  sont  nombreuses  aux  manuscrits  :  Corinthiorum , 
Evaudriorum,  Hormethionan.  Il  remplace  cette  dernière  par  hemitomiorum, 
coupés  en  deux,  parce  que  Q.uintilien,  dans  le  1II«  livre  des  Institutions,  a 
parlé  des  dccurtata  verha.  Mais  le  III"  livre  est  long  et  complexe,  et  lorsque 
duintilien  cite  l'épigramme  de  Virgile,  il  ne  parle  plus  des  deairtata  verba, 
.mais  de  l'emploi  des  mots  archaïques.  Scaliger  néanmoins  poursuit  son 
système.  Min,  al  et  Tau  sont  des  mots  écourtés,  des  mots  latins  mal  pro- 
noncés par  un  Gaulois  (Cimber)  qui  en  mange  la  terminaison,  qui  dit  al 
Tpour  alliuin ,  Tau  pour  taurum,  Min  pour  minium.  Or  l'ail,  le  sang  de  tau- 
reau et  le  minium  sont,  comme  chacun  sait,  des  poisons,  et  c'est  avec  ces 
poisons  qu'Annius  Cimber  a  fait  méchamment  périr  son  frère,  «  ista  omnia, 
ista  verba  miscuit  fratri  0. 

Après  avoir  bien  retourné  l'épigramme  et  ses  alentours,  voici  ce  que  j'en 
ai  pu  tirer  : 

Un  point  est  certain,  c'est  que  l'épigramme  a  pour  objet  de  ridiculiser  et 
d'attaquer  Annius  Cimber,  rhéteur,  écrivain  affectant  d'employer  des  mots 
hors  d'usage,  et  qu'on  ne  comprenait  plus. 

«  Les  mots  propres,  dit  Quintilien,  parce  qu'ils  sont  anciens,  sont  plus 
nobles.  Ils  donnent  au  discours  une  sorte  de  sainteté,  une  beauté  spéciale, 
qui  n'est  pas  à  la  portée  du  premier  venu.  Mais  il  en  faut  user  sobrement 
et  ne  pas  aller  jusqu'aux  mots  qui  ne  se  comprennent  plus.  Certains  mots 
plaisent  par  leur  antiquité  même,  mais  ne  mettez  dans  leur  emploi  aucune 
affectation.  Contre  ce  défaut,  Virgile  a  fait  des  vers  très  à  propos.  » 

Quintilien  transcrit  l'épigramme  et  ajoute  : 

«  Une  telle  recherche  est  révoltante  (odiosa  cura).  —  Son  plus  grand 
inconvénient  est  que,  sans  se  soucier  d'être  exact,  l'écrivain  ne  cherche  plus 
les  mots  qui  vont  à  son  sujet,  mais  ayant  trouvé  certains  mots,  cherche 
hors  du  sujet  des  choses  auxquelles  il  puisse  les  adapter.  » 

Suétone  {Aiig.  Vita.  86)  paraît  avoir  eu  ce  passage  sous  les  yeux  lorsqu'il 
caractérise  le  style  d'Auguste,  n  élégant  et  uni,  aussi  éloigné  des  expres- 
sions vulgaires  et  grossières  que  des  surannées  et  qui  sentent  le  moisi  :  (vi- 
tatis  sententiarum  ineptiis  atque  inconcinnitate.  et  reconditorum  verborum, 


Taranous  et  Tlwr.  285 

ur  ipse  dicit,  foetoribus  »).  Il  avait  un  égal  mépris  pour  le  clinquant  des 
novateurs  que  pour  les  amateurs  des  vieux  mots  :  («  Cacozelos  et  antiqua- 
rios  pari  fastidio  sprevit  »).  Il  critiquait  Tibère  de  rechercher  les  termes 
hors  d'usage  st  surannés  :  («  Nec  Tiberio  parcit,  et  exsoletas  interdum  et 
recondilas  voces  aucupanti  n).  II  disait  à  Antoine  :  Tu  prends  pour  modèles, 
tantôt  Annius  Cimbcr  et  Veranius  Flaccus,  tantôt  les  'Asiatiques  aux  phra- 
ses arrondies  et  vides.  »  Ces  recondita  verha,  ces  reconditae  voces,  expressions 
propres  à  Auguste  et  appliquées  soit  à  Cimber,  soit  à  ses  imitateurs,  nous 
fournissent  le  mot  qui  dans  le  premier  vers  de  l'épigramme  de  Virgile,  doit 
remplacer  le  mot  Corinthiorum  ou  les  autres,  également  obscurs  : 

«  Reconditorum  amator  iste  verborum  ». 

Annius  Cimber  était-il  rhéteur  et  gaulois?  L'épigramme  donne  bien  rhetor, 
mais  rhetor  peut  s'appliquer  à  un  maître  d'éloquence,  à  un  orateur,  même  à 
un  écrivain  d'un  genre  particulier  ;  et  le  mot  est  évidemment  pris  en  mau- 
vaise part.  II  semble  qu'il  n'y  ait  pas  à  hésiter  sur  le  choix.  Au  troisième 
vers  Cimber  est  nommé  le  Thucydide  breton  (Britanniis  remplace  txranniis 
dans  quelques  manuscrits),  c'est  un  historien,  mais  déclamateur.  Quant  à 
l'origine  de  Cimber,  Cicéron  (Philipp.,  V)  nous  renseigne  suffisamment: 
«  J'allais,  dit-il,  oublier  (parmi  les  lieutenants  d'Antoine)  la  lumière  et 
l'honneur  de  cette  armée,  C.  Annius  Cimber,  fils  de  Lysidicus,  un  vrai  Ly- 
sidicus  lui-même  (il  y  a  un  jeu  de  mots  sur  le  double  sens  que  comporte  le 
nom),  car  il  viole  tout  droit,  si  ce  n'est  qu'une  fois  il  s'est  servi  du  droit 
pour  tuer  son  frère.  —  Lumen  et  decus  illius  exercitus  poene  praeterii  :  C. 
Annium  Cimbrum  Lysidici  filium,  Lysidicum  ipsum  (graeco  verbo)  ;  quo- 
niam  omnia  jura  dissolvit  ;  nisi  forte  jure  Germanum  Cimber  occidit  » 
(autre  jeu  de  mots).  Cicéron  {FhiJipp.,  XIII,  12),  renouvelle  cette  atroce 
accusation  par  une  ironie  analogue  :  «  Dans  ie  camp  d'Antoine  on  compte 
deux  anciens  préteurs,  l'un  Annius  philadelphe,  l'autre  GalliusTimbécille.  » 
Annius  philadelphe,  c'est,  par  antonomase,  Annius  meurtrier  de  son  frère, 
comme  l'indique  encore  l'épithète  innocens,  attribuée  à  Gallius,  en  oppo- 
sition à  philadelpbus .  On  peut  soupçonner  que  le  frère  d'Anniusest  ce  Cimber 
Tillius  qui  joua,  d'après  Suétone,  le  premier  rôle  (primas  partes  egit)  dans 
le  meurtre  de  César.  Les  deux  Cimber  suivaient  donc  deux  partis  politiques 
hostiles.  Tillius,  celui  de  Brutus,  Annius,  celui  d'Antoine.  Les  meurtriers 
de  Caesar  furent  tous  condamnés,  dit  Suétone.  C'est  alors  qu' Annius  trouva 
une  occasion  favorable  d'assassiner  son  frère  légalement,  ainsi  que  le  fait  en- 
tendre Cicéron.  Il  fit  un  mélange  de  ces  mots  antiques  «  qui  donnent  au 
discours  une  sorte  de  sainteté  1  et  envoya  à  Antoine  la  dénonciation  em- 
poisonnée 

«  ista  omnia,  ista  verba  miscuit  fratri.  » 

Voilà  ce  qu'on  peut  tirer  de  plus  probable  des  renseignements  trop  rares 
sur  le  triste  personnage  qu'aflétri  Virgile  comme  écrivain  et  comme  homme. 
Cimber,   fils  .de  Lysidicus,   était  romain,   peut-être  d'origine  grecque  ;  il 


286  J.-F.  Cerquand. 

n'était  pas  rhéteur  dans  le  sens  propre  du  mot  ;  il  avait  suivi  la  carrière 
des  emplois  publics  et  était  arrivé  à  la  préture.  Son  frère,  ami  de  Brutus  et 
de  Cassius,  était  aussi  sans  doute  un  homme  considérable. 

L'historien  de  la  Bretagne,  d'où  qu'il  eût  tiré  ses  renseignements,  savait 
ce  qu'était  le  Tau  galUcum  ;  mais  ses  lecteurs  pouvaient  l'ignorer  ;  il  en 
faisait  parade,  conformément  aux  principes  de  son  école,  si  bien  indiqués 
par  Quintilien  ;  il  en  assommait  les  gens. 

) .  Il  faut  joindre  aux  autels  anépigraphes  de  Nîmes  une  série  considé- 
rable, et  non  épuisée  encore,  d'autels  où  figurent  une  inscription  et  un  marteau 
Ils  sont  tous  dédiés  à  Silvanus,  qui  dans  le  S.  O.  de  la  Gaule  parait  avoir 
été  spécialement  assimilé  à  Taranous.  Il  n'y  a  aucune  nécessité  pour  notre 
thèse  d'en  dresser  la  liste.  Je  veux  seulement  faire  remarquer  que  les  mar- 
teaux sculptés  sur  ces  monuments  revêtent  une  très  grande  variété  déforme, 
depuis  celle  du  maillet,  qui  est  sans  doute  la  primitive,  jusqu'à  celles  qu'af- 
fectent les  ex-voto  d'Uriage,  où  la  fantaisie  s'est  donné  pleine  carrière. 


GENTILICES  EN  lUS  EMPLOYÉS  AU  FÉMININ  DANS 
LA  GÉOGRAPHIE  DE  LA  GAULE. 


[Pour  remplir  un  blanc  que  laisse  forcément  la  mise  en  pages,  nous  in- 
sérons ici  une  note  supplémentaire  à  l'article  qui  a  paru  dans  la  livraison 
précédente,  p.  153-167.] 

ATTEIA. 

Ateia,  dans  une  charte  de  l'année  907  concernant  l'abbaye 
de  Saint-Martin  de  Tours,  désigne  Athée,  Indre-et-Loire  (Ma- 
bille,  La  pancarte  noire,  p.  218,  cf.  p.  183).  Ateia,  dans  une 
charte  du  xii^  siècle  (Léon  Maître,  Dictionnaire  topograpbigne 
du  département  de  la  Mayenne,  p.  6)  est  aujourd'hui  Athée, 
Mayenne.  On  trouve  aussi  ce  nom  au  pluriel:  Ateias  dans 
des  chartes,  en  877  et  en  880;  ces  deux  mentions  s'appliquent 
à  deux  localités  différentes  :  l'une  du  département  de  l'Yonne, . 
l'autre  de  la  Côtc-d'Or;  la  première  concerne  Athée,  com- 
mune de  Tonnerre  (Quantin,  Dictionnaire  topographique  du 
département  de  l'Yonne,  p.  5);  la  seconde  est  Athée,  près 
d'Auxonne  (Garnier,  Nomenclature,  p.  13,  n°  46).  Aties, 
1131,  aujourd'hui  Athies,  Aisne  (Matton,  Dict.  top.  du  dép. 
de  l'Aisne)  semble  n'être  qu'une  autre  notation  d' Ateias. 
Ateias  lui-même  doit  s'être  prononcé  primitivement  avec  un 
t  double,  autrement  cette  dentale  ne  subsisterait  pas  aujour- 
d'hui. Ateia  est  donc  la  forme  féminine  d'un  genùWce  Atteius. 

Comme  exemples  de  l'orthographe  par  double  /,  nous  ci- 
terons deux  épitaphes  trouvées  à  Rome.  L'une  est  celle  de  G. 
Atteius  Antiochus,  l'autre,  celle  de  Atteia  Fortunata  (CI.  L., 
VI,  12573,  12577).  M'^is  l'orthographe  ordinaire  est  Ateius 
par  un  seul  t.  De  la  gens  Ateia,  le  membre  le  plus  «onnu 
est  le  jurisconsulte  G.  Ateius  Capito,  consul  suffcctus  l'an  5 
après  J.-C.,  et  mort  en  22.  Il  laissa  un  ouvrage  de  droit  inti- 
tulé Conjectanea  et  qui  contenait  au  moins  neuf  livres. 


ANCIENS  NOELS  BRETONS 

Traduction  ' . 


IX  ^ 

128  Noël  !  chantons  et  fesons  fête  ! 
C'est  la  nativité  de  Jésus  ; 
Honorons  la  Dame  de  tout  bien; 
Noël!  chantons,  ne  tardons  plus. 

129  Rendons  grâce  à  l'Enfant  joyeux 
Qui  est  venu  nous  racheter  de  peine, 
En  sortant  du  corps  de  la  douce  Marie 
Par  laquelle  nous  sommes  réjouis. 

130  II  est  à  Bethléem  maintenant 

Le  petit  Enfant  nouvellement  né. 
Oui,  sûrement  dans  une  étahle. 
Dans  le  lieu  où  vivent  les  bêtes. 

131  Doucement  et  courtoisement,  cette  Vierge, 
Quand  le  petit  Enfant  fut  né, 
L'enveloppa  dans  du  foin  vert, 

Et  elle  le  mit  dans  son  giron. 


t>^ 


132  Et  puis,  de  son  lait  précieux 

Qui  avait  une  vertu  surnaturelle, 

1 .  Voir  le  commencement  de  cet  article  aux  pages  1-49  du  prtsent  volume. 

2.  L'air  de  cette  [pièce]-ci  est  populaire. 


ANCIENS  NOELS  BRETONS 

Texte. 


IX  : 


128  Nouel  !  quenomp  ha  greomp  joa  ! 
Da  natiuite  a  lesus  ! 

Maestres  an  Tensor  enoromp  ; 
Nouel  !  quenom,  ne  tardomp  muy. 

129  Rentomp  gracçaou  dan  Map  laouen 
So  deuet  don  daspren  a  penet 

A  corff,  hep  mar,  an  goar  Mary 
Maz  oump  dreyzy  rejouysset. 

130  Ema  en  Bezleera  a  breman 
An  Map  byhan  neuez  ganet, 
En  un  presep  net  a  detry, 
En  lech  maz  idy  an  milet, 

131  Flour  ha  courtes,  an  Guerches  man, 
Pan  o'an  Mabic  bihan  ganet, 

En  dastumas  en  touez  fouen  glas, 
Hac  en  laquas  en  he  goasquet. 

132  Neuse,  gant  he  laez  precius, 
Aioa  vertuzus  dreyst  musur, 

I.   An  ton  so'commun  a  houmman. 


290  H.  de  La  Villemartjué. 

Un  certain  temps,  —  ô  grand  mystère  !  — 
Marie  le  nourrit,  c'est  certain. 

133  Devant  Joseph  parfciitement  bon 
La  sage  Vierge  l'emmaillota, 

Et  l'honneur  ne  fut  pas  petit 
Qu'il  fit  à  la  mère  qui  l'enfanta. 

134  Cet  Enfant,  certes,  nous  racheta; 
Et  très  horriblement  versa  son  sang, 
Sur  la  montagne,  devant  les  Juifs 
Qui,  sans  pitié,  l'accablèrent  de  coups. 

135  Avec  des  fouets  et  des  barres  de  bois, 
Très  cruellement  ils  l'ensanglantèrent  ; 

De  la  plante  des  pieds  jusqu'au  sommet  de  la  tète, 
Ils  lui  déchirèrent  la  chair  et  la  peau. 

136  Et  ils  le  mirent  sur  une  croix  de  bois, 

Où  il  fut  si  rudement  étendu  [ses  jambes 

Qu'il  ne  resta  aucune  articulation  de  ses  bras  et  de 
Qui  ne  fut  disloquée  à  cause  de  notre  péché. 


1 1 

I 


137  II  est  né  le  Dieu,  le  Maître  et  le  Roi  de  toute  Créature  ; 
A  cause  de  notre  péché  il  est  venu  —  ô  bonheur!  — 
Faire  pénitence  pour  payer  notre  rançon, 
Pour  nous  enlever  tous  au  malheur  où  nous  étions  : 
Ainsi,  réjouissons-nous,  pleinement,  de  toute  façon, 
Noël  !  crions,  chantons,  tant  que  nous  pouvons  chanter, 
En  l'honneur  du  vrai  Roi  de  la  terre. 
Qui,  par  affection. 


1 .  Noël  dont  l'air  est  populaire. 


J 


Anciens  No'cls  bretons.  291 

Vn  spacc  a  amser,  mister  bras, 
Mary  en  maguas,  a  tra  sur. 

133  Dirac  losep,  mat  ha  natur, 
An  Guerches  fur  en  mailluras, 
An  meuleudy  ne  voe  byhan 

A  geureu  dan  mam  en  guanas. 

134  An  Map  man  certen  bon  prenas, 
Ha  peur  dyfflas  a  scuillas  goat, 
Dyrac  luzeuien,  en  menez, 

Hep  nep  truez  en  labezat. 

135  Gant  scourgezaou  ha  barraou  coat, 
Quezquen  dyfflat  en  en  goatsont  ; 
A  plant  an  troat  bet  bar  an  pen, 
Quic  ha  crochen  en  dispensent. 

136  Hac  en  lequesont^  en  croas  pren 
Mas  voe  quezquen  tenn  astennet 
Ne  mennas  joendr  en  garr  na  brech 
Na  chenchas  lech  dre  bon  pechet. 


137  Ganet  eo  Doue,  Maestrha  Roue  pcp  noeancc; 
Dre  hon  pechet  ez  eo  deuet,  caezret  chancç  ! 
En  penitancc  da  auancc  hon  rancçon, 
Flam  don  lamet  a  morchet  maz  edoamp  : 
Rac  se  pep  guis,  fournys,  reyouysomp  ; 
Nouel  !  guehiomp,  canomp,  drez  quelhomp  son, 

Da  Roue'n  tyr  guiryon; 

Dre  affection. 


1 .  Pour  y  en  laças. 

2.  Nouel  pe  a  Iieny  an  ton  se  commun. 


2Q2  H.  de  La  Villemarcfué . 

Pour  nous  délivrer 

Est  descendu  en  enfer, 

Oui,  certes,  au  fond  de  l'abîme 

Pour  porter  la  peine  de  notre  crime 

Et  pour  nous  racheter. 

138  Les  Prophètes,  livrés  aux  peines  les  plus  rudes, 
Poussaient  des  cris,  et,  suppliant. 
Gémissant,  songeaient  qu'il  fallait 

Que  chaque  âme,  rejetée  en  arrière,  pleurât 

En  mille  tourments  sûrement  et  souffrît 

Dans  les  ténèbres,  subitement,  à  cause  d'une  pomme. 

Le  Roi  de  la  terre  pour  nous  sauver 

Est  maintenant  né  ; 

Il  nous  a  été  envoyé 

Et  il  est  venu  —  de  quelle  façon  admirable  !  — 

Porter  remède  aux  humains  ; 

Et  pour  que  les  habitudes  changent 

Entièrement  chez  ses  Serviteurs. 

139  Une  fille  vierge,  courtoise,  pleine  de  raison. 
Certes,  comblée  de  mille  perfections. 

Fut  le  moyen  que  prit  le  Roi  du  Ciel  pour  venir 
Jusqu'à  nous  ;  et  si  nous  le  voulons,  nous  sommes 
—  Quelle  qu'ait  été  notre  erreur  parl'effet  de  la  fatale  pom- 
Réconciliés  par  Marie  avec  le  Roi  tout-puissant,     [me  — 

Quand  nous  étions  tous  perdus 

Par  la  faute  d'Adam,  puni 

A  cause  de  ses  péchés  ; 

Voici  venir  l'Enflint,  à  l'heure 

Où  nous  sommes,  dans  le  monde. 

Pour  nous  tirer  de  blâme 

Et  de  tous  nos  péchés. 

140  La  nuit  de  Noël,  douce  et  pure,  sans  mentir, 
L'innocente  Marie  enfanta  très  respectueusement 
Notre  vrai  Seigneur,  sans  lumière  allumée, 

Ni  sans  être  souffrante,  aussi  pure  que  le  pur  cristal, 


Anciens  Noëls  bretons.  29  J 

Don  dyprisoniaff 
So  deuet  en  lym, 
Hep  goap,  dan  abym, 
Da  douen  poan  hon  crym 
Ha  don  redimaff. 

138  An  Proffedet,  en  penet  caletaff, 
A  ioa  en  cry,  hac  y  oz  suppliaff, 

Oz  hiruoudaff,  oz  songaff  bezatf  ret 
Cacc  pep  eneff  diadre[f  ]  da  leuffal 
E  mil  tourmant,  suramant,  ha  scandai 
Dre  un  aual,  ractal,  dan  teualtet. 

Roue'n  tyr  don  miret 

So  breman  ganet  ; 

Diguacçet  entromp 

Ha  deuet,  caezret  guis, 

Remet  dan  bedis 

Ha  ma  chencho  guis 

Fournys  de  guysion. 

139  Un  merch  guerches,  courtes,  leun  a  raeson, 
Carguet  detry  a  pep  perfection 

A  voe  moyen  da  Roue'n  Tron  da  donet 
Rez  entrezomp;  mar  queromp  ez  omp  ny 
—  Dr'en  aual  glas  mar  bras  vo'en  fantasy  — 
Ouz  Roue'n  velly  gant  Mary  alyet. 

Pan  voamp  oll  collet 

Dre  Adam  blammet 

Dre  fet  pechedaou  ; 

Deuet  en  Map  a  prêt 

Breman,  voar  an  bet, 

A  blam  don  lamet 

Net  a  pechedaou. 

140  Nos  Nedclec,  douce  ha  chuec,  n'en  de  gaou, 
Mary  dinoas  a  ganas  peur  hasaou 

Hon  guir  Autraou,  hep  goulaou  enaouet, 
Na  bezaff  trist  ;  qucn  hn  mistr  ha  cristal, 


294  ^-  ^^  ^^  Villemarqué. 

Elle  enfanta  notre  Roi  particulier, 

Sans  maison  ni  palais,  entre  des  animaux. 

Par  l'haleine  des  bestiaux. 

Il  fut  seulement  réchauffé. 

Pour  le  tenir  chaudement 

—  Sauf  du  lait  pour  le  nourrir  — 

Aucun  vêtement  très  bon 

Assurément  ne  fut  trouvé 

Pour  l'emmailloter  convenablement. 

141  Quand  il  naquit,  il  n'en  fliut  pas  douter, 
L'air  et  la  ville  vinrent  à  briller  très  vivement, 
A  s'illuminer,  en  premier  témoignage. 

A  minuit,  quand  la  nuit  était  presque  close, 
Dans  le  ciel  une  étoile  très  pure 
Fut  aperçue,  sachez-le  bien. 

Les  Bergers,  je  l'atteste. 

Providentiellement  firent  fête. 

Comme  l'Ecriture  l'assure 

En  visitant,  —  voyez-vous  — 

Le  Roi  du  monde,  quels  cris  ! 

Quels  cris  de  joie  en  marchant 

Dans  la  nuit  noire,  à  travers  les  rues  [de  la  ville]  ! 

142  Et  quand  Gaspar  vit  la  grande  étoile 

Ainsi  que  Melchior,  au  Dieu  Roi  du  ciel,  notre  ami 
Et  Balthasar,  ces  trois  rois,  ces  trois  amis  parfaits. 
Apportèrent  très  joyeusement,  certes. 
L'or,  la  myrrhe  et  l'encens,  trésor  et  précieuse  offrande; 
A  notre  vrai  Créateur,  dans  l'espoir  de  retour. 

Un  jour,  —  bienheureuse  destinée!  — 

Ce  fils  nouveau-né 

Nous  tirera  tous 

De  la  tempête  et  de  la  misère 

[Où  nous  sommes]  par  la  faute  de  notre  père  Adam 

Et  de  notre  mère  Eve  ; 

Il  nous  tirera  de  blâme. 


Anciens  Noëls  bretons.  295 

Ez  ganas  hy  hon  Roue  ny  spécial 
Hep  ty  na  sali,  entr'en  aneualet. 

Gant  azlan  loeznet 

Rez  e  goarezet. 

Clet  de  goasquedaft, 

—  SaufF  laez  de  maezur  — 

Nep  dillat  natur 

Ne  cafset  quet  sur 

Pur  de  mailluraff. 

141  Pan  voa  ganet,  ne  fel  quet  e  douetaff, 

Ez  deuez  an  ear  han  caer  da  bout  sclerhafF, 
Da  goulaouaff,  da  veza  quentaff  test. 
Da  hanter  nos,  pan  voa  hogos  closet, 
En  gouabren  un  steren  quezquen  net 
A  voe  guelet,  estimet,  credet  prest. 

Pastoret,  me  dest, 

Dre  didin,  ez  grent  fest, 

Dre  ma  test  an  Istoar. 

Da  guelet,  —  chetu,  — 

Roue'n  bet,  caezret  hu  !  — 

Drez  deuent,  ez  grent  hu, 

En  nos  du,  dr'en  ruaou^  ! 

142  Ha  pan  guelas  an  steren  bras  Jaspar 

Ha  Melchyon  da  Doue  Roue'n  Tron,  hon  car, 

Ha  Balthasar,  try  roe,  try  car  parfet, 

A  dygacas  gant  joa  bras  hac  a  scier 

Aour,  myr,  esancc,  cheuancc  hac  offrancc  qucr, 

Don  guir  Crouer  en  esper  a  clicr  net. 

Vn  dro,  guen  hon  bet  ! 

An  Map  m  an  ganet 

Net  hon  remedo 

A  tempest  estlam 

Dre  hon  tat  Adam 

Hac  Eva,  hon  mam; 

A  blam  hon  lammo. 


I .   Prohal'Iement  pour  ru  kear. 


296  H.  de  La  Villemarqué. 

\ 

\ 
XP 

143  Chantons  et  soyons  fervents!  Noël  au  Roi  des  Anges 
Qui  est  venu  en  ce  monde  aujourd'hui  dans  la  misère; 

Jésus,  par  grand'pitié, 

Avec  désir  et  amour 

Est  venu,  —  oh!  la  belle  condition  — 

Avec  foi  nous  sauver. 

144  Offrons  nos  chants  et  nos  prières  de  tout  cœur  à  Marie, 
Qui  enfanta  sans  douleur  notre  Roi  véritable, 

Le  Roi  du  ciel  en  un  lieu  sombre 
Entre  deux  animaux; 
Ce  ne  fut  ni  en  salle 
Ni  en  palais  de  roi. 

145  Joseph,  tout  naturellement  fut  très  émerveillé 
Quand  il  vit  dans  le  clos  l'Enfant,  sur  du  foin  vert  : 

Mais  l'Ange  lui  révéla, 
Qu'il  était  né  —  oh  !  la  belle  achoison  !  — 
Ce  Fils  de  l'homme,  qui  nous  racheta 
Certes  avec  grand  bonheur. 

146  Sitôt  que  vint  dans  ce  monde  le  vrai  Roi  des  saints. 
Vinrent  jusqu'à  sa  demeure,  du  côté  de  l'Orient, 

Trois  rois,  et  non  de  faux  [rois], 
Lesquels  dans  leur  sagesse 
Honorèrent  le  Roi  des  mers 
En  lui  offrant  des  largesses. 

147  Et  les  Bergers,  heureux,  gambadant,  très  joyeux. 
Pressés,  doux  et  humbles,  instruits  par  l'Ange  blanc 

Et  par  la  clarté  de  l'étoile. 

Dans  le  pays  au-dessus  de  leurs  têtes, 

I .   Sur  l'air  de  Courtoises  dames. 


i 


Anciens  Noëls  bretons .  297 


XI 


143  Quenomp  ha  bezomp  hael!  Nouel  da  Roue'n  Aelez 
A  so  deuet  en  bet  man  breman  en  bihanez  ; 

Jesu  dre  meur  truez, 
Gant  choant  ha  carantez 
A  so  deuet,  —  caezret  stat  !  — 
Gant  feiz  don  euezat. 

144  Greomp  can  ha  letany  da  Mary  cordial 
A  ganas  hep  casty  hon  Roue  ny  spécial, 

Roue'n  neaff  e  lech  teffal 
Entre  daou  aneual; 
Ne  voa  quet  nac  en  sal 
Nac  en  pales  real. 

145  Josep,  dre  guir  effet,  a  voe  net  souezet  bras 

Voar  an  fouen  glas,  en  quel,  an  Buguel  pan  guelas  : 
An  Ael  a  reuelas 
Bout  ganet,  —  caezret  cas  !  — 
Map  den  nep  hon  prenas 
Gant  joa  bras,  a  tra  sur. 

146  Pan  voa  deuet  en  bet  man  buhan  guyr  Roue  an  sent 
Ez  deuez  plen  bet'  en  ty  dyouz  party'n  Orient 

Try  roue,  ha  ne  voe  fent; 
Hac  y  dre  hoz  squient 
Roue'n  mor  a  enorent 
Pan  proffent  larguentez. 

147  Han  Pastoret,  hactus,  ebatus,  joaius  tcn, 
Tiz  ha  cuff  hac  vuhel,  dre  reuel  an  Ael  guen 

Han  sclerder  an  steren 
En  bro  a  dyouch  ho  pen 

I .   Voar  ton  Courtes  itroneset  (cf.  Noël  IV). 

Revue  Celtique,  X  iO 


^98  H.  de  La  Villemarqué. 

[Vinrent]  pour  voir,  croyez-le  bien, 
Le  Roi  du  monde  [couché]  sur  du  foin. 

148  Après  sa  sainte  naissance,  il  fut  battu  cruellement; 
Sa  chair,  à  cause  de  nous,  fut  horriblement  flagellée. 

Oui,  Jésus  —  oh!  la  belle  cure!  — 
De  plein  gré,  par  son  plaisir. 
Mourut  certainement 
Pour  nous  rendre  tous  heureux. 

[monde, 

149  Prions,  n'y  manquons  pas,  pour  qu'après  les  choses  de  ce 
Nous  allions  ensemble,  par  la  grâce  du  Saint-Esprit, 

Tous  sans  exception 

Sans  faute,  grands  et  petits. 

Et  bien  loin  de  Satan, 

Dans  la  gloire  du  Roi  des  Saints. 


XII 


150  Noël!  Noël!  A  la  Nativité, 

Au  fils  du  Roi  du  ciel,  en  langue  bretonne. 
Chantons  avec  ardeur,  sans  nous  lasser  : 
«  Il  est  né  le  Dieu,  notre  vrai  Roi.  » 

151  Du  corps  d'une  fille  en  sa  virginité 
Le  fils  de  Dieu  est  né  dans  ce  monde. 
C'était  annoncé  anciennement. 

«  Il  est  né  le  Dieu,  notre  vrai  Roi.  » 


Noël  sur  l'air  de  0  Gtorîosa  Domina. 


Anciens  Noëls  bretons.  299 

Da  guelet,  credet  ten, 

Roue'n  glen  voar  an  fouen  pur. 

148  Goude  glan  maz  ganat  en  cannât  dynatur, 
Maz  scourgezat  eusic  e  quic,  voar  bon  sygur. 

lesu  net,  —  caezret  cur  !  — 
E  grat,  e  plijatur, 
A  maruas,  a  tra  sur, 
Maz  omp  pur  eurus. 

149  Pedomp,  ne  fellomp  quet,  goude  fet  an  bet  man 
Maz  ebomp  entromp  net  dre  grac  an  Speret  glan 

Commun,  guytibunan 
Hep  sy,  bras  ba  byban, 
Ha  pellbaf  dyouz  Satban, 
Dauet  [Doue]  Roue'n  sent  glan. 


xn 


150  Nouel  !  Nouel  !  Da  Nedelec, 

Da  Map  Roue'n  Tron,  en  brezonec, 
Quenomp  choantec,  hep  dieguy  : 
Ganet  eo  Doue,  hon  guyr  Roue  ny. 

151  A  corff  un  mercb  en  be  guerchdet 
Map  Doue  en  bet  man  so  ganet; 
Coz  profecyet  ez  aedy. 

Ganet  eu  Doue,  hon  guyr  Roue  ny. 


1 .  Kouel  voar  ton  O  ghriosa  Domina. 


5 00  H.  de  La  Villemarqué. 

152  Par  Gabriel  il  fut  annoncé 
Quand  Jésus,  le  Roi  du  ciel,  fut  conçu, 
[Il  fut  annoncé]  à  la  bonne  Vierge  qu'il  allait  être  en 
«  Il  est  né  le  Dieu,  notre  vrai  Roi,  »  [elle. 

153  A  Bethléem,  sans  nul  retard. 
Dans  une  écurie  sans  aucun  abri 
Il  naquit,  n'en  faites  pas  de  doute. 

«  Il  est  né  le  Dieu,  notre  vrai  Roi.  » 

154  Certes,  Jésus  plein  de  miséricorde. 
Lui,  le  Roi  des  saints,  dans  la  pauvreté  ! 

Dans  la  peine,  dans  la  misère  !  quel  abaissement  ! 
«  Il  est  né  le  Dieu,  notre  vrai  Roi.  » 

155  Ce  ne  fut  ni  en  châteaux,  ni  en  donjons 

Que  naquit  le  Dieu,  le  roi  des  peuples,  Y 

Mais  dans  une  crèche,  notre  Seigneur, 
«  Il  est  né  le  Dieu,  notre  vrai  Roi.  » 

15e  Sans  aucune  souffrance,  —  quelle  chance! 

Cette  vierge  l'enhmta  saintement; 
Elle  n'eut  ni  douleur,  ni  mal. 
«  Il  est  né  le  Dieu,  notre  vrai  Roi.  » 

157  Trois  rois  d'Orient 
Pour  offrir  des  dons  à  Dieu,  le  vrai  roi  des  saints, 
S'acheminèrent  jusqu'à  sa  demeure. 
«  Il  est  né  le  Dieu,  notre  vrai  Roi.  » 

158  Le  roi  Melchior,  le  sage, 
Offrit  de  l'encens  qu'il  présenta 
Au  Dieu  parfait,  quand  il  arriva. 
«  Il  est  né  le  Dieu,  notre  vrai  Roi  !  » 

159  Le  roi  Gaspar,  sans  nul  fracas, 
Offrit  de  l'or,  sans  crainte  de  bhâme  ; 
Au  petit  Jésus,  notre  véritable  ami. 
((  Jl  est  né  le  Dieu,  notre  vrai  Roi  !  » 


Anciens  Noéls  bretons.  301 

152  Dre  Gabriel  ez  reuelat, 

lesu  Roue'n  eff,  pan  conceuat, 
Dan  Guerches  mat  e  bout  gat  y. 
Ganet  eu  Doue,  hon  guyr  Roue  ny. 

153  En  Bezleem,  hep  nep  remet, 
En  merchaucy  dyabry  net 
Ez  voe  ganet,  na  lequet  sy. 

Ganet  eu  Doue  hon  guyr  Roue  ny. 

154  Certes  lesu  leun  a  truez, 

Hac  enff  Roue'n  sent  en  paurentez, 
En  poan,  byhanez,  pebez  bry! 
Ganet  eu  Doue,  hon  guyr  Roue  ny. 

155  Ne  voe  e  questell,  tourrellaou 

Ez  ganat  Doue,  Roue  an  ploueaou, 
Hoguen  en  craou,  hon  Autraou  ny. 
Ganet  eu  Doue,  hon  guyr  Roue  ny. 

156  Hep  anquen  en  bct,  — guelhet  cas! 
An  Guerches  man  glan  en  ganas  ; 
Ne  defïoue  gloas  na  noas  casty. 
Ganet  eu  Doue,  hon  guyr  Roue  ny. 

157  Rouanez  try  dyouz  Oryent, 

Da  proff  da  Doue,  guyr  Roue  an  sent 
A  dcuez  gant  an  hent  bet'  en  ty  : 
Ganet  eu  Doue,  hon  guyr  Roue  ny. 

158  An  roue  Melchyon,  raesonnet, 
A  proffas  esancc  auancet 

Da  Doue  parfait,  pan  voa  deuct  dy. 
Ganet  eu  Doue,  hon  guyr  Roue  ny. 

1)9  An  Roue  laspar,  hep  saffar  tam, 

Aour  a  proffas,  ne  fcllas  bhun, 
Da  lesu  flam,  hon  guyr  amy, 
Ganet  en  Doue,  hon  guyr  Roue  ny. 


302  H.  de  La  Villemarqué. 

1 60  Le  roi  Balthasar,  sans  dire  mot, 

Fit  une  belle  offrande  [tesse. 

De  myrrhe;  c'était  le  [signe]  de  sa  profonde  tris- 
ce  Il  est  né  le  Dieu,  notre  vrai  Roi  !  » 

161  Et  Hérode,  —  qui,  certes  était  rebelle  — 
Les  pria  doucement,  par  malice, 

De  revenir  chez  lui  à  leur  retour  : 
«  Il  est  né  le  Dieu,  notre  vrai  Roi  !  » 

162  S'ils  avaient  pris  leur  droit  chemin  vers  lui, 
Il  les  eût  fait  tuer,  hélas  ! 

Hérode  était  malade  d'envie. 

«  Il  est  né  le  Dieu,  notre  vrai  Roi  !  » 

163  Hérode,  en  apprenant  la  bonne  nouvelle 
Qu'ils  étaient  passés  sans  nul  accident. 
Devint  enragé  de  colère. 

«  Il  est  né  le  Dieu,  notre  vrai  Roi  !  » 

164  Les  petits  enfants,  alors  sans  pitié 
Il  les  tua  tous  ;  —  quelle  folie  !  — 
Les  enfants  à  la  nourrice  !  Quels  cris  ! 
«  Il  est  né  le  Dieu,  notre  vrai  Roi  !  » 

165  Jésus  mourut  sur  ime  croix  de  bois, 
Où  il  souffrit  qu'on  l'étendît, 

Et  c'est  pour  nous  qu'il  s'y  plaça. 
«  Il  est  né  le  Dieu,  notre  vrai  Roi  !  » 

166  Pour  nous,  comme  un  saint  ami, 

Il  souffrit  une  langueur  incomparable 
Hélas  !  sans  nul  doute,  sur  le  Calvaire. 
«  Il  est  né  le  Dieu,  notre  vrai  Roi  !  « 


Anciens  No'els  bretons.  303 


160  Roue  Baltasar,  hep  saffar  tam  ^ 
A  proffas  spes  dre  doneson, 
Myr;  se  voa  don  e  melcony. 
Ganet  eu  Doue,  hon  guyr  Roue  ny. 

161  Ha  Herodes,  — certes  hesent^  — 
Ho  pedas  sacçun,  dre  un  fent, 
Pan  dystrosent  deuzyent  de  ty  : 
Ganet  eu  Doue,  hon  guyr  Roue  ny, 

162  Maz  az  yent  reiz  an  hent  dezaff, 
Ez  grase,  syouaz!  ho  lazaff: 
Herod  a  ioa  claff  gant  auy. 

Ganet  eu  Doue,  hon  guyr  Roue  ny. 

163  Herodes,  peur  dreao  pan  cleuas 
Ez  oant  tremenet  hep  quet  noas, 
.A  arraigas  gant  fantasy. 

Ganet  eu  Doue,  hon  guyr  Roue  ny. 

164  An  mybyen,  chetu,  dytruez 
A  lazas  oll  ;  pebez  foUez  ! 

Hac  y  voar  ho  lacz  !  pebez  cry  ! 
Ganet  eu  Doue,  hon  guyr  Roue  ny. 

165  Jésus  a  maruas  en  croas  pren, 
Hac  a  gouzaouas  e  asten. 

Ha  dre  hon  pen  ez  aez  enn  y. 
Ganet  eu  Doue,  hon  guyr  Roue  ny. 

166  Euyd  omp,  santel  euel  car. 

En  deffoue  un  languys  dyspar. 

Allas!  hep  mar,  e  Calvary. 

Ganet  eu  Doue,  hon  guyr  Roue  ny. 


1 .  Lw^  son. 

2.  Aujourd'hui  amzint. 


304  H.  de  La  VilUmarcjué. 

167  Nous  tous  qui  avons  été  baptisés  dans  la  foi, 
Si  nous  crovons  en  Dieu,  le  Roi  du  monde. 
Nous  sommes  tous  sauvés  sans  faute. 

«  Il  est  né  le  Dieu,  notre  vrai  Roi  !  » 

168  Prions,  tous  jusqu'au  dernier. 
Qu'après  notre  vie  de  ce  monde, 
Nous  allions  heureusement  au  ciel. 

«  Il  est  né  le  Dieu,  notre  vrai  Roi  !  » 


XIII 

169  Joyeusement  chantons,  entre  nous,  n'y  manquons  pas, 
Tous  tant  que  nous  sommes,  avec  consolation,  peuple  du 
En  toute  humilité,  et  d'un  cœur  généreux:  [monde, 

Noëlii 
A  la  douce  Marie  louanges  à  foison; 
A  cette  bonne  Dame,  notre  véritable  avocate, 
A  cette  sainte  Reine  du  palais  céleste. 

1 70  Cette  Vierge  fut  engendrée  si  sainte, 

Si  parfaite  et  si  digne  était  son  origine; 
[Elle  était]  si  bonne,  si  brillante,  si  supérieurement  par- 
Si  excellente  et  vaillante  de  toute  façon,  [faite, 
Que  rien  assurément  ne  fut  formé  d'aussi  pur  qu'elle, 
Rien  d'aussi  humblement  sublime,  n'en  doutez  pas. 

171  A  cause  de  sa  bonté  et  de  son  humilité, 
Fut  envoyé  un  messager  vers  elle. 
Avec  commission  de  la  cour  céleste, 
Devant  sa  face,  par  faveur  de  message.    - 

Si  bien  qu'elle  s'émerveilla,  n'en  doutez  pas. 
Quand  elle  vit  Gabriel  devant  elle. 

I .   Ce  mot  semble  devoir  revenir  après  les  trois  premiers  .vers  de  chaque 
couplet. 


Anciens  Nocls  bretons.  305 

167  Quement  so  en  Feiz  badezet, 
Gant  cridyff  en  Doue,  Roue  an  bet, 
Ez  omp  oU  saluet,  hep  quet  sy. 
Ganet  eu  Doue,  bon  guyr  Roue  ny. 

168  Pedomp,  commun,  guytibunan, 
Goude  bon  oll  fet  an  bet  man, 
Maz  ayimp  glan  dan  letanv. 
Ganet  en  Doue,  bon  guyr  Roue  ny. 


xin 

169  Lauen  quenom  entromp,  na  fellomp  quet, 
Guytybunan,  gant  dyboan,  pobl  an  bet, 
Dre  vuheltet  parfet,  a  caudet  bell  : 

Nouel  ! 
Dan  goar  Mary  meuleudy  a  lyes  !" 
An  Itron  mat,  bon  guir  aduocades, 
Glan  Rouanez  an  pales  celestel. 

170  An  Guercbez  man  quen  glan  a  voe  ganet, 
Quen  anteryn  ba  din  oryginet, 

Quen  mat,  quen  net,  quen  parfet  a  detry, 
Hac  excellant  ba  vayllant  pep  andret, 
Dre  he  ^  quen  pur  ne  voe  assur  furmet 
A  vubcltet  goarnisset,  na  gret  sur 2. 

171  Dren  madelez  ban  bumblez  a  nezy 
Ez  dycaçat  un  cannât  dauet  y 

En  gueffrydy  an  ty  celestyell, 
Dyrac  be  face  dre  grâce  a  legacy. 
iMaz  voe  meurbet  maruaillct,  na  ret  sy, 
Pan  guelas  by  diraz  y  Gabriel. 

1 .  Probablement  pour  Nep  tra. 

2.  Liseï  sy. 


îo6  H.  de  La  Villeman^ué. 

172  Alors  l'Ange  quand  il  la  vit  si  humble, 
Sans  gabe  ni  bruit  la  salua  poliment 

Avec  des  paroles  choisies  ;  et  lui  parle  ainsi  : 
«  Chaste  Marie,  noble  fille,  ne  t'eftraie  pas, 
Car  dans  ton  corps  béni  est  vraiment  descendu 
Jésus  le  Roi  du  monde,  pour  recevoir  le  jour. 

173  Le  fils  de  Dieu  le  Père,  de  son  plein  gré. 
Jeune  fille,  prend  en  vous  une  chair,  image 

De  sa  puissance  même,  de  sa  condition  propre.  » 
Quand  elle  entendit,  elle  consentit  à  la  chose, 
^     La  Vierge  brillante,  parfaite  et  vénérée. 
Dévotement,  très  agréable  et  sainte. 

174  Elle  porta,  sans  mal,  avec  patience. 

Dans  son  corps  très  chaste,  pendant  quelque  temps, 
Jésus,  le  Roi  des  astres,  notre  souverain  Sauveur. 
Nous  ne  trouvons  pas  un  seul  instant  où  elle  déchut; 
Fille  et  Vierge,  Reine  de  courtoisie, 
Au  dessus  toutes  [les  femmes],  elle  demeura  certainement. 

175  De  sorte  que,  sans  mentir,  l'Enfant  vint  à  bien. 
Dans  la  nuit  de  Noël,  plein  de  douceur  et  de  suavité  : 
C'était  le  terme  fixé  pour  sa  naissance; 

Et  à  l'heure  même  qu'il  avait  choisie 
Il  naquit,  croyez-le,  entre  les  humains. 
Dans  un  lieu  bas,  sans  honneur,  sans  beauté. 

176  Quand  il  naquit,  avec  mille  louanges, 
Vinrent  ensemble  le  voir,  n'en  doutez  pas, 
Trois  rois  du  côté  de  l'Orient, 

Pour  lui  rendre  visite  et  honneur; 

Et  les  pieux  Bergers,  sans  regarder  à  la  peine, 

Chantaient  tous  avec  consolation. 

177  Et  ensuite,  lorsqu'il  lui  plut,  humblement 

Il  vécut,  mais  ne  voulut  pas  [vivre]  longtemps; 
Et  quand  vint  l'heure  —  comprenez  sa  leçon  — 


1 


•i 


Anciens  No'els  bretons.  307 

172  Neuse  an  Eal  vuhel  pan  he  guelas 
Hep  goap  na  brut  astut  he  saludas 
A  comsaou  bras;  hac  a  lauaras  sur: 

«  Mary  dynam,  merch  flam,  na  estlam  quet, 
Rac  ez  corff  guen  ez  eo  cren  dysquennet 
lesu  Roue'n  bet,  da  bout  net  ganet  pur. 

173  Map  Doue  an  Tat,  e  grat,  e  pligadur, 
A  commer  quic  en  och,  merchic,  figur 
E  gallout  pur,  e  statur  naturel.  » 
Pan  ententas,  dan  cas  ez  voe  assant 
An  Guerches  sclaer  antyer  ha  reuerant, 
Deuotamant  cals  plesant  ha  santel. 

174  Hy  en  dougas,  hep  noas,  gant  habaster 
En  he  corff  flam  dynam,  un  spacc  amser, 
lesu,  Roue'n  ster,  hon  saluer  souueren, 
Ne  contom  pas  un  pas  ne  goazhas  hy  ; 
Merch  ha  Guerches,  Maestres  a  courtesy 
Dreyst  pep  heny  ez  manas  hy  dyen. 

175  Maz  deuez,  hep  fabl  na  goap,  an  Map  a  plen 
Nos  Nedelec,  douce  ha  chuec  ne  voe  quen, 
Voe  an  termen  a  certen  de  guenel 

Ha  dan  heur  se  maz  care  de  dyuys 
Ez  voe  ganet,  credet,  entr'en  bedys. 
En  lech  dysprys,  dizcoantys,  a  isel. 

176  Pan  voa  ganet,  parfet  gant  meuleudy, 
Ez  deuez  gueffret  de  guelct,  ne  gret  sy, 
Rouanez  try  dyouz  party  Orient, 

De  visiraff  ha  de  enorift"  glan; 

Han  Pastoret  partit,  hep  sellet  poan, 

Guytybunan  gant  dyboan  ez  canent. 

177  Ha  goude  se,  quentre  caras,  asquet 
Plen  ez  reonas,  pell  bras  ne  flillas  quet; 
Ha  pan  voe  prêt,  —  ententet  e  qucntcl,  — 


3o8  H.  de  La  Villemar(jué. 

Couché  sur  une  croix,  il  mourut  assurément 

Par  amour  pour  l'homme,  dans  l'angoisse,  un  vendredi, 

Notre  Rédempteur,  notre  éternel  Sauveur. 


XIV  ^ 

178  Noël  bien  humblement  à  Dieu  le  Père  sans  hésitation  ! 
Et  à  son  fils,  notre  Dieu,  notre  appui,  notre  Créateur; 
Et,  à  l'Esprit-Saint  tout-puissant, 

Le  Sauveur  des  siens. 

179  Depuis  cinq  mille  sept  ans  dans  l'angoisse  et  le  doute, 
Etait  la  race  d'Adam  ;  elle  était  horriblement  punie, 
Pour  avoir  mangé  la  pomme,  elle  souffrait  une  peine  dure; 

Elle  restait  dans  l'effroi. 

180  La  porte  du  Paradis  jour  et  nuit  était  close; 

A  aucune  espèce  de  gens  la  porte  n'était  ouverte; 
Tous  les  trépassés  étaient  dans  l'abandon, 
Oui  tous  gémissaient. 

181  Certes,  sans  ménagement,  dans  l'enfer  en  masses 

Ils  étaient  jetés  pour  souffrir  et  gémir  dans  la  flamme  ar- 
Pour  un  seul  péché,  ils  étaient  retenus  en  prison,  [dente; 
Dans  la  douleur,  dans  l'abyme. 

182  Et  par  la  grcîce  toute  divine  de  la  Trinité 
Jésus,  par  un  effort  de  sa  bonté,  est  venu 

Se  faire  homme,  dans  l'angoisse  et  la  douleur, 
Pour  que  nous  ne  fussions  pas  tous  perdus. 

183  Quand  vint  dans  Marie  notre  Roi,  le  Messie, 
L'ano-e  Gabriel  le  lui  annonça  : 

I .  Noël  sur  l'air  Ut  queant  Iaxis. 


Anciens  No'cls  bretons.  J09 

A  chuen  en  croas  ez  maruas  a  tra  scier 
Drc  caret  den,  gant  ancquen,  dezguener 
Hon  Dasprener,  hon  Saluer  éternel. 


XIV  ^ 

178  Nouel  vuhel  mat  [da]  doue'n  Tat  hep  atfer  ! 

Ha  de  Map,  hon  Doue,  hon  appoue,  hon  Crouer, 
Ha  dan  Speret  sant  omnypotent  antyer; 
Saluer  e  querent. 

179  Seyz  pemp  mil  blyzyen  en  anquen  ha  penet 
Ez  voe  hat  Adam  ;  iftam  ez  voe  blammet, 
Rac  dybri  naual  en  ditfoue  poan  calet, 

E  saouzan  manet. 

180  Porz  an  Barados  deiz  nos  a  yoa  closet; 
Da  nep  seurt  cosquor  an  nor  ne  dygoret  ; 
An  ol  anaffoun  a  ioa  abandonnet. 

Ha  tout  hyrvoudet. 

181  Certes,  hep  espern,  en  Iffern  a  bergnaou 

Ho  quacet  en  poan  ha  queynuoan  dan  tan  glaou; 
Euyt  un  pechet,  dalchet  en  arretaou, 
En  glachar,  voar  naou. 

182  Ha  dre  grâce  diuin  anteryn  an  Dryndet 
Ez  eo  deuet  lesus,  dre  c  gracyusdet, 

De  ncm  laquât  den,  en  ancquen  ha  pcnet, 
Na  vemp  oU  collet. 

183  Pan  dcucz  e  Mary,  hou  Roue  ny,  Mcssias, 
An  Eal  Gabriel  dezy  en  reuelas  ; 

I .  Noucl  voar  ton  Ul  qiieant  Iaxis. 


^[0  H.  de  La  Villemarqué. 

Celle-ci  était  Vierge,  lorsqu'elle  enfanta  ce  Fils, 
Et  pure  elle  resta. 

184  Et  l'Ange  blanc  lui  dit  en  accomplissant  son  message  : 
«  O  Marie  bénie,  ô  heureuse  que  tu  es  !  crois  ceci  : 
Tu  concevras  et  tu  enfanteras  le  Dieu 

Qui  est  vraiment  notre  Roi.  » 

185  —  A  Dieu,  dit-elle,  Marie  est  consacrée; 

Je  suis  sa  servante,  comme  tu  le  dis  qu'il  soit  tait  ». 
Alors  le  Roi  du  Ciel  est  conçu  en  elle, 
Surnaturellement  formé. 

186  Dans  une  étable  à  bêtes,  il  naquit  certainement 
Auprès  de  Joseph  dans  une  simple  crèche  ; 

Sûrement  sans  maillots,  ni  langes,  dans  une  étable  froide, 
Dès  sa  jeunesse  dans  la  douleur! 

187  Hélas  !  gens  du  monde,  songez,  ne  laites  que  cela; 
[Songez]  à  la  peine  qu'il  eut,  —  laquelle  était  pour  nous,  ce 

[Dieu-homme 
Jusqu'à  ce  qu'il  mourût  cruellement,  couché  sur  la  croix 
Par  notre  faute.  Amen  ! 


XV 

188  Noël  au  Roi  des  cieux  joyeusement! 

Que  chaque  vrai  chrétien  chante  en  l'honneur  du  Christ! 
Il  est  temps  que  chaque  homme  se  livre  à  la  joie; 
Jésus  est  venu  nous  réjouir. 

189  II  est  né  le  Dieu,  le  vrai  Roi  des  peuples, 
Pour  notre  amour  il  est  venu  ici-bas  ; 
Rendons  grâces  au  bon  Seigneur; 

Jésus  est  venu... 


Anciens  No'éls  bretons.  ^  1 1 

Guerches  voa  houman  an  Map  man  pan  ganas, 
Ha  glan  ez  manas. 

184  Maz  comse'n  Eal  guen  dezy  pan  quemenne  : 
«  Mary  beniguet,  guen  da  bet,  ha  cret  se  : 
Te  a  conceuo  un  dro  a  gano  Doue 

So  guiryon  hon  Roue.  » 

185  —  Da  Doue,  emezy,  Mary  so  dediet; 
Me  so  e  matez,  dr'en  leuerez,  bezet.  » 
Neuse  Roue  an  euff  so  enn  y  conceuet, 

Dreyst  natur  furmet. 

186  En  craou  an  loeznet  ez  voe  ganet  certen 
Hogos  da  losep,  en  un  presep  hep  quen  ; 
Sur. hep  mailluraou  na  trezyaou,  en  craou  ien, 

laouanc  en  anquen  ! 

187  Allas  !  tut  an  bet,  contemplet,  na  gret  quen. 

En  poan  en  deffoue,  —  euyd  omp  voe,  —  Doue  den 

Bete  maz  maruas  dyfflas  en  croas  a  chuen, 
Dre  hon  blam.  Amen! 


XV  ^ 

188  Nouel  da  Roue'n  effaou,  laouen 
Ganet  2  da  Christ  pep  guir  Christcn  ! 
Prêt  eo  da  pep  den  laouhennat; 
Deuet  co  lesus  don  joayushat. 

189  Ganet  eo  Doue,  guir  Roue'n  ploueaou, 
Dre  hon  caret  eu  deuet  ouz  traou  ; 
Rentomp  graccou  dan  Autraou  mat. 
Deuet  eu  Jésus... 

1 .  Nouel  voar  ton  Vexilla  Régis. 

2.  Liseicuncx. 


512  H.  de  La  Vilkmarqué. 

190  Nous  étions  dans  la  douleur,  sans  soutien, 

Si  le  Fils  [de  Dieu]  Dieu,  et  homme,  n'était  venu 
Vers  nous  pour  nous  donner  toute  joie. 
Jésus  est  venu... 

191  Du  corps  d'une  Vierge,  notre  sainte  maîtresse, 
Féconde  par  le  Saint  Esprit, 

Il  est  né  dans  ce  monde. 
Jésus  est  venu... 

192  Marie  belle  au-dessus  de  toute  mesure. 
Aimable  au-dessus  de  toute  créature. 
Fut  pour  nous  l'image  du  bonheur. 
Jésus  est  venu... 

193  En  un  lieu  dégoûtant,  en  une  étable 
Est  né,  sans  nul  doute,  notre  Seigneur; 
Voilà,  peuple,  de  bonnes  nouvelles  ! 
Jésus  est  venu... 

194  Par  un  ange  blanc  fut  ordonné 

A  des  gens  d'honneur,  à  des  bergers. 
De  venir  bientôt  le  voir. 
Jésus  est  venu... 

195  Trois  rois  d'un  pays  lointain,  après  un  pénible  voyage. 
Vinrent  certainement  jusque  là, 

Avec  des  richesses  à  offrir  au  Roi  du  monde. 
Jésus  est  venu... 

196  Quand  ils  vinrent  jusqu'à  la  bienheureuse  Marie, 
Ils  louèrent  Dieu,  le  vrai  roi  du  monde; 

Ils  furent  guidés  par  une  étoile. 
Jésus  est  venu... 


Anciens  No'éls  bretons.  j  i  j 

190  Edoamp  en  hyruuot,  hep  souten, 
Pan  na  deuzye  Map  Doue  ha  den 
Daued  omp  plen  don  laouhennat. 
Deuet  eu  lesus... 

191  A  corff  un  Guerches,  Maestres  glan, 
Carguet  meurbet  an  speret  glan, 
Voar  an  bet  man  en  enganat. 
Deuet  eu  lesus... 

192  Mary  gratius  dreyst  musur, 
Hegarat  dreyst  pep  crouadur, 
A  voe  deomp  figur  eur  mat. 
Deuet  eu  lesus... 

193  En  lech  disacçun,  en  un  craou, 
Ez  ganat,  hep  faot,  hon  Autraou  ; 
Chetu,  tudaou,  quehezlaou  mat  ! 
Deuet  eu  lesus... 

194  Dr'en  Eal  guen  ez  voe  quemenet 
Dan  tut  a  enor,  pastoret, 
Donnet  de  guelet  a  prêt  mat. 
Deuet  eu  lesus... 

195  Try  Roue  gant  trauel  a  pell  bro 
A  deuez  certen  bet  eno 

Da  proff  da  Roue'n  bro,  gant  ho  glat. 
Deuet  eu  lesus... 

196  Pan  deuzont  y  hcte"^  Mary  guen, 

Ez  meulsont  Doue,  guir  Rouen  an  glen  : 
Dre  un  steren  ho  quelennat. 
Deuet  eu  lesus... 


I .  Lisez  bet.     . 

Revue  Celtique,  X  il 


j  1 4  H.  de  La  Villemarqué. 

197  Or,  Hérode  que  le  dépit  transportait, 
Détestait  le  Fils  de  Marie  : 

L'envie  le  tourmentait. 
Jésus  est  venu... 

198  Et  de  tout  côté  les  petits  enfants  impitoyablement 
Perdirent  la  vie,  voyez-vous  : 

Sans  miséricorde  on  les  massacra. 
Jésus  est  venu. 

199  Marie,  la  mère  de  Jésus,  se  retira 
En  Egypte,  et  s'y  sauva  : 

A  son  fils,  dans  le  malheur,  elle  tint  bon. 
Jésus  est  venu... 

200  Pour  nous,  grands  et  petits. 

Il  souffrit  en  ce  monde  la  douleur, 
L'affliction  et  la  peine,  depuis  sa  naissance. 
Jésus  est  venu... 

201  Couché  sur  une  croix,  sur  la  montagne. 
On  cloua  Jésus  sans  pitié, 

Et  sa  vie  finit. 
Jésus  est  venu... 

202  Le  Paradis  était  fermé, 

La  porte  en  a  été  ouverte  par  Jésus  ; 
Avec  son  sang  il  l'a  racheté  et  bien  payé. 
Jésus  est  venu... 

203  Nous  tous,  Léonnais,  sans  tristesse. 
Prions  Jésus,  dans  sa  grande  miséricorde, 
De  nous  donner  aussi  une  bonne  mort. 
Jésus  est  venu... 

204  Et  notre  bonne  Dame,  notre  avocate, 
Prions-la  aussi  bien  souvent  : 

Elle  est  mère  et  Vierge  dans  la  cour  du  Père. 
Jésus  est  venu  nous  réjouir. 


Anciens  Noëls  bretons.  j  i  j 


197  Ha  Herodes  dre  frenezy, 

A  ioa  dyguar  ouz  Map  Mary; 
Edoa  affuy  ouz  e  gryat. 
Deuet  eu  lesus... 

198  An  Mybyen  peptu  hep  truez 
A  collas,  chetu,  ho  buhez; 
Hep  trugarez  ho  labezat. 
Deuet  eu  lesus... 

199  Mary,  Mam  lesu,  a  tuhas 
En  Egypt,  hac  em  acuy tas  : 
De  Map  allas  ez  dalchas  mat. 
Deuet  eu  lesus... 

200  Euyd  omp  ny,  bras  ha  byhan, 
En  deffoue  penet  en  bet  man, 
Trauell  ha  poan,  a  pan  ganat. 
Deuet  eu  lesus... 

201  En  un  croas  a  chuen,  en  menez 
Ez  tachât  lesu  dytruez, 

Hac  e  buhez  a  finuezat. 
Deuet  eu  lesus... 

202  An  Barados  a  ioa  closet, 
Gant  lesus  e'o  nor  dygoret  ; 
Dre  e  goat  prenet,  paeet  mat. 
Deuet  eu  lesus... 

203  Entr'omp,  Leonys,  hep  trystez, 
Pcdomp  lesu,  dre  mcur  truez, 
Da  rcyft"  deomp  yuez  finuez  mat 
Deuet  eu  lesus... 

204  Han  Ytron  mat,  aduocades, 
Yuez  pedomp  y  alyes  ; 

Mam  ha  Guerches  e  les  an  Tat. 
Deuet  eu  lesus  don  joaiushat. 


p6  H.de  La  Viilem arqué. 


XVP 

205  Noël  !  Noël  !  Noël  1  Noël  ! 

Il  naquit  doucement  et  humblement 
L'Enfant  à  [son]  heure,  la  nuit  de  la  Nativité. 

206  Jésus,  le  fils  de  Dieu,  le  vrai  Roi  des  Saints, 
Nous  préserva  de  tout  souci, 

Jésus,  le  vrai  Roi  des  saints,  à  [son]  heure. 

207  Son  corps,  son  sang,  bellement,  sans  regret. 
Tous  ses  membres,  notre  doux  Seigneur 
Les  employa  avec  ardeur  à  nous  sauver. 

208  Par  son  amour  divin,  l'Innocent, 

De  chagrin,  de  molestation  et  d'effroi 
Nous  tira  tous  par  véritable  amour. 

209  Oui,  nous  avons  été  tirés  de  toute  espèce  de  langueur. 
Par  Dieu,  le  Roi  du  monde,  au  cœur  aimant  : 

Jésus  nous  a  bien  vite  secourus. 

210  Hélas!  dans  l'angoisse  et  la  sueur  glacée, 

Et  l'extrême  fatigue,  avec  beaucoup  de  douleurs. 
Il  nous  a  rachetés  par  la  froide  mort. 

211  Pour  nous  tous,  petits  et  grands, 
Sur  la  croix  de  bois  il  s'étendit. 
Sur  la  croix  il  souffrit  ses  douleurs. 

212  II  y  fut  Hé  si  rudement 

Que,  de  la  tête  aux  pieds,  il  était  tout  en  sang. 
Ce  Roi  du  monde,  à  cause  de  nos  crimes. 


I .  Noël  dont  l'air  est  populaire. 


Anciens  Noëls  bretons.  3  r 


XVI I 

205  Nouel  !  Nouel!  Nouel  !  Nouel! 
Ganet  voe  en  enff^  hac  vuhel 
Map  e  quentel,  nos  Nedelec.  . 

206  Jesu,  Map  Doue,  guir  Roue  an  sent, 
Hon  gueureu  salo  a  pep  baluent, 
lesu,  guyr  Roue'n  sent,  e  quentel. 

207  He  corff,  e  goat,  caezr,  hep  aezrec, 

E  holl  mempraou  hon  Autraou  chuec 
A  laquas  choantec  don  recour. 

208  Dre  carantez  diuin,  Dynam, 
A  queuz  ha  molest  ac  estlam 
Hon  lamas  flani  dre  guir  amour. 

209  Lamet  omp  franq  a  pep  langour 

Gant  Doue,  Roue'n  bet,  a  caudet  flour, 
Jesu  presour  hon  sycouras. 

210  Allas!  en  angoes  ha  chues  yen, 

Hac  en  scuys  stanc,  gant  meur  ancquen, 
Dre  an  maro  ien  hon  dazprenas. 

211  Euyd  omp  glan,  bihan  ha  bras, 
En  croas  pren  en  em  astennas, 
En  croas  ez  gouzaffas  gloasaou. 

212  Quen  tcn  cnn  y  ez  voe  gryet, 

A  pen  dan  troat  maz  voe  goadet. 
Roue  an  bet,  dre  hon  pechedaou. 


1 .  Nouel  pc  a  heny  an  ton  so  commun. 

2 .  Liseï  cU'tT. 


ji8  H.  de  La  Villemarqué, 

213  II  fut  attaché  outrageusement  avec  des  clous, 
Tiré,  au  point  que  l'on  comptait  ses  articulations  ; 
Par  tous  les  membres  on  le  cloua. 

214  En  tous  ses  membres  des  plaies  profondes, 
A  la  tête,  au  front  et  au  cœur. 

De  toute  manière  on  l'accabla. 

215  Quand  il  fut  étendu  sur  la  croix  de  bois, 
Sur  la  montagne,  ses  deux  bras  disloqués. 
Pour  nous  tous  il  pria. 

216  Et  Marie,  sa  mère,  tressaillant 

De  regret  et  de  douleur,  en  le  voyant, 
Avait  le  cœur  grandement  affligé. 

217  Jésus  mourut  d'une  mort  cruelle; 
Il  inclina  sa  tète  divine 

De  douleur,  en  nous  rachetant. 

218  Le  cœur  de  Marie  était  navré; 

D'un  glaive  de  douleur  il  fut  traversé, 
Qiumd  on  le  descendit  vers  elle. 

219  Et  versant  des  larmes  amères, 
Elle  contemplait  les  blessures 

Les  traces  des  clous,  les  grands  trous. 

220  Hélas  !  quand  il  était  en  croix  sur  la  montagne. 
Il  ne  resta  ni  dans  ses  jambes  ni  dans  ses  bras 
Une  seule  goutte  de  sang  qui  ne  fût  tarie! 

221  Par  la  douleur  de  votre  Passion, 
Jésus,  pardonnez  à  tous  les  Bretons, 
Surtout  au  peuple  Léonnais, 

(A  suivre.) 


i 


Anciens  Noëls  bretons.  3 1 9 


213  Staguet  voe  outraig  gant  tachaou, 
Tennet,  maz  contet  e  joentaou; 
Dr'en  oll  mempraou  en  enclaouat. 

214  En  oll  mempraou,  goulyaou  don; 
En  pen,  en  tal,  hac  en  calon. 

En  pep  facçon  en  estonnas^ 

215  Pan  voa  en  croas  pren  astennet, 
Oz  crech,  e  dyoubrech  dylechet, 
Euyd  omp  geuffret  ez  pedas. 

216  Ha  Mary,  e  mam,  estlammet 
Gant  ceuz  ha  trauel,  oz  sellet, 
A  voe  he  caudet  ceuzet  bras. 

217  lesu  a  maro  garo  a  marnas; 
E  pen  diuin  a  anclynas 

Pan  bon  prenas,  gant  dyufflaster. 

2 1 8  Calon  Mary  a  voe  gryet  ; 
Gant  clezLi  a  ceuz  esteuzet, 
Pan  voe  dysquennet  de  nietaou. 

219  Hac,  en  un  gouelaff  gant  caffiiou, 
Ez  selle  hy  an  goulyaou, 
Roudaou  an  tachaou,  toullaou  bras. 

220  Pan  voa  en  croas,  allas  !  ouz  cnech. 
Ne  chommas  barr  en  guarr  na  brech 
Goat  un  bannech  na  dysechas  ! 

221  Dre  an  casty  ho  Passion 
lesu,  pardonnct  pcp  Breton, 
Dreyst  pep  nation  Leonys. 


1 .  Liseï  estoïiat. 


NOTES 


ON 


WELSH    CONSONANTS 

BY   DR.    M.    NETTLAU 
(Suite') 


56.  Irrational  syllables  containing  m  are:  yn  'myddangos, 
C.  few.  T.,  p.  56,  mae'  myddangos,  yn  rhwbeth  mygenach 
p.  258  (yn  mgenach  p.  309;  amgen),  yn  myddanos  p.  481 
(ymddangos).  Cf.  mysangu  to  trample,  a  standing  metathese 
for  ymsangu  (but  what  is  maesing  ?);  on  this  word  and  other 
synonyms  see  Y  Cymmr.,  IX,  p.  81,  n.  i. 

57.  Real  metatheses  of  r  and  1  seem  to  exist  in  the  follo- 
wing  words,  a  part  of  which  is  peculiar  to  certain  dialects. 

I.  vowEL  +  L,  R  -f-  coxs.  :  Latin  pullicantus  becomes  pyl- 
gain  in  South W.,  plygain  in  NorthW.,  as  stated  by  D.  S. 
Evans,  Uytbr.,  Rlu's,  ArcJ).  Cambr.,  loamuordss.  v,  pullicantus, 
Spurrell,  o'm;;/?;/.5  99;pylgainin  Glamorgansh.,  YGcnincn  III,  . 
p.  19;  cf.  pilgeint  B.  of  Carm.,  p.  8,  35,  37.  —  Hughes 
1822  :  NorthW.  crybwyll —  SouthW.  coffhau  ;  Sp.  :  cyr-  cor- 
cry-  cre-bwyll;  B.  ofCann.  Sk.  28  kirpuill,  B.  ofTal.  kyrbéyl- 
letor  Sk.  4),  kyrb6ylleis,  a  gyrbôyllei  B.  of  Herg.  col.  633; 
nyscrybwyllir  yno  LI.  Giv.  Rh.  p.  31,  a  rygyrbwyllassei 
p.  2,  etc.  —  dyrchafael  and  drychafael  occur  both  in  Middle- 
welsh  manuscripts  ;  certain  SW.  texts  seem  to  prefer  dry- 
chafiiel,  but  in  most  of  the  greater  texts  both  are  used  so  in- 
discriminately  that  statistics  of  the  frequency  of  their  oc- 
curence  seem  to  be  the  only  means  to  trace  some  rules  in  this 

I.  Voir  t.  IX,  p.  164;  t.  X,  p.  105. 


Notes  on  Welsh  Consonants.  321 

matter.  Cf.  arderchauel  A  p.  15  ;  a  dirchafuy  B.  of  Carm., 
Nr.  18;  L.  p.  167  dyrchauel  —  R  dyrchauael  —  I,  O,  P, 
O,  5  drychafel  ;  L  p.  215  drychauel  ;  S  p.  544  drychafael; 
T  =  Harl.  Ms.  958  has  d}Tchauel  f.  4  b,  but  drychauel  nearly 
always  besides  this  case,  as  also  V  (Harl.  Ms.  4353);  LL  Gw. 
Rh.  dyrchauawd  p.  247,  dyrchafyssant  p.  123,  etc.,  darchauel 
p.  246.  Sal.  N.  T.  derchafael  f.  400  h,  darchefwch  f.  123  a; 
drychafyssant  f.  382  a,  drychafont,  drychafasant  (Huet).  Add. 
Ms.  14986  drychef  f.  27  b,  ac  yn  ychel  drchefwch  f.  29  a  (cf. 
14974,  f.  75  a  i  brnhawnfwvd  :  f .  78  b  dan  hyrnhawnvwvd); 
Add.  Ms.  14973  (Rees  Prichard)  ymddrachafo  f.  85  b,  pan 
drachafer  f.  89  b;  CyC,  1672:  derchefwch  p.  513,  dercha- 
fiad  etc.,  gan  eu  drycha  tu  ar  mynydd  (marg.  derchafu) 
p.  116,  etc.  —  Occasional  metathese  :  naskadranhao:  kadar- 
nhau  Ms.  L.  f.  94  b.  —  ffyrlling  and  ffryllyng  ffeordling), 
Powel.  —  Cf.  also  pylor  :  pluor  :  powdr  gwn  and  pluor  :  dwst  : 
powdr  in  W.  Lleyn's  \ocahuJary ;  yn  dwst  ac  yn  blwr  Ll.  Giu. 
Rh.  p.  3.  golud  and  gloud,  Spurrell,  graiiiinJ  99. 

58.  II.  L,  R  +  vowEL  +  CONS.  :  prydnawn,  B.  of  Herg. 
col.  745  a  phrynha6n,  col.  726  a  phrynha6ng6eith  ;  Add.  Ms. 
12193  (15 12)  pyrnhawn  f.  16  a,  16  b  (four  times)  ;  Sales- 
bury,  dict.  Kino  echwydd  ne  pyrnhawnfwyt,  nonemeat;  Y 
Gzuyl.  1823,  I,  p.  141  pyrnhawn  is  printed  several  times  from 
a  Ms.  of  Angharad  Llwyd;  on  Ms,  14974  see  §  57.  —  Addit. 
Ms.  14913  Gryffydd  f.  84  b,  Gyrifydd  ib.  (1609).  —  ysco- 
lucthuMs.  BoiBrudy  Tyw.  p.  124  :  ysclyfaethu,  B.  ofHcrg.; 
3'sglyfaeth  Sp.  —  entrych  and  entyrch  Davies,  dict.  —  try- 
dcdd  or  tyrdedd.  Byegones  1883,  p.  234.  —  dorstau,  dorstaô 
for  drosta6  in  Mss.  E  and  S,  see  Y  Cyiiiuir.  VIII,  p.  130.  — 
trwstan,  alicubi  twrstan,  infelix,  infliustus  Davies,  dicl. 

59.  r  seems  to  be  in  certain  positions  of  weak  articulation 
in  the  spoken  language  since  it  is  often  omitted  in  popular 
tcxts;cf.  wth  (wrth)  often  in  Yr  Arw.,  common  in  Ncath  ; 
ty'd  for  tyred,  tyr'd,  Yr  Arw.  ;  see  Sweet,  p.  428-9:  sddwn 
in  Neath  satwn,  siswn  but  plur.  sis'irna  ;  but  garddwn  (=ard- 
dwrn),  pi.  garddana  (the  unstressed  form  was  her  generalizcd); 
kwlit  (coverlet).  Merionethsh.,  C.  feiv.  T.  wrth  gw's  (of 
course),  Rhisiat;  yny  palment  (also  Addit.  Ms.  3  106 1  f.  49  a); 


^22  Neitlau. 

S.  C.  yn  arfe'u  I  p.  292.  pétris  (Powel)  =  pertris  LL  Giv. 
p.  125,  cf.  also  partrissot  Didr.  Casgl.  p.  234,  238,  patrissot 
p.  235  (Oâericus'  travels),  —  In  Mss.  of  the  i6th-i8th  cent, 
thèse  coUoquial  forms  also  occur,  though  a  part  of  them  evi- 
dently  can  not  be  discerned  from  scribal  errors;  cf.  Add.  Ms. 
14986  (i6th  cent.)  onestwydd  f.  27  a,  bénin  f.  33  b,  y  por- 
thor  f.  37  a,  ymadd  (ymladd)  f.  37  a,  Sioseff  barniathia 
f.  20  b  —  bamathi  f.  21  b;  Add.  Ms.  14973  dvw  Mawth 
f.  61  a  (1628);  Add.  Ms.  14919  pudan  f.  139  a,  o  gythrev- 
liaid  f.  139  b  —  y  kythevliaid  f.  140  a  (a  Ms.  oi  Piirdan  Pa- 
dric)  ;  Add.  Ms.  15038  mastr  pothor  f.  60  b  =  y  Meistr  Por- 
thorin  Ms.  14973  etc.  Every  single  example  may  be  doubted 
at,  taken  separately,  but  taken  together  they  prove  the  same 
tendency  as  in  the  modem  language,  to  pronounce  indistinctly 
or  to  drop  chiefly  the  unstressed  r  and  1. 

60.  Some  groups  of  consonants  containing  r  and  1  are 
either  separated  by  svarabhakti  or  altered  in  varions  ways  by 
metatheses,  assimilations  etc.  Especially  the  altérations  ofsome 
dentals  are  of  interest.  The  examples  which  I  collected  are  : 

r-l  :  ri  becomes  rll  (cf.  also  the  English  loanwords  garlleg, 
ffyrlling,  Powel),  liable  to  become  11  :  in  the  compounds  with 
the  préposition  gor-  rll  and  11  arise  ;  cf.  gullevin,  gulleugin  L. 
Landav.  ;  yg  golle6iga61  eigaén  B.  of  Herg.,  col.  3  i  ;  goUewin 
and  gorllewin  Sp.,  cf.  also  dr6y  othrymder  Ms.  S  f.  66  b, 
hep  othrymder  f.  86  a;  gorymgu  (ch  later  inserted)  in  Add. 
Ms.  19709,  f.  II  a;  in  modem  compounds  the  destitution  of 
the  second  élément  has  been  introduced  by  analogy,  cf.  gorlif 
etc.,  D.  S.  Evans,  Ilythr.,  §  124,  3.  —  SouthW.  allwys  = 
arlloesi,  see  Beitr.  §  106.  —  an}'  dallenasoch,  Sal.  N.  T.  — 
erllynedd  and  ellynedd,  anno  praeterito  Davies  dict.,  cf.  yr- 
llyned,  B.  of  Herg.  col.  757  (3),  yr  llened,  col.  757;  eleni 
ib.  ;  léon,  hevlene,:  cornouaill.  hellène,  R.  C.  VII,  p.  309, 
VIII,  p.  504;  leni  :  blynydd  reminds  of  trefi:  trefydd,  and 
the  2nd  sing.  près,  in  -i  and  -ydd  etc.  ;  leni  is  probably  a 
casus  obhquus  of  blynydd,  but  this  is  for  blyddyn  (blyddyn- 
edd,  D.  S.  Exàns,  dict.,  corn,  blithen,  bret.  blizenn);  bhvydd, 
bhvyddyn,  bhvyn  (ene  uuluyn,  Ms.  A  of  the  Laivs,  pp.  3,  9), 
blwynydd,  ir.  blladain  bave  the  original  diphthong*ei  kept, 


Notes  on  Welsh  Consonants.  32  j 

which  became  *i  in  case  of  the  accent  being  on  the  termi- 
nation  of  this  old  n-stem.  The  metathesis  of  d  and  n  can  only 
hâve  given  blynydd,  so  -i  in  eleni  is  an  analogical  imitation 
of  the  declension  of  those  nouns  in  -ydd  which  are  old  stems 
in  -)0-.  From  this  \ve  may  conclude  that  they  had  -i  in  this 
casus  obHquus.  elenid  seems  to  contain  a  deictic  affix  Hke 
ucho,  uchod,  iso,  isod.  —  Sweet  p.  429  gives  gerUig  for  gel- 
laig,  ellaig  (pcars)  ;  it  may  be  a  wrongly  reconstructed  form, 
since  other  11  sprang  really  from  rll. 

61.  r-b.  r-p  :  rff  is  also  liable  to  become  fF:  cf.  y  kyuaffei, 
Clcop.  B.  5,  f.  80  b;  daffar  :  darparu,  W.  Lleyn's  vocabulary ; 
goffwyses  (gorphwysais)  is  mentioned  in  Y  Giuladgarivr 
(Aberdare),  6,  10,  1860. 

;/;  daru  for  darfu  is  fréquent  in  the  NorthWelsh  dialects, 
cf.  be  haru  chi  hyiddiw  =  pa  beth  ddarfu  i  chwi  heddyw,  Yr 
Ariv.  17,  7,  56;  be  haru  ti,  C.  f'eiu.  T.  p.  337.  —  o  Gna- 
fron  for  o  Gaernarfon  occurs,  Yr  Anu.  30,  10,  1859. 

62.  //'  ;  In  a  certain  part  of  Ms.  A^  in  which  sh  and  h  for 
th  are  often  used,  kereis  p.  57,  kereiht  p.  77,  kereishiaul 
p.  58  etc.  occur  besides  keuerit,  p.  63  andkefreihtib.  —  cyfry- 
sedd  Sp.  ;  cywyrsedd,  dimet.  crwysedd  (Sp.),  contentio  Da- 
vies  dict.  —  llwfr  and  llwrf  coward,  Bycgones  1883,  p.  234, 
Sp.  ;  Hanes  yjfydd,  1677,  gloss.  NorthW.  Uyrfion  (plur.)  =  di- 
galon,  diog;  LL  y  Resol.  NorthW.  llyrfder  =  gwangalondid. 

fl  :  On  NorthW.  taflu  :  SouthW.  tawlu  see  §  97.  — 
NorthW.  taflod  =  SouthW.  tawlod  f.  a  loft,  Rhys,  Arch. 
Cambr.  loanwords  s.  v.  tabulatum.  —  cofleidia  and  cowleidia, 
Sal.,  N.  T.  —  côl  for  cofl  in  Williams"  (Pant  y  Celvn) 
hymns,  cf.  Y  Tracth.  1870,  p.  413  ;  côl  in  SouthW.,  Hughes 
1822.  —  Sp.  has  gwarthafl  and  gwarthol,  stirrup  ;  in  Middle- 
Welsh  texts  cf.  warthaflcu  B.  of  Hcrg.  col.  812,  gwarthaulcu, 
yny  warthafyl  etc.  LL  Giv.  Kh.  p.  56,  68,  127.  gwarthol  may 
contain  the  suffix  -ol,  cf.  penwag  and  pennog  herring,  but  this 
assumption  is  not  necessary.  —  syflyd  and  sylfyd,  to  move,  to 
be  moved.  Richards  dict.  —  Yr  Amserau  :  mi  cvwlogodd  9, 
10,  1849  ;  ib.  brecwcst;  cwleustra,  cwarfod,  tawiud,  wel  ene, 
camddewnyddio,  23,  i,  1850;  cweithu  (cyfieithu)  27,  8, 
185 1  ;  cwarwod  31,  12,  185 1. 


324  Neîilau. 

63 .  ;■//;  ;  I  cannot  explain  the  following  words  quoted  hère 
from  W.  Lleyn's  vocahulary,  whence  they  are  given  in  the 
dictionaries  :  aelgaeth,  aelgeth,  aelgerth  :  gên,  clicied  gên  (the 
cheekbone,  the  jawbone)  ;  elgeth  :  aelgeth  :  gên,  boch;  Davies 
dict.  aelgerth,  aelgeth,  aelgaeth,  elgeth,  mentum,  maxilla;  el- 
geht,  corn,  vocab.  ;  bret.  elguez  CathoL,  elgez. 

rd  ;  SouthW.  cerdin  =  cerddin,  see  §  39.  —  Engl.  mur- 
der  :  dimet.  mwrddwr  (Powel).  — Final  rd  became  rt  (the 
same). 

tr  :  final  tr  becomes  t  :  e.  g.  cebystr  Zeuss,  Gr.  Celt.  2, 
p.  176;  L.  Morris,  Add.  Ms.  14944,  f.  56  a:  cebystr  vulgo 
cebyst  in  Anglesey  a  sheat,  a  part  of  the  'plough  ;  elsewhere  a 
stilt;  the  sensé  of  halter  is  only  preserved  «  in  an  obsolète 
curse  :  y  cebyst  am  eich  gwddw,  the  halter  about  your  neck  !  » 
Also  final  thr  and  dr  become  th  and  d  ;  cf.  Sal.  N.  T.  f.  8  a 
marg.  odieth,  angwanec,  f .  7  b  o  ddyethr  (onid);  Yr  Arw. 
fewyth  13.  II.  56  ;  arad  etc.  Thr  is  also  transposed  into  rth  : 
cf.  5"  =  Addit.  Ms.  22356  e6yth(r  written  above  th).)  f.  115  b, 
na  nai  nac  e6rth  f.  115  a  ;  ytbrâid  dy  ewyRîhr  û  iwyf,  Stowe 
672,  f.  183  b;  the  cvnghanedd  requires  ewythr,  but  ewyrth 
the  scribe  evidently  had  in  mind.  Y  Drych  crist.,  1585  :  mywn 
gwlad  dierth  Di  ;  talmithr  :  tamyrth  (sic)  :  ebrwydd  W.  Lleyn; 
hence  Davies  dict.  :  obsolète  talmithr,  corrupte  talmyrth  im- 
provise, repente,  subito  ;  oddieithr  and  oddigerth,  Rowlands 
gramm.^,  p.  116;  ewyrth,  ewrth,  dierth  occur  in  ail  modem 
dialects;  also  oddigerth.  —  Cf.  also  maleithr,  malerth,  blain, 
kibe  Sp.  dict. 

64.  The  groups  dl  and  dn  are  variously  altered  ;  the  den- 
tals afford  the  most  interest,  since  d  changes  often  with  dd; 
some  of  thèse  dd  are  So»thWelsh  and  perhaps  the  early  de- 
velopment  of  the  svarabhakti  into  a  fuU  vowel  in  the  Southern 
dialects  is  the  cause  of  this  change,  d  being  posed  at  an  early 
period  between  vowels  and  regularly  becomingdd.  Thèse  phe- 
nomena  are  very  fréquent  in  Breton,  cf.  e.  g.  Welsh  hydref 
—  cornouaill.  miz  edro,  miz  hère  —  vann.  miz  ezre  —  léon. 
miz  here(Troude)  etc.  ;  much  examples  are  given  in  Ernault's 
article  in  Revue  Celt.  V,  pp.  124-8. 

65.  Cf.  E.  Lhuyd,  Arch.  Br.  s.  v.  tenax  :  gwydyn,  SouthW. 


Notes  on  Welsh  Consonanh.  ^2 S 

gwyddyn  (gwydn,  gwyddn  tough,  clammy  Richards,  dict.)  — 
gwadn,  gwaddn  base  sole,  Sp.  ;  godentruit,  planta.  Corn,  vo- 
cah.  —  cadno,  the  SouthWelsh  word  for  fox,  Ckop.  A  14 
(Ms.  IV),  f.  102  a,  kadno  f.  90  a;  cadnaw,  cadno,  dimet. 
canddo  Davies  dut.;  L.  Morris,  Add,  Ms.  14923,  f.  134  a 
SouthW.  cadno,  cedni  =  NorthW.  Ihvynog,  -od;  the  same  is 
stated  in  Y  Gîuyl.,  1828;  Jones,  Hist.  of.  Breconsh.  I,  p.  2: 
cadno,  pronounced  canddo  is  the  only  word  for  fox  used  in 
SouthWales;  Ll.  Achaii  1602,  p.  19  kadno  where  also  y  wadd 
occurs,  (cf.  Y  Geninen  III  p.  19  :  Glamorgansh.  y  wadd  = 
Northw.  twrch  daear  (mole).) 

66.  The  same  altération  of  dn  as  in  cadno  took  place  in 
the  name  of  the  town  of  Brecon  Aberhonddu.  Cf.  the  follo- 
Nving  références  for  the  names  of  thèse  rivers  :  Nicholas,  History 
of  Glainorgansbtre,  1874,  p.  40  prints  from  a  document:  et 
mémorandum  quod  filii  Morgan  Cadewalthan  (=  Cadwallawn) 
habent  Glynrotheni;  ib.  p.  134  (from  the  ijth-iSth  cent. 
GIa))wrgansbire-pedigrees,  éd.  by  Th.  Phillipps)  :  Glynrondde  ; 
Glynroddney  in  Merricks  Hist.  of  Glam.,  éd.  Th.  Phillipps, 
p.  25,  the  well  knowm  Rhondda  Valley.  Hodni  and  Honddu 
are  evidently  identic  with  *Rhodni,  Rhonddu,  see  §  48.  Cf. 
the  article  on  Llanthony  Priory  in  Monmouthshire  (by  G. 
Roberts,  Arch.  Cambr.  I,  i,  p.  201-245  where  Landevvi  Nan- 
thotheni,  Nanthonddye  (Leland,  V,  p.  69)  etc.  are  given  ; 
bet  hodni,  L.  Lmidav.  ;  Lantodheni  (Ms.  R.  B.  Lanthodheni) 
Gir.  Cambrensis,  VI,  p.  9  ;  ib.  ÇRoll's  édition)  p.  20,  note  : 
the  river  Hodni  or  Honddu  ;  Aberhodni  or  Aberhonddu,  the 
city  of  Brecon  (cf.  o  Dre  Aberhonddi,  L.  Dwnn,  Her.  Fis.  I, 
p.  112).  L.  Morris  in  Celtic  Remains  (éd.  by  D.  S.  Evans) 
quotes  from  poets  :  Hodni  a'i/raint  —  hyd  «ef/ry  (Huw  Cae 
Llwyd);  Rhyd  ynglynn  —  Rhodm  yngwlad  (Llewelyn  Goch). 
Edn  khtr  Yiodni  o/\iith,  GiuaithL.  GI.  Cothi,  p.  6. 

67.  Hoedl  life,  «  the  ancient  said  hoeddl  »  Richards  dict. 
probably  taken  over  from  Davies  dict.  which  I  cannot  ascertain 
at  this  moment.  The  older  poets  indeed  ordinarely  use  hoed- 
dyl,  anaddyl,  ceneddyl,  chweddyl,  etc.  Numerous  examples 
could  be  given  from  Add.  Ms.  14869.  — Ywethel,  Ms.  Tit. 
D  22  (sce    rC.-III);  Addit.    Ms.    14921   chweddcl  f.  46  b; 


p6  Nettlaa. 

achweddl,  achweddl  =^  chwedl  Davies  dict.  ;  chweddl  is  said 
(and  proved  by  the  texts  to  be  quoted)  by  D.  S.  Evans,  llythr. 
to  be  Southw.  ;  cf.  CyC.  1672  chweddel  p.  198,  cam- 
weddle  p.  419;  chwedleua,  to  speak  occurs  B.  of  Herg., 
col.  801  ;  ymddidan  (marg.  hwedleua)  Sal.  A^.  T.,  a  chwed- 
leyawdd  f.  381  b  (Huet);  L.  Morris,  Add.  Ms.  14944: 
chwedleua  sermonem  cum  aliquo  habere,  to  discourse  etc., 
dimet.  dialect  f.  62  a;  Add.  JMs.  14923:  SouthW.  chwed- 
leu,  whedleua  to  discourse  ==  NorthW.  siarad,  ymgomio 
f.  133  b;  dd  is  totally  lost  in  the  Gwentian  dialect,  cf.  pan 
boi  yn  weleia,  Y  Bcd.  1849,  VIII,  p.  147  (Monmouthsh.)  ; 
a  pha  beth  i  chi'n  wlya,  Y  Tyiu.  a'r  G.  (Llanelli)  1856,  p.  94; 
peidwcharosi  wleua  (Glamorgansh.)  =p.  a.  i  siarad  (North- 
wales),  Y  Gcnimn  III,  p.  19  ;  wedes  wrtho  am  beidio  wleua 
yn  y  ffordd  hyna  sha  fi,  Y  Fellten,  28  b,  1871;  whedlia  14, 
I,  47,  Yr  Ams.  ;  u,  i  for  eu  as  in  crulon,  Uuad  etc.  ;  in  Neath  : 
wlya  and  gweddal  (chwedl);  on  the  latter  see  Sweet. 

68.  dd  in  the  interior  of  words  is  also  lost  in  cered  for  cerd- 
ded,  cf.  Addit.  Ms.  14986  (i6th  cent.)  kered  ipt.,  f.  16  a; 
Seren  Goiiicr  185 1  :  cerwch  p.  99  (Glamorgansh,);  also  in  Y 
Bed.Vlll,  p.  174;  ipt.  cerad,  Yr  Arw.  30,  10,  59;  Sweet 
gives  ker,  kerad,  kersoch.  Perhaps  dd  was  first  dropped  in 
the  ipt.  cerdd,  go  !,  a  form  of  this  verb  perhaps  oftener  used 
than  others,  and  *cer  was  thence  transferred  by  analogy  in 
the  interior  of  the  word  ;  for  final  rdd  becomes  commonly  r, 
cf.  i'ncyfvvrni,  Yr  Arw.  24,  2,  59  (cyfwrdd,  cyhwrdd,  cwrdd), 
y  fïor  bach  hono,  y  ftor  26,  2,  57;  ftor  'hyny  C.f'ew.  T.;  bwr, 
pi.  bàrdda,  i  ff"wr,  pi.  ff"yrdd,  Sweet  p.  429,  436.  Cf.  also  ager 
and  agerdd  aestus,  vapor  Davies  dict.  and  the  old  Elidir  cos- 
coruaur  .i.  magnae  familiae,  Ms.  Vesp.  A  14,  f.  11  a  {de 
situ  Brech.;  cosgorddfawr). 

69.  On  ddl  cf.  SouthW.  anvollon  (U  is  not  Welsh  11)  = 
anfoddlon,  E.  Lhuyd,  Arch.  Br.  p.  226  c;  also  in  Y  Traeth. 
III,  p.  8  Northw.  boddlon  =  Southw.  bo'lon  ;  cf.  S.  C.  yn 
folon  I,  p.  212,  bolon,  anfolon  (Aberdare);  wy'n  folon,  Y 
Bed.  VIII,  p.  108.  —  bodlon  :  Sal.,  N.  T.  dda  iawn,  marg. 
vodlondda,  bodlon,  Y  drych  chr.,  f.  44  b;  Yr  Amserau  2,  8, 
1849;  boddlawn,  corrupte  bodlon,  Davies,  dict.:  ffy'londeb, 


Notes  on  Welsh  ConsonanU.  Î27 

C.  few.  T.  p.  338  (ffyddlondeb) ;  ffytlon,  Ms.  Ckop.  B.  5, 
f.  55  a,  ffythlondeb  f.  104  b. 

70.  Final  1  in  -dl,  -gl  -bl  is  commonly  dropped  ;  also  r  in 
-dr.  Cf.  anadl  (léon.  alan,  vann.  anal),  banadl  (kyn  uelynet 
a  blodeu  y  banadyl,  a  comparison  often  used  in  the  Mabi- 
nogion,  cf.  cols.  558,  559,  689,  824;  léon.  balan,  vann.  belan, 
banal;  on  mac'h-bonal  :  léon.  baz-valan,  see  Rev.  Celt.  VIII, 
p.  30);  danadl  (urtica)  :  *  danal  of  which  I  hâve  no  examples, 
and  danad,  cf.  banad  Sp.,  morddanad  (white  horehound  in 
Cardiganshire,  L.  Morris  Add.  Ms.  14944,  add.  to  Davies 
hotanolog.);  g6reid  y  dynat  coch,  Medd.  Myddfai,  B.  of  Herg. 
§  12  (roots  of  the  red  nettle).  Add.  Ms.  14912,  f.  89  b  marru- 
biuw  rubcu;;/ y  mordynat  koz;  f.  93a  urtica:  dynhaden.  E. 
Lhuyd,  A.  Br.  p.  230  b:  Kadwalad,  amherod;  possib  (pos- 
sible); he  gives  :  Northw.  banhadlen,  banadl,  Southw.  ban- 
hallen,  pi.  banal  ;  of  *danal  I  hâve  no  example,  but  itis  the 
form  from  which  dalan  sprung,  cf.  dalan  poethion  (mentioned 
by  Schuchardt,  AugshurgQV  Al Igemeine  Zeitung,  1876,  p.  2554 
b);  banhaddlen:  Add.  Ms.  14912,  f.  37  b  ryw  bren  yssyd 
debic  yr  banhatlen  ;  cf.  ib  or  g6ynt  y  anaddyl  f.  64  a,  hiddyl 
f.  58  a;  t  =  dd. 

71,  So  danadl,  danad  and  dalan  occur;  Davies  dict.  has 
dynadl,  dynad  urtica;  the  etymological  connection  of  this 
Word  with  the  following  ones  from  other  Celtic  languages  is 
not  clear  to  me  :  Ir.  Neanaid  .i.  ncantôg  O'Cl.,  nenaid  Corm. 
B,  see  Windisch  dict.  ;  neanaidh,  neantôg,  néant  and  neantôg 
Lhuyd,  Arch.  Brit.,  mairbhneanntog,  deadnettle,  blind  nettle 
P.  O'Conor;  deantôg.  feantog,  neantôg  OReilly^;  gael- 
eanndag,  feanndag,  eanntag,  conntag,  ...  teag,  ianntag  Arm- 
strong  s.  v.  nettle;  deanntag  (Shaw),  more  frequently  written 
ionntag;  eandag,  in  some  parts  of  the  Highlands  fcandag  : 
ionntag,  neanntag,  id.  ;  eanntag,  deanntag,  eanntagach,  Mac- 


1.  I  hâve  searched  several  of  the  Irisli  médical  Mss.  to  find  other  forms 
of  this  Word  but  did  not  succccd.  Cf.  c.  g.  de  uritica  .i.  doHiieandtoig,  ... 
brochai!  neanta,  ros  na  nenta,  ...  duillebur  na  ncnta  (Ms.  H  2,  17,  292a) 
and  the  gloss  nena  .i.  dubach  uel  nenat  .i.  nentocc  (Ms.  H  4,  22,  516  a). 
At  any  rate  I  am  certain  never  to  liave  found  dentog,  fentog  or  *cntog  in 
one  of  thèse  Mss.  nor  in  other  glossarial  collections. 


528  Nettlau. 

leod  1853  ;  feanndag,  -aige,  -an  f.  id.  Maux  undaagagh,  on- 
daagagh.  Breton  linhadenn;  inSarzeau  lêrad  (=  leinad),  Rev. 
Celt.  III,  p.  55;  Cornish  linhaden,  Y\n?iz{yoc.,  Lhuyd).  It  can 
hardly  be  assumed  that  Welsh  danadl  arose  by  means  of  dissi- 
milation  from  *nanadl.  (ir.  nenaid),  since  ir.  deantôg  besides 
neantôg  contains  also  d;  I  think  therefore  that  the  Irish 
forms  are  combinations  of  the  équivalent  of  Welsh  danadl 
and  ofthe  old  nenaid;  danadl,  if  connected  with  dant,  would 
require  an  Irish  word  commencing  with  *dët-,  which  was  by 
the  influence  of*nent  altered  into  *dent-  ?  Is  linhadenn  for  *din- 
hadenn  ?  Or  are  the  words  for  fiax  and  nettle  mixed  up  ?  Eanntag 
and  feanntag  would  présent  smaller  difficulties,  if  they  were 
noth  occurring  in  Irish  anâ  Gaelic  both  and  in  Manx  too.  — 
Welsh  dialects  show  interesting  forms  :  drynid,  drynitan  in 
Neath,  dyne?;tyn  in  parts  of  Carmarthenshire  :  a  most  curious 
form,  pointig  perhaps  to  the  former  existance  in  Welsh  of  a 
form  like  Irish  nenaid.  —  The  most  obvions  explanation 
seems  to  be  to  hold  deanntog,  danhadlen,  (linhadenn  ?)  to 
stand  for  *neanntog,  *nanadl,  (*ninhadenn)  ;  only  the  occur- 
rence of  d  in  hoih  Irish  and  Welsh  must  then  be  held  to  be 
of  a  purely  accidentai  character,  which  I  am  not  yet  prepared 
to  believe.  Certainly  the  dialects  still  contain  forms  which 
may  throw  light  on  this  question  as  dynewtyn  evidently  does 
in  a  certain  degree. 

72.  gl,  bl:  corwg,  acakaseofmutton,  Cardigansh.,  L,  Morris 
Audit.  Ms.  14944,  f.  54  a  (trunk,  carcase  Sp.),  cwrwg  or  co- 
rwgl,  a  carcase  of  méat,  Cardigansh.,  ib.  {.56  a.  mwswg, 
mwswgl,  mwswn,  mwsogl  (moss,  Sp.).  C.yC,  1672  perig 
p.  136,  dysgib,  mwnwg  in  rhyme  with  golwg  p.  8  (cf.  m5'n- 
wg^d  Ms.  Clcop.  5  5,  f.  24  b,  mwnwgl  (marg.  wddwg)  Sal.  N. 
T.  f.  28  b,  ei  wdhwg  neu  ei  fynwgl,  Y  drychcr.  f.  17  b,  tûth 
milgiaidd,  kefngochwys,  mynyglflew,  garw  allt  etc.,  Add. 
Ms.  31055  f.  3 6  a  (Araith  Gwgan)  ;  Rhaesus,  orainru,  1592  ma- 
niigyl,  pi.  managleu  et  septentrion,  dialecto  mwnwgyl).  Sweet 
p.  429  :  hiddig,  perig,  rhisg,  posib,  but  anadl,  banadl,  etc. 

73 .  Other  groups  containing  liquids  are  occasionally  altered, 
cf.  seldrem  a  bundle,  «  some  say  sedrem  «  (Richards,  dict.)  ; 
S  ■==  Add.   Ms.  22356  ar  6r  eléissic  f.    100  a,  egl6ys  ib.  ; 


Notes  on  Welsh  Consonanîs.  529 

Add.  Ms.  15038  itrvyn  yngynion  y  brenhinodd  o  gwlen  a  de- 
chre  ynglynyon  y  grolith  f.  62  a  (englynion,  croglith);  Add. 
Ms.  14986  enlyn  (englyn)  f.  8  b,  arglwydd  and  arlwydd  Da- 
vies  o-;-.  p.  198;  E.  Lhuyd,Arch.  Br.  s.  v.  dominus  :  SouthW. 
arlwydd  (corn,  arluit  Voc,  arluth  P.;  f.  arludes  Voc,  cf.  in 
Add.  Ms.  1492 1  (Gwent.  dialect):  argwyd  (sic)  f.  32  b,  h-ag- 
Iwydd  f.  15  a  —  arlwydd  f.  44  b,  arlwyddes  f.  49  a,  yr  hvydes 
(=  i'r  arglwyddes)  f.  50  a,  Iwyddes  also  f.  49  a  (thrice), 
f.  49  b.,  at  yr  Iwyddes  f.  4  b.  Other  forms  occuring  in  this 
dialectal  text  are  :  crisnogaeth  f.  17  a  (st-n),  cf.  Add.  Ms.  14973 
(1640)  crisnogaid  f.  69  b,  yn  grisnogaidd  f.  100  b,  etc.;  mârfol 
f.  2  a  :  marolaeth  f.  1 1  b  ;  elwys  (as  in  5)  f.  16  a  ;  yslys  f.  1 1  b 
(ystlys  f.  12  a)  ;  in  the  end  of  words  :  mwnwc  f.  11  a,  mywc 
(sic)  f.  33  a,  yn  bossyb  f.  26  a,  dierth  f.  6  a,  56  b,  dinyst 
f.  19  a,  ffenest  f.  15  b  etc.  —  masnach  trade,  in  some  places 
masgnach  (Richards,  dict.-,  from  Davies),  cf.  Add.  Ms.  14986 
(i6th  cent.)  masgnach  f.  27  b  ;  Pwy  m  mysg  ein  peu  imsg- 
nach,  lolo,  Add.  Ms.  14944,  f.  123  a;  grwnach  =  grwgnach 
Sp.  etc. 

74.  In  the  following  w^ôrds  metatheses,  omissions  etc.  of  r  and 
1  occur  :  crwybr,  al.  cwybr  Davies,  dict.;  cf.  Powel  in  a  note 
to  the  text  printcd  from  Ms.  Tit.  D  22  in  Y  C.  III  :  crwybr 
scum,  a  honeycomb,  in  parts  of  SouthW.  hoarfrost  (llwydrew 
—  NorthW.  barug)  — llewych  and  Uewyrch,  Davies  gramiu. 
p.  197;  Gr.  Roberts  gramiu. ,  p.  71:  llewrch  tros  lewych  ; 
mein  llywychedic  5.  of  Herg.  col.  658;  Ll.  y  Res.  :  NorthW. 
llewych  =  Uewyrch.  —  bretheirio  belche  Sal.  dict.;  bretheirio, 
brytheirio,  bytheirio  Davies  dict.,  E.  Lhuyd,  Arcb.  Br.  s.  v. 
ructo  :  dimet.  brytheirio  ;  blytheirio  Sp.  ;  gan  fytheirio  S.  C. 
III  p.  604.  Chwefror  and  chwefrol,  see  §  23.  ysgrawhng  and 
ysglowring,  Richards  dict.  Alistodlus  Add.  Ms.  14913,  f.  71  a; 
Alcsdottlys,  Y  Brylhon  1860,  p.  4  (from  a  i6th  cent.  Brit. 
Mus.  Ms.);  —  moron,  sing.  moroncn  et  corrupte  mororen, 
pastinaca,  pastinago,  cara  radix,  Davies,  dict.;  serrigl,  id.  quod 
nuncsienigl,  lacerus,  contritus,  ib. 

(^A  suivre).  Nettlau. 


Revue  Celtique,  X.  22 


THE  FER  DIAD   EPISODE 

OF  THE  TAIN   BO  CUAILNGE. 
(IL.  82a2i  — 88  b  52.) 


I  hâve  collected  the  texts  or  variants  of  the  principal  Dub- 
lin and  London  Mss.  of  the  Tain  Bo  Cuailnge  and  the  Togail 
Bruidne  D.i  Derga  and  propose  to  publisli  in  a  number  of 
articles  thèse  materials  and  the  conclusions  as  to  the  compo- 
sition of  thèse  texts  which  they  enable  us  to  draw. 

It  is  known  that  Prof.  Zimmer  has  stated  elaboratelv  and 
exhaustively  his  opinion  on  the  composition  of  thèse  and 
other  texts  oiLU.  (Kuhn's  Zeitschrift,  XXVIII,  pp.  416-689). 
I  shall  first  expose  in  what  points  of  principle  I  disagree  with 
him  with  regard  to  the  Tain  Bo  Cuailnge,  without  going  into 
détails  hère  and  without  anticipating  wdiat  the  resuit  of  my 
examination  of  the  other  Mss.  of  this  text  is. 

The  work  he  did  can  be  divided  into  two  parts.  First  he 
compared  the  LU.  and  LL.  texts,  deducted  LL.  from  LU. 
and  pointed  out  that  the  surplus  materials  in  LU.  were,  when 
also  told  in  LL.  in  another  way,  other  versions  or  when  not 
occurring  in  LL.  additions  from  another  source.  Résides  thèse 
plain,  mechanical  results  he  sometimes  identified  différent 
épisodes  with  différent  persons  etc.  in  LU.  and  LL.  on  ac- 
count  of  some  internai  similarity.  I  do  not  think  he  is  always 
right  hère.  If  there  had  once  existed  a  perfectly  uniform,  ar- 
tistically  arranged  text  of  the  T.  B.  C.  and  wt  knew  that  our 


The  Fer  Diad  Episode. 


•)  1 


Mss.  représentée!  corrupted  versions  of  this  idéal  text,  then 
such  reasoning  from  a  more  or  less  esthetic  standpoint 
might  be  required.  But  ail  probability  is  against  this.  We 
know  so  little  of  what  amount  of  Irish  traditions  existed  still 
when  thèse  texts  were  first  written  down,  and  how  much  had 
already  been  lost  or  corrupted  and  confused  then  and  later 
on  down  to  the  time  of  our  Mss.,  that  we  hâve  no  right  be- 
forehand  to  identify  épisodes  the  présent  similarity  of  which 
may  as  well  be  the  conséquence  of  some  later  esthetising  and 
relining  labours  spent  on  our  text.  Zimmer  f.  i.  identifies  Cu- 
chuhnn's  (LU.  67  b  17-25)  and  Sualtam's  (LL.  93  a  31  etc.) 
warningsto  the  Ulstermen  (/.  c,  pp.  480-81).  The  LU.  pas- 
sage corresponding  to  LL.  93a  is  not  kept,  but  in  the  YcIIoiu 
Book  of  Lecan  (H.  2,  16)  an  account  about  like  that  in  LL.  of 
Sualtam's  warning  and  death  is  given  to  which  is  added  : 
«  ciasi  bivad  alailiu  is  i;;na  cotlud  roboi  so  f(or)si«dliaic 
7  isde  dorochair  f(or)  asciath  oc  diuchtrad  ».  Would  Zimmer 
hâve  assigned  this  version  of  Sualtam's  death  on  the  «  stone 
of  the  hosta2:es  »  to  the  third  source  which  be  admits  so- 
metimes  or,  as  in  so  many  other  cases,  to  tiie  x-  version?  In 
the  second  case  he  would  not  hâve  identified  both  épisodes. 
Cuchulinn  sends  Loeg  to  the  Ulstermen  after  the  killinij;  of 
Loch,  and  according  to  Ms.  //.  2,  12  he  wanted  to  send  him 
there  also  duringthe  fight  with  Fer  Diad  (see  below,  7;).  We 
might  as  well  identify  ail  thèse  four  reports.  In  my  opinion 
the  old  sources  contained  ail  thèse  materials  and  the  onlv  ar- 
tificial  work  we  are  able  to  trace  is  that  the  author  of  the  LL. 
version  omitted  the  first  account  (^LU,  67  b)  believing  it  pro- 
bably  to  be  to  similar  to  the  second. 

The  second  part  of  Zimmer's  work  are  his  efibrts  to  prove 
that  a  certain  scholar  whom  he  even  names  (Flann  iMainis- 
trech)  composed  the  LU.  texts,  in  our  case  the  T.  B.  C. 
text  by  combining  and  amalgamating  two  difRrent  separately 
existing  versions,  namely  the  aa  version  (as  I  shall  call  the 
LL.  version  «  used  »  in  LU.,  which  is  not  identic  with  that 
contained  in  /.Z,.)  and  the  x-  version,  difiering  in  almost 
cvcry  point  from  the  aX  version  ;  in  some  cases  he  used  other 
Mss.  sources  too.  It  is  another  thing  to  state  the  palpable  fact 


^  ^  2  Nettlau. 

that  such  anJ  such  différences  exist  between  the  LU.  and  £1,. 
texts  and  another  thing  to  explain  the  genesis  of  the  LU.  text 
relyiiîg  ourselves  in  this  work  on  the  LL.  text;  for  the  fact 
must  first  be  proved  that  the  LL.  text  can  be  used  at  ail  for 
this  purpose.  This  question  dépends  on  whether  the  remarks 
of  Zimmer  (pp.  549-551)  on  the  language  of  the  x-  version 
are  deemed  sufficient  characteristics  of  the  différence  of  both 
«  texts  »  (LL.  and  x-  versions)  ornot^  For  otherwise,  Zim- 
mer's  aX  version  is  not  the  LL.  text,  and  is  not  kept,  neither 
is  the  x-  version,  So  he  composes  LU.  from  two  imaginary 
sources,,  one  of  which  is  assumed  to  hâve  contained  but  about 
the  LL.  text.  If  \ve  kiieiu  that  two  such  Mss.  existed,  nothing 
would  be  more  simple  than  his  démonstration  of  it.  But  as  \ve 
know  nothing  about  that,  his  démonstration  is  nothing  more 
than  the  merely  spéculative  statement  of  one  out  of  the  many 
abstract  mechanical  possibilities.  The  compiler  assumed  by 
him  might  just  as  well  hâve  found  this  or  that  amount  of 
amalgamation  of  différent  versions  already  done  in  the  Ms. 
or  the  Mss.  he  used,  and  subséquent  rédactions  may  hâve 
destroyed  traces  of  composition,  which  perhaps  one  column 
of  a  fortunately  kept  Ms.  might  hâve  reveiled  to  us. 

The  fact  which  I  wondered  at  long  since  is.not  that  LU. 
contains  différent  versions  or  what  appear  to  be  combined 
versions,  but  that  LL.  contains  only  one  «  version  »  or,  as  it  is 
better  to  say,  tells  every  thing  only  in  one  way.  This  appa- 
rently  uniform  version  contains  in  my  opinion  more  indi- 
vidual  work  than  LU.  Does  anybody  really  beHeve  this  ho- , 
mogene,  uniform  LL.  version  to  be  old  and  to  prove  any- 
thing  as  to  the  original  composition  of  the  Tain?  We  must, 
I  should  think,  assume,  that  when  thèse  texts  were  first 
written  down,  the  Mss.  assumed  soon  the  character  of  an  ac- 

I .  So  instead  of  assuming  with  Zimmer  the  occurrence  of  cocloth  nf 
Fergus  etc.  to  be  characteristic  of  the  x-  version  (p.  550),  we  might  as 
well  assume  that  the  author  of  the  LL.  text  choose  not  to  use  this  phrase 
when  he  found  it  in  his  sources;  in  support  of  this  may  be  mentioned  that 
in  the  Siège  of  Howth  LL.  115  b  31  has  :  cocuala  CuchCulainn)  whilst  Ms. 
Harl.  5280,  f.  55  b  reads  :  Coclos  ni  Cucul(ainn).  So  the  absence  of  this 
phrase  is  perhaps  a  better  characteristic  of  the  LL.  text  than  its  occurrence 
is  one  of  the  x-  version. 


The  Fer  Diad  Episode.  3  3  3 

cumulation  of  différent  accounts  of  the  single  épisodes,  dou- 
blets, confused  and  contradictive  reports,  the  naturalattributes 
of  every  collection  of  materials  in  thèse  credulous  and  naive 
times.  We  cannot  belief  that  an  uniform  version  like  xhtLL. 
text  has  been  collected  thcn  b}^  people  compétent  to  judge  au- 
thentically  what  belonged  to  the  same  «  version  «  and  v\'hat 
not,  and  that  such  a  text  should  hâve  been  handed  down  to  us 
nearly  (cf.  Zimmer,  p.  537)  not  influenced  by  other  Mss. 
sources.  And  not  only  this,  but  that  also  another  text,  being 
in  nearly  ail  parts,  we  must  say,  purposely  the  contrary  or  the 
négation  of  the  LL.  text,  has  been  kept  unaltered  in  the  same 
way,  namely  Zimmer's  x-  version.  The  slightest  proof  we 
might  require  for  this  is  that  the  existence  of  versions  be 
proved  at  ail.  Versions  oî  cvery  épisode  existed  of  course,  but 
no  versions  of  the  whole  text,  requiring  every  single  épisode 
to  be  told  in  the  same  way,  from  a  certain  internai  reason. 
What  is  now  seducing  to  farreaching  conclusions,  the  uniform 
character  oftheLL.  text,  is  clearly  nothing  of  old,  but  a  secon- 
dary,  purely  individual  artistic  production.  Hère  esthetic  con- 
sidérations may  set  in  to  try  to  find  out  why  the  LL.  man 
selected  in  every  single  case  just  his  and  not  another  version 
of  every  part  of  the  text  from  the  larger  materials  his  Ms.  or 
Mss.  contained.  As  to  the  LU.  man,  he  condensed  and  sim- 
plified  the  more  copions  materials  of  an  older  Ms.  or  or  iMss. 
and  was  anxious  to  make  his  work  as  short  as  possible,  for 
we  can  by  no  means  assume  from  mère  good  naturedness  that 
the  other  versions  of  parts  which  he  tells  similar  to  LL.  con- 
tained no  différent  materials  and  that  he  omitted  nothinii. 
Mss.  E^.  93  and  H.  2,  12  contain  facts  not  recorded  in  LL. 
and  LU.  (and  YtJJow  Bock  of  Lecan). 

This  is  my  standpoint  in  this  question,  before  I  acceed  to 
the  examination  of  the  other  T.  B.  C.  Mss.  I  do  not  say  that 
Zimmcr's  results  inusl  be  wrong  but  I  disagree  with  his  me- 
thod  of  looking  at  the  Irish  texts  as  if  they  were  the  delibe- 
rate  work  of  artists  in  which  case  it  would  be  natural  that  the 
simple  account  of  things  was  older  and  more  genuine  than  an 
apparent  conglomeration  of  doublets  etc. 

The  Ms.  standing  ncxt  to  LU.  is  Ms.  Eg.  1782  from  which 


^^4  Nenlaii. 

Eg.  Î14  is  copicd.  Ms.  H.  2,  16  (Lcc.)  is  of  the  LU.  cha- 
ractcr  but  independent  from  it.  I  know  no  exact  copies  of 
LL.;  the  young  Mss.  containing  a  modernised  LL.  text  as 
Stowe  Ms.  984,  Add.  Ms.  18748,  Eg.  209  show  some  small 
LU.  or  Lee.  influences.  A  third  class  of  Mss.  is  represented 
by  Mss.  £"0^.  93  and  LI,  2,  17  (the  latter  of  which  I  could  not 
yet  copy);  they  agrée,  often  Verbatim,  partly  with  LL., 
partly  with  LU.  but  sliow  on  the  whole  LL.  influences  be- 
sides  many  points  in  which  they  stand  alone.  It  is  a  pity 
that  they  are  only  fragments.  Ms.  H.  2  12  contains  a  part 
of  the  Fer  Diad  épisode  diflè^ing  from  LL.  and  the  other  Mss. 
(see  below).  The  Fer  Diad  épisode  is  besides  kept  in  a  num- 
ber  of  Mss.  (see  d'Arbois's  catalogue)  of  which  I  copied  Ms. 
£"0-,  106.  The  few  extracts  I  made  from  the  Fraiiciscan  Con- 

o 

vent  copy  show   that   thèse    young  Mss.    too  do   not  agrée 
amongst  themselves. 

For  the  Fer  Diad  épisode  then  I  used  Mss.  H.  2  î6  (Lee), 
H.  2,  12,  Eg.  209  and  106. 


The  following  articles  shall  contain  :  2.  the  B.  of  Lecan 
and  Eg.  1782  texts,  3.  the  Eg.  93  and  H.  2,  17  texts,  4.  the 
younger  LL.  texts,  5.  on  the  Mss.  of  theTogail  Bruidne  Da 


Derga. 


[i].  Eg.  106  :  ComhracFhirDhiaet  Chon  ccoluinn.  Bhadur 
cheithre  hoil  choi2;idh  Eirion«  on  luân  ria  samhuin  00  céud 
aoin  iarniombolg  ré  hncht  acheile.  7  Cù  chohiin;/  mhac  Su- 
bhaltaioh.  7  cjan  cet  foghla  na  dibhfeirge  acasan  ar  coimib 
Uladh  Et  Ul(aidh)  uile  san  cheis  naoidh(en).  7  ConallCernach 
comhromhach  accriochuibh  anaitlmidh  allmhunfM  ag  tabhach 
ciosa.  7  cânaUI(adh).  Ba  môrdmh  dûagh  Et  dochar  Con  cco- 
luinn frisin  ré  sin  oir  ni  raibhe  la  na  adh(aigh)  gan  comhrac 
nertmhur  naimhdighe  doror/;/uin.'  6  flieroibh  Eirionn.  gon(adh) 
an;î  romharbh  Cailitin  con(a)  shear/;/  mdcoibh  ficiod  Et  ro 
mharbh  Fraoich  m(ac)  Fiodh(aigh)  Et  môran  der/;/aibh  Et 
daitheas(aibh)  nach  ami>ibther  :m)i  so. 

Ba  dur  et  ba  doil(igh)  ré  Meidhbh  Et  hOilioU  an  ni  sin. 


The  Fer  Diad  Episode.  3  3  5 

[2].  LL.  81  a  21-31.  — Lee.  :  ^-^.  (21  ciafer  bad  tualai^g 
di;/gbail  C.  c.  dib.  adb(er)tsadar  7  ronertsadar  7  ronaidsetar 
ceithri  coicid  hE(renn)  cia  bad  choir  dothabairt  forath  in;migid 
Con.  c.  Atrubartadar  uili  corbe  incongenchnesach  ahirr«5 
Do/;/n(a)7zd.  infeidm  na(ch)fLiilingtlier  7  inbairi;7d  lecc  bratha 
aderb  chomalta  dil  dichra  fodeis/;/;  30  cid  nidar  leosoni  bai  ai- 
ciseom  asechna  7  aimdegail  fair  daig  coiJgnaidhi  i///bi  noconis- 
gebdis  airm  na  ilfebair). 

Est.  106  :  =;  22  tar  eis  gach  neithc  dhiobhsin  dodhe- 
namh.  Adubhradfl'/-  maithe  bfher  nEiren//  daitheasg  aoinfliir 
gc»/-bhe  — ;  25  oir  asag  aôii  bhuime  do  ronz/sad  cerdchagoile. 
Et  gaisgc  dfhoghluim  {Eg.  209  a  bfoghlaim  a  cccarda  goile  et 
gaisgidhc);  29  barr  gaisgidh  (Eg.  209  iomarcadh);  30gidhfdh 
on  bâ  tuairgain  darach  gho  do  dhorn(aibh).  7  bd  lamh  anedd 
nathrach.  Et  ba  leim  na  leab(  )  ar  leomli(ain)  do  chu- 
r(adh)  no  do  chathmhil(idh)  isin  chruin/^e  taobh  amuigh  do 
C.  c.  tccht  do  ciiumlirac  no  do  chomhlan;/  ré  Fer  Dia  s:i  bc 
dth  no  abhoinn  no  in//blier  forasaithfo//;  asgiath. 

Eg.  209  :  =. 

[3].  LL.  81  a  32-45. — L^r.  ;:---.  (3 4  daig  —  36V;37filid 
7  ass  dana  7  a^s  glamtha  gruaidi  arachend  f();/nder»tais  a 
xrad  7  a  aithised  7  a  ainfialad  conafligad  inad  achi;/d  forbith 
cotisad  ipupall  Mcd(ba)  7  Aililla  for  tana;  43  hisi»  uamu/î 
aimdcrctha  doib  ;  43  daig  —  45  V). 

Eg.  106  :  =  (37  iar^j-...  ar  ollamhnuibh  an  dun(aidh);  38 
go  ndcrndaois  ghlamh(adh)  et  aghriosadh,  a  a6r(adh)  7 
aathaisiugh(udli)). 

Eg.  209:  =  (37  draoighthc  et  oUamhnadh  an  dunagli; 
38  a  ghlamadh  et  aidlirugha  [cf.  45  aoidhre  =  aire],  et  athai- 
siugha  —  41  oin  et  aimnhe  et  easbliuidhe.  muna  ttisiugh  leo; 
41  nnir  —  42  nomaidc  V  /;/  Eg.  106  and  209). 

[4].  LL.  81  a  45-81  b  3.  —  Lee.  Tucad  ¥ind  abair  i(ngen) 
Med(ba)  7  Aill(illa)  f(or)  a  ieath  laim.  isi  ind  [Eindjabair  si//  no- 
gobad  laim  ar  cach  cuacii  7  arcacii  copan  dl-hir  Diad.  isi  no 
beired  teora  poc  fria  cach  copan  dib  si//  do.  isi  no  dailed  ubla 
firchubra  darseolach  alened  fair.  is(edh)  adberead  si  ba  {eol. 
610)  he  aleandan  7  atoga  tochmairc  do  fheraib  intxgail  Fer 
Diad.  INtan  robo  saithech  subach  so[tjarbailig  Fer  Diad  is  and 


336  -Nettlau. 

adb(er)t  Med(b).  maith  aile  a  Fhir  Diad  i;/fetairsco  ciafath 
maradgoired  isi;^  pupullsa.  nadedarsa  on  om  ar  Fer  Diad  acht 
degmaithi  fer  nEri;/d  and.  cid  ecoru  mobeitlise  and  anas  cach 
deg  lajch.  naded  on  am  or  Med(b).  acht  dathobairt  charp(at) 
tri  MU.  c(u)OTai  dait  7  ti7//thac/;/  dafiier  deac  7  cutriu//a  Maigi 
Murthemne  domin  Moigi  Au  7  bith  aCruachai/z  dogrcs  7  fin 
do  daii  f(or)t  and.  sairi  dochlai;zdi  7  docheniuil  dog;rs  gan- 
chain  cenchobach.  moduileand  dealc  oirsea  duit  ifaiiet  .x. 
fichit  uùga  7  .X.  fichit  leath  uùga  7  .x.  fichit  crosach  7  .x. 
fichit  cetramthan.  Fi/îdabair  mi;2gensa  7  ingen  Aililla  do  oen 
mnai  dait  7  comaid  domsliasaidsea  diaris  aléas  airsi/z  anuas  fo- 
geba. 

Eg.  106:=;  (45  anûair  dochon;/airc  Meadhbli.  7  Oilioll 
é.  do  ghabh  luthghair  môr  Idnadhbhal  iad.  Et  dochuuctar 
mar  araibhe  antaois  fcY//;ma.  Et  fritheoilte  é  (46);  47  Et  mar 
fuair  Meadhbh.  Et  F(er)  D(iad)  ar  chaoi  mheisge.  Et  mherai- 
ghthc.  ro  fhùraik/ar  comhadha  môra  dho  ara  dhul  do  chpmh- 
r(a)c  ré  C.  c.  .i.  thri  Cas  in  Lcc.)  shccht  ccomhal  do  dheargôr; 
5 1  gan  chiôs  gan  cliain  no  chosnamh  creiche.  no  cean?zach  do 
hcith  aramhac  na  ar  aua  go  bruin/ze  bratha  (i)  ;  3  agarabhaduir 
iomarc(adh)  do  bhuaidhuibh  fair). 

Eg.  209  :  =  (51  g(a)?/  chios  gan  cain.  gan  chabhlach.  gan 
dunagh.  gan  sluaghadh.  gan  eigin  dail  do  fein.  no  da  niliac 
(i)  ;  49  carp(a)t  thri  sheacht  ccomhail  (LL.  cethri). 

[5].  Lcc.  (nadeiris  [..]  orcach).  is  mora  na  comada  s'ui  7  na- 
haiscedha  s'in.  is  fir  on  or  Fer  Diad.  is  admora  7  cid  admora 
chena  a  Med(b).  is  acot  so  fo  deisi»  faicfidther  ma  dula  domsa 
inaidd  mochomalta  dochomrac. 

Eg.  106  (ajter  thc  first  pocm,  LL.  81  b)  :  Asmôr  na  comh- 
adha sin  ar  cach.  gidh  mor  ar  Fer  Dia  as  ag  Meidhbh  bheid 
uaimsi  Et  ni  haccamsa  ré  dul  do  chomhr(a)c  re  C.  c.  .i.  ré 
mô  chomhdhalta  Et  mfer  cad(aidh)  7  cummnn  Et  comhghais- 
gidh. 

Eg.  209  :  =  Eg.  106  Cafter  tJje  first  poevi)  ;  ni  budh  ha- 

gamsa  air  chamhr(a)c  do  dheana;;//;  le  mo  chomhdhalta  et  re 
mfear  cadaid  etc. 

[6].  Eg.  209  :  (aflcr  j)  et  a  dubhairt  an  laoigh  :  (^l'his  pocm 
occurs  also  in  Eg.  106  in  theplacc  of  the  pocm  in  LL.  82  b). 


o 


The  Fer  Diad  Episode.  j  Î7 

1.  Feaidhm  is  mo.  on  feidhm  is  mo.  camhracle  Cuchulain» 
chrô.  truagh  nach  deich  (Eg.  io6  dha)  ccead  dfearaibh  fail.  tig 
(do  thuitf(cdh))  a  mo  (um)  dhailfa  dhô. 

2.  Truagh  an  treas.  on  trwagh  an  treas.  do  bhearas  me  et 
eu  na  ccleas.  teasgflimaid  fuil  (2)  et  feoil  (i).  gearrfamaid 
cuirp  et  cuis(cnes). 

3.  Truagh  adhe.  on  tr/iagh  a  dhe.  toighear/;/  (tear/;f)  do 
mhnaoi  eattraw  is  e.  leith  mo  chroidhe  (chroidhesi)  an  eu 
gan  chol.  et  leith  croidhe  na  coin  me. 

4.  Dair  mo  sgiath.  on  dair  mo  sgiath.  da  marbhaim  (mar- 
bhthar)  eu  ath  cliath.  saithfe  me  mo  chloidheamh  caol.  tre 
mo  chroidhe  (trém  thaobh  trém  chroidhe)  tre  mo  (trém) 
chhabh.  (^slr.  5  in  Eg.  106). 

5.  (£V.  106:  6)  Dair  mo  cholg.  on  dair  mo  cholg.  da 
marbhaim  (marbhthur)  eu  ghlinne  bolg.  nimhuirfcat  duine  da 
eis.  noeh  a  tabhair  bcidhm  tair  bhorb  (bhord). 

6.  (£V.  106  :  4)  Dair  mo  laimh.  on  dair  mo  laimh.  da  mar- 
bhaim (marbthur)  eu  ghlinne  sgail  (an  sgail).  muirfeat  Mead- 
hbha  cona  sioigh.  et  ni  bhus  mo  (nisa  mho)  dfearaibh  fail. 

7.  Dair  mo  gho.  on  dair  mo  gho.  da  marbhaim  (mar- 
bhthur) eu  ath  cro.  adhlaefar  (adhluicair)  mi  se  an?^  a  feart. 
bhus  hionanu  lear/;/  dha/;//;sa  is  dho. 

(8.  not  in  Eg.  209  :  Fearr  liom  arm.  on  fearr  liom  arw. 
dom  mharb(adh)  san  ghleô  gharbh.  na  eàg  do  chum  h[  ] 
na  con.  do  bhiathadh  gach  sgol  sgach  badhbh). 

9.  Abair  fris,  on  abair  fris,  ris  an  ecoin  go  ceaoimh  enis 
gur  tharngair  Sgathaighe  gan  sgath.  mise  air  ath  do  thuiteam 
leis. 

10.  Mairg  do  Mhcidhbhe  a  deirm(ôn  mairgdoMhcadhbh). 
ro  imir  a  ecluidhthe  forain/z  (oruinn  an  dcilbh).  mise  do  ehur 
cean;z  a  eeean/i,  is  Cuehulainu  is  tean»  teidhm  (asfearr  feidhm. 
feidhm). 

[7].  Lcc.  A  firu  tm  orsi  or  Mcdb  \.ri  choirnindlaig  7  imeo- 
saidi  is  fîr  inbriathar  asb(er)t  C.  e.  marna  eloised  Fer  Diad 
it(cr).  Ceguth  cis(idh)e  aMedbor  Fer  Diad.  adrubairt  [..iaromj 
orsisi  impad  furail  Icis  dothuitiw  siu  ina  airigid  gaiseid  leis  isin 
choiccd  irragadh.  nir  bo  eoir  dosoH  arad  on.  daig  ni  hc  mo 
t/'/amnass  na  mo  midlochos  riam  allô  nach  i/maiehdi  rothidir 


3  38  Nettlau. 

orm.  Toi?zgimsa  7  rl-a  corobmisi  c(etna)  fher  roficfa  is'vi  mai- 
tin  imbarach  cohath  inchomlaind.  dotria  buaid  7  hendarbtahi 
or  Medb  7  ferr  leamsi;/  na  t;7amn[as]  7  midlochos  dofagbail 
occot  daig  condolb  cach  mod  amed  fodesi/z.  Cid  coro  dosow 
sochur  Ul(ad)  dodenam  arapa  amathar  dib  i;/das  duitsiu  so- 
char  choicid  G;;machtdaig  at  m(a)c  rig  Connacbt  adca:;mnacair. 

Eg.  106  :  =  Lee.  (...  thuigiw  ar  si  gorab  fior  na  briathra 
adub(air)t  C.  c.  créd  lad  briathra  sin  ar  Fer  D.  Adub(air)t 
nach  b(adli)  leis  do  tliuitimsi  angaoibli  aglioile  Et  aghaisgidli. 

Nior  choir uair  ni  hi  mo  mhetacZ;^  na  mô  mhiolaochdhar/?/. 

ro  Ihidir  fhormsi  aria/;//;.  Et  ni  abruimsi  aleith^'/siwleision.  uair 

ni  fhuil  se  agamréradh  ris chomhraicfes  ...  fri5.  acbt  gidh 

doil(igh)  Hom  é as  ferr  ...  na  timé  na  taircuisne  do  dhe- 

namh  dhuit  orrt  f(ci)//.  uair  as  bdghach  nech  inathir  fein.  7 
gidh  cora  dhosa  les  Ul(adh)  do  dhenanih  inadhuitsi  les  Chon- 
naebt). 

Eg.  209  :  r=  Lee.  ( a  naradhaibh  a  ghaisgidhe  is  an  tir  a 

ttiaghadh.  nior  choir  mo  mheatachtsa  no  mo  mhiodh- 

laoch//i-  luidheamse  fo  marmuibh  goile  socharUladh 

ete.,  =  £V.  106). 

[8].  Eg.  106  (after  7)  :  As  an//  sin  ro  chuir  M.  F(er)  Dia 
ar  chaoi  mheisge.  Et  mheruighthe. 

[9].  LL.  81  b  3-42  =  Lee.  =  ISamlaid  robadar  som  oc 
naidni  acor  7  andala  7  doriwgset  laid  and.  Rotfia  ete.  (8  only 
atted  uas  cach  anail  is  coir  dait  agabail  (9)  ;  1 1  bid  huas  dam 
atheid///;  12  ni  hulaiig  ni  hurisa  afhulang  is  amnas  anurrand 
is  tairpthech  (13);  14-20  V;  22  doradsad;  23  nachad  fuirfe 
daig  rofes  co/7/uirte  in  fher  (24)  ;  26  i[ar]lîadhnaisi  int[s]luaig. 
danamtora  mard[ar]c  cen  copcein  coco///nart  rachad  isi//cho///- 
rac.  coCoi//culai//d  cruaid  ;  29-32  V;  33  cerb  cai///e;  35  gairg- 
nert  tue  da///thor  is  tairced  med  ro[t]fiirced  dam;  36,  -]-  29- 
32  Gcb  brugaid  gcib  oirgni  7  oes  na  bairdne  rod  fiaso  ce- 

nacht.  fonaisc  Gebadsa  naratha  dothobairt  frim  lama  ge- 

bad  ecnairc  oChoi//  culai//d  chruaid  +  37-40,  37  IStusu  ; 
38  dro///lach  rotfia  uai///  fado///nach.  niba  38  +  41,  42). 

Eg.  106  :  ^^  (afler  4.)  :  IS  cumha  rô  bhaoi  dhd  radha  7 
adubhairt  na  briathra  so  sios  an;/  ; 

Rod  fia  lùach  môr  don  mhuigh  :  ar  chomhrac  con  an  chleas- 


The  Fer  Diad Episode.  ?39 

ruigh.  is  biaidh  Fion;/abhair  dhuit  de  :  amheic  Damhain  m(i)c 
Daire.  Da  bfliaghuin?/  Fion//abhair  do  mhnaoi  :  Crûachd  is 
Mdgh  Aoi  nanéas.  asa  fanamhuin  gachrénuair:  natriall  uaibh 
go  coin  na  ccléas.  lonann  gaisgeadli  dhamhsa  is  dô  :  ar  Fer  Dia 
ni  hiomurghô.  ionan;/  buimeadha  rô  oil  [  ]  :  is  aga  ndcrna- 
bhair  foghluim.  Ni  deagla  an  domhuinaigh  :  ainghen  Eoch- 
(aidh)  Fheidhligh  fhail.  nach  deunuinn  comhrac  risin  ccoin: 
acht  mo  ciiroidlie  ar  na  gliuin  dd  ghrddli.  Dogheubhoir  a  laoigh 
na  lan/z  nglan»:  eich  aigneadh  uallach  iodhan.  do  gheubhoir 
fearon/i  Et  (onn  :  is  gan  fhanamh  6n  ecomhiann.  Muna  bheitii 
aslach  Mheidhbhc  on  magh  :  is  tengtha  na  nglamh  dar  ngrio- 
sadh.  ni  racliuinn  ar  chomhaidh  cruidii .  do  chomhrac  ûaibh 
rcmionmhuin. 

Amcic  Damhain  na  ngrùadli  ngcal  :  da  ccoisgthea  cù  na 
ccuradh.  mairfîdh  dô  clû  seal  ni  as  sia  :  ar  nccbt  dhuit  ô  dth 
Fhir  Dia.  Rod. 

Eg.  209  :  =;  29-42  V  (5  mor  maidne;  70  a  niu  go  di  an 
bhraith  ;  8  a  throith  guin  is  gabhail  ;  12  budh  amhnus  a  nur- 
raim;  14  nocha  radha  air  a  dhala  eich  ana  a  do  bhearthar  id 
lamha  a  Fhir  Dia  a  nagha;  16  is  duine  ;  16  seach  gach  cean- 
«ach  cana;  18  gâcha  ratha  uaibh  do;  mairidh  ;  19  geibh  eistc; 
19  dom  reisge  la  muir  et  tir;  22  dot  lamha;  23  neach  ro 
ttuilfe;  cuince;  24  ro  feasa  go  mairbhthe;  28  congna  me  camh- 
rac  re  Cuchulain/z  7  ri-.). 

[10].  Afler  j,  y,  S  in  Eg.  106  (^m/  /,  6,  7  in  Eg.  209)  : 

Eg.  106  :  Et  roghabh  a  bhriathar  fliir  a  bfhiaghn///i-e  chaigh 
fil  chomhrac  ré  Coin  ccoluin;?.  uair  ba  mhaith  rc  Meadhbh 
dâ  ndech(aidh)  ¥cr  D(ia)  na  chois  sin  ïiaghnuisc  dho  bheith 
aicc  air.  ioniius  go  mbeith  rc  rddh  aice  go  mddh  eada  no 
uamh(an)  do  bheradh  fair  dol  nachois. 

[11].  LL.  81  b,  43-50.  —  Eg.  106  :  43-46  V;  Roghabli 
F(cr)  D.  rdtha  et  urr(aidh)c  ar  M.  um  na  comhadha  rô  ghcall 
do  dia  ttug(a)dh  Ce.  lais.  Et  tug  M.  sin  dô  go  rô  ull(       ). 

Eg.  209  :  43-46  ■=  LL.  ;  46-50  =  Eg.  106  (43  IS  ann  sin 
roghaibh  Mcadhbha  ratha  et  urradha  air  Fear  Dia  um  cam- 
hrac  le  seisear  (44)  —  da  ttuitfadh  Cuchulain;/  leis). 

|'i2[.  /,/..  81  b  40-82  a  9  —  Lee:  ^  Robai  \ccch  amra 
do  Uhaib  hiliadhnaisi  na  coraidef/;/a  sin  7  robcis(idh)c  Fcrg/z^ 


340  Neîtldu. 

m(a)c  Roig.  Tanic  Fergus  co[a]pupall.  Truag  limsa  ingni»i 
dognither  isin  maidinsea  imbarach  or  FergMJ.  Cia  gn'wi  andsi?^ 
for  lucht  na  pupla.  mo  deg  daltan  Ce.  domarbad.  maith  aile 
cia  nad  maidenn  on.  ni(nse).  achowalta  dil  dichra  fodeisi?/ 
.i.  Fer  Diadh  m(a)c  Dam(ain).  Cid  nab(er)id  mobendachtain 
ar  Ferg/a  7  tn^t  nech  uaib  corrobud  7  conairchisecht  do 
Choi7Zchulai;zd  dus  i;/facbad  i»nath  ïs'vi  maiti;z  imbaracli.  Dar 
ar  cubais  f(or)siad  cid  tusu  fen  nobeitli  forath  incliomlai72d 
noclioricflimis  do  ti;7sais;id  conici.  Maith  a  cilla  for  ¥cis.us 
geib  du«  ar  neocha  7  i7îdill  incarp(at).  Atracht  ingilla  7  rogab 
na  heocho  7  roi;?dill  in  carp(at).  Tangadar  rempo  cohath 
incowlai/zd  ait  i;;;bai  C.  c.  Oenchairp(at)  chucaïnà  sunn  aCu- 
chacan  or  Loegh.  daig  is  amlaid  bai  ingilla  7  adrui/n  friathi- 
gerna  do  bered  leth  brand  aigei:/;^a  7  fichillachta  fora  thi- 
gerna  fer  f(or)aire  7  forco/neta  for  cheithri  airdib  liErind  os'in 
amach.  Ciiidus  carpad  annsïn  aie  or  C.  c.  Carp(at)  imbarrig- 
raith  romoir  i:o;/achuingib  dronordaib  ^c/zatarbclar  u;;zaide 
cons.  fheir[t]sib  credu/zzaib  rozzacreit  croes  tana  croes  tirim  cleas 
aird  colcda  cloc  at[c]ai?z  curata  for  dib  echaib  diiba  denmecha 
s[...]trigsigh  sogobaltach  sodai/y^  inagrmdib  allib  afhen.  Oen 
oclach  rigda  rosclethan  biichu[i]nsclaig  in  charp(at).  Ulcha 
dualach  deghablanach  fair  ro/zsoiched  darmasth  ichtar  amœth 
imlen;/sis/ra/.  612/sel  seachtair  roz/naingebad.  1.  loech  illo  doi- 
?n;/di  7  dertain  bith  fo  thromfhoithin  aulcha  i/moclaich.  Crom- 
sciath  gel  scab  al(ainn)  brec  fair  cotri  radaib  rodenma  cotoil- 
fedh  osair  chosair  cethora  ndroija;  ndeichenbair  fathairr  lethar 
in  sceith  fil  foro  thairr  sceo  thaul[]lethan  iznioclaich.  Claid(eb) 
fota  feburchruaid  d(er)glethan  hitruall  fichthi  fithi  fi/zdarcait 
uaschroeb(aibh)  achuis  chathchalma.  Sleg  thren  thredruiw- 
nech  cofcthan  7  cofonascaib  arcaid  bain  oengil  ace  tarsi/z  car- 
p(at).  Niduilig  aithni  for  C.  c.  mopoba  FergzYJ  dothajt  and 
corrobad  7  conairchisecht  damsa  re  ceithri  coicedaib  Er(enn) 
uile.  Doriacht  Fergus  7  tarblaing  asacharp(at). 

7  ferais  C.  c.  failti  fris,  fochen  dothiachtain  amopopa  a 
Fhergais  bar  C.  c.  IS  tairisi  lizzd  izzn[f]ailti  for  Fergzz5  {LL. 
81  a  52-82  b  2)is  tairisi  daidse[a]  o;z  or  C.  c.  Diatoichle  lat[  ] 
ena  inmag  rodbiaso  cadan  coleith  araile.  Dia  toichle  iasg  anin- 
b(er)aib)  rodbia  eo  coleith  aroile  glac  biroir  7  glac  fochlachta 


The  Fer  Diad  Episode.  54I 

7  glac  thcmar  7  deog  usqi.  Fuair  gainmidi  inadeghnid  isi»  tho- 
iïlaçra  in  chuidhsi/;  ar  Yqx£ius.  isfir  on  is  cuid  foglada  acu///sa 
f(or)  C.  c. 

Daior  atasa  on  luan  iarsawfai//  cosi;/  tansa  nidechadsa  aid- 
chi  naidider/7/a  ictren  fastud  fer  nErend  artaiu  bo  Cuail(gne) 
donchursa  (Z-L.,  82  a,  13-15). 

Damad  dosiez  tismais  ar  Fergwi  robad  ferdi  linn  afagbail  7 
nido  tangamar.  Cid  nichena  motangabar  or  C.  c.  diai;?disiu 
daitsiu  Irech  dothasd  doco/;/rocc  7  doco?;zlond  ardochendso 
isiwmaitinsa  i;;/barach  for  Yexgiis.  fi»dam  7  clui«eam  uait  dô 
for  Cucluil(ainn).  Dochomalta  fadein  .i.  Fear  Diad  m(a)c 
Dam(ain).  dararmbreithir  am  nochon  a;z  andail  isdech  lend 
noragmais  ar  C.  c. 

Eg.  106  :  =  LL.  (8  dar  mochubhfl'/V  amh  ar  C.  c.  ni  hé 
b(adli)  maith  liom  do  ûiQcht  do  chomhr(a)c  f/'/om), 

Eg.  209  :  =  LL.  (5 1  go  harm  a  mbi  Cuchulain?^  da  insinw 
diio  an  Fear  Dia  bheitli  tlioigheacht  do  chumhrac  leis  (52);  9 
ni  a  ndail  comhr(ai)c  is  maith  Hn/ze  an  Fear  sin  do  thoi- 
gheacht). 

[13].  Lee.  :  7  nochon  ani  o;;/un  cena  acht  armet  agrada 
lind.  is  coir  cela  de  or  Fergzvj  daig  cnes  congnai  izzzbi  occo/zz- 
roc  frifer  nochon  nosgabaid  airzzz  nafiEbair. 

Eg,  106  :  Et  ni  ar  aegLasa  na  ar  auamhai;2  d.cht  arméd 
aghrdidh  Hom.  Et  as  beag  n(a)ch  ferr  homsa  me  f(ei)zz  dothui- 
tizzz  leis  an  laoich  sin  ina  athuitimsion  Homsa.  Na  haboir  n(ach) 
b(  )fa  egla  ort  ar  Ver'ghus.  oir  as  coiregla  et  uamhan  do  bheith 
roimh  chomhr(a)c  Fhir.  D.  oir  ata  cz-zos  chom^fZ/czingen  chath 
bhuadhach  codhna  uime  Et  nocha  gabhaid  airm  naid  iolfhao- 
bhair  ré  huair  deabhtha  na  dibfhcirge  é.  oir  as  bragh  leom- 
hain  Et  as  maidhm  dibfheirg  é.  Et  as  barranzî  brdtha.  Et  is 
tonn  bhaidhte  biodhb(adh)  é. 

Eg.  209  :  et[ni]air  uamhain  ach  ar  a  gradh  et  air  ansacht.  is 

coir  uamhain  roimhe  uair  ati  cneas  coinea^na  uime  et 

nidhearg(a)d  reanna  no  faobhair  flxir. 

[14].  Lee.  :  naraidsiu  it(cr)  on  or  C.  c.  daig  luigizzz  luigis 
mothuath  coroboigithir  fri  boigsibizzd  for  lar  aba  cach  naît  7 
cach  naigide  fodeis  mochloid(ib)sa  dianataiselbai  ocnfecht 
damsa  forath. 


^2  NetîLiu. 

Eg.  io6  :  Nahabair  id/V  a  Fhergrtw  ar  C.  c.  oir  luidhimsi 
fom  airmuibh  gaisgidh  ndch  b(adh)  luaithe  boîgsibhin/z  alar 
buinwe  na  gach  ait.  7  g(ach)  aidhé  de  fodheis  mochloidhimhsi 
dd  ttegadhamh  arath  an  chomhruic  è. 

oir  ni  ghabhann  brég  daingen  dn/adh  riomsa  ré  marb(adh) 
do  ghrés.  uair  \sum  eolachsa  archlesoibli  draoighaf/;^a  Yir  D. 
oir  as  cian  os  aithn(igh)  dhuinw  acheile.  agUath(aigh).  Et  ag 
Aoife.  Et  ag  Sgath(aigh). 

[15].  LL.  72  a  II  (ni  marcach)  —  17  —  Eg.  209  =. 

[16].  LL.  82  a  17-18.  —  Lee.  :  isamlaid  robatar  ag  aradsiw 
7  dori«gsed  in  laid  and. 

Eg.  106  :  leig  ds  adhaltain  air  Férgh^i".  ni  mur  f[  ]  ttai- 
nig  do  Cbonnacbtuihh  F(er)  D.  m(a)c  Damhain  dreichd(cir)g. 
7  adub(air)t  an  laoidhann. 

Eg.  209  :  et  is  amhluidhe  do  bhi  da  radh.  nar  bhi  eagla  Fir 
Dia  bu  doilgeas  leis.  ach  a  ghradh.  et  do  bhi  Feargas  ag  agall- 
amh  leis  um  ncartmhaire  Fhir  Dia.  go  ndubhradar  an  laoigh 
eotorra. 

[17].  LL.  82  a  19-43.  20:  LL.  atd  sund  chucut  ra  ferg  = 
Eg.  209  ta  sunn  chugad  re  feirg  :  Lee.  Euil  sund  chucad  re 
feirc;  Eg.  106  sûl  ti  chugad  aran  leirg. 

23  :  LL.  ni  rucus  ...  va\g=^  Eg.  209  ni  tugas  ...  troith; 
Lee.  niberim troig  =  Eg.  106  sni  bheirim  troigh. 

24:  LL.  Amnas  —  crôdeirg  =  Eg.  209  (....  dolos  ...); 
Lee.,  str.  5,  /.  i,  2.  IScalma  allam  dialai  fe[i]rg  allos  aclaid(ib) 
cruaid  d(eir)g;  Eg.  106,  str.  5,  /.  i,  2  Amhnuis  lamh  an 
laoich  go  bfheirg  :  alosa  chloidhim  chroidheirg.  Str.  3  in 
Lee.  :  Nido  tobairt  tr/amnaid  leath  a  Chu  c.  clothmiadach. 
cneas  conhgnai  im  F(er)  nD.  nandrwig.  risnageb  cath  110  com- 
lond  (£V.  106  cnes  chodhna.  Eg.  209  neart  coineagna). 

26  :  Sir.  4  in  LL.,  Eg.  209  =  Str.  6  in  Lee.,  Eg.  106. 

27:  LL.  nochon  eco?;zlo«d  ;  Eg.  209  ni  ba  heagcamMan/z; 
Jee.  ni  ba  hanborrlond;  Eg.  106  ni  ba  hanbfliorlan;/. 

28  :  Str.  5,  /.  I,  2  in  LL.,  Eg.  209  =  Str.  3,  /.  i,  2  in 
Eg.  106  (Amhnus  an  fer  as  géar  gai  :  nocha  nurûsa  athraoi- 
thadh(adh)  wheieLec.  bas  :  Ni  do  tobairt  ete.,  see  l.  24. 

29  :  LL.  ningeib  rind  =  Eg.  209  nighaibh  nwn;  Lee.  ni- 
gon  rind  {j=.Eg.  106). 


The  Fer  Diad  Episode.  ^4J 

31  :  Str.  6  in  LL.,  Eg.  209  =  Str.  4  in  Lee,  Eg.  106,  see 
l.  26. 

32  :  Z.  and  LLcc.  ferggach  ;  Eg.  106  and  209  :  frithir, 

3  5  :  Str.  8  and  9  in  LL  (with  the  leîters  h  and  a  addcd  in  the 
margin  to  mark  ihat  îhey  ought  to  be  transposed)  =:  Str.  8  and 

9  in  Eg.  209,  but  str.  9  and  8  in  Lee;  in  Eg.  106  Str.  8  and 

10  do  not  occur. 

37.  LL.  Atiursa  brethir  cowbaig.  gon  cowmaithse  ocim- 
marbaîg;  Eg.  20^  Atbearsa  breith  go  mbaidh.  cean  gombiusa 
air  iomarbhaidh  ;  Lcc.  Dober  mo  cobais  cenchain  acljt  nimai- 
thse  di;;iarbaig ;  Eg.  106  Do  bheirim  briathair  go  mbaidh: 
gion  go  mbéudsa  ag  iomurbhaidh. 

38  :  LL.  is;  Eg.  106  and  209  gorab  ;  Lee.  com[b]a-. 

41  :  LL.  Rafi-iil  gniw  is  mô  bardlaim  ;  Lcc.  Ita  fedm  ismo 
adlaim  ;  Eg.  106  Oataoî  ag  tabhairt  do  lamh;  Eg.  209  O  a  ti 
ag  gabhail  do  laimh. 

[18].  Lcc.  Asahaithlisin  cid  imvaon  tanacais  amopopa  a 
Fergais  or  C.  c.  is  \s\n  mothoisc  or  Fergwx.  Maith  sen  7  solad 
f(or)  C.  c.  nach  nech  aile  doferaib  hEr(enn)  tanic  irism  toise 
acht  mani  daildis  ceitn  coicid  hEr(enn)  uile  inoen[fJtT/;/nephni 
lem  robad  re  nen  L-ech  dam. 

[19].  Eg.  106,  Doghluais  Ferg//j-  roimhé  conachabradaois 
fir  Eirionn  go  m(adh)  diambrath  no  dia  ttreigion/;  do  bhîadh 
se  da  mbeith  se  ni  b(adh)  sia  na  si;z  ag  agallamh  ConccuVxmn . 
Et  do  cheileabr(adh)  cach  dâ  cheilc  dhiobh. 

[20].  LL.  82  a  44.  Lee,  Eg.  106,  Eg.  209  =. 

[21].  Lcc.  im//.<-[?]  7  imthz/ja  Conculi//d.  Cid  ni  dogenaso 
inocht  or  Loeg.  Cid  on  it(er)  or  C.  c.  isamlaid  doraga  Fer 
Diad  doti^dsaigidso  fonuamaisi  fliigi  7  b(er)tha  7  fhoilci  7  fo- 
thraicthi  7  .iiii.  coicid  hE(renn)  lais  dofhegad  incho?//lai«d. 
Robail  domsa  do  dulasu  cohait  afuigbithea  incorug(u)d  cetna 
f(or)t  cotici  fail  hi  fil  Emer  fholtchain  coCairthcnw  Cliiana  Da 
Dam  hi  SliabFuait.  TaiilcC  c.  i/znaichisiu  dl  conicisi/z  7  rofai 
re  banchclc  fodeisiw.  Aimth//ia  os'vi  amach  nocho  mad  chcs[t]- 
naighther  sund  colleic. 

Eg.  106  (afler  LL.  82  b  34).  lomthusa  Chon.  c.  tar  cis 
¥erghais  àimihcchi  uadha  adub(air)t  ré  Laoigh  m(a)c  Ri  an 
ghabhra.  créd  as  coir  dhuinn  do  dhcnamh  anois  a  Laoigh  arse. 


J44  Nettlau. 

do  fhedursa  sin  a[r]  Loigh.  Asamhl(aidh)  roichfes  F(er)  D. 
dothion/zsuighe  fa  nuamhaisi  foilce.  7  fothmigthe.  7  robail 
liomsa  thusa  do  dhul  mur  abf(uil)  Eimher  i(nge)ii  Forghoill 
Mon(aigh)  mur  abhihuighir  aleitheid  c(et)na  sin.  As  coir  sin 
do  dhenamh  ar  C.  c.  Ro  ghluais  C.  c.  a  nadh(aigh)  sin  go 
Dûn  Dealgan.  Et  dorinMedii  umhal  ftîos(aidh).  7  fritheoilté 
dhô.  Et  robhadur  an»  go  deïredb  oidhche.  (Thcn  foUows  LL. 
82  b38  etc.) 

[22].  LL.  82  a  45-51.  —  Lee.  Achtimtw^a  Fhir  Diad  tawic 
coapupull. 

Eg.  106  =  LL.  (44  Iomth//j-a  F(ir)  D.  do  bherar  gôsaird. 
7  do  luidh  roimhé  dha  phuball.  Et  din;/is  doibh  cuir.  Et  ra- 
tlia  doghabail  do  M.  fair  uma  dhol  dochomlirac  ré  C.  c.  Et 
dinwis  doibh  mmr  an  cc^^na  na  cuir  do  ghabsun  ar  M.  um  na 
comhada  do  gheall  si  dhô  do  chomhall  iris  dà  iimiedh  C.  c. 
leis. 

Eg.  209  =  LL.  =  Eg.   106  ( um  camhrac  le  seisear 

trenfhar  air  na  mharach  no  camhr(a)c  le  Cuchulainn  a  naon- 
fhar  da  mfusa  leis 

[23].  LL.  82  a  52-82  b  6.  —  Lee.  :  =---,  ro  bo  cendgru- 
ganach  mertnech  lucht  pupaill  Fir  Diad  inaidchisi».  demi?z 
leo  bhaili  icowrecdais  da  uaitne  chomlai;/d  int[s]rEgail  combad 
co;;/thoiti;«  doib  no  di  inm  robiad  de  cowbad  he  atigerna  fen 
do  fethsad  ann.  Daig  nocho  soreidh  co/;n"ac  fri  Con.  c.  for 
tanaich. 

Eg.  106,  Eg.  209  =  LL.  (2  da  uaithneagha.  Et  iorghuile 
bfher  n  Eirion?;  in  Eg.  106  and  209;  /.  6  V  in  Eg.  209), 

[24].  LL.  82  b.  7-1 1.  —  Lee.  Batar  imsniwa  mora  for  men- 
mam  Fhir  Diad  inai[d]chi  sin  fo/wreilcset  cotlud  do.  Ba  dia 
imshnimaib  mora  intairces  do  setaib  do  7  indiwgen  dolegud 
uad  arapa  co;;/ru[i]cc  fri  hen  flicr.  manidernad  comrac  frisiw 
noenfher  sin  dî  comrac  frisna  se  curadaib  Çeol.  6i4)arnaba- 
rach.  IMsnin/.  robo  moo  aicisom  andas  sin  danataiselbad  oen- 
fhecht  forath  doChoin.c.  demin  lais  nobiad  coinmus  achind 
nacha  anma  aici  bodein  asahai[th]li  7  aatracht  Fer  Diad  moch 
trath  arnabarach.  Maith  agilla  foreisim  geib  dun  arneocho  7 
indill  incarp(at). 

Eg.  106  and  209  :  =  LL. 


/ 


The  Fer  VLui  Episode.  î  4  <, 

[25].  LL.  82  b  II,  i2  =  £V.  106  and  209  {Eg.  106  

ag  toirmiosg  an  tsiobhuil  somh.  et  a  dub(air)t  rô  b(adh)  ùrr 

dhuinn  an(adh)  na  dhol  ann  sin  arse  ;  Eg.  209  go  madh 

fearr  dhuibh  fuir(e)ch  no  dhol  an??. 

[26].  Lee.  darambreithir  em  f(or)  ingilla.  ni  lia  molas 
duind  lecht  inturwja  [so]  and  asan(em)dula. 

Eg.  106.  uair  ni  mô  niholais  dhuinu  dhol  anw  na  dhio- 
raolais. 

Eg.  209.  oir  ni  mo  mholaim  dhuit  e.  no  a  dhiomolaim  air 
se. 

[27].  LL.  82  b,  13  =  Eg.  106  bi  do  thosd  a  ghioUa  ar 
F(er)  D.  oir  ni  fhuil  feidh?V  ag  toirmiosg  an  tsiob(ail)  sm 
umuinw. 

Eg.  209  =  bi  thocht  a  ghioUa  uair  ni  ghabhaim  toir- 

measo;  o  chach  um  an  tsiubhalsa. 

[28].  Eg.  106  :  uair  an  geall(adh)  thugam^^;;-  do  M.  ydOi- 
lioll  abfhiaghnz^/se  bhftr  nEiren»  as  ndr  lin?;  dol  na  chois, 
uair  adeurthaol  go  m(adh)  uamh(an)  nô  imegla  do  bheuradh 
oraw  é,  7  dar  mo  chubha/j  dmh  ni  môr  nach  ferr  liomsa  mé 
f(ei)«  do  thuitim  ré  C.  c.  ina  a  thuitimsi?z  riomsa  don  chursd. 
7  da  ttuitfé'J/;.  C.  c.  riomsa  ardth  an  chomhr(ai)c.  tuitf(edh) 
M,  7  ûrmhôr  bhft'r  nEirion;î  liomsa  do  bhrioghan  gheallta  do 
bhcnadur  dhiomh.  7  mé  archaoi  meisge.  7  meruighthe  7  adu- 
bhairt  an  laoi  an«. 

Feidhm  as  mô  etc.,  (see  6). 

[29].  LL.  82  b  13-25.  =  Lee.  robaisojn  icacallai?»  in;zda- 
rad  7  dorigni  in  laid  mbicc  and  acgresacht  anarad  :  Tiagam 
etc.  (15  corcosno?n;  16  forscara  ;  17  trecherd;  19  dund  (cf. 
Eg.  106,  [2j]  dhuinn);  19  ni  bareid  barm[b]agar;  23  Ecoir 
am(ail)  raidhi nocho  dluig  ali  ...). 

[30].  LL.  82  b  26-28.  —  Lcc.  ^^;  Eg.  106,  Eg.  209  = 
LL.  {Lee.  Rogob  ingilla  na  heocho  7  roi;/dill  incarp(at)  7 
tancadar  rempo  asin  longport  imach)  ;  Eg.  106,  209  :  sûl  do 
Idn  fl-ioills(igh)  an  la  fair. 

[31].  Lee.  a  gilla  for  Fer  Diad  nicoir  i/zdenmhait  dula  ccn- 

celcbrad  do  fheraib  hEr(enn).   impo  dund  agaid  aeach  7  in- 

charp(ait)  for  fcraib  hEri/zd.  ro  impo  in  gilla  aigcd  nanech  7 

'ncharp(ait)    oiri  fri  fcraib  hEr(cnn).  I  Sand  dorala  Mcdb  ic 

Revue  Celtique,  X  23 


^(}  Nettldu. 

sriblad  afuail  forurlar  inpupaill.  incotlud  do  Ail(ill)  innosa  or 
Medb.  naded  amh  ar  Aill(ill).  inglui?ze  docliamain  nua  acce- 
lebrad  duit.  anedh  dogniso/»  on  ar  Ail(ill).  is(edh)  ec'in  f(or) 
Medb  acht  luigi?;/sa  aluigend  mo  tuath  natic  arnacosaib  c(et)na 
chucaibsi  in  fer  dogni  incelebrad  ut.  Araba  matairemar  da  des: 
cleamnas  dî  or  Ail(ill)  acht  cotœthsad  C.  c.  lais  fo  ïmn  ce 
mad  chomthotim.  ane  robad  ferrdi  li»d  Fer  Diad  do  thernow. 

Tanic  Fer  Diad  remi  co  hath  incho;//lai7zd.  fegaiat  agilla  or 
Fer  Diad  in  .fil  C.  c.  forsi«  nath.  nad  fil  am  or  ingilla.  fega 
lat  comaith  dun  or  Fer  Diad.  ni  brod  bec  afolach  C.  c.  ait  am- 
biad  foringillai.  IS  fir  agilla  nochocualaid  Ce.  deg  loech  no 
deg  fer  dothiachtaiw  ina  agaid  cosi/z  n[d]iu  fortain  bo  Cuail- 
(gne)  7  inthrath  adchualaid  foracaib  i/zath. 

Mor  in  liach  Ce.  doecnach  ina[fe]gmais.  daig  in  c(u)?;miw 
latsu  intan  tucsabair  in  cath  do  German  Garbglas  {cf.  LL.  88  a 
46)  uas  eochair  imlib  mara  Toirrian  rofliacbaiseo  (col.  615) 
doclai(deb)  ocnasluagaib  corobe  C.  c.  romarb  c.  loech  ica- 
rochtain  7  tucastair  daithe  7  in  cumai»  lat  carabamar  anaid- 
chisin  ari;zgilla.  nad[f]edar  or  Fer  Diadh.  do  thig  rechtairi  Sca- 
thaigi  oringilla  7  dochodaisiu  cosoi?îd[  ]  sogenda  remond  isiw 
teach  artMi-.  dob(er)t  intaithech  beim  donduasl  trebemiach 
dait  himidbach  dodrowa  cotarlaic  irchor  dit  dar  i^dorwi-imach. 
Tanic  C.  c.  isteach  7  dob(er)t  beim  daclaid(ibh)  donduai- 
thech  ro//nderna  da  nordai;/  de.  misi  roborechtaire  daib  eret  ro 
badbair  ïs'in  baili  dambad  inlasin  niepertha  co?»bad  adferr  do- 
loech  anna  C.  c.  Ecoir  in  dernais  agilla  for  Fer  Diad  daig  ni- 
ticfaind  aramus  inchomlaizzd  dambad  anus  adbertha  fn'm. 

Mardi  18,  1889. 

Max  Nettlau. 
(A  suivre). 


MÉLANGES 


I. 

NOTES  SUR  LE  VOYAGE  DE  MAEL  DUIN. 

P.  449.  «  The  incident  of  thc  lady  drawing  hack  her  de- 
parting  lover  by  means  of  a  tliread  »  se  trouve  aussi  dans 
Campbell,  t.  III. 

P.  450.  La  ressemblance  entre  l'incident  du  chapitre  xii  où 
les  brebis  changent  de  couleur  selon  qu'elles  se  trouvent  en 
deçà  ou  au  delà  d'une  barrière  avec  un  incident  du  Mabinoa;i 
de  Peredur  est  beaucoup  plus  grande  que  ne  le  donne  à  en- 
tendre M.  Stokcs. 

P.  450.  Le  Sanct  Brandan  publié  par  Schrôder  diffère  sensi- 
blement du  saint  Brandan  publié  par  Jubinal,  Voir  mon  Grail 
Lef;end,  p.  264. 

P.  487,  c.  XVI.  L'île  où  l'on  mange  un  mets  magique  au- 
quel chacun  veut  trouver  le  goût  qu'il  préfère  et  dont  la  jeune 
fille  tutélaire  possède  un  petit  «  vessel  »  dont  le  contenu  enivre 
pendant  un  laps  de  temps  à  la  fin  duquel  on  se  réveille  loin 
d'elle,  rappelle  le  château  où  se  montre  le  Graal.  Voir  mon 
Grail  Lcgend,  c.  ix. 

P.  489,  c.  XVII.  Cette  aventure  est  plus  ou  moins  une  va- 
riante de  la  précédente.  Elle  ressemble  d'une  manière  frap- 
pante à  plusieurs  des  contes  que  j'ai  cités  dans  le  chapitre  ix 
de  mon  Grail  Legcnd,  notamment  à  Campbell,  n"  x,  Thc  three 
soldiers.  Là  comme  ici,  le  héros  et  ses  compagnons  arrivent 
dans  une  maison  solitaire,  conversent  avec  des  jeunes  filles 
qui  leur  donnent  à  boire  et  à  manger  et  dont  ils  sont  séparés 


348  Mélanges. 

à  la  fin  par  le  fait  que  le  héros  adresse  intempestivement  la 
parole  à  l'une  d'elles.  S'il  n'avait  pas  parlé,  elles  auraient  été 
délivrées  de  leur  enchantement.  C'est  bien  un  conte  pareil, 
quoiqu'un  peu  remanié  dans  un  sens  chrétien,  qui  est  au  fond 
de  ce  récit. 

M.  Stokes  fait  bien  d'insister  sur  la  parenté  des  voyages  de 
Mael  Duin  et  de  saint  Brandan.  J'ai  signalé  (p.  264  de  mon 
Grail  Legmd)  de  curieux  rapprochements  entre  le  voyage  de 
Brandan  et  la  légende  du  Graal.  Il  est  donc  fort  intéressant  de 
constater  qu'il  y  a  aussi  des  rapports  entre  cette  légende  et  un 
ouvrage  qui  appartient  manifestement  au  même  cycle  que  le 
Brandan, 

Alfred  Nutt. 
II. 

AMLIW. 

En  gallois,  la  particule  am  =  *ambi,  en  composition,  se 
présente  parfois  avec  l'idée  de  variété,  diversité,  comme  l'a  re- 
marqué Silvan  Evans  dans  son  Welsb  Dictionary;  l'éminent 
grammairien  cite,  entre  autres  exemples,  amryiu,  amliw.  A 
mon  grand  étonnement,  j'ai  entendu,  au  mois  de  septembre 
dernier,  emplover  tout  justement  le  mot  amliiu  par  une  per- 
sonne du  Faouêt  (Haute-Cornouailles,  sur  les  limites  du  van- 
netais,  dans  le  Morbihan),  avec  le  même  sens  qu'en  gallois  : 
de  couleurs  diverses,  multicolore.  L'expression  est  courante  dans 
la  zone  deFaouët.  Je  ne  l'ai  jamais  entendue  ailleurs  et  je  ne 
me  rappelle  pas  l'avoir  rencontrée  dans  aucun  texte. 

J.   LOTH. 

m. 

LA  2^  PERSONNE  DU  SINGULIER  DU  PRÉSENT  DE 
L'INDICATIF  ACTIF  (GALLOIS  YDD,  CORNIQUE 
YTH,  ARMORICAIN  EZ  OU  ES). 

Dans  ses  intéressantes  observations  sur  les  verbes  gallois  (7 
Cymmrodor,  IX,  I,  p.  56  etsuiv.),  M.  Max  Nettlau,  après  avoir 
fut  remarquer  qu'Evander  Evans  dans  ses  Studies  in  Cymr. 


Mélanges.  349 

Phîlology  avait,  le  premier,  reconnu  la  terminaison  ydd  du  gal- 
lois, comme  une  2^  pers.  sg.  correspondant  à  la  terminaison 
comique  ordinaire  yth,  eth,  et  armoricaine  e:;^,  suppose  avec 
raison,  ce  semble,  que  les  deux  terminaisons  galloises  en  -i  et 
en  -ydd  pour  cette  personne  {ceri,  giuneydd^  sont  des  doublets 
propres  aux  thèmes  verbaux  en  j-,  comme  /  et  ydd,  cdd,  le 
sont  pour  les  thèmes  nominaux  en  jo-,  jâ.  Ni  M.  Evander 
Evans  ni  M.  Nettlau  n'ont  remarqué  que  la  terminaison  f:^  ou 
mieux  es  est  commune  à  tous  les  dialectes  armoricains  ;  or  la 
spirante  dentale  sonore  en  syllabe  finale  est  tombée  dans  tous, 
moins  le  dialecte  de  Léon;  ce  qui,  en  passant,  prouve  une  fois 
de  plus  combien  il  est  dangereux  de  citer  des  formes  armori- 
caines sans  connaître  les  traits  principaux  au  moins  des  dia- 
lectes de  Vannes  et  de  Léon. 

S'ensuit-il  que  le  rapprochement  à  priori  si  naturel  des  ter- 
minaisons galloise  et    comique   avec   l'armoricaine  soit  con- 
damné? Je  le  crois  au  contraire  très  fondé.   La  loi  qui  veut 
que  toute  spirante  dentale  sonore,  en  syllabe  finale,  tombe 
dans  les  dialectes  de  Vannes,   Cornouailles  et  Tréguier,  n'a 
pas  son  effet,  lorsque  la  syllabe  finale  est  suivie  d'un  mot  com- 
mençant par  une  consonne,  mot  formant  corps  plus  ou  moins 
étroitement  avec  le  mot  précédent  :   ex.    comique  byîhqueth, 
vannetais  hiskwac'h,   ailleurs  hiskwas  ;  en  moyen  armoricain 
beigoa::^,  biscoa:^.  Byth  a  fini  par  devenir  bis  en  armoricain  et 
amener  la  provection  de  gw  à  qiu.  Il  est  probable  que  la  spi- 
rante sourde  dans  bith  était  devenue  sonore  devant  gweth  et 
que  c'est  sa  situation  de  finale  qui  l'a  assourdie  de  nouveau. 
Un  phénomène   analogue  s'est   passé  pour  le  o:{^  du  moyen 
breton,  pronom  possessif  de  la  2^'  pers.  du  plur.;  il  est  resté 
encore  bous  en  haut-vannetais  devant  les  voyelles.  En  bas- 
vannetais  de  même,  on  dit  bien  mahuac'h  (niaIlo~),  bemuach 
(benno:^)  quand  ces  mots  sont  isolés,  mais  dans  la  forme  malé- 
diction de  Dieu,  bctiédiction  de  Dieu,  on  dit  souvent  maies  Tou. 
C'est  un  phénomène  de  ce  genre  qui  se  sera  passé  pour  la 
terminaison  de  la  2''  pers.  du  sg.  Il  n'aura  eu  lieu  d'abord  que 
devant  la  nola  augens  te  (ti),  puis  il  se  sera  généralisé;  la  spi- 
rante devenue  sourde  devant  ie  aura  évolué  en  s. 

J.  LOTH. 


3  jo  Mélanges. 


IV. 


UXISAMA,  SENA,  VINDILIS,  SIATA,  ARICA. 

La  géographie  de  l'Armorique  gallo-romaine,  déjà  fort  mal- 
traitée dans  l'antiquité,  grâce  surtout  aux  scribes,  est  devenue 
de  nos  jours,  chez  certains  historiens  et  archéologues,  un  vé- 
ritable chaos.  Les  îles  ont  été  particulièrement  éprouvées.  Il 
s'est  abattu  sur  elles  une  véritable  tempête  d'hypothèses  et  de 
controverses.  On  admettait  généralement,  en  adoptant  l'ordre 
évidemment  géographique  de  l'Itinéraire  d'Antonin,  qu'Uxi- 
sama  ou  Uxantis  était  Ouessant,  Seiia,  Sein,  VindiJis,  Guedel 
ou  Belle-Ile,  Siata,  Houat  et,  probablement,  Arica,  Hédic. 
M.  Le  Men,  le  premier,  bouleversa  tout,  sous  l'empire  de  je 
ne  sais  quelles  rêveries  moitié  linguistiques,  moitié  archéolo- 
giques, aussi  fondées  les  unes  que  les  autres.  M.  Longnon, 
pour  l'amour  de  la  fameuse  théorie  de  Vexacte  et  hermétique 
superposition  des  évêchés  sur  les  civitates,  lui  emboîta  le  pas  : 
on  transporta  Sena  à  Ouessant,  parce  qu'on  était  gêné  par  les 
textes  qui  mettaient  Seiia  en  face  du  territoire  des  Osismii  :  si 
Sena  était  Sein  et  par  conséquent,  la  côte,  en  face,  osismienne, 
le  pénible  échafiiudage  de  la  superposition  s'écroulait  :  il  n'y 
avait  plus  de  civitas  Corisopitum  devenant  évêché  de  Quimper, 
et  il  se  trouvait  que  la  Civitas  Osismiorum  s'était  superposée 
non  plus  à  un,  mais  à  deux  ou  au  moins  à  un  évêché  plus 
trois  quarts  d'évêché.  Quant  à  Uxantis,  on  la  fondait  avec 
Sena,  sur  la  foi  de  la  variante  Uxantisina.  M.  Desjardin,  à 
l'autre  extrémité  de  la  péninsule,  voulant  à  tout  prix  que  la 
bataille  navale  entre  César  et  les  Vénètes  eût  eu  lieu  du  côté 
du  Croisic  et  du  bourg  de  Baz,  n'hésita  pas  à  transformer 
toute  cette  zone  en  archipel  vénétique,  et  fit  de  Siata,  le 
Croisic,  et  de  Guérande,  Arica.  On  a  opposé  à  toutes  ces 
bizarres  hypothèses,  au  nom  de  l'histoire  et  de  l'archéologie, 
d'excellents  ara;uments.  MM.  de  la  Borderie  et  de  la  Mon- 
neraye  en  ont  fait  justice  (on  trouvera  la  discussion  résumée, 
avec  quelques  arguments  à  l'appui  de  la  thèse  de  M.  de  la  Bor- 


Mélanges.  ]  5 1 

derie,  dans  mon  travail  sur  l'Emigration  bretonne).  La  cause  est 
jugée  historiquement.  Je  veux  aujourd'hui  rechercher  les  formes 
véritables  des  noms  de  ces  îles  et  montrer  avec  quelle  facilité 
on  peut  identifier  les  noms  anciens  avec  les  noms  modernes. 

I.  —  UxiSAMA.  Cette  forme  est  donnée  par  Strabon,  1.  I, 
c.  74.  On  trouve  ce  nom  à  l'accusatif  rç/  0j;'.7â;j/r;v  (s'accor- 
dant  avec  v/j-ov,  féminin)  et  au  génitif  rq;  Ojl:zi[j:Q:.  PHne 
(H.  nat.,  IV,  16(30),  dit  Axantos,  l'Itinéraire  d'Antonin, 
Uxantis.  Les  formes  Axantis,  Uxantis,  ne  concordent  nulle- 
ment avec  le  nom  breton  d'Ouessant.  La  vie  de  saint  Paul- 
Aurélien,  écrite  au  ix*"  siècle,  l'appelle  Ossain  (insulam).  On 
trouve  Ossa  dans  un  pouillé  de  Léon  du  xvi*^  siècle  :  on  l'ap- 
pelle, actuellement,  en  Cornouailles  et  à  Ouessant,  Eussa.  Ces 
formes  peuvent  très  bien  se  rapporter  à  Uxisama. 

Le  second  volume  du  Gnindriss  der  vergleichcnden  Gram- 
matik  de  Brugmann,  pp.  158,  159,  suivant  la  doctrine  de 
Thurneysen,  fait  venir  les  superlatifs  irlandais  en  -cm,  et 
bretons  en  -ani,  d'une  combinaison  du  comparatif  en  -is  et  du 
suffixe  -mmo;  l'irlandais  dikm  =  dilis-mmo-,  comme  le  latin 
puJccrrimus  =  puJccrsinio  =  pulcrsenio  =  pulcr-is-emo;  le 
vieux  gallois  Innbam,  le  plus  vieux,  supposerait  un  plus  ancien 
senisam  =  * seii-is-nviw.  La  raison  que  donne  M.  Thurneysen 
de  la  présence  d'un  s  dans  ces  formes  n'est  pas  sans  réplique 
pour  le  breton  ^  ;  il  remarque  que  la  ténue  ancienne  reste  in- 
tacte devant  ce  suffixe.  Or,  ce  phénomène  se  produit  en  gal- 
lois devant  l'accent,  et  ïh  en  est  l'indice.  Cependant,  l'una- 
nimité ici  de  tous  les  dialectes  bretons,  surtout  si  l'on  consi- 
dère qu'en  léonard,  par  exemple,  l'accent  a  dû  abandonner  le 
suffixe  -am,  af  de  très  bonne  heure,  puisque  dans  ce  dialecte 
am  échappe  à  la  nasalisation,  est  une  sérieuse  présomption 
pour  la  présence  d'un  s  ancien.  Uxisama  vient  à  l'appui  de 
cette  théorie.  Il  y  avait,  en  Espagne,  d'après  Ptolémée,  une 
ville  d'Uxaiiia  (Uxama  Barca)  qu'on  peut  traduire,  avec 
M.  Rhys,  lu  haute  ou  la  plus  haute  Barca  (Celtic  Britain, 
2'-'   éd.,  p.    280).    Uxama  est  identique  au  superlatif  gallois 

I .   Il  me  semble  qu'on  peut  aussi  expliquer  autrement  les  formes  irlan- 
daises en  -em. 


3  $  2  Mélanges. 

uchaf,  le  plus  haut.  Une  forme  Uxama  eût  donné  pour  Oues- 
sant,  en  vieux  breton  Ucham,  en  moyen  breton  uchaf  ou  eu- 
chaf,  îicha,  et  actuellement  tichan,  ncha.  Uxisama,  au  con- 
traire, se  sera,  de  très  bonne  heure,  réduit  à  Ux'sama.  Us 
aura  été  protégé  par  Yx  ou  I'a-  par  ïs  (par  un  phénomène  ana- 
logue Isaca,  Isca,  aujourd'hui  Wysc).  Uxisama  serait  donc 
une  sorte  de  superlatif  de  Uxama  et  signifierait  Uxama  la  plus 
haute  ou  la  plus  au  nord.  Il  me  semble  que  nessa,  nessan,  le 
plus  proche,  h  prochain,  s'explique  de  môme  :  une  forme 
nexamo  =  *  nexinmo,  eût  donné  nechaiu,  ncchaf;  nessam  sup- 
pose *nexisamo  =  *nexismmo.  L'irlandais  nessam  s'explique,  au 
contraire,  parfaitement  par  nexramo  et  peut  être  identifié  avec 
l'ombrien-osque  nesimo  =  nccsimo.  En  résumé,  les  formes 
bretonnes  supposent  Uxisama.  Du  même  coup,  la  situation 
d'Uxisama  est  certaine;  en  douter,  serait  un  outrage  au  bon 
sens  ^. 

II.  —  Sena.  Le  nom  de  Scna  apparaît  pour  la  première  fois 
chez  Pomponius  Mêla,  III,  c.  vi  :  Sena  in  britannico  mari 
Osismiacis  adversa  littoribus.  J'ai  montré  par  des  exemples 
tirés  des  géographes  anciens  que  VOceanus  britannicus  dési- 
gnait la  mer  entre  la  Grande-Bretagne  et  la  Loire,  voire  même 
jusqu'aux  Pyrénées  {L'Emigration  bretonne,  p.  53)  :  ce  terme 
est  facilement  explicable  par  une  erreur  de  cartographie  com- 
mune aux  géographes  et  historiens  de  l'antiquité.  Géographi- 
quement,  Sena,  étant,  dans  l'Itinéraire,  entre  Uxantis  (Oues- 
sant)  et  Vindilis  (Belle-Ile,  comme  nous  le  verrons),  ne  peut 
être  que  l'île  actuelle  de  Sena.  Au  point  de  vue  onomastique, 
le  nom  ancien  Sina  ou  Sena  n'a  rien  de  commun  avec  l'ancien 
nom  breton:  Seidhun  (Cart.  de  Landévennec);  insula  Si:^init 
(Cart.  Corisop.,  Bibl.  Nat.  9891,  fol.  43  recto,  xiV  siècle).  Le 
nom  du  cap  et  de  la  paroisse  en  foce,  sur  le  continent,  repro- 
duit le  nom  de  l'île  :  Budoc-cap-sidum  (A'ïém.  de  la  Société  arch. 
d'IIIe-et-Vilaine,    XVII,  p.    18,    XI),  Bodoc-cap-Sidun,   Cart. 


I.  Le  côté  faible  de  cette  théorie  pour  Uxisama,  c'est  qu'on  peut  sup- 
poser que  les  Bretons  émigrés  ont  pu  se  trouver  au  ve-vi>^  siècle  en  pré- 
sence d'une  forme  Ussaiiia.  On  pourrait  aussi  objecter  que  nessam  a  pu  être 
formée  sur  nés. 


f 


Mélanges.  j  5  J 

Coris.  9890,  fol.  2  verso,  1220,  Bo~oc-cap  Si:{^un ;  Cart.  Coris. 

9891,  fol.   24  verso,    1296;  Bue::^ec-Cap-Suiun,   Cart.  Coris. 

9892,  fol.  56  recto,  133 1.  Il  est  évident  que  Sena  n'a  rien  à 
faire  avec  Seidun.  Sena  a  dû  rester  dans  les  documents  officiels. 
Quant  à  son  évolution  en  Sein,  elle  est  impossible  phonéti- 
quement, au  point  de  vue  breton,  ainsi  qu'au  point  de  vue 
français.  Sein  est  une  orthographe  quelconque  forgée  sur 
Sena,  à  moins  que  ce  ne  soit  une  tentative  pour  représenter  la 
prononciation  bretonne.  L'écriture  Su~un  a  dû  précéder  de 
bien  peu  la  prononciation  Siin,  actuellement  en  usage.  La 
chute  de  la  spirante  dentale  a  dû  être  plus  prompte  entre  deux 
voyelles  //'.  Sn)i  a  dû  sonner  à  peu  près  comme  sun,  sin,  aux 
oreilles  françaises.  Un  portulan  du  xvi^  siècle,  reproduit  par 
M.  Desjardins  dans  sa  Géographie  de  la  Gaule,  I,  pi.  vi,  donne, 
non  point  Sein  ni  Sain,  mais  Saim  :  serait-ce  pour  Saun  ou 
Saiun  (=  se-iin^}  (M.  Desjardins  a  mal  lu  sa  propre  carte). 

IIL  —  ViKDiLis.  La  situation  géographique  de  Vindilis  entre 
Sena  (Sein)  et  Siafa  (sans  l'ombre  d'un  doute,  Honat)  s'ap- 
plique clairement  à  Belle-Ile.  Avec  un  ensemble  surprenant, 
tous  les  géographes  ont  vu  dans  Mndilis,  Belle-Ile,  et  cela 
parce  que  cette  île  est  appelée  Gucdel  dans  le  Cart.  de 
Redon,  à  l'année  1026,  Guezel  en  1146,  et  Guezel  dans  les 
Actes  de  la  canonisation  de  saint  Vincent-Ferrier  (xV  s.).  Or, 
nos  connaissances  actuelles  en  phonétique  bretonne  ne  nous 
permettent  en  aucune  façon  de  supposer  que  Vindilis  ait  pu 
évoluer  en  Gue:^el'^.  Vindilis,  en  supposant  i  bref,  eût  donné 
Guennel  ou  Guentel,  suivant  l'accentuation;  avec  ï  long  dans 
-di-  on  eût  eu  Guennil  ou  Guentil.  Il  me  semble  qu'une  très 
légère  correction  peut  tout  arranger  :  il  faut  lire  Vidilis,  et 
nous  avons  régulièrement  Guedel,  Gue::el.  Le  scribe  de  l'Iti- 
néraire aura  commis  une  erreur  fort  commune  dans  les  ma- 
nuscrits en  lisant  Vindilis  au  lieu  de  Vidilis.  On  a  rapproché 
à  tort  le  nom  de  Guezel,  d'une  commune  en  face  sur  le  con- 
tinent, Guidel  :  l'I  est  long  et  on  prononce  nettement  d.  Une 
forme  plus  ancienne  est  Guidul,  ce  qui  suppose,  au  ix*^  siècle, 
Witol. 

\ .  A  moins  qu'on  ne  parte  d'une  forme  gallo-romaine  Fidilis. 


^  5  4  Mélanges, 

IV.  —  SiATA.  La  forme  intermédiaire  entre  Siata  et  Houat 
est  Hoiat  :  Hoiata  insula,  dans  la  vie  de  saint  Gildas,  écrite  au 
xi^ siècle (Boll.  saecul.  I,  p.  139).  La  marche  de  Siata  à  Hoiat 
est  la  même  que  de  ïsaruo-  au  vieil-armoricain  hoiarn,  plus 
tard  houarn.  Hoiat,  Houat  est  à  Siata,  comme  hoiarn,  houarn 
est  à  Isarno. 

V.  —  Arica.  Il  est  assurément  impossible  de  faire  sortir 
Hédic  d'Arica.  D'abord,  quelle  est  la  prononciation  bretonne 
du  nom  de  cette  île?  Je  tiens  de  M.  l'abbé  Buléon,  qui  l'a  en- 
tendu prononcer  par  les  habitants,  que  l'on  prononce  Hcdic 
ou  Edic  Ç-ic  prononcé  à  la  façon  du  haut-vannetais  -éc  avec  c 
iotacisé).  Hédic  dont  1'/;  ne  présente  pas  plus  de  difficulté  que 
celui  de  ac,  bac,  remonte  mathématiquement  à  une  forme 
Atlca.  Il  est  manifeste  que  le  scribe  a  mal  lu,  par  une  erreur 
encore  focilement  explicable.  La  prononciation  actuelle  montre 
que  la  forme  He:^ic  qu'on  trouve  dans  les  archives  du  château 
de  Kerfily  n'est  pas  exacte.  Hœdic,  orthographe  actuelle,  est 
une  mauvaise  plaisanterie  des  étymologistes  du  cru  qui  veu- 
lent voir  dans  Hedic  un  diminutif  de  Houat  :  Hoedic,  la  petite 
Houat  ! 

11  faut  donc  lire  :  Uxisama,  Sena  (nom  breton  Sidun,  Si- 
zun),  Vidilis,  Siata,  Aiica;  ce  sont  les  îles  de  Ouessant,  Sein 
(nom  breton  Sizun,  Sun),  Guedel  puis  Guezel  (Belle-Ile), 
Houat,  Hédic.  J'espère  avoir  prouvé  encore  une  fois  que  la 
linguistique  celtique  peut  être  utile  à  quelque  chose,  même  en 
histoire  et  en  géographie,  ce  qu'on  a  toujours  de  la  peine  à 
foire  comprendre  à  certains  historiens  français. 

J.   LOTH. 

V. 

LE  LLECHWAEW  GALLOIS  ET  LE  LIA  LkiMHÉ 

IRLANDAIS. 

On  rencontre  l'expression  Uechwaeiv  trois  fois  dans  le  récit 
de  Kulhwch  et  OKvenS  une  fois  dans  celui  de  Peredur  :  Kul- 

I.  Mabin.,  éd.  Rhys-Evans,  p.  118,  119. 


Mélanges.  î  S  5 

hwch  a  réussi  à  pénétrer  dans  le  palais  d'Yspaddaden  Penkawr 
pour  lui  demander  sa  fille.  Au  moment  où  il  sort  avec  ses 
compagnons,  Yspaddaden  leur  lance  un  des  trois  Ucchiuacw 
qui  étaient  à  portée  de  sa  main.  Les  écrivains  gallois  ont  tous 
traduit  par  dard,  javelot. 

Plusieurs  semblent  avoir  lu  Uiichwaau  qui  en  effet  signifie 
lance  de  jet,  javelot.  Il  est  bien  invraisemblable  que  le  copiste 
auquel  le  mot  llucbwaezu  devait  être  familier  l'ait  changé  trois 
fois  de  suite  dans  le  même  passage  en  Uechwaew.  Si  le  mot, 
comme  c'est  probable,  existe  réellement,  il  ne  peut  être  tra- 
duit que  par  lance  de  pierre-  plate.  On  ne  peut  songer  à  voir 
dans  llech  la  même  racine  que  dans  le  verbe  llechu,  être  aux 
aguets,  en  embuscade,  se  cacher.  On  conçoit  en  effet  très  bien 
un  mot  composé  pour  désigner  deux  termes  fréquemment  as- 
sociés par  l'usage,  mais  ce  ne  peut  être  ici  le  cas,  si  on  at- 
tribue à  llech  ce  sens.  L'existence  d'une  arme  de  pierre  chez  les 
Gallois  me  semble  d'autant  plus  vraisemblable  qu'une  arme  du 
même  genre  a  été  en  usage,  à  l'époque  historique  même, 
semble-t-il,  chez  les  Irlandais.  O'Curry  cite  de  nombreux 
textes  irlandais  où  il  est  question  d'une  arme  de  pierre,  dési- 
gnée sous  divers  noms,  mais  le  plus  souvent  sous  celui  de  lia 
lîiinihc,  pierre  de  main,  ou  de  leacàn  laoich  milidh,  la  pierre 
semi-plate  du  soldat.  Elle  se  portait  souvent  cachée  dans  le 
creux  du  bouclier  (O'Curry,  On  themanners,  II,  p.  277).  Elle 
est  décrite  avec  une  précision  qui  ne  laisse  rien  à  désirer  dans 
un  curieux  poème  cité  par  O'Curry;  c'est  une  invocation  à 
l'arme  elle-même  par  le  druide  Ceanmhor  au  moment  de  com- 
battre Lurga,  un  des  chefs  des  druides  du  roi  Cormac  Mac 
Airt.  Je  me  contente  de  relever  les  expressions  :  pierre  plate, 
pierre  étroite,  pierre  épaisse,  mince  %  etc. 

L'usage  de  cette  arme  est  d'autant  plus  remarquable  que 
toutes  les  armes  mentionnées  dans  la  poésie  épique  irlandaise 
sont  en  métal;  de  même  chez  les  peuples  bretons.  On  a  déjà 
constaté,  il  est  vrai,  la  persistance  de  certaines  armes  ou  outils 
en  pierre  chez  différents  peuples  en  possession  du  fer  et  du 

I.  O'Curry,  On  the  viatitiers,  II,  p.  280,  28 1.  La  traduction  paraît  sur 
certains  points  dclectueuse. 


î^6  Mélanges. 

bronze  et  n'employant  guère  que  ces  métaux.  Les  nombreux 
noms  propres  bretons-armoricains  en  maen,  pierre,  sont  pro- 
bablement un  souvenir  de  l'époque  lointaine  où  le  trait  de 
pierre  était  encore  employé,  en  particulier  dans  :  Maen-uue- 
then^,  qui  combat  avec  la  pierre;  Maen-finit-,  qui  lance  la 
pierre  ;  Finit-uucthen,  qui  combat  en  lançant  ou  avec  la  fronde; 
Maen-uuoret,  qui  défend  avec  la  pierre  ou  pierre  qui  défend  ; 
Maen-uuolou,  pierre  brillante,  etc.  C'est  un  legs  sans  doute 
des  populations  qui  ont  précédé  les  Celtes.  Une  étude  minu- 
tieuse des  fouilles  des  dolmens  du  Morbihan,  par  exemple, 
amène  à  cette  conclusion  que  les  populations  qui  inhumaient, 
dans  cette  partie  de  l'Armorique,  sous  dolmens,  ne  se  servaient 
que  d'armes  de  pierre.  Le  bronze  a  été  trouvé  en  assez  grande 
quantité  dans  cette  région,  mais  presque  toujours  à  la  surfice 
du  sol,  très  rarement,  sous  dolmens.  Les  statistiques  sur  les 
monuments  mégalithiques  de  la  Bretagne  ont  été  faites  très 
légèrement,  les  fouilles  mal  étudiées  et  les  conclusions  aussi 
hâtives  que  fausses. 

Le  récit  transforme  le  Ucchii'aew  en  une  arme  de  fer;  on  parle 
même  de  l'enclume  sur  laquelle  elle  a  été  forgée,  mais  cela  ne 
prouve  qu'une  chose,  c'est  que  le  sens  du  mot  était  inconnu  à 
l'époque  de  la  rédaction  du  récit,  et  l'instrument  depuis  long- 
temps hors  d'usage.  Dans  Peredur,  c'est  un  addanc,  animal 
flibulcux,  qui  en  fait  usage. 

J'ajouterai  que  Yspaddaden  Pen  Kawr  me  paraît  offrir  des 
traits  de  ressemblance  caractéristiques  avec  le  Balôr  des  Ir- 
landais :  celui-ci  sert  même  à  expliquer  l'autre.  Pourquoi  en 
effet  Yspaddaden  a-t-il  habituellement  les  paupières  rabattues 
sur  les  yeux?  Sans  doute  parce  que,  comme  Balôr,  il  avait  le 
mauvais  œil.  Ce  n'est  pas  la  seule  ressemblance  qu'offre  le 
récit  gallois.  Balôr  est  tué  par  son  petit-fils  Lug;  Yspaddaden 
par  son  neveu  Goreu  (le  meilleur).  Il  est  remarquable  aussi 


1.  Uueten  est  pour  tniethen ;  cf.  Weitnoc^X  Jt'dhenoc,  Cart.  de  Red.;  IVe- 
thien  et  Weidien,  ibid.  {GueilJjç^en,  Cart.  de  Landaflf,  p.  136).  Pour  giteith 
évoluant  en  giiueth,  cf.  Giieih  Ronan  ou  la  bataille  de  Ronan  (Dom  Morice, 
Preuves,  I.  p.  367,  368),  gall.  o-tm/A. 

2.  Finit  paraît  dérivé  d'une  racine  spend,  lancer;  cf.  ffonn  et  sonn.  Il  est 
vrai  que  le  gallois,  pris  à  part,  peut  représenter  le  \dX\afunda. 


I 


Mélanges.  357 

que  Lug  tue  Balor  avec  son  lic-tailme,  mot  à  mot  pierre  de 
fronde.  Les  légendes  galloises  et  irlandaises  ont  d'ailleurs  des 
liens  plus  étroits  qu'on  ne  croit.  Le  récit  de  Kulhwch  fait 
mention  d'un  Kubert,  fils  de  Daere;  c'est  probablement  une 
erreur,  et  il  faut  supposer  Curoi  au  lieu  de  Kubert.  Corroi  est 
l'objet  d'une  élégie  de  Taliessin  portant  le  titre  de  Mariunad 
Corroi  m.  Dayry  (Skene,  Four  ancient  Books,  II,  p.  198). 
L'auteur  de  ce  poème  n'a  pas  pris  sa  légende  dans  les  livres, 
comme  le  montre  sa  transcription  du  nom  du  meurtrier  de 
Corroi,  Cocholyn  {Cuchulaiiï).  Il  est  probable  aussi  que  le 
Lltidd  Law  ereint  de  Kulhwch  doit  être  pour  Niidd  law  ereint 
ou  Nudd  à  la  main  d'argent  {ereint  =  *  argentios),  qu'il  faut 
identifier  avec  le  Nuada  à  la  main  d'argent,  le  célèbre  chef 
des  Tuatha  Dé  Danann.  Je  ne  rappelle  pas  la  légende  des  en- 
fants de  Llyr  qui  est  aussi  galloise  qu'irlandaise.  Dans  certains 
cas,  on  est  en  présence  d'emprunts  aux  légendes  irlandaises, 
dans  d'autres,  comme  pour  Yspaddaden,  on  retrouve  des 
débris  du  patrimoine  commun  des  Gaëls  et  des  Bretons. 

J.  LOTH. 

VI. 

SUR  UNE  FAUTE  D'UN  COPISTE  DE  UHISTORIJ 

DE  NENNIUS. 

Dans  la  partie  de  la  compilation  de  Nennius  connue  sous 
le  titre  de  Genealogia,  on  remarque  le  passage  suivant  :  Tune 
Dutigirn  (vers  547-559)  in  illo  tempore  fortiter  dimicavit 
contra  gentcm  Anglorum.  Tune  Talhacrn  Tataguen  in  poe- 
mate  claruit  et  Neircn  et  Taliessin  (apud  Pétrie,  Mon.  hist. 
Brit.,  p.  75  c).  Au  lieu  de  Neiren,  il  n'y  a  pas  le  moindre 
doute  qu'il  ne  faille  lire  A  neiren,  le  poète  bien  connu.  Cette 
faute  me  semble  établir  avec  certitude  que  le  compilateur  avait 
sous  les  yeux  un  original  breton:  Talhaern...  aneiren;  il  aura 
pris  a  pour  la  conjonction  ac,  a  et  l'aura  transcrite  par  ^/^  tandis 
que  c'est  la  première  syllabe  du  nom  du  poète.  Un  autre  pas- 
sage de  VHisloria  me  semble  encore  plus  probant.  Chap.  LX\'I  : 
Ida  filius  Eobba  tenuit  regiones  in  sinistrali  parte  Humbri 
maris  XII  an«is  et  junxit  arcem  id  est  Dingueirin  et  Gurbir- 


5  j  8  Mélanges. 

nerth  (var.  gurdbirneth)  :  quae  duae  regiones  fuerunt  in  una 
regione,  id  est,  Deur  a  Berneth,  anglice  Deira  et  Bernicia.  Ce 
passage  est  éclairci  par  un  autre  inséré  dans  la  GeneaJogia 
(Pétrie,  p.  85  B):  Ida  filius  Eobba  tenuit  regiones  in  sinistrali 
parte  Britanniae,  id  est  Umbri  maris  et  regnavit  annis  XII  et 
uncxit  (lis.  junxit)  Dyiiguayrdi  Guuerthberneich  (var.  guerth- 
Bermihc).  Le  compilateur  me  semble  n'avoir  pas  compris  le 
texte  breton  qui  portait  :   [il  joignit]  Dingueirin  guurth  Bre- 

neich,  c'est-à-dire  il  joignit  D à  Breneich,   ce  qui  fit  que 

ces  deux  régions  furent  réunies  en  une  seule.  Ici  le  breton 
n'a  même  pas  été  traduit,  et  le  compilateur  a  pris  guurth  Bry- 
neich  pour  un  nom  propre.  La  généalogie  n'est  pas  de  source 
bretonne,  mais  on  y  a  annexé  des  faits  bretons  (sur  cette 
question,  v.  De  la  Borderie,  Nennius,  et  Heeger,  Ueher  die 
Trojanersage  der  Britten^  Munich,  1887).  J.  Loth. 


VIL 

DARGUID,  DERJVYDDON,  CYFARWYDDON. 

Dans  mon  vocabulaire  vieux-breton,  j'ai  analysé  darguid  en 
iu  -\-  are  +  vïd,  qui  sait  avant,  prophète,  et  rapproché  ce  mot 
du  gallois  moyen  derwyddon.  Cette  opinion  a  été  généralement 
adoptée.  On  pouvait  seulement  hésiter  entre  darguid  et  dor- 
guid.  La  forme  denuyddon  ainsi  que  le  sens  du  mot  suffiraient 
à  faire  préférer  darguid,  mais  il  )'■  a  un  mot  gallois  dont  la 
composition  des  plus  transparentes  doit  faire  disparaître  toute 
hésitation,  c'est  cyfanuyddon.  Ce  mot  est  évidemment  com- 
posé de  com  -\-are  -j-  vid...;  or,  il  est  employé  dans  les  Cam- 
peu  Charly maen  du  rév.  Robert  Williams  avec  le  sens  de 
sortilèges,  enchantements  :  y  brenhin  a  dy  wat  vot  yn  tebic  gantaw 
y  mae  trwy  gyvanuydon  y  gwnaethoed  ef  hynn  ;  «  le  roi  dit 
qu'il  lui  semblait  que  c'était  par  des  sortilèges  qu'il  avait  fait 
cela  (il  s'agit  des  exploits  des  compagnons  de  Charlemagne). 
Nyt  tebic  y  welaf  i  y  hwary  namyn  y  gyvanuydon  (XVII, 
p.  16,  17).  Dans  le  même  chapitre,  ceux  qui  accomplissent 
ces  exploits  fabuleux  sont  qualifiés  de  ^«^c/j'o»,  enchanteurs. 

J.  Loth. 


Mélanges.  559 


VIII. 

Monsieur, 

Dms  le  dernier  numéro  de  la  Revue  Celtique,  vous  dites  : 
«  une  localité  du  nom  d'Aculia  dans  le  pays  des  Vosges  est 
mentionnée  en  713  par  une  charte  de  l'abbaye  de  Wis- 
sembourg  »,  et  vous  regardez  cet  Aculia  comme  le  féminin 
du  gentilice  Aculius.  Me  permettrez-vous  de  retirer  ce  nom 
de  votre  liste,  en  rappelant  qu'il  n'est  pas  isolé  dans  les  Tra- 
ditioncs  Vir::;iburgenses,  qu'on  trouve  dans  ce  recueil  encore  à 
la  date  de  713  :  super  fluvio  Aquila,  super  pluviolas  Aquilas, 
sub  anihas  ripas  Aquilas,  et  qu'il  s'agit  de  la  petite  rivière  du 
Bas-Rhin,  l'Eichel,  sur  laquelle  je  me  suis  étendu  dans  un 
mémoire:  la  Marche  d'Aquilée,  Bull,  de  la  Soc.  des  Mon.  d'Al- 
sace, 1884,  et  dont  M.  Box  vient  de  décrire  le  cours  dans  sa 
Notice  sur  le  pays  de  la  Sarre,  Metz,  1889. 

On  ne  trouve  de  mention  de  ce  cours  d'eau  (comme  de 
beaucoup  d'autres)  sous  sa  forme  latine  que  dans  les  textes  du 
moyen  âge,  mais  on  peut  tout  de  môme  y  retrouver  l'élément 
celtique  Çgil  «  eau  »),  car,  comme  l'a  dit  Ernest  Desjardins, 
les  sociétés,  avant  même  d'être  organisées,  ont  nommé  les 
sources  et  les  rivières  qui  satisfaisaient  aux  premiers  besoins 
de  l'homme  et  à  ses  usages  les  plus  variés,  et  ces  antiques  ap- 
pellations sont  conservées  ' . 

P.    RlSTELlIUBER. 


1 .   La  rédaction  de  la  kn'tie  Celtique  ne  prend   pas  la  responsabilité  de 
l'étymoiogie  contenue  dans  ce  paragraphe. 


BIBLIOGRAPHIE. 


ZiMMER,  Keltische  Beitraege  I. 

Professer  Zimmer's  paper  in  the  32"'^  vol.  of  the  Zeitschrift 
fiïr  Deiitschcs  Alterthum,  pp.  196-334,  has  been  dealt  with  by 
Mr  Alfred  Nutt  in  the  A rcbaeological  Review  for  December  1888 
in  some  of  its  literary  aspects.  I  hère  propose  to  criticise  some 
of  Z.'s  linguistic  contributions  in  that  paper.  The  staple  of 
my  criticism  will  be  a  list  of  corrigenda. 

While  every  Celtic  scholar  fully  acknowledges  thegood  work 
which  \ve  owe  to  the  professor  at  Greifswald,  a  work  that  is 
not  impaired  by  the  véhémence  of  his  criticism  on  each  one 
of  them,  perhaps  one  may  be  permitted  to  regret  that  the 
ebullitions  of  his  temper  do  not  subside  with  advancing  years. 

The  weaker  éléments  of  his  work,  apart  from  his  temper, 
cannot  be  dismissed  so  lightly.  In  the  interests  of  his  chosen 
audience,  students  of  Teutonic  philology  and  literature,  once 
more  Zimmer  must  be  taken  to  task  for  carelessness  in  trans- 
cribing,  for  tampering  \vith  texts  to  secure  translations,  for 
hasty  conclusions,  for  fanciful  and  flimsy  conjectures,  tor 
want  of  critical  tact  and  judgment.  This  gênerai  caution  on 
his  work  is  not  needed  by  Celtic  scholars,  so  frequently  has  it 
been  urged  by  Stokes,  O'Grady,  Jubain ville  and  others. 

In  this  paper  I  shall  first  deal  wirh  Z.'s  treatment  of  his 
texts,  secondly  with  his  translations,  and  lastly  with  his  list  of 
loanwords  from  Teutonic  languages. 

First,  as  to  the  texts.  Most  of  thèse  had  been  already  pub- 
lished  in  facsimile,  and  it  was  easy  to  transcribe  them  with- 


Bibliographie.  3:6  r 

out  serious  blunders.  Yet  Z,  in  printing  them  has  com- 
mitted  grave  inaccuracies.  Some  of  thèse  may  be  merely  mis- 
prints  (I  hâve  taken  care  to  omit  obvious  misprints),  others  are 
due  to  carelessness  in  transcribing  ;  but  a  large  number  re- 
mains to  show  the  arbitrary  manner  in  which  Z.  is  accusto- 
med  to  deal  with  his  sources.  He  ieaves  out  words,  or  alters 
them  at  his  pleasure,  he  extends  contractions  wrongly,  and 
ail  this  without  a  word  of  warning.  The  following  is  a  list  of 
the  more  important  mistakes. 
P.  205,  l.  4:  foroeglass.  Fcs.  forroeglass. 

5  ;  gedofaethaistcsu.  Fcs.  gedofaethaîV. 
P.  206,  1.  6  and  7  :  déchois.  Fcs.  dechoiss. 

26  :  Osait.  Fcs.  'Osait. 

29:  hiforcipul.  Fcs.  hiforcepul. 
P.  208,  1.  23  :  cenfinna.  Fcs.  ctch  finna. 

20  and  31  \  fairge.  Fcs.  fairgge. 

31  :  assachlocond.  Fcs.  asachlocond. 

35  :  tibra.  Fcs.  tibre. 

39:  nanfuigiub.  Fcs.  nac/;  fuiciub. 
P.  209,  1.  9:  vuiinhad.  Fcs.  nit^ubad. 

27:  isintulaich  frit.  Fcs.  isintulaig  fritt. 
P.  210,  1.  4:  mochomluuâ .  Fcs.  mochu;»lond. 

16:  sund  ahudni.  Fcs.  sunda  budni. 

17  :  na  Germane.  Fcs.  nag<?rmane  («0  nagleorainne). 
217,  1.  4:  adalta  laa.  Fcs.  adalta  .i.  xnac  natn'fiwdewna  laa. 

8:  roshûgî.  Fcs.  rosûg(i). 

20:  assrôna.  Fcs.  asrona. 

21'.  so  accohraite.  Fcs.  soaccobraite. 
P.  220,  1.  7:  nan  Gall  :  coAmlaib.  Fcs.  nangall  .i.  co  Amldib. 
P.  221,  1.  Il:  ralûtar  rompu.  Fcs.  ralotar  sin  rompu. 

13:  barridnachîalar.Ycs.  barridnachtatarsom. 

22:  techtacoacharddib.  Fcs.  techta  uad  coacharddib. 

24:  dano  y  raglinnigit.  Fcs.   àana  et  rohellamaigit 
allonti  leosom  da«a  7  raglinnigit. 
aloma.  Fcs.  allontra. 

31  :  7nac  Uîh.  Fcs.  mac  \xû\idir. 

37:  alracht.  Fcs.  atr^acht. 

38:  atrachtatar.  Fcs.  atraachtatar. 
Revue  Celtique,  X  24 


^6i 

P.   222, 


Bibliographie. 


P.  223, 


232, 
240, 


P-  257, 


P 
P 
P 


261, 

274. 
305. 


P.  309, 


last  1.  :  indliter  carpait  7  chethirrlad.  Fcs.  indlit^r  car- 

Tpait  c/;et/;irnad. 

4:  coDûn  drcchsohis.  Fcs.  codun  ïidrechsolus. 

17:  longport.  Fcs.  longphort. 

j:  jtigilavit.  Ms.  iugulauit. 

4:  nainsi.  Fcs.  naninsi. 

17  :  dondân  amal.  Fcs.  dondûn  iarsin  amal. 

I  :  olsc.  Fcs.  olsi. 

24:  dollud.  Fcs.  dolluid. 

37:  isdéôl.  Fcs.  isdeôl. 
fin.  BennaBoirche.  Fcs.  Benna  Bairche. 

9:  Fingin.  Fcs.  fingin  .f.,  [f.  é.  fathliaig]. 

14:  inâig.  Fcs.  innâig. 

22:  arcrôcotaig.  Fcs.  ar  crô  cotaig. 

3  5  :  fosnessa  sleig  culind  hicoiss  coturargah.  Fcs.  îor- 
nessa  sleig  culind  isi;zg]i/zd  hicoiss  concu- 
laind  coturargab. 

37  :  insleig  niarnaide.  Fcs.  insleig  niar«m. 

38:  conérmadair .  Fcs.  co^érrmadair. 

39:  tarants.  Fcs.  taraaiss  issanglend. 

5  :  idassaih  achulad  condechaid.  Fcs.  iclassaib  achu- 
laid  conndechaid. 
1.  15  and  note  1.  8:  diafairnicFcs.  diatairiuc. 
Any  scholar  who  deals  thus  arbitrarily  and  carelessly  with  his 
texts  mustbe  expected  to  come  to  grief  in  his  translations.  The 
fréquent  misreadings  and  omissions  lead  to  serions  mistakes. 
But  such  mistakes  are  pardonable  compared  with  those  mis- 
translations  based  on  «  conjectural  readings  »,   as  Z.  would 
call  them.  In  trying  to  extract  some  meaning  from  passages 
obscure  to  him,  Z.  passes  oiF  the  merest  guess-work  as  a  bona 
fide  translation,  reminding  one  sometimes  of  the  Irish  trans- 
lators  of  bygone  times;  in  almost  every  instance  of  the  kind 
he  violâtes  grammar  and  common  sensé. 
P.  197,  note  :  go  hindraic  «  wûrdig  ».  Translate  «  faithfully  ». 
P.  205,1.9:  étaige  allmarda  ingantacha  «   wilde  ungeheuer- 

iiche  gewânder  ».  Transi.    «   strange    outlandish 

garments  ». 
P.  207,  1,  4:  teora  7nàla  foraib  «  drei  glatzen  auf  ihnen  »! 


P.  311 
P.  3 


5  72 


Bibliographie.  36^ 

Transi.  «  three  cropped  heads  on  them  ».  Hère  Z. 
œnÎMSQS  mâle  {inôile,  L  Br.  175'',  30)  «  baldness  » 
with  the  nom.  pi.  of  the  fem.  mal  «  a  cropped  or  pol- 
led  head  »,  a  word  still  used  in  Gaelic.  In  LL.  68  a, 
when  the  fifty  yellow  lock  that  adorn  the  head  of  Cu- 
chulaind  from  one  ear  to  the  other  (côica  urla  feg- 
buide  on  chludis  go  'cheile  dô)  hâve  just  been  de- 
scribed,  the  narrator  proceeds  :  msél  gle  find  fair 
mar  bo  ataslilad  «  a  shining  fair  cropped  head  on 
him,  as  if  a  cow  had  licked  it  ».  Ib.  1.  11  :  et  ra- 
sudiged  in  mac  eter  da  choiss  Conchobair  et  rogab 
in  ri  ic  sliachtad  a  mdile,  «  and  the  boy  was  set 
down  between  Conchobar's  two  feet,  and  the  king 
began  to  smoothe  his  cropped  head  ». 
Ib.        tri  lénti  «  drei  mântel  ».  Transi.  «  three  shirts  ». 

P.  210,  1.  31  :  oldâs  gcsca  ralach  rodîrge  «  als  die  âste  hoher 
eichen  ».  Transi.  «  than  the  branch  of  a  very 
straight  oak  » . 

P.  211,  1.  5  :  contibed-som  a  mangfâitbiud  gaire  «  und  er  lachte 
sein  hirschkalbgelachter  der  freude  ».  Transi.  «  and 
he  would  laugh  his  deceitful  laugh  ».  HereZ.  con- 
fuses mang  «  a  fawn  »  with  mang  «  deceit  ». 
1.3:  na  rûadràma  is  translated  by  «  der  roten  ruder  » 
instead  of  «  der  starkcn  ruder  ».  An  absurd  expia- 
nation  of  this  mistranslation  is  given  in  the  notes. 

P.  212,  1.  I  :  Owing  to  his  misreading  cen  finna  (instead  of 
cech  Jinna)  Z.    has   translated   this  whole  passage 
wrongly.  The  meaning  is  «  like  the  tether  of  an 
untamed  buU  was  each  hair,  scdgy,  rough,  tossed  » 
(samalta  comchubrech   daim    amriata    ccch   finna 
sescnidi  imluati  acarb).  The  simile  is  not  unusual 
in  Irish  litcrature.  Cf.  ba  remidhir  slabradh  iairnn 
cach  finna  da  tult,  LBr.  279b,  74. 
1.8:  aie  is  hcre  and  throughout  the  paper  rendered 
by  «  jûngling  »  instead  of  by  «  kricgcr  ».  Compare 
the  use  of  Lat.  iuvenis. 
1.  19  :  m  mag  «  den  ort  »  instead  of  «  die  ebene  ». 
1.  21:  albiur  fom  sciath  «  ich  sage  dir  untcr  meincm 


364  Bibliographie. 

schilde  »  instead  of  «  bei  meinem  schilde  ».  For 
the  use  of /o  in  oaths  see  O'Don.  Suppl.  s.  v.  sois- 
cel,  Cath  Finntr.,  note  on  1.  149,  and  Trip.  Life, 
p.  432,  14.  ^ 
1.  23  :  co  fesser  in  me  a  chomlond  «  damit  ich  erfahren 
werde,  ob  mir  sein  kampf  (gilt)  »  !  Transi.  «  that 
I  may  know  whetlier  his  figiit  wiil  break  » .  Me  is  the 
subjoinedformof  the3'''^  sg.  of  the  s-fut.  oïmaidim. 

P.  213,  1.  5  :  w/  labair  dana  frisin co  Làeg  «  er  erwiderte  ihm, 
dem  Laeg,  nichts  ».  Translate:  «  auch  darauf er- 
widerte er  dem  Laeg  nichts  » . 
L  9  :  cairet  imrecaim  do  sét?  «  warum  hast  du  deinen 
Weg  unternommen  ?  »  Translate  :  «  wohin  geht 
dein  weg  ?  »  Imrecaim  is  the  3rd  (not  the  2nd)  sg. 
s-aor.  of  immecmain^im. 
Note,  colla  to  explain  which  Z.  brings  in  «  Paddy 
and  his  pig  »,  is  simply  the  Imperative  oî  com-la. 
Cf.  escomla. 

P.  216,  1.  8:  Transi.  «  I  and  great  Goll  of  the  plain.  Goll 
fell  upon  the  shore,  and  this  is  his  head  which 
thou  seest  in  my  hand  ». 

P.  218,  L  4  :  is  ta  doroacht  «  du  bist  es,  den  ich  ertappte  »  ! 
Transi.  «  du  bist  es,  zu  dem  ich  gekommen  bin  ». 
Cf.  «  is  dot  indsaigiW  tancamair,  cia  roncraidis  », 
Tochm.  Emire,  Stowe  MS.  4.  2,  fo.  84  a,  2.  This 
refers  to  the  assignation  which  Derbforgaill,  the 
daughter  of  Ruad,  king  of  the  Isles,  had  with  Cu- 
chulaind.  Their  meeting  is  related  in  the  Tochmarc 
Emire,  Stowe  MS,  4.  2.  fo.  84  a,  i.  Betham  145, 
p.  126.  Harl.  5280,  fo.  24**,  I.  Z.  does  not  know 
this  and  draws  one  of  his  usual  hasty  conclusions. 
See  p.  248. 

P.  219,  1.  3  :  ni  ha  soaccohraîte  on  «  dies  war  nun  nicht  er- 
wûnscjit  (angenehm)  ».  Transi.  «  sie  war  darum 
nicht  begehrenswerter  » . 

P.  225 ,1.  20  :  for  sruthair  na  Mâile  Chind  Tiri  «  ûber  die  strô- 
mung  am  eingang  der  bucht  ».  Transi.  «  across 
the  stream  of  the  MuU  of  Kintyre  ». 


Bibliographie.  ^65 

P.  223.  Leôdûs  is  the  isle  of  Le\\-is,  msi  Cadd  are  the  Shet- 
lands, lit.  isles  of  Caithness,  while  Z.'s  Insi  Gàid 
are  Cadiz! 

P.  224.  Tlie  Sciggire  (O.  N.  skeggjar,  so  called  from  skegg 
«.  beard  •>))  are  the  inhabitants  of  the  Faroe  Isles. 
See  Cleasby-Vigfusson,  s.  v. 

P.  225,  1.  4.  After  veranstaltet  insert  «  und  ihre  Vorrate  wur- 
den  dann  von  ihnen  bereitet  ». 

P.  240,  1.  26  :  dodeochaid  Ci'ich.  iarsin  ina  lunga  «  C.  bestieg 
darauf  seine  schifîe  ».  Transi.  «  C.  then  went  in 
his  ship  ». 
1.  27  :  is  iat  robo  îucht  ôenlimga  dô  «  folgendes  (sic) 
war  die  mannschaft  eines  seiner  schiffe  ».  Transi. 
«  The  following  were  in  the  same  ship  with  him  » . 
1.  30  :  do  tbig  Ruâid  ri  g  na  n-insi.  Z.  reads  na  insi, 
probably  not  knowing  that  insi  is  a  Gen.  Plur. 
Transi.  «  to  the  house  of  R.,  king  of  the  Isles  ». 
His  note  that  a  sentence  must  hâve  dropt  ont  thus 
falls  so  the  ground. 

P.  227,  1.  9.  After  tuol  nun  insert  «  o  meine  Seele  »  (a  m'anim^. 

P.  241,  1.  Il  '.  na  hi  sund  for  a  cind  na  n-ecland  «  und  es  fin- 
det  sich  hier  kein  recke,  der  ihnen  entgegen- 
trete  »  !  Transi.  «  Do  not  stay  hère  awaiting  the 
outlaws  ».  I  should  like  to  hear  the  learned  pro- 
fessor  parse  this  sentence.  His  translation  implies 
a  mistake  as  bad  as  if  in  Latin  a  schoolboy  were  to 
confuse  ne  sis  with  non  est. 
1.12:  îarassair  and  iarumfor  a  citid  «  er  trat  ihnen 
nun  darauf  entgegen  ».  Transi.  «  He  remained 
thcre  awaiting  them  ». 

P.  243,  1.  14:  a  fhir  ocharimmil  chuicid  Ulad  «  o  held  der 
uferzackigen  provinz  Ulster  ».  Very  imaginative, 
but  wholly  wrong.  Fer  does  not  mean  «  held  », 
ocharimmcl  is  not  an  adjective  (cf.  bratt  gleiind  immi 
co  n-achdrimUb  argit  oengil,  LL.  267  b,  31),  and 
the  cpithet  «  uferzackig  »  would  least  apply  to 
Ulster  of  ail  the  provinces  of  Ireland.  Transi.  «  oh 
man  of  the  march  of  the  province  of  Ulster  !  » 


366  Bibliographie. 

P.  306,  1.  6:  Hère  the  proper  name  Dam  is  translated  by 
«  ox  ». 

1.  1 1  :  àanaisc  ar  mummi  go  m-blad  ar  crô  cotaig  is  ôen- 
tad  «  es  knûpfte  unsere  ruhmvolle  pflegemutter  un- 
sere  blutfreundschaft  und  einhelt  ».  Z.  mistakes  the 
Genitivesro/az>(Nom.  cotachm.')  and  ôentad  (Nom. 
ôentu)  for  Accusatives,  and  invents  a  compound  crô-  jj 

chotach.  The  use  of  the  verb  nascim  forbids  us,  I  Jl 

think,  to  translate  crô  by  «  blood  ».  I  would  ra- 
ther  adopt  Stokes'  rendering  (Tog.  Troi,  II,  560) 
«  a  bond  of  league  and  union  »,  taking  crô  «  hoop, 
ring  »,  in  a  metaphorical  sensé.  Cf.  the  similar 
use  of  cengol,  e.  g.  LBr.  276,  marg.  inf.  That  the 
Irish  made  treaties  by  mixing  blood  there  can  be  no 
doubt,  but  it  is  equally  certain  that  they  did  not 
borrow  this  practice  from  the  Norsemen^  as  Z. 
wants  to  make  out.  The  following  passage  refers  to 
a  league  between  the  Hûi  Néill  and  the  Cianachta 
\vhich  S.  Cairnech  ratified  about  A.  D.  500:  do- 
gniter  iarum  codach  annsin  eturru  7  cumaiscid 
Cairnech  a  fuil  i  n-oenleastar  dib  linib  7  scnhhus 
amail  doronsat  in  codach  annsin.  H.  2.  16,  p.  316, 
cited  by  Pétrie,  Tara,  p.  97  note.  The  practice  pre- 
vailed  in  the  Highlands  down  to  the  last  century. 
See  Martin,  Western  Islaiids,  p.  109.  Nor  is  it 
confined,  as  every  body  knows,  to  the  Ccltic  and 
Teuton ic  races. 
1.  12  :  etir  fini  ûnd-Elga  «  unter  den  findeJga-xer- 
wandten  ».  Transi.  «  among  the  tribes  of  fair 
Elg  ».  Elga  is  the  gen.  oi  Elg  (.i.  Eire,  Ireland, 
Egerton  88,  fo.  69  a,  i). 
P.  310,  1.  2;  What  with  his  deliberate  omission^  of  the 
words  isin  glind  (twice)  and  Concidaind,  and  several 
grammatical  mistakes  of  the  worst  kind,  Z.  has 


1 .  The  omission  of  thèse  words  can  scarccly  be  owing  to  carclcssness 
in  transcribing.  Surely  it  is  customary  to  indicate  and  explain  the  omissions 
of  important  words  from  the  professed  transcription  of  a  MS. 


Bibliographie.  367 

wholly  distorted  the  meaning  of  this  passage. 
Translate  :  «  The  spike  of  a  holly-tree  in  the  glen 
pierces  Cuchulaind's  foot,  so  that  its  point  went 
up  to  his  knee.  He  draws  it  out.  «  Do  not  go,  o 
Fer  Baeth,  till  thou  seest  the  find  I  hâve  found  ». 
«  Throw  it  from  thee  »,  said  Fer  Baeth.  There- 
upon  CuchuLaind  threw  the  spike  after  Fer  Baeth,  so 
that  it  struck  the  hoUow  of  the  two  sinews  of  his 
neck,  and  passed  through  his  mouth  in  front.  And 
he  feil  backward  into  the  glen  ».  Hère,  among 
other  things,  Z.  translates  fônùarsa  «  which  I 
found  »  by  «  sofort  »,  taking  ïiar  as  the  Dat.  or 
Ace.  of  ûar,  which  is  ûair  !  Slcig  ciilind  he  trans- 
lates by  «  der  untenspitze  speer  »  (as  iîcûI-UkT).  For 
culcnd  «  holly  »,  W.  celyn,  cf.  LL.  64  a,  8.  Rawl. 
502,  fo.  60  a,  I  :  gonit  coincuiHnn  caiss  «  twisted 
hollybushes  wound  hounds.  » 

P.  311,  1.  6.  This  passage  has  to  be  modified  in  the  same 
wav  as  the  last  one. 

P.  318,  note:  ina  caipaib  ciach  «  in  ihren  nebelkappen  ».  Ex- 
cept  in  the  very  worst  Mss.  of  this  and  the  last 
century  a  spelling  like  caipaib  for  caipib  or  capaib 
is  unheard  of.  Caipaib  is  from  càep  f.,  a  wellknown 
Word.  Transi.  «  in  their  masses  of  mist  ». 

P.  324,  1.  I  :  «  wenn  er  aufhôre  »  (Z.    reads   dia   tairnic). 
Transi.  «  for  his  provision  »,  «  zu  seiner  Verpfle- 
gung  »  (dia  iairiuc). 
Lasth'',  I  would  offcr  the  following  remarks  on  Z.'s  list  of 

Tcutonic  loanwords  as  well  as  on  some  of  the  Irish  words, 

themeaningand  etymology  of  which  Z.  discusses  incidentally. 

P.  245,  allmuir  should  not  be  compared  with  ailcthir.  It  re- 
presents  the  M.  W.  aUinyr  and  dénotes  people 
from  bcyond  or  ovcr  the  sea,  not  from  anothersea. 

P.  272.  Amor  «  wail,  lament  »  seems  a  genuine  Celtic  word 
like  the  cognate  W.  ajar.  It  occurs  in  the  Tocbm. 
Emirc,  Stowe  4.  2,  fo.  82  a,  2  :  rochualatar  nafir 
a,  n-amhor  ina  noi  umaidi  «  the  men  heard  their 
lament  in  their  brazen  boat  ». 


368  Bibl  ographie. 

P.  273.  ammor  also  seems  a  genuine  Irish  word.  In  spite  of 
Z.'s  assertion  to  the  contrar}^  it  does  occur  in  the 
taies  of  the  heroic  cycle,  apart  from  the  compound 
smirammair .  LL.  54  a,  33  :  tucad  chucu  a  n-ena  7 
a  n-dahcha  7  a  n-iarnlestair,  a  milain  7  a  lôthom- 
mair  7  a  n-drolmacha.  «  Their  mugs  (^iaiï)  and 
their  vats  and  their  iron  vessels,  their  urns  and 
their  slop-pails  and  their  pitchers  were  brought  to 
ihem  ».  Cf.  LBr.  213^,  45  :  lothomurin  taige  aiged 
co  n-MSce  na  haidche  remi  ind  «  The  slop-pail  of 
the  guest-house  with  the  water  in  it  of  the  night 
before  ». 

P.  275,  note.  «  Das  im  fcs.  deutlich  geschriebene  popp  ist 
kein  wort  ».  popp  or  papp  means  «  a  sprig  »,  and 
though  not  found  in  the  glossaries,  is  of  fréquent 
occurrence  in  the  texts  :  e.  g.  cona  n-duUib  oir, 
cona  papib  cristail,  Alex.  5  82.  ro»drfacsat  déis  cruith- 
nechta  na  pupu  oenchoire  do  finemain,  LBr.  127  a, 
pappe  7  blatha  na  finemna,  LBr.  38''.  The  word  is 
still  living  in  the  Highlands  and  the  Isle  of  Man 
as  pah,  bab  «  a  tuft,  tassel  ».  It  is  the  Lowland 
Scotch  loanword  hab  «  a  posy,  nosegay  ». 

P.  278.  That  Irish  ailén  should  hâve  been  borrowed  from  the 
O.  N.  eyland  seems  very  questionable.  It  is  unlikely 
that  the  diphthong  ey  should  hâve  bccome  short  a 
in  the  Irish  word,  for  the  i  merely  represents 
umlaut. 

P.  279.  Borg  is  not  directly  borrowed  from  any  of  the  Teu- 
tonic  languages,  in  which  the  word  (O.  N.  borg, 
A.  S.  burJj)  is  féminine.  The  Irish  borg  (Gen.  and 
Nom.  PL  buirg)  on  the  other  hand  is  always  mas- 
culine. It  is  the  Low  Lat.  burgus. 

P.  289.  Biror  «  ist  vielleicht  ein  nordisches  wort  =  einem 
bjôrhdr  «  bierhaar  »  ?  lautlich  steht  nichts  im 
wege  ».  Perhaps  not,  but  the  meaning  mightshock 
a  fastidious  palate. 

P.  293,  note:  «  a  stacks  »,  the  Professor's  English  for  «  a 
stag's  ». 


Bibliographie.  369 

The  following  undoubted  Teutonic   loanwords   may    be 
added  to  Z.'s  list. 
assan  F.  «  hose  »,  gl.  caliga,  Ir.  Gl.  72,  borrowed  like  W.  bo- 

san  F.  from  the  oblique  case  of  A.   S.  hosa  F.  (gl.  caliga 

vel  ocrea,  Wright's  Vocab.  I,  8r,  col.  2). 
beôr  F.  «  béer  »,  from  A.  S.  beôr.  The  word  has  become  fémi- 
nine like  so  many  old  neuters.  The  Gen.  béori,  beoiri  oc- 

curs  LBr.  215  b,  14.  215  a,  42. 
bordd,  bord. 

(i)  «  the  margin  between  the  rim  of  a  vessel  and  the 

liquid  »,  e.  g.  ar  borddaib  dabach,  LL.  256  a.  dar  borddaib 

(se.  na  dabchd),  ib.  254  b,  11. 
(2)  «  board,  table  »,  e.  g.  dobered  praind  for  bord,  LBr. 

233  b,  40.  Borrowed  UkeW.  bwrdd  from  A.  S.  or  O.  N.  bord, 
conung  «  king  »,  from  O.  N.  kommgr.  O'Don.  Three  Fragm. 

pp.  126,  I.  228,  21. 
fuindivg  F.  «  window  »,  from  A.  S.  wîndeàge  N.  As  the  mo- 
dem form  shows,  the  word  must  hâve  been  borrowed  at  a 

time  when  final  g  had  already  become  gh. 
iarla  «  earl  »,  from  O.  N.  iarl. 
scot  «  shcet  »,  mlin-scot  «  linen  sheet  »  (Atkinson,  Pass.  and 

Hom.  Ind.  s.  v.  lin  III),  from  O.  N.  skaut. 
stàic  «  steak  »  (Rev.  Celt.  VIII,  p.  369)  from  O.  N.  steîh. 
starga  «  shield  »  (LL.  265  a,    18),  from  O.  N.  targa,  with 

prosthetic  s  as  in  stiïag,  stiiigen,  etc.  The  Welsh  borrowed 

their  tarian  from  the  oblique  case. 

I  take  this  opportunity  ot  adding  a  new  explanation  of  the 
curions  word  ierngnala  (Wind.  Worterb.  s.  v.  giial),  which 
I  owe  to  a  private  communication  of  Stokes.  He  suggests 
that  ierngi'iala  (which  is  masc,  Gen.  Oc  ôl  ind  ierngiïali  UJ. 
121  b)  is  a  loan  from  a  Teutonic  «  afteryule  »,  A.  S.  se  aftera 
gcôla  (Skcat,  s.  v.  yulc).  The  usual  explanation  (LL.  107  b, 
II,  258  b,  18.  Egerton  1782,  fo.  70  a)  rests  on  a  fanciful  po- 
pular  etymology  of  the  word,  Connecting  it  w'nh  g/'ial  «  coal  » 
(gen.  tene guail,  LL.  258  b,  17.  co  n-dath  guail,  LBr.  258  b, 
62). 

Kuno  Meyer. 
Liverpool,  April,  1889. 


570  Bibliographie. 

Cours  de  littérature  celtique,  par  H.  d'Arbois  de  Jubainville  et 
par  J.  LoTH,  tome  IV;  les  Mabinogion,  par  J.  Loth,  tome  II. 

Dans  la  dernière  livraison,  p.  257-258,  nous  avons  rendu 
compte  du  tome  III  de  ce  recueil  qui  est  en  même  temps  le 
tome  I  des  Mabinogion  traduits  en  français  par  M.  Loth.  Nous 
sommes  heureux  d'annoncer  la  publication  du  volume  qui  con- 
tient la  fin  de  cette  traduction.  On  y  trouve  les  trois  contes 
d'Owen  et  Lunet  ou  la  dame  de  la  fontaine  (p.  i),  de  Peredur 
ab  Efrawc  (p.  45),  et  de  Gereint  ab  Erbin  (p.  m),  accom- 
pagnés tous  trois  de  notes  critiques  (p.  173).  Le  volume  se 
termine  par  un  appendice  qui  comprend  les  morceaux  suivants  : 

1°  Les  triades  historiques  et  légendaires  des  Gallois  (p.  201). 
Ces  triades  sont  de  diverse  provenance  qu'indiquent  les  titres 
sous  lesquels  elles  sont  rangées  :  triades  des  chevaux  du  Livre 
noir  de  Caermarthen,  p.  203  (publié  par  M.  Skene,  Four  an- 
cient  Boohs  of  Wales,  t.  II,  p.  viii);  triades  du  Livre  Rouge, 
p.  207  (publié  par  MM.  Rhys  et  Gwenogfryn  Evans  dans  leur 
édition  des  Mabinogion,  p.  297);  triades  du  ms.  de  Hengwrt 
537,  p.  254  (Skene,  Four  ancient  books  of  Wales,  II,  p.  454- 
465);  triades  de  la  Myfyrian  arcbaiology  of  Wales,  p.  257 
(2^  éd.,  p.  390-494). 

2°  Généalogies  (galloises)  de  la  fin  du  x"  siècle,  p.  302 
(tirées  du  ms.  Harléien  3859). 

3°  Extraction  des  hommes  du  Nord,  p.  325  (traduit  d'après 
Skene,   t.    II,  p.    454-457,    qui  reproduisait  le  ms.  Hengwrt 

536)- 

4°  Division  du  pays  de  Galles  en  caiilref  et  en  cyninvwt  au 

temps  du  dernier  roi  des  Gallois,  1246-1282,  p.  327  (d'après 
Myfyrian  arcbaiology,  2^  éd.,  p.  735). 

5°  Annales  Canibriae,  p.  345  (reproduction  du  texte  de 
M.  Egerton  Phillimore  dans  Cvniinrodor,  IX,  I,  p.  152-169, 
d'après  le  ms.  Harléien  3859). 

Ce  volume  se  termine  par  un  index  général  des  noms  pro- 
pres contenus  dans  les  deux  tomes. 

La  traduction  de  M.  Loth  présente  les  mêmes  qualités  que 
dans  le  volume  précédent;  nous  insisterons  encore  sur  son 
exactitude  et  sur  sa  précision  ;  l'apparente  négligence  du  style 
est  le  résultat  de  la  fidélité  rigoureuse  à  laquelle  M.  Loth  s'est 


Bibliographie.  57  î 

astreint,  se  refusant  partout  le  facile  plaisir  de  corriger  par  des 
embellissements  les  défauts  de  l'original. 

N.  QuELLiEM.  Chansons  et  Danses  des  Bretons.  Paris,  chezMai- 
sonneuve,  1889;  i  vol.  in-8,  111-300  p. 

Cet. ouvrage  est  divisé  en  trois  parties:  notes  de  voyage, 
p.  1-56;  chansons  bretonnes  populaires,  avec  traductions  et 
commentaires,  p.  57-238;  airs  notés,  p.  239-296. 

Un  critique  sévère,  M.  A.  Le  Braz,  a  trouvé  que  dans  la 
première  partie  «  les  observations  intéressantes  ne  manquent 
pas  »  et  que  dans  la  seconde  M.  Quellien  «  a  enrichi  la  col- 
lection de  nos  chants  populaires  peut-être  d'une  vingtaine  de 
documents  »  (^Annales  de  Bretagne,  IV,  543-546).  C'est  aussi 
mon  avis. 

Les  principaux  défiuts  signalés  dans  cette  publication  par 
M.  Ga'idoz  {Revue  criiique,  XXlll"  année,  n*"  17,  p.  334-339; 
n°  18,  p.  353-360)  et  par  M.  A.  Le  Braz  sont:  trop  peu  de 
concision  et  de  précision  dans  le  style;  mauvais  choix  dans 
les  documents  nouveaux  et  manque  d'indications  de  sources 
imprimées,  pour  les  autres;  emploi  du  mot  «  barde  »  pour 
désigner  les  poètes  populaires  actuels  de  la  basse  Bretagne. 

Concision  et  précision,  c'est  en  effet  un  idéal  à  proposer  à 
tous  ceux  qui  exposent  le  résultat  de  leurs  recherches  scienti- 
fiques. M.  Quellien  aurait  facilement  augmenté  la  valeur  de 
son  œuvre,  sans  la  rendre  plus  volumineuse,  en  serrant  davan- 
tage le  tissu  de  son  style,  et  en  remplaçant  certains  commen- 
taires ou  développements  personnels  par  des  textes  pris  dans 
la  tradition.  Il  en  a  recueilli  plus  qu'il  n'en  donne;  on  peut 
trouver  qu'il  réserve  trop  pour  l'avenir,  et  que  poussé  sans 
doute  par  l'honorable  scrupule  de  meltre  du  sien  dans  son  livre, 
il  ne  s'efface  pas  assez  devant  la  muse  populaire.  Le  meilleur 
moyen  de  ne  plus  s'exposer  à  voir  blâmer  ses  choix,  c'est  de 
\\\n  faire  aucun,  et  de  publier  tout,  je  veux  dire  tout  ce  qu'il 
a  de  nouveau. 

Il  fera  son  profit  aussi  des  critiques  relatives  à  l'absence  ou 
à  l'insuflisance  de  ses  indications  bibliographiques.  Il  eût  pu  se 
dispenser  de  rééditer  tout  au  long  des  versions  orales  de  pièces 
déjà  éditées  sur  feuilles  volantes   ou   autrement.    Ces  réim- 


372  Bibliographie. 

pressions  ne  sont  pas  dénuées  de  tout  intérêt  :  elles  permettent 
de  constater  la  popularité  de  certaines  poésies  d'origine  plus 
ou  moins  littéraire,  et  le's  changements  de  toutes  sortes  que 
subissent  celles-ci  efl  passant  par  des  bouches  souvent  illettrées. 
De  plus,  la  littérature  bretonne  des  feuilles  volantes  est  très 
rarement  accompagnée  de  traductions.  Malgré  cela,  l'auteur 
pouvait  se  contenter  de  noter  les  variantes  les  plus  importantes, 
pour  courir  de  préférence  après  l'inédit. 

Quant  à  la  désignation  de  «  bardes  »  donnée  aux  auteurs 
et  aux  chanteurs  actuels  de  poésies  bretonnes,  elle  peut 
donner  lieu  à  des  idées  très  fausses,  contre  lesquelles  M.  Gaidoz 
a  protesté  à  bon  droit.  Mais  l'éminent  critique  reconnaît  que 
ce  mot  est  employé,  sous  sa  forme  armoricaine  baix,  par  les 
«  bourgeois  »  et  les  «  demi-lettrés  qui  écrivent  des  vers 
bretons  »;  d'un  autre  côté,  ces  poésies  de  bourgeois  ou  de  demi- 
lettrés  deviennent  quelquefois  populaires,  comme  le  constate 
M.  Quellien,  p.  i6.  Je  ne  crois  donc  pas  que  l'expression  de 
«  barde  breton  »  soit  fausse  en  elle-même. 

Les  textes  publiés  par  M.  Quellien  sont  en  général  bien 
écrits  et  bien  traduits.  Cependant  on  peut  signaler  quelques 
foutes  ;  comme  goud-ouz^-och,  vous  savez,  p.  86,  88,  ^onr  goud 
ouxpch  (Uttéralement  «  savoir  vous  savez,  cf.  Rcv.  Celt.,  IX, 
245);  d'ain  dostik,  tout  près,  p.  132,  pour  daiiidostik  {dam-  est 
un  préfixe,  composé  de  deux  prépositions)  ;  taol  a  rent  diwar 
'n  hi\  ho  tan  ne  veut  pas  dire  «  ils  jetaient  d'eux  leur  feu  », 
p.  118,  mais  «  du  feu  »,  lisez  diiuarm^o  tan  ;  n'a  ra  ket  taillo 
deme:(el  (lisez  na  ra)  ne  signifie  pas  «  elle  ne  (se)  fait  pas  une 
taille  de  demoiselle  »,  p.  223,  mais  «  elle  ne  £iit  pas  de  gri- 
maces comme  une  demoiselle  »,  cf.  Bar:^a:^  Brei^,  166;  peur, 
p.  167  ==:.«  tout  à  foit  »,  et  non  «  à  peu  près  ».  Ann-obstant 
ini:(  oc'h,  quoique  vous  soyez,  p.  74,  est  noté  comme  une 
expression  extraordinaire,  on  lit  pourtant  enostant  ma,  p.  228; 
cf.  Rcv.  Cch.,  IX,  383.  La  remarque  sur  tri  mab  Heri,  les  trois 
fils  de  Henri,  p.  195  =  Rev.  Celt.,  VI,  501,  me  paraît  n'avoir 
aucun  sens  conciliable  avec  les  faits  de  la  grammaire  bretonne. 

Ce  n'est  pas  seulement  dans  la  dernière  partie  qu'il  est 
question  de  musique.  L'auteur  s'en  montre  constamment 
préoccupé;  là  est  l'originalité,  et  sans  doute  le  principal  mé- 


Bibliographie.  5  7  5 

rite  de  son  œuvre.  Mon  incompétence  m'interdit  de  le  juger 
à  cet  égard  :  je  ne  puis  que  constater  le  zèle  louable  dont  il  a 
fait  preuve  pour  compléter  en  cela  le  recueil  de  M.  Luzel,  et 
pour  noter  des  airs  de  danse  sans  paroles.  Sur  l'histoire  de  la 
musique  bretonne  il  n'est  pas  toujours  de  l'avis  de  ses  rares 
devanciers;  il  combat,  par  exemple,  des  opinions  de  M.  Bour- 
gault-Ducoudray,  p.  18,  32. 

Il  est  à  souhaiter  que  M.  Quellien  ne  se -décourage  pas, 
comme  quelques-uns  de  ses  collaborateurs  en  pays  bretonnant, 
dont  il  parle  p.  46  ;  mais  qu'il  continue  à  explorer  et  à  faire 
connaître  à  tous  les  trésors  cachés  du  folklore  breton. 

E.  Ernault. 


Galatarum  res  in  Graecia  et  Asia  gsstae  usque  ad  mé- 
dium secundum  saeculum  ante  Ghristum,  thèse  de  doctorat 
présentée  à  l'Université  d'Amsterdam  le  17  janvier  1888,  par  Hendrik  van 
Gelder.  Amsterdam,  J. -H    de  Bussy,  1888,  'm-8^,  302  pages. 

Ce  travail  est  divisé  en  sept  chapitres  qui  traitent  :  1°  des 
Gaulois  avant  leur  entrée  en  Grèce;  2°  de  leurs  premières 
expéditions  en  Grèce,  281-279  av.  J.-C.  ;  3°  des  Gaulois  dans 
la  péninsule  grecque  de  278  av.  J.-C.  au  deuxième  siècle  de 
notre  ère;  4°  des  Gaulois  en  Asie  jusqu'à  leur  défaite  par 
Attala,  278-225  ;  5°  de  la  Gahitie  (étudiée  au  point  de  vue 
géographique)  et  des  mœurs  des  Calâtes  ;  6°  de  l'histoire  des 
Calâtes  jusqu'à  l'époque  où  Cn.  Manlius,  vainqueur,  leur  im- 
pose les  conditions  de  la  paix  225-188;  7°  de  l'histoire  des 
Calâtes  sous  la  domination  romaine  jusqu'à  la  fin  de  leur  auto- 
nomie, 188-25  ^'''-  J-"C. 

Le  sujet  de  cette  thèse  est  à  peu  près  le  même  que  celui 
de  l'intéressante  «  Histoire  des  Gaulois  d'Orient  »  de  iM.  Ro- 
bioLi,  qui  remonte  à  1866;  l'auteur  de  la  thèse  a  donné  à  la 
chronologie  plus  de  soin  que  M.  Robiou  et  il  a  gagné  par  là 
plus  de  clarté  dans  son  exposition  ;  d'autre  part,  il  a  profité 
des  progrès  de  l'érudition  moderne  et  il  connaît  ainsi  mieux 
que  le  savant  français   une   partie  des  questions  qu'il  traite. 

Nous  ne  trouvons  pas  chez  M.  van  Gelder  le  chapitre  sur 


^-7  4  Bibliographie. 


■>  / 


les  Cimméricns  par  lesquels  commence  M.  Robiou,  qui  croit 
à  l'équation  Cimmerien  =  Cymro,  c'est-à-dire  Gallois.  Cela 
ne  veut  pas  dire  que  le  premier  chapitre  de  M.  van  Gelder 
qui  traite  des  origines  soit  en  tout  parfait  ;  ainsi,  p.  4,  il  fait 
dire  à  Tacite  que  les  Osi  sont  des  Gaulois,  quand  le  grand 
écrivain  nous  apprend  que  les  Osi  étaient  illyriens  :  Cotinos 
gallica,  Osos  paniionica  liiigua  coarguit  non  esse  Gennanos  (Ger- 
mania,  43),  et  dans  le  même  passage,  il  conserve  pour  le  nom 
des  Coiini  la  vieille  orthographe  Gotini,  aujourd'hui  rejetée. 
Il  paraît,  p.  11,  vouloir  faire  supporter  aux  Senons  vaincus 
par  les  Romains  une  partie  de  la  responsabilité  des  dévasta- 
tions commises  en  Grèce  et  en  Asie  par  les  Gaulois  qui,  de 
Pannonie  et  dlllyrie,  se  précipitèrent  sur  la  péninsule  des 
Balkans  et  de  là  en  Asie  Mineure,  au  troisième  siècle  avant 
notre  ère  :  Ildcnlur  Scnones  cuncti,  c  Boiis  haud  pauci,  inbospi- 
îam  lialiaiii  dereliquisse  trans  Alpes  in  Pannoniani,  in  lUyridem 
nhiisse.  Il  renvoie  à  Strabon  ;  or,  que  dit  le  célèbre  géographe  ? 
Il  dit  que  les  Romains  finirent  par  exterminer  entièrement, 
i';sç;6£'.pxv  ja-rsscv  -.ihiu):,  les  Senons  et  chassèrent,  ïlùazx'i,  les 
Boies,  qui  allèrent  s'établir  dans  la  région  Danubienne  (liv.  V, 
c.  I,  §  6,  éd.  Didot,  p.  177,  1.  17-20).  M.  van  Gelder  étend 
aux  Senons  détruits  ce  que  Strabon  affirme  des  Boii  fugitifs. 

Le  plus  étrange  est  p. 4,  une  citation  de  César,  De  hcUo  gaJIico, 
VI,  24,  qui  aurait  parlé  des  Vokae  Tectosages  établis  en 
Germanie,  in  ut  raque  Mari  fluvii  ripa  ;  cette  indication  topo- 
graphique ne  se  trouve  pas  chez  César.  Le  jeune  auteur  a 
donc  travaillé  beaucoup  trop  vite  et  n'a  pas  pris  le  temps  de 
lire  les  textes  qu'il  cite.  Mais  il  a  eu  de  bons  maîtres  ;  on  le 
voit  par  exemple  au  début  de  son  étude  sur  les  expéditions 
des  Gaulois  en  Grèce  de  281  à  279  ;  il  se  préoccupe  de  savoir 
à  quelle  source  a  puisé  Pausanias,  notre  principal  auteur 
aujourd'hui  sur  ce  sujet.  Dans  l'opinion  de  M.  van  Gelder 
Jérôme  de  Cardie,  écrivain  contemporain  de  cette  guerre,  est 
l'historien  auquel  on  doit  faire  remonter  la  première  rédaction 
du  récit  abrégé  par  Pausanias.  L'école  a  laquelle  appartenait 
M.  Robiou  avait  une  méthode  différente  :  «  La  tradition 
nationale  recueillie  par  Pausanias  racontait...  »  {Histoire  des 
Gaulois  d'Orient,  p.  40).  La  tradition  nationale  !  On  se  con- 


Bibliographie.  375 

tentait  alors   de  peu    en    France    pour    expliquer    comment 
s'étaient  composés  les  récits  des  historiens  grecs. 

M.  van  Gelder  comprend  qu'il  tant  chercher  à  être  plus 
précis.  Qu'à  l'avenir,  il  prenne  la  peine  de  bien  comprendre 
et  de  bien  copier  les  auteurs  grecs  et  latins  sur  lesquels  il 
s'appuie  et  il  pourra  devenir  un  historien.  Tel  qu'il  est,  son 
livre  est  sur  nombre  de  points  supérieur  à  celui  de  M.  Ro- 
bion.  Seulement  on  fera  bien  de  ne  pas  s'en  servir  sans  vérifier 
les  citations  d'auteurs  anciens  sur  lesquels  il  prétend  appuyer 
ses  doctrines. 

H.    D'A    DE  J. 


CHRONIQUE 


SOMMAIRE:  I.  Un  gouverneur  inconnu  delà  Gaule.  — II.  Nouvelle  édition  des  West-Highland 
Taies.  —  III.  Le  gaélique  d'Ecosse  suivant  le  journal  Thi  Citizen  de  Chicago.  —  IV.  Publi- 
cation du  mystère  de  saint  Guennolé  par  M.  Luzel.  —  V.  Une  rédaction  de  la  vie  de  saint 
Guennolé  dans  un  ms.  du  xiii'  siècle  au  Musée  Britannique.  —  VI.  Gloses  irlandaises  inédites 
publiées  par  M.  Whitley  Stokes.  —  VII.  Etude  de  M.  A.  Nutt  sur  le  Mesca  Ulad  édité  par 
Hennessy.  —  VIII.  Deux  stèles  funéraires  (dont  l'une  avec  inscription  ogarique),  deux  sé- 
pultures par  incinération  et  la  croyance  aux  fées  en  Irlande.  —  IX.  Récits  légendaires  irlandais 
et  bretons  dans  la  Revue  des  traditions  populaires.  —  X.  Les  gentilices  romains  d'origine 
non  latine  en  Gaule.  —  XI.  Mémoires  de  M.  Cartaillac  sur  l'orfèvrerie  d'or  gauloise  et  de 
M.  Hoernes  sur  la  nécropole  de  Hallstatt  (Autriche).  —  XII.  Publication  nouvelle  sur  trois 
stèles  funéraires  déjà  connues  datant  du  ix=  siècle  (?)  et  appartenant  au  pavs  de  Galles.  Décou- 
verte de  trois  stèles  inédites  dans  la  même  région.  —  XIII.  M.  S.  Reinach  et  les  Gaulois  dans 
l'art  antique.  —  XIV.  Le  poète  gallois  Dafyd  ap  Gwilym.  Corbilon  ne  serait-il  pas  Saiut-Nazaire?. 
XV.  Le  journal  Vlrish  Echo  de  Boston.  —  XVI.  Critique  par  M.  Whitley  Stokes  du  livre  de 
M.  R.  Atkinson  :  The  passions  and  the  homilies  in  the  Leabhar  breac.  —  XVII.  L'histoire  la  plus 
ancienne  de  l'Irlande  par  M.  Charles  de  Kav  dans  le  Cnitiiry  Ma^aiiiic  de  Xew-York.  — 
XVIII.  Les  ohclisques  ihèrcs  d'Aristote  sont-ils  des  cromlechs?  —  XIX.  Acquisition  d'une  ins- 
cription lépontienne  dn  Tessin  par  le  musée  de  Milan. 

I. 

M.  Cagnat,  professeur  d'épigraphie  latine  au  Collège  de  France,  et  dont 
le  nom  est  bien  connu  des  lecteurs  de  la.  Revue,  nous  a  signalé  dans  les  No- 
ii^ie  degli  scavi,  1889,  p.  9,  une  inscription  intéressante,  parce  qu'elle  nous 
fait  connaître  les  noms  d'un  gouverneur  de  la  Gaule  inconnu  jusqu'ici. 
C'est  Cn.  Pullius  Pollio,  proconsul  de  la  Narbonnaise,  légat  d'Auguste  dans 
la  Gallia  comata  et  en  Aquitaine.  Ce  nom  ne  se  trouve  pas  dans  la  liste  des 
gouverneurs  de  la  Gaule  sous  Auguste  qu'a  donnée  Ernest  Desjardins,  Géo- 
graphie historique  et  administrative  de  la  Gaule  romaine,  t.  III,  p.  246,  247. 

II. 

Nous  apprenons  avec  plaisir  qu'il  va  paraître  une  nouvelle  édition  des 
contes  des  hautes  terres  occidentales  d'Ecosse,  West  Highland  Taies,  par 
Campbell.  On  trouve  encore  en  librairie  les  tomes  III  et  IV  de  ce  recueil, 
mais  les  tomes  I  et  II  sont  depuis  longtemps  épuisés. 

m. 

Le  journal  irlandais  The  Citi'^en  qui  paraît  à  Chicago,  Etats-Unis,  con- 
tient dans  son  numéro  du  13  juin  un  article  où  est  traitée  la  question  de 
savoir  à  quelle  date  chez  les  Gaels  d'Ecosse  la  langue  littéraire  a  cessé  d'être 
identique  à  l'irlandais  littéraire.  L'auteur  de  cet  article  prétend  que  la  révo- 


Cfironi^jue.  577 

lution  d'où  a  résulté  la  séparation  actuelle  des  deux  langues  s'est  produite 
subitement  au  milieu  du  siècle  dernier  et  qu'elle  a  eu  une  cause  politique. 
Suivant  lui,  la  notation  adoptée  en  Ecosse  serait  arbitraire,  ne  représenterait 
pas  la  prononciation  réelle,  et  comme  exemple  il  donne  la  notation  de  l'ar- 
ticle au  génitif  pluriel  :  «  Livre  des  droits  »  s'écrit  en  gaélique  d'Ecosse 
Leahhar  nan  Ceaii,  tandis  qu'en  Ecosse  on  écrit  Leahhar  tm  gceart.  La  diffé- 
rence principale  des  deux  notations  consiste  dans  le  second  n  de  l'article 
gaélique  nan.  Ce  second  n  n'existe  pas  en  irlandais  dans  cette  formule,  et 
on  ne -le  trouve  dans  aucun  texte,  quelque  ancien  qu'il  soit,  quand  le  mot, 
que  l'article  précède,  commence  par  la  lettre  c.  Cet  n  ne  peut  donc  être 
que  préhistorique,  dit  l'auteur  irlandais  de  Chicago,  qui  paraît  ne  pas  ignorer 
la  grammaire  celtique.  La  question  pour  nous  est  de  savoir  si,  en  Ecosse, 
la  prononciation  aurait  rétabli  cet  n  par  analogie,  puisque  Vn  final  de  l'ar- 
ticle se  maintient  en  irlandais  devant  d,  g  et  les  voyelles. 

IV. 

Le  bulletin  de  la  Société  archéologique  du  Finistère  pour  l'année  1889 
(tome  XVI,  livraisons  2  à  5)  contient  le  texte  et  la  traduction  du  mystère 
de  saint  Gwennolé,  texte  breton,  et  traduction  en  français.  Il  a  existé  de  ce 
mystère  une  rédaction  du  xvie  siècle  que  Le  Pelletier  a  cité  trente-cinq  fois 
dans  son  dictionnaire  de  la  langue  bretonne,  1752;  mais  l'auteur  de  l'édi- 
tion que  nous  annonçons  n'a  eu  à  sa  disposition  qu'une  copie  moderne,  cet 
auteur  est  M.  Luzel,  dont  les  travaux  sur  la  littérature  bretonne  sont  si 
justement  estimés;  son  édition  du  mystère  de  saint  Gwennolé  arrive  à 
point,  au  moment  où  viennent  de  paraître  deux  éditions  de  la  vie  latine  du 
célèbre  abbé  breton  :  l'une  par  le  Père  de  Smedt,  l'autre  par  M.  de  La  Bor- 
derie. 

V. 

En  annonçant  l'édition  de  la  vie  de  saint  Gwennolé,  dans  les  Anakcta 
BoUandiaiia,  par  le  Père  de  Smedt,  chronique  d'octobre  dernier  (tome  IX, 
page  496),  j'ai  commis  une  grosse  omission  dont  je  fais  amende  honorable 
au  savant  jésuite  ainsi  qu'aux  lecteurs  de  la  Revue  Celtique.  Je  n'ai  pas  dit 
qu'outre  le  manuscrit  de  la  Bibliothèque  Nationale  de  Paris  lat.  5610  A,  le 
Père  de  Smedt  s'est  servi  d'un  manuscrit  du  Musée  Britannique  Cotton. 
Otto.  D.  VIII,  qui,  bien  que  postérieur  de  plusieurs  siècles  à  celui  de  Paris, 
contiendrait  dans  la  pensée  du  savant  éditeur  une  rédaction  plus  ancienne. 
En  tous  cas,  cette  rédaction  est  beaucoup  plus  courte.  Dans  l'édition  due 
au  P.  de  Smedt,  la  différence  des  caractères  typographiques  permet  de  dis- 
tinguer :  1°  ce  qui  est  communaux  deux  manuscrits,  2°  ce  qui  ne  se  trouve 
que  dans  celui  de  Paris.  Si  je  ne  me  trompe,  M.  de  la  Borderie  considère  le 
texte  de  Londres  comme  un  abrégé  de  celui  de  Paris  qui  est,  comme  on 
sait,  peu  différent  de  celui  de  Q.uimper.  Il  est  difficile  de  nous  prononcer 
sur  cette  questioij  avant  de  connaître  les  raisons  que  le  savant  breton  croit 
avoir  pour  ne  pas  admettre  l'hypothèse  du  P.  de  Smedt. 

Revue  Celtique,  X  25 


Î78 


Chronique. 


VI. 

M.  Whitley  Stokes  a  publié  dans  VAcademy  du  25  mai  dernier,  pp.  561- 
362,  de  fort  intéressantes  gloses  irlandaises  extraites  d'un  manuscrit  du  Va- 
tican, fonds  palatin  68.  C'est  un  manuscrit  latin  écrit  par  une  main  irlan- 
daise au  ixe  ou  au  x^  siècle;  ces  gloses  sont  au  nombre  de  seize. 


VII. 

L'abbé  Duchesne  vient  de  faire  paraître  un  volume  d'un  haut  intérêt  pour 
toutes  les  personnes  qui  désirent  connaître  l'histoire  de  la  liturgie  chrétienne 
chez  les  populations  celtiques;  ce  volume  est  intitulé  :  Origines  du  culte 
chrétien,  étude  sur  la  liturgie  latine  avant  Charlemagne.  Il  a  paru  chez  Thorin, 
7,  rue  Médicis,  à  Paris.  On  y  trouvera  par  exemple,  aux  pages  148  et  149, 
une  savante  appréciation  du  missel  de  Stowe  et  de  l'antiphonaire  de 
Bangor. 

VII. 

Dans  V Archaological  Revieiu  de  mai  1889  (tome  III,  pages  206-214), 
M.  Alfred  Xutt  a  publié  une  très  intéressante  étude  sur  l'édition  du  Mesca 
Ulad  donnée  par  Hennessy  et  dont  il  a  été  rendu  compte  dans  le  présent 
volume,  pages  244-247.  Suivant  M.  Nutt,  les  deux  fragments  publiés  par 
Hennessy  appartiennent  à  deux  rédactions  différentes.  La  doctrine  de 
M.  Nutt  sur  ce  point  spécial  se  rattache  à  la  doctrine  générale  de  M.  Zim- 
mer  sur  les  sources  les  plus  anciennes  de  la  littérature  épique  irlandaise. 


VIII. 

Le  journal  de  l'Association  historique  et  archéologique  d'Irlande,  n"  77 
(tome  VIII,  p.  505),  contient  une  note  sur  une  pierre  ogamique  que 
M.  Charles  Elcock  a  trouvée  dans  le  comté  de  Cavan  et  qui  lui  semble 
n'avoir  pas  été  signalée  jusqu'ici  ;  cette  pierre  est  connue  sous  le  nom  de 
Cîoch  Stucha  et  les  gens  du  pays  croient  que  c'est  une  stèle  funéraire  :  «  Un 
grand  homme  »,  dit-on,  «  a  été  enterré  sous  cette  pierre  ».  Malheureuse- 
ment, il  parait  que  l'inscription  ogamique  est  illisible.  —  M.  Thomas 
O'Gorman  n'a  pas  été  beaucoup  plus  heureux  pour  une  tombe  chrétienne 
qu'il  a  trouvée  dans  le  cimetière  de  Meelick,  au  comté  de  Mayo  :  il  n'a  pu 
lire  que  les  trois  premières  lettres  du  nom  du  défunt  :  gri.  Il  suppose  qu'il 
s'ao-it  d'un  certain  saint  Grégoire  qui  vivait  dans  les  premiers  siècles  du 
christianisme  {ibidem,  page  495).  —  La  notice,  par  le  colonel  Vigors,  sur 
une  tombe  à  incinération  trouvée  près  du  village  de  Royal  Oak,  comté  de 
Carlow,  me  paraît  plus  intéressante,  c'est  une  contribution  importante  à 
l'histoire  la  plus  ancienne  de  l'Irlande  (/7'/'(/. ,  p.  491).  —  Le  n"  79,  t.  IX, 


Chronicjue.  ]-jc) 

p.  19,  contient  un  mémoire  de  M.  French  sur  une  découverte  analogue  à 
Adamstown,  comté  de  Wexford  ;  et  p.  59,  un  recueil  de  notes  colligées 
par  le  Rev.  Brenan,  qui  attestent  la  persistance  de  la  croyance  aux  fées  chez 
les  paysans  irlandais. 

IX. 

Dans  la  Revue  des  traditions  populaires  d'avril  1889  (tome  IV,  p.  217- 
224),  M.  Loys  Brueyre  a  terminé  la  publication  de  la  traduction  en  français 
du  mémoire  inédit  de  M.  David  Fitzgerald  sur  quelques  récits  légendaires 
irlandais.  —  Dans  le  numéro  de  mai,  tome  IV,  p.  276-281,  de  la  même 
revue,  M.  Buléon  a  donné  cinq  récits  légendaires  recueillis  à  Carnac  (Mor- 
bihan); le  héros  de  ces  cinq  récits  est  le  personnage  mystérieux  connu  sous 
le  nom  de  CoUé-Porh-en-Dro.  —  Dans  le  numéro  de  juin  1889  (tome  IV, 
p.  358J,  M.  Le  Carguet  a  inséré  la  légende  bretonne  des  chats  et  des  rats 
incendiaires. 


Les  comptes  rendus  de  l'Académie  des  Inscriptions  et  Belles-Lettres,  bulle- 
tin de  janvier-février  1889,  contiennent,  pages  27  à  2g,  une  note  sur  les 
gentilices  romains  d'origine  non  latine  dans  les  noms  de  lieu  de  la  Gaule. 

XI. 

On  remarque,  dans  la  Revue  d'Anthropologie  du  15  mai  1889,  tome  IV, 
p.  274-292,  une  étude  sur  «  For  gaulois  »,  par  M.  Emile  Cartailhac.  Cet 
article  est  accompagné  de  dix-neuf  figures  intercalées  dans  le  texte,  repré- 
sentant divers  bijoux  trouvés  dans  la  Bretagne  continentale,  dans  la  Côte- 
d'Or,  la  Haute-Garonne,  le  Tarn,  la  Marne,  l'Alsace,  etc.  Il  peut  donner 
une  idée  générale  de  l'orfèvrerie  gauloise  avant  la  conquête  romaine.  — 
Trop  courte  est  malheureusement  l'intéressante  notice  de  M.  Maurice 
Hocrnes  sur  le  cimetière  de  Hallstatt,  en  Autriche,  et  sur  les  notions  his- 
toriques qui  résultent  des  fouilles  e.Kécutées  dans  ce  cimetière,  même  livrai- 
son, pages  328-336.  Cet  article  contient  une  notice  bibliographique  et  de 
courtes  indications,  principalement  statistiques.  Aijisi  :  «  sur  neuf  cent 
quatre-vingt-treize  tombeaux,  quatre  cent  cinquante-cinq  contenaient  des 
os  calcinés,  cinq  cent  vingt-cinq  des  squelettes  entiers;  dans  treize,  les  corps 
semblaient  avoir  été  en  partie  brûlés  et  en  partie  enfouis  entièrement.  A 
Watsch  (Carniole),  on  a  fait  de  pareilles  observations,  mais  l'incinération 
y  prédomine  considérablement  :  sur  deux  cents  tombeaux,  il  n'v  en  a  que 
dix  à  squelettes.  Une  autre  diilérence  consiste  en  ce  que  le  mobilier  funé- 
raire (à  Watsch,  régulièrement  plus  riche  chez  les  squelettes  et  surtout 
contenant  des  armures  qui,  généralement,  manquaient  dans  les  tombes  à 
crémation),  ne  permet  à  Hallstatt  aucune  profonde  distinction  entre  les 
sépultures  si  diversement  arrangées.  Probablement,  à^\'atsch,  l'inhumation 
était  l'usage  plus  récent  et  adopté  d'abord  par  les  gens  riches  et  puissants. 
Il  n'est  pas  nécessaire  de  supposer,  avec  le  prince  de  Windischgraetz, 
qu'en  cet  endroit  deux  différentes   nations  ont  vécu  ensemble,  l'une,  la 


380  Chronique. 

subjuguée,  brûlant  ses  morts,  tandis  que  l'autre,  le  peuple  dominant,  les 
ensevelissait  sans  crémation.  Dans  cette  supposition,  à  Hallstatt,  les  tombes 
à  inhumation  appartenaient  plutôt  à  la  race  conquise,  tandis  que  celles  à 
crémation  contenaient  les  restes  de  la  race  régnante.  Car,  d'une  manière 
générale,  les  squelettes  sont  accompagnés  d'un  mobilier  un  peu  moins  riche 
que  les  cendres  ;  les  objets  de  parure  en  or,  les  armures  en  bronze  et  en 
fer  proviennent  le  plus  fréquemment  des  tombeaux  à  incinération,  les  vases 
en  bronze  en  proviennent  presque  exclusivement.  Ce  n'est  que  l'ambre  jaune 
qui  domine  chez  les  squelettes.  »  (Page  330).  Dans  l'opinion  de  l'auteur, 
la  civilisation  de  Hallstatt  n'est  pas  celtique,  mais  illyrienne,  et  c'est  une  in- 
vasion gauloise  qui  l'a  détruite. 

XII. 

ISArchaeohgia  Camhrcnsis  d'avril  1889  contient,  p.  1 18-126,  une  étude 
de  M.  J.  Roniillv  Allen  sur  trois  stèles  funéraires  qui  existent  encore  à 
Llantivit  major,  Clamorganshire.  Ces  monuments  sont  pourvus  d'inscrip- 
tions qui  nous  font  connaître  les  noms  des  personnes  sur  les  tombes 
desquelles  ils  ont  été  élevés,  ou  aux  tombes  desquelles  ils  ont  été  destinés. 

Le  numéro  i  a  des  inscriptions  sur  deux  foces.  L'inscription  gravée  à 
l'Est  nous  apprend  qu'elle  a  été  posée  par  les  soins  d'un  certain  Samson  : 
Sduison  posiiit  haiic  criicein  pro  ainiiia  ejtis.  La  face  occidentale  contient 
quatre  noms,  chacun  dans  un  cartouche  séparé.  Iltel,  Samsonis  régis,  Sa- 
muel, Elizar.  Iltel  est  précédé  d'une  croix,  Samuel  et  Elizar  sont  chacun 
suivis  d'une  croix  ;  aucun  signe  n'accompagne  dans  son  cartouche  le  nom 
du  roi  Samson.  On  doit,  ce  me  semble,  reconnaître  dans  ce  monument  la 
continuation  de  l'usage  romain  suivant  lequel  on  voit  si  souvent  quelqu'un 
faire  graver  une  épitaphe  pour  des  parents  morts  et  pour  lui-même  encore 
vivant  :  viviis  sibi  (\e  «  vivant  »  est  le  roi  Samson).  La  même  observation 
pourrait  s'appliquer  au  numéro  3  (?).  Le  numéro  2  a  été  élevé  par  les 
soins  d'un  certain  Houelt  pour  Res,  son  père.  Le  numéro  3  a  été  dressé  et 
gravé  par  ordre  d'un  certain  abbé  Samson,  pour  lui,  pour  le  roi  luthahel  et 
pour  un  certain  Artmal  Tec.  On  attribue  ces  monuments  au  neuvième 
siècle.  L'article  de  M.  Romilly  Allen  est  accompagné  de  cinq  planches.  Ces 
monuments  ont  déjà  été  reproduits  dans  le  Lapidariiini  JVaUiae  de  West- 
wood,  planches  3,  4,  5,  6,  7  ;  et  une  étude  sur  eux  se  trouve  dans  le  texte 
du  même  ouvrage,  p.  9-14.  Les  planches  de  M.  Romilly  Allen  sont  un 
peu  meilleures  que  celles  de  Westwood. 

Ce  qui  est  plus  intéressant,  c'est  (p.  176-177)  la  découverte  de  trois 
stèles  avec  inscriptions  à  Egremont  et  Llandilo,  South-Wales.  Les  inscrip- 
tions consistent  simplement  en  noms  propres  :  1°  Naniacui  ;  2°  Andaseta  ; 
3'^  Coiniagni  tilii  Caveti.  Des  deux  noms  propres  contenus  dans  la  dernière 
inscription,  l'un  est  un  dérivé  du  gentilice  Connius  qui  n'est  pas  rare  sous 
l'empire  romain  ;  et  ce  dérivé  a  été  formé  à  l'aide  du  suffixe  -gnus  étudié 
par  M.  Rhys,  Lcxtures  on  JVelsh  Philohgy,  2'^  éd.,  p.  31.  L'autre,  Cavetus. 
paraît  prochainement  apparenté  au  Cavo  de  l'inscription  de  Llanfor  (Rhys, 


Chronique.  38  r 

Lectures  on  Welsh  Philohgy,  2^  éd.,  p.  374).  Andaseta...  semble  un  composé 
dont  le  premier  terme  serait  identique  au  premier  terme  d'Andagelli  de 
l'inscription  de  Gelli-Dyv/yll  (Rhys,  lectures  on  Wehh  Philology,  p.  388)  et 
au  premier  terme  Ando-  du  nom  d'homme  Ando-rourus  conservé  par  une 
inscription  de  Vézénobres,  Gard  (C.  /.  L.,  XII,  2891). 

XIII. 

Les  numéros  de  la  Revue  archéologique  de  janvier- février  et  de  mars-avril 
1889  (troisième  série,  t.  XII,  p.  11-22;  187-203)  contiennent  la  continua- 
tion du  savant  mémoire  de  M.  S.  Reinachsur  les  Gaulois  dans  l'art  antique. 
Nous  voyons  avec  regret  l'excessive  lenteur  avec  laquelle  paraît  cette  ins- 
tructive publication  ;  c'est  le  premier  travail  d'ensemble  dont  aient  été 
jusqu'ici  l'objet  les  nombreuses  représentations  de  Gaulois  éparses  dans  une 
foule  de  monuments  de  l'art  grec  et  romain  et  dans  un  grand  nombre  de 
collections  publiques  et  privées,  françaises  ou  étrangères. 

XIV. 

Les  Annales  de  Bretagne  ont  publié  dans  leur  numéro  d'avril  la  traduction 
par  M.  Le  Gai  d'un  mémoire  de  M.  Cowell  sur  le  poète  gallois  Dafydd  ab 
Gwilym,  1328-1400(1.  IV,  p.  387-419).  —  On  trouve  ensuite  un  mé- 
moire de  M.  Léon  Maître  qui  prétend  prouver  que  ïemporium  gaulois  de 
Corbilon  n'est  autre  que  Saint-Nazaire.  Corbilon  était  situé  sur  la  Loire. 
Quand  Polybe  voulut  avoir  des  renseignements  sur  la  Bretagne  afin  de  con- 
trôler ceux  que  donnait  Pythéas,  il  s'adressa  à  des  ambassadeurs  que  les 
habitants  de  Corbilon  avaient  envoyés  à  P.  Cornélius  Scipio  Africanus  le 
jeune,  probablement  vers  l'année  134  avant  J.-C.  Nous  le  savons  par 
Strabon  (livre  IV,  c.  2,  §  i  ;  éd.  Didot,  p.  158,  1.  1-9;  Teubner-Meineke, 
t.  I,  p.  259,  1.  10-19;  "^f-  Polybe,  édition  Didot,  t.  II,  p.  115-116).  Ni 
César,  ni  aucun  auteur  postérieur  n'ont  parlé  de  cette  localité.  —  Dans 
cette  livraison,  M.  Loth  a  continué  la  publication  de  sa  chrestomathie, 
dont  nous  parlerons  avec  détail  quand  le  tirage  à  part  aura  paru. 

XV 

Le  journal  The  Irish  Echo  paraît  toujours  mensuellement  à  Boston.  Une 
partiedecette  feuille  continueà  être  occupée  pardes  réimpressions.  Lesleçons 
d'O'Curry  sur  les  matériaux  manuscrits  de  l'ancienne  histoire  d'Irlande 
et  les  vieux  romans  celtiques,  Old-Celtic  romances,  de  Joyce  en  font  prin- 
cipalement les  frais.  Le  plus  utile  est  un  cours  élémentaire  d'irlandais  mo- 
d.'rne  à  l'usage  de  ceux  qui  veulent  apprendre  cette  langue  sans  maître. 

XVI 

La  Philologkal, Society  vient  de  publier  la  critique  par  M.  Whitley  Stokes 
de  la  savante  et  utile  publication  que  M.  Robert  Atkinson  a  intitulée  :  The 


^82  Chronique. 

Passions  and  homilies  front  Leàbhar  Breac,  text,  translation  and  glossary.  Les 
critiques  de  M.  Whitlev  Stokes  portent  un  peu  sur  le  texte  et  sur  la  tra- 
duction mais  principalement  sur  le  glossaire. 

Commençons  par  le  texte.  M.  Whitley  Stokes  regrette  que  M.  Atkinson 
n'ait  pas  employé  le  caractère  italique  pour  les  lettres  qui  dans  le  texte  ori- 
ginal sont  indiquées  par  des  signes  abréviatifs  et  qui  par  conséquent  restent 
souvent  douteuses.  Je  partage  complètement  ici  la  manière  de  voir  du 
savant  critique.  Mon  avis  n'est  pas  le  même  quand  il  reproche  à  M.  Atkinson 
d'avoir  séparé  les  différents  termes  des  composés  :  la  principale  utilité  d'un 
texte  facile  comme  celui  des  «  passions  »  et  des  «  homélies  »  est  de  servir 
à  l'instruction  des  commençants,  et  pour  eux  il  sera  toujours  utile  d'employer 
les  signes  typographiques  à  l'aide  desquels  on  peut  rendre  distincts  au 
moins  les  différents  éléments  d'un  composé  syntactique. 

Quant  à  la  traduction,  M.  Whitley  Stokes  y  a  relevé  un  certain  nombre 
de  contre-sens  ;  les  contre-sens  dans  les  traductions  sont  un  défaut  inévitable 
et  celui  qui  les  corrige  rend  à  l'auteur  comme  au  lecteur  un  service  dont 
ils  doivent  tous  deux  être  reconnaissants. 

L'étude  sur  le  glossa  ire  est  divisée  en  huit  articles  : 

a.  mots  qui  n'existent  point. 

b.  cas  obliques  donnés  pour  des  nominatifs. 

c.  signe  de  la  longue  mis  sur  une  vovelle  brève. 

d.  omission  du  signe  de  la  longue. 
c.  deux  articles  pour  le  même  mot. 

/.  confusion  de  deux  mots  différents  qu'on  a  réunis  dans  le  même 
article. 

g.  traductions  erronées. 

/;.  étvmolo2;ies  fausses. 

Ceux  qui  possèdent  un  exemplaire  du  livre  de  M.  Atkinson  feront  bien 
de  reporter  ces  corrections  en  marge.  Par  là  ils  augmenteront  beaucoup  la 
valeur  scientifique  du  volume.  Mais  je  me  permettrai  de  plaider  en  certains 
cas  pour  l'auteur  les  circonstances  atténuantes.  Ainsi  une  partie  des  mots 
imaginaires  se  trouvent  dans  le  manuscrit  et  ils  doivent  leur  existence  à  un 
phénomène  phonétique  :  la  confusion  du  i  et  du  o^  «  aspirés  »  dont  la  pro- 
nonciation était  identique,  au  quatorzième  siècle  comme  aujourd'hui  :  ainsi 
iariiaige  «  de  fer  «  représente  exactement  le  même  son  que  iarnaidc  qui 
est  la  bonne  leçon  ;  fiiigcll,  mauvaise  leçon  ^oin  fuidcU  «  reste  «,  donne  lieu 
à  la  même  observation,  etc. 

XVIL 

M.  Charles  de  Kay  a  publié  dans  le  Century  Maga-;ine  de  New-York, 
janvier  et  février  1888  et  mars  1889,  trois  articles  sur  l'histoire  la  plus  an- 
cienne de  l'Irlande  païenne  et  chrétienne.  Son  style  est  clair,  élégant  et 
facile;  de  jolies  gravures  accompagnent  le  texte.  On  pourra  regretter  que 
l'auteur  paraisse  attribuer  une  valeur  historique  aux  récits  par  lesquels  com- 
mencent l'histoire  d'Irlande  deKeating  et  les  Annales  des  Quatre  Maîtres.  Au 
siècle  d'Auguste,  les  Romains  ont  cru  descendre  d'Enée;  au  moyen  âge  on 


Chronicjiie.  ]S^ 

a  donné  aux  Francs  une  origine  troyenne,  mais  il  y  a  longtemps  que  l'éru- 
dition a  fait  justice  sur  le  continent  européen  de  ces  patriotiques  rêveries. 
Il  est  regrettable  que  l'état  d'esprit  qui  les  a  produites  persiste  encore  chez 
tant  d'Irlandais. 

XVIII. 

La  Revista  archeohgica  de  Lisbonne,  no  de  mai,  juin  et  juillet  1889 
contient  un  article  de  M.  Borges  de  Figueiredo  qui  croit  reconnaître  des 
cromlechs  dans  les  obélisques,  ooîÀ{î/.oj;  de  la  Politique  A' Ansiolt  (Uvre  VII, 
c.  2)  :  le  célèbre  philosophe  parlant  des  Ibères  «  race  belliqueuse  »  dit  que 
chez  eux  l'usage  est  de  planter  autour  de  la  tombe  de  chaque  guerrier 
un  nombre  d'obélisques  égal  à  celui  des  ennemis  que  le  mort  a  tués.  M.  de 
Figueiredo  n'est  pas  le  premier  qui  ait  remarqué  ce  texte  et  auquel  l'idée 
soit  venue  que  ce  passage  d'Aristote  pourrait  justifier  l'attribution  des  mo- 
numents mégahtiques  aux  Ibères.  Seulement  la  difficulté  est  de  savoir  ce 
que  désigne  le  mot  grec  oôaÀi'jy.o;,  obélisques  (?).  Ce  peut  être  une  broche 
quelconque,  d'une  matière  quelconque,  par  exemple  de  bois,  et  il  n'y  a 
aucune  preuve  que  ce  soit  une  pierre  levée. 

XIX. 

L'Archivio  storico  Lonibanh  du  31  mars  1889  contient  en  regard  de  la 
page  200  la  photogravure  d'une  inscription  pré-romaine  de  la  Gaule  cisal- 
pine qui  vient  d'être  acquise  par  le  musée  national  d'archéologie  de  Milan. 
Cette  inscription,  trouvée  à  Stabbio,  canton  du  Tessin,  a  déjà  été  publiée 
par  MM.  Fabretti,  Poggi  et  Castelfranco,  le  premier  dans  son  troisième 
supplément  aux  inscriptions  antiques  de  l'Italie  (p.  73,  planche  i,  fig.  2), 
le  second  dans  le  Bullettitw  di  corrispoiiden~a  archeohgica,  1875,  p.  201;  le 
troisième  dans  le  Bulkltino  di  paletnologia,  1879,  n°^  i  et  2.  Telles  sont  les 
indications  bibliographiques  données  par  VArchivio;  elles  ne  sont  pas  com- 
plètes, car  cette  inscription  a  été  aussi  éditée  par  Gamurrini  dans  son  sup- 
plément au  Glossaiiuni.  italicuin  de  Fabretti,  pi.  I,  n»  i  ;  et  enfin  par  Cari 
Pauli,  Die  luschriOcu  JiordetrusJciscben  Alphabets,  Leipzig,  1885,  pi.  I,  fig.  17. 
Suivant  M.  Pauli,  il  faut  lire  Koiuoneos  Varsileos  (c'est  la  lecture  de  Fa- 
bretti), Konioneos  est  un  prénom,  Varsileos  un  nom  de  famille,  et  les  deux 
mots  désignent  un  défunt  de  la  tribu  des  Lepontii  laquelle  aurait  été  cel- 
tique (p.  9,  72-74,  92,  94,  95,  96  de  l'ouvrage  précité  de  C.  Pauli). 

Paris,  le  3  juillet  1889. 

H.  d'Arbois  de  Jubainville. 


CORRIGENDA 


p-  239, 
p.  24.0, 

p.  241, 


22,  for  eisbuith,  read  eisbn//;. 
29,  ftw  indised,  the  ms  bas  (  wrongly)  indise/. 
I,  for  ingen,  read  mgine. 

12,  for  atchomairc,  read  at/;comaire. 
29,  for  cumachtai,  read  cximhachvii. 
32,  for  ol,  read  al. 

13,  for  dolbic,  nW  doUeig. 


W.  St. 


Le  Propriétaire-Gérant  :  E.  BOUILLON. 


Chartres.  —  Imprimerie  DURAND. 


TARANOUS   ET  THOR 

ADVERSAIRES    DES    FLEAUX. 


Voir  le  premier  article,  p.  26^  et  suivantes.  —  Les  notes  sont  rejetées  à  la  fin 

de  l'article. 


IV. 


La  Guerre. 

Soixante-dix  ans  avant  Gallus,  Sidoine  Apollinaire  avait 
inauguré  les  Rogations  dans  la  cité  Arverne  (474).  La  Gaule, 
abandonnée  par  l'empire,  tentait  un  dernier  effort.  Ewaric,  roi 
des  Wisigoths,  se  préparait  à  ajouter  l'Arvernie  à  son  royaume 
de  Toulouse,  quand  Glycérius  trouva  habile  de  rejeter  sur  la 
Gaule  les  Ostrogoths  qui  avaient  envahi  l'Italie.  Ewaric  prit  à 
sa  solde  les  Ostrogoths,  et  vint  avec  eux  assiéger  la  ville. 
Ecdicius  s'y  était  jeté  avec  dix-huit  cavaliers,  et  c'était  la  seule 
troupe  régulière  qu'il  pût  opposer  aux  Goths.  Avec  eux  il  réa- 
lisa des  prouesses  telles  qu'en  ont  chanté  plus  tard  les  romans 
de  chevalerie.  Sidoine,  de  son  côté,  prêchait  d'exemple  à  ses 
ouailles,  partageait  leurs  dangers  et  leurs  privations,  se  mon- 
trait avec  son  beau-frère,  à  la  fois  soldat  et  capitaine,  ainsi 
qu'il  le  dit  lui-même.  Il  écrivait  à  Mamert  de  Vienne  :  «  Quoi- 
que notre  courage  n'ait  reculé  devant  aucune  témérité,  nous 
n'attendions  notre  salut  ni  de  nos  murailles  entamées  par  l'in- 
cendie, ni  des  palissades  pourries,  ni  des  défenses  usées  par 
la  poitrine  des  sentinelles;  nous  fondions  notre  seul  espoir 
Revue  Celtique,  X.  26 


586  J.-F.  Cer quand. 

sur  les  Rogations  instituées  par  toi,  accueillies  avec  enthou- 
siasme par  nos  Arvernes  qu'elles  soutiennent  encore  contre  les 
menaces  de  nouvelles  épreuves  ^  » 

Les  Rogations  de  474,  qui  avaient  si  heureusement  su  as- 
socier l'esprit  religieux  au  patriotisme,  ne  pouvaient  être  l'objet 
d'une  opposition  payenne.  Sidoine  le  constate,  et  en  le  cons- 
tatant, nous  apprend  qu'une  telle  opposition  a  eu  lieu  autre- 
fois. Quoique  les  Rogations  de  Mamert  datent  de  cette  année 
même  474,  l'Église  avait  de  tout  temps  célébré  des  suppli- 
cations. «  C'était,  écrit  Sidoine,  des  cérémonies  désordonnées, 
tièdes,  sans  grande  assistance  et  irrégulières,  que  troublaient 
les  chants  des  festins.  5)  Il  ajoute  avec  assez  d'irrévérence, 
malgré  les  réticences  de  son  texte  :  «  Le  but  de  ces  suppli- 
cations était  d'obtenir  surtout  le  beau  temps  ou  la  pluie,  au 
risque  de  mécontenter  ou  les  jardiniers  ou  les  potiers  de 
terre.  »  Puis,  revenant  aux  festins  bruyants,  des  payens  sans 
aucun  doute,  il  ajoute  :  «  Pendant  les  Rogations  actuelles, 
nous  jeûnons,  nous  prions,  nous  psalmodions,  nous  pleurons 
(nos  fautes).  »  Et  il  finit  en  invitant  son  ami  Aper  à  venir  par- 
tager avec  lui  cette  fête  du  repentir. 

La  lecture  de  la  lettre  de  Sidoine  montre  sa  préoccupation 
de  donner  tout  son  relief  au  contraste  des  deux  rites  :  les  chré- 
tiens s'humilient,  les  payens  boivent  :  Thoro  lybatur.  Il  s'agit, 
il  est  vrai,  des  supplications  pour  la  pluie  et  le  beau  temps. 
Nous  reviendrons  sur  ce  point  lorsqu'il  en  sera  temps,  et  nous 
poursuivons  la  piste  de  la  guerre  Fléau. 

Quand  nous  disons  aujourd'hui  :  le  fléau  de  la  guerre,  la 
guerre  est  un  fléau,  nous  ne  l'entendons  pas  au  sens  qu'eût 
donné  à  de  telles  propositions  l'Eglise  du  v^  siècle.  Alors  le 
fléau  venant  de  Dieu  devait  avoir  un  caractère  surnaturel. 
C'est  ainsi  que  Salvien  avait  considéré  l'invasion  dès  le  com- 
mencement, et  la  parole  qu'il  porte  aux  Vandales  qui,  en 
deux  ans,  avaient  dévasté  la  Gaule  et  envahi  l'Espagne,  ré- 
sume bien  sa  pensée  :  «  l'œuvre  que  nous  accomplissons  n'est 
pas  la  nôtre  ;  c'est  la  volonté  divine  qui  nous  pousse  et  nous 
talonne  :  Ipsi  àenique  fatebantur  non  suum  esse  quod  facerent, 
agienim  sedivino  jussu  ac  perurgeri.  Mais  cette  doctrine  absolue 
de  Salvien  ne  fut  pas  admise  ;  elle  aurait  paralysé  tout  effort. 


Taranous  et  Thor.  387 

Peut-être  a-t-elle  atténué  la  résistance  au  commencement. 
Lorsque  Mamert  institua  les  Rogations  (452-474),  les  ter- 
reurs de  la  grande  invasion  avaient  bien  diminué.  Les  Van- 
dales, les  Alains,  les  Suèves  n'avaient  fait  que  traverser  la 
Gaule  ;  les  Huns,  à  peine  arrivés  au  bord  de  la  Loire,  avaient 
fui.  Les  Goths  et  les  Burgondes,  ceux-ci  surtout,  s'installaient 
sur  la  Garonne  et  le  Rhône,  dressaient  des  codes,  vivaient  fa- 
milièrement avec  les  vaincus,  montraient  de  la  vénération  aux 
Evêques.  Vus  de  près,  ils  perdaient  l'aspect  fatal  des  fléaux  de 
Dieu.  On  voyait  qu'ils  faisaient  la  guerre  avec  les  moyens 
ordinaires  :  la  guerre  cessait  d'être  un  châtiment  divin  pour 
rester  une  misère  humaine.  Dès  lors,  l'opportunité  des  Ro- 
gations pour  repousser  la  guerre  ne  paraissait  plus.  Et  de  fait 
les  Rogations  de  cette  catégorie  sont  de  rares  exceptions.  Il  y 
en  a  un  seul  exemple  sous  les  Mérovingiens,  un  seul  pendant 
le  règne  guerrier  de  Charlemagne.  Les  Rogations  de  Cler- 
mont,  les  premières  de  toutes,  puisqu'elles  sont  contempo- 
raines de  iMamert,  paraissent  le  produit  d'un  enthousiasme 
subit  et  irréfléchi,  sans  influence  sur  l'avenir.  Il  faut  chercher 
ailleurs  les  raisons  d'ordre  surnaturel  qui  justiflent  les  ex- 
ceptions-. 

Nous  les  trouvons  dans  les  Rogations  par  lesquelles  Charle- 
magne inaugura  la  guerre  Avarique  (791).  Il  n'y  avait  pas 
songé  dans  ses  guerres  contre  les  Saxons,  les  Lombards,  les 
Maures  ;  il  n'y  songea  plus  après  ;  et  la  solennité  dont  il 
voulut  les  environner  montre  quelle  importance  il  y  attachait. 
Il  nous  en  a  conservé  le  programme  dans  une  lettre  à  Fas- 
trade.  L'armée  et  le  peuple  devaient  prendre  part  aux  jeûnes, 
aux  processions  ;  les  prêtres  et  les  clercs  avaient  un  rôle  déter- 
miné; les  dispenses  étaient  rares  et  devaient  être  justifiées, 
puis  rachetées  par  des  aumônes.  La  France  occidentale  était 
associée  à  la  pénitence  ordonnée.  Les  grandes  Rogations  de  la 
peste  de  Rome  ont  seules  un  aspect  aussi  imposant,  quoique 
moins  universel. 

C'est  qu'il  s'agissait  des  Avars,  de  ces  cousins  des  Huns  qui 
avaient  hérité  du  fâcheux  renom  d'Attila  et  de  ses  bandes. 
Après  des  forrunes  diverses,  les  Avars  s'étaient  emparés  des 
lieux  où  Attila  avait  jadis  élevé  son  palais  de  bois  près  du  Da- 


388  J.-F.  Cerquand. 

nube,  avaient  soumis  les  contrées  centrales  de  la  Germanie 
jusqu'à  la  Thuringe.  Là  ils  s'étaient  heurtés  aux  Francs  d'Aus- 
trasie.  Battus  une  première  fois,  ils  revinrent  à  la  charge  : 
«  Sigebert  marcha  contre  eux  avec  son  armée  et  une  multitude 
de  vaillants  guerriers.  Mais^  au  moment  de  combattre,  les 
Huns,  habiles  dans  les  arts  magiques,  évoquèrent  aux  yeux 
des  Francs  diverses  apparitions  (fantasias)  et  les  mirent  en 
déroute  »  (Gr.  Tur.,  Hist.  Franc,  livre  IV,  c.  29), 

Rapprochez  des  Avars  magiciens  les  Huns  d'Attila,  nés, 
comme  le  disaient  les  Goths,  de  l'accouplement  des  sorcières 
et  des  démons,  rappelez  le  titre  de  Fléau  donné  à  Attila  par  les 
légendaires,  et  les  Rogations  de  791  sont  expliquées.  En  410, 
les  Burgundes  s'étaient  résolus  au  baptême  pour  attaquer  les 
Huns,  sans  avoir  à  craindre  leurs  prestiges  de  sorcellerie.  Char- 
lemagne  en  791  est  encore  animé  du  même  esprit.  Les  Roga- 
tions le  mettront  à  l'abri  des  apparitions  qui  ont  mis  en  fuite 
l'armée  de  Childebert,  et  sans  souci  de  ce  côté  il  tombera  sans 
crainte  sur  les  Avars  3. 

Grégoire  de  Tours  nous  laisse  ignorer  la  nature  de  ces  ap- 
paritions, de  ces  fantômes  qui  glacèrent  le  courage  de  l'armée 
austrasienne.  Mais  on  ne  peut  douter  que  les  Gaulois  et  les 
Francs  qui  la  composaient  n'y  reconnussent  les  Pouvoirs  du 
mal  appelés  par  les  prestiges  de  leurs  ennemis.  La  croyance 
aux  prestiges  de  sorcellerie  des  armées  ennemies  est  commune 
en  ce  siècle.  Grégoire  de  Tours  nous  en  donne  un  exemple 
très  curieux  en  ce  sens  que  les  deux  armées  en  présence,  Goths 
et  Francs,  pris  d'une  même  frayeur,  s'éloignent  l'une  de  l'autre 
sans  en  venir  aux  mains  ■^. 

Il  est  présumable  que  Sidoine  -ApoUinaire  attribuait  aux 
Goths  une  puissance  de  ce  genre,  et  que  c'est  pour  ce  motif 
qu'il  institua  les  Rogations  de  Clermont.  Les  Visigoths 
n'étaient  pas  payens  comme  les  Huns  :  ils  étaient  Ariens,  titre 
pire  aux  yeux  de  beaucoup  d'Evêques  de  ce  temps. 

Là  où  nous  trouvons  les  Puissances  du  mal  agissantes,  nous 
pouvons  chercher  le  dieu  qui  a  pour  fonctions  de  défendre  les 
hommes  contre  leurs  agressions,  ou  sinon  le  dieu,  du  moins 
quelque  trait  qui  le  caractérise.  Ce  trait  existe,  suffisamment 
clair,  dans  le  surnom  Martel  donné  à  Karl,  père  du  roi  Pépin. 


Taranous  et  Thor.  ^89 

On  a  fait  cette  observation  que  le  surnom  Martellus  paraît 
pour  la  première  fois  dans  un  document  du  commencement 
du  XI*"  siècle,  c'est-à-dire  près  de  300  ans  après  l'événement 
(1029-732).  D'où  on  tire  la  conclusion  que  le  surnom  n'a 
pas  été  donné  à  Karl  pour  sa  victoire  sur  les  Maures,  mais 
pour  ses  victoires  en  général.  Dans  ce  cas  le  surnom  n'aurait 
pas  une  origine  populaire,  c'est-à-dire  perdrait  toute  signifi- 
cation mythologique. 

Il  est  vrai  qu'Isidore  de  Béja,  l'historien  contemporain,  dans 
le  beau  récit  qu'il  a  écrit  de  la  grande  bataille,  ne  mentionne 
pas  le  surnom  ;  mais  Isidore  est  goth,  probablement,  et  ne 
connaît  pas  le  nom.  Son  abréviateur,  Roger  de  Tolède,  dit  : 
Carolus  dictus  Marcellus.  D'ailleurs,  le  texte  d'Adémar  ne 
laisse  aucun  doute  sur  la  question  :  «  Le  prince  Karl  apprenant 
que  les  Sarrasins,  après  avoir  pillé  et  brûlé  la  basilique  de 
Saint-Hilaire,  arrivaient  en  hâte  pour  renverser  la  maison  de 
saint  Martin  de  Tours,  arrangea  son  armée,  se  jeta  sur  eux 
près  de  Poitiers,  détruisit  leur  camp,  coucha  leur  armée  par 
terre  et  de  sa  main  tua  Abderame  leur  roi.  C'est  depuis  ce  tetrips 
que  tous  commencèrent  à  l'appeler  Martel  :  Et  extunc  omnes 
coeperunt  eum  cognominare  Martellum.  Ex  tune  se  rapporte 
bien  à  la  bataille,  et  omnes  désigne  assurément  le  peuple. 

Le  titre  d'honneur  accordé  au  prince  Karl  par  la  voix  popu- 
laire est  devenu  un  outrage  dans  les  mains  du  clergé,  ou 
plutôt  d'une  partie  du  clergé.  Charles  Martel  avait  dépossédé 
de  leurs  sièges  Eucher  d'Orléans  et  Rigobert  de  Reims,  hos- 
tiles à  sa  cause.  Entre  Orléans  et  Reims  se  créa  bientôt  une 
légende  dont  on  retrouve  à  cette  époque  plusieurs  analogues. 
«  Eucher,  écrivait  Hincmar,  fut  ravi  en  esprit  dans  l'autre 
monde.  Entre  autres  choses  que  lui  montra  l'ange  qui  le 
guidait,  il  vit  Cari  tourmenté  dans  les  enfers.  Les  saints  qui 
assistent  aux  conseils  de  Dieu  ont  décidé  que  sa  condam- 
nation précéderait  le  jugement  dernier  et  que  sa  peine  com- 
mencerait avant  la  résurrection  des  morts.  Aussi  les  démons 
ont-ils  ravi  son  corps  ;  sa  tombe  est  vide  à  Saint-Denys,  ainsi 
que  s'en  est  assuré  Eucher  lui-même.  »  Sans  doute  on  ne  pou- 
vait nier  la  victoire  de  Poitiers;  mais  le  mérite  n'en  était  poiut 
à  Karl;  il' avait  été,  comme  Nabuchodonosor,  comme  Attila, 


jc)o  J.-F.  Cercfuand. 

l'instrument  de  la  colère  de  Dieu.  L'acte  accompli,  il  rentrait 
dans  son  néant.  Il  n'est  plus  Martellus;  il  est  Malleus,  comme 
les  fléaux  de  Dieu  :  Malleus  orhis,  Malleus  universae  terrae.  Tel 
est  le  symbolisme  du  titre,  que  des  écrivains  ecclésiastiques 
ont  appliqué  à  Karle.  L'un  d'eux  est  poète,  et  il  exulte  à  la 
pensée  que  le  nouveau  fléau  de  Dieu,  son  œuvre  accomplie, 
a  été  rejeté,  condamné  et  damné  : 

«  Ce  orrand  écraseur  a  été  ensuite  écrasé  lui-même  :  en 
même  temps  qu'il  écrasait  les  ennemis,  il  écrasa  l'Eglise  ;  et 
maintenant  un  juste  châtiment  l'écrase  à  son  tour.  Des  mots 
tundi  et  tundere  il  a  tiré  son  nom  actuel  Tudites  ;  c'est  Mal- 
leus pour  le  peuple.  Il  a  été  à  la  fois  le  Malleus  de  lui-même 
et  de  l'univers  écrasé.  » 

La  traduction  ne  vaut  pas  le  texte  : 

«  Et  quia  contusor  tantus,  contusus  et  ipse 
Deinde  fuit,  qui  dum  Christi  contunderet  hostes 
Ecclesiam  tutudit,  nunc  carcere  tunditur  idem 
Poenali  merito.  A  tundi  seu  tundere  verbo. 
Nota  magis  laïco  sermone  vocabula  sumpsit, 
Dictus  Tudites  :  vulgari  malleus  ore  : 
Ille  sui  simul  et  contusi  malleus  orbis.  » 

Je  ne  puis  m'empêcher  de  penser  que  ce  symbolisme  né 
dans  l'ombre  des  cloîtres  n'a  été  si  injuste  et  si  violent  que  par 
antagonisme  à  celui  qu'avait  imaginé  le  peuple,  non  sans  un 
retour  vers  les  croyances  payennes.  Le  patriotisme  d'un  Sidoine 
Apollinaire  lui  aurait  montré  les  fléaux  de  Dieu  dans  ces  nou- 
veaux Ariens,  dont  la  propagande  par  le  sabre  était  autrement 
redoutable  que  celle  des  premiers.  Le  peuple  du  moins  l'a  com- 
pris ainsi.  Les  Sarrasins  lui  rappelaient  mieux  que  Karl  les 
fléaux  des  siècles  précédents.  En  remontant  à  des  souvenirs 
plus  lointains,  mais  non  eff"acés,  il  retrouvait  les  Puissances 
du  mal  dans  ces  cavaliers  au  teint  noir  qui,  à  peine  descendus 
des  Pyrénées,  avaient  poussé  leur  razzia  diabolique  jusqu'à 
Arles,  Lyon  et  Autun,  tuant,  pillant,  brûlant  et  disparaissant 
aussitôt  avec  leur  butin.  Par  suite,  le  vigoureux  guerrier  qui 
avait  martelé  les  Sarrasins  prenait  peu  à  peu  la  figure  du  Dieu 
dont  les  traditions  populaires  redisaient  encore,  dans  les  mé- 
tairies écartées,  les  exploits  sur  les  ennemis  des  hommes.  Telle 


Taranous  et  Thor.  391 

est  la  vraie  origine  du  symbolisme  populaire  qui  a  associé  au 
nom  du  prince  franc  celui  du  marteau  de  Taranous. 


V. 


Suite  de  la  guerre.  Les  Puissances  du  mal  en  action  contre 

les  hommes. 

Il  fout  nous  contenter  de  cette  image,  d'ailleurs  suffisam- 
ment nette,  de  l'adversaire  des  Puissances  du  mal,  et  recher- 
cher comment,  de  leur  côté,  résistent  et  attaquent  ces  mêmes 
Puissances;  il  nous  a,  en  effet,  été  possible  de  constater  leur 
présence  parmi  les  Huns,  mais  elles  n'ont  pas  agi  sous  nos 
yeux. 

Cette  fois  le  lecteur  doit  se  transporter  bien  loin  de  la  Gaule, 
à  Delphes,  où  l'espoir  d'un  riche  butin  a  entraîné  Brennus  et 
ses  compagnons.  Pausanias  nous  a  laissé  le  récit  de  l'attaque, 
où  le  réel  et  le  surnaturel  se  mêlent  comme  dans  une  bataille 
d'Homère. 

«  L'engagement  avait  à  peine  eu  lieu,  que  le  Dieu  témoigna 
sa  colère  par  les  prodiges  les  plus  significatifs.  Toute  la  partie 
du  sol  occupée  par  les  Gaulois  s'agita  violemment  et  sans  in- 
terruption tout  le  jour  ;  le  tonnerre  grondait  ;  les  éclairs  se 
succédaient  sans  relâche  ;  la  foudre  frappait  les  uns  ;  le  bruit 
empêchait  les  autres  d'entendre  les  ordres.  Le  feu  du  ciel  ren- 
versait les  groupes  de  guerriers  et  les  consumait  tout  armés. 
Les  Figures  des  héros  apparurent  en  ce  désordre. 

«  La  nuit  fut  plus  rude  encore  pour  les  Gaulois.  Le  froid 
se  fit  plus  rigoureux,  la  neige  tomba  en  abondance.  Des 
pierres  énormes  arrachées  du  Parnasse  roulaient  sur  eux 
comme  si  elles  les  prenaient  pour  but  et  les  écrasaient,  non 
pas  isolément,  mais  par  compagnies  entières,  là  où  ils  s'étaient 
réunis  pour  la  veille  ou  pour  le  repos. 

«  Au  point  du  jour,  l'armée  grecque  harcela  l'arrière-garde 
gauloise  pendant  que  les  Phocidiens,  suivant  les  crêtes  du  Par- 


^q2  J.-F.  Cerquand. 

nasse,  lançaient  leurs  traits  sur  les  fuyards,  sans  courir  eux- 
mêmes  aucun  risque. 

«  Brennus  et  ses  compagnons,  l'élite  des  Gaulois  pour  la 
force  et  le  courage,  protégèrent  la  retraite  jusqu'à  ce  que 
Brennus  tombât  grièvement  blessé.  On  l'emporta  à  demi  mort, 
et  aussitôt  ses  compagnons  lâchèrent  pied  comme  les  autres 
et  ne  s'arrêtèrent  plus  qu'à  la  nuit  close.  Alors  se  voyant  sans 
chef  et  sans  défenses,  ils  furent  saisis  d'une  de  ces  terreurs 
aveugles  dont  on  attribue  la  cause  à  Pan.  Cela  commença  par 
un  petit  groupe  de  guerriers  affolés  qui  s'imaginèrent  entendre 
le  galop  des  chevaux  et  le  tumulte  d'une  poursuite.  Leur  éga- 
rement gagna  tout  le  reste.  Ils  reprennent  leurs  armes,  se 
mettent  à  leurs  rangs  de  bataille,  en  face  les  uns  des  autres,  et 
s'attaquent  mutuellement  sans  s'apercevoir  qu'ils  parlent  même 
langue,  portent  même  costume  et  se  couvrent  de  mêmes  bou- 
cliers. De  loin,  des  bergers  furent  témoins  de  ce  qui  se  pas- 
sait et  avisèrent  les  Phocidiens. 

«  Brennus  avait  survécu;  il  pouvait  guérir;  mais  la  crainte 
du  ressentiment  des  Gaulois,  ou  plutôt  la  honte  d'avoir  con- 
seillé cette  désastreuse  expédition  l'accabla.  Il  se  saoula  de  vin 
et  se  tua  ainsi.  » 

Aux  yeux  des  Grecs,  les  prodiges  qui  amènent  la  défaite 
des  Gaulois  sont  dus  aux  divinités  protectrices  de  Delphes. 
Aux  yeux  des  Gaulois  il  n'en  peut  être  ainsi.  En  admettant 
que  le  nom  d'Apollon  ne  leur  fût  point  inconnu,  ils  n'avaient 
sans  doute  jamais  entendu  parler  d'Yperochos,  de  Laodocos, 
de  Phylacos,  de  Pyrrhus  et  de  Pan.  Les  figures  qui  leur  sont 
apparues  et  qui  ont  commencé  la  déroute,  comme  les  phan- 
tasiae  mêlées  aux  Huns  ont  effrayé  les  Austrasiens  de  Sigo- 
bert,  n'ont  pu  leur  rappeler  que  les  Puissances  malfaisantes 
liguées  avec  les  Grecs.  En  effet,  les  Grecs  restent  indemnes  au 
milieu  des  désastres,  et  les  prodiges  frappent  les  Gaulois  seuls; 
feux  du  ciel,  froid,  faim,  lapidation,  terreurs  nocturnes.  Le 
fait  ou  le  prodige  le  plus  remarquable  est  ce  tremblement  du 
sol  sous  les  pieds  des  Gaulois,  qui  épargne  les  Grecs.  Deux 
jours  et  deux  nuits  se  passent  pendant  que  les  prodiges  se  suc- 
cèdent avec  une  intensité  croissante  :  le'  découragement,  puis 
le  désespoir  arrive  ;  et  lorsque  Brennus,  moins  accessible  peut- 


Taranous  et  Thor.  595 

être  aux  terreurs  religieuses,  est  tombé,  toute  résistance  cesse 
et  la  débandade  commence. 

Parmi  les  prodiges  quelques-uns  appartiennent  dès  mam- 
tenant  aux  Puissances  malfaisantes,  les  fantômes,  la  faim,  le 
froid,  la  lapidation;  les  autres  apparaîtront  dans  la  suite.  Ce 
ne  sont  pas  les  lotnes  qui  manquent  à  la  bataille  de  Delphes, 
mais  bien  Taranous;  nulle  part  en  effet  n'apparaît  le  détenseur 
des  hommes  ;  les  Gaulois  sont  absolument  abandonnés.  Si  le 
Dieu  a  fait  au  commencement  retentir  son  tonnerre,  il  s'est 
plus  tard  retiré.  Peut-être  a-t-il  été  vaincu,  comme  il  le  sera 
un  jour  ?  Peut-être  dort-il  ?  Peut-être  est-il  irrité  ?  Le  mas- 
sacre de  la  troisième  nuit  s'expliquerait  ainsi,  par  la  nécessité 
d'apaiser  le  dieu,  de  l'éveiller,  de  l'évoquer.  Les  Gaulois  sem- 
blent, en  effet,  dans  leur  folie  meurtrière,  procéder  à  un  sacri- 
fice humain,  dans  les  proportions  grandioses  que  César  nous 
a  dites.  Et  Brennus  procède  également  à  un  sacrifice,  lorsqu'il 
vide,  avant  de  se  tuer,  cette  dernière  coupe  de  vin  que  la  pitié 
des  hommes  octroie  à  ceux  que  leur  justice  a  condamnés. 

Les  Grecs,  qui  ont  échappé  aux  prodiges  du  jour,  n'ont 
pas  été  témoins  des  terreurs  de  la  nuit.  Il  suit  que  le  récit  de 
Pausanias,  quoique  emprunté  à  des  documents  grecs,  est 
fondé,  en  définitive,  sur  les  dépositions  des  prisonniers  gau- 
lois, c'est-à-dire  que  ce  récit  nous  conserve  les  impressions 
mêmes  des  Gaulois  pendant  la  bataille.  La  bataille  sans  doute 
est  historique,  mais  il  est  très  probable  que  le  récit  surnaturel 
est  purement  mythologique. 

On  peut,  à  ce  point  de  vue,  le  comparer  au  récit  que  nous 
donne  Grégoire  de  Tours  d'une  bataille  qui  eut  lieu  en  537, 
entre  les  fils  de  Clovis,  dans  la  forêt  de  Brotonne. 

«  Childebert  et  Theudebert  levèrent  une  armée  et  se  prépa- 
rèrent à  marcher  contre  Chlotachaire.  Celui-ci,  averti  de  leur 
projet  et  ne  se  sentant  pas  assez  fort  pour  résister,  se  retira 
dans  la  forêt  d'Arelaunum,  y  fit  faire  de  grands  abattis  d'arbres 
et  se  remit  pour  le  reste  à  la  miséricorde  divine.  La  reine 
Chrotechilde,  informée  de  ce  qui  se  passait,  se  rendit  au  tom- 
beau du  bienheureux  Martin,  s'y  prosterna  en  oraisons  et  y 
veilla  toute  la  -nuit,  priant  Dieu  qu'il  ne  s'élevât  point  de 
guerre  intestine  entre  ses  fils.  Cependant  les  deux  rois  étant 


394  J--P'-  Cerquand. 

arrivés  avec  leurs  hommes  cernèrent  Chlotachaire  pendant  la 
nuit,  disposés  à  le  tuer  le  lendemain.  Et  voilà  que,  le  matin 
venu,  une  tempête  éclata  où  ils  étaient,  emporta  les  tentes, 
dispersa  les  bagages  et  mit  partout  le  désordre.  Des  éclairs, 
accompagnés  de  tonnerre  et  d'une  pluie  de  pierres,  descendaient 
sur  leurs  tètes.  Ils  se  jettent  à  terre,  tournent  le  visage  contre 
le  sol  couvert  de  grêlons.  En  vain  ils  s'abritent  sous  leurs  bou- 
cliers, ils  ne  sont  pas  préservés  de  la  mitraille  des  pierres,  et 
craignent  en  outre  d'être  consumés  par  le  feu  du  ciel.  Les  che- 
vaux s'échappent  çà  et  là  jusqu'à  une  distance  de  vingt  stades 
et  beaucoup  furent  perdus.  Enfin,  meurtris  par  les  pierres  et 
toujours  prosternés,  ils  demandent  pardon  à  Dieu  de  leurs 
mauvais  desseins  contre  leur  sang.  Sur  l'armée  de  Chlota- 
chaire il  ne  tomba  pas  une  goutte  de  pluie,  aucun  tonnerre 
ne  retentit;  on  ne  sentit  aucun  souffle  de  la  tempête.  »  {Hist. 
eccks.  Fr.,  III,  28)5. 

L'analogie  entre  les  deux  récits  est  telle  que,  le  second 
n'ayant  pu  être  copié  sur  le  premier,  il  faut  que  tous  les  deux 
se  rattachent  à  une  forme  plus  ancienne,  d'origine  mytholo- 
gique. Et  c'est  sur  cette  forme  que  les  Gaulois,  à  800  ans  de 
distance,  saisis  d'une  même  superstitieuse  terreur,  ont  modelé 
les  deux  batailles  commencées  pendant  une  tempête.  Le  fait 
surnaturel  le  plus  curieux  est  l'immunité  de  l'une  des  armées 
pendant  les  épreuves  de  l'autre.  Après  cela  vient  la  chute  des 
pierres,  ou  plutôt  la  lapidation.  Si  déjà  à  Delphes  le  caractère 
surnaturel  se  manifestait  par  la  précision  divine  qui  portait  les 
pierres  sur  les  groupes  épars  des  Gaulois,  dans  la  forêt  de 
Bretonne,  nous  voyons  que  les  soldats  sont  frappés  sous  le 
bouclier.  Les  feux  du  ciel  paraissent  également  dans  les  deux 
récits  distingués  de  la  foudre.  Dans  la  forêt,  nous  ne  voyons 
pas,  il  est  vrai,  le  sacrifice  homicide  du  défilé  du  Parnasse  ; 
mais  les  Gaulois  de  Childebert  et  de  Théodebert  sont  chré- 
tiens ainsi  que  les  Francs.  Ils  prient,  s'humilient  et  se  recon- 
naissent justement  punis. 


Taranous  et  Thor.  395 


VI. 


Les  débordements. 

La  mythologie  norraine  distingue  dans  leurs  causes  et  leurs 
eflx;ts  l'inondation  produite  par  l'envahissement  des  eaux  de 
l'Océan,  et  le  débordement  des  fleuves.  L'inondation  marine 
est  du  fait  d'Iormungand  seul  et  vise  à  la  destruction  du 
monde  actuel;  le  débordement  fluvial  est  un  fléau  passager,  dû 
aux  lotnes  en  général.  Il  en  était  ainsi  sans  doute  dans  la 
Gaule  payenne.  Mais  lorsque  les  légendes  nous  permettent  de 
retrouver  les  mythes  correspondants  aux  mythes  norrains,  le 
christianisme  a  sinon  éteint,  du  moins  fort  obscurci  la  doc- 
trine, en  sorte  que  le  serpent  qui  entoure  la  terre  se  montre, 
contre  toute  vraisemblance,  resserré  dans  la  Seine  et  le  Rhône, 
et  même  dans  leurs  affluents.  Ces  légendes  appartiennent  au 
vii^  et  au  viii^  siècle  de  notre  ère.  Les  documents  historiques 
que  nous  étudions  maintenant  appartiennent  au  v^  et  au  vi^  ; 
ils  évitent  la  confusion  où  sont  tombées  les  légendes  posté- 
rieures et  ramènent  la  doctrine  gauloise  aux  termes  de  la  doc- 
trine norraine. 

Le  premier  cas  de  débordement  se  produit  à  Arles  pendant 
l'épiscopat  de  Césaire  (501-542),  Deux  des  homélies  qui  ont 
été  conservées  de  ce  saint  sont  consacrées  aux  Rogations  qu'il 
établit  à  propos  de  débordements  répétés  du  Rhône.  Je  trans- 
cris les  passages  les  plus  intéressants  pour  notre  étude  : 

«  Voici  qu'approchent,  frères  bien-aimés,  les  jours  saints  et 
spirituels  (spiritalcs)  qui  apportent  la  médecine  à  nos  âmes. 
Quiconque  désire  guérir  les  plaies  de  ses  péchés  ne  devra  pas 
en  mépriser  les  salutaires  médicaments.  Est-il  un  seul  de  nous 
en  cfl'ct  qui,  sur  l'arène  de  ce  monde,  puisse  se  flatter  de 
n'avoir  reçu  aucune  blessure  du  diable?  d'avoir  résisté  nuit  et 
jour  à  des  milliers  de  démons  ?  d'avoir  été  assez  bien  armé 
pour  déjouer  toute  leur  habileté?  Or,  frères  très  chers,  puisque 


^Ç)6  J.-F.  Corquand. 

le  diable  nous  assaillit  de  tous  côtés,  soit  par  des  coups,  soit 
par  des  caresses  plus  redoutables  que  ses  coups,  tâchons  d'avoir 
toujours  sous  la  main  et  obtenons  de  Dieu  les  remèdes  spiri- 
tuels, c'est-à-dire  les  bonnes  œuvres  qui  guérissent  nos  plaies. 
Suivons  le  conseil  du  saint  apôtre  qui  nous  dit  :  «  Prenez  le 
bouclier  de  la  foi,  la  cuirasse  de  justice,  le  casque  de  salut  et 
le  glaive  de  l'esprit  (ad  Ephes.,  24,  2).  Contre  de  telles  armes 
défensives,  les  armes  offensives  du  diable  ne  prévalent  point. 
Il  vient  contre  vous  avec  l'incrédulité,  l'orgueil,  la  débauche, 
les  persécutions,  la  colère,  l'avidité,  la  gourmandise.  Résistez- 
lui  avec  la  foi,  l'humiHté,  la  chasteté,  la  patience,  la  pitié, 
l'abstinence.  Dans  tous  les  cas,  opposez  aux  attaques  du  diable 
les  armes  contraires  aux  siennes.  Ainsi  vous  mettrez  en  défaut 
son  habileté.  Ayons  recours  à  l'arsenal  que  nous  offre  la  mi- 
séricorde de  Dieu,  aux  jeûnes,  aux  veilles,  aux  prières... 

«  Pendant  ce  triduum  soyons  tout  à  Dieu.  Prions-le  sans 
relâche  de  nous  pardonner  nos  foutes,  d'avoir  pitié  de  nous  et 
de  nous  délivrer  de  ces  débordements  répétés  du  fleuve.  Te- 
nons en  effet  pour  certain  que  si  nous  mettions  un  terme  à 
nos  péchés,  sa  miséricorde  éloignerait  de  nous  les  fléaux  dont 
il  nous  punit.  » 

Voilà  bien  la  doctrine  de  Salvien,  la  doctrine  de  l'Eglise 
mise  en  res;ard  de  celle  des  grentils.  C'est  aux  Dieux  de  Rome 
et  de  la  Gaule  que  pense  Césaire  quand  il  parle  du  diable, 
quand  il  oppose  l'esprit  aux  appétits.  Bientôt  en  effet  il  met 
ses  auditeurs  en  garde  contre  les  pratiques  des  gentils  à  l'ap- 
proche du  fléau.  D'après  ce  qu'il  vient  de  dire,  le  rituel  chré- 
tien sera  en  tout  l'opposé  du  rituel  payen.  C'est  ce  qui  arrive, 
et  les  allusions  percent  sous  chacune  de  ses  prescriptions  et  de 
ses  défenses. 

«  Pendant  ce  triduum,  ne  pensez  à  aucun  emploi  servile 
de  votre  temps,  et  ne  le  perdez  point  en  entretiens  oiseux.  Que 
ceux  d'entre  vous  qui,  pour  honorer  Dieu  en  vérité,  viennent 
à  l'église  de  bon  matin  et  y  restent  jusqu'à  la  fin  du  jour,  per- 
sévèrent dans  cette  louable  pratique.  Pour  ceux  qui  arrivent 
tard  et  qui  se  retirent  avant  la  fin  des  offices,  qui,  dans  l'in- 
tervalle, se  livrent  à  des  propos  frivoles,  qui,  au  lieu  de  prendre 
part  aux  chants  pieux,  empêchent  les  autres  de  chanter  et  de 


Taranous  et  Thor.  ^c)-j 

prier,  ceux-là,  je  les  engage  à  s'amender  au  plus  tôt,  s'ils  ne 
veulent  trouver  la  mort  là  où  ils  pouvaient  se  procurer  la  vie. 
Oui  taies  sunt  cito  se  corrigant  ne  sibi  in  loco  praeparent  mortem 
ubi  invenire  poterant  vitam.  » 

«  Faites-vous  apprêter  des  collations  comme  en  temps  de 
carême  (conviviola).  Ne  versez  pas  le  sang  des  animaux;  re- 
poussez la  coupe  qu'on  vous  tend  :  Nano  aiit  sanguinem  toUat, 
aut  potiones  accipiat.  Cherchez  dans  la  prière  et  la  psalmodie  un 
réconfort  spirituel  pour  vos  âmes  plutôt  que  dans  les  festins 
une  satisfaction  grossière  à  vos  appétits.  Crachez  comme  un 
poison  mortel  les  bavardages  futiles  et  mondains.  Ne  vous 
laissez  pas  aller  à  ces  rires  désordonnés,  aux  éclats  inconvenants 
et  convulsifs  (que  donne  l'ivresse  ;)  car  Dieu  a  dit  :  malheur  à 
vous  qui  riez.  » 

Ce  ne  sont  point  là  des  défenses  vagues  et  indéterminées. 
Césaire  vise  évidemment  des  abus  existants,  qu'il  voudrait 
faire  cesser.  Son  langage  plus  coloré  évoque  à  nos  yeux  les 
sacrifices,  les  festins,  les  chants  dont,  au  témoignage  d'Adam 
de  Brème,  les  Svéons  faisaient  suivre  les  supphcations  à  Thor. 
Car  le  sacrifice  même  parait  indiqué  dans  les  trois  mots  un 
peu  obscurs  et  vagues  de  Césaire  :  Nemo  sanguinem  toUal.  Et 
sous  chaque  défense  on  sent  l'allusion  aux  pratiques  payennes. 
«  Ne  parlez  pas  en  vain  à  l'église  comme  les  gentils  ;  ne  festinez 
pas  comme  les  gentils  ;  ne  chantez  pas,  ne  buvez  pas  comme  les 
gentils.  » 

Césaire,  d'ailleurs,  s'adresse  aux  gentils  eux-mêmes  ;  c'est  ce 
qui  explique  le  vague  de  ses  paroles  :  il  ne  veut  pas  blesser 
ses  auditeurs,  même  payens.  Toutefois  c'est  à  eux  que  va  le 
blâme  sur  ceux  qui  troublent  les  chants  des  fidèles  par  des 
conversations  mondaines.  Des  chrétiens  pénitents  ne  se  per- 
mettraient pas  de  telles  irrévérences.  La  présente  des  payens 
aux  prédications  des  Evêques  mérite  bien  d'attirer  l'attention 
des  historiens.  Parmi  ^es  moyens  de  propagande  employés  par 
les  missionnaires,  la  promiscuité  des  auditeurs  fut  d'abord  une 
nécessité  :  l'usage  s'en  conserva  parce  que  l'utilité  en  était  ma- 
nifeste. Pour  les  payens  de  bonne  foi,  les  instructions  fami- 
lières des  Evêques,  les  manirestations  nouvelles  de  la  piété,  la 
direction  des  pensées,  le  langage,  les  actes  sanctifiés,  la  charité 


398  J.-F.  Gerquand. 

enfin  des  néophytes  devenait  un  exemple  et  un  stimulant.  On 
se  tromperait  si  l'on  attribuait  à  ces  temps  les  farouches  anti- 
pathies religieuses  qui  ont  affligé  les  temps  modernes.  Les 
convertis  ne  rompaient  pas  toutes  relations  avec  leurs  amis 
restés  payens.  Au  moment  où  Césaire  recommandait  la  dé- 
cence aux  gentils  d'Arles  qui  venaient  l'entendre  à  l'église, 
les  gentils  d'Orléans  invitaient  leurs  amis  et  parents  chrétiens 
à  leurs  sacrifices  et  aux  festins  qui  suivaient,  et  les  chrétiens 
acceptaient  l'invitation  (475). 

Si  les  allusions  de  Césaire  visent  les  festins  et  les  chants  qui 
caractérisent  le  culte  de  Thor,  il  faut  se  rappeler  que  Sidoine 
Apollinaire  a  relevé  aussi  à  Clermont  l'indécence  de  ces  festins 
qui  troublaient  les  supplications.  «  Maintenant,  ajoute-t-il, 
nous  jeûnons,  nous  prions,  nous  chantons  des  psaumes.  Jcju- 
7iatur,  oratur ,  psallitur .  »  Sidoine  prend  donc,  comme  le  recom- 
mande Césaire,  le  contre-pied  des  manœuvres  de  Satan. 

Ces  prescriptions  des  deux  Evêques  sont  bien  conformes  à 
la  doctrine  de  l'Eglise.  Le  concile  de  Tours,  567,  déclare  que 
l'abstinence  e^le  jeûne  sont  ordonnés  aux  chrétiens  pour  faire 
opposition  aux  fêtes  des  gentils  :  «  Les  moines  jeûneront  tout  le 
mois  de  décembre  jusqu'à  Noël.  De  Noël  à  l'Epiphanie  tous 
les  jours  sont  de  fête,  sauf  pendant  le  triduum  des  litanies 
(Rogations)  que  nos  pères  ont  établi  aux  calendes  de  janvier 
pour  anéantir  la  fête  accoutumée  des  gentils.  «  Excipitur  tri- 
duum illud  quo,  ad  calcandam  gentilium  consuetudinem  pa- 
tres nostri  statuerunt  privatas  in  Kal.  Januar,  fieri  Htanias.  » 

La  fête  du  solstice  d'hiver,  de  Vanguilané,  par  laquelle  les 
Gaulois  inauguraient  l'année,  appartenait,  dans  le  Nord,  au 
culte  de  Thor;  elle  appartenait,  en  Gaule,  on  peut  le  conjec- 
turer, au  culte  de  Taranous. 

Le  concile  d'Orléans,  qui  nous  a  montré  les  chrétiens  mêlés 
aux  gentils  dans  les  festins  des  fêtes  payennes,  a  en  vain  lancé 
l'excommunication  contre  ces  fidèles  trop  tolérants.  Trois 
siècles  plus  tard,  en  858,  alors  qu'il  n'y  avait  peut-être  plus 
un  seul  adorateur  de  Taranous  dans  la  Gaule  devenue  France, 
les  fêtes  payennes  continuaient  à  faire  obstacle  aux  Rogations 
chrétiennes,  et  Hérard,  de  Tours,  édictait  cette  défense  dans 
ses  instructions  (capitula).  «  Nous  voulons  que  les  Rogations 


Taranous  et  Thor.  399 

soient  célébrées  avec  attention  et  respect  et  qu'on  en  bannisse 
les  entretiens  et  les  jeux  obscènes.  Que  personne,  durant  le 
triduum,  n'aille,  d'une  maison  à  l'autre,  prendre  part  aux  fes- 
tins et  banquets  (payens),  et  vider  une  coupe  dans  chaque 
maison  :  De  diebus  Rogationum  ut  reverenter  atque  studiose, 
absque  turpibus  jocis  et  verbis  celebrentur.  Ut  nullus  in  eis 
prandia  atque  comessationes,  diversasque  potiones  per  diversa 
loca  praesumat.  » 

«  Quand  un  fléau  est  imminent,  on  boit  à  Thor  »,  disait 
Adam  de  Brème.  Autant  en  font  les  Gaulois. 

Mais  quoi  ?  Ces  prandia,  ces  comessationes,  ces  tournées  de 
buverie,  ces  paroles  licencieuses,  ces  jeux  obscènes,  c'était  de 
la  religion  ?  Oui,  c'était  de  la  religion.  Avant  de  livrer  bataille 
aux  puissances  du  mal,  ne  fallait-il  pas  restaurer  le  dieu,  le 
fortifier,  le  mettre  en  belle  humeur  ?  Ses  fidèles  qui  devaient 
le  soutenir  dans  la  lutte  prenaient  des  forces  avec  lui. 

Un  passage  resté  célèbre  du  livre  de  gubernatione  Dei  est 
celui  où  Salvien  a  prétendu  retracer  l'énervement  des  Gaulois 
de  Cologne  à  la  première  invasion  : 

«  La  passion  enragée  du  vin,  dit-il,  les  avait  amenés  au 
point  que  les  premiers  de  la  ville  ne  se  levèrent  pas  de  table 
lorsque  déjà  les  barbares  avaient  forcé  les  remparts.  J'ai  vu  là 
des  choses  lamentables.  Entre  vieillards  et  enfants  il  n'y  avait 
plus  de  différence.  Mêmes  bouffonneries,  même  légèreté, 
mêmes  excès  coupables  dans  la  dépense,  le  vin,  la  débauche; 
et  tout  cela  ensemble,  jeux,  ivresse,  querelles  sanglantes, 
licence  sans  frein.  Des  vieux  qui  avaient  parcouru  toute  la 
série  des  honneurs,  à  qui  il  ne  restait  que  le  souffle,  retrou- 
vaient des  forces  pour  boire;  perclus  des  jambes,  ils  ne  laissaient 
de  hausser  le  coude;  incapables  de  faire  un  pas  dans  la  rue,  ils 
essayaient  de  danser.  Ceux  que  l'ennemi  avait  épargnés,  la 
ville  prise,  succombaient  à  leurs  propres  excès.  Et  après  cela? 
Est-ce  qu'il  peut  y  avoir  quelque  chose  après  cela?  Qui  pour- 
rait sonder  cet  abîme  de  démence  ?  Un  petit  nombre  de  patri- 
ciens avaient  échappé  à  la  ruine.  Pour  remédier  à  l'anéan- 
tissement de  Cologne  ils  demandaient  à  l'Empereur  de  rétablir 
les  jeux  du  cirque.  »  ^ 

Les  historiens  ont  pris  à  la  lettre  cette  tirade  éloquente.  Il 


400  J.-F.  Cerquand. 

eût  été  plus  juste  de  reconnaître  une  cérémonie  religieuse  dans 
ces  festins  qui  ne  pouvaient  surprendre  qu'un  chrétien  détaché 
du  monde  et  du  temps,  et  qui  aspirait  à  Lérins.  Au  moment 
où  s'approchent  les  fléaux  avec  les  Puissances  malfaisantes,  les 
Gaulois  invoquent  le  défenseur  des  hommes.  Est-ce  qu'on  ne 
voit  pas  que  ces  enfants  qui  boivent,  et  ces  vieillards  qui  dan- 
sent accomplissent  un  rite  ?  Et  où  sont  les  hommes  faits,  dont 
Salvien  ne  parle  pas  ?  Les  femmes  aussi  sont  absentes  ;  elles 
auraient  seules  caractérisé  l'orgie  désespérée.  Salvien  savait 
parfaitement  à  quoi  s'en  tenir  sur  ces  festins  in  extremis  ;  mais 
pour  Salvien  le  caractère  religieux  de  la  fête  n'était  pas  une 
excuse.  Sa  haine  pour  le  paganisme  n'avait  d'égale  que  sa  par- 
tialité pour  les  barbares  qui  sont  ariens.  Ses  jugements  en 
ont  été  souvent  faussés.  C'est  ainsi  qu'il  nous  présente  comme 
un  pur  acte  de  folie,  de  débauche  et  de  lâcheté  ce  qui  est  acte 
de  fanatisme,  c'est-à-dire  de  religion. 

Tels  que  les  entend  Salvien,  les  banquets  de  Trêves  seraient 
une  monstruosité  unique  dans  l'histoire.  L'invasion  de  la 
Gaule,  si  peu  que  nous  en  sachions,  dément  le  récit  du  prêtre 
marseillais,  non  quant  aux  faits,  mais  quant  à  leur  interpré- 
tation. Le  désespoir  aveugle  et  l'énervement  ne  sont  pas  con- 
cevables au  début  lorsque  nous  voyons  des  actes  de  vigueur, 
tels  que  la  bataille  de  Châlons  et  le  siège  de  Clermont,  se  pro- 
duire après  cinquante  et  soixante  ans  de  résistance.  Même  le 
rétablissement  des  jeux  du  cirque  demandé  à  l'empereur  avait 
un  caractère  religieux.  Aux  plus  beaux  temps  de  la  république 
•romaine  le  Sénat  n'agissait  pas  autrement  que  les  Trévères 
et,  pour  repousser  la  peste,  ordonnait  des  jeux  de  danseurs  et 
des  joueurs  de  flûte.  Les  Romains  étaient  donc  fidèles  aux  sou- 
venirs du  vieux  paganisme,  comme  les  Gaulois  aux  habitudes 
traditionnelles  de  leurs  fêtes  religieuses.  C'est  ce  que  Salvien 
constate  très  bien  quand  il  appelle  ces  retours  des  superstitions. 

La  nécessité  d'épuiser  ce  qui  concerne  le  festin  de  fête  des 
Gaulois  pour  éloigner  les  fléaux  nous  a  écartés  de  notre  route; 
nous  revenons  aux  débordements  des  rivières  et  aux  céré- 
monies qui  accompagnaient  le  festin.  Le  document  que  nous 
allons  utiliser  ne  paraissait  guère  propre  à  éclairer  un  point  de 
mythologie.  Mais  un  compte  de  dépense  est  de  l'histoire. 


Taramas  et  Thor.  ^o\ 

Celui  dont  il  s'agit  concerne  les  dépenses  que  faisaient  tous 
les  ans  l'évèque  d'Avignon  pour  donner  un  repas  aux  gens  de 
la  rivière  le  jour  qui  précède  l'Ascension,  c'est-à-dire  le  dernier 
jour  des  Rogations.  Par  une  exception  qu'on  peut  croire 
unique,  la  procession  se  faisait  ce  jour-là  sur  le  Rhône,  et 
c'étaient  les  mariniers  du  port  qui  en  étaient  les  acteurs  les 
plus  importants  ;  ils  transportaient  sur  leurs  barques  les  reli- 
ques et  les  vertus,  dit  le  texte,  des  saints  de  l'église  d'Avignon. 
Le  compte,  ou  plutôt  les  trois  comptes,  se  rapportent  aux  an- 
nées 1364,  1365,  1366,  mais  ils  portent  la  mention  que  le 
repas  est  de  coutume,  consuetmn,  ou  de  tradition,  ut  est  moris. 
L'originalité  de  la  cérémonie  en  recule  en  effet  l'origine  à 
l'origine  même  des  Rogations,  alors  que  la  liturgie  du  triduum 
n'était  pas  fixée  et  restait  à  la  disposition  des  Evèques.  Les 
comptes,  oeuvre  d'un  maître  d'hôtel  consciencieux,  notent  la 
dépense  par  le  menu,  ce  qui  nous  apprend  que  le  dîner  était 
maigre,  et  donne  le  chiffre  de  200  comme  celui  des  convives. 
Un  seul  registre  qui  nous  a  conservé  ces  renseignements  est 
le  seul  qui  ait  échappé  à  la  destruction  des  archives  de  l'évêché 
d'Avignon;  tous  les  autres,  antérieurs  et  postérieurs  aux  an- 
nées 1364-1366,  ayant  disparu.  Aucun  autre  document  ne 
parle  non  plus  de  la  procession  sur  le  fleuve,  en  sorte  que 
l'institution  et  la  fin  échappent  absolument  aux  recherches,  la 
tradition  même  restant  muette.  Toutefois  il  y  a  beaucoup  à 
tirer  du  livre  de  comptes/. 

Remarquons  d'abord  qu'à  Arles  les  collations,  repas  maigres, 
doivent  être  préparées  à  chaque  foyer,  et  que  Césaire  laisse 
percer  la  crainte  que  les  repas  en  commun  dégénèrent  en  orgie. 
Hérard  est  aussi  formel  sur  ce  point.  Mais  le  prélat,  quel  qu'il 
soit,  qui  a  ordonné  le  cérémonial  d'Avignon,  est  plus  hardi. 
Non  seulement  il  permet  le  repas  en  commun,  mais  il  en  paie 
la  dépense,  le  £iit  préparer  che;^  lui,  par  ses  gens,  et  y  convie 
la  partie  de  la  population  la  plus  grossière  de  tout  temps  et 
que  son  ignorance  a  rendue  la  plus  fanatique.  Il  est  vrai  qu'il 
a  pris  ses  précautions  contre  les  excès  gaulois.  La  nourriture 
est  mesurée,  comme  le  vin  ;  mais  il  y  a  exactement  ce  qu'il 
faut  de  l'un  et  de  l'autre,  tant  de  pains,  tant  de  poissons  salés, 
tant  de  poissons  frais,  tant  d'épinards.  Le  dîner,   préparé  à 

Revue  Celtique,  X.  37 


402  J.-F.  Cerquand. 

l'Evêché,  devait  être  servi  non  loin  de  l'Evêque,  peut-être 
dans  son  palais  même,  grande  garantie  et  aussi  grand  honneur 
pour  les  pauvres  gens  qui  venaient  de  jouer  un  rôle  en  vue 
dans  une  grande  cérémonie  et  qui  se  sentaient  tenus  de  se 
montrer  décents.  On  pourrait  difficilement  imaginer  un  pro- 
cédé plus  habile  et  plus  honnête  pour  substituer  sans  violence 
l'esprit  des  Rogations  chrétiennes  à  l'esprit  des  fêtes  payennes 
qui  avaient  précédé.  Après  dix  ans  de  cette  pratique,  les  gros- 
siers mariniers  du  port  devaient  oublier  les  orgies  antiques,  la 
gloutonnerie,  l'ivresse,  les  rixes  et  les  disputes,  et  les  chants 
profanes. 

Comme  la  collation  maigre  des  Rogations  suit  parallèlement 
le  repas  excessif  des  gaulois  -payens,  il  semble  qu'on  doit  con- 
clure que  la  procession  sur  le  Rhône  reproduit  en  opposition 
ou  en  contraste  l'antique  cérémonie  payenne.  Nous  savons  en 
effet  que  Thor  poursuivait  dans  les  eaux  les  lotnes  auteurs 
des  débordements;  nous  savons,  d'autre  part,  que  les  Gaulois 
opposaient  à  l'envahissement  des  vagues  l'épée  et  le  boucher. 
N'est-il  pas  naturel  de  penser  que  les  chrétiens  d'Avignon, 
conservant  le  rituel,  se  contentent  maintenant  d'opposer  les 
forces  spirituelles  aux  armes  matérielles.  Ils  affrontent  encore 
les  flots  débordés,  mais  leurs  seules  armes  sont  les  chants  et 
les  prières  pénitentes.  Et  à  la  place  du  dieu  barbare  qui  se 
jetait  au  combat  après  s'être  repu  de  victuailles  et  largement 
abreuvé  de  bière,  voici  les  reliques,  voici  les  vertus  des  saints 
portées  paisiblement  sur  le  fleuve  ;  voici  l'esprit  qui  éteint  la 
fureur  des  lotnes. 

Si  tel  est  le  sens  des  cérémonies  avignonnaises  des  Roga- 
tions, il  me  semble  qu'on  peut,  au  moyen  du  singulier  docu- 
ment que  nous  publions,  reconstruire  la  cérémonie  payenne 
que  les  Rogations  ont  abolies  avec  peine,  puisqu'il  en  restait 
encore  des  traces  au  viii^  siècle. 


Taranoas  et  Thor.  40^ 


VII. 


Les  Fléaux  météoriques  et  souterrains. 

Les  fléaux  de  cette  catégorie  se  sont  déjà  montrés  à  Del- 
phes et  dans  la  forêt  de  Brotonne,  mais  au  second  plan,  la 
bataille  occupant  le  premier.  A  Vienne  ils  sont  au  premier 
plan,  et  c'est  eux  que  conjure  Mamert  par  l'institution  des 
Rogations.  L'historien  de  ce  grand  événement  est  Avitus,  se- 
cond successeur  de  Mamert  sur  le  siège  de  Vienne,  et  succes- 
seur immédiat  d'Isychius,  son  père.  S'il  n'est  pas  certain 
qu' Avitus  ait  été  témoin  des  désastres  qu'il  raconte,  il  en  avait 
été  instruit  bien  évidemment  par  Isychius  et  par  Mamert,  son 
père  spirituel,  et  au  moment  où  il  prononce  l'homélie  qui 
prescrit  les  détails  de  la  fête  prochaine,  beaucoup  de  ses  audi- 
teurs, à  ce  qu'il  nous  dit,  avaient  été  témoins  et  des  fléaux  et 
de  la  terreur  excitée.  L'émotion  de  son  récit  en  atteste  la  sin- 
cérité. Après  avoir  revendiqué  pour  l'église  de  Vienne  l'hon- 
neur de  l'institution  des  Rogations,  Avitus  continue  ainsi  : 

«  Lorsqu'une  ineff"able  nécessité  courba  vers  ^humilité  et  la 
prière  les  cœurs  alors  rebelles  des  Viennois,  notre  église 
trouva  dans  la  pratique  des  Litanies  des  secours  plus  assurés 
que  ceux  des  magistrats  (primatum).  Je  sais  que  beaucoup 
d'entre  vous  se  rappellent  l'origine  des  terreurs  de  ce  temps, 
alors  que  des  incendies  répétés,  de  fréquents  tremblements  de 
terre,  des  bruits  nocturnes  et  des  apparitions  fantastiques  de 
bêtes  sauvages  présageaient  la  ruine  de  la  cité.  On  voyait  en 
effet  des  formes  d'animaux  errer  au  milieu  de  la  foule.  Etait- 
ce  une  illusion  de  la  vue  ou  bien  des  prodiges  réels  ?  Dieu  le 
sait.  Mais  que  ce  fût  l'un  ou  l'autre,  il  paraissait  également 
extraordinaire  que  les  coeurs  farouches  de  ces  bêtes  se  fussent 
apprivoisés  à  ce  point,  ou  que  de  vains  fantômes  s'offrissent 
sous  ces  formes  effrayantes  aux  regards  des  Viennois  épou- 
vantés. Dans  le  peuple  comme  dans  la  noblesse  les  avis  étaient 


4O4  J.-F.  Cerquand. 

partages.  Un  petit  nombre  seulement  n'osait  se  prononcer. 
Ceux-ci,  pour  dissimuler  leurs  craintes  d'un  danger  réel,  fei- 
gnaient d'attribuer  tout  au  hasard  ;  les  autres,  dans  un  esprit 
plus  sain  {saJubris),  interprétaient  ces  nouveautés  abominables 
comme  un  signe  de  maux  prochains.  Qui  en  effet  aurait  pu  ne 
pas  redouter,  au  milieu  des  incendies,  les  feux  de  Sodome  ? 
ou,  sentant  le  sol  osciller  sous  ses  pieds,  ne  pas  craindre  la 
chute  des  palais  dans  la  terre  entr'ouverte  ?  Qui,  en  voyant 
—  et  chacun  croyait  bien  voir  —  les  cerfs  naturellement 
timides  se  glisser  par  l'étroitesse  des  portes  jusqu'aux  larges 
espaces  du  forum,  pouvait  ne  pas  frissonner  comme  devant  la 
menace  d'une  destruction  qui  ferait  de  la  ville  une  solitude  ? 

«  Au  milieu  des  terreurs  publiques  et  des  inquiétudes  par- 
ticulières, on  arriva  aux  solennités  de  la  veille  de  Pâques. 
Tous  attendaient  la  fête  comme  un  secours  assuré,  comme  la 
fin  des  fléaux  (malorum).  Elle  arriva  cette  nuit  vénérable  dont 
les  cérémonies  avaient  fait  naître  l'espoir  d'un  pardon  uni- 
versel. Tout  à  coup  retentit  le  tonnerre  avec  un  bruit  croissant 
à  chaque  coup  jusqu'au  dernier  dont  l'éclat,  comme  d'un 
coup  de  fouet,  eut  une  telle  intensité  que  tout  le  monde  se 
dit  qu'après  cela  il  ne  pouvait  arriver  que  le  chaos.  Le  palais 
pubHc,  dont  les  hautes  constructions  couvraient  le  sommet  de 
la  citadelle,  prit  feu  vers  l'aube.  A  la  nouvelle  de  ce  désastre 
la  joie  de  la  fête  est  interrompue.  Le  peuple  épouvanté  quitte 
l'église,  chacun  craignant  pour  sa  maison  la  chute  de  quelque 
poutre  enflammée.  Mais  l'évèque  saint  Mamert  resta  inébran- 
lable devant  l'autel  paré  pour  la  solennité.  Enflammant  l'ar- 
deur de  sa  foi,  par  un  fleuve  de  larmes  il  enleva  à  l'incendie 
sa  puissance,  et  peu  à  peu  le  feu  s'apaisa.  (Calorem  fidei  suae 
accendeus,  flumine  lacrymarum  ignibus  potestatem,  incendio 
abscedente,  compescuit). 

«  La  terreur  se  calme,  on  rentre  à  l'église  et  l'éclat  des 
cierges  efface  les  dernières  lueurs  de  l'incendie.  L'Evêque  ré- 
solut de  n'apporter  aucun  retard  au  remède  de  la  pénitence. 
Seul  avec  Dieu,  dans  cette  veille  de  la  fête  de  Pâques,  il  mé- 
dita le  plan  des  Rogations  et  régla  les  psaumes  et  les  prières 
que  maintenant  chante  l'univers  chrétien.  » 

Deux  points  doivent  être  relevés  dans  cette  scène  historique, 


Taranous  et  Thor.  405 

si  bien  peinte  par  Avitus  :  d'abord  les  opinions  diverses  des 
Viennois  sur  les  fléaux,  ensuite  les  apparitions  d'animaux. 

Le  premier  groupe  est  celui  des  esprits  forts,  payens  ou 
chrétiens.  Avitus  en  parle  non  sans  ironie.  Leur  scepticisme 
est  un  masque  pour  cacher  leur  effroi.  Le  second  groupe  pro- 
fesse la  doctrine  romaine  qui  admet  les  prodiges,  non  comme 
un  châtiment,  mais  comme  un  avis  de  châtiments,  que  des 
rites  particuliers  peuvent  éloigner.  Horace  ÇOd.,  liv.  i,  2)  ar- 
gumente exactement  comme  Avitus.  Avitus  est  indulgent  pour 
cette  doctrine,  parce  qu'elle  repose  sur  la  Providence.  Elle  est 
plus  saine  que  la  première,  salubrior. 

Mais  le  groupe  de  ceux  qui  ont  vu  les  bêtes  sauvages  sur  le 
forum,  n'est  certainement  ni  chrétien  ni  romain  ;  il  ne  peut 
être  que  gaulois.  Remarquez  que  de  détails  entasse  Avitus  sur 
ces  apparitions,  de  quelles  précautions  de  langage  il  use  pour 
excuser,  si  l'on  peut  parler  ainsi,  ceux  qui  ont  vu  et  ceux  qui 
n'ont  pas  vu,  et  quelle  indécision  il  laisse  planer  sur  le  fait.  Ce 
sont  des  figures  de  bêtes,  domesHca  ferarum  species  (Grégoire 
disait  fantasias  à  propos  des  êtres  évoqués  par  la  magie  des 
Huns  pour  mettre  les  Francs  en  fuite.)  «  Etait-ce,  dit  Avitus, 
une  illusion  ou  un  prodige  réel  ?  Dieu  le  sait.  »  Avitus  le  sait 
aussi,  mais  il  ne  lui  plaît  pas  de  le  dire.  Lorsqu'il  parle,  il  y  a 
peut-être  plus  d'un  sénateur  qui  l'écoute  et  qui  y  croit.  Pour- 
quoi le  blesser  ? 

Quels  sont  cependant  les  animaux  capables  d'inspirer  de 
telles  terreurs?  ces  silvesîrium  ferarum  species?  ces  immania 
corda  ferarum  ?  ces  phantasmata  horribiliter  ficta  territorum  cons- 
peclibus  ?  Ce  sont  des  cerfs,  pavidi  mituraliler  ccrvi,  des  cerfs 
naturellement  timides.  Ou  bien  Avitus  cède  à  une  distraction, 
ou  bien  nous  n'avons  pas  ici  son  texte  exact. 

Mais  plus  tard,  Adon,  qui  fut  aussi  évêque  de  Vienne,  ra- 
conte aussi  le  fait,  en  suivant  exactement  le  texte  d' Avitus, 
sauf  en  ce  qui  concerne  les  apparitions.  Il  n'oublie  pas  les  cerfs, 
cervi  naturaliter  pavidi;  mais  il  y  joint  les  ours  et  les  loups  : 
ursi,  lupi.  Grégoire  de  Tours  omet  les  ours,  mais  mentionne 
les  loups  ;  et  il  connaît  l'homélie  d' Avitus  qu'il  copie  sur  ce 
passage  :  «  Cervorum  atque  luporum  feritas  portas  ingressa, 
totam,  ut  scribit  Avitus,  urbcm,-  nihil  metuens,  obcrrabat.  » 


4o6  J.-F.  Ccrquand. 

Un  usage  cérémonial,  qui  date  sans  doute  de  l'origine  même 
des  Rogi^tions,  voulait  que  pendant  les  processions  des  repré- 
sentations d'ours  et  de  dragons  fussent  portés  au  sommet 
d'une  perche,  pour  rappeler  l'événement  d'où  ces  processions 
étaient  nées. 

Il  n'y  a  pas  à  hésiter.  Il  faut  rejeter  le  texte  d'Avitus  où  la 
mention  des  cerfs  est  incompatible  avec  la  peinture  de  l'effroi 
qu'ils  inspirent,  et  il  faut  accepter  les  autres  qui  rétablissent 
l'harmonie  entre  les  membres  de  la  phrase  d'Avitus.  Les  hé- 
sitations de  l'historien  sur  la  réahté  des  apparitions  ne  font 
que  reproduire  celles  des  Viennois.  Ces  loups,  ou  plutôt  ces 
fantômes  de  loups  que  les  uns  voient,  que  les  autres  ne  voient 
pas,  c'est-à-dire  qui  paraissent  et  s'effacent,  ont  un  caractère 
surnaturel  évident  :  ils  sont  sorciers  ou  magiciens  et  dès  lors 
s'assimilent  aux  flintômes  que  les  Francs  de  Sigebert  ont 
aperçus  mêlés  aux  Huns,  et  qui  les  ont  fait  fuir  de  frayeur. 
Ils  s'assimilent  aussi  aux  Géantes  sorcières  d'Utgard,  que  les 
poèmes  eddiques  appellent  des  louves,  en  sorte  que,  dans  la 
Gaule  aussi  bien  que  dans  le  Nord,  les  pouvoirs  malfaisants 
peuvent  se  manifester  aux  yeux  des  hommes  sous  forme  de 
loups.  On  explique  aussi  la  frayeur  des  Viennois  :  car  si  les 
pouvoirs  malfaisants  ont  pu  quitter  Utgard,  c'est-à-dire 
échapper  au  Dieu  qui  les  surveille,  c'est  parce  que  le  Dieu  a 
été  vaincu  et  que  le  monde  touche  à  sa  fin.  Or,  c'est  ce  que 
dit  précisément  Avitus  :  «  Au  milieu  des  flammes  s'allumant 
de  tous  côtés,  qui  n'aurait  pas  redouté  les  pluies  de  feu  de 
Sodome  ?  Qui,  sentant  le  sol  osciller  sous  ses  pieds,  pouvait 
ne  pas  craindre  la  chute  des  palais  dans  les  abîmes  souterrains  ? 
Qui  aurait  pu  ne  pas  voir  comme  une  menace  de  destruction 
et  de  solitude  l'audace  des  animaux  sauvages  à  pénétrer  dans 
la  ville  ?  » 

Rien  n'est  plus  d'accord  avec  ces  conclusions  que  la  parure, 
inexpliquée  jusqu'ici,  de  la  peau  de  loup  qui,  dans  certaines 
représentations  figurées,  couvre  la  tête  et  les  épaules  du  dieu 
au  marteau.  C'est  un  symbolisme  identique  à  la  peau  de  lion 
que  porte  Hercule.  L'un  a  été  vainqueur  du  lion  de  Némée, 
l'autre  vainqueur  des  loups. 

J.-F.  Cerquaxd. 


Taranoiis  et  Thor.  407 


NOTES. 


I .   Sidonius  Apro  suo  salutem,  V,  14,  cf.  : 

Quicquid  illud  est  quod  vel  otio  vel  negotij  vacas  in  urbem  tamen,  ni 
fallimur,  rogationum  contemplatione  revocabere.  Quarum  nobis  solemni- 
tatem  Mamertus  pater  et  Pontifex,  reverentissimo  exemplo  utilissimo  expe- 
rimento,  invenit,  instituit,  invexit.  Erant  quidem  prius  (quod  salva  fidei 
pace  sit  dictum)  vagae.  tepentes,  infrequentesque,  utque  sic  dixerim,  osci- 
tabundae  supplicationes,  quae  soepe  interpellantum  prandiorum  obicibus 
hebetebantur,  maxime  aut  imbres,  aut  serenitatem  deprecaturae.  Ad  quas 
(ut  nil  amplius  dicam)  figulo  pariter  atque  hortulano  non  oportuit  conve- 
nire.  In  his  autem.  quas  suprafatus  summus  sacerdos  et  protulit  pariter  et 
contulil,  jejunatur.  oratur,  psallitur,  fletur.  Ad  haec  te  festa  cervicum  hu- 
miliatarum,  et  sternacium  civium  sulpiriosa  contubernia  peto  :  et  si  spiri- 
talem  animum  tuum  bene  metior,  modo  citius  venies,  quod  non  ad  epulas, 
sed  ad  lacrymas  vocaris. 

Sidonius  D.  Papae  Graeco  salutem,  lib.  ep.  VII,  i  : 

Siquidem  nostri  hic  nunc  est  infelicis  anguli  status  ;  cujus,  ut  fama  con- 
firmât, melior  fuit  sub  belle,  quam  sub  pace  conditio.  Facta  est  servitus 
nostra  pretium  securitatis  alienae.  Arvernorum,  proh  dolor!  servitus  :  qui, 
si  prisca  replicarentur,  audebant  se  quondam  fratres  Latio  dicere,  et  san- 
guine ab  Iliaco  populos  computare.  Si  recensiora  memorabuntur,  hi  sunt, 
qui  viribus  propriis  hostium  publicorum  arma  remorati  sunt  ;  cui  soepe  po- 
pulo Gothus  non  fuit,  clauso  intra  moenia  formidini,  cum  vicissim  ipse 
fieret  oppugnatoribus  positis  intra  castra  terrori.  Hi  sunt  qui  tibi  adversus 
vicinorum  aciem  tam  duces  fuere,  quam  milites.  De  quorum  tamen  sorte 
certaminum,  si  quid  prosperum  cessit,  vos  secundo  solata  sunt  :  si  quid 
contrarium  illos  adversa  fregerunt.  Illi  amore  republicae  Seronatum  bar- 
baris  provincias  propinantem  non  timuerelegibus  tradere;  quem  convictum 
deinceps  respublica  vix  praesumpsit  occidere.  Hoccine  meruerunt  inopia, 
ferrum,  pestilentia,  pingues  caedibus  gladii  et  maeri  jejuniis  praeliatores  ? 
Propter  liujus  tamen  inclytae  pacis  exspectationem,  avulsas  muralibus  rimis 
herbas  in  cibum  traximus  :  crebro  per  ignorantiam  venenatis  graminibus 
infecti,  quae  indiscretis  foliis  succisque  viridantia,  saepe  manas  famé  con- 
color  legit.  Pro  his  tôt,  tantisquc  devotionis  experimentis  nosiri  (quantum 
audio)  facta  jactura  est. 

Pudeat  vos,  precamur,  hujus  fgederis,  etc. 


4o8  J.-F.  Cer(juand. 

Sidonius  D.  Papae  Mamerto  salutem.  Epist.,  VII,  i  : 

Sed  animositati  nostrae  tam  temerariae,  tam  periculosae  non  nos 

ambiistam  murorum  faciem,  aut  putrem  sudium  crateni,  aut  propugnacula 
vigilum  trita  pectoribus  contidimus  opitulatura  ;  solo  tameii  invectarum  te 
auctore  rogationum  palpamur  auxilio  :  quibus  inchoandis  instituendisque 
populus  Arvernus,  etsi  non  affeetu  pari,  affectu  certe  non  impari  coepit  ini- 
tiari,  et  ob  hoc  circumfusis  necdum  dat  terga  rumoribus. 


2.  An  791.  Ad  Fastradam,  Reginam  conjugem. 

Karolus  gratia  Dei  —  dilectae  nobis  et  valde  amabili  conjugi  nostrae  Fas- 
tradae  reginae,  salutem 

Scientem  te  enim  facimus  quia  gratias  Deo  sani  et  salvi  sunius. 

Missus  quidem  dilecti  filii  nostri  Pippini,  nomine  ille,  nobis  nuntiavit  de 
ejus  sanitate  ac  domni  Apostolici,  vel  de  salvatione  confiniorum  nostrorum 
illis  partibus  positorum  :  unde  valde  laetificati  extitimus.  Et  insuper  retulit 
nobis  qualiter  illae  scarae,  quas  prius  de  Italia  jussimus  pergere  partibus 
Avariae,  in  illa  confinia  residendum,  pervenerunt  inira  fines  ipsorum  X  ka- 
lendas  septembris,  et  inierunt  pugnam  cum  eis  ;  et  dédit  eis  Deus  omni- 
potens  pro  sua  misericordia  victoriam;  et  multitudinem  de  ipsis  Avaris  in- 
terfecerunt  in  tantum,  ut  dicunt,  quod  in  multis  diebus  major  strages  de 
ipsis  Avaris  facta  non  fuit.  Et  exspoliaverunt  ipsum  vallum  et  sederunt  ibi- 
dem ipsa  nocte,  vel  in  crastina  usque  hora  diei  tertia.  Et  acceptis  spoliis  re- 
vers! sunt  in  pace  :  et  centum  quinquaginta  de  ipsis  Avaris  vivos  compre- 
henderunt,  quos  reservaverunt,  ut  nostra  fiât  jussio  qualiter  exinde  agere 
debeant 

Nos  autem.  Domino  adjuvante,  tribus  diebus  Litaniam  fecimus,  id  est 
Nonis  septembris,  quod  fuit  Lunis  die,  incipientes,  et  Martis  et  Mercoris, 
Dei  misericordiam  deprecantes  ut  nobis  pacem  et  sanitatem  atque  victoriam 
et  prosperum  iter  tribuere  dignetur  et  ut  in  sua  misericordia  et  pietate  nobis 
adjutor  et  consiliator  atque  defensor  in  omnibus  augustiis  nostris  existât. 
Et  a  vino  et  carne  ordinaverunt  Sacerdotes  nostri  eos  qui  propter  infirmi- 
tatem  aut  senectudinem,  aut  juventudinem  abstinere  poterant,  ut  absti- 
nuissent:  et  qui  redimere  voluisset.  Quod  vinum  licentiam  habuisset  bi- 
bendi  ipsis  tribus  diebus,  ditiores  et  potentiores  homines  in  unaquque  die 
solidum  unum  dédissent,  minus  potentes,  juxta  possibilitatem  ipsorum,  et 
qui  amplius  dare  non  poterat  et  vinum  bibere  volebat,  saltem  vel  unum  de- 
narium  donasset  :  eleemosynam  vero  unusquisque  secundum  propriam 
atque  bonam  voluntatem,  vel  juxta  possibilitatem  fecisset.  Et  Sacerdos  unu- 
quisque  Missam  specialem  fecisset,  nisi  infirmitas  impedisset  :  et  Clerici  qui 
psalmos  sciebant,  unusquisque  quinquaginta  cantasset,  et  intérim  quod  ipsas 
Litanias  faciebant,  discalceati  ambulassent.  Sic  consideraverunt  Sacerdotes 
nostri,  et  nos  omnes  ita  aptificavimus,  et  Deo  adjuvante  complevimus. 

Unde  volumus  ut  tu  cura  illis  et  illis  vel  ceteris  fidelibus  nostris  conside- 
rare  debeas.  qualiter  ipsae  Litaniae  ibidem  factae  fiant.  Tu  autem  juxta 
quod  tua  infirmitas  perm'ittit,  in  tuo  committimus  arbitrio.  .  . 


Taranous  et  Thor.  409 

Gregor.  Tur.  lib.  IV,  29  : 

«  Chuni  vero  iterum  in  Gallias  venire  conabantur  :  adversus  quos  Sigi- 
bertus  cum  exercitu  dirigit,  habens  secuni  magnam  multitudinem  virorum 
fortium.  Cumque  confligere  deberent,  isti  magicis  artibiis  instriicti  diversas 
ds  fantasias  ostendunt  et  eos  valde  superant.  Fugiente  autem  exercitu  Sigi- 
berti,  ipse  inclusus  a  Chunis  retinebatur,  nisi  postea,  ut  erat  elegans  et  ver- 
sutus,  quos  non  potuit  superare  virtute  praelii,  superavit  arte  donandi.Nam 
datis  muneribus,  foedus  cum  Rege  iniit,  ut  omnibus  diebij^  vitae  suae  nulla 
inter  se  praelia  commoverent  :  idque  ei  magis  ad  laudem,  quam  ad  aliquod 
pertinere  opprobrium  juxta  ratione  pensatur.  Sed  et  Rex  Chunorum  mulia 
munera  Régi  Sigiberto  dédit  :  vocabatur  autem  Gaganus.  (a.  569.)  » 

Greg.  Tur.  lib.  III,  29  : 

«  Post  haec  Childebertus  Rex  in  Hispaniam  abiit.  Quam  ingressus  cum 
Chlothachario  Caesaraugustanam  civitatem  cum  exercitu  vallant  atque  ob- 
sident  At  illi  in  tanta  humilitate  ad  Deum  conversi  sunt,  ut  induti  ciliciis, 
abstinentes  a  cibis  et  poculis,  cum  tunica  beati  Vincentii  martyris  mures 
civitatis  psallendo  circuirent  :  mulieres  quoque  amictae  nigris  palliis,  disso- 
luta  caesarie,  superposito  cinere,  ut  cas  putares  virorum  funeribus  deservire, 
plagendo  sequebantur.  Et  ita  totam  spem  suam  locus  ille  ad  Domini  mi- 
sericordiam  retulit,  ut  diceretur  ibidem  Ninivitarum  jejunium  celebrari  :  nec 
aestimareturaliud  posse  fieri,  nisieorum  precibus  divina  misericordia  inflec- 
teretur.  Hi  autem  qui  obsidcbant,  nescientes  quid  obsessi  agerent,  cum  vi- 
dèrent sic  murum  circuiri,  putabant  eos  agere  quid  maleilcii.  Tune 
adprehensum  unum  de  civitate  rusticum,  ipsi  interrogant  quid  hoc  esset  quod 
agerent.  Q.ui  ait  :  «  Tunicam  beati  Vincentii  déportant,  et  cum  ipsa,  ut  eis 
niisereatur  Dominus,  exorant.  »  Quod  illi  timentes,  se  ab  ea  civitate  re- 
moverunt.  Tamen  acquisita  maxima  hispaniae  parte,  cum  magnis  hi  spoliis 
in  Gallias  redierunt.  »  (a.  552). 

Le  nom  de  Rogations  (litaniae,  Rogationes)  n'est  pas  écrit,  quoique  la 
cérémonie  reproduise  à  peu  près  l'économie  des  Rogations  :  la  pénitence, 
le  jeûne,  la  procession  autour  des  murs,  le  chant  des  psaumes.  L'allusion 
aux  Ninivites  pénitents  est  fréquente  dans  les  instructions  des  Evèques  sur 
les  Rogations.  La  tunique  de  saint  Vincent  qui  figure  dans  la  procession 
annonce  d'ailleurs  une  cérémonie  catholique  dans  Sarragosse  au  pouvoir 
des  Goths  ariens.  Mais  les  femmes  avec  leurs  cheveux  épars,  leurs  manteaux 
de  deuil,  couverts  de  cendres,  et  leurs  cris,  me  semblent  un  peu  sortir  du 
rituel  adopté  par  la  Gaule. 


5.  Cf.  Socrat.  VII,  50;  Orosc,  VII,  Jornand,  35,  et  Ammien  Mar- 
cellin,  38,  6. 

Les  Burgundes  habitaient  d'abord  au  pied  des  monts  hercyniens,  où  ils 
s'occupaient  des  travaux  de  menuiserie,  etc.,  analogues  à  ceux  des  habitants 
actuels  de  la  forêt  Noire.  Une  portion  du  peuple  pénétra  en  Gaule  en  407 
et  se  fixa  a  l'ouest  des  Helvètes.  L'autre  poition,  restée  dans  son  ancien 
cantonnement,  y  fut  attaquée  par  les  Huns  qui  la  battirent  et  dévastèrent 


410  J.-F.  Cer quand. 

le  pays.  Les  Burgundes,  poussés  à  bout,  firent  un  meeting  où  ils  déposèrent 
leur  roi  et  leur  grand-prêtre,  puis  ils  demandèrent  à  Tévéque  de  Trêves  de 
leur  assurer  la  protection  du  Dieu  des  chrétiens,  puisque  leurs  Dieux  les 
abandonnaient.  L'Evëque  ordonna  un  jeûne  de  sept  jours,  après  quoi  il 
baptisa  tous  les  Burgundes. 

M.  Aug.  Thierry,  qui  raconte  avec  beaucoup  d'agrément  cette  histoire  de 
la  conversion  des  Burgundes,  regarde  comme  invraisemblable  qu'elle  ait 
compris  toute  lajjeuplade.  Cependant  les  Islandais  n'ont  pas  agi  autrement 
en  l'an  mil.  A  la  suite  d'un  meeting  où  la  chose  fut  gravement  discutée, 
ils  renoncèrent  à  Odin  et  à  Thor  et  se  firent  baptiser. 


4.  Cf.  Grég.  Tur.,  Historia  Francorum,  livre  III,  c.  29.  «  Childebert, 
roi,  et  Chlotaire  entrèrent  en  Espagne  à  la  tète  d'une  armée  et  assiégèrent 
Sarragosse.  Les  habitants  se  tournèrent  vers  Dieu  avec  humilité,  se  cou- 
vrirent de  cilices,  s'abstinrent  de  manger  et  de  boire  ;  puis  prenant  la  tu- 
nique du  bienheureux  'Vincent  martyr,  ils  firent  le  tour  des  murs  en  chan- 
tant des  psaumes.  A  la  suite  venaient  les  femmes,  vêtues  de  manteaux  noirs, 
les  cheveux  dénoués  et  couverts  de  cendre,  criant  et  pleurant  comme  si 
elles  eussent  mené  le  deuil  de  leurs  amis.  La  ville  toute  entière  avait  si  bien 
mis  tout  son  espoir  en  la  miséricorde  du  Seigneur  qu'on  eût  dit  qu'elle  re- 
nouvelait la  pénitence  des  Ninivites.  . . 

«  Cependant  les  assiégeants,  qui  ne  comprenaient  pas  ce  que  faisaient  les 
assiégés,  s'imaginèrent  que  cette  procession  autour  des  murs  était  une  sorte 
de  maléfice.  Ils  prirent  donc  un  paysan  et  lui  demandèrent  ce  que  c'était 
qu'ils  faisaient.  Il  leur  dit  :  «  Ils  promènent  la  tunique  du  bienheureux  'Vin- 
cent, et  avec  elle  ils  prient  le  Seigneur  d'avoir  pitié  d'eux.  »  Les  Francs 
furent  saisis  de  crainte  et  s'éloignèrent.  Toutefois  ils  ne  regagnèrent  les 
Gaules  qu'après  avoir  acquis  la  plus  grande  partie  de  l'Espagne  d'où  ils  ra- 
menèrent un  grand  butin.  »  (a.  542). 


5 .  Une  légende  bretonne  du  ix"  siècle  (Albert  le  Grand,  Vie  de  saint 
Conveyon,  XII),  reproduit  encore,  mais  bien  amoindris,  quelques-uns  des 
incidents  mythologiques  que  nous  venons  de  voir  : 

«  Les  Normands  et  Nortvèsrues  entrèrent  dans  l'embouchure  de  "Villaine 
jusqu'à  Rhedon,  bien  résolus  de  saccager  la  ville  et  piller  le  monastère  de 
Saint-Sauveur.  En  cette  subite  allarme  et  eff'roi,  tous  les  Moynes  éperdus 
de  crainte  ne  pensaient 'qu'à  quitter  le  couvent  et  à  se  retirer  en  quelque 
place  forte  pour  évader  la  furie  de  ces  barbares.  Mais  saint  Conveyon  les 
retint  et  ayant  fait  sonner  le  chapitre,  les  exhorta  à  subir  constamment  la 
mort,  si  besoin  en  estait.  Puis  les  menant  à  l'Eglise,  y  passa  la  nuit  avec 
eux  en  prères  et  oraisons.  Sur  le  point  du  jour,  les  barbares  jettèrent  hors 
leurs  chaloupes  et  batteaux  pour  mettre  du  monde  à  terre,  ce  qu'ils  firent 
en  moins  d'une  heure  et  se  rangèrent  en  ordonnance  pour  marcher  vers  le 
couvent. 


Taranous  et  Thor.  4 1 1 

«  Mais  saint  Conveyon  et  ses  religieux  redoublant  de  prières,  le  Ciel 
tout  subitement  commença  à  leur  faire  la  guerre.  L'air  se  chargea  de  nuages, 
une  grêle  pierreuse  mêlée  de  foudres  et  d'éclairs  les  martelle.  Les  uns  sont 
écrasés  du  foudre,  les  autres  sont  assommés  de  la  gresle.  Autres  pensant  se 
sauver  vers  leurs  vaisseaux  se  jettent  à  la  nage  et  sont  engloutis  dans  la  ri- 
vière, laquelle  esmue  extrêmement  de  ses  vagues  ronflantes  attaque  les  na- 
vires de  ces  pillards,  rompt  leurs  câbles  et  amarres,  etc.  » 


6.  Il  faut  lire  là-dessus  la  fin  du  vi''  livre  de  Salvien  (de  gubern.  Dei) 
et  spécialement  la  diatribe  qui  concerne  Trêves.  La  phrase  qui  suit  montre 
que  Salvien  ne  méconnaît  pas  le  caractère  religieux  des  festins  qu'il  a 
décrits  : 

«  Ludicra  ergo  publica.  Trever,  petis?  Ubi,  quaeso,  exercenda?  an  super 
busta  et  cineres.  super  ossa  et  sanguinem  peremptorum?  Quae  enim  urbis 
pars  his  malis  omnibus  vacat?  Ubi  non  cruor  fusus,  ubi  non  strata  corpora, 
ubi  non  Concisorum  membra  lacerata  ?  Ubique  faciès  captae  urbis,  ubique 
horror  captivitatis,  ubique  imago  mortis.  Jacent  reliquiae  infelicissimaeplebis 
super  tumulos  defunctorum  suorum  et  tu  circenses  rogas  !  Nigra  est  in- 
cendio  civitas  et  tu  vultum  festivitatis  usurpas!  Lugent  cuncta,  tu  laetus 
es  I  Insuper  inlecebris  flagiliosissimis  Deum  provocas,  et  siipcrstitionihus pes- 
siiiiis  iram  divinitatis  inritas  !  » 


7.  Archives  de  Vaiicluse,  Fonds  de  VEvèché  d'Avignon,  GG.  —  Recueil 
des  Comptes  et  dépenses  de  l'Evêché,  ann.  1 364-1 366. 

I».  —  po  18.  Expense  facte  pro  prandio  facto  Ribayreriis,  qui  portaverunt 
virtutes  et  reliquias  ecclesie  Avenionensis  per  flumen  Rodani,  in  vigilia  As- 
ccnsionis  Domini  anni  praedicti  1364. 

Et  primo  :  Expensi  pro  spinargiis,     XV  sol. 

pro  alecibus,  XXXII  sol. 

pro  juvcrto,  IIII  sol. 

pro  speciebus,  VII  sol. 

pro  C  et  L  pomis,  VI  sol. 

pro  piscibus  reccntibus,    VII  lib.  X  sol. 
Item  solvi  pistori  domini  mei  pro  C.  VI.  (600)  panibus  computatis  pro 
centcnario.  valent.  IV  lib.  III  sol. 

Item  prologuerio  C.  C.  scissorium,  CC.  scutellarum.  CC.  gretzaletorum. 
X.W  pigcriorum  tcrrae,  CCIIII  gobeletorum  vitri,  et  pro  pcrditione  et 
fraccione  alicujus  partis  dictarum,rcrum,  et  pro  loguerio  duorum  barra- 
lium  vini  pro  tencndo  et  administrando  vinum  et  pro  portu  et  reportu  dic- 
tarum  rerum,  XXXI  sol. 

Summa  dicti  lituli  XVII  lib.  mon.  currcntis. 


41  2  J.-F.  Cer quand 

2".  —  F"  57.  Expansé  facte  pro  prandio  Ribeyreriorum  qui  portaverun. 
virtutes  et  reliquias  SS.  ecclesie  Avenionensisin  vigilia  Ascensionis  Domini 
per  flumen  Rodani  anno  praedicto  millesimo  trecentesirao  sexagesimo 
quinto  : 

Et  primo  :  Tradidi  die  décima  Nona  Maii  frati  Raymundo  Guiraudi,  do- 
nato  hospitalis  Sti  Benedicti  (Benezet),  etjohanni  dePenestrione  pro  dicto 
prandio  faciendo,  videlicet  pro  piscibus  et  aliis  necessariis  in  dicto  prandio, 
exceptis  pane  et  vino  :  XV  flor.  de  cornu. 

Item.  Dicta  die  tradidi  Johanni  Florentini  pistori  dni  Cardinalis  Guil- 
lerni,  pro  CGC  panibus  ponderantibus  quolibet  XI  uncias  pro  dicto 
prandio  :  III  flor.  de  cornu. 

Item  Tradidi  dicta  die  Vigilie  Ascensionis  Domini  Magistro  Geraldo 
Ozilli,  notario  meo,  pro  emendo  vinum  pro  dicto  prandio,  scilicet  pro 
quinque  barralibus  vigi  quolibet  XLVI  pigeriorum  vini,  singulis  pigeriis 
computatis  et  emptis  precio  XII  denar.  XI  flor.  crucis 

(quolibet)  pro  XXI  sol. 

Et  ultra  pro  X  pigeriis  XVI  sol.  VII  den. 

Summa  dicti  tituli.  XVIII  flor.  de  cornu  XI  fl.  de  crozeta 

qualibet  petia  XXI  sol.  XVI  sol.  VII  den. 


3°.  —  po  119.  Expense  facte  pro  prandio  fieri  consueto  singulis  annis 
per  dictum  dominum  meum  Avenionensem  Episcopum  Ribayreriis  qui  por- 
tant reliquias  SS.  in  vigilia  Ascensionis  Domini  per  flumen  Rodani. 

Expense  facte  pro  prandio  Ribayreriorum  et  Nautoneriorum  qui  porta- 
verunt  virtutes  et  reliquias  Sanctorum  ecclesie  Avenionensis  in  vigilia  As- 
censionis Domini  per  flumen  Rodani,  ut  est  moris,  anno  praedicto 
MCCCLIVI. 

Et  primo  :  Expendi  dicta  die  vigilie  Ascensionis  Domini,  que  fuit  dies 
XII  mensis  Maii  praedicti  anni  per  manus  magistrorum  Pontii  Loberii  et 
Guiraudi  Ozilli,  familiarium  continuorum  dicti  Domini  mei  Episc.  Aven, 
scilicet  pro  piscibus  :  VII  flor.  auri  Reg. 

Item,  solvi  pistori  domus  ipsius  domini  mei  pro  una  saumata  panis  annone 
empto  pro  dicto  prandio  XI  fl.  et  med.  camere. 

Item  solivi  pro  speciebus  VII  sol.  VII  denar. 

Item  solvi  pro  spinargiis  et  aliis  herbis  emptis  per  manus  dicti  Pétri 
coqui.  XIV  sol. 

Item  solvi  pro  CXXX  pomis.  '  XVI  sol. 

Item  solvi  pro  loguerio  vaicelle,  iscutellarum,  scissoriorum  grazaletorum 
et  ollarum  de  cupro  et  pigeriorum  de  terra,  in  quibus  dabatur  vinum  et 
mensis  I  flor.  reg. 

Item  solvi  pro  vaicella  perdita  et  fracta  XVIII  sol. 

Item  solvi  pro  loguerio  maparum,  alios  XVIII  sol. 


Taranous  et  Thor.  /,  i  j 

Item  solvi  pro  portu  et  reportu  omnium  praedictorum,  inclusis  XVIII  de- 
nariis  datis  Picardo  et  cuidam  alteri  Solhardo  :  VI  sol. 

Item  solvi  per  manus  dicti  magistri  Pontii  Loberio  pro  oleo  empta  a  Jo- 
hanne  Johannis  Veyrerio  XXIII  sol.  XI  den. 

Item  dedi  amore  Dei  et  similiter  pro  ipsorum  labore  Petro  et  Terrisse  ac 
Johanni,  coquis  dicti  Domini  mei,  de  consensu  et  ordinatione  Magistri 
Pontii  :  XII  soi. 

Summa  dicti  capiiuli  est  :  VIII  fl.  aur.  Reg.  II  fl.  et  med.  caméra 

Vlib.XIsol. 


414  L'abbé  Eiig.  Bernard. 


ISTOIR  D'EUS   A   CREATION  AR  BET-MAN 

AR  FORMATION  AN  DEN  HAC  HE  VUE 

AR   HENTAN   PHILOSOF   A   VOA   ADAM,    HAC    HE   VARO 
HA  BUE  AR  PROFET  HENOC  HAC  ELI 

AN  DILUJ 

HA  BUE  NOE  HAC  HE  VARO 
(Suite). 


Ar  bevare  proloc  a  comans  a. 

Auditoret  santel,  m'ho  supli  humblamant 
Da  continuin  hoas  da  vesan  passiant, 
Hac  e  voelet  disclerian  aman,  en  gênerai, 
1390  An  istoiriou  trajidic  so  hoarveet  guesall. 

Neuse  e  formas  Doue  ar  Maro  digar  er  bet, 
Evit  lahan  Adam  hac  Eva  he  briet, 
Ha  quement  a  deuje  james  d'eus  ho  ligne, 
Ha  dimeus  ho  natur  da  comeret  bue. 


a.  M.  Luzel,  avec  une  bienveillance  dont  nous  ne  saurions  trop  le  re- 
mercier, nous  a  communiqué  un  manuscrit  du  Mystère  de  la  Création  du 
Monde,  qui  date  de  1760.  Ce  n'est  peut-être  que  la  copie  d'un  autre  ma- 
nuscrit remontant  à  1663,  car  nous  trouvons  cette  date  de  1663,  et  de  plus 
celle  de  1752,  consignées  sur  Fun  des  feuillets.  Les  premières  et  les  der- 
nières pages  sont  malheureusement  dans  un  état  si  lamentable,  qu'il  nous 


La  Création  du  monde.  41  j 


HISTOIRE  DE  LA  CRÉATION  DE  CE  xMONDE 

LA  FORMATION  DE  L'HOMME  ET  SA  VIE 

LE    PREMIER    PHILOSOPHE    FUT    ADAM,    SA    MORT 
LA  VIE  DU  PROPHÈTE  HÉNOCH  ET  CELLE  D'ELIE 

LE  DÉLUGE 

LA  VIE  DE  NOÉ  ET  SA  MORT 

(Suite). 


Le  quatrième  prologue  commence. 

Pieux  auditeurs,  je  vous  supplie  humblement  de  nous  con- 
tinuer encore  votre  patiente  attention,  et  vous  verrez  se  dé- 
rouler sur  la  scène,  l'histoire  des  événements  tragiques  qui  se 
sont  autrefois  accomplis. 

Alors  Dieu  créa  la  Mort  impitoyable  et  l'envoya  sur  la  terre 
pour  frapper  Adam,  Eve,  et  tous  ceux  qui  de  leur  race  et  de 
leur  sang  naîtraient  jamais  à  la  vie. 


est  presque  impossible  de  les  déchiffrer.  Ce  manuscrit  ne  contient  que  le 
prologue  du  commencement  et  l'cpilogue  de  la  fin  du  mystère.  Il  présente, 
comparé  à  celui  que  nous  empruntons  à  la  Bibliothèque  Nationale,  quelques 
différences  assez  intéressantes  à  signaler  :  nous  les  reproduirons  avec  la  tra- 
duction en  regard. 


4i6  L'abbé  Eug.  Bernard. 

1395    «  Maro  cri,  eme  Doue,  deus  breman  da  sevel. 

a  Da  vont  da  bourinenin  dre  ar  bet  en  antier. 

«  Te  a  laho  an  holl  hep  cavet  nep  true, 

«  Bete  mont  er  pales  da  vit  ar  rouane.  » 

Ar  Maro  en  deus  eur  horf  a  so  scan  ha  hjer, 
1400  Hac  a  ia  dre  ar  bet  en  nebeut  a  amser. 

Monet  a  ra  dre  vor  quercouls  a  dre  douar, 

Biscoas  ne  voe  guelet  den  quen  cri  ha  digar. 

«  Ma  Doue,  eme-han,  me  a  rent  d'ec'h  graço, 

«  D'am  bout  laquet  er  bet,  ma  hanvoet  ar  Maro. 
1405   «  Voar  vor  ha  voar  douar  me  a  ielo,  certen  ; 

«  Birviquen  evid-oun  na  ve  pardonet  den.  » 

«  —  Ar  bet,  eme  Doue,  a  vo  es  ta  mani, 

«  Me  ra  d'it  ar  pouvoir  voar  ar  pes  so  en-hi. 

«  Rac-se  Lar  da  Adam,  da  Eva,  he  briet, 
1410  «  Em  eus  soign  d'eus  anhe,  evit  n'am  guelont  quet.  » 
Da  vit  hon  tat  Adam  ec'h  a  prest  da  Hebron, 

Hac  Eva,  he  briet,  a  voa  eno  o  chom. 

Pa  clevjont  dira-he  he-man  o  parlant  % 

Daoust  d'ho  faourente,  ho  defoa  epouvant. 
141 5   «  Ah!  loen  epouvantabl,  te  so  hardi  meurbet!  » 

Ho  galono  gant  spont  a  voa  epouvantet. 

—  Adam,  na  sonje  mui  er  bet  nemert  poanian**.  — 

«  Te  ra  d'hon  sperejo  donet  hoas  da  troublan.  » 
Ar  Maro  tamporel  voa,  me  lar  gant  guirione, 
1420  A  deu  da  separin  ar  corf  hac  an  ine. 

Hi  hac  ho  ligne  holl  a  renquo  mervel, 

Pa  arrio  an  amser,  na  vo  quet  a  apel. 

«  Lar  d'in,  eme  Eva,  petra  halles  bean  ? 

«  Pa  clevan  da  gomso  e  teuan  da  spontan. 
1425    «  Nao  ar  sujet  a  teus  da  dont  bete  aman. 

«  Lequet  ec'h  eus  da  flecho  ha  d'am  halon  treujan. 

a.  Le  scribe  avait  d'abord  écrit  sous  la  dictée:  Pa  clevjont  0  parlant  dira- 
he.  Il  a  ensuite  effacé  les  mots  o  parlant,  pour  les  rétablir  à  la  fin  du  vers. 
Nous  notons  ces  détails  pris  sur  le  vif  du  manuscrit,  afin  de  bien  établir  que 
notre  Mystère  s'est  transmis  de  mémoire. 

b.  Ce  vers  nous  semble  mieux  à  sa  place  à  la  suite  du  vers  suivant,  qui 
complète  l'exclamation  de  terreur  échappée  à  Adam  à  l'aspect  de  la  Mort. 

C'est  évidemment  aux  lacunes  survenues  dans  la  mémoire  de  celui  qui 


La  Création  du  monde.  417 

«  Mort  cruelle,  dit  Dieu, 
«  lève-toi  maintenant,  va  te  promener  à  travers  le  monde  en- 
«  tier.  Tu  tueras  tout  sans  aucune  pitié  :  tu  iras  jusque  dans 
«  les  palais  emporter  les  rois.  » 

La  Mort  est  douée  d'une  nature  subtile  et  légère  :  elle  par- 
court l'univers  en  un  instant,  traversant  les  mers  sans  plus  de 
peine  que  la  terre,  et  jamais  rien  ne  parut  ni  si  dur  ni  si 
funeste.  «  Mon  Dieu,  s'écria-t-elle,  je  vous  rends  grâces  de 
«  m'avoir  mise  au  monde  et  appelée  la  Mort.  Sur  terre  et 
«  sur  mer  j'irai,  je  vous  le  promets,  et  jamais  auprès  de  moi 
«  personne  ne  trouvera  grâce.  »  —  «  L'Univers,  dit  le  Sei- 
«  gneur,  sera  ton  domaine  assuré,  je  te  donne  pouvoir  sur 
«  tout  ce  qu'il  renferme.  Va  donc  trouver  Adam  et  Eve,  son 
«  épouse,  et  dis-leur  que  j'ai  soin  d'eux,  bien  qu'ils  ne  me 
«  voient  pas.  » 

Sans  tarder  la  Mort  se  rend  à  Hebron,  vers  Adam  qui  avait 
fixé  là  sa  résidence  avec  Eve,  son  épouse.  Quand  ils  l'enten- 
dirent parler  devant  eux,  quelle  que  fût  leur  pauvreté,  ils  de- 
meurèrent saisis  d'épouvante.  «  Ah  !  bête  affreuse,  tu  es  bien 
«  hardie!  s'écrièrent-ils  le  cœur  glacé  d'effroi.  »  —  Adam  ne 
pensait  plus  qu'à  travailler  sur  la  terre.  —  «  Tu  viens  encore 
«  jeter  le  trouble  dans  notre  esprit.  » 

C'était  la  mort  temporelle,  je  le  dis  en  vérité,  qui  amène 
la  séparation  du  corps  et  de  l'ân.ie.  Eux  et  leur  race  entière, 
ils  devront  tous  mourir  lorsque  le  moment  sera  venu,  il  n'y 
aura  pas  à  en  appeler  de  cette  sentence.  «  Dis-moi,  reprend 
«  Eve,  que  peux-tu  bien  être  ?  Lorsque  je  t'entends  parler, 
«  je  me  sens  saisie  d'effroi.  Dis-moi  le  motif  qui  te  conduit 
«  jusqu'ici.  Tu  as  décoché  des  traits  qui  ont  transpercé  mon 
«  âme. 


dictait,  qu'il  faut  attribuer  les  vers  passés  sous  silence,  et  rétablis  en  marge 
par  une  autre  main,  exemple  le  vers  681  : 

Hoc  hen  dihoUis  cren  en  creis  an  Ifern  don, 

et  aussi  les  vers  écrits  d'abord,  effacés  ensuite  pour  être   transportés  en 
meilleure  place,  comme  au  troisième  acte,  les  six  v<'rs  notés  au  v.  1248. 

Revue  Celtique,  X.  28 


41 8  L'abbé  Eug.  Bernard. 

«  O  Doue,  eme-s-hi,  ha  houi  a  permette 

«  E  ve  o;ant  eul  loeii  e  collen  ma  bue  ? 

«  Pa  eo  he-man  ar  xMaro,  epouantabl  meurbet, 

1430  «  Eusin  ra  ma  halon  pa  deuan  d'he  sellet.  » 

«  —  Me  eo  ar  Maro,  eme-s-han.  Caer  hoc'h  eus  est- 
ce  Pa  vo  arri  an  heur,  ractal  en  eum  guefin.     [tammin. 
«  Me  ho  lamo  a  boan,  ho  pet  pasiantet  ; 
«  N'ho  po  nemert  tourmant  entre  veet  er  bet. 

1435    «  Panevert  da  pehet,  eme-han,  er  jardin, 
«  —  Eno  e  fachout  Doue  an  Tat  divin,  — 
«  Na  vijes  quet  breman  o  soufrin  ar  poanio, 
«  Hac  e  voas  immortel,  exant  d'eus  ar  Maro.  » 

Adam  a  ies  neuse  da  ober  pinijen, 

1440  Hac  hen  monet  ractal  en  tu  rivier  Jourdren. 
Er  spas  a  tregont  de  e  chommas  d'he  avis, 
Hac  he  priet  Eva  en  quichen  dour  Tigris, 
En  eun  toul,  er  rohel,  e  voa  he  demeurans. 
Bras  voe  ar  supHço  balamour  d'an  ofans. 

1445    «  Me  ho  suph,  eme-han,  a  beurs  Roue  an  Envo, 

«  Teulet  pie  ous  Satan,  mar  guel,  hen  ho  tromplo.  » 
Aman  a  voe  hirvout,  pa  voe  an  disparti  : 
Hen  a  ies  da  Jourdren,  hac  hi  da  dour  Tigri. 
«  Adieu,  eme  Eva,  da  pep  contantamant  ! 

1450  «  Birviquen  tréma  vin,  ne  bo  nemert  tourmant.  » 
Pa  voa  et  d'an  Tigris  da  ober  pinijen, 
Hac  Adam  e-unan  da  tal  rivier  Jourdren, 
E  teuas  an  aëraouant,  hac  a  deuas  en  pen 
D'he  has  da  vit  Adam  da  tal  rivier  Jourdren. 

1455   An  diaoul  o  laret  e  voa  cannât  Doue% 

«  Me  so  deut,  eme-han,  a  he  beurs  ho  pete, 
«  Evit  ho  suplian  demeus  a  vouir  galon ^, 
«  Da  dont  da  vit  Adam,  ma  eet  da  Hebron.  » 
«  —  Me  ia,  eme  Eva.  Gant  reson  e  sentin, 


a.  Le  scribe  ayant  ici  effectué  la  syncope  de  Lavarct  en  laret,  le  vers  n'a 
plus  que  onze  syllabes.  Nous  nous  contentons  de  cet  exemple  entre  mille, 
à  l'appui  de  l'observation  que  nous  avons  faite  dans  notre  introduction. 


La  Création  du  monde.  419 

O  Dieu,  continua-t-elle,  est-ce  que  vous  permettriez 
«  à  cette  bête  féroce  de  m'ôter  la  vie  ?  Puisque  c'est  la  Mort, 
«  l'épouvante  l'accompagne,  et  mon  cœur  tressaille  d'hor- 
«  reur,  lorsque  je  m'arrête  à  la  regarder.  » 

—  «  Oui,  c'est  moi  la  Mort,  dit-elle,  vous  avez  beau  vous 
«  exclamer.  Lorsque  l'heure  aura  sonné,  aussitôt  j'apparaîtrai, 
«  je  vous  tirerai  de  peine,  prenez  patience.  Vous  n'endu- 
«  rerez  que  tourments  tant  que  vous  serez  sur  la  terre.  Sans 
«  le  péché,  ajouta-t-elle,  sans  le  péché  que  vous  avez  commis 
«  au  jardin,  —  là,  vous  avez  encouru  la  colère  de  Dieu,  le 
«  Père  tout-puissant,  —  vous  n'auriez  pas  maintenant  toutes 
«  les  peines  à  souffrir,  vous  seriez  immortels,  à  l'abri  des 
«  coups  de  la  Mort.  » 

Adam  s'en  fut  alors  foire  pénitence,  et  aussitôt  il  dirigea  ses 
pas  vers  le  fleuve  du  Jourdain.  Il  prit  la  résolution  d'y  de- 
meurer l'espace  de  trente  jours,  pendant  qu'Eve,  son  épouse, 
resterait  sur  les  bords  du  Tigre,  où  une  grotte  dans  un  rocher 
lui  servit  d'asile.  Grand  était  leur  châtiment  à  cause  de  l'of- 
fense commise.  «  Je  vous  supplie,  Eve,  dit  Adam,  de  la  part 
«  du  Roi  des  Cieux,  prenez  garde  à  Satan,  s'il  peut,  il  vous 
«  trompera.  »  Les  sanglots  éclatèrent  au  moment  de  la  sépa- 
ration :  il  se  rendit  au  bord  du  Jourdain,  elle  alla  du  côté  du 
Tigre.  «  Adieu,  s'écria  Eve,  adieu  à  tout  contentement  !  Dé- 
«  sormais  tant  que  je  vivrai,  je  n'aurai  que  des  peines.  » 

Ils  partirent  donc  faire  pénitence,  Eve  sur  les  bords  du  Tigre, 
et  Adam  vivre  seul  auprès  du  Jourdain.  Sur  ces  entrefaites,  le 
serpent  se  mit  en  tête  d'envoyer  Eve  rejoindre  Adam  sur  les 
rives  du  Jourdain.  Le  Démon  déclarait  être  le  messager  de 
Dieu  :  «  Je  viens,  dit-il,  vers  vous  de  sa  part,  pour  vous  aviser 
«  de  bon  cœur,  de  vous  en  aller  trouver  Adam,  car  il  est  re- 
«   tourné  à  Hébron.  »  —  «  J'y  vais,  répond  Eve.  Il  est  rai- 


b.   Un  espace'  blanc,  ménagé  par  le  scribe  après  Evit,  paraît  attendre 
quelques  mots  qui  ne  se  présentaient  pas,  au  moment,  à  la  mémoire  de  celui 

qui  dictait. 


420  L'abbé  Eug.  Bernard. 

1460  «  Pa'n  d-oc'h  a  beurs  Doue,  da  vit  Adam  ec'h  inn, 
«  Heii-nes,  sur,  a  garan  evit  ma  gouir  briet, 
«  Me  gret,  gam  Doue  an  Tat  11a  vesin  quet  blamet. 

Adam  a  grias  fors  voar  an  diaoul  digar 
A  voa  deut  adarre  evit  tentin  he  bar. 

1465   «  Perac,  eme  Adam,  e  voa-hu  sortiet, 

«  Pa  ne  voa  en  antier  an  tregont  de  closet  ?  » 
Adam  hen  conjuras  a  beurs  Roue  an  Tron  : 
«  Lavar  d'in,  eme-han,  pe  sort  ambition 
«  Ac'h  eus  a  bep  amser,  ebars  en  hon  andret  ? 

1470  «  Rac  ni  n'omp  quet  caus  d'it  da  vesan  tourmantet.  » 
«  —  Me  a  lar,  eme-lian,  pa  deus  d'am  conjurin 
«  A  beurs  Doue  an  Tat  a  so  adversour  d'in, 
«  Hen  en  deus  da  crouet  d'eus  a  lim  an  douar, 
«  Hac  e  prêtantes  mont  da  jouissan  ar  gloar.  » 

1475       Adam  a  pet  neuse  Doue,  Roue  an  Tron, 
Da  sellet  a  drue  ous  Adam,  he  vignon, 
Da  rei  d'eshan  ar  c'hras,  ma  halje  en  em  difen 
Ous  an  tentationo  a  dai  d'eus  an  Ifern. 
«  Adam,  eme  Doue,  n'es  abandonin  quet, 

1480  «  Mes  soufrin  a  rcnques  entre  ma  vi  er  bet. 
«  Tiegues  a  dilhi  gant  da  briet  Eva, 
«  Bete  fin  da  vue  te  a  vo  en  extrenvoa.  » 
«  —  Adam,  eme  Doue,  quent  evit  ma  varvi, 
«  Unan  as  bugale  d'ar  plas-hont  a  quissi, 

1485   «  D'ar  Barados  terestr,  liac  e  quifi  remet, 
«  Goude  da  soufranço  eur  voes  vi  sauvetet. 
«  Teir  grien  as  peso  dimeus  a  un  aval, 
«  Ma  savo  teir  gueen  diferant  d'ar  re  ail, 
«  Hac  a  formo  eur  groas  da  vont  voar  ar  Halvar, 

1490  «  Da  laquât  map  Doue.  Neuse  ec'h  i  d'ar  gloar.  » 
Mont  a  rejont  ho  daou  adarre  da  Hebron, 
Oc'h  houlen  assistans  digant  Roue  an  Tron. 
Eur  malhur  voe  bijcoas  ma  tepjont  an  aval. 
Sujet  voent  d'ar  poanio,  ha  cals  d'eus  ar  re  ail. 

1495       Ma  comansas  Adam  neuse  da  hadan  ed, 
Eva  da  venajin  evit  preparin  boet. 
Grouiou,  lousou  mat,  hac  ive  saladen, 


La  Création  du  monde .  42 1 

«  sonnable  d'obéir  puisque  vous  venez  par  ordre  de  Dieu.  Je 
«  pars  donc  rejoindre  Adam.  C'est  lui  assurément  que  j'aime 
«  comme  mon  cher  époux,  et  j'espère  ne  pas  encourir  le 
«  blâme  de  Dieu  le  Père.  » 

Adam  s'emporta  contre  l'Esprit  mauvais  qui  avait  de  nou- 
veau tenté  sa  compagne  :  «  Pourquoi,  dit-il,  avez-vous  quitté, 
«  lorsque  les  trente  jours  n'étaient  pas  entièrement  écoulés?  » 

Adam  conjura  le  démon  au  nom  du  Roi  des  Cieux  :  «  Dis- 
«  moi,  demanda-t-il,  quelle  jalousie  tu  nourris  de  tout  temps 
«  à  notre  endroit  ?  Nous  ne  sommes  pas  cause  si  tu  es  dans 
«  les  tourments.  »  —  «  Je  te  l'avoue,  puisque  tu  m'as  con- 
«  juré  au  nom  de  Dieu  le  Père;  il  est  mon  adversaire.  Il  t'a 
«  créé  du  limon  de  la  terre,  et  tu  as  la  prétention  d'aller 
«  jouir  de  sa  gloire.  » 

Adam  prie  alors  le  Roi  des  Cieux  de  jeter  un  regard  de 
pitié  sur  lui,  Adam,  son  ami,  de  lui  accorder  la  grâce  de  pou- 
voir se  défendre  contrJ  les  tentations  qui  viendront  de  l'Enfer. 

«  Adam,  dit  le  Seigneur,  je  ne  t'abandonnerai  pas,  mais 
«  il  te  faudra  souffrir  tant  que  tu  seras  au  monde.  Tu  tien- 
«  dras  ménage  avec  Eve,  ton  épouse,  et  jusqu'à  la  fin  de  ta 
«  vie  tu  seras  un  exilé  sur  la  terre.  Adam,  ajouta  Dieu,  avant 
«  la  tin  de  ta  carrière,  tu  enverras  ici,  au  Paradis  terrestre, 
«  un  de  tes  enfants,  et  tu  trouveras  le  remède  qui  te  procu- 
«  rera  le  salut  après  toutes  tes  souffrances.  Il  te  sera  apporté 
«  trois  pépins  d'une  pomme  qui  donneront  naissance  à  trois 
«  arbres  différents  des  autres  :  ils  serviront  à  former  une  croix 
«  à  laquelle,  sur  la  montagne  du  Calvaire,  sera  attaché  le  fils 
«  de  Dieu.  A  ce  moment,  tu  entreras  dans  la  gloire.  » 


Adam  et  Eve  retournèrent  tous  deux  à  Hebron,  demandant 
assistance  au  Roi  des  Cieux.  Ce  fut  à  jamais  un  malheur  qu'ils 
eussent  mangé  la  pomme. 

Adam  se  mit  alors  à  semer  du  blé  :  Eve  faisait  le  ménage  et 
préparait  la  nourriture.  Racines,  herbes  choisies,  salade,  voilà 


422  L'abbé  Eug.  Bernard. 

A  voa  rct  da  dibrin,  p;i  ne  voa  netra  quen. 

Adam  a  damalas  alies  he  briet 
1500  Balamour  ma  voa  hi  a  voa  caus  ha  quiriec. 

«  Ne  voa  quet  ar  sort-se  a  debremp  gueachall, 

«  Er  Barados  terestr  pa  depjomp  an  aval.  » 
Rac-se  ho  suplian,  mar  be  ho  chante, 

Da  dont  d'hon  iscusin,  mar  be  ho  polante. 
1505  Anfin,  auditoret,  breman  c'houi  remerquo 

Ar  pes  am  eus  laret,  dre  ar  personajo. 


Senne  I. 

Doue  an  Tat  a  crou  ar  Maro,  hac  a  coms. 

Me  formo  ar  Maro  a  vo  gardis  meurbet  ^ 

Hac  a  laso  Adam  hac  Eva,  he  briet, 

Ha  quement  den  james  a  deui  d'eus  ho  ligne, 
15  10  Ha  dimeus  ho  natur,  da  comeret  bue. 

Maro  cri,  me  comant  d'it  breman  sevel. 

Ha  mont  da  pourmenin  dre  ar  bet  en  antier. 

Te  a  laso  an  holl  hep  cafet  nep  true, 

Bete  mont  er  pales  da  vit  ar  rouane. 
15 15  Te  obeisso  ractal,  pa  vo  d'it  comandet, 

Rac  na  cos  na  iaouanc  achap  ne  haUint  quet. 

Te  a  ielo  en  nos  quercouls  evel  en  de, 

Evit  hirvout,  na  cri,  ne  quemer  nep  true. 

Te  a  peso  ur  horf  a  vo  scan  ha  lijer, 
1520  A  ielo  dre  ar  bet  en  nebeut  a  amser. 

Te  a  ielo  dre  ar  mor  quercouls  ha  dre  douar  : 

Biscoas  na  voe  formet  den  quen  cri  ha  digar. 

Te  a  peo  flechou  hac  a  vo  violant, 

El  lec'h  ma  antrei  te  laquai  epouvant. 

Voici  les  principales  variantes  qu'il  nous  plaît  de  relever  entre  les  deux 
manuscrits. 

I .  Me  a  formo  eur  mal. 


La  Création  du  monde.  42  ^ 

ce  qu'ils  étaient  obligés  de  manger,  puisqu'il  n'y  avait  pas 
autre  chose.  Adam  reprocha  bien  des  fois  à  Eve,  son  épouse, 
d'en  être  cause  par  sa  faute.  «  Nous  ne  nous  nourrissions  pas 
«  de  cette  sorte  jadis,  au  Paradis  terrestre,  lorsque  nous 
«  avons  mangé  la  pomme.  » 

Je  vous  supplie  donc,  faisant  appel  à  votre  charité,  de  nous 
excuser,  si  vous  le  voulez  bien.  Enfin,  Auditeurs,  vous  allez 
voir  ce  que  je  vous  ai  dit,  mis  en  action  par  les  personnages. 


Scène  I. 


Dieu  le  Père  crée  la  Mort. 


Je  créerai  la  Mort  qui  sera  ce  qu'il  y  a  de  plus  impitoyable, 
et  qui  tuera. Adam,  Eve,  son  épouse,  et  tous  les  hommes  qui 
de  leur  race  et  de  leur  sang  naîtront  à  la  vie. 


*t) 


Mort  cruelle,  je  t'ordonne  maintenant  de  te  lever  et  d'aller 
te  promener  à  travers  le  monde  entier.  Tu  frapperas  tout,  sans 
jamais  prendre  pitié,  et  tu  iras  jusque  dans  les  palais  emporter 
les  rois.  Tu  obéiras  au  moment  où  tu  en  recevras  l'ordre, 
car  ni  vieux,  ni  jeune  ne  sauraient  échapper  à  tes  coups.  Tu 
t'en  iras  le  jour  aussi  bien  que  la  nuit,  sans  te  laisser  toucher 
par  les  larmes  ou  par  les  sanglots.  Tu  auras  une  forme  légère 
et  subtile,  tu  parcourras  l'univers  en  un  instant,  tu  traverseras 
les  mers  aussi  facilement  que  la  terre,  jamais  rien  n'aura  été 
ni  si  cruel,  ni  si  funeste  que  toi.  Tu  seras  armée  de  traits  d'une 
portée  sans  égale,  et  partout  où  tu  entreras,  tu  sèmeras  l'épou- 
vante. 


Je  créerai  un  mal. 


424  L'abbé  Eug.  Bernard. 


Ar  Maro  a  coms. 

1525   Ma  Doue,  ma  C'hrouer,  men  a  rent  d'ec'h  graço 
D'am  bout  laquet  er  bet-man,  ha  ma  hanvet  Maro. 
Voar  vor  ha  voar  douar  men  a  ielo,  certen, 
Birviquen  evid-oun  na  vo  pardonet  den  ^ 
Pa  ret  d'in  ar  pouar  voar  bue  pep-hini, 

1530  Pa  arrio  an  heur,  caer  ho  defo  recuH. 

Me  ia  da  Hebron,  da  vit  an  tat  Adam. 
Hac  he  briet  Eva,  a  so  eno  o  chom, 
Evît  laret  d'eshe  bepret  en  em  prepari. 
An  heur  so  incerten  d'eus  bue  pep-hini  2. 

1535   Me  gret,  pa  em  c'hlevint  dirag-he  o  parlant, 
Daouest  d'ho  faourente  ho  defo  epouant, 
Dre  n'am  anavont  quet.  Hou-man  eo  ar  voes  quentan 
D'in,  d'ar  plas-se  da  vont  d'ho  bisitan. 

Doue  an  Tat  a  coms. 

Ar  bet-hont  en  antier  a  vo  es  da  mani, 
1540  Me  ra  d'it  ar  pouar  voar  quement  so  en-hi. 
Rac-se  lar  da  Adam  ha  da  Eva,  he  briet, 
E-meus  sonj  aneshe,  evit  n'am  guelont  quet. 


Senne  II. 


Adam  hac  Eva. 


Antre  ar  Maro  a  ia  d'ho  hafet,  ha  neuse  a  coms. 

Autro,  terubl  es  oc'h  mintin...  5 

Me  so  deut  d'ho  cafet  a  beurs  bon  Tat  divin. 

1 .  Na  n'efFe  pardon  den. 

2.  An  heur  so  inconnu  d'eus  a  varo  pep-hin. 
3  .   Salud  d'ac'h,  Autro. 


La  Création  du  monde.  -  42  5 

La  Mort. 

Mon  Dieu,  mon  Créateur,  je  vous  remercie  de  m'avoir 
mise  au  monde  et  de  m'avoir  appelée  la  Mort.  Sur  terre  et 
sur  mer  je  m'en  irai  assurément,  et  jamais  personne  ne  trou- 
vera gnâce  auprès  de  moi.  Puisque  vous  me  donnez  puissance 
sur  la  vie  de  chacun,  lorsque  le  moment  sera  venu,  on  es- 
saiera en  vain  de  reculer. 

Je  vais  à  Hébron  me  présenter  au  père  Adam  et  son  épouse 
Eve,  qui  ont  établi  là  leur  domicile,  leur  dire  de  se  tenir  tou- 
jours prêts,  qu'elle  est  incertaine  l'heure  où  doit  se  terminer 
toute  existence.  Je  crois  qu'en  m'entendant  leur  adresser  la 
parole,  malgré  leur  pauvreté,  ils  seront  saisis  d'eôroi,  parce 
qu'ils  ne  me  connaissent  pas  encore.  Cette  fois  est  la  première 
à  moi  d'aller  en  ce  lieu  leur  rendre  visite. 


Dieu  le  Père. 

Ce  monde  en  entier  sera  désormais  ton  domaine  ;  je  te 
donne  pouvoir  sur  tout  ce  qu'il  renferme.  Tu  diras  à  Adam 
et  à  Eve,  son  épouse,  que  je  pense  à  eux,  bien  qu'ils  ne  me 
voient  pas. 


Scène  II. 


Adam  et  Eve. 


La  Mort  entre  et  va  les  trouver. 


Seigneur,  vous  êtes  tout  à  fait  matinal...  Je  viens  auprès 
de  vous  de  la  part  de  notre  Père  céleste.  C'est  moi  qui  suis  la 


1 .  Personne  n'obtiendra  miséricorde. 

2.  L'heure  est  inconnue  de  la  mort  do  chacun. 

3.  Salut  à  vous,  Seigneur. 


426  L'abbé  Eug.  Bernard. 

1545   Me  eo,  certen,  ar  Maro,  rac-se  ma  intentet  : 
Dre  urs  Doue  an  Tat  es  oun  deut  d'ho  cafet^ 
Rac-se  me  eo  ar  Maro,  ne  pardonin  da  den. 
Dre  ma  dorn,  ma  sut  quer,  c'houi  a  renquo  mervel^. 

Adam  a  coms. 

Ah  loen  epouant,  te  so  gardis  meurbet! 
1550  Ma  halon  gant  ar  spont  a  so  epouantet. 

Me  ne  soufren  aman,  allas  !  nemert  poanio  ^  : 
Te  deu  hoas  aman  da  troublin  hon  sperejo. 
Birviquen,  m'ho  assur,  ne  ran  joa  er  bet-man, 
Pa'n  d-e  te,  efroiabl,  a  rei  d'in  finissanJ. 

Ar  Maro  a  coms. 

1555   Me  eo  ar  Maro  tamporel,  me  lar  gant  guirione, 
A  deui  da  separin  da  corf  ha  da  ine. 
Ha  da  priet  Eva  a  renquo  ive  mervel'', 
Pa  arrio  an  heur,  na  vo  quet  da  apel. 

Eva  a  coms. 

Lavar  d'in,  tra  digar,  petra  halles  bean, 
1560  Na  petra  a  ra  d'it  donet  bete  aman  ? 

Pa  glevan  da  comso,  e  crenomp  gant  estons. 
Laquet  ac'h  eus  flecho  da  antren  em  calon. 
O  Doue,  ma  Crouer  !  He-man  eo  ar  quelo  d'imp-nin  >, 
E  ve  gant  al  loen-man  e  renquomp  finissian  ? 


I  .   Evit  discleria  d'ac'h  e  vo  fin  d'ho  bue, 
Palamour  dho  pec'het,  an  eil  hac  eguile. 

2.  A  renquo  tremen. 

3 .  Tra  efroiabl. 

4.  Pa  clevan  da  cotnso,  brenian  em  eus  eston, 
O  laret  e  teus  flecho  a  treusio  ma  calon. 

5 Ha  c'hui  a  permette 

Ze  vo  gant  al  loen-man  e  quelfomp  hon  bue  ! 


^.   Le  mot  tourmant  avait  d'abord  été  dicté,    puis  il  a  été  effacé  par  le 
scribe  et  remplacé  par  poanio  qui  rime  avec  sperejo. 


La  Création  du  monde.  427 

Mort,  n'en  doutez  pas.  Ecoutez-moi  Jonc.  C'est  sur  l'ordre  de 
Dieu  le  Père  que  je  me  présente  à  vous  :  t'est  moi  qui  suis  la 
Mort,  et  je  ne  ferai  grâce  à  personne  :  c'est  de  ma  main,  mes 
pauvres  gens,  qu'il  vous  faudra  mourir. 

Adam. 

Ah  !  bête  effrayante,  tu  es  ce  qu'il  y  a  de  plus  cruel.  Mon 
cœur  est  saisi  d'etfroi.  Je  ne  souffre,  hélas!  ici,  que  peines 
de  toute  sorte,  et  tu  viens  encore  jeter  le  trouble  dans  mon 
esprit.  Jamais,  assurément,  il  n'y  aura  de  joie  pour  moi  en  ce 
monde,  puisque  c'est  toi,  monstre  affreux,  qui  mettra  fin  à 
mon  existence. 

La  Mort. 

Je  suis  la  Mort  temporelle,  je  le  dis  en  vérité,  je  viens  sé- 
parer le  corps  de  l'âme.  Eve,  ton  épouse,  est  aussi  condamnée 
à  mourir:  lorsque  sonnera  l'heure,  il  n'y  aura  pas  à  en  ap- 
peler. 

Eve. 

Dis-moi,  chose  sans  entrailles,  ce  que  tu  peux  bien  être? 
Qu'est-ce  qui  t'amène  jusque  dans  ces  lieux?  A  t'entcndre 
parler,  nous  tremblons  et  nous  sommes  stupéfaits.  Tu  as  fait 
entrer  tes  traits  dans  mon  cœur.  O  Dieu,  mon  Créateur  ! 
voici  pour  nous  une  nouvelle,  qu'il  nous  faudra  mourir  de  la 
main  de  cette  bête  féroce  ! 


1 .  Pour  vous  déclarer  que  votre  vie  prendra  fin,  à  cause  de  votre  péché, 
aussi  bien  pour  l'un  que  pour  l'autre. 

2.  Faudra  trépasser. 

3 .  Chose  effroyable. 

4.  A  t'entendre  parler,  maintenant  je  demeure  stupéfaite,  lorsque  tu  dis 
avoir  des  traits  qui  transperceront  mon  cœur. 

5 Est-ce  que  vous  permettriez  que  ce  soit  cette  bête  féroce  qui 

nous  fit  perdre  la  vie? 


''.  Dans  ce  vers,  après  a  renqiio,  le  mot  couls  a  été  effacé  et  remplacé  par 
ive. 


428  L'abbé  Eug.  Bernard. 

1565       Penos  houi  e  ar  Maro,  epouantus  meurbet  ? 
Faian  ra  ma  calon,  pa  deuan  d'hen  clevet^ 

Ar  Maro  a  coms. 

la,  me  eo  ar  Maro!  Caer  ac'h  eus  estlamin^. 
Pa  vo  arri  an  heur,  timat  en  eum  guefin. 
Me  as  lamo  a  poan,  ma  po  pasiantet  ; 

1570  N'as  po  nemert  tourmant  queit  a  ma  vi  er  bet. 
Panavert  da  pehet,  as  poa  groet  er  jardin, 
O  terrin  gourhemen  Doue,  an  Tat  divin, 
Na  vijes  quet  breman  o  soufrin  ar  poanio, 
Hac  e  voas  immortel,  exant  eus  ar  Maro. 

1575       Rac-se  me  a  lar  d'ac'h  a  beurs  ar  gouir  Doue, 

E  vo  ho  condition  labourât  nos  ha  de, 

Ha  pell  vevoet  hoas.  Me  a  ia  d'ho  lesel, 

An  heur  so  incerten,  me  n'en  d-  ann  quet  a-bell. 

En  eum  rejouisset,  me  ia  divoar  ho  tro, 

1580  Rac-se  sonjet  erfat  eo  me  e  ar  Maro. 

Ar  Maro  a  ia  quit. 
Adam  a  coms. 

En  eum  rejouissan...  Allas!  ne  quet! 
Me  a  so  er  plas-man,  nos  ha  de,  o  poaniet^ 
Maleur  voe  d'it  an  heur  ma  voas  crouet,  Eva  ! 
Allas  !  te  a  so  caus  ma  s-omp  en  extrenvoa. 

1585  Te  debras  an  aval,  hac  hep  goulen  ous-in, 
Neuse  te  am  laquas  couls  ha  te  da  dibrin  : 
Ha  me  dre  ho  caret,  chetu  me  en  miser, 
Er  plas-man,  nos  ha  de,  hac  ive  en  danjer. 
Hoas  vo  ret  d'imp  niervel,  pa  sonjomp  nebeutan, 

1590  Hep  cafet  nep  remet,  renonsin  d'ar  bet-man. 


I .   Euzin  a  ra  ma  calon  p'an  deuan  d'he  sellet. 

2 Nos  ha  de  en  penet. 

Maleur  voe  d'in  an  heur  ma  voen  crouet,  Eva. 


».   Ce  vers  se  termine  par  les  deu.x  mots  estlamin  et  âcdamin,   écrits  l'un 
au-dessus  de  l'autre  par  une  main  différente. 


La  Création  du  monde.  429 

Comment  !  c'est  toi  la  Mort,  tout  ce  qu'il  y  a  de  plus  épou- 
vantable !  Mon  cœur  défaillit  rien  qu'à  l'entendre. 

La  Mort. 

Oui,  c'est  moi  la  Mort.  Tu  as  beau  t' exclamer.  Lorsque 
l'heure  sera  venue,  vite  je  me  trouverai  là.  Je  te  tirerai  de 
peine  si  tu  sais  prendre  patience.  Tu  n'auras  que  tourment  tant 
que  tu  seras  au  monde.  Sans  ton  péché,  par  toi  commis  au 
jardin,  en  transgressant  le  commandement  de  Dieu  le  Père 
tout-puissant,  tu  ne  serais  pas  maintenant  condamnée  à  souf- 
frir :  tu  étais  immortelle,  à  l'abri  de  la  Mort. 

Je  vous  déclare  donc  de  la  part  du  vrai  Dieu,  votre  condi- 
tion sera  de  travailler  nuit  et  jour,  et  vous  vivrez  encore 
longtemps.  Je  vais  vous  laisser  :  l'heure  est  incertaine,  je  ne 
m'éloignerai  pas  beaucoup.  Réjouissez-vous,  je  quitte  vos  pa- 
rages, mais  rappelez-vous  bien  que  c'est  moi  qui  suis  la  Mort. 


Adam. 

Me  réjouir...  Hélas!  je  n'en  puis  mais!  Je  suis  ici  jour  et 
nuit  dans  la  peine.  Malheur  à  toi,  Eve,  pour  l'heure  où  tu  as 
été  créée!  Hélas!  tu  es  cause  si  nous  sommes  en  exil.  Tu  as 
mangé  la  pomme,  sans  me  le  demander,  et  tu  m'as  amené  à 
en  manger  comme  toi.  Et  moi,  pour  t' avoir  aimée,  me  voici 
nuit  et  jour,  ici,  dans  la  misère  et  aussi  en  péril,  car,  de  plus, 
il  nous  f:iudra  mourir  quand  nous  y  penserons  le  moins,  et, 
sans  pouvoir  y  échapper,  il  faudra  abandonner  ce  monde. 


1 .  Mon  cœur  est  saisi  d'horreur  lorsque  je  la  regarde. 

2.  Nuit  et  jour  en  souffrance.   Ce  fut  un  malheur  pour  moi,  Eve,  que 
l'heure  où  je  fus  créé. 


430  L'abbé  Eug.  Bernard. 

Eva  a  coras. 

Guir  eo,  sur,  ma  friet,  dre  ma  frajilite 

E  coiis  en  pehet,  ha  c'hui  quercouls  ha  me^ 

Allas  !  me  so  breman  voar  ar  bet  o  soufrin  ! 

Dre  ma  vanquis  quentan,  houi  a  ra  ar  blam  d'in. 

1595   Adam,  ma  faradur,  m'ho  pet,  n'am  blamet  quet, 
Me  eo,  sur,  an  hinin  a  gle  bout  punisset. 
Me  a  debras  an  aval  hep  ho  consantamant, 
Maleur  bras  e  voe  d'imp,  dre  ali  ar  serpant. 
Ah!  ma  friet  Adam,  me  ho  pet,  ma  fardonet, 

1600  Me  am  eus  groet  ar  faut,  allas  !  me  so  quiriec!  ^ 

Adam  a  coms. 

O  ma  friet  Eva,  heuliomp  argourhemen. 
Me  ia  breman  ractal  a  da  rivier  Jourdren, 
Er  spas  a  tregont  de  e  chommin  d'am  avis. 
C'houi  renquo  mont  ive  da  rivier  an  Tigris  : 

1605   Un  toul  so  er  rohel,  a  vo  ho  teumeurans. 
Hon  suplis  a  so  bras,  palamour  d'an  ofans. 
Rac-se  ho  suplian,  a  beurs  Roue  an  Envo, 
Teulet  evoes  ous  Satan,  rac  mar  guel,  ho  tromplo, 
Na  ces  na  de,  na  nos,  bep  heur  ha  bep  momet, 

16 10  O  clasq  coU  hon  ine,  siouas!  gant  ar  pehet. 

Eva  a  coms. 

Demeus  a  beurs  Doue,  me  bromet  d'ac'h,  Adam, 
Birviquen  en  nep  guis  ne  goein  mui  en  blam, 
Hac  e  clefen  mervel  dre  ar  suplis  violant, 
Me  resisto  bepret  ous  drouc  an  aëraouant>. 
1615   Rac-se,  me  ho  supli,  dre  lesen  an  natur, 
Nin  gle  en  em  garet  evel  daou  paradur. 
N'en  deus  den  nemerd-omp  crouet  voar  an  douar; 
Ma  oun  bet  miserabl  dre  sujet  an  aval  4, 

I Ha  c'hui  a  pec'has  ive. 

2  .   Allas  !  n'em  blamet  quet. 

3  .   Me  evoesseo  bepret. 

4.  Ma  z-omp  en  miser  bras  dre  sujet  un  aval. 


La  Création  du  monde.  4^  1 


Eve. 


Oui,  certainement,  c'est  vrai,  mon  époux,  par  ma  faiblesse, 
je  suis  tombée  dans  le  péché,  et  vous  aussi  bien  que  moi. 
Hélas  !  je  suis  maintenant  sur  la  terre  pour  souffrir  !  Parce  que 
j'ai  failli  la  première,  vous  m'en  faites  un  reproche  :  Adam, 
mon  époux,  je  vous  en  prie,  ne  m'accusez  pas.  Je  suis,  certes, 
celle  qui  mérite  d'être  punie  :  j'ai  mangé  la  pomme  sans  votre 
permission,  et  ce  fut  un  grand  malheur  pour  nous,  à  l'insti- 
gation du  serpent.  Ah!  Adam,  mon  époux,  je  vous  en  prie, 
pardonnez-moi;  j'ai  commis  la  faute,  hélas!  c'est  moi  qui  suis 
coupable. 

Adam. 

Oh  !  Eve,  mon  épouse,  obéissons  au  commandement.  Je 
m'en  vais  à  l'instant,  sur  les  bords  du  Jourdain,  et  j'y  res- 
terai, à  mon  avis,  l'espace  de  trente  jours.  Vous,  vous  irez  sur 
les  rives  du  Tigre  :  une  caverne  dans  un  rocher  y  sera  votre 
demeure.  Notre  châtiment  est  grand  à  cause  de  notre  offense. 
Je  vous  supplie  donc,  de  la  part  du  Roi  des  Cieux,  prenez  bien 
garde  à  Satan,  car,  s'il  peut,  il  vous  trompera;  il  ne  cesse  ni 
jour,  ni  nuit,  à  toute  heure,  à  tout  moment,  de  chercher  à 
perdre  notre  âme,  hélas  !  par  le  péché. 


Eve. 

Au  nom  de  Dieu,  Adam,  je  vous  promets  de  ne  jamais,  en 
aucune  façon,  retomber  en  faute.  Quand  je  devrais  mourir 
dans  les  plus  violents  supplices,  je  résisterai  toujours  aux  at- 
taques de  l'Esprit  mauvais.  Je  vous  en  supplie  donc,  par  la  loi 
de  la  nature,  nous  devons  nous  aimer  comme  deux  époux. 
Il  n'y  a  personne  autre  que  nous,  créée  sur  la  terre  :  si  j'ai 
été  misérable  en  mangeant  la  pomme,  je  suis  devenue  par  ma 


1 .  Et  vous,  vous  avez  aussi  pcchô. 

2.  Hélas  !  ne  m'en  blâmez  pas. 

3 .  Je  me  tiendrai  toujours  en  garde  contre. 

4.  Nous  sommes  eu  grande  misère  à  cause  d'une  pomme. 


4î2  L'abbé  Eug.  Bernard. 

r 

Me  so  bet  ar  soursen  dre  ma  frajilite, 
1620  Am  eus  meritet  poan,  siouas  !  d'hon  bugale, 
A  deui  dre  hon  natur,  da  vevan  voar  ar  bet, 
Ha,  siouas  !  dre  ma  voint  concevet  er  pehet. 

Adam  a  coms. 

Guir  eo,  certen,  Eva;  mes  pa'n  d-eo  promettet 

Ar  pardon  evid-omp,  ar  joaio  an  Drindet^, 
1625   Dre  he  visericord  ha  dre  he  drugare, 

E  teui  d'hon  pardonin  quercouls  hon  bugale. 
Allas  !  dispartian,  ar  voes-man,  a  so  ret, 

An  amser  a  dinij  a  voa  d'imp  distinet. 

Adieu,  ma  guir  briet,  Doue  d'ho  conduo, 
1630  En  traonen  a  Hebron  arre  nin  n'eum  voelo. 

Eva  a  coms. 

Adieu  d'ec'h,  ma  friet,  pa'n  d-e  an  disparti, 
Houi  a  ia  da  Jourdren,  ha  me  d'an  dour  Tigri. 

Adam  a  sorti. 
Eva  a  ia  d'ar  rohel,  hac  a  coms. 

He-man  an  disparti  !  Adieu  d'am  holl  joaio! 
Pa  sonjin  nebeutan,  ar  Maro  a  arrio; 

1635  Dre  lescn  an  natur  a  ra  d'in  da  gredin, 

Balamour  d'am  pehet,  eur  veach  e  varvin  : 
Ha  pa  consideran  quercouls  em  bugale, 
QjLiement  a  deui  er  bet,  a  varvo  couls  ha  me, 
A  vo  contribuant  dimeus  ho  mam  Eva, 

1640  Pehinin  dre  he  faut,  a  rai  d'he  extrenvoa. 

Ha  chetu  ar  rivier,  me  gleo  moes  an  dour. 
Me  ho  pet,  ma  Crouer,  deut  breman  d'am  sicour, 
Ha  da  rein  d'in  an  ners  da  dont  da  repoussin 
Quement  tentation  en  em.  presanto  d'in. 

1645   Ebars  er  plas-man  e  vo  ma  deumeurans, 

Er  spas  a  dregont  de,  daouest  d'am  holl  ofans. 

I .   En  quefren  an  Drindet, 


La  Création  du  monde.  43  ^ 

faiblesse,  la  source  des  peines  réservées  aux  enfants  qui,  de 
nous,  sur  la  terre,  naîtront  à  la  vie,  par  cela  même,  hélas  !  qu'ils 
seront  conçus  dans  le  péché. 


Adam. 

C'est  parfaitement  vrai,  Eve.  Mais  puisque  le  pardon  nous 
est  promis  avec  les  joies  de  la  sainte  Trinité,  Dieu,  par  sa 
miséricorde  et  par  sa  bonté,  nous  fera  grâce,  à  nous  aussi  bien 
qu'à  nos  enfants. 

Hélas  !  il  fiut  cette  fois  nous  séparer,  le  temps  s'envole  qui 
nous  était  accordé.  Adieu,  ma  chère  épouse,  que  Dieu  vous 
conduise!  Dans  la  vallée  d'Hébron  nous  nous  retrouverons 
de  nouveau. 

Eve. 

Adieu,  mon  époux,  puisque  c'est  l'heure  de  la  séparation. 
Vous  allez,  vous,  du  côté  du  Jourdain;  je  vais,  moi,  sur  les 
bords  du  Tigre. 

Adam  sort. 

Eve  se  dirige  vers  le  rocher. 

Oui,  voici  la  séparation!  Adieu  à  toutes  mes  joies  !  Quand 
j'y  penserai  le  moins,  la  mort  viendra  :  c'est  la  loi  naturelle, 
et  elle  me  laisse  à  croire  qu'à  cause  de  mon  péché,  une  fois 
il  me  faudra  mourir.  Et  quand  je  songe  à  mes  enfants,  à  tous 
ceux  qui  naîtront  au  monde,  ils  mourront  comme  moi  et 
ils  partageront  le  sort  de  leur  mère  Eve  qui,  par  sa  faute,  en 
a  fait  des  exilés. 

Voici  la  rivière,  j'entends  le  bruit  de  l'eau.  Je  vous  en  prie, 
mon  Créateur,  venez  à  mon  secours,  pour  me  donner  la 
force  de  repousser  toutes  les  tentations  qui  viendront  m'as- 
saillir.  Dans  ce  lieu  sera  ma  demeure  l'espace  de  trente  jours, 
à  cause  de  ma  faute. 


1  .    Dans  la  compagnie  de  la  Trinité. 

Revue  Celtique,  X.  29 


454  L'abbé  Eug.  Bernard. 

Roue  ar  firmamant,  breman  ec'h  oun  er  bet, 
Ebars  en  ,paourente,  balamour  d'am  pehet, 
Reit  d'in  ar  sclerijen,  rac  me  sant  ma  speret, 
1650  Quercouls  ha  ma  ine,  siouas!  a  so  troublet. 
Adieu  a  lavaran  da  bep  contantamant, 
Birviquen  n'am  bo  mui  er  bet  nemert  tourmant. 

Satan  a  coms,  hac  ia  d'he  haet. 

Eva,  mam  evurus,  arri  eo  an  amser. 

Me  a  so  un  El  guen  a  beurs  an  Eternel, 
1655   So  deut  da  laret  d'it,  ma  queres  ma  credi, 

Achu  eo  an  amser  da  chom  en  dour  Tigri. 

Doue,  an  Eternel,  en  deveus  proinettet 

E  eo  bete  vreman  pardoner  ho  pehet. 

Rac-se  sorti  hardi,  ha  que  bete  Jourdren 
1660  Da  cafet  da  priet  ;  housin  ne  ra  quen. 

Eva  3  coms. 

E  leal,  ma  mignon,  ahann  ne  flachin  quet  : 
Gant  Doue  éternel  eo  d'in  comandet, 
Hac  avertisset  mat  gant  ma  friet  Adam, 
Ma  teujen  da  quitat,  em  bije  cals  a  blam. 
1665   Rac  guesall  er  jardin,  e  sentis  re  vuan, 

Pa  voen  eno  tromplet  ha  tentet  gant  Satané 

Quen  a  voint  achu,  james  ne  sortian  : 

Neuse  me  a  ielo  da  cafet  ma  friet, 

So  er  rivier  Jourdren,  couls  ha  me,  eur  pennet^. 

Satan  a  coms. 

léyo  N'ho  peset  dout  a-bet,  me  eo  cannât  Doue3, 
So  deut  expressamant  a  he  beurs  ho  pete. 
Guir  eo  pevar  devoes  a  so  cals  ha  nebeut. 
Mes  ho  faut  bete-henn  a  so  d'ec'h  pardonet. 


1 .  Pevar  de  am  eus  c'hoas  da  chom  er  plas-nian. 

2.  Couls  ha  me,  en  penet. 

3 .  N'ho  peset  drouc  er  bet. 


La  Création  du  monde.  4^5 

Roi  du  firmament,  maintenant  je  suis  au 
monde  en  proie  à  la  misère,  châtiment  de  mon  péché,  donnez- 
moi  la  lumière,  car  je  sens  mon  esprit  et  mon  cœur,  hélas  ! 
remplis  de  trouble.  Je  dis  adieu  à  toute  satisfaction,  jamais  à 
l'avenir  je  n'aurai  plus  que  tourment  sur  la  terre. 


Satan  va  la  trouver. 

Eve,  mère  heureuse,  le  moment  est  arrivé.  Je  suis  un  ange 
du  ciel,  et  je  viens  de  la  part  de  l'Eternel  vous  dire,  si  vous 
voulez  m'en  croire,  que  vous  avez  fini  le  temps  de  votre  sé- 
jour sur  les  bords  du  Tigre.  Dieu  a  promis  que  votre  péché 
était  à  présent  pardonné.  Sortez  donc  hardiment,  et  allez  au 
Jourdain  rejoindre  votre  époux  :  il  ne  fait  plus  que  se  mor- 
fondre. 


Eve. 

En  vérité,  mon  ami,  je  ne  bougerai  pas  d'ici,  cela  m'est 
commandé  par  l'Eternel,  et  j'ai  été  bien  avertie  par  mon  époux 
Adam,  que  si  je  quittais  ces  lieux,  j'en  aurais  beaucoup  de  re- 
proches. Autrefois,  au  jardin,  j'ai  obéi  trop  vite,  lorsque  je 
fus  tentée  et  trompée  par  Satan.  Avant  donc  que  les  jours  ne 
soient  écoulés,  je  ne  sortirai  point:  alors  j'irai  rejoindre  mon 
époux  qui,  comme  moi,  reste  quelque  temps  sur  les  bords  du 
Jourdain. 


Satan . 

N'ayez  aucune  inquiétude,  je  suis  le  messager  de  Dieu,  et 
je  viens  expressément  vers  vous  de  sa  part.  Quatre  jours,  il 
est  vrai,  sont  peu  et  beaucoup.  Mais  votre  fimte  vous  est  à 
présent  pardonnée. 


1 .  J'ai  encore  quatre  jours  à  passer  en  ces  lieux. 

2.  Aussi  bien  que  moi,  dans  la  souffrance 

3 .  Vous  n'aure;;  aucun  mal. 


436  L'abbé  Eug.  Bernard. 

Me  so  bet  gant  Adam,  me  lar  d'ec'h  guirione, 
1675   Hac  en  deus  ma  fedet  da  donet  ho  pete, 
Evit  ho  suplian  dimeus  a  voir  galon, 
Da  donet  d'he  cafet,  he  man  et  da  Hebron. 

Eva  a  coms. 

Pa'n  d-oc'h  cannât  Doue,  ha  dimeus  an  Envo, 
So  deut  d'am  honsolin  a  greis  ma  guir  boanio, 
1680  Me  ia  guen-ac'h  ractal.  Gant  reson  eo  sentin, 
Pa'n  d-eo  a  beurs  Adam  e  teut  da  laret  d'in. 
Hen-nes,  sur,  a  garan  evel  ma  guir  briet. 
Me  gret  gant  Doue  na  vesin  quet  blamet. 

Ma  eont  da  cafet  Adam. 

Adam  a  coms. 

Fors  !  Fors  !  Voar  boes  ma  fen  voar  an  diaoul  digar, 
1685  A  so  deut  adarre  evit  tenti  ma  far! 

Eva,  ma  faradur,  perac  out  sortiet, 

Pa  ne  voa  en  antier  an  tregont  de  closet  ? 

Guesall  bars  er  jardin,  malurus,  te  he  sromplas, 

He  laquât  da  dibrin  dimeus  un  aval  glas, 
1690  A  voa  bet  difennet  ous-imp  gant  hor  C'hrouer; 

Quement-se  a  so  caus  er  bet-man,  d'hon  miser. 

Me  deu  d'as  conjurin,  a  beurs  Roue  an  Tron, 

Ma  teui  da  laret  d'in  pe  sort  ambition 

A  teus  a  bep  amser,  er  bet,  en  hon  andret  ? 
1695   Rac  nin  n'omp  quet  caus  d'it  da  vesan  tourmantet, 

Satan  a  coms. 

Me  a  lar  d'it,  certen,  pa  deus  d'am  conjurin^ 
A  beurs  Doue  an  Tat,  a  so  adversour  d'in, 
Me  voa  gant-han  crouet  ar  caeran  d'eus  an  Elle, 
Mateuis  d'en  em  goll  dre  ma  superbite. 
1700  Strinquet  e  voen  da  soufrin  en  profont  an  Ifern, 
Hep  cafet  nep  esperans,  na  soulaj  birviquen. 

1 .   Maleur  d'it,  certen. 


La  Création  du  monde.  437 

J'ai  vu  Adam,  je  vous  le  dis  en  vérité,  il  m'a  prié  de  me 
rendre  auprès  de  vous,  afin  de  vous  prévenir,  en  toute  sécurité, 
de  le  rejoindre,  il  est  déjà  parti  pour  Hébron. 


Eve. 

Puisque  vous  êtes  messager  de  Dieu,  et  que  vous  venez  du 
Ciel,  me  consoler  au  milieu  de  mes  peines,  je  pars  à  l'instant 
avec  vous.  Il  est  raisonnable  d'obéir,  dès  que  vous  me  le  dites 
de  la  part  d'Adam.  Il  est  assurément  celui  que  j'aime  comme 
mon  fidèle  époux.  J'espère  que  Dieu  ne  me  réprimandera  pas. 


Ils  vont  trouver  Adam, 


Adam. 


Malheur  !  malheur  !  Je  le  crie  à  tue-tête  sur  le  démon  im- 
placable, qui  est  encore  venu  tenter  ma  compagne.  Eve,  mon 
épouse,  pourquoi  es-tu  sortie  lorsque  les  trente  jours  n'étaient 
pas  entièrement  écoulés  ! 

Autrefois,  au  jardin,  malheureux  que  tu  es,  tu  l'as  trompée, 
en  lui  faisant  manger  la  pomme  qui  nous  avait  été  défendue 
par  notre  Créateur.  C'est  là  la  cause  de  notre  misère  en  ce 
monde.  Je  viens  te  conjurer  au  nom  du  Roi  des  Cieux,  que 
tu  me  dises  quelle  jalousie  tu  nourris  de  tout  temps,  à  notre 
égard,  sur  la  terre.  Nous  ne  sommes  pas  cause  si  tu  es  dans 
les  tourments. 


Satan. 

Je  vais  te  dire  la  vérité  sans  ambages,  puisque  tu  m'as  con- 
juré au  nom  de  Dieu  le  Père.  Il  est,  lui^  mon  ennemi.  Il 
m'avait  créé  le  plus  beau  des  Anges,  et  je  me  suis  perdu  par 
mon  orgueil.  J'ai  été  précipité  dans  la  souffrance,  au  fond 
des  Enfers,  sans  rencontrer  jamais   ni  espérance,    ni  soula- 


I .  Malheur  A  toi,  certes. 


4^8  L'abbé  Eug.  Bernard. 

Lamet  voe  diguen-in  ma  holl  ijeoni  ^ 
Ha  tolet  en  Ifern,  en  tan  flam,  da  lesqui. 
Ha  te  a  voa  crouet  d'eus  a  lim  an  douar, 

1705  Hac  a  prêtant  monet  da  jouissan  ar  gloar, 
Pehinin  a  posseden  guesall  bars  en  Envo  : 
Ha  me,  dre  ma  malis,  mar  gallan,  e  teuio  ^. 
Quement  a  deui  er  bet  dimeus  da  nation, 
A  veso  birviquen  dindan  ma  domination; 

17 10  «  Et  nati  natorum  et  qui  nascuntur  ah  illis^  ». 
Daouest  d'ho  holl  squiant  ha  d'ho  holl  theoloji, 
A  deuio,  mar  gallan,  d'am  cotter  da  virvin**,  3 
Savant  hac  ignorant,  a  bep  sort  calite, 
Birviquen  en  nep  guis  ne  vanquan  voar  'neshe4, 

17 15   Me  gollo  erstat-se  quement  a  deui  er  bet. 
«  Consolatio  miserormn  est  habere pares "^  ». 

Satanas  a  sorti. 
Adam  a  coms. 

O  Doue  éternel,  a  so  Roue  d'an  Tron, 
Sellet  d'eus  a  true  ous  Adam,  ho  mignon!  '' 
Reit  d'in  hoc'h  assistans,  ma  hillin  en  em  den5 
1720  D'eus  a  tentationo  a  deu  d'eus  an  Ifern! 

Me  so  ur  c'hrouadur  hoc'h  eus  lequet  er  bet*^. 


1.  Ma  holl  câërni. 

2.  Ha  me  dre  valis,  a  iel  d'an  tourmancho. 

3.  E  deui,  mar  gallan,  d'am  gottier  da  lisquin. 
E  se  omnia  trassibunt,  nos  abimus  ibi, 

Et  illi  ibunt  ignove  ignovi,  conditione  porri.  (sic) 

4.  Pa'n  d-  on  bet  ma-unan,  collet  gant  ar  pec'het. 
5 en  em  difen 

Ous  an  tentation  a  deu  d'eus  an  Ifern. 
6.   Me  so  ho  crouadur  a  so  lequet  er  bet. 


a.  Ce  vers  a  été  rétabli  dans  sa  forme  correcte  par  une  main  différente  de 
celle  du  scribe.  Celui-ci  l'avait  transcrit  de  façon  à  laisser  voir  que  tous 
deux,  lui  et  la  personne  qui  dictait,  ignoraient  absolument  la  langue  latine. 
Le  voici  tel  qu'il  se  trouve,  du  reste,  dans  les  deux  manuscrits  : 

Et  nati  nator  um  et  equi  nos  cuntur  a  billy. 

C'est  là  une  preuve  manifeste  du  soin  apporté  par  le  scribe  à  fixer  sur  sa 
copie  le  son  qui  frappait  ses  oreilles. 


La  Création  du  monde.  4^9 

gement.  Toute  mon  excellence  me  fut  enlevée,  et  je  me  vis 
jeté  dans  l'Enfer,  pour  brûler  au  milieu  des  flammes  ardentes. 
Toi,  tu  as  été  créé  du  limon  de  la  terre,  et  tu  prétends  aller 
jouir  de  la  gloire  que  je  possédais  autrefois  dans  les  Cieux. 
Mais  moi,  par  ma  malice,  si  je  le  puis,  je  me  jetterai  à  l'en- 
contre.  Quiconque  surgira  au  monde  de  ta  race,  sera  à  jamais 
sous  ma  domination;  «  et  les  enfants  des  enfants,  et  ceux  qui 
naîtront  d'eux,  »  en  dépit  de  toute  leur  science  et  de  toute 
leur  théologie,  viendront,  si  je  le  puis,  bouillir  dans  ma  chau- 
dière :  savants  et  ignorants,  gens  de  toute  condition,  jamais 
en  quelque  manière  je  ne  les  manquerai,  et  dans  cet  état  de 
choses  je  causerai  la  perte  de  tous  ceux  qui  naîtront  à  la  vie. 
«  C'est  la  consolation  des  malheureux  d'avoir  des  sem- 
«  blables.  » 


Satan  sort. 
Adam. 

O  Dieu  éternel,  qui  êtes  le  Roi  des  Cieux,  jetez  sur  moi  un 
regard  de  pitié  et  de  compassion,  donnez-moi  votre  secours, 
que  je  puisse  triompher  des  tentations  de  l'Enfer.  Je  suis  une 
créature  que  vous  avez  mise  au  monde,  et  qui  serait,  si  je 


1 .  Toute  ma  beauté. 

2.  Et  moi  pour  ma  malice,  je  serai  plongé  dans  les  tourments. 

5 .  Tous  viendront,  si  je  puis,  brûler  dans  ma  chaudière.  Voilà  que 
toutes  choses  passeront,  nous  nous  en  irons  là,  et  les  autres  y  viendront 
aussi,  lâchement  les  lâches,  tous  dans  une  condition  pareille. 

4.  Puisque  j'ai  moi-même  été  perdu  par  le  péché. 

5 .  Que  je  puisse  me  détendre  contre  les  tentations  qui  viendront  de 
l'Enfer. 

6.  Je  suis  votre  créature,  et  je  suis  placé  dans  le  monde. 


'',   Le  mot  cotter  est  écrit  au-dessus  gâter  par  une  main  diflférente. 

•:.  Ce  vers  latin  a  été  bien  reproduit  par  le  scribe,  si  ce  n'est  qu'au  lieu 
de  pares  il  a  icrixpuret,  rimant  avec  ar  bet,  comme  ci-dessus,  au  vers  1715, 
a  billi  pour  rimer  avec  theoloji. 

J.  A  la  marge  du  manuscrit,  ce  vers  a  été  refait  en  ces  termes,  et  l'écri- 
ture n'est  pas  la  même  . 

Selld  deus  a  drue  ac  a  compassion, 


440  L'abbé  Eug.  Bernard. 

Hac  a  voa,  ma  carjen,  exant  eus  a  pehet. 

N'en  d-e  quet  en  em  glem  a  ran  d'eus  ma  soufrans, 

Nemert  ma  reet  d'in  bepret  hoc'h  assistans  : 

1725   Mes  n'am  condaonet  quet  evit  un  tam  aval, 
Da  vonet  d'an  Ifern,  me  ha  cals  ar  re  ail 
A  deui  hoas  ma  goude,  en  danjerio  er  bet, 
Hac  a  vo  couls  ha  me,  gant  Satan  tourmantet. 
Mes,  ma  Doue,  ma  C'hrouer,  ma  ne  deut  d'am  clevet 

1730  Dre  ho  compassion,  disesperin  so  ret. 

Me  a  so,  siouas  d'in!  breman  voar  an  douar^. 
Gant  pep  sort  tourmancho  ma  halon  englachar; 
Hogon  phjet  guen-ec'h  ma  sellet  a  drue, 
Ha  dre  hoc'h  assistans  me  resisto  ont-he. 

Doue  an  Tat  a  coms. 

1735  Adam,  ma  mignon  quer,  n'as  abandoni  quet. 
Mes  soufrin  a  renques  entre  ma  vi  er  bet. 
Te  dalho  tiegues  gant  da  priet  Eva, 
Bete  fin  da  vue  te  as  po  extrenvoa^. 

Cleo,  ma  mignon  Adam;  quent  evit  ma  varvi, 

1740  Unan  as  bugale  d'ar  plas-hont  a  quessi, 
D'ar  Barados  terestr,  hac  e  quefi  remet; 
Goude  da  trubuillo  eur  voes  e  vi  salvoet. 
Taer  grien  as  peso  dimeus  a  un  aval  3, 
Ma  savo  taer  goeen  diferant  d'ar  re  ail, 

1745  Père  a  so  hanveet  palm,  cedrus  ha  cipres, 

Da  composin  eur  groas  da  pean  da  holl  gles, 
Pehinin  vo  savet  voar  lein  mené  Calvar, 
Da  laquât  map  Doue.  Neuse  e  teui  d'ar  gloar. 
Quement  den  evurus  a  heulio  ma  lesen, 

1750  A  veso  an  de-se  tennet  eus  an  Ifern. 
Hen-nes  a  dioro  persier  ar  Barados, 
Ha  dre  he  Bassion  a  rai  d'ac'h  guir  repos4. 


1 .  Ma  na  reit  sicour  d'in,  breman  voar  an  douar. 

2 .  Effi  en  extrenvoa. 

3 .  Taer  schusen. 

4.  A  roi  d'ac'h  ar  repos. 


La  Création  du  monde.  441 

l'avais  voulu,  exempte  de  péché.  Je  ne  me  plains  pas  de  ma 
souffrance,  pourvu  que  vous  m'accordiez  toujours  votre  appui. 
Pour  un  morceau  de  pomme,  ne  me  condamnez  pas  à  aller  en 
Enfer,  moi  et  beaucoup  d'autres  qui  seront  après  moi,  exposés 
aux  dangers  du  monde,  et  qui,  comme  moi,  seront  tour- 
mentés par  Satan.  Mais,  ô  mon  Dieu,  mon  Créateur,  si  vous 
ne  m'exaucez  pas  dans  votre  clémence,  il  me  faudra  déses- 
pérer. Je  suis,  hélas  !  maintenant  sur  la  terre  livré  à  toute 
sorte  de  peines,  mon  cœur  est  en  proie  à  la  douleur,  ayez  la 
bonté  d'abaisser  sur  moi  un  regard  de  pitié,  et,  avec  votre  as- 
sistance, je  saurai  leur  résister. 


Dieu  le  Père. 

Adam,  mon  cher  ami,  je  ne  t'abandonnerai  pas,  mais  il  te 
faudra  souffrir  tant  que  tu  seras  au  monde.  Tu  tiendras  mé- 
nage avec  ton  épouse  Eve,  et  jusques  à  la  fin  de  ta  vie  tu  seras 
un  exilé  sur  la  terre. 

Ecoute,  Adam,  mon  ami  :  avant  de  mourir,  tu  enverras  un 
de  tes  enfants  à  cette  place,  au  Paradis  terrestre,  et  tu  trou- 
veras le  remède  à  tes  maux;  après  tes  tribulations  tu  seras  enfin 
sauvé.  On  te  portera  trois  pépins  d'une  pomme,  qui  donne- 
ront naissance  à  trois  arbres  différents  des  autres  :  on  les  appel- 
lera palmier,  cèdre  et  cyprès,  ils  serviront  à  faire  une  croix 
pour  payer  toutes  tes  dettes,  une  croix  qui  s'élèvera  sur  le 
sommet  de  la  montagne  du  Calvaire,  une  croix  à  laquelle  sera 
attaché  le  Fils  de  Dieu.  Alors  tu  entreras  dans  la  gloire.  Tous 
les  bienheureux  qui  auront  suivi  ma  loi,  seront,  ce  jour-là, 
tirés  des  Enfers.  C'est  ce  Sauveur  qui  ouvrira  les  portes  du 
Paradis,  et  qui,  par  sa  Passion,  vous  procurera  l'éternel  repos. 


1 .  Si  vous  ne  me  prêtez  secours  maintenant  sur  la  terre. 

2.  Tu  seras  en  exil. 

3 .  Trois  pépins. 

4 .  Vous  donnera  le  repos. 


442  L'abbé  Eug.  Bernard. 


Senne  III. 

Adam  hac  Eva  a  ia  da  Hebron  gant  un  tristidiges  vras. 

Adam  a  coms  neuse. 

Demp  eta,  ma  friet,  dimeus  a  beurs  Doue  : 

Ret  eo  obeissan  bepret  d'he  volante. 
1755   Penos  ec'h  eomp-nin  da  derhel  tiegues  ?  ^ 

N'hon  deus  pot  na  pilic,  siouas!  louer  na  botes, 

Na  nep  sort  binvio  da  labourât  douar. 

Me  n'eum  recomant  d'ac'h  breman,  Roue  ar  gloar, 

Da  rein  d'imp  sclerijen  bepret,  da  veintenin, 
1760  Ma  vo  evit  ho  gloar  bepret  quement  a  rin  ! 
Aman  e  man  ar  plas  e  lec'h  ma  reposin. 

Me  ho  pet,  ma  Crouer,  reit  ho  assistans  d'in. 

He-man  vo  ar  mena]  !  n'hon  deus  na  loch,  na  ti  ! 

Evit  en  nep  amser  ret  veso  o  soufrin  ^ 
1765   Hep  porpant  na  mantel,  na  nep  sort  couvertur. 

Ah!  sellet  a  drue  ous  ho  paour  crouadur! 

Hoas  pa  consideran,  siouas  !  n'hon  deus  netra, 

Nemert  pep  paourente.  Ha!  ma  friet  Eva, 

Maleur  voe  d'imp  biscoas  pa  debjomp  an  aval, 
1770  Sujet  voemp  d'ar  poanio,  nin  ha  cals  ar  re  ail. 

Hep  na  bara  na  quic  e  vo  ret  repuin  : 

An  douar  gant  amser  a  deui  da  broduin, 

Ha  nin  gant  poan  hon  corf  bepret  a  labouro. 
Mes  muian  tra  am  doagn,  pa  n'hon  deus  binvio, 
1775   N'hon  deus  na  taladur,  alar,  souc'h  na  contel. 

Reit  hoc'h  assistans  d'in,  m'hen  goulen,  ma  Crouer  ! 

M'ho  pet,  sellet  ous-in  er  stat  ma  s-oun  rentet, 

Ha  ma  friet  Eva,  allas  !  a  so  quiriec  ! 


1 .  N'hon  eus  na  pot,  na  pilic,  sivoas  !  loer  na  botes: 
Penos  e  hellomp-nin  derc'hel  hon  tieguesî 

2 .  Evit  nep  sort  gual  amser. 


La  Création  du  monde.  445 


Scène  III. 

Adam  et  Eve  s'en  vont  à  Hébron  sous  le  poids  d'une  grande  tristesse. 

Adam. 

Allons  donc,  mon  épouse,  c'est  sur  l'ordre  de  Dieu,  il  faut 
toujours  obéir  à  sa  volonté.  Mais  comment  ferons-nous  pour 
tenir  ménage  ?  Nous  n'avons  ni  pot,  ni  poêle,  hélas  !  ni  bas, 
ni  sabots,  ni  aucun  instrument  pour  travailler  la  terre.  Je  me 
recommande  à  vous,  Roi  de  la  gloire,  donnez-nous  toujours 
la  lumière  pour  nous  diriger,  que  ce  soit  à  votre  gloire  que 
servent  toutes  nos  actions  ! 

Voici  la  place  où  je  me  fixerai;  je  vous  en  prie,  mon  Créa- 
teur, prêtez-moi  votre  assistance. 

En  voilà  un  ménage  !  Nous  n'avons  ni  chaumière,  ni  mai- 
son. En  tout  temps  il  nous  faudra  souffrir  sans  surcot,  sans 
manteau,  sans  aucun  vêtement.  Ah  !  Dieu,  jetez  un  regard  de 
pitié  sur  votre  pauvre  créature  ! 

Et  encore,  lorsque  j'y  £iis  attention,  hélas  !  nous  ne  pos- 
sédons rien,  une  extrême  pauvreté  est  notre  partage.  Ah!  ma 
chère  Eve,  ce  fut  à  jamais  pour  nous  un  malheur  de  manger 
la  pomme!  Nous  avons  été  condamnés  à  la  souffrance,  nous 
et  beaucoup  d'autres.  Sans  pain,  sans  viande,  nous  devons 
nous  nourrir  :  la  terre  avec  le  temps  produira  des  fruits,  et 
nous,  nous  travaillerons  toujours  en  fatiguant  notre  corps. 

Mais  ce  qui  m'inquiète  davantage,  c'est  que  nous  n'avons 
pas  d'outils  :  nous  ne  possédons  ni  erminette,  ni  charrue,  ni 
soc,  ni  couteau.  Donnez-moi  votre  secours,  je  le  demande, 
mon  Créateur!  Je  vous  en  prie,  abaissez  vos  regards  sur  nous 
dans  l'état  où  nous  sommes  réduits,  et  mon  épouse  Eve, 
hélas  !  est  la  coupable. 

1.  Nous  n'avons  ni  pot,  ni  poêle,  hélas!  ni  bas,  ni  sabots,  comment 
pourrons-nous  donc  tenir  notre  ménage  > 

2.  Par  toute  sorte  de  mauvais  temps. 


444  L'abbé  Eug.  Bernard. 


^3.  . 


Bepret  em  eus  recours  da  voir  Roue  ar  bet' 
1780  Ar  Maro  a  arrio,  neuse  vin  diboaniet. 

Mes  ne  houlennan  quet,  ma  Crouer,  ma  Doue  % 
Ne  en  pep  feson  am  eus  diverret  ma  bue. 
Me  a  deui  da  labourât  er  plas-man,  de  ha  nos. 
Goude  fin  ma  bue  reit  d'in  ho  Parados. 

Aman  e  reont  an  ti. 
Hic  faciunt  b. 
Adam  a  coms. 

1785  Ah  !  ma  friet  Eva,  labourât  a  so  ret 

Ebars  en  pep  micher,  evit  gonit  hor  boet. 
Me  a  da  arein  douar,  ha  da  hadan  an  ed, 
Ha  hui  a  oso  d'in  pa  veso  produet. 

Eva  a  coms. 

Adam,  ma  guir  briet,  me  so  prest  da  comans  ^ 
1790  Da  labourât  ive,  herve  ma  fuissans. 

Me  renquo  menajin  herve  ho  polante, 
Evit  acomplissan  gourhemeno  Doue. 

Adam  a  ra  ar  feson  da  labourât,  hac  a  coms. 

Eva,  aseomp  breman  :  poent  eo,  hep  monet  quen, 

Poent  bras,  me  gret,  eo  d'imp  a  dibrin  hor  meren  : 
1795   Per  ha  quistin  ha  craon-gallec, 

Mouar  ha  lus  a  veso  hon  boet, 

Gruio,  lousou  ha  saladen, 

Ret  eo  ho  dibrin,  pa  n'en  deus  quen. 

Ne  voa  quet  ar  sort-man  a  debremp  beachall, 
1800  Er  Barados  terestr,  pa  depjomp  an  aval. 

Pemp  cant  leo  diont-he  Doue  hon  digasas  : 

Ha  d'imp  ha  d'hon  ligne  ec'h  eo  ur  maleur  bras. 

I Ma  Doue,  ma  Crouer, 

Demeus  a  nep  fesson  ma  diverac'h  ma  araser. 
2 Me  so  prest  hep  repantans. 

a .    Les  mots  an  tron  ont  été  effacés  et  remplacés  par  ar  bet,  qui  riment 
avec  diboaniet  du  vers  suivant. 


La  Création  du  monde.  445 

J'aurai  toujours  recours  au  Roi  de  l'univers  :  la  mort  arri- 
verr,  et  alors  je  serai  délivré  de  mes  peines.  Mais  je  ne  de- 
mande pas,  ô  mon  Créateur  !  ô  mon  Dieu  !  qu'en  aucune 
façon  j'arrive  à  raccourcir  ma  vie.  Je  travaillerai  ici,  en  ce 
lieu,  nuit  et  jour,  et  à  la  fin  de  ma  carrière  donnez-moi  votre 
Paradis. 

Ils  construisent  une  maison. 
Adam. 

Ah  !  ma  chère  Eve,  il  faut  travailler  à  tous  les  métiers  afin 
de  gagner  notre  nourriture.  Je  vais  labourer  la  terre  pour 
semer  du  blé,  et  vous,  vous  me  le  préparerez  lorsqu'il  aura 
été  récolté. 

Eve. 

Adam,  mon  cher  époux,  je  suis  prête  à  commencer,  à  tra- 
vailler aussi  selon  mon  pouvoir.  J'aurai  soin  du  ménage  sui- 
vant votre  volonté,  afin  de  mettre  en  pratique  les  comman- 
dements de  Dieu. 

Adam  fait  semblant  de  labourer. 

Eve,  asseyons-nous  maintenant.  Il  est  temps,  avant  de 
continuer,  il  est  grand  temps,  à  mon  avis,  de  manger  notre 
collation.  Des  poires,  des  châtaignes,  des  noix,  des  mûres,  des 
lucets  nous  serviront  de  nourriture.  Des  racines,  des  herbes, 
de  la  salade,  nous  en  mangerons,  puisqu'il  n'y  a  pas  autre 
chose.  Ils  n'étaient  pas  de  cette  espèce,  les  aliments  que  nous 
avions  autrefois  au  Paradis  terrestre,  lorsque  nous  avons  mangé 
la  pomme.  Dieu  nous  a  envoyés  à  cinq  cents  lieues  de  là  : 
pour  nous  et  pour  notre  race  c'est  un  grand  malheur. 


1 .  Je  ne  demande  pas,  mon  Dieu,  mon  Créateur,  qu'en  aucune  façon 
vous  abrégiez  mon  existence. 

2 .  Je  suis  prêle,  sans  aucun  regret. 

^.  Le  mot  domum  doit  compléter  ce  texte  latin:  il  ne  s'est  pas  présemé 
à  la  mémoire  de  celui  qui  dictait. 


446  L'abbé  Eug.  Bernard. 

Eva  a  coms. 

Ah!  ma  friet  Adam,  en-se  na  sonjet  quet: 
Ret  eo  comeret  poan  gant  ur  basiantet. 
1805   Birviquen  en  nep  feson,  n'am  cleo  den  o  tamant: 
Evit  gloar  ma  Crouer  e  soufrin  passiant. 

Adam  a  coms. 

Sujet  omp  da  ^lenvet,  da  bep  afliction, 
Ha  hirvoet  ha  sehet,  tomder  ha  ieneon. 
Cals  dimeus  a  glahar,  allas  !  en  eum  presant  d'in  : 
1810  Sujet  omp  er  bet-man  da  bep  sort  melanconin  ^ 

Eva  a  coms. 

Ha  !  ma  friet  Adam,  na  deut  quet  d'am  repren  : 
Tentet  voen  gant  Satan  en  quichen  ar  voeen 
A  voa  bet  difennet,  dre  ma  voa  immortel  ^  ; 
Enon  e  ofansis  ma  Doue  éternel. 

Adam  a  coms. 

18 15  Ha  pep  sort  dehço  a  demp  da  possedin, 

Ha  breman  pep  miser,  allas!  en  eum  presant  d'in.. 

Eva  a  coms. 

Mesquet  hon  deus  douar.  Deut  breman,  pa  gueret, 
Da  vit  un  nebeut  greun  evit  semin  hon  éd. 

Adam  a  ia  da  vit  greun,  ma  laqua  anhe,  hac  a  coms. 

En  hano  ma  Doue,  me  ia  da  hadan. 
1820  Ha  guinis  ha  segal  a  liquin  er  plas-man, 
Hac  a-vont  pis  ha  fao  a  vo  lequet  ive  : 
Un  nebeut  a  bep  sort  a  lequin  aneshe. 
Ma  ro  Doue  he  gras  d'eshe  da  prosperin, 
Hon  beso  seis  quement  mui  evit  a  lequin.  5. 

I .  Da  bep  sort  vileni. 

2 Ha  dre  ma  voa  mortel. 

3,   Mar  be  bolante  Doue,  e  teuoint  da  produin. 


La  Création  du  monde.  447 

Eve. 

Ah  !  Adam,  mon  époux,  ne  pensez  pas  à  cela.  Il  faut 
prendre  de  la  peine  avec  patience.  Jamais,  en  aucune  façon, 
personne  ne  m'entendra  plaindre;  pour  la  gloire  de  mon 
Créateur,  je  souffrirai  avec  résignation. 

Adam. 

Nous  sommes  condamnés  à  la  maladie,  à  toute  espèce  d'af- 
fliction, à  la  faim,  à  la  soif,  à  la  chaleur,  à  la  froidure.  Beau- 
coup de  douleurs,  hélas!  se  présentent  à  moi,  et  nous  som- 
mes assujettis  en  ce  monde  à  toute  sorte  de  chagrins. 

Eve. 

Ah  !  Adam,  mon  époux,  ne  venez  pas  m'accuser.  J'ai  été 
tentée  par  Satan,  auprès  de  l'arbre  qui  nous  avait  été  défendu 
par  cela  qu'il  était  immortel.  Là,  j'ai  offensé  l'Eternel. 


Adam. 

Nous  avons  perdu  toutes  les  délices  que  nous  possédions, 
et  maintenant  toute  espèce  de  misères,  hélas  !  se  dressent  devant 
moi... 

Eve. 

Nous  avons  remué  la  terre.  Venez  à  présent,  quand  vous 
voudrez,  prendre  un  peu  de  grain  pour  semer  notre  blé. 

Adam  va  chercher  du  grain  et  le  sème. 

En  votre  nom,  mon  Dieu,  je  vais  semer.  Je  mettrai  du  fro- 
ment et  du  seigle  en  cet  endroit,  et  plus  loin  des  pois  et  des 
haricots.  Je  sèmerai  un  peu  de  chaque  espèce,  et  si  Dieu  leur 
fait  la  grâce  de  prospérer,  nous  récolterons  sept  fois  plus  que 
je  n'aurai  semé... 


1 .  A  toute  sorte  de  vilenie. 

2.  Et  parce  qu'il  devait  causer  la  mort. 

5.   Si  c'est  la  volonté  de  Dieu,  ce  blé  produira  bonne  moisson, 


448  L'abbé  Eug.  Bernard. 

Adam  a  continu  a. 

1825   Chetu  hadet  an  éd.  Ret  veso  d'imp  breman, 
A  voellan  ma  hellomp,  donet  d'he  compesan, 
Ha  flourin  an  douar,  hac  he  dibolotin^, 
Ma  teuio  guell-a-se  da  dont  da  prosperin^. 

Ma  labouront  ho  daou  assambles. 

Adam  voar  he  saouhn  a  coms. 

Ma  Doue,  ma  Crouer,  c'houi  so  Roue  d'an  Tron, 
1830  Me  les  breman  ma  ed  en  ho  protection; 
Distolet  voar-n-ehan  ho  cras  da  brodui, 
Mar  be  ho  polante,  ma  Doue,  me  ho  supH, 

Ma  Doue,  me  ho  car  dimeus  a  voir  galon. 
Gant  guir  humilité  me  a  houlen  pardon. 

Doue  an  Tat  a  coms. 

1835   Ma  guir  mignon  Adam,  clevet  am  eus  da  voes 
Breman  o  reclamin  da  drevadigues  3. 
Ma  bénédiction  a  tolan  voar  da  ed, 
Hac  a  broduo  d'it  quement  ho  po  hadet. 


Senne  IV. 

An  Diaoullo  a  antre. 
Satan  a  coms. 


Harao  !  harao  !  Diaoullo  cre, 
1840  Berit,  Astarot  hac  Asmode, 

1 .  Ha  dilousouin  an  douar. 

2.  Ha  labourât  hon  daou,  ha  goude  ez  eomp  d'an  daoulin, 
Da  pidin  hon  Crouer  hac  hon   Autro  divin. 

5 .    Breman  o  exclamin  voar  da  tristidigues. 

a.  Le  scribe  écrivant  sous  la  dictée,  n'a  pas  songé  à  marquer  ici  un  temps 
d'arrêt,  nécessaire  à  l'acteur  pour  remplir  son  rôle  :  il  a  repris  immédia- 
tement à  la  hgne  :  Chetu  hadet  an  ed.  Nous  avons  cru  devoir,  ici  et  dans  les 
passages  semblables,  couper  le  dialogue,  et  nous  avons  intercalé  les  mots  : 
Adam  a  continu. 


La  Création  du  monde.  449 

Adam  continue. 

Voilà  notre  blé  semé.  Il  nous  fout  maintenant,  du  mieux 
que  nous  pourrons,  aplanir  la  terre,  l'ameublir,  enlever  les 
mottes,  afin  que  la  semence  réussisse  plus  sûrement. 

Ils  travaillent  tous  deux  ensemble. 

Adam  à  genoux. 

Mon  Dieu,  mon  Créateur,  vous  êtes  le  Roi  des  Cieux,  je 
laisse  désormais  mon  blé  sous  votre  protection.  Répandez  sur 
lui  votre  grâce  pour  le  faire  fructifier,  si  telle  est  votre  volonté, 
mon  Dieu,  je  vous  en  supplie. 

Mon  Dieu  !  je  vous  aime  de  tout  mon  cœur,  et  c'est  avec 
une  véritable  humilité  que  je  vous  demande  pardon. 

Dieu  le  Père. 

Mon  bon  ami  Adam,  j'ai  entendu  ta  voix  implorer  à  pré- 
sent ta  subsistance.  Je  donne  mes  bénédictions  à  ton  grain,  il 
te  rapportera  autant  que  tu  as  semé. 


Scène  IV. 

Les  diables  entrent. 
Satan. 
Haro!   Haro!  Diables  puissants,  Berit,  Astarot,  Asmodée, 


1 .  Et  enlever  les  mauvaises  herbes  de  la  terre. 

2.  Travailler  tous  les  deux,  et  ensuite  nous  mettre  ;'i  genoux  pour  prier 
notre  Créateur,  notre  divin  Seigneur. 

3 .  Maintenant  s'exclamer  sur  tes  tristesses. 


Revue  Celtique,  X.  30 


4J0  L'abbé  Eng.  Bernard. 

Belsibut  ha  Lucibel, 
N'en  d-out  quet  mui  ar  caëran  El  ? 
Gouneet  en  deus  Adam  he  ed  : 
Poent  eo  d'imp  son]  al  eur  secret 
1845   Evit  monet  d'he  avordn^, 

Ha  d'hen  ampech  da  prosperin. 

Belsibut  a  coras. 

Ret  eo  d'imp  hadan  drouc-lousou 
Bars  en  he  vesq,  hen  conquero, 
Evit  ma  collo  he  holl  boan, 
1850  Ha  quement  a  rai  er  bet-man. 

Neuse  en  eum  laquai"  da  nehin'',  ^ 
Ha  querquent  en  aie  pehin. 

Berit  a  coms. 

Bet  eo  Adam  voar  he  saoulin, 
O  houlen  ous  Doue  er  fin, 
1855   Da  prosperin  d'ehan  ed  mat: 
Ha  dre-se  eomp  d'evoessat  ^. 

Astarot  a  coms. 

Demp  da  hadan  drouc-lousou 
Partout,  da  conquerin  ar  vro, 
Quent  an  den  a  deuio  da  laquât  3 
1860  En  douar  dimeus  a  ed  mat. 


Ma  sortionî  en  eur  obcr  seblant  da  liadan. 


I .  Neuse  nin  hen  laquai  da  nec"hin, 

Ha  querquent  lie  halle  pechin. 
2     Ha  drese  ez  omp  divesat. 
3.   Q.uent  ma  teui  den  da  laquât. 

a.  Une  autre  main  a  écrit  le  mot givallin  au-dessus  d'avortin. 

b.  Le  scribe  a  effacé  le  mot  pehin  qu'il  avait  d"abord  écrit,  pour  ajouter  à 
la  suite  nekin. 


La  CréMion  du  monde.  45 1 

BcelzebutetLucibel:  tu  n'es  donc  plus  le  plus  beau  des  Anges? 

Adam  a  semé  son  blé.  Il  est  temps  pour  nous  de  songer  au 
moyen  de  le  faire  avorter  et  de  l'empêcher  de  fructifier. 


Beelzebuth. 

Il  nous  faut  semer  de  mauvaises  herbes  au  milieu  du  blé, 
afin  qu'il  soit  étouffé.  Adam  perdra  ainsi  toute  sa  peine  et  tous 
ses  efforts  en  ce  monde.  Alors  il  s'abandonnera  à  la  tristesse 
et  sera  bien  vite  sur  le  chemin  du  péché. 


Berit. 

Adam  s'est  mis  à  genoux  pour  demander  à  Dieu  la  faveur 
d'une  récolte  prospère.  A  nous  donc  d'y  prendre  garde. 


Astarot. 

Allons  semer  de  mauvaises  herbes  partout  pour  couvrir  le 
pays,  avant  que  l'homme  confie  à  la  terre  la  semence  du  bon 


gram. 


Ils  sortent  en  faisant  semblant  de  semer. 


) .    Alors  nous  l'amènerons  à  regretter  sa  peine,  et  aussitôt  il  pourrait 
bien  péclier. 

6.   C'est  pourquoi  nous  sommes  en  retard. 

I .    Avant  que,  personne  ne  vienne  semer  en  tî?rre  du  bon  grain. 


452  L'abbé  Eug.  Bernard. 


Senne  V. 

Adam  hac  Eva  a  antre  da  voelet  ho  ed  en  em  pourmenin. 

Adam  a  coms  neuse. 

O  ma  friet  Eva,  chetu  dare  an  ed  !  ^ 
N'hon  deus  nemert  son] al  penos  he  vo  trohet. 
Pa  n'hon  deus  binvio  evit  dont  d'hen  trohan, 
E  vo  ret  d'imp  breman  donet  d'hen  dibennan  -, 
1865  Pe  d'hen  dichosan  tout.  Clesquomp  an  esetan, 
Ha  neuse  e  hellomp  ober  ar  buhanan. 

Eva  a  coms. 

Demp  eta  da  comans.  Me  rai  guellan  hellin  : 
En  hano  ma  Doue,  demp  da  avanturin. 
Aman  ec'h  eus  lousou  ous  ar  bot  en  eum  gaet, 
1870  Tolet  evoes  e  voint  en  mesq  an  ed  hadet?. 

Ma  labouront. 
Adam  a  coms. 

Chetu  aman  a  ed  mat.  Me  ia  d'hen  disillan, 
Ha  houi  a  renquo,  Eva,  en  eum  laquât  d'he  osan; 
Eur  vessel  d'eus  a  vroen  am  eus  d'ac'h  préparer, 
Pa  vo  mat  an  avel,  evit  guentat  an  ed. 

Ma  tornont  an  ed  gant  eur  gueneuden. 

Eva  ia  da  voentat,  hac  a  comso  neuse. 

1875  Me  ia  en  hano  Doue,  da  comans  he  voentat. 
Aman  eus  eur  plas  brao  voar  coste  ar  min  plat. 

Adam  a  coms. 

Penos?  Ha  possubl  ve,  Eva,  ne  ousoc'h  quet 
Ober  propoc'h  neus  evit  guentat  ho  ed  ! 

1 .  Arsa,  ma  friet  Eva. 

2.  Essat  he  dibennan. 

3 .  Arabet  eo  ec'h  aënt  en  mesq  hon  ed. 


La  Création  du  inonde.  45  j 


Scène  V. 

Adam  et  Eve  entrent  pour  voir  leur  blé  en  se  promenant. 

Adam. 

O  mon  épouse  Eve,  voilà  notre  blé  mûr!  Il  n'y  a  qu'à 
examiner  comment  le  couper  ?  Nous  n'avons  pas  d'outils  pour 
ce  travail.  Il  nous  faudra  détacher  les  épis  ou  bien  déraciner 
les  tiges.  Cherchons  le  meilleur  moyen,  alors  nous  pourrons 
faire  au  plus  vite. 


Eve. 

Commençons  donc.  Je  ferai  de  mon  mieux.  Au  nom  de 

Dieu,  mettons-nous  à  l'œuvre.  Voici  de  mauvaises  herbes  qui 

pendent  aux  tiges  de  blé.  Faites  attention  qu'elles  ne  soient 

semées  parmi  le  bon  grain. 

Ils  travaillent. 
Adam. 

Voici  d'excellent  blé.  Je  vais  l'égrener,  et  vous,  Eve,  vous 
le  nettoierez.  Je  vous  ai  préparé  un  crible  de  jonc  :  quand 
le  vent  sera  favorable,  vous  vannerez  le  blé. 

Ils  battent  le  blé  avec  un  bâton. 

Eve  se  met  à  vanner. 

Je  vais  au  nom  de  Dieu  commencer  à  vanner.  Voici  une 
jolie  place  à  côté  de  cette  pierre  plate. 

Adam. 

Comment  ?  Est-il  possible,  Eve,  que  vous  ne  sachiez  pas 
vous  y  prendre  plus  proprement  pour  vanner  notre  blé  ?, 

1 .  Or  ça,  Eve,  mon  épouse. 

2.  Essayer  d'en  détaclier  les  épis. 

3 .  Il  ne  faut  pas  qu'elles  soient  mêlées  à  notre  blé. 


454  L'dbbé  Eiig.  Bernard. 

Disqucset  ar  creur-se  d'in,  ma  risquin  d'ec'h  un  dra. 
1880  Nehet  bras  oun  guen-ec'h,  pa  ne  ousoc'h  netra. 

Au  avel  a  so  mat  da  voentat. 

Eva  a  coms. 

Deut  aman  d'in,  Adam,  breman  ma  cssaïn 
He  voentat  er  feson  ma  teut  da  disqui  d'in. 
Ha  dastumet  ar  greun,  ma  hellomp  he  clenquan, 
Rac  ne  arrife  glao  da  donct  d'hen  glebian. 

Adam  dastum  an  ed,  Eva  a  voent. 
Neuse  ec'h  eont  en  ho  rout. 

Adam  a  coms. 

885   Demp  gant  an  ed  d'an  ti  :  neuse  a  nebeudo, 

Entre  ma  daou  vin  rous,  pa  guerin,  m'hen  malo. 


FIN   D  Ers  AR  DEVARE  ACT. 


Ld  Création  du  monde.  45  5 

Passez-moi  ce  crible,  que  je  vous  apprenne  la  manière.  Je  suis 
bien  attristé  de  voir  que  vous  ne  savez  rien. 

Le  vent  est  propice  pour  vanne. 


Eve. 


Donnez-moi  le  crible,  Adam,  que  j'essaie  à  présent  de 
vanner  de  la  façon  que  vous  venez  de  m'enseigner.  Et  ramassez 
le  grain,  que  nous  puissions  le  serrer,  de  peur  qu'il  ne  sur- 
vienne de  la  pluie  pour  le  mouiller. 

Adam  ramasse  le  grain. 
Eve  le  vanne,  pais  ils  s'en  vont. 

Adam. 

Portons  le  grain  à  la  maison.  Ensuite,  petit  à  petit,  entre 
mes  deux  pierres  grises,  quand  il  me  plaira,  je  pourrai  le 
moudre. 

FIN  DU  QUATRIÈME   ACTE. 


IRISH  TEXTS 
:N   DUBLIN  AND  LONDON   MANUSCRIPTS 

(additions  TO  THE  PUBLISHED  LISTS  OF  TEXTs). 


I. 

1.  Bruidhen  Atha.  Ms.  H  2,  16,  col.  951  :  Bruigean  Atha 
andso.  Feacht  do  Find.  h.  Baiscni  icïnâ.  Cuirrig  baiseow  cen- 
mnai  frire  cian  —  Robai  dï  ceJ;/ar  nai  for/952/eicill  acheili  onu- 
airsi?z  amach  cen  robadarimbeathaid  .i.  ¥inâ.  yFothad  Conai;/di. 
finit.  {Also  in  Stowe  Ms.  pp2,  see  K.  Meyer,  Rev.  Celt.  VI, 
p.  191,  like  the  tiuo  texts  follozving  upon  itin  Ms.  H  2,  16). 

2.  Bruidhen  bec  na-hAlmaine.  Stowe  Ms.  867  {cf.  f.  192  a  : 
finis  per  me  Dauid  DuiginanMJ-,  4  sept.  1671)  :  /.  248a  Brui- 
ghen  b(e)c  na-hAIm(ai);ze  annso  sios.  Doronnadh  fleadh 
phriomhadhbhal  re  Fionn  ferrdha  flaithemhoil  o  Baoisgne  dfia- 
naibh  gusmara  glanailli  Gaoidhel.  —  /.  251  (ibis  part  oj  the 
Ms.  bas  suffered  much  and  a  part  of  the  text  on  eachf.  is  lost). 

3.  Cath  AiRTiG  :  Cath  Airtig  so  (B.  of  Lecan,ff.  169  b  i- 
170  a  I,  jr6' d'Arbois,  cat.).  // 3,  18,  p.  724  (rt//é;- Bruidhen 
Da  Choca)  :  [Djoronad  comtinol  oc  Ultaib  iertain  ierndith 
Corbm(ai)c  imbruidin  Da  Coc.'e.  Et  dibcrtsat  fou  cumwi-  Con- 
aill  Cernaigh  arige  —  725,  the  end  of  a  poetical  pièce  be^inning  : 
ARdotroi  a  Chuscraid  coemainigh  :  thenjoUoivs  :  Rofodail  Cus- 
cra'ià  aferann  doib  iertain  .i.  dorât  do  Conall  o  tuaith  Inbir 
co  Cobiï  .i.  Cailli  Conaill  —  728:  IS  dincath  sin  ïiherl  Ge- 
nann  m(a)c  Crt/hb(aith).  Cath  Airtich  cuirsim  ar  lo.  7  rl-a. 
Finis;  cf.  B.  of  Lecan  :  Cath  Airtig  so.  Rofodail  thra  Cums- 
craid  Meannd  Mâcha  m(a)c  Ct^ncobor  afherand  diabraithrib. 


Irish  Texts  in  Dublin  and  London  Manuscripts.  457 

.i.  diclaind  Rudraide  7  do  cloin;^  Chonchobar  archeana  annso. 
(/.  169  b  2).  Dorad  do  Chonall  Cearnach  othuaid  Inbir  Colpa 
coCoba  .i.  cailli  Chonaill  Qv'nais;  aai;ïm  iartain  —  IS  andsa- 
cliath  si«  Airtig  dodithaiged  Do/;man;zaid  fodeoid.  Doroised 
Ul(aid)  diatig  iarsi/z  coniorcoscur  leo.  Finit  ;  thèse  words  pre- 
ceed  the  final  luords  quoted  from  Ms.  H  ),  iS  in  that  Ms. 

4.  Cath  Boixni  ■=  Ferchuitred  Medba  :  Cath  Boi«di  andso 
(B.  of  Lecan,  ff.  174  a  2-175  a  i,  j-^g  d'Arbois,  cat.^. 

Stozve  Ms.  (C,  I,  2)  :  Ri  rogabastair  righi  f(or)  Er(inn) 
feacht  naill  .i.  Eocliaidh  Feidhlech  m(a)c  Fin/;  m(i)c  Rogein 
Ruaigh  etc.  —  7  nocharbe  cena  acht  Concuhar  m(a)c  Artuir 
m(i)c  Bruidhc  m(i)c  Dungail  m(i)c  righ  Albain  anall  7  ise  ro- 
toit  and  la  Maine  An«dai  m(a)c  Oill(ill)a  7  Medhbha.  Finit. 
The  beginning  and  the  end  of  Fercuitred  Medba  in  Ms.  Raw- 
linson  B  512  as  given  by  Stokes  in  Trip.  Life  of  Patriék, 
p.  XIV  show  that  Cath  Boinne  and  Fercliuitred  Medba  'are  the 
same  text;  see  also  Rev.  Celt.  VI,  p.  189. 

5.  COMPEKT  COXCHOBHAIR  :    Ms .   H  ^,    22,/.    42   a    (==:  B. 

ofLecan,f.  i8i  b  i). 

6.  CoMPERT  CoxcHULAiXM  :  Ms.  H.  4,  22,  p.  41  :  [B]oi 
Co?zchub(ar)  7  maaithi  Ul(ad)  in  Emain  nothaithightis  en- 
luaith  magh  arEmuin  nagcilltis  ro;2«afacbatois  cid  mec/m  naffr 
naluosa  hital(amli)  —  p.  47  bruigis  bi  acroith  iwallaile  combo 
hoghl(an).  Luid  cossin  f(er)  iar(u)w.  Batorrach  athara(ch) 
allam.  bi;-tm(ac).  gabasi  Cauilleand  cerd  bdsi  aaitti.  marba^is- 

sim  acon  issidc  iar(u)m  ^  co;«boi  iar(u);/t  asbcrt  soni.  Bid- 

misi  ira  do  eu  s(u)d  abobba  couiadc  rosgiuii  sem  iaru//i  Cu- 
cul(ainn).  finit,  amen, 

7.  Leighes  choisi  ceîn,  Eg.  1781,/.  147  a.  Laithe  naen  do- 
cuadar  mair  Briai//  Bhorai///e  mie  Ceinneidid  dotlîogb(ail) 
acisa  7  acanachis  anlârm(u)main  7  ra;/gadar  cotegh  hi  O'ona- 
gai;/  correille  7  — /.  149  b,  2  7  darliumsa  is  m(ai)th  ata  docos 
anois  uair  isdodoleigiii^  tdn(a)csa  7  acsin  leigh/j  choise  chein 
co;;uige  s\n  7  rl-a  7  me  (en  M(a)c.  CGC. 

Stowe  Ms'.  86",  f.  180  scjq.  :  Leighes  choisi  cein  ann  so  sios; 
this  is  a  Ms.  of  iG'ji  containing  also  copies  of  sevcral  olher  texts 

I.  Ms.  AiTUJ  Bâ  gilcixi  occluichiUM? 


4^8  Netllau. 

iiiMs.  Eg.  1781  (thc  story  of  îhc  ahbot  of  Drininagh,  sec  bcîoiv,  a 
kgend  on  David  and  a  poor  nian,  the  siory  of  Bec  Fol  a). 

8.  AiDEDH  Chlainne  Uisnigh.  Stowe  Ms.  867,  f.  186  a. 
Fleadh  mhôrchaoin  mhoradhbhal  do  co/;//;môradh  le  Conqho- 
bar  m(a)c  Fachtna  Fhdth(aigh)  mie  Rosa  Ruaidh  mie  Rugli- 
raidhe  anEmliain  moràluhvi  M(a)clia  ïecbt  naill  lonnus  gorhhà 
subach  somhemnach  nasl(uaigh)  7  goreirg/jt'Jar  aôs  ciiiil.  7 
oirfide  7  el(adli)na  inchoig(idh)  doghab(ail)  andûan  7  andû- 
chann  7  andrccbt  moka.  7  agcraobh  coibhnesa.  7  angéug  ngi- 
nel(aigh).  Et  isiadso  anwanna  nabfiîil(idh)  rolabair  an»  sin  À. 
Cathb(ath)  —  f.  192  a.  Agus  is  an»  si/z  adubhairt  Cathb(ath) 
na  biad  Co;/chubliar  anEmhain  Mhacha  ina  aon  nduine  dhd- 
shiol  on  bfionghaii  sin  amach  go  bruin/ze  an  bhrâtha.  7  go 
foircionu  anbhetha.  7  do  ûoradb  an  sgél  sin  or  raibhe  Eam- 
hain  ag  Conchabhar  na  ag  aon  nduini  dha  lors;  on  aimsir  sin 
aleith  coiiiadh  i  Oidhe  7  Fell  Cl(ai);/«f  hUisn(e)ch  go  nuige 
sin.  finis  per  me  Dauid  Duiginanwi-.  4.  Sept.  1671.  (As  far 
as  thèse  extracts  permit  ta  form  an  opinion  on  this  Ms.  it  seenis 
to  be  a  copy  of  the  O'Flanagan  version  of  this  taie  (the  oldest  known, 
for  Ms.  H  I,  6  bcars  the  date  iJjS). 

In  the  catalogue  of  the  Hodges  and  Smith'Mss.  (R.  Ir.  Ac.)  Ai- 
ded  Clainne  Uisnech  is  nient ioned  in  Ms.  8  (pp.  )68-4)6, 
ij'jo),  ((  scarcely  varying  »  e  according  to  the  author  of  the  cata- 
logue, from  O'Flanagan  s  text. 

9.  NoixDEx  Ulad  Stotue  Ms.  872  (C,  I,  2),  /.  15  a  2: 
Noi7zdean  Ul(adh)  cid  dia  da.  ni(nse).  bn'ughu  cetacha  ata 
acomnaic.  bai  andithr/ib  7  aroilgib  —  uniil  f.  16  a  2  (a  per- 
fect  copy  of  thc  L.  L.  text). 

StoiveMs.  869  (B,  4,2),/.  127  b:  Cidh  dia  mboi  inces  for 
Ultoiph.  ni(nse).  boi  atech  somi^e  di  Ul(taibh)  — /.  128  b  is 
dohein  roboi  inces  for  Ultaiph.  finis  (a  perfect  copy  of  the  Mar- 
ie ian  text;  see  Windisch,  Berichte  der  Sachs.  Gesellschaft  der 
Wissenschaïten,  phil.-hist.  Classe,  Dec.  13,  1884). 

10.  TOCHMARC  LUAIXE   7   AlDEDH   AlTHIRXE.    Ms.    H   2,    I7, 

p.  464,  col.  2  :  Tochmarc  Luaine  7  Aided  Aithirne.  Bai  Con- 
f//b(ar)  m(a)c  Nesa  ic(u)/na  7  itairrsi  7  \i]ndonienniain  der- 
mair  iarneg  Derdr/ndi  —  p.  468,  col.  i  :  Dodena  cepoc  sunna. 
7  dode//a  aguba.  7  saigfet  su;/na  alecht.    7  dodcn  aci^wfert. 


Irisli  Texts  in  Dublin  ond  London  Manuscripts.  459 

Fert.  Finit.  (Easnadh  tighi  Buicet  — sec  à' Arhols,  cat.  —  ends 
at  p.  464,  col.  i). 

11.  TocHMARC  Fearblaidhe,  (l'Arbois,  cat.;  cf.  Franc. 
Convent  Ms.  16,  p.  2iy:  Diombaoi  Semas  mhac  Torcuill 
arighe  Alban.  giolla  saor  idir  cruûi  7  ceill  7  ceinel  an  Semas 
sin  doshlior/;/  Cairbre  Rioghfliada  mheic  Conoire  abhunnadh 
cheinel.  ein  indien  do  chloi»?z  aige  Farbhluid  aliainw  dodears- 
gnoidh  sidhein  arm/mibh  nacruin»e  gucoi/;àomlan  ionacom- 
haimsir  ar  dheilbli  etc.  —  coiuadh  e  bas  C(erbaill)  7  F(erbhlai- 
dhe)  gunuige  sin.  finis. 

12.  TORUIGHEACHT  ShAIDHBE   IXGHINE  EoGHAIM   OiG. 

Ms.  H  I,  17,  /.  124-15 1,  according  to  the  Catalogue  of  the 
T.  C.  Mss. 

i^.  A  taie  on  an  abbot  of  Drimnagh  luho  ivas  changcd  into  a 
U'oman  etc.  :  Ms.  Rawl.  B,  512,  art.  72,  ^^c  Stokes'  Trip.  Life 
of  Patrick,  pref.  (anabdaine  Drimenaigh). 

Book  ofFermoy, /.  72  a  i-f.  72  b  i  (in  abdainc  Druma- 
naigli),  see  Todd's  list  of  the  contents  of  tins  Ms. 

Ms.  Eg.  1781,/.  149  b  2  :  Aroile  oglach  robai  anabdaine 
Dru?;/anaid.  triailtar  leis  ?Ledh  mor  àoàtnum  — /.  150  a  2.  7 
asi  br(eith)  rucadh  doibh  ind^wn  doroin»  ardô  7  i;?m(a)c 
imarcaid  boi  an;z  dothobf/zVt  do;;aircin7ze(ch)  arscatli  arm- 
br(eith)e  7  arnaltroma  7  isaml(aidh)  si;;  roscarsat  7  rl-a.  From 
this  Ms.  the  tcxt  in  /fe  Stowe  Ms.  867  (/.  183  a-184  a;  1671) 
luas  prohahly  copied.  (Aroile  ôgLaôch  ûaignech  robhaoi  anab- 
dliaine  Dr«maenaigh  îccht  naill,  7  tr/alltar  hiis  flt'J/;  vaor  do- 
dhena;///;  —  7  anm(a)c  iom^rcach  baoi  ann  do  thabhairt  don- 
oirchin;/ech  arsgdtli  armbreithc  7  ar  naltroma  7  is  amiil(aidh) 
sin  ro  sgars(a)t  7  rl-a. 

Add.  Ms.  30512,  /.  10  b  :  Aroil  hôchich  ro  baci  anabdui/ze 
Drui/;/c  in  ogh  tr/alltar  lais  fl(cdh)  morcain  m(')radh[bal]  do- 
dcna/n.  — /.  11  a  7  birar  br(eii:h)  etorra  7  airchin/zcch  C/'c)im- 
glin/ze.  7  is  i  br(cith)  r(Li)caidli  etorra  in  clann  doroin//  ar  dhô 
7  an  m(a)c  imarc(aidh)  bai  ann  dotabrt/Vt  don  airchinnech  ar- 
son  analtr(o);na.  7  isan/l(aidh)  sin  ro  scarsad  iri  aroile  7  ri-. 


460  Neitlau. 


n. 


1.  Barlaam  AND  JosAPHAT.  Ms.  Eg.  1^6,/.  57a:dosdair 
Barralaimh  an;zso.  Ar  gmdh  dia  uile  cumhrtf/;/aigh  7  anonoir 
Barralaim  tin/zsgnum  an/zso  do  sdair  Barralam  mur  dosgriobh 
Ioh(ann)es  Damhasen//^  hi  ;  accord ing  îo  O' Curry' s  cata- 
logue the  Ms.  was  luritten  ahout  the  year  1600  and  tbe  text  is 
contained  on  pp.  iip-ijj. 

2.  Chanson  de  geste  Fierabras  (Fortibras  in  the  Irish  Mss.^  : 
Ms.  H  2,  12,  third  part,  f.   i  a  i:  Incipit  inuencio  s(an)c- 

(t)e  crâcis  .i.  ti;/dscai;/ter  annso  fagbail  nacroiche  no/m  .i.  an 
très  bl(iadain)  .x.  ar  .xx,  ar  dd  c(ét)  refl(aithi)//5  Co/vstan- 
tin//i-  impir  naRo/nai  an  .ui.  bl(iadain)  dafl(aithi)ws  tancadflr 
ci;zedhaigh  iwdai  dobarbaraib  aroe;;slidhidh  arani;?ad  diarbo- 
hain//^  Danubiu/;/  arnanullmug(udh)  doc(u)wcatha  imag(aidh) 
na  Cr(ist)aidhed  — /.  5?  ('^fi^i' ff-  i  ^'id  7  a  leaf  is  missing)  ; 
continued  in 

Ms.  H  2,  12,  third  part,  second  section,  2  ff.  ;  — /,  2  b  2 
con'id  hi  Sdair  tScrlois  aclenmai;z  coroi;?e  Cr(ist)  7  taisi  na- 
nasm  conuici  sin.  etc.  Finit.  ISs(edli)  dobasldn  do  ih-a  acscri- 
b(adh)  nasdaire  so  .i.  mile  blad(ain)  [sic]  7  cet/7  c(ét)  7  u. 
bl(iadain)  dècc.  7  tri  .xx.  (=  1475)  cosasanais  so  docudid 
tort  7  dia  nasanaisi  7  aidliqi  naheiseirgi  ar^enlitli.  Tadg  ùa 
Rigbardain  (Teige  O'Riordan,  O'Don.)  qui  scr/bsit. 

Ms.  H  2,  j  (a  ijth  cent,  vellum  Ms.),  p.  432,  col.  i  :  Tinds- 
cainter  andso  faghbail  nacroithi  naehn  intreas  bl(iadain)  dec 
ar  .XX.  etc.  —  435  b  7  cibe  necii  cui/;meocas  ancrocli  na^w  do 
gnath  dogeba  se  roinn  do  b^//;(aigh)  marrtan(aigh)  farre  ma- 
th(air)  Cr(ist)  annsa  lo  deigi;zachi.  Then  begins  the  proper  Fie- 
rabras story  :  Apud  s(an)c(tu)m  Dionicium  7  c(etera)  edon 
dogabar  ac  Si«  Di7zis  7  r-  gach  gnim  artaib  aile  artestail  namna 
diada  deisgr/bdige  .i.  Elena  m(atha)r  Co7zsta«tin  iwpir  etc.  — 
f.  456  b  (the  end  is  ilkgihJe  but  the  text  is  nearly  complète). 

Ms.  Eg.  1781,  /.  I  a  :  fuair  bas  7  adubfl/rt  mathair  riuwsa 
eist  riù;;;  amie  7  tegeosgat  duit  ni  dotrocaire  Cr(ist)  (the  dia- 
logue hetiveen  Hekna  and  Judas)  ;  f.  2  a  Apud  s(an)cd(u)m  Dio- 
nisiu7«  .i.  dogabtar  ac  Sin  Dinis  artcj"/ail  nawna  diadha  so  .i. 
El(ena)  m(atha)r  Constantin  iwpir  — /.  18  b  2;  cytairrnig 


Irish  Texts  in  Dublin  and  London  Manuscripts.  461 

Sdair  Sc';-(luis)  moir  aglenmain  coroiwe  Cr(ist)  7  taissi  naiic-emb. 
Finit,  amen,  finit. 

Ms.  H  2,  17,  pp.  433-462  (vellumMs.,  ijthcent.),  nearïy 
the  u'hole  text;  the  beginning  and  tbe  end  are  illegibk. 

Ms.  H  2,  12,  sixth  part  ;  2  ff.  ofa  ijth  cent,  vellum  Ms. 

Ms.  Eg.  106,  /.  69  a:  Toruigheacht  na  croiche  naoimhthe 
sonn.  Apud  sanctum  Dominicum  7  c(etera)  .i.  do  gabhadh  ag 
S(anc)t(um)  Denis  attesddil  na  mna  diddlia  discreidach  Ei- 
liéna  mathair  Constantin  impré  —  /.  87b  gon(adh)  isin  to- 
ruidliQcbt  nacroiche  naomhtha  gonuige  sin.  ar  na  sgriobhadh 
le  Riosdard  Tuiber  ansec ht mÇaàh')  là  déug  donathbhraoin. 
agus  anbhliaghain  daois  an  tighairna.  17 17.  och  ataiw  tuir- 
sech  da  sgriob(adh). 

3.  OcTAViAX.  StoiveMs.  867  (1671),  /.  240  a:  Dobhi  im- 
per aghmar  oiredha  isi;;  Roi;;//;  hcht  naill  dar  bhô  comain;;; 
Octauin  vaor  7  ro  bhaoi  ben  adhionghmhala  aige  .i.  ingen 
righ  na  Romhanach.  7  do  bhi  si  aige  aimsir  fhada  imchidn.  7 
nior  géinedh  m(a)c  na  inghen  etarra  risi?2  ré  sin  —  ...  (Sérlwj 
mor  imp^r  na  nAlmain/zeach...  Feilisda...  Rolond;/^...  Oliu^- 
rus...)  — /.  248  :  7  docuaidh  Octauin  môr.  7  abhen  7  adhias 
m(a)c  dochum  na  Rômhdnach  ahaithle  na  ngniomh  si;;.  co~ 
;;;adh  és'in  S(e)chrdn  na  bainimp/;'i.  7  oilem(ai);;  a.  da.  [Ms. 
de]  m(a)c  conmge  sin.  finis. 

4.  Orlando  and  Melora.  Ms.  Eg.  loé  (1717)/.  143  a: 
Feacht  naôin  dia  rabh  ri  Artuir  mhic  {sic)  Uir  mie  Ambrois  mie 
Uterpendragon  .i.  ri  an  domhain  ina  dhuin  agus  ina  dhegh- 
bhaille  fein  .i.  dùnadh  an  halla  deirg  agus  is  amhlath  dobhi 
an  righ  si;;...  —  (Melôra,  Arthur's  daughter  ...  sir  Mador... 
foraois  na  niongnaith...  rid;Ve  an  err(aidh)  guir;;;.,.  ri  na 
narsinga...  seignior  Mddora  mie  righ  na  hisbeirne...  righ  na 
Babiloin...  Uranuis  .i.  eaptin  an  ghdrda...  seignior  Gabhin 
m(a)edcirbhshiaraeh  righ  an  domhain.../,  163  b:  .i.  seignior 
Garet  agus  S/rGabcris,  S/rBranda  môr  mae  righ  nahE.ulaillc. 
S;VMarrabhusmaerighEirin;;.  S;V  Frol.  SzVForetS;V  Eetor... 
S/V  Bébus.  S;V  Bôbuis  agus  SzV  Lansclot  mac  righ  na  bin;;e  brice. 
agus  mordn  oilc  do  ridcireabh  rochrôdha  —  (ends  thus  .•)  agus 
dodibreagh  Seignior  Mador  mac  righ  na  hisbeirne.  7  Meirh'n 
an  draoi  go  siorruigh  suthain  as  dunach    anhalla  deirg  air 


462  Neitbii. 

bhthagail  maitheamhnuis  anma  tre  Melora.  gonadh  e  sin  eac/;- 
/ra  agas  imtheac/;/  Melora  inghen  righ  an  domhain  agus  Or- 
lando  mac  righ  na  Teasaille  ai2;e  sin. 

Ms.  H  3,  16  (i6ç}j),  pp.  24-71  (according  to  O'Donovans 
catalogué),  preceeded  by  Merlino  Maligno  (pp.  1-24),  a  text 
aho  kcpt  ht  Mss.  Hodges  and  Smith  6  (1720),  4  (1745)  and 
other  Mss. 

5 .  Richard  and  Lisarda,  (according  to  thc  same  catalogue)  in 
H  i,  10,  a  Ms.  luritten  in  IJ42  by  Hugh  0'DaIy;a  Spanish 
story  ;  O'Donoimi  suggests  that  this  and  similar  late  stories  were 
translated  or  at  any  rate  brought  to  Ireland  by  Irish  students  at 
Salamanca  University;  so  the  story  «  Adventures  of  the  com- 
passionate  Wood-Kern  by  ^vhich  word  is  intended  to  be  ex- 
pressed  the  Spanish  banditto  »  {in  H  i,  12,  jf.  98-120). 

6.  The  Theban  War.  Ms.  Eg.  1781,  /.  87  a  1-120  a  i, 
Ms.  H  2,  7,  pp.  457  a-460  b  (not  Togail  Troi,  as  printed  in 
d'Arbois,  cat.)  and  the  Killbnde  Ms.,  2  last  //.  (see  Rev.  Celt. 
X,  p.  177). 

7.  Turpin's  Chronicle. 

Book  ofLismore,  ff.  96  a  1-109  a  i  (copicd  by  both  O' Curry 
and  O'Longan  (R.  I.  Ac.).) 

Ms.  Eg.  178 1,  /.  20  a  1-36  b  I. 

Franc.  Ms.  16  (velluui,  ijth  cent.)  ff.  1-8  b  2. 

Fragments  occur  in  Ms.  Eg.  92,  ff.  15  a  1-16  a  2  (/.  12  b  à: 
1453)  and  Ms.  H  2,  12,  third  part  (1475)  :  4  ff. 

«  The  Triomphes  of  Charlemagne  (a  rather  short  tract)  » 
in  Liber  Fhivus  Fergusiorum  (1437),  according  to  O'Curry, 
lectures  on  the  Mss.  materials,  p.  531. 

/  hâve  not  seoi  «  The  Conquests  of  Charles  the  Great  » 
pp.  1-170  of  n°  14  ofthe26  modem  StoiueMss.  (E,  V,  1,1  sqq., 
the  last  lot  in  the  Bluebook  list)  ;  thèse  Mss.  are  written  by  Paul 
O'Longan,  in  18 19  «  for  the  use  of  James  Roach  in  Cork  »  ; 
amongst  theni  are  f.  i.  Laoithe  Oisin  {n"  7,  382  pp.),  the 
Fight  of  Fer  Diad  (/;/  n"  9),  Tochmarc  Ferblaidhe  {n°  2, 
pp.  109-160:  gombi  sin  Tocmarc  C(erbaill)  7  F(erblaidhe), 
the  Book  of  Conquests,  the  bloody  skirmish  of  Conall  Ccr- 
nach  etc.  Max  Nettlau. 

.\pril  30,  iS8û 


LE    DEBAT    DU    CORPS    ET    DE    L'AME 

EN    IRLANDE 


L 

Par  la  publication  des  Passions  ami  Homilies  from  the  Lea- 
bhar  Breac,  M.  Atkinson  a  mis  à  la  disposition  des  éruditsnon- 
celtistes  des  traités  intéressant  la  littérature  comparée  du 
mo3'en  âge  chrétien  aussi  bien  que  la  littérature  irlandaise. 
Mais  il  n'a  pas  jugé  à  propos  de  reproduire  les  phrases  latines 
intercalées  dans  le  texte  irlandais,  parce  que  c'eût  été  faire 
double  emploi  avec  les  phrases  irlandaises  qui  les  traduisent. 
En  rendant  compte  de  l'ouvrage  de  M.  Atkinson  dans  Mélu- 
sine^,  j'ai  regretté  cette  suppression;  le  texte  latin,  si  mutilé 
qu'il  soit,  peut  en  effet  aider  à  établir  la  filiation  des  versions 
du  texte,  ou  même  encore  à  restituer  l'original  latin. 

Dans  mes  conférences  de  l'année  1888-89  à  l'Ecole  des 
Hautes-Etudes,  j'avais  choisi  pour  texte  d'explication,  ou  class- 
book  d'une  de  ces  conférences,  les  versions  (ou  plus  exac- 
tement les  copies)  que  le  manuscrit  irlandais  de  Paris  -  fournit 
des  textes  publiés  par  M.  Atkinson.  L'un  de  ces  textes  est 
VAgaUaim  in  ciiirp  7  na  hanma,  litt.  «  dialogue  de  l'âme  et  du 
corps  »  (ou  «  débat  »  si  l'on  préfère  le  terme  de  notre  litté- 
rature du  moyen  âge)  qui  se  trouve  deux  fois,  en  deux  écri- 

1.  Mélusiue ,' x\°  de  janvier  1888,  col.  23-24.  —  Dans  cet  article,  j'ai 
donne  une  concordance  (avec  le  ms.  irlandais  de  Paris)  des  morceaux  pu- 
bliés par  M.  Atkinson. 

2.  Ce  ms.  forme  le  n-  i  du  fonds  celtique  et  breton  de  la  Bibliothèque 
Nationale  de  Paris. 


464  H.  Caidoz. 

tures  différentes,  dans  le  ms.  de  Paris,  manuscrit  formé  de 
cahiers  de  diverses  provenances  ^  Les  phrases  latines  qui  se 
rencontrent  dans  ce  texte  sont  assez  nombreuses  pour  donner 
une  idée  du  prototype  latin  que  l'écrivain  irlandais  a  eu  sous 
les  yeux.  Au  cours  de  l'explication,  M.  Dottin  a  pris  la  peine 
de  détacher  ces  phrases  du  texte  irlandais,  et  il  les  a  copiées  à 
part.  Il  nous  paraît  intéressant  de  publier  ce  texte  latin  qui 
appartient  à  l'histoire  littéraire  du  moyen-âge.  Les  médié- 
vistes seront  peut-être  étonnés  des  formes  barbares  du  latin 
(ainima  pour  anima,  mailis  pour  malis,  etc.)  ;  le  texte  ne  leur 
en  sera  pas  plus. difficile;  mais,  au  point  de  vue  irlandais,  il 
est  intéressant  de  publier  le  latin  des  scribes  irlandais  tel  qu'ils 
l'écrivaient,  parce  qu'on  y  voit  (notamment  pour  l'harmoni- 
sation des  voyelles)  un  décalque  des  lois  phonétiques  de  l'ir- 
landais. 

L'originalité  du  texte  irlandais  est  qu'il  tient  à  la  fois  à  la 
littérature  des  visions  ^  et  à  celle  des  «  Débats  du  Corps  et  de 
l'Ame  »  3  et  qu'on  y  voit  clairement  comment  le  dialogue 
ou  débat  du  corps  et  de  l'âme,  avant  de  devenir  un  sujet  par 
lui-même,  n'était  qu'un  incident  dans  le  récit  général  d'une 
vision. 

1 .  1°  du  fol.  12,  recto,  2e  col.,  au  fol.  14,  verso,  i"  col.  ;  —  et  2°  du 
fol.  72,  verso,  i"  col.,  au  fol.  73,  verso  (la  fin  manque).  —  On  trouvera 
la  traduction  anglaise  du  texte  irlandais  dans  Atkinson,  p.  507  et  suiv. 

2     Sur  la  littérature  des  visions,  voir  notamment  : 

Fritzsche  :  Die  lateinischen  Visionen  des  Mittelalters  bis  :^ur  Mille  des  J2. 
Jahrhunderts  dans  les  Romanische  Forschungen,  t.  II  (1886)  et  III  (1887). 

H.  Brandes  :  Ueher  die  Ouellen  der  Milteleiiglischen  Paulus-Vision  dans  les 
Englische  Studicn,  t.  VII  (1885). 

H.  Brandes:  Visio  S.  Pattli,  Halle,  1885. 

A  Graf  :  A  proposito  délia  Visio  Pauli  dans  le  Gioniale  Storico  délia  Lelte- 
ralura  Italiana,  t.  XI,  fasc.  3,  1888. 

3 .   Sur  la  littérature  du  «  débat  du  corps  et  de  l'âme  »  voir  : 

Kleinert  :  Ueber  den  Streit  i^wlschen  Leibund  Seele,  Halle,  1880. 

Roniania,  t.  XIII,  p.  519. 

Et  G.  Paris:  La  Littérature  française  au  Moyen  Age.  Paris,  1888,  p.  227 
(S  I)))  et  272. 

Sur  la  littérature  des  autres  «  débats  »,  voir  : 

Edelestand  du  Méril  :  Poésies  populaires  latines  antérieures  au  xn«  siècle. 
Paris,  1843,  P-  218,  n. 

Et  surtout  G.  Paris,  Litt.  franc,  au  Moyen  Age,  §  110,  p.  158  et  263. 

La  littérature  bretonne  du  colportage,  qui  a  conservé  plusieurs  choses  an- 
ciennes, répand  encore  aujourd'hui  plusieurs  de  ces  «  débats  ». 


Le  Débat  du  Corps  et  de  l'Ame  en  Irlande.  46 j 

Je  n'ai  pas  réussi  à  retrouver  l'original  des  phrases  latines 
qu'on  trouvera  plus  loin  :  je  ne  puis  qu'indiquer  le  point  d'at- 
tache de  la  version  irlandaise,  intermédiaire  entre  la  littérature 
des  visions  et  celle  des  débats.  Elle  partage  ce  caractère  avec 
la  Visio  Fulberîi,  poème  latin  attribué  au  xii^  siècle  ^  La  Fisio 
Fulherti  rappelle,  en  plusieurs  endroits,  le  mouvement  du  dia- 
logue de  notre  texte  latin  d'Irlande  ;  et,  comme  elle  est  ver- 
sifiée, il  n'est  pas  téméraire  de  supposer  qu'elle  est  l'amphfi- 
cation  en  vers  (œuvre  d'un  clerc  bel  esprit)  d'un  texte  existant 
déjà  en  prose.  Ce  prototype  en  prose  a  disparu,  mais  l'Irlande 
nous  en  rend  les  principaux  passages. 

Le  poète  ancien  du  xii^  siècle  attribue  cette  vision  à  un 
Français  du  nom  de  Fulbert  (Fulhertus  Francigena)  :  il  est  pro- 
bable que  c'a  été  pour  rendre  son  récit  plus  intéressant  à  ses 
auditeurs  ou  lecteurs  qu'il  l'a  ainsi  locahsé  et  rendu  personnel. 
Or,  on  a  signalé  des  ressemblances  entre  ce  texte  latin  et  des 
textes  anglo-saxons,  qui  traitent  le  même  sujet  de  la  même 
façon  ;  et  comme  ces  textes  anglo-saxons  sont  plus  anciens  et 
remontent  au  x^  siècle,  M.  Kleinert  en  a  conclu  que  la  Visio 
Fulbcrti  est  l'adaptation  ou  l'imitation  des  textes  anglo-saxons. 
Le  raisonnement  ne  nous  paraît  pas  convaincant,  car  les  textes 
qu'il  compare  entre  eux  peuvent  dériver  d'un  prototype  com- 
mun. Nous  sommes  ainsi  amené  à  voir  ce  prototype  dans 
notre  texte  latin  en  prose,  et  d'autant  plus  qu'avec  cette  hypo- 
thèse nous  ne  sortons  pas  des  Iles  Britanniques.  Il  est  inutile 
de  rappeler  ici  l'influence  irlandaise  dans  les  cloîtres  et  les 
écoles  de  la  Grande-Bretagne. 

Le  texte  latin  contient  une  phrase  attribuée  à  saint  Au- 
gustin :  nous  l'avons  cherchée  dans  ses  oeuvres,  mais  sans 
succès.  H.  G.\iDoz. 

II. 

La  partie  latine  du  débat  du  corps  et  de  l'âme  est  publiée  ci-dessous 
d'après  trois  coptes  :  i"  ms.  de  Paris  (Bibliothèque  Nationale,  fonds  celtique, 
f"  12  r"  b  —  fo  14  Va),  nous  la  désignons  par  P.  ;  2°  ms.  de  Paris,  i°  72  v" 

I .  On  en  trouvera  le  texte  dans  Edelestand  du  Méril,  Poésies  populaires 
latines  antérieures  au  \\v  siècle.  Paris,  1843,  p.  217  et  suiv  ). 

Revue  Celtique,  X.  ji 


466  H.  Gaidoz. 

a  —  fo  73  %'0  2,  nous  la  désignons  par  ^ ;  30  Leabhar  Breacc,  fac-similé, 
p.  251  b-253  b,  nous  la  désignons  par  B.  Nous  avons  pris  comme  base  de 
notre  texte  la  copie  contenue  aux  feuil  lets  1 2  r»  b  —  1 4  v^  a  du  manuscrit  de 
Paris;  nous  n'indiquons  pas  dans  le  texte  les  abréviations  du  ms.,  mais 
nous  relevons  dans  les  notes  toutes  les  variantes  des  deux  autres  copies.  Les 
variantes  orthographiques  ou  phonétiques  sont  transcrites  en  caractères  ordi- 
naires ;  les  variantes  importantes  pour  le  sens,  en  petites  capitales. 

Là  où  la  copie  du  manuscrit  de  Paris  que  nous  désignons  par  P  était 
manifestement  fautive,  nous  l'avons  remplacée  dans  notre  texte  soit  par  le 
passage  correspondant  de/»,  et  dans  ce  cas  les  mots  sont  écrits  en  italique, 
soit  par  la  leçon  de  B,  et  dans  ce  cas  les  mots  sont  transcrits  en  italique  et 
précédés  d'un  astérisque;  soit  enfin  par  une  conjecture,  et  dans  ce  cas  les 
lettres,  les  mots  ou  les  parties  de  niots  restitués  ou  corrigés  sont  en  ita- 
liques et  entre  crochets. 

Quant  à  la  valeur  relative  de  ces  trois  copies,  la  partie  latine  àcF  ei  p  est 
évidemment  copiée  sur  le  même  texte;  la  version  conservée  par  B,  plus  cor- 
rompue sur  bien  des  points,  est  plus  complète. 

G.  D. 

f°  12  r°  b;  1.  19]  Domine  quis  habitabit  in  tabernaculo^  tuo 
aut  quis  requ[f]escet  -  in  monte  sancto  tuo. 

Qui  ingrciditury  sine  macula  et  operatur  iustitiam,  qui  lo- 
quitur  ueritatem  in  corde  suo,  qui  non  egit  dolum  in  linga  ^ 
sua  nec  fecit  proximo  suo  malum  et  oprobriuni)  non  accepit 
aduersus  proximos  suos. 

[conid  àicomûXid  sm  raidis  isacm?  isi7Zt  sosc^/a]  dicens  : 
Amen  amen  dico  uobis,  nisi''  conuersi  fueritis  et  eficiamini  sicut 
paruuli,  non  intrabitis  in  regnum  celorum. 

Dicens/  Augustinus  :  unicidqiic^  anime?  duo  exercitus  oc- 
currunt^°  antequam  migrât  a  corpore  alter  angelorum  [f°  12 
v°  a]  alter  demonum 

O  ainima  infelix". 

1 .  tabirnaculo  p. 

2.  requescet  P.  requiecit  p.  requiescat  B. 

3.  igreditawrP.  i?igreditî<r  B. 

4.  lingua  B. 

5.  La  leçon  de  B  est  inintelligible. 

6.  nissi  B. 

7.  ut  àixit  Axigusimus  diceKS  B. 

8.  uncuce  P.  uniqzizqwe  B. 

9.  lànmt  p.  B. 
10.  ocurrunt  p.  B. 

n  .    0  anima  i^feUx  p.  0  ainima  felix  B. 


Le  Début  du  Corps  et  de  l'Ame  en  Irlande.  467 

Ubi  es  nunc,  *nunquid^  hic  habitas,  audi  nos  pec^ator^ 

Cur  cessas  superbie. 

Cur  cesas  3  biasfemare. 

Amasti  mundum  et  mundus  te  decepit. 

Cur  non  * contendas ^  niunduin'^  quem  amasti. 

Cur  cibum  non  amas^. 

Cur  epule  des  tint'. 

f°  12  v°  b;  1.  2]  Quid  oculi  discordant,  quid  oculi  demi- 
dantur^. 

Quid  dentés  denudantur. 

Quid  labia  pal  lent  9. 

Quid  pedes  gelidant. 

Quid  cor  oprimatur. 

Quid  anhela  cessât. 

Suirgite  demones  et  *aripite  ^°  arma,  corpus  cedite,  domum 
frangite,  ■Annwàn\  *ing nia tc'^^,  ad*ta)iara^'-  infcrni  et  ad  pro- 
fundum  deducite. 

Deinde  ainima  ad  labia  uadit. 

Et  dicit^'  mors:  hic  sum,  hue  non  inuenies. 

Deinde  ad  tiares  ^4  uadit. 

Deinde  uadit  ad  ocolos  ^î. 

Et  dixit  mors  :  perge  ad  alium  locum  ^^\ 

Deinde  ad  aures  uadit. 


1 .  nu«c  uid  P.  nuHC  quid  p. 

2.  pecauit  B. 

3  .   sessas  p.  cessas  B. 

4.  CoNTEMPNAS  P.  p.  Lc  mot  Correspondant  dans  le  texte  irlandais  est 
eirg  qui  prouve  que  contendas  est  une  meilleure  leçon. 

5.  mundam  P. 

6.  cur  cibum  amas  p.  Dans  P  cette  phrase  suit  cur  ep.  des. 

7.  desen»  P.  desint  B. 

8.  denutaut?<r  P. 

9.  pullent  P.  B. 

10.  accipiti  P.  accipite  p.   Le  mot  correspondarit  dans  le  te.xte  irlandais 
est  gabaid. 

1 1 .  uigilate  P.  p. 

12.  tartîira  P.  p. 

1 3 .  diccit  p. 

14.  aures  P. 

15.  oculos  p.  oculum  B. 

16.  ad  alium  loccum  p.  at  aliuw  loc2/w  B. 


468  H.  Gaidoz. 

f°  13  r°  a].  Et  dixit  mors:  noli  hue  uenire. 

Deinde  ad  capitulum  ^  uadit,  pergit  per  illum  et  *stat'^ 
super  uerticem5  et  * circumspicit -^  se  mirabiliter'  et*dicit^. 

Quid7  est  istud  pallium  quod  tenui  circa  me  ?  non  meum  ^  est 
hoc  uestimentum  9  neqwe  de  uestimentis  meis  in  canditate  prius 
apparui.  Quis  *comotavit  ^°  * iicstein  *meam^^. 

Demones  dicunt  ^-  contra  animam  ^'  et  accusant  eam  ^4 
ualde.  O  ainima  infeiUx  ^5,  respice^^  nos. 

f°  13  r°  b;  1.  3].  A  nobis  tibi  est  uestimentum. 

Quia  Adam  circa  se  ^7  prius  tenuit  et  Gain  circa  se  tenuit  et 
ludas  Scairiot  ^^  circa  se  tenuit  *ct  *  Coephas  *princeps  *sacerdotum 
*  circa  *  se  *  tenuit  *  uestimentum  *  illud  ^9. 

Quid  pi ura^°  dicamus?  Non  tu  sola  hoc  uestimentum  acce- 
pisti  sed  peine -^  acceperunt  homines  totius  ^-  mundi. 

Dicunt  demones  :  O  ainima  infcHx,  respice  corpus  tuum  et 
domum  tuam  unde  existi. 

Deinde  ainima  penetet  et  dicit 

[i.  rara  ^3  penetcncia] 


1 .  Dans  P  le^  est  surmonté  d'un  /;  dans  p  le/)  est  surmonté  d'un  /,  et 
la  finale  ituhim  est  à  moitié  grattée;  B  :  capito/ium. 

2.  sdat  P  p. 

3.  uerticim  B. 

4.  sircumspexit  P.  circumspexit  p. 

5.  mirabiliter  manque  dans  B. 

6.  dixit  P  p. 

7.  cuis  B. 

8.  meam  p. 

9.  uestMi  niQnlum  P. 
10.   comodauit  P  p. 

1 1  .   ue  uestum  meum  P  p. 

12.  dicent  p. 

1 3 .  ai^zmam  B. 

14.  acusant  eum  p. 

13.   0  anima  infelix  p  0  aiw/wa  îHfelix  B. 

16.  respice  in  B. 

17.  set  P. 

18.  Scarioth  B. 

19.  Cette  phrase  manque  dans  P  et  caifas  prmcipes  saserdotuw  arcase 
tewuit  uestimentum  illud  p. 

20.  rura  P. 

21 .  pêne  B. 

22.  tociwi  p  B. 

23.  rura  p...  i.  aithrigi  ainmi«ic  P.  —  sera  penZ/^Htiai.  mallaithrige  B. 


Le  Débat  du  Corps  et  de  l'Ame  en  Irlande.  469 

et  dicit  :  ago  deo  penetentiam  ^  de  meis  pecatis  plurimis. 

fo  j^  yo  ^j_  Deinde  ainima  ad  celum  -  uadit. 

Et  demones  in  ob[z^]ium5  ei  ueniunt  et  dicunt  :  o  miseirrima^ 
ainima,  o  infeilix,  quo  uadis  et  >  quomodo  ausa  es  pergere  ad 
celum? 

Postea  reuertitur^  ainima  ad  corpus,  acusans  eum  ",  dicens 

dicens  :  o  caro  dura,  o  tamplum  diabolicum  ^ 

nunc  ego  ad  te  redior9  ut  increparcm  tuam  increduiletatem^° 

O  caro  dura,  ci[;z/j]^^  putrida^-,  o  superbain  qua  diabolus^3 
habitauit,  o  tenebrosafouea,  o*Mf«i?noja  «/^[tTJ/a  ^4  [f°  13  v°b] 
*serpentiHin^'\  o  costoJia^^  ir^e  ^7  et  superbie '^. 

Ue  mihi,  habitacio  tua  mersit  ^9  me  in  infernum. 

Et  de  tuis  mailis  -^  crucior  et  de  tuis  peccatis  toircior-^  atque 
demergeor22  in  infernum 

£"14  r"  a].  Maledicam  tibi  in  secula  seculorum  *ct  *frequeii- 
tabo  *MuUis  *  inaledictionibiis  -^ . 

Et  corpus  respoindit  ^4  anime  dicens  : 


1.  peniteHtiam  B. 

2.  scelutn  p. 

3.  obium  P  B.  ouium  p. 

4.  misserrima  p.  miserriH/a  B. 

5  .  Les  mots  0  i.q.u.  e.  manque  dans  p. 

6.  reuer/it/  P. 

7.  eum  manque  dans  B. 

8.  diapoliticum  P  diabo/um  B. 

9.  reddior  B. 

10.  increduletatem  p.  incredulitatem  B. 

11 .  p.  B.  manque,  ci  P. 

12.  putrita  p. 

13.  diabulus  B. 

14.  uenosa  uipa  P  uenossa  uipia  p.  uenenosa  fisura  B. 

I).  serpenitium  P  s^rpenidiuw  p  sans  doute  pour  serpehttium. 

16.  occustodia  p.  o  custodia  B  ;  dans  P  le  premier  0  est  surmonté  d'un  u. 

17.  ire  p  B. 

18.  superbiae  B. 

19.  mercit  B. 

20.  malis  p.  B. 

21.  torcior  p.  tortior  B. 

22.  demergior  B. 

25.  La  phrase  e.  f.  m    m.  manque  dans  Pp. 

24.  respoKdit  p.  B. 


470  H.  Gaidoz. 

O  ainima^  dura  *et  *arida^  atque  sicca  sicut  terrai  sine 
aqua,  o  miserabilis'^,  o  détériora  cunctis  mortalibus  es. 

Mansisem  sicut  uiniuersa^'  terra  fragilisima/  nisi  te  perce- 
pisem. 

Deinde  ainima  uadit^,  et  relinquit9  maledictionem  ^o  [t'^  ma- 
Icdictioncm]  portât  ^^  et  dicit  ^^  corpus  intra  in  manibus  diaboli  et 
*  saîUitium  ^3  suorum. 

i°  14  r°b;  1.  36].  Exercitus  angelorum  uero^-i  *«<?«// ^>  ad  ai- 
nimam  iusti  et  dicit. 

f"  14  v°  a;  1.  6].  O  ainima  sancta,  o  germina  fideilisima^^ 
o*sponsa^7  régis  o  décor  paradisi,  o  filia  régis. 

Canta  carmen  régi  tuo  nobiscum  ^^  *ct  *  in  * perpetuum'^^. 

Demones  autem  non  nocebunt  tibi. 

Ueni  in  manus  angelorum  et  archangelorum  ut  simul  per- 
g[fl]mus2o  ad  regnum  illud  sine  ullo  fine  in  secula  seclorum  -^ 
amen. 


I  .   anima  B. 

2.  Ces  mots  manquent  dans  P  p. 

3 .  inte/ra  B. 

4  .   meisirabilis  P. 

5 .  denlr/or  B. 

6.  uni  versa  B. 

7.  fragilisimï«  B. 

8.  uadid  P. 

9.  relinquet  p.  reliqî.'ù  B. 
10.   malcdictioHem  B. 

1 1  .   pordat  p. 

12.  dixit  P. 

1 3 .  sadi!oc»w  P.  sadilicuw  p. 

14.  uero  angt'/os  B. 
I  3  .   veniat  P  p. 

16.  fidelsima  B. 

17.  spons  P. 

18.  nobiscam  P. 

19.  la  phrase  e.  i.  p.  manque  dans  P. 

20.  pergemus  P.  B. 

21.  seculorum  B. 


A    PUZZLE    IN    IRISH    PARSING 


Is  é  leth  atôibe  ind  aisnéis-sea  co  dû. 

Scholars  disagree  about  the  parsing  and  literal  meaning  of 
this  sentence,  and  Mr.  Whitley  Stokes  says,  that  «  perhaps 
the   phrase  will   never  be  sufficiently  explained,    until  it  is 
taken  in  hand  by  Prof.    Windisch,   Prof.    Ascoli,  or  Prof. 
Thurneysen  »  ^  It  has  been  thus  translated: 

Is  è  immorro  leth  atôibe  ind  aisnéis-sea  lasin  fdith  co  dû  in- 
depert. 

1.  The  prophet  has  a  paraliel  passage  as  far  as  the  place 
where  he  said^. 

2.  This  is  the  paraliel  part  of  the  déclaration  by  the  prophet 
as  far  as  where  he  said-. 

3.  This  is  one  ofthe  two  contcxts  of  this  déclaration  of  the 
prophet'sas  far  as  the  place  in  which  he  had  said^. 

4.  One  ofthe  two  connected  passages  of  this  déclaration, 
which  the  prophet  hath,  is  as  far  as  the  place  where  he  had 
said^.  ,g. 

5.  This  is  (the)  side  that  adhères  to  (i.  e.  the  context  of) 
this  déclaration  of  the  prophet,  as  far  as  the  place  where  he 
had  said^. 

6.  This  is  the  direction  in  which  this  déclaration  of  the 
prophet  adhères  (or  to  which  it  leans),  to  the  place  where  he 
had  said5. 


1.  Tho.  Acaâcmx,  April  6,  i8Sq. 

2.  Mr.  Stokes  in  «  Tlirce  Mici.   Ir.  lîomilics  >>   pp.    3,   24;  Tripartite 
Life  »  pp.  4.  4îo;  Aaidemy,  April  6,  1889. 

5.   S.  H.  O'Grady,  in  Academy,  March  30,  1889. 


472  Edmund  Hogan. 

7.  This  narrative  of  the  prophet  is  the  contcxt  (or  side  of 
adhérence)  of  the  pktce  where  he  said  ^ 

8.  As  found  in  the  gospel  of  Matthew  in  continuation  of 
the  part  where  it  is  said  -. 

9.  The  passage  stands  in  connexion  with  what  the  pro- 
phet had  said 2. 

10.  It  folio ws  immediately  after  the  passage  in  which  John 
said^. 

11.  It  is  found  in  the  sequel  of  what  Christ  said  before^. 
There  is  also  considérable  divergence  with  re2;ard  to  the 

parsing.  Letb'isthe  subiectof^/ô//'£'(Stokes),  itisnot(O'Grady); 
ind  aisnéis  is  the  subject  oi  atôibe  (O'Grady),  it  is  the  accusa- 
tive  governed  by  atôihc,  and  is  a  Middle  Irish  corruption  of 
itui  aisnéis  (Stokes)  ;  atôibe  is  a  genitive  =  «  of  its  side  » 
(Stokes  3  in  1877),  is  a  genitive,  ==  «  of  adhérence  »  (Mac 
Carthy),  is  a  verb  (Stokes  and  O'Grady),  is  the  relative  a  -|- 
the  verb  lôibc  (D'Arbois  de  Jubainville-i).  Each  of  the  three 
Irish  scholars  adhères  to  his  own  views,  and  rejects  the  opinion 
of  the  others;  and,  as  Mr.  O'Grady  says,  «  in  the  matter  of 
the  accidents  and  construction  of  aiôibiin  some  good  powder 
has  been  burnt.  ». 

Before  I  submit  a  new  literal  translation  and  analysis  of  the 
phrase,  I  will  make  some  remarks  on  the  other  versions  ; 
omitting  Mr  Stokes'  earlier  efforts,  which  hâve  been  inserted 
mercly  to  show  the  difficult}'  of  the  sentence,  and  Dr.  Atkin- 
son's  versions,  which  are  rather  loose  and  show  that  he  has 
not  grappled  with  the  difhculty. 

I.  The  erudite  editor  of  the  ^viie  Celtique  says  the  verb  is 
toibini.  I  hâve  looked  in  vain  for  such  a  word  in  Old  and  Mid. 
Irish,  though  I  iind  taoibhidh  ris,  cleave  unto  Him  (Bible, 
Joshuah,  XXII,  5).  On  the  other  hand  we  hâve  co  atioibtis 
gl.  ut  inherescent,  which  supposes  attoibiui,  atôibim,  words 
which  in  fact  gloss  «  lenteo  »  =  lentesco  ■=:■  I  adhère,  from 


1.  Dr.  Mac  Carthy  in  a  Transactions  of  the  R.  I.  Academy  «,  May, 
1889,  p.   197. 

2.  Dr.  Atkinson,  in  «  Todd  Lectures  »,  vol.  II,  pp.  442,  451,  466,495. 

3.  Three  Mid.  Irish  Hom.,  p.  135. 

4.  Rev.  Celtique,  April  1889,  p.  265. 


A  Pir.ie  in  Irish  Parsing.  475 

lentus,  adhesive,  whence  also  corne  kntor  and  knîilia,  adhesi- 
venesss  ;  Lcnteo  is  to  lentesco  as  liccreo  is  to  hceresco,  and  «  len- 
tet  »,  which  is  foiind  only  once  in  the  Latin  dictionaries, 
means  primarily  and  properly  «  it  sticks  »,  and  figuratively, 
perhaps,  «  is  impeded  »,  «  goes  slowly  ».  So  against  attoihim, 
«  je  suis  lent  »,  are  arrayed  1°  aîfoihtis,  attoibim  and  the  other 
forms  \vhich  I  shall  give  further  on,  2°  the  formidable  triple 
alliance  of  Mr.  Stokes,  Mr.  O'Grady  and  Dr.  Mac  Carthy, 
who  do  not  detect  the  relative  a  in  atôibc. 

2.  Of  the  latter  Révérend  gentleman's  équation,  atôibc  = 
atôibthe,  I  say  :  1°  It  is  reprobated  by  Mr.  Stokes  and  Mr. 
O'Grady.  2°  It  has  not  been  supported  by  any  like  case  of 
corruption.  3°  It  could  not  well  be  a  phonetic  form.  Th  is  too 
tough  and  rough  ^  to  be  suppressed  twelve  times  by  four  dif- 
férent scribes;  «  it  sticks  »  (atfoibi),  and,  even  when  invisible 
in  our  phonetic  books,  it  asscrts  its  présence  and  power,  as  in 
«  marfich  »,  «  marafLidh  »,  «  marutfa  »,  «  dôvarafa  »  ^  ^z: 
inarbhtbach,  ciômharbhtba;  in  ourgrammars3  h'ibtha,  treobbtba, 
snambtba  are  pronounced  «  lupatha  »,  «  treofa  »,  «  sndfi  »  ; 
and foirbtbe  is'wnnen  foitjc  in  the  Children  ofLir,  Index.  4°  It 
is  hard  to  believc,  that  four  scribes  of  the  iith,  i-4th  and  I5th 
centuries  would  hâve  miswritten  twelve  times  the  3rd  sg. 
près.  Indic.  for  the  gen.  sg.  of  the  verbal  noun  or  inhnitive 
of  atôibiiu . 

3.  Against  Mr.  O'Grady's  view  Mr.  Stokes  sets  six  phrases, 
in  which  kll)  must  be  the  subjcct.  Iwill  add  eight  more,  such 
as,  «  is  é  Icth  is  oentadach  co  dû  »,  and  «  is  \  coi  hitoibe  co 
dû  indecid  ». 

4.  Mr.  Stokes  considcrs  ind  aisncisas  a  corrupt  form  o(  inn 
aisncis  the  accusative.  But  1°  he  givcs  only  one  certain  ins- 
tance of  such  a  corruption  S  2"  thcre  are  three  instances  of 
inn,  in  for  the  nom.  fem.  ///J  >  ;    3°  in  that  case  the  co   is 


1 .  ODon.  Gram.,  p.  55. 

2.  The  Irisli  Catechisms  of  Butler,  Kirwan,  O'Reilly,  etc. 
5.   O'Don.  Gram.  p.  58,!.  O'Molloy's  Gram.  p.  7.' 

4.  B.  ofLismore,  fo  40  a  :  folios  i,  11   and  40,  quoted  by  Mr.   Stokes, 
arc  markcd  42,  55,  82  in  O'Curry's  and  O'Longan's  transcripts. 

5.  Windisclî's  Woertcrbuch,  v.  in;  I  thiiik  the  two  inn  of  the  B.  of  Lis- 


474  Edmiind  Hogan. 

not  easily  accounted  for,  as  he  admits  himself;  4°  There  is 
no  known  instance  of  atôihim  governing  an  accusative.  Like 
its  gioss  «  hc-ereo  »  it  takes  the  dative  :  a  doib  »,  «  do  tho- 
pur  ».  As  in  modem  Irish  we  hâve  «  taobhaigh  ris  »,  «  cleave 
to  Him  »  (Bible,  Josh.,  XXII,  5),  so  in  Old  and  Mid.  Irish 
we  find  infra,  «  atoibad  fri  »,  «  atoibe  co  »  :  corresponding 
with  is  oentadach  fri,  -co,  «  hœret  »,  «  inhœret  »  ad  (which 
gioss  atôihini),  and  with  its  quasi-equivalents  in  French,  «  s'ac- 
coster à  »  ^,  s'attacher  à.  In  the  modem  language  it  also  takes 
a  direct  object,  but  drops  it's  original  meaning,  as  «  taobhaidis 
a  n-anmanna  ris  »,  «  let  them  commit  their  soûls  to  Him  » 
(I.  S.  Peter,  IV,  19),  «  taobhaim  mo  spiorad  ann  do  lâmh- 
aibh  »,  «  into  Thy  hands  I  commend  my  spirit  »  (5".  Luhe, 
XXIII,  46);  but  thenthis  meaning  would  not  suit  Mr.  Stokes. 
5°  The  transitive  theory  must  be  given  up  in  présence  of  the 
six  phrases  like  «  is  é  leth  atoibe  co  du  ».  5°  Lastly  it  is  hard 
to  believe,  that  the  scribes  of  the  L.  Brecc,  the  Tripartite  Life 
and  Egerlon  91  should  miswrite  ind  for  inu  iive  times,  and 
that  the  true  form  should  be  preserved  by  the  more  modem 
scribe  of  Lismore  who  writes  «  lasin  bhfaidh  »  and  «  le- 
thaoibi  »  which  he  corrects  by  at  subscript. 

My  own  view,  which  I  submit,  for  approbation  or  réproba- 
tion, to  thèse  and  other  distinguished  scholars,  is  :  a)  that  lefh 
is  the  subject  o^  atoibe  and  connected  with  it  by  an  unexpressed 
a,  b)  that  ijid  aisnéis  is  the  subject  of  atoibe  by  apposition  with 
Jeth  and  connected  with  it  by  an  unexpressed  A.,  c)  and  that 
the  sentence  should  run  thus  : 

«  Is  é  im/;/()rro  leth  attôibe  (.i.  ind  aisnéis-sea  lasin  faith)  co 
dû  indepé;/"t  rcmi.  » 

The  intrusive,  interjectional  or  parenthetical  character  of 
aisnéis  will  appear  from  my  arrangement,  in  four  groups,  of 
twenty-three  pertinent  phrases,  into  which  it  sometimes  enters 
and  sometimes  does  not-.  I  hâve  used  parenthèses  in  order 

more.  42,  53,  and  the  one  in  oï  LB.  61  b,  which  I  quote,  may  be  added  to 
Windisch's  three. 

1.  Ses  homes  se  acosterent  à  lui,  à  un  piher  s'est  acostez,  là  où  il  se  tu 
acostez.  Litre' s  Dictionnaire. 

2 .  Eleven  ot  thèse  are  due  to  Mr.  Stokes,   one  to   Mr.  O'Grady  ;    the 


A  Puzzle  in  Irisli  Parsing.  47  )■ 

to  bring  into  prominence  the  construction,   «  leth  atoibe  co 
dû  ». 

Let  us  compare  typical  examplcs  of  thèse  groups. 

A.  Cech  oen  atoibe  (.i.  is  oentadach)  dôib,  LB.  ij^. 

B.  Is  é  leth  is  oentadach  co  du  inderbairt  Lucas,  LB.  52. 

Is  é  leath  atoibe,  (.i.  as  dlûitli)  co  dû  mevhairt  Eôin,  LB. 

194- 

C.  Is  é  leth  is  aentadach  (fri  h-Isu)  co  dû  inebairt,  LB.  68. 

Is  é  leath  atoibe  (.i.  is  œntadach)  (fri  h-Isu)  co  du  inev- 

bart,  LB.  44. 
Is  é  leth  is  aentudach  frisin  suiscek/_^  (fri  Matha)  lu  tan 

airuhairt,  LB.  45. 

D.  Is  é  leth  is  a;ntudach  (iiid  aisneis-se  iri  Lûcds)  co  dû  iii- 

depert,  LB.  55. 
Is  é  leth  atoibe  (ind  aisnes-sea  lasin  fdith)  co  dû  i^dep^rt, 
LB.  24. 

It  seems  clear,  1°  that  the  construction  «  atoibe  co  du  », 
«  as  dlûith  co  dû  »  «  is  aentadach  co  dû  »,  which  is 
manifest  in  A  and  B,  holds  in  C  and  D;  2°  and  that/n 
b-Isi{,  «  la  h-Isu  »,  «  ri  Matha  »,  «  fri  Matha  »,  «  la 
Matha  »,  «  ind  aisnéis-sea  la  Matha  »,  etc.,  are  inserted 
parenthetically  by  way  of  apposition,  spécification,  iden- 
tification, or  /Rectification  (!).  They  are   not  wanted, 
seem  somcwhat  out  of  place  ;  and  are  intruders,  if  not 
originally  introduccd  by  an  idôn^  which  has  got  crushcd 
out  and  disappcared.  I  translate  literally  :  «  Now  this  is 
a  part  (this  hère  utterance  of  the  prophet's)  which  sticks 
to  the  spot  where  he  had  previously  said  »  or,  «  Now 
this   a  passage  (i.  e.  this  utterance   of  the   prophet's) 
which  hangs  on  to  the  place  in  which  he  had  previously 
said  ». 
I  will  now  présent  r°  ail  the  phrases  which  bear  on  our  sub- 
)cct,  and  2"  ail  the  glosses  and  tense-forms  of  alôihim,  which 
hâve  not  hithcrto  been  put  togcthcr  in  any   book  or  papcr 
that  I  hâve  seèn. 


rest  hâve  been  added  by  me,  onc  of  which  (LB.  61)  has  been  overlooked.  by 
Mr.  Stokes,  though  he  printeditin  his  «  Three  Mid.  Ir.  Homehes  »,  p.  24. 


476  Edmun.i  Hogan. 

A.  is  airi  atâ  atoibad  inna  cilli  fri  alaili  ^,  Tripart.  Life,  90. 
it  é  atâ  mou  atoibet  do  thopur^  ecna  na  Deachta,  LB.  72. 
cech  oen  atôibe  (.i.  is  oentadach)  doib,  LB.  174. 

B.  is  é  leth  is  oentadach  co  du  inderbairt  Lucas,  LB.  52. 
iséleath  atôibe  (.i.  asdlûith)  co  dâ  intxhain  Eôin,  LB.  194. 

C.  is  é  leth  is  aentadach  (fri  h-Isu)  co  du  inebairt,  LB.  68. 

is  é  leth  is  œntudach  (fri  h-Isu)  co  du  inebairt,  LB.  69  a. 
is  é  leath  atôibe  (.i.  is  œntadach)  (fri  h-Isu)  co  du  i?zder- 

bart,  LB.  44. 
is  é  leth  atôibe  (la  h-/j-u)  co  du  inep^rt,  LB.  248  a. 
is  i   côi   hitôibe   (lasin  suiscek/V)  co   dû   i^decid  Isarias 

(sic),  LB.  107  a. 
is  é  leth  is  oentadach  (fri  Matha)  co  du  indebert,  LB.  163. 
is  é  leth  is  aentadach  (fri  Matha)  co  dû  i;zdeptTt,  LB.  40. 
is  é  leth  atôibe  (.i.  is  aentadach)  (ri  Matha  suhcûaig)  co 

dû  inderna,  LB.  49. 
is  é  leth  atôibe  (la  Matha)  co  dû  i«erbairt,  LB.  66  b. 
is  é  leth  is  aentudach  (frisin  suiscek/o-)  fri  Matha  ^  in  tan 

ainihain,  LB.  45. 
is  é  leth  atôibe  (la  Daniel)  co  du  indehen,  LB.  72  a. 

D.  is  é  leth  is  ^e/îtudach  (i;zd  aisnc/5-se  (ri  Lucas)  co  dû  i«de- 

pert,  LB.  55. 
is  é  leth  is  ii^ntadach  (ind  aisnm)  co  du  i;?depert,  LB.   61 

or  5  5  • 

is  é  leth  atiiibe  (ind  aisneis-sea  la  Matha)  co  dû  inderbairt, 

Egerton,  91  fo.  30. 
is  é  leth  atôibe  (in  4  ais«m-sea  la  h-Eoin,  co  du  indepfrt, 

LB.  61  h. 
is  é  leth  athaobi   (inn-4  aisneis-sea  la  h-Eôin)  co  dû  an- 

debairt,  B.  of  Lismore,  fo.  53  a. 
is  é  leth  atôibe  (ind  aisnés-sea  lasin  fàith)  co  dû  indeptTt, 

LB.  24. 
is  é  leth  ataebi  (ind  aisnéis-si  lasin  fdith)  co  dû  i;?erb^/;'t, 

Trip.  Life,  4. 
is  é  leth  atôibe  (inn  -t  aisneis-sea  lasin  bh-fdidh)  co  dû  in- 

debn-t,  B.  of  Lismore,  fo.  42  a. 
is  é  roscrib  i  curp  soszeh  ind  aisncis^  noeim-si,  (!),  B.  of 

Lismore,  fo.  82  a.  i. 


A  Puzzle  in  Irish  Parsing.  477 

It  may  be  necessary  or  useful  herc,  to  append  the  following 
notes  on  some  of  thèse  sentences  :  1°  Dr.  Atkinson  renders 
atoibct  do  ihopur  by  «  \vho  drink  of  the  well  »  ;  but  in  the 
Index  to  the  Irish  Homehes  he  shows  some  doubt  by  adding 
a(?).  I  translate:  «  It  is  they  (the  Seraphim)  who  niost  ad 
hère  (are  closest)  to  the  fountain  of  the  wisdom  of  the  Deity  ». 
In  support  of  my  version  I  point  to  the  glosses,  wliich  I  shall 
give  furthei*  on,  and  to  Isaiah,  VI,  i,  and  Apocalypse,  XXII, 
I  :  «  Vidi  Dominum  sedentem  super  soHum...  Seraphim  sta- 
bant  super  ^  illud  ».  «  Et  ostendit  mihi  fluvium  aquœ  vitc'e, 
splendidum  tanquam  crystallum,  procedentem  de  sede  Dei  ». 
—  «  Do  chonnairc  mé  an  Tighearna  na  shuidhe  a  g-cathaoir 
rioghdha.  Os  a  chionn  shuas  ^  do  sheasadar  na  Seraphinigh. 
Agus  do  thaisbtin  Se  dhom  sruth  glan  d'uisge  na  beatha  ag 
teacht  amach  6  chathaoir  Dé  »,  Irish  Bible.  The  phrase  from 
LB.  107  means  :  «  This  is  a  passage  (of  the  Evangchst) 
which  is  connected  with  (refers  to)  a  phice  where  Isaias 
said  » . 

2.  Mr.  O'Grady  transhites  «  atd  atoibad  inna  ciUi  fri 
ahiih  »  «  there  [stih]  subsists  a  mutual  interdependence  of  the 
one  church  upon  the  other  ».  Mr.  Stokes  says  «  mutual  »  is 
tautologous,  and  I  fancy  «  interdependence  »  is  not  borne  out 
by  the  glosses  and  the  context.  The  Tripartite  Life  (pp.  90, 
20)  tells  us  that  Guasacht  was  made  Bishop  of  Granard,  and 
his  two  sisters  set  up  at  Clonbrony  :  «  wherefore  there  subsists 
an  adhérence  of  the  church  (of  Clonbrony)  to  the  other  (of 
Granard),  and  it  is  the  airchennccJ)  of  Granard  who  ordains  a 
head  of  nuns  (prioress)  in  Clonbrony  ».  This  version  is  based 
on  Mr.  O'Grady 's,  but  seems  more  in  harmony  with  ail  the 
glosses  and  with  the  context  and  with  «  taobhaidh  ris  », 
«  adha^reatis  Ei  »,  «  cleave  unto  Him  »,  Josiie,  XXII,  5. 

3.  «  Is  c  leth  is  aentudach  (frisin  suisceLî/V)  fri  Matha  in 
tan  atrMbfl!/Vt  »,  may  mean,  «  this  is  a  passage  which  agrées 
(with  the  Evangelist)  with  Matthew  when  he  said  ;  or  the  words 
may  be  frisin  'suiscele   {or  suiscel  ?),   and  we   may   render, 


I .   Cf.  is  cuit  atôibthe  namwâ,  huare  rombi  cechtar  de  sech  alaill,  Sg. 
29  b.  15,  18.  infra. 


478  Edmund  Hogan. 

«  this  is  a  passage  which  is  near  to,  or  in  hannony  \vlth  the 
gospel  of  Matthew  whenhe  said  ».  The  whole  seems  put  for 
a  particLilar  part  of  the  Gospel. 

4.  The  two  inn  and  one  ind  (B.  of  Lismore  fo.  42,  53, 
82)  and  the  in  oî  LB.  61,  favour  Mr.  Stokes  opinion;  but  I 
believe  they  are  corruptions. 

The  glosses  are,  i.  attoibim  .i.  lenteo,  Pr.  Cr.  56  b;  2. 
atôibim  .i.  lenteo,  Pr.  Sg.  145  a;  3.  atoibi  .i.  herenti,  Ml. 
57  d.  4;  atôibe,  atoibe  .i.  as  dlûith,  .i.  is  oentudach,  LB. 
194,  174,  44,  49;  5.  (a)toibmis  .i.  herere,  Ml.  18  c;  6.  co  at- 
toibtis  .i.  ut  inherescerent,  Ml.  63  b;  7.  atoibiud  .i.  adhes- 
sione,  Ml.  54  d;  8.  is  cuit  atôibthe  namwd,  is  airi  asherar 
a  quasi  ad  aliquid  »,  «  quasi  »  .i.  similitudinis;  «  quasi  ad  ali- 
quid  »  asberar  diib,  huare  rombi  cechtar  de  sech  alaill,  Sg. 
29  b.  15;  9.  «  Quasi  semper  adhaerens  .i.  is  cuit  atôibthe, 
huare  rombi  cechtar  de  sech  alaill,  Sg.  29  b.  18. 

The  meaning  is  :  It  is  only  some  adhérence,  a  «  quasi  » 
atoidad,  adh^esio  «  secundum  quid  »  ;  «  ad  aliquid  »  is  said  of 
them,  because  each  of  them  is  outside  or  beyond  the  other. 
Sech  does  not  mean  secus,  which  would  imply  attôibad,  or 
being  /;/  îoehtaid  (Saltair  na  Rann,  6575);  cuit  hère  and  else- 
where  means  «  some  »  and  deserves  a  place  among  the  «  subs- 
tantiva  Pronominalia  »  in  the  next  édition  of  Zeuss.  With  is 
cuit  atôibthe  compare  «  ceii  chuit  n-dignai  .i.  cen  taire  no  cen 
dimecin  »,  without  any  reproach,  that  is,  without  reproach 
{Félire,  CXIV);  is  cuit  frisligi  (\Vh.  3  d.  4.),  est  aliquid  ad- 
jacentiiç,  «  ôir  atd  an  toil  a  b-fogus  dom  »  (Rom.,  VII,  18); 
is  cuit  airicc^  (JVh.  3  d.  8),  ni  cuit  broto  acht  is  dogres,  Ml. 
32  c.  iscuit  ir-imraito^  (Wb.  3  d  6),  cuit  hôrc  .i.  cid  do  uair 


1.  Mr.  Stokes  renders  «  it  is  part  he  finds  »,  I  think  airicc  is  the  gen. 
oî  airccc,  and  glosses  either  a)  «  invenio  »  and  means  «  something  ofa  fin- 
ding«,  «  he  dimlysee  »,  il  entrevoit;  cf.  airccc  naii-lhcpstul  (LB.  15 4)  the  fin- 
ding  of  the  Apostles,  scela  airicc,  LB.  251  a.  Or  b)  it  glosses  «  legem  re- 
sistentem  »  and  is  gen.  of  airecc,  désire,  inclination,  impulse  rz  aireac, 
'.neanman,  O'Don.Suppl.  Das  Gesetz  àcr  Begierîichkeit  is  the  «le.K  resistens  ». 

2.  Mr,  Stokes  reads  «  cuitir  imraito  »  and  does  not  translate.  It  means 
«  some  what  of  longer,  abiding  or  intense  thought  »;  cf.  ir.  -gl.  siithain 
(O'Dav  ,  p.  98),  ir-ihorad  (Fél.,LXI).  Thethree  degrees  are  :  «  cuit  fresligi, 
cuit  ir-iniraito,  «  forbe  ind  imraito  ».  Cuitir  imraito  is  equalled  by  «  the 


A  Puzzle  in  Irish  Parsing.  479 

.i.  etsi  ad  horam,  (Wb.  16  b.  3).  Cuid  in  modem  Irish  is 
constantly  used  pronominaliy,  for  «  aliquid  »  aliqui,  some, 
as  fear  is  for  some,  and  iiicid  for  «  tliose  who  »  as  in  «  cuid 
diobh  »;  and  even  it  looses  its  substantive  and  pronominal 
meaning,  and  vanislies  into  «  un  je  ne  sais  quoi  »  wliich  lîas 
no  équivalent  in  any  language  known  to  me,  as  «  ag  cur  do 
chiiid  éadaigh  ort  »  putting  on  your  clothes  «  d'à  cuid  clain- 
ne  »,  to  hcr  children,  It  is  pronominal  in  «  ag  bualadh  coda 
aca  agus  ag  marbhadh  coda  elle  »,  «  beating  some  and  killing 
some  »,  «  do  ghabhadar  ar  fhear  diobh, do  mharbhadar /t^izr 
cile  agus  do  ghabhadar  do  chlocaibh  ar  fJmar  eile  »,  «  they 
beat  onc,  killed  another  and  stoned  another  »  Çlrisb  and  Engl. 
Bibles,  Mark .  12,    5 ,  Mat .21,35). 

The  tense  forms  are  :  attoihini,  alôibiin,  ist.  sg.  Près.  Indic; 
atoibi,  alôibc,  aioibc,  3rd  sg.  Près,  Ind.,  aloibet  3  pi.  Près.  Ind.  ; 
(a)îoibmis,  attoibtis,  Secondary  Près.  ist.  and  3rd.  PL  ;  atôibad, 
aîôibthe,  atoibiud,  Nom.,  Gen.  and  Dative  of  the  verbal  noun. 
Theglosses  arc:  lenteo,  h;treo,  adhx-reo,  inlî;treo,  as  dlûith, 
is  oentadach.  It  is  an  intransitive  verb  and  is  followed  by  the 
dative  with  do  and  the  accusative  with  co  and  frî. 

Edmund  Hogan,  S.  J. 


ironslaught  »  (in  this  day's  Dublin  Evening  Tclegraph  May,  23)  for  «  tlieir 
onslaught  ».  «  Tlic  ironslaught  was  irrésistible  »,  for  thcir  onslauglit. 


MÉLANGES 


GWYR,  GOAR 

Une  nouvelle  explication  de  ces  formes  déponentielles  énig- 
matiques:  gall.  givyr,  armor.  gwar  (vannet.  gwci-)  «  il  sait  », 
vient  d'être  proposée  par  M.  Windiscli  et  M.  Zimmer^. 
M.  Windisch  identitie^w}';'  avec  le  védique  vidre  «  ils  savent  >), 
M.  Zimmer,  avec  le  sanscrit  vidiïr  :  tous  les  deux,  confor- 
mément à  leur  théorie  sur  les  formes  verbales  en  -r,  y  voient 
une  ancienne  troisième  personne  du  pluriel.  La  seule  difficulté 
dans  cette  identification  consiste  dans  la  disparition  du  d  de 
gwyr.  M.  Windisch,  pour  l'expliquer,  renvoie  aux  exemples 
de  la  Gramm.  cclt.  de  d  disparus  :  roy,  roes ;  diclw  «  defor- 
mis  »,  mi  ath  roessum  daremte;  y  mewn  in  médium.  Roy,  roes, 
roessum,  doivent  être  laissés  de  côté  (v.  Zimmer,  Kuhn's  Zeiischr., 
XXX,  p.  217-221);  dielw  est  non  pour  di-ddchu,  mais  pour 
di-eliv  «  sans  valeur,  vil  »,  à  .moins  que  ce  ne  soit  une  forme 
dialectale.  Resterait!'  me-wn  qui  paraît  devoir  être  rapproché 
de  l'irlandais  uiedôn.  Cet  exemple  ne  suffirait  pas,  mais,  serait- 
il  parfiiitement  probant  pour  la  disparition  de  d  entre  deux 
voyelles,  qu'il  ne  prouverait  rien  ici.  C'est  la  disparition  de  d 
suivie  d'r  qu'il  faudrait  expliquer.  Si  on  accepte  en  effet 
l'identification  de  gwyr  avec  les  formes  indiennes,  c'est  avec 
un  vieux-breton  *gzuîdr  que  nous  aurions  à  compter.  Suivant 
M.  Zimmer,  gividr  aurait  donné  goer,  giuyr,  de  même  manière 


I.  M.  Rhys  a  proposé  de  rapprocher  oruyr  de  ro-fitir,  en  voyant  dans 
fitir  un  déponent  en  /,  théorie  que  Fauteur  ne  soutiendrait  plus  lui-même 
aujourd'hui  {Revue  Celt.,  V,  p   42-45). 


Mélanges.  481 

que  *ogno,  *flgroont  donné  en  gallois om,  oer,  en  corniqueo?/^, 
en  breton  oan  (Kuhn's  Zeitschr.,  XXX,  p.  272-273).  Pour  le 
breton  armoricain  il  n'y  a  pas,  en  apparence,  de  sérieuse  diffi- 
culté phonétique  :  tr,  ^r. évoluent,  en  effet,  en  :;/,  er  :  moirep-= 
mo:;reh  =  moereb  ;  pairon  :=.  pa:^ron,  pacron,  etc.  La  seule  ob- 
jection que  l'on  puisse  faire,  sur  le  terrain  armoricain,  c'est 
que  gwidr  n'eût  donné  en  vannetais  et  dans  une  partie  de  la 
Cornouailles,  que^w^r  (avec  /^français)  :  cf.  giiér  «  verre  »  = 
vitrum,  en  passant  par  guc:^r.  W  vieux-breton  ne  donne  giu, 
en  vannetais,  que  devant  a  ou  devant  un  ê  long  (devant  l  long, 
on  a  toujours  gii)  :  ex.  giuann  «  faible  »  ;  gzcc  «  sauvage  » 
(léonais  gwe:^,  ir\.  Jiad^.  L'objection  ne  serait  pas  insoluble,  les 
formes  fortes  de  la  racine  veid-  ayant  pu  passer  du  singulier  au 
pluriel.  Mais  l'explication  de  M.  Zimmer  se  heurte,  en  gallois, 
à  une  difficulté  qui  me  paraît  insurmontable  :  les  groupes  /;-, 
dr  dans  cette  langue  ne  donnent  jamais  que  dr  :  le  breton  caer 
«  beau  »,  moyen  arm.  ^a:^r,  a  pour  correspondant  gallois,  en- 
core aujourd'hui,  cadr  =  *  ca.dros  :  cf.  Belatu-cadrus.  Degiunlr 
nous  aurions  actuellement,  en  gallois,  giuydr. 

Une  autre  hypothèse  me  paraît  possible. 

M.  Thurneysen  (Kuhn's  Zeitschr.,  XXVII,  174  remarq,, 
et  XXVIII,  151- 15 3)  a  fait  sortir  l'irlandais  ro-feiar  de  *vi- 
desar  et  voit  dans  ro-fetar  un  indicatif  aoriste  en  -s.  M.  Zim- 
mer, sans  contester  que  cette  identification  ne  soit  phonéti- 
quement exacte,  rejette  cette  hypothèse  pour  des  raisons  qu'il 
serait  trop  long  d'exposer  ici  (Kuhn's  Zeitschr.,  p.  122)  et 
explique  ce  temps  en  partant  de  formes  d'aoristes  en  -is-  de  la 
y  personne  du  pluriel.  Les  formes  actives  *e  vidis-r,  moyen- 
nes e  vidis-nto  auraient  donné  en  irlandais  *fidisar,  *fidisct, 
d'où  *fidsar,  *fidsel,  *fitar,  *fitct.  De  la  contamination  de 
*Jjtar,  *fitet  est  née  fitctar,  forme  régulière  de  la  3''  pers.  du 
plur.  en  vieil  irlandais.  C'est  cette  forme  qui,  avec  les  formes 
analogiques  ro-filcmmar,  ro-fitid  nées  d'elle,  aurait  produit,  par 
formation  analogique,  le  sing.  :  rofetar,  je  sais  ;  rojitir,  il  sait. 

Il  ne  me  semble  pas  impossible  qu'en  partant  d'une  forme 


I .  Le  comique  oan  n'est  qu'une  graphie  anglaise  pour  011,  et  ne  doit  pas 
être  identifié  avec  le  léonard  oan. 

Revue  Celtique,  X  32 


482  Mélanges. 

aoristique  e  vidisr,  on  ne  puisse  arriver  à  gwyr.  De  vidisr 
on  a  pu  arriver  à  vidsr  par  la  disparition  de  Vi  non  accentué. 
La  conservation  d'un  s  entre  deux  voyelles,  en  vieux  celtique, 
est  possible,  si  1'^  s'est  trouvé,  par  la  chute  très  ancienne  d'une 
des  voyelles  flanquantes,  en  contact  avec  une  consonne  :  ex. 
Isaca,  Isca,  auj.  Wysg;  et.  cosp  «  punition  ».  De  visr,  on  ar- 
rive à  gwyr.  Je  dois  ajouter  qu'une  forme  aoristique  en  -s-  : 
e  vids-r,  soulèverait  moins  de  difficultés.  Ce  qui  corrobore  sin- 
gulièrement cette  hypothèse,  c'est  que  les  formes  en  s,  ;^  du 
temps  auquel  appartient  gtvyr,  gouioch,  gouxpmp,  gou:^ont,  sont 
d'anciens  aoristes,  sans  qu'il  puisse  y  avoir,  à  ce  sujet,  le 
moindre  doute.  Gouioch,  en  effet,  n'est  pas  le  moins  du 
monde  identique  au  gallois  giuyddoch,  comme  l'ont  cru 
MM.  Rhys,  Windisch  et  Zimmer  ;  Y  s  ou  ;^  breton  est  un  j  = 
ds  :  oouzoch  est  en  effet  usité  dans  toute  la  Cornouaille  et  en 
bas-vannetais,  c'est-à-dire  dans  des  zones  où,  actuellement, 
tout  ;(  sorti  de  d  entre  deux  voyelles  a  disparu. 

J.   LOTH. 

IL 

EGUETOU 

La  Gramm.  celtic,  2"  éd.,  voit  dans  Veguetou  de  la  Buhe^  S. 
Nonn,  la  préposition  eguet  suivie  du  pronom  suffixe  :  na  gal- 
ses  de  quet  eguctoii  sarmon  «  ut  non  posses  tu  propterea  sermo- 
cinari  »  (Gr.  celt.,  p.  690).  M.  Ernault,  dans  son  vocab. 
étym.  du  breton  moyen,  a  traduit  eguetou,  comme  agueiou, 
ecrueiitou  par  récemment,  dernièrement^.  Il  n"y  a  pas  là-dessus  le 
moindre  doute,  et  je  viens  simplement  confirmer  sa  traduction 
par  des  formes  modernes.  On  dit  encore  dans  le  pays  de  Léon, 
notamment  aux  environs  de  Landerneau,  egentaou  dans  le 
sens  de  dernièrement,  tout  récemment.  La  forme  existe  d'ailleurs 
également  en  comique  :  agensow,  agynsoiu  «  a  while  since,  la- 
tely  »  (Williams,  Lexicon  cornii-briîannicunî).  On  peut  se  de- 
mander pourquoi  on  trouve  tantôt  agctoii,  egentcu,  avec  ou 
sans  n.  C'est  une  loi  générale  du  breton  armoricain  moderne 

I .  Le  dictionnaire  de  Le  Gonidec  donne  les  formes  ahelaoti,  agetaou, 
egentaou.,  ergentaou. 


Mélanges.  48^ 

que  le  /  reste  intact,  si,  par  un  transport  de  l'accent  sur  la  syl- 
labe suivante.  Vu  a  disparu  :  vannetais,  enta  et  eta,  ta  ;  être, 
tré=  entré;  ketan  =  kentan  ;  getou  «  avec  lui  »  =  gentou,  etc. 

J.  LoTH. 

m. 

FECH,  FI  =  CHWEC'H,  CHJVI,  EN  BRETON 
DE  PONT-L'ABBÉ. 

Pont-l'Abbé  est  un  petit  port,  à  quatre  ou  cinq  lieues  au 
sud  de  Quimper.  Le  breton  de  la  petite  zone  dont  Pont- 
l'Abbé  est  le  chef-lieu  présente  certaines  différences  assez  sen- 
sibles avec  le  breton  de  Quimper  même.  Il  m'avait  semblé, 
il  y  a  une  quinzaine  d'années,  avoir  entendu,  à  Quimper,  des 
paysans  de  Pont-l'Abbé  dire  fec'b  pour  chiuec'h,  six.  Un 
de  mes  auditeurs,  M.  Moener,  qui  a  habité  Pont-l'Abbé  et  y 
a  des  relations,  m'a  certifié  le  tait.  Je  supposais  que  ce  cas  de 
/  (f  français)  ==:  sv  vieux  celtique  ne  devait  pas  être  isolé. 
M.  Moener  qui,  lui-même,  pour  plus  de  sûreté,  a  communiqué 
à  ses  correspondants  toute  une  liste  de  mots  commençant  par 
c'hw  =  sv  vieux-celtique,  n'a  constaté  qu'un  autre  cas  de/  = 
sv  :  on  dit  fi  pour  c'hiui,  vous.  Cette  prononciation  fi,  fec'h 
s'étendrait  jusqu'à  Audierne,  sur  la  côte.  On  a  le  droit  de  sup- 
poser que  tous  les  mots  commençant  par  sv  vieux-celtique  ont 
dû  se  prononcer/  autrefois  dans  cette  région  et  que  le  nombre 
a  dû  s'en  réduire  peu  à  peu  sous  l'influence  de  la  pronon- 
ciation des  pays  environnants.  Mais  pourquoi /c^ 7;, y/  auraient- 
ils  été  seuls  épargnés  ?  Serait-ce  à  cause  de  l'emploi  plus  fré- 
quent de  ces  deux  mots  ?  Dans  l'intérieur  du  mot,  je  n'ai  relevé 
de  particularité  que  pour  difuni  «  éveiller  »  au  lieu  de  dibuni. 
Cette  prononciation  existe,  je  crois,  ailleurs  qu'à  Pont-l'Abbé, 
et  peut  s'expliquer  autrement  que  celle  de  fec'b,  fi.  Des  re- 
cherches minutieuses  pourraient  peut-être  d'ailleurs  amener, 
sur  ce  point,  à  de  nouvelles  découvertes  dans  la  zone  de  Pont- 
l'Abbé.  Un  de  yncs  amis  me  signale  un  autre  îlot  linguistique 
où,  d'une  manière  générale,  *  sv  donnerait  f.  J'y  fais  taire  des 
recherches.    • 

J.    LoTH. 


BIBLIOGRAPHIE 


Lectures  on  the  origin  and  growth  o£  religion  as  illus- 
trated  by  celtic  heathendom,  by  John  Rhys.  London,  Williams 
and  Norgate,  1888,  gr.  in-8,  708  pages  (The  Hibbert  Lectures,  1886). 

L'auteur  a  voulu,  comme  le  titre  l'indique  et  comme  il  l'ex- 
pose lui-même  dans  sa  préface,  ajouter  un  chapitre  nouveau 
à  l'histoire  de  la  religion  par  l'exposition  de  la  mythologie  cel- 
tique. Mais  cette  mythologie,  il  fallait  la  retrouver  et  la  recons- 
tituer. Les  textes  des  écrivains  de  l'antiquité,  les  monuments 
de  l'époque  gauloise  ou  gallo-romaine,  nous  fournissent  de 
précieux  mais  trop  rares  éléments  d'information.  M.  Rhys  ne 
pouvait  se  dispenser  d'en  parler  ;  aussi  a-t-il  résumé  à  peu 
près  ce  que  l'on  sait  sur  les  dieux  gaulois,  en  y  ajoutant  quel- 
ques remarques  étymologiques  et  des  identifications  de  noms 
intéressantes.  Mais  c'est  surtout  dans  les  traditions  irlandaises 
et  galloises  qu'il  a  cru  pouvoir  retrouver  les  matériaux  néces- 
saires à  la  reconstitution  du  panthéon  celtique;  c'est  là  son 
véritable  sujet  et  ce  qui  fait  pour  nous  le  principal  intérêt  de 
son  travail.  Personne  n'était  mieux  qualifié  pour  une  pareille 
entreprise  que  l'auteur  des  Lectures  on  luelsh  pbonology  et  de 
Celtic  Britain,  livre  très  discutable  à  plus  d'un  titre,  mais  témoi- 
gnant en  tout  cas  d'une  rare  connaissance  des  antiquités  cel- 
tiques. Cette  nouvelle  œuvre  témoigne  aussi  d'éminentes  qua- 
lités :  d'une  connaissance  approfondie  de  la  linguistique,  d'une 
érudition  des  plus  variées,  mise  au  service  d'une  imagination 
des  plus  ingénieuses  et  des  plus  fertiles,  trop  fertile  même,  à 
mon  gré.  On  est  entraîné  à  tout  instant  aux  extrémités  les  plus 
opposées  du  monde  matériel  et  du  monde  de  la  pensée  ;  c'est 
un  défilé  vertigineux  de  dieux  et  de  déesses,  de  héros,  d'hé- 


à 


Bibliographie.  48  s 

roïnes  de  toute  forme,  de  toute  nationalité  ;  une  suite  ininter- 
rompue d'hypothèses  ingénieuses,  paradoxales,  se  succédant 
ou  plutôt  se  croisant  en  tout  sens,  si  bien  qu'on  ne  peut  en 
envisager  une  sans  se  trouver  sollicité  par  dix  autres  à  la  fois. 
Tout  lecteur  sera  assurément  de  l'avis  de  M.  Rhys,  quand  il  se 
plaint  d'un  embarras  de  richesses.  On  est  en  présence  d'une 
œuvre  assurément  singulière  et  remarquable,  mais,  en  dépit 
d'heureuses  et  précieuses  trouvailles,  l'auteur  a-t-il  atteint  son 
but  ?  Les  épais  nuages  qui  nous  dérobaient  l'Olympe  celtique 
se  sont-ils  dissipés  ?  Ou  n'avons-nous  sous  les  yeux  que  le  ré- 
sultat des  visions  et  des  savants  rêves  d'un  homme  d'esprit, 
d'une  poétique  et  ingénieuse  érudition  ? 

Si  M.  Rhys  n'a  pas  réussi  dans  la  reconstitution  hardie 
qu'il  a  tentée,  la  faute  en  est  à  la  fois  à  son  sujet  et  au  sys- 
tème qu'il  a  suivi. 

Un  abîme  sépare  le  monde  vieux-celtique  de  l'époque  où  a 
été  mise  par  écrit  la  matière  mythique  de  l'Irlande  et  du  pays 
de  Galles.  Le  plus  ancien  manuscrit  épique  de  l'Irlande  est  du 
XII''  siècle  ;  les  plus  anciens  Mabinogion,  les  triades  galloises, 
ont  dû  être  rédigées,  à  les  prendre  en  bloc,  dans  le  courant  du 
xn*"  siècle  et  ne  nous  ont  été  conservées  que  dans  des  manus- 
crits postérieurs.  Le  christianisme  a  bouleversé  dans  les  deux 
pays  la  religion  et  les  traditions  payennes.  De  plus,  chez  les 
Bretons  surtout,  les  guerres  pour  l'indépendance  ont  forcé- 
ment mis  au  premier  plan  les  héros  nationaux,  au  détriment 
des  héros  ou  demi-dieux  payens.  Les  plus  favorisés  parmi  ces 
derniers  se  sont  confondus  avec  les  autres  ou  apparaissent  sous 
des  traits  qui  ne  leur  appartenaient  sans  doute  pas.  Il  est  la 
plupart  du  temps  excessivement  difficile,  pour  ne  pas  dire  im- 
possible, de  fiire  l'analyse  des  composés  hybrides,  mythico- 
historiques,  que  nous  présentent  les  traditions  irlandaises  et 
galloises.  On  peut  rarement  avec  certitude  les  rattacher  à  un 
personnage  du  monde  vieux-celtique.  M.  Rhys  a  eu  cette 
bonne  fortune  pour  le  héros  irlandais  Nuada,  chez  les  Gal- 
lois Nudd'.  La  forme  vieille  celtique  de  ce  nom  est  Nôdens  ; 


I .   .M.  Rhys  corrige,   avec  raison,  LUuhi  Uaivereint  en  Kudd  Lhmrreint 
ou  Nudd  à  la  main  d'argent.  Llav.rreint  est  identique  pour  le  sens  et  la  va- 


486  Bibliographie. 

or,  c'est  justement  le  nom  d'un  dieu  auquel  était  consacré,  à 
l'époque  romaine,  un  temple  dont  on  a  retrouvé  les  débris  à 
Lydney  en  Gloucestershire.  Mais,  en  dehors  de  cette  identi- 
fication, que  savons-nous  ?  Les  traditions  galloises  ne  nous  ap- 
prennent à  peu  près  rien  sur  Nudd,  sinon  qu'il  a  été  empri- 
sonné, ce  qui  est  expliqué  par  les  traditions  irlandaises.  Nous 
ne  pouvons  même  pas  savoir  par  ces  traditions  quelles  étaient 
au  juste  ses  attributions.  En  général,  lors  même  que  nous 
arrivons  à  identifier  deux  héros  ou  demi-dieux  gaéliques  et 
bretons,  notre  science  s'arrête  là.  L'histoire  ou  les  traditions 
qui  les  concernent  sont  la  plupart  du  temps  fort  divergentes; 
ici  encore,  le  temps  et  le  christianisme  ont  £iit  leur  œuvre. 
M.  Rhys  a  eu  bien  rarement  affaire  à  des  dieux  aussi  aisés  à 
saisir  que  Nodens,  si  rarement  qu'il  en  est  arrivé  à  se  contenter 
des  plus  faibles  indices  pour  conclure  à  des  identifications  de 
dieux  gaulois  et  de  personnages  de  la  légende  néo-celtique.  On 
voit  apparaître  dans  les  Mabinogion  et  les  Triades  un  person- 
nage du  nom  de  Mabon,  dont  le  trait  le  plus  caractéristique 
est  qu'il  a  été  enlevé  d'auprès  de  sa  mère  la  troisième  nuit  de 
sa  naissance.  M.  Rhys  veut  que  ce  soit  un  Apollon  celtique. 
Mabon  suppose  en  effet  en  vieux  celtique  Maponos,  une  des  épi- 
thètes  de  l'Apollon  gallo-romain  ;  on  avouera  que  ce  n'est  pas 
suffisant,  si  on  songe  surtout  que  Mabon  signifie  enfimt.  C'est 
justement  cette  dernière  particularité  qui  a  décidé  M.  Rhys. 
En  Dacie,  en  Transylvanie,  dit-il,  on  adorait  Apollon  enfant 
(Deus  bonus  Puer  Posphorus  Apollo  Pythius).  Or,  dans  un 
poème  de  Taliessin,  l'enfant  Jésus  est  qualifié  de  Mabon.  Il 
semble  donc  que  les  Celtes  aient  adoré  un  dieu  enfant  sous  le 
nom  de  Maponos.  Je  ferai  remarquer  que  dans  ce  poème  de 
Taliessin  dont  le  manuscrit  est  du  xiii''  siècle,  au  plus  tôt,  le 
mot  Mabon  me  semble  avoir  le  sens  de  l'Enfant,  tout  simple- 
ment. Quelques  vers  plus  haut,  en  effet,  Jésus  est  qualifié  de 
rex  mcibon  Çnieibon  pluriel  de  niap,  enfant)  (Skene,  Four  anc. 
books  of  Wales,  II,  174,  175). 

leur  des  termes  à  Argeilim,  épithète  de  Nuada.  J'ai  proposé  la  même  cor- 
rection et  la  mtJme  idemificalion  dans  le  tome  I,  page  265,  note  2,  de  ma 
traduction  des  Mabinogion.  Je  n'ai  eu  le  livre  de  M.  Rhys  entre  les  mains 
qu'après  l'entière  impression  de  mes  deux  volumes. 


Bibliographie.  487 

Le  héros  principal  du  Mahinogi  de  Branwen,  Bran,  ordonne 
à  ses  compagnons  de  lui  couper  la  tête  et  d'enterrer  cette  tête 
à  Londres,  la  face  tournée  vers  la  France.  Le  Mahinogi  ajoute 
qu'aucun  fléau  ne  pouvait  envahir  Tile,  tant  que  la  tète  res- 
terait cachée  en  cet  endroit.  M.  Rhys  identifie  Bran  avec  le 
dieu  gaulois  Cernunnos,  parce  que  sur  certains  monuments 
de  la  Gaule,  c'est  la  tête  qui  fliit  à  peu  près  tout  le  dieu  et  qui 
absorbe  le  reste  ! 

Ce  qui  déroute  le  plus  le  lecteur  et  est  de  nature  à  lui  ins- 
pirer le  plus  de  méfiance,  c'est  qu'il  n'est  pas  le  moins  du 
monde  fixé  sur  la  valeur  des  sources  employées  par  l'auteur. 
M.  Rhys  puise  un  peu  partout,  à  pleines  mains,  dans  les  tra- 
ditions galloises  de  toute  époque.  Si  les  Mabinogion  et  les 
triades  ne  suffisent  pas,  il  se  rabat  sur  les  lolo  manuscripts,  recueil 
très  mêlé,  formé  de  morceaux  sans  aucun  lien  les  uns  avec  les 
autres,  de  valeur  et  d'époque  diverses.  On  aurait  voulu  aussi 
savoir  ce  que  pensait  M.  Rhys  des  poètes  gallois  auxquels  il 
fait  des  emprunts^.  Pour  les  Mabinogion  même  et  les  triades, 
un  travail  critique  était  indispensable.  Outre  les  graves  événe- 
ments historiques  qui  ont  si  profondément  troublé  les  traditions 
celtiques,  les  Bretons  insulaires  ont  eu  le  malheur  d'avoir  pro- 
duit Gaufrei  de  Monmouth,  un  àcs  plus  insignes  fiussaires  et 
un  des  plus  audacieux  arrangeurs  qui  aient  jamais  paru.  Dans 
quelle  mesure  Gaufrei  et  ses  imitateurs  ont-ils  altéré  la  tradi- 
tion, influé  sur  les  Mabinogion  et  les  Triades  ?  M.  Rhys  ne 
paraît  pas  s'en  être  suffisamment  préoccupé.  Aussi  s'est-il 
exposé  à  plus  d'un  mécompt..  Je  me  contenterai  d'en  citer  un 
exemple  caractéristique.  M.  Rhys  identifie  Elen  Luyddawcavec 
l'irlandaise  Caer  dans  laquelle  il  voit  une  déesse  de  la  lumière. 
Cette  Caer  était  accompagnée  d'une  troup\.  de  cygnes  portant 
au  cou  une  chaîne  d'argent.  Elen,  d'après  les  Triades,  aurait 


I .  Je  n'ignore  pas  qu'on  ne  peut  exiger  la  même  méthode  en  mythologie 
comparée  qu'en  iiistoire.  Un  conte  populaire  moderne  peut  nous  éclairer 
davantage  sur  un  mythe  ancien  que  tel  texte  de  l'antiquité  grecque,  Une 
comparaison  bien  faite  vaut  une  démonstration  Mais  quand  il  s'agit  d'une 
littérature  écrite  susceptible  de  renfermer  tant  d'éléments  divers  que  la  lit- 
térature galloise  du  xii«  siècle  et  des  siècles  suivants,  on  a  le  droit  de  de- 
mander compte  à  l'écrivain  de  la  provenance  et  de  la  valeur  de  ses  sources. 


488  Bibliographie. 

conduit  hors  de  Bretagne  une  des  trois  arîanllu  ou  armée  d'ar- 
gent. Cette  troupe,  d'après  M.  Rhys,  a  dû  être  mythique 
comme  celle  de  Caer.  Lorsqu'on  n'a  plus  compris  le  sens 
d'an'anllu,  on  en  a  fait  une  troupe  d'hommes  armés.  Pour 
conduire  une  armée,  il  fallait  un  chef.  On  a  évincé  Emrys  ou 
Emr}^s-Myrddin,  le  dieu-soleil  (M.  Rhys,  suivant  en  cela  Gau- 
frey,  voit  dans  l'Ambrosius  de  Nennius,  Merlin),  par  amour- 
propre  national,  au  profit  de  Maxen  (forme  peu  correcte  pour 
Maximus),  vainqueur  de  l'empereur  Gratien.  Maxen  a  pris  la 
place  d'Emrys,  dans  le  Mahinogi  du  songe  de  Maxen,  auprès 
d'Elen  Luyddawc,  ce  qui  explique,  toujours  d'après  l'auteur, 
pourquoi  les  généalogies  du  manuscrit  Harl.  3859  font  de  Maxi- 
mus un  descendant  de  Constantin  le  Grand,  Emrys  étant  gé- 
néralement représenté  comme  un  fils  de  Constantin.  Tout 
d'abord,  il  ne  me  paraît  pas  le  moins  du  monde  prouvé  que 
Yarianllu  soit  mythique.  Il  est  fort  possible  en  effet  qu  arian 
signifie  brillant  comme  dans  beaucoup  d'autres  noms,  par 
eyiem^ple  u4rgentocoxos,  Argentoratum,  etc.  Lluyddaïuc  r\■l^^2Ls\e. 
sens  que  lui  attribue  M.  Rhys  en  ce  qui  concerne  Hélène  : 
c'est  la  traduction  galloise  d'iniperatrix  dans  le  sens  de  chef 
d'armée.  Les  généalogies  du  Harl.  3859  ne  permettent  pas 
d'en  douter  :  Constantini  magni  map  Constantii  et  Helen  Luit- 
dauc  que  de  Britannia  exivit  ad  crucem  Christi  querendam  et 
inde  attulit  secum  usque  Constantinopolis  (sic)  et  est  ibi  usque 
in  hodiernam  diem.  Hélène  a  dû  fortement  agir  sur  les  ima- 
ginations bretonnes.  Elle  était  originaire  de  Bretagne;  d'après 
Bède  (H.  Eccl.,  I,  8)  Constance  aurait  eu  son  fils  Constantin 
ex  concubina Helena,  dans  l'île.  Le  nom  de  luyddaivc,  mal  com- 
pris, aura  conduit  à  la  supposer  chef  d'armée,  d'autant  plus  fa- 
cilement que  son  expédition  à  la  recherche  de  la  vraie  croix 
'  était  fort  connue.  Qu'il  soit  venu  s'y  mêler  des  éléments  hété- 
rogènes, cela  n'est  pas  douteux  ;  c'est  l'histoire  de  tous  les 
héros  les  plus  en  chair  et  en  os.  La  légende  d'Hélène,  telle  que 
nous  la  trouvons  dans  les  Mab.  et  les  Triades,  a  dû  d'ailleurs 
se  former  assez  tard.  On  voit  que  les  généalogies  ne  la  con- 
naissent pas  ;  or  elles  ont  été  écrites  vers  la  fin  du  x''  siècle, 
comme  l'a  établi  M.  Egerton  Phillimore(}^  Cyninirodor,  IX,  i). 
C'est  Gaufrei  de  Monmouth  qui  le  premier  l'a  faite  épouse  de 


Bibliographie.  489 

Maxen  (chez  lui  Maximianus).  Quant  à  l'expédition  de  xMaxime 
en  Gaule  et  ses  effets,  il  en  est  fait  mention  dans  Gildas  (De 
excid.,  X).  L'établissement  des  Bretons,  partis  à  sa  suite,  en 
Armorique,  appartient  à  Nennius.  Tous  les  autres  traits  de 
l'histoire  du  Maxen  des  Triades  sont  empruntés  à  Gaufrei.  La 
prétendue  tradition  qui  fait  descendre  Emrys  ou  Ambrosius  de 
Constantin  est  encore  de  lui  -.  C'est  lui  qui  a  fait  d' Ambrosius 
et  d'Uter  des  frères  de  Constans  et  des  fils  de  Constantin, 
frère,  selon  lui,  d'Aldroen,  roi  d'Armorique.  Dira-t-on  que 
Gaufrei  a  suivi  les  Triades  ?  Le  contraire  ici  est  certain.  L'idée 
de  la  fable  de  Constans  et  Constantin  lui  a  été  inspirée  par  un 
fait  historique.  En  407,  un  Constantin  se  fait  empereur  en 
Bretagne  (Chronique  de  Prosper  d'Aquit.).  Il  est  tué  à  Arles 
(Bède,  Hist.  Ecc,  L  11).  Suivant  Orose  (VII,  40)  ce  Cons- 
tantin aurait  fait  général  son  fils  Constans  de  moine  qu'il  était. 
Constans  aurait  été  également,  d'après  Jornandes  {De  Cet.  or., 
c.  32)  de  moine  fait  César  et  tué  à  Vienne.  Or,  le  Constans 
de  Gaufrei  aurait  été  lui  aussi  fait  moine  par  son  père  Cons- 
tantin avant  d'être  mis  sur  le  trône.  Les  Triades  se  sont 
bornées  à  transformer  Constans  en  Knstennin  vychan  ou  Cons- 
tantin le  Petit.  Elles  le  font  tuer  par  Vortigern-. 

La  principale  raison  au  fond  qui  a  déterminé  M.  Rhys  à 
remplacer,  auprès  d'Elen,  Maxen,  par  Emrys,  c'est  qu'il  voit  dans 
Elen  une  déesse  de  l'aube,  et  dans  Emrvs-Myrddin  un  dieu- 
soleil.  Emrys-Myrddin-Maxen  étant  un  Zeus  breton,  il  n'a 
pas  hésité  du  même  coup  à  faire  de  Vortigern  un  Kronos.  Nous 
touchons  ici  au  vice  fondamental  du  système  de  l'auteur. 
M.  Rhys  considère  les  Mabinogion,  les  Triades  et  les  poésies 
plus  ou  moins  légendaires,  au  fond,  comme  des  sources  à  peu 
près  pures  de  la  mythologie  celtique.  Ce  qui  les  a  troublées, 
c'est  Yevhcmêrismc  :  on  a  transposé  les  mythes  en  histoire.  Il 
suffit  de  retransposer  l'histoire  en  mythes  pour  voir  reparaître 
dans  tout  leur  éclat  les  dieux  et  demi-dieux  des  Celtes,  et 
s'évanouir  les  incohérences  et  les  obscurités  de  la  littérature 

1 .  On  la  clicrchcrait  en  vain  dans  Nennius. 

2.  Sur  Maxen,  Hmrys,  Vortigern,  Elen,  v.  ma  traduction  des  Mabino- 
gion. Plusieurs  des  traits  du  Maxen  gallois  n'appartiennent  pas  au  Maximus 
de  l'histoire. 


490  Bibliographie. 

légendaire  des  Bretons  et  des  Gaels.  L'Elen  de  Gaufrei  enlevée 
sur  le  mont  Saint-Michel  par  un  géant  espagnol,  c'est  la  lu- 
mière passant  au  crépuscule  et  se  perdant  finalement  dans  les 
ténèbres  de  la  nuit  (p.  i6i).  Llew  Llawgyftes  est  un  dieu- 
soleil.  Sa  croissance  rapide  rappelle  celle  d'Apollon.  Llew  sur 
le  bord  de  la  cuve  où  il  va  prendre  son  bain  peut  être  com- 
paré au  soleil  entrant  dans  la  mer.  En  allant  à  la  recherche  de 
Llew  pour  le  ramener  à  la  vie,  c'est  le  soleil  que  Gwydion  va 
ranimer  pour  éclairer  le  monde.  La  femme  de  Llew,  Blodeu- 
wedd,  trompant  son  mari  pour  Goronwy,  c'est  l'aube,  transi- 
tion entre  la  nuit  et  le  jour,  partageant  également  son  amour 
entre  le  dieu-soleil  et  les  princes  des  ténèbres  (pp.  384  et 
suiv.)  ^ 

Kulhwch  et  Gwri  sont  aussi  des  dieux  solaires.  Les  vingt- 
quatre  fils  de  la  tante  de  Kulhwch  tués  par  Yspaddaden  repré- 
sentent les  vingt-quatre  heures  du  jour,  personnifiées  égale- 
ment dans  les  vingt-quatre  dames  délivrées  par  Owen  de  la 
captivité  du  Noir  Oppresseur  (p.  494). 

Gwri  menant  les  chevaux  à  l'abreuvoir  rappelle  à  M.  Rhys 
la  peinture  si  connue  que  tait  Shakespeare  de  Phœbus  abreu- 
vant ses  coursiers  (p.  501  et  suiv.). 

Le  triomphe  de  Conall  Cernach,  vengeur  de  Cuchulain, 
meurtrier  d'Ailill,  de  Mesgegra,  découpant  le  cochon  de  Mes- 
roida  et  principal  convive  du  célèbre  repas,  est  la  victoire  du 
dieu-soleil  ;  le  porc  représente  les  ténèbres. 

La  semaine  chez  les  Gallois  porte  le  nom  de  luythnos,  huit 
nuits;  en  prenant  pour  base  le  jour  de  vingt-quatre  heures,  cela 
ferait  sept  jours  et  demi.  M.  Rhys  retrouve  cette  semaine  de 
sept  jours  et  demi  personnifiée  dans  une  triade  :  une  des  trois 
charges  de  cheval  est  celle  que  porte  Du  Moro,  le  cheval 
d'Elidyr  Mwynvawr  :  il  porte  du  nord  jusqu'à  Penllech  en  An- 
glesey  sept  personnes  et  demie  :  le  cuisinier  Albeinwyn  est  le 
demi-homme:  il  nage  avec  les  mains  sur  la  croupe  du  cheval. 


I.  Pour  M.  Rhys,  la  forme  primitive  du  nom  de  Llew  est  Lieu,  ce  qu 
lui  permet  d'identifier  ce  nom  avec  celui  de  Lug.  Ses  raisons  ne  me  parais- 
sent pas  convaincantes.  En  tout  cas,  Llew  ou  Lieu  a  peu  de  rapports  avec 


Bibliographie.  491 

Le  cuisinier  pour  M.  Rhys  représente  la  nuit  qui  commence  la 
semaine  (p.  370-372).  La  semaine  chrétienne  prise  comme 
période  de  huit  nuits  est  personnifiée  par  les  huit  officiers  de 
la  cour  d'Arthur,  en  comptant  le  portier  Glewhvyd  Gavaelvawr. 
Comme  Glewlwyd  et  les  siens  dans  deux  autres  passages  ne 
font  que  cinq,  cela  représente  la  demi-semaine  (p.  372,  note). 
Les  neuf  portiers  aux  neuf  portes  d'Yspaddaden  ;  les  neuf 
sorcières  de  Gloucester  personnifient  l'ancienne  semaine 
(p.  372-373),  etc.  Je  pourrais  multiplier  les  exemples  à  l'in- 
fini. Je  me  hâte  d'ajouter  que  ces  identifications  et  personni- 
fications sont  souvent  présentées  avec  beaucoup  d'art  et  parfois 
d'une  façon  fort  spécieuse.  L'ouvrage  entier  a  une  sorte  de 
couleur  poétique  fort  attrayante  :  je  crois  que  Wagner,  s'il 
eût  vécu,  eût  emprunté  plus  d'un  sujet  d'opéra  à  M.  Rhys; 
que  dis-je  ?  il  aurait  pu  mettre  la  moitié  du  livre  en  musique. 
Je  ne  veux  pas  insinuer  par  là  que  la  science  n'y  trouvera  pas 
beaucoup  à  prendre.  Le  linguiste  rencontrera  à  chaque  page 
des  sujets  d'étude  et  de  précieuses  indications.  Au  point  de 
vue  de  la  mythologie  comparée,  en  dépit  de  la  solarisation  à 
outrance,  une  foule  de  comparaisons  instructives  et  ingé- 
nieuses s'imposeront  à  tous  les  amis  de  ce  genre  d'études.  Je 
signalerai,  entre  autres  chapitres,  celui  qui  est  consacré  à 
Gwydion.  Les  rapprochements  que  M.  Rhys  fait  de  ce  per- 
sonnage avec  Woden  et  Lidra  sont  non  seulement  hardis  et 
séduisants,  mais  encore  plausibles.  Les  difierences  seraient  peut- 
être  aussi  nombreuses  que  les  ressemblances,  mais  ces  der- 
nières sont  de  telle  nature  et  amenées  avec  tant  d'habileté 
qu'on  ne  voit  qu'elles  et  qu'on  abonde  malgré  soi  dans  le 
sens  de  l'auteur. 

J.  LOTH. 


CHRONIQUE 


SOMMAIRE:  I.  Mort  de  M.  Fustel  de  Coulanges.  —  II.  Mort  de  M.  French.  —  III.  Achève- 
ment de  l'édition  du  manuscrit  irlandais  de  TAmbrosienne.  par  M.  Ascoli  ;  continuation  du 
glossaire  irlandais  du  même  auteur.  —  Achèvement  de  la  traduction  du  livre  de  M.  Bugge  : 
Etudes  sur  l'origine  des  langues  Scandinaves.  —  V.  Quelle  est  l'origine  de  la  liturgie  gallicane  ? 
Réponse  à  cette  question  par  M.  l'abbé  Duchesne.  —  VI.  Grammaire  des  langues  romanes  par 
M.  W.  Meyer.  —  VII.  Trésor  du  vieux-cellique,  par  M.  Alfred  Holder.  —  VIII.  Cours  d'épi- 
graphie  latine  de  M.  R.  Cagnat.  —  IX.  Dicton  gaélique  publié  et  commenté  par  M.  Donald 
Masson  dans  V Archaeological  Rcview.  —  X.  L'irlandais  moderne  est-il  un  patois?  —  XI.  Critiques, 
par  le  Rév.  Mac-Canhy  et  par  M.  Whitley  Stokes,  de  l'édition  de  la  Vie  Tripartite  donnée  par 
M.  Whitley  Stokes.  —  XII.  Critique  par  M.  ^Vhitlev  Stokes  de  l'édition  des  Annales  d'Ulster 
faite  par  Hennessy.  —  XIII.  Calendar  of  ancienl  Records  of  Dublin,  par  M.J.-T.  Gilbert.  — 
XIV.  Demande  de  création  d'une  chaire  d'irlandais  à  l'Université  de  Washington.  —  XV.  Le- 
çon publique  faite  à  Dublin  par  le  P.  E.  Hogan,  professeur  de  langue  irlandaise.  —  XVI.  Les 
noms  des  dieux  lusitaniens,  par  M.  F.-A.  Coelho.  —  XVII.  Le  congrès  international  des  tra- 
ditions populaires.  —  XIX.  The  Highland  Monthly.  —  XX.  Le  crannog  de  Lisnacroghera.  — 
XX.  Mémoire  de  M.  J.  Loth  sur  la  fable  de  l'origine  troyenne  des  Bretons.  —  XXI.  Une  ins- 
cription ogamique  inédite  du  pavs  de  Galles.  —  XXII.  La  société  pour  la  conservation  de  la 
langue  irlandaise.  —  XXIII.  Réponse  de  M.  de  Kay.  —  XXIV.  La  naiss.ince  de  saint  Bren- 
dan,  éditée  par  M.  GaidoH.  Textes  irlandais  publiés  dans  \3  Mélusine.  —  XXV.  Chrestomathie 
bretonne  de  M.  J.  Loth.   —  XXVI.  Inscriptions  antiques  de  la  Côte-d'Or,  par  M.  Paul  Lejav. 

I. 

Le  12  septembre  dernier,  est  mort  à  l'âge  de  cinquante-neuf  ans  M.  Fustel 
de  Coulanges.  membre  de  l'Institut  (Académie  des  sciences  morales  et  po- 
litiques), professeur  d'histoire  du  moyen  âge  à  la  Faculté  des  Lettres  de 
Paris,  ancien  directeur  de  l'Ecole  normale  supérieure.  C'est  un  des  écrivains 
qui,  dans  notre  siècle,  ont  traité  avec  le  plus  de  talent  les  questions  d'éru- 
dition historique.  Son  premier  ouvrage  —  qui  semble  encore  son  chef- 
d'œuvre  —  est  La  Cité  antique,  étude  sur  Je  culte,  h  droit,  les  institutions  de 
la  Grèce  et  de  Rome;  nous  avons  entre  les  mains  la  septième  édition  de  ce 
livre,  elle  est  datée  de  1878.  Malgré  son  titre  qui  nous  apprend  que  l'auteur 
avait  pour  but  l'histoire  des  Grecs  et  des  Romains  seulement,  cet  ouvrage 
jette  une  vive  lumière  sur  les  institutions  de  tous  les  peuples  indo-européens. 
Il  n'y  est  question  de  la  Gaule  que  fort  rarement.  Quand  Fustel  de  Cou- 
langes a  écrit  ce  livre,  il  n'avait  pas  encore  fait  de  la  plus  ancienne  histoire 
de  la  France  l'objet  de  ses  savantes  recherches,  et  cependant  le  flambeau  qu'il 
avait  allumé  éclairait  des  points  obscurs  jusque  dans  le  domaine  inconnu 
pour  lui  de  l'érudition  celtique. 

On  me  permettra  de  rappeler  un  souvenir  personnel.  J'a%-ais  lu  plusieurs 
fois,  sans  eu  comprendre  le  sens  juridique,  un  passage  de  la  vie  de  saint 
Columba,  publiée  par  M.  Whitley  Stokes  :  le  célèbre  abbé  irlandais,  voulant 
faire  prendre  racine  par  sa  famille  monastique  dans  Tile  d'Ecosse  que  les 


Chronique.  49  j 

éditeurs  appellent  lona,  enterre  Odran  un  de  ses  moines  sous  les  fonda- 
tions de  l'église  qu'il  bâtit.  Sur  la  demande  de  Columba,  Odran  s'offre 
lui-même,  son  corps  est  placé  sous  terre,  son  âme  a  le  ciel  pour  récompense  1 . 
L'idée  qui  aurait  inspiré  cet  acte  extraordinaire  est  étrangère  au  christia- 
nisme et  antérieure  à  lui.  Après  avoir  cherché  longtemps  cette  idée  sans 
être  parvenu  à  la  saisir,  je  l'ai  trouvée  exposée  à  la  page  68  de  l'édition  citée 
plus  haut  du  livre  de  Fustel  de  Coulanges  : 

«  Les  morts  sont  des  dieux  qui  appartiennent  en  propre  à  une  famille  et 
qu'elle  a  seule  le  droit  d'invoquer.  Ces  morts  ont  pris  possession  du  sol  ;  ils 
vivent  sous  ce  petit  tertre,  et  nul,  s'il  n'est  de  la  famille,  ne  peut  penser  à 
se  mêler  à  eux.  Personne  d'ailleurs  n'a  le  droit  de  les  déposséder  du  sol 
qu'ils  occupent;  un  tombeau,  chez  les  Anciens,  ne  peut  jamais  être  détruit 
ni  déplacé;  les  lois  les  plus  sévères  le  défendent.  Voilà  donc  une  part  de  sol 
qui,  au  nom  de  la  religion,  devient  un  objet  de  propriété  perpétuelle  pour 
chaque  famille.  La  famille  s'est  appropriée  cette  terre  en  y  plaçant  ses  morts  ; 
elle  s'est  implantée  là  pour  toujours.  » 

Il  était  impossible  de  mieux  commenter  le  texte  irlandais  que  Fustel  de 
Coulanges  n'avait  pas  connu.  Son  livre  est  rempli  de  vues  merveilleuses 
comme  celle-là,  et  cependant  cet  homme  d'un  si  grand  talent,  on  pourrait 
presque  dire  de  génie,  avait  le  défaut  grave  de  ne  jamais  voir  qu'un  côté  des 
sujets  dont  il  croyait  traiter  l'ensemble;  absorbé  par  l'étude  des  conséquences 
qu'a  eues  dans  l'antiquité  le  culte  des  morts  et  des  dieux  spéciaux  soit  aux  fa- 
milles, soit  aux  cités,  il  a  oublié  tout  le  reste.  Il  a  cru  que  le  culte  de  Zeus 
était  une  nouveauté  et  il  a  complètement  négligé  le  côté  militaire,  cependant 
le  plus  important  de  ceux  qu'offre  à  l'étude  la  famille  antique  :  il  n'a  pas 
vu  que  le  rôle  guerrier  du  père,  du  mari  et  du  frère  est  le  principe  de  leur 
monopole  sacerdotal,  qu'il  est  la  vraie  cause  de  leur  autorité  absolue  sur 
l'enfant,  sur  la  femme  et  sur  la  sœur. 

Depuis  quelques  années  l'objet  des  études  de  Fustel  de  Coulanges  était  la 
plus  ancienne  histoire  de  la  France  ;  il  a  publié  :  1°  Histoire  des  institutions 
politiques  de  l'ancienne  France,  impartie,  l'Empire  romain,  les  Germains,  la 
Royauté  mérovingienne,  deuxième  édition,  1877.  —  2°  Recherches  sur  quel- 
ques problèmes  d'histoire  (1°  le  colonat  romain,  !•>  du  régime  des  terres  en 
Germanie,  5"  de  la  marche  germanique,  4°  l'organisation  judiciaire  dans  le 
royaume  des  Francs).  1885.  —  3  ■  liiitoire  des  institutions  politiques  de  l'ancienne 
France.  La  monarchie  franque.  1888.  —  t\°  Histoire  des  institutions  politiques 
de  l'ancienne  France.  L'alleu  et  le  domaine  rural  pendant  l'époque  mérovin- 
gienne. 1889. 

Dans  ces  quatre  volumes,  un  certain  nombre  de  questions  celtiques  sont 
traitées  :  ainsi  le  premier  contient  un  livre  intitulé  :  La  conquête  romaine, 
qui  est  tout  entier  consacré  à  une  étude  sur  l'état  de  la  Gaule  avant  sa  con- 
quête par  César,  et  sur  l'effet  que  cette  conquête  produisit.  Dans  le  second 
volume,  il  y  a  un  chapitre  intitulé    La  villa  gallo-romaine,  et  un  des  para- 


I.    Three  Middle-Irisb  Homilies,  Calcutta,  1877,  p.  118. 


494  Chronique. 

graphes  traite  spécialement  du  domaine  rural  en  Gaule.  L'auteur  ne  connaît 
pas  tous  les  documents  relatifs  à  son  sujet:  ainsi,  à  la  page  68  du  premier 
des  volumes  que  nous  venons  de  citer,  il  avance  qu'il  n'y  avait  pas  de  sta- 
tues dans  la  Gaule  barbare  avant  la  conquête,  oubliant  ainsi  le  passage  où 
César  parle  des  nombreuses  statues,  plurima  simulacra,  du  dieu  gaulois  assi- 
milé à  Mercure  ' . 

A  la  même  page  nous  lisons  l'assertion  suivante  :  «  les  Gaulois. . .  s'em- 
(I  pressèrent  d'apprendre  le  latin  et  se  plurent  à  le  parler.  Cela  s'e.\plique  si 
«  l'on. songe  que  la  langue  gauloise  manquait  de  tous  les  termes  que  les  arts 
«  et  la  civilisation  rendaient  nécessaires,  qu'elle  ne  savait  exprimer  aucune 
•  des  idées  nouvelles  et  ne  se  prêtait  pas  aux  goûts  des  générations  pré- 
«  sentes.  »  Quand  on  a  ces  lignes  sous  les  yeux,  on  peut  se  demander 
sur  quelle  base  s'appuie  la  conviction  qu'avait  l'auteur  des  lacunes  du  voca- 
bulaire gaulois;  il  aurait  eu  entre  les  mains  un  dictionnaire  gaulois  composé 
par  un  des  interprètes  que  César  a  employés  pendant  la  guerre  des  Gaules, 
il  ne  serait  pas  plus  affirmatif. 

Dans  les  dernières  années  de  sa  vie,,  Fustel  de  Coulanges,  atteint  d'une 
maladie  dont  il  prévoyait  l'implacable  et  prochain  dénouement,  s'est  hâté 
de  publier  sous  forme  de  volumes  le  résultat  de  ses  recherches  sur  les  pre- 
miers siècles  de  la  monarchie  française  ;  l'idée  maîtresse  qui  a  dirigé  sa 
plume  est  que  la  plupart  des  historiens  se  sont  exagéré  beaucoup  l'impor- 
tance historique  du  fait  qu'on  est  convenu  d'appeler  invasion  des  barbares 
en  général  et  conquête  franque  chez  nous  en  particulier;  en  réalité,  suivant 
lui,  l'empire  romain  a  continué  sous  les  rois  mérovingiens,  et  en  imitant 
un  mot  célèbre,  on  pourrait  dire  qu'alors  rien  n'était  changé  en  Gaule, 
il  V  avait  seulement  quelques  gallo-romains  de  plus.  Ce  n'est  pas  ici  le  lieu 
de  discuter  quelle  part  de  vérité  contient  cette  doctrine  absolue. 

Cependant  il  nous  est  impossible  de  ne  pas  exprimer  ici  le  regret  que  nous 
éprouvons  en  lisant  dans  un  livre  publié  en  1888,  par  un  savant  français  qui 
jouit  d'une  si  légitime  autorite,  l'étrange  théorie  qui  met  les  chartes  fausses 
au  niveau  des  chartes  authentiques  :  «  les  démêlés  des  hommes  sur  les  ques- 
((  tious  litigieuses  nous  sont  aussi  bien  révélés  par  les  chartes  fausses  que 
»  par  les  chartes  authentiques.  Pour  citer  un  exemple,  nous  possédons  une 
(1  série  de  diplômes  du  monastère  de  Saint-Calais  et  de  l'église  du  Mans  ; 
«  si  altérés  et  si  faux  que  puissent  être  plusieurs  d'entre  eux,  ils  pourraient 
«  être  d'une  singulière  instruction  à  celui  qui,  les  rapprochant  d'autres  do- 
«  cuments,  voudrait  étudier  les  rapports  des  évêques  et  des  abbés  dans 
(f  l'époque  mérovingienne  2.  »  Les  diplômes  faux  de  Saint-Calais  ont  été 
fabriqués  au  ix"  siècle,  c'est  donc  à  l'histoire  carlovingienne  qu'ils  appar- 
tiennent et  non  à  celle  des  Mérovingiens.  Il  y  a  par  exemple  parmi  ces  actes 
un  diplôme  attribué  à  Childebert  I'"''  et  qui  daterait  du  20  janvier  515  ;  il  a 
été  composé  par  un  faussaire  vers  l'année  850;  on  y  trouve  la  pensée  de 


I  .   De  bdlo  gallico,  1.  VI,  c.  17.  §  i. 
2.   La  Monarchie  franque,   1888,  p.  23. 


Chroniijue.  49  s 

ce  faussaire  contemporain  de  Charles  le  Chauve;  on  s'abuse  quand  on  croit 
V  trouver  un  témoignage  mérovingien  antérieur  de  trois  siècles  '. 


II. 

L'Irish  Times  du  13  août  dernier  nous  a  appris  la  mort  de  M.  French, 
bibliothécaire  adjoint  au  Collège  de  la  Trinité  de  Dubhn.  M.  French  con- 
naissait à  fond  les  importants  manuscrits  dont  il  avait  la  garde  et  les  com- 
muniquait aux  savants  étrangers  avec  la  plus  charmante  cordialité.  Cet  ai- 
mable subalterne  sera  vivement  regretté  par  la  plupart  des  visiteurs  qui 
n'ont  jamais  vu  ses  chefs. 

III. 

Depuis  la  publication  de  notre  dernière  livraison,  nous  avons  eu  le  plaisir 
de  voir  s'achever  deux  publications  qui.  pour  les  celtistes,  présentent  un 
grand  intérêt.  Le  premier  est  l'édition  par  AI.  Ascoli  du  manuscrit  irlandais 
de  la  bibliothèque  Ambrosienne  de  Milan,  texte  latin  et  gloses.  Ce  ma- 
nuscrit forme  la  matière  du  volume  V  de  VArchivio  glottologico  italiano,  qui 
a  commencé  à  paraître  en  1878  2.  Il  a  donc  fallu  onze  ans  à  M.  Ascoli  pour 
mener  à  bonne  fin  la  grande  et  difficile  tâche  qu'il  avait  entreprise.  Nous  ne 
pouvons  nous  plaindre  de  cette  prudente  lenteur  aujourd'hui  que  l'ousTage 
est  terminé. 

A  la  suite  du  texte  et  des  gloses,  M.  Ascoli  a  placé  un  essai  de  restitutions 
et  de  corrections.  Cet  essai  est  précédé  d'une  préface  que  l'auteur  termine 
par  l'expression  de  sa  reconnaissance  envers  MM.  Constantin  Nigra  et 
Whitley  Stokes.  Le  premier  l'a  soutenu  par  ses  encouragements  après  avoir 
généreusement  abandonné  à  l'éininent  linguiste  une  publication  qu'il  avait 
précédemment  projetée  pour  lui-même.  Le  second,  étant  venu  au  mois  de 
juin  1887  coUationner  le  manuscrit,  a  autorisé  l'insertion  de  ses  restitutions 
et  de  ses  corrections  au  milieu  de  celles  de  M.  Ascoli.  Celui-ci  termine  en 
adressant  hardiment  un  salut  à  Henri  Zimmer.  Il  compte  sur  la  main  ro- 
buste du  savant  professeur  de  Greifswald  pour  enrichir  de  compléments 
précieux  le  glossaire  qui  accompagne  l'édition  du  manuscrit  de  l'Ambro- 
sienne. 

On  sait  en  effet  et  nous  avons  annoncé  que  M.  Ascoli  joint  au  texte  du 
manuscrit  de  l'Ambrosienne  un  glossarium  palaeo-hibernicum  qui,  lorsqu'il 
sera  terminé,  formera  —  avec  une  édition  déjà  publiée  des  gloses  du  Pris- 
cien  de  saint  Gall  —  le  tome  VI  de  VArchivio  gloltologico.  Aux  trois  der- 
nières livraisons  du  tome  'V,  qui  comprend  la  fin  du  manuscrit  de  l'Ambro- 
sienne, a  été  réuni  le  commencement  de  la  seconde  partie  du  tome  VI, 
c'est-à-dire  les  premières  lettres  du  glossaire.  A  l'heure  qu'il  est,  cinq  lettres 

1 .  Julien  Havet,  Questions  mérovitigiennes,  IV,  Les  Charles  de  Saint-Calais, 
1887,  p.  22-34. 

2.  Arcbivio  ghtlologico  italiano,  diretto  da  G.-I.  Ascoli,  volume  quinte, 
Roraa,  'lorino,  Firenze,  Ermanno  Loescher,  1889,  in-8,  663  pages. 


496  Chronique. 

ont  paru.  Ce  sont  les  voyelles  :  a  e  i  0  u.  Restent  les  consonnes.  En 
effet,  M.  Ascoli  n'a  pas  suivi  l'ordre  de  l'alphabet  latin.  Il  ne  l'a  pas  rem- 
placé par  l'ordre  de  l'alphabet  irlandais;  l'ordre  qu'il  a  adopté  est  celui 
de  la  Grammalica  celtica,  avec  de  nombreuses  modifications  toutefois  quand 
il  s'agit  des  consonnes.  Je  ne  comprends  pas  pourquoi  il  n'a  pas  aussi  mo- 
difié l'ordre  des  voyelles  ;  l'ordre  irlandais  a  0  n  e  i,  séparant  les  voyelles 
larges  des  voyelles  minces,  est  beaucoup  plus  logique  que  l'ordre  de  Zeuss 
a  i  i  0  u,  où  ces  deux  séries  sont  confondues. 

M.  Ascoli  place  les  dérivés  et  les  composés  à  la  suite  de  la  racine  ou  du  mot 
qui  en  tient  lieu  ;  il  en  résulte  que  son  travail  lu  de  suite  est  fort  intéressant, 
mais  les  recherches  n'y  seront  possibles  que  lorsqu'une  fois,  l'œuvre  étant 
achevée,  l'index  verborum  aura  paru.  On  ne  peut  pas  deviner  que  l'article 
cuniang  «  potentia  »  se  trouve  avec  techlaim  «  possideo  »  parmi  les  composés 
de  la  racine  ic. 

IV. 

Quelques  jours  avant  la  dernière  livraison  de  l'ouvrage  de  M.  Ascoli-' 
nous  recevions  la  fin  de  la  traduction  allemande  du  remarquable  ouvrage 
que  M.  Sophus  Bugge  a  intitulé  :  Etudes  sur  l'origine  des  légendes  Scandinaves 
relatives  aux  dieux  et  aux  héros  ' . 

Il  est  fort  intéressant  de  chercher  quelle  parenté  peut  exister  entre  la  my- 
thologie Scandinave  et  la  littérature  épique  de  l'Irlande.  Ceux  qui,  à  l'avenir, 
essaieront  cette  étude,  devront  tenir  grand  compte  du  travail  critique 
où  le  savant  professeur  de  Christiania  examine  quelles  sont  les  sources  de 
la  mythologie  Scandinave.  Tandis  que  certains  savants  ont  dressé  la  liste 
des  mots  que  l'irlandais  a  empruntés  au  Scandinave,  M.  Bugge  trouve  dans 
les  textes  Scandinaves  des  mots  empruntés  aux  langues  néo-celtiques.  Ainsi 
les  mots  vieil-irlandais  crois  «  gourmandise  »  et  li7id  «  eau,  lac  »,  auraient 
pénétré  dans  des  textes  Scandinaves  2. 

V. 

Nous  avons  déjà  rapidement  annoncé,  p.  378,  le  livre  de  M.  l'abbé  Du- 
chesne  :  Origines  du  culte  chrétien.  Etude  sur  la  liturgie  latine  au  temps  de  Char- 
lemagnei.  Le  temps  nous  a  manqué  alors  pour  signaler  une  des  thèses  nou- 
velles contenues  dans  ce  savant  ouvrage.  Dans  l'opinion  de  l'érudit  auteur, 
la  liturgie  gaUicane  a  pour  point  de  départ  Milan  et  non  Ephèse  (p.  84), 
comme  on  l'a  souvent  soutenu  jusqu'ici.  Le  rôle  de  la  liturgie  milanaise  et 
sa  diffusion  s'expliquent  par  l'importance  de  Milan  dans  l'empire  romain  à 
la  fin  du  ive  siècle  et  dans  les  premières  années  du  v«.  Milan  était  alors  en 
fait  la  capitale  de  l'empire  d'Occident  (p.   35J.  Les  caractères  orientaux 

1 .  Studien  iiber  die  Entstehung  der  nordischen  Gôtter-  und  Heldensagen  von 
Sophus  Bugge.  Mùnchen,  Christian  Kaiser,  1881-1889,  in-8,  590  pages. 

2.  Page  7. 

3.  Paris,  Thorin,  un  volume  in-8  de  504  pages. 


Chronique.  497 

de  la  liturgie  gallicane  seraient  dus  à  l'évèque  de  Milan  Auxenlius  qui  était 
d'origine cappadocienne.  Il  occupa  son  siège  pendant  vingt  ans,  55)-574,  et 
donna  à  Milan  une  liturgie  qui  fut  conservée  par  saint  Ambroise,  son  illustre 
successeur;  et  ce  fut  à  l'église  de  Milan  que,  suivant  M.  l'abbé  Duchesne, 
les  évêques  de  Gaule,  fréquentant  la  cour  impériale  à  la  fin  du  iv^  siècle  et 
au  commencement  du  ve,  empruntèrent  les  usages  liturgiques  établis  dans 
leurs  diocèses  pendant  la  période  suivante. 

VI. 

M.  W.  Meyer,  professeur  à  l'Université  d'Iéna,  a  mis  au  jour  la  première 
livraison  d'une  grammaire  des  langues  romanes  en  allemand  dont  la  tra- 
duction française  par  M.  Rabieta  paru  à  peu  près  en  même  temps  que  l'ori- 
ginal allemand.  Cette  première  livraison  traite  des  voyelles  '.  Une  seconde 
livraison  relative  aux  consonnes  terminera  le  tome  premier.  En  attendant 
que  nous  puissions  donner  de  ce  livre  un  compte  rendu  détaillé,  nous  signa- 
erons  à  l'attention  des  celtisants  le  §  20  consacré  aux  éléments  celtiques 
dans  les  langues  romanes.  L'auteur  y  accepte,  d'accord  avec  M.  Ascoli  (Ar- 
chivio  glotlologico,  t.  X,  p.  270-273)  une  influence  celtique  dans  la  formation 
du  mot  français  orteil,  et  il  trouve  incertain  que  cette  même  influence  puisse 
être  reconnue  dans  le  mot  français  o- /an r.  «  Il  est  toutefois  très  douteux  ». 
dit-il,  «  que  le  provençal  o^/i/zî't;,  à  côté  de  gla:^i,  soit  une  contamination  du 
latin  gladius  due  au  celtique  gladevo-  »  (p.  44-45).  Dans  la  notation  gla- 
devo-,  il  y  a  deux  fautes  :  la  lettre  initiale  est  un  c  et  la  consonne  de  la  der- 
nière syllabe  un  h,  il  faut  écrire  cladcbo-,  en  irlandais  claideh,  en  gallois 
ckddyf. 

VII. 

De  ces  publications  déjà  faites,  nous  ne  séparerons  pas  le  grand  travail 
annoncé  par  M.  Alfred  Holder^  et  dont  voici  le  prospectus  : 

«  Il  y  a  dans  la  littérature  consacrée  à  l'histoire  du  langage  une  lacune  de- 
puis longtemps  sentie  ;  c'est  que  nulle  part  on  ne  peut  trouver  réunies, 
après  le  choix  que  la  critique  exige,  les  sources  d'où  découle  notre  connais- 
sance du  vieux  celtique;  et  dans  le  vieux  celtique  nous  comprenons,  outre 
le  gaulois,  les  divers  éléments  du  langage  qui  sont  les  fondements  communs 
des  langues  gaélique  et  cymrique. 

Après  seize  ans  de  travail,  M.  Holder  se  croit  aujourd'hui  en  position  de 
répondre  à  ce  besoin  généralement  reconnu  ;  il  peut  mettre  entre  les  mains 
des  érudits  un  recueil  alphabétique  de  tous  les  débris  de  la  langue  celtique 
ancienne. 

Les  sources  dont  il  a  fait  usage  sont,  d'une  part,  les  monnaies  et  les  ins- 
criptions des  Celtes  écrites  quelques-unes  dans  la  langue  nationale  ou  en 

1.  Cette  livraison,  publiée  à  Paris  chez  H.  Welter  forme  un  volume  in-8 
de  256  pages. 

2.  .1//-Ct;///Vfef;- S/^rat-fec/w/;;,  Teubner,  Leipzig. 

Revue  Celtique,  X.  33 


498  Chronique. 

grec,  le  plus  grand  nombre  en  latin ,  d'autre  part,  les  renseignements  donnés 
par  les  écrits  des  auteurs  grecs  et  latins,  par  les  itinéraires  et  par  les  glos- 
saires :  tous  ces  documents  fournissent  une  grande  quantité  de  noms  de 
lieux,  de  peuples  et  de  personnes  et  aussi  d'autres  mots  de  la  vieille  langue 
celtique.  L'auteur  s'est  toujours  servi  des  meilleures  éditions  ;  à  défaut 
d'éditions,  il  a  pu,  grâce  à  des  voyages  répétés  chaque  année,  étudier,  dans 
les  musées  et  dans  les  bibliothèques,  les  inscriptions  et  les  manuscrits  inté- 
ressants au  point  de  vue  de  la  langue  celtique;  il  a  aussi  utilisé  les  commu- 
.nications  amicales  de  savants  bienveillants,  notamment  celles  des  collabo- 
rateurs du  Corpus  inscriptiontim  latinaniDi  pour  les  parties  de  ce  grand 
ouvrage  qui  sont  encore  inédites. 

Un  recueil,  comme  celui  dont  nous  proposons  la  publication,  ne  sera 
utile  aux  savants  qu'à  la  condition  d'épuiser  tous  les  textes  d"une  période 
rigoureusement  déterminée.  L'auteur  a,  par  un  travail  consciencieux, 
cherché  à  être  complet  pour  une  période  qui,  commençant  aux  temps  les 
plus  anciens,  finit  avec  la  dynastie  mérovingienne.  Les  documents  cités 
sont  rangés  à  la  fois  par  ordre  chronologique  et  par  ordre  topographique, 
c'est-à-dire  que,  lorsqu'il  s'agit  d'inscriptions  ou  de  monnaies,  on  les  cite 
dans  l'ordre  des  localités  où  ces  monuments  ont  été  découverts  :  on  donne 
ainsi  pour  chaque  nom  propre  ou  autre  mot  une  histoire  qui  repose  sur  des 
dates  certaines  ;  d'autre  part,  au  point  de  vue  des  études  locales,  il  sera  utile 
de  connaître  où  chaque  trouvaille  a  eu  Heu.  Notre  publication  rendra. des 
services  de  toute  sorte  à  ceux  qui  étudient  l'antiquité  sous  un  aspect  spécial, 
qu'il  s'agisse  d'ethnographie,  d'histoire  locale,  de  géographie,  de  mytho- 
logie, etc.  Le  plan  du  Trésor  de  la  langue  celtique  ancienne  permettra  aux  lin- 
guistes de  déterminer  au  moins  approximativement  la  date  et  le  lieu  de 
chaque  phénomène  linguistique,  tandis  que  jusqu'ici,  dans  beaucoup  de 
livres  destinés  à  l'enseignement,  tous  les  exemples  possibles  provenant  des 
pays  les  plus  différents  et  datant  des  siècles  les  plus  éloignés  les  uns  des 
autres,  sont  ordinairement  réunis  pêle-même  sans  que  le  lecteur  soit  suffi- 
samment éclairé  sur  les  différences  qui  tiennent  au  lieu  et  au  temps. 

Pour  la  plus  grande  partie  de  l'Europe,  c'est-à-dire  le  nord  de  l'Italie,  la 
Suisse,  l'Autriche,  la  Bavière,  le  Wurtemberg,  le  grand-duché  de  Bade,  les 
provinces  rhénanes,  la  Belgique,  la  France,  la  péninsule  ibérique,  la 
Grande-Bretagne  et  l'Irlande,  notre  Trésor  est  le  recueil  des-^ monuments 
linguistiques  de  la  période  celtique  qui  a  précédé  la  période  romaine  comme 
la  période  germanique.  Les  textes  cités,  se  trouvant  complétés  par  d'autres 
documents  qui  autrement  seraient  négligés  ou  seraient  oubliés,  apparaissent 
dans  leur  vraie  lumière  et,  comme  tous  les  noms  propres  et  autres  mots 
celtiques,  qui  se  rencontrent  chez  les  écrivains  de  l'antiquité,  sont  étudiés  à 
fond,  des  auteurs  qui  servent  à  l'enseignement,  comme  César,  Tite-Live  et 
Tacite,  acquièrent  par  là  un  grand  et  nouvel  intérêt. 

Le  Trésor  de  la  langue  celtique  ancienne  ne  contient  pas  seulement  des 
noms  propres  et  d'autres  mots  :  pour  construire,  si  l'on  peut  parler  ainsi, 
l'édifice  de  la  grammaire  celtique,  on  y  trouvera  des  pierres  à  bâtir  déjà 
taillées  et  prêtes  à  être  mises  en  oeuvre  :  des  articles  spéciaux  sont  consacrés 


Chroniijue.  499 

à  chaque  syllabe  de  dérivation,  à  chaque  terme  de  composé,  à  chaque  pré- 
fixe, à  chaque  suffixe  ;  ces  articles,  placés  là  où  l'ordre  alphabétique  l'exige, 
épuisent  la  matière.  Les  noms  sont  divisés  graphiquement  à  l'aide  de  traits 
d'union,  par  ce  procédé  on  renvoie  tacitement  aux  articles  grammaticaux. 

Deux  index  terminent  l'ouvrage  :  l'un  est  grammatical  et  a  pour  objet  : 
1°  les  langues  apparentées  au  celtique  qui  lui  sont  comparées,  2°  les  dialectes 
néo-celtiques  qui  viennent  du  celtique  ancien;  l'autre  est  une  table  des 
noms  de  lieux  modernes,  à  chacun  desquels  est  ajouté  le  nom  correspondant 
en  celtique  ancien. 

L'ouvrage  sera  publié  en  dix-huit  livraisons,  dont  chacune  paraîtra  tous 
les  quatre  mois  et  comprendra  huit  feuilles  grand in-8  à  deux  colonnes;  elle 
coûtera  7  francs  (lire)  50  m  6  marks  (shillings). 

Aussitôt  que  la  souscription  à  200  exemplaires  sera  assurée,  l'impression 
commencera.  La  première  livraison  contiendra  la  liste  des  souscripteurs  et 
celle  des  abréviations  employées  dans  l'ouvrage. 

La  souscription  sera  close  le  31  mars  1890.  A  dater  du  i'^''  avril  1890,  le 
prix  de  la  livraison  sera  élevé  à  dix  francs  (lire)^  8  marks  (shillings)  '  ». 

Ce  prospectus  est  suivi  d'un  spécimen  auquel  je  n'adresserai  qu'une  cri- 
tique. Au  nom  ethnique  Xevies,  Xemetes,  le  savant  auteur  juxtapose  le  dé- 
rivé latin  Xemctensis.  Il  aurait  dû,  suivant  moi,  faire  précéder  ce  dérivé 
d'un  signe  indiquant  qu'il  n'est  pas  gaulois  tout  entier.  Je  suis  heureux 
d'annoncer  la  publication  de  cet  ouvrage  qui,  une  foi?  terminé,  est  appelé  à 
prendre  place  dans  les  bibliothèques  érudites  à  côté  de  la  Granimatica  celiica  ' . 
Depuis  bien  des  années,  avec  la  collaboration  de  MM.  E.  Ernault  et  G.  Dot- 
tin,  j'avais  commencé  la  préparation  d'un  travail  analogue.  Mais  je  suis  en- 
core fort  loin  d'avoir  terminé  cette  préparation,  et  la  publication  de  M.  Holder 
est,  à  en  juger  par  son  spécimen,  fort  supérieure  à  ce  que  je  pourrais  ac- 
tuellement mettre  au  jour. 

M.  Alfred  Holder  est  connu  dans  le  domaine  de  l'érudition  celtique  par 
son  édition  critique  des  Commentaires  de  César,  De  hdlo  Gallico,  elle  est 
intitulée  C  ]iiln  Caesaris  beJli  galUcilibri  Vil  ;  accessit  A.  Hirti  liber  oclavus. 
Elle  contient,  outre  un  texte,  de  nombreuses  variantes  au  bas  des  pages,  et 
un  index  alphabétique  de  tous  les  mots,  c'est-à-dire  l'index  de  l'édition  Ad 
usum  Delphini,  mis  au  courant  et  un  peu  plus  en  ordre.  Ce  savant  ouvrage 
a  paru  à  la  librairie  Mohr,  Fribourg  et  Tubingue,  1882;  il  est  par  la  faute 
de  son  éditeur  beaucoup  moins  répandu  en  France  qu'il  ne  le  mériterait. 
M.  Holder  a  donné  la  même  année  chez  le  même  éditeur  une  histoire  ecclé- 
siastique de  Bèdc,  un  Jordanes,  un  Einhard,  un  Nithard,  etc.  On  connaît 
mieux  en  France  les  livres  qu'il  a  publiés  chez  Tcubner,  à  Leipzig  :  son 
édition  critique  d'Horace,  en  collaboration  avec  M.  Kcller,  deux  volumes 
in-8,  1878,  et  son  recueil  des  principaux  textes  de  la  loi  salique,  six  fasci- 
cules in-8,  1879- 1880.  La  plus  récente  publication  de  M.  Holder  qui  nous 

I  .  On  souscrit  chez  M.  Bouillon,  éditeur  de  la  Rn'ue  Celtique,  67,  rue 
Richelieu. 


5  00  Chronique 

soit  parvenue  entre  les  mains  est  son  Festits  Avienus,  Innsbruck,  Wagner, 
1887.  Nous  terminerons  cette  incomplète  énumération  en  signalant  son  édi- 
tion de  la  légende  de  V Invention  de  la  Croix,  Leipzig,  Teubner,  1890. 

VIII. 

M.  René  Gagnât  vient  de  faire  paraître  la  seconde  édition,  considéra- 
blement augmentée,  de  son  cours  d'épigraphie  latine.  Ce  livre  pourra  être 
utile  aux  curieux  qui  cherchent  dans  les  inscriptions  gravées  sous  l'empire  ro- 
main les  noms  propres  d'origine  gauloise,  c'est-à-dire  une  importante  caté- 
gorie des  monuments  de  notre  plus  ancienne  histoire.  Ils  y  apprendront 
comment  les  inscriptions  latines  doivent  se  lire  et  s'interpréter.  De  loin  en 
loin,  ils  y  trouveront  même  des  inscriptions  intéressantes  qui  n'ont  point 
encore  trouvé  place  dans  le  grand  recueil  commencé  par  M.  Mommsen.  A 
la  page  303  il  est  question  de  la  marque  du  potier  Catussa;  elle  «  existe  dans 
«  un  certain  nombre  de  nos  musées  de  France,  à  Dieppe,  à  Caen  et  ail- 
«  leurs  ».  On  sait  que  ce  nom  gaulois  a  servi  de  cognomen;  Pompeius  Ca- 
tussa, originaire  de  Besançon,  civis  sequanus,  figure  dans  une  inscription  de 
Lyon  ',  et  "Vibius  Catussa,  dans  une  inscription  de  Seggau,  en  Styrie*.  Un 
autre  nom  intéressant  est  celui  de  Toutissa,  père  du  briquetier  Merula. 
M.  Jullian  ?  a  signalé  déjà  ce  nom  d'après  des  exemplaires  de  sa  marque 
conservés  au  musée  de  Bordeaux.  M.  Gagnât  en  a  trouvé  un  autre  exem- 
plaire au  musée  de  Saintes  (p.  301).  Toutissa  ne  diffère  que  par  le  genre 
du  Toutissos,  père  d'Andecamulos  Toutissicnos,  connu  par  l'inscription 
gauloise  de  Nevers. 

IX. 

Les  derniers  numéros  de  The  Archaeological  Revitiv  renferment  quelques 
articles  qui  intéressent  nos  études.  Dans  le  numéro  d'août,  p.  29,  nous  re- 
marquons une  note  de  M.  Donald  Masson  sur  les  superstitions  des  habi- 
tants des  hautes  terres  d'Ecosse.  M.  Donald  Masson  donne  le  texte  et  une 
traduction  anglaise  d'un  dicton  gaélique  qui  est  encore  quelquefois  sur  les 
lèvres  des  Highlanders.  Voici  le  texte  de  M.  Donald  Masson  : 

Chunnaic-mi  seHcheag  air  lar  lom, 
Ghunnaic-mi  searrach  is  earball  rium, 

Chac  a  chubhac  air  mo  cheann  : 

Is  dh'  aithnich-mi  rachadh  a  bhlian'  ad  lium. 

ï  J'ai  vu  un  limaçon  sur  le  sol  nu;  —  j'ai  vu  un  poulain,  la  queue 
tournée  vers  moi;  —  le  coucou  a  fait  caca  devant  moi  :  —  et  j'ai  su  que  l'an- 
née serait  mauvaise  pour  moi.  » 

La  traduction  anglaise  de  M.  Donald  Masson  rend  exactement  le  sens 

1.  Orelli,  no  4803;  Boissieu,  Inscriptions  antiques  de  Lyon,  p.  429. 

2.  Corpus  inscript,  lut.,  t.  III,  n°  S392. 

3.  Jullian,  Inscriptions  romaines  de  Bordeaux,  t.  I,  p.  448. 


Chronique.  501 

pour  les  deux  premiers  vers  et  pour  le  quatrième;  mais  quant  au  troisième 
vers,  il  a  pensé  qu'en  reproduire  littéralement  le  sens,  «  le  coucou  a  fait 
caca  devant  moi  ».  paraîtrait  inconvenant  «  unfit  »  aux  oreilles  ou  aux  yeux 
de  tout  homme  civilisé.  Il  a  donc  traduit  par  une  périphrase  «  periphras- 
tically  »,  dit-il.  Dans  sa  périphrase,  il  y  a  deux  parties.  L'une  est  la  tra- 
duction de  rhomme  civilisé  :  «  J'ai  entendu  le  coucou.  »  Un  grammairien 
difticuitueux  trouvera  peut-être  une  impropriété  d'expression,  mais  elle  évite 
toute  malpropreté.  La  seconde  partie  de  la  traduction  proposée  par  M.  Do- 
nald Masson  est  une  glose.  «  J'ai  entendu  le  coucou  »,  dit-il,  «  avant  dé- 
jeuner. »  Les  mots  «  avant  déjeuner  »  sont  une  addition  au  texte  gaélique, 
mais  l'opinion  reçue  les  justifie.  Il  y  a  une  façon  certaine  de  triompher  du 
mauvais  présage  qui  résulte  de  l'accident  produit  par  la  maladresse  du  cou- 
cou. C'est  de  ne  jam.ais  quitter  l'abri  protecteur  du  toit  domestique  sans 
avoir  pris  la  religieuse  et  prudente  précaution  qui  est  de  règle  pour  tout 
vrai  Highlander.  Cette  précaution  qu'il  oublie  rarement  consiste  à  prendre 
son  verre  d'absinthe.  Il  y  a  eu  tel  pieux  ministre  de  l'Evangile  pour  lequel 
cette  absinthe,  sauvegarde  contre  le  mauvais  présage  du  coucou,  était  aussi 
indispensable  que  la  prière  du  matin. 

Les  observations  de  ce  genre  font  la  joie  d'un  certain  nombre  deceltistes. 
D'autres  prennent  plus  d'intérêt  à  des  rem.arques  philologiques  et  trouve- 
raient quelque  plaisir  à  remarquer  que  dans  chunnaic-mi,  première  per- 
sonne du  singulier  du  parfait  signifiant  «  j'ai  vu  »  et  formant  le  début  du 
proverbe  gaélique,  chunnaic  tient  lieu  du  vieil  irlandais  conduire,  troisième 
personne  du  singulier  pour  *condarce,  comparez  le  grec  oiooov.z  de  Zizv.o'j.x'. 
et  le  nom  d'homme  gaulois  Condercus,  au  génitif  Conderci,  comme  on  lit 
sur  un  signaculum  conservé  au  musée  de  Toulouse  '. 

X. 

Depuis  le  mois  d'août  dernier,  le  journal  The  Academy  est  rempli  de  let- 
tres, quelques-unes  fort  longues,  toutes  écrites  sur  la  question  de  savoir 
quelle  est  la  valeur  scientifique  de  l'irlandais  actuellement  parlé  en  Irlande. 
La  plupart  de  ces  lettres  ont  pour  auteurs  des  hommes  d'une  incontestable 
compétence.  Ce  sont  M.  Rhys,  le  savant  professeur  d"0.\ford  ;  M.  Stan- 
dish  O'Grady,  auquel  on  doit  la  publication  savante  de  tant  de  textes  irlan- 
dais; nos  érudits  collaborateurs,  MM.  Kuno  Meyer  et  Alfred  Nutt  dont  le 
dernier  s'est  acquis  une  si  légitime  autorité  par  ses  travaux  sur  la  littérature 
légendaire  du  moyen  âge  et  sur  la  littérature  populaire  ;  enfin  M.  John 
Fleming,  directeur  du  Gaelic  Journal  de  Dublin. 

La  cause  de  cette  fécondité  épistolaire  est  une  boutade  de  M.  Whitlev 
Stokes.  Celui-ci ^ dans  VAcadetiiy  du  i''  décembre  1888  (page  55 5,  colonne  ij, 
constate  que  le  prétérit  sigmatique  est  employé  en  ancien  et  en  moyen  ir- 
landais avec  sens  de  passe;  tandis  qu'il  est  considéré  comme  un  présent  his- 


I.   CI.  L.,XII.  5690.  31. 


502  Chronique. 

torique  (an  historicaï  présent)  par  les  gens  qui  parlent  les  dialectes  corrompus 
appelés  irlandais  moderne.  La  question  grammaticale  posée  en  ces  termes, 
à  savoir  quel  est  le  sens  du  prétérit  sigmatique,  a  laissés  froids  les  membres 
de  la  Gaelic  Union.  Mais  il  leur  a  semblé  que  M.  Whitley  Stokes,  lançant  à 
la  langue  qu'ils  parlent  l'épithète  de  corrompue,  leur  donnait  en  quelque 
sorte  à  tous  un  soufflet  sur  la  joue.  M.  John  Fleming,  directeur  du  Gaelic 
Journal,  a  levé  le  gant  qu'on  lui  jetait  ainsi,  et  de  sa  plus  belle  plume  et  de 
sa  meilleure  encre,  il  a  noirci  trois  colonnes  du  journal  VAcadeniyi . 

Suivant  le  point  de  vue  auquel  on  se  place,  les  appréciations  varient.  Pour 
certains,  dialectes  corrompus  zsl  synonyme  de  patois.  Pour  d'autres,  l'épithète 
de  corrompue  ne  convient  qu'à  quelque  chose  de  malpropre  ;  aux  yeux  des 
membres  de  la  Gaelic  Union  un  «  dialecte  corrompu  »  ne  peut  évidemment 
être  qu'une  collection  d'objets  dégoûtants.  Mais  certaines  personnes  ont  des 
patois  une  tout  autre  opinion,  et  pour  la  végétation  naturelle  qui  a  donné 
aux  patois  leur  vocabulaire  et  leur  grammaire  n'ont  pas  plus  de  mépris  que 
pour  la  végétation  naturelle  qui  fait  grandir  les  chênes  et  les  hêtres  des 
parcs  et  des  forêts  d'Irlande,  d'Angleterre  et  de  France  ;  tant  pis  pour  ceux  qui 
n'apprécient  que  les  produits  artificiels  du  jardinage,  roses  ou  haricots. 

Cependant  il  y  a  un  fait  qu'on  ne  peut  méconnaître.  Quelque  grand  que 
soit  en  général  l'intérêt  de  l'étude  des  patois,  il  n'y  a  aucune  raison  spéciale 
pour  nous  faire  étudier,  nous  étrangers  à  l'Irlande,  l'irlandais  moderne 
plutôt  que  le  gaélique  d'Ecosse,  que  le  gallois  ou  que  le  breton  de 
France.  Ce  qui  assure  à  l'irlandais  la  supériorité  sur  les  autres  dialectes 
néo-celtiques,  ce  sont  les  formes  anciennes  de  sa  langue  et  l'incontestable 
originalité  de  sa  vieille  littérature.  Tant  que  les  membres  de  la  Gaelic 
Union  se  borneront  à  nous  donner  des  réimpressions  d'ouvrages  déjà  publiés 
ou  des  traductions  irlandaises  modernes  d'ouvrages  latins  comme  Y  Imitation 
de  Jésus-Christ,  ils  n'ajouteront  rien  à  nos  connaissances  sur  la  littérature 
de  l'Europe  au  moyen  âge,  ni  sur  la  langue  et  les  croyances  des  populations 
celtiques  avant  cette  époque. 

M.  T.  O'Flannaoile  est  d'un  avis  différent. 

«  Les  traités  écrits  en  ancien  et  en  moyen  irlandais  qui  sont  de  temps  en 
«  temps  publiés  en  Irlande  et  en  Angleterre  sont  destinés  évidemment  aux 
«  étudiants  et  aux  antiquaires,  et  il  est  déraisonnable  de  compter  que  la 
«  masse  du  public  les  recherchera  ou  les  lira.  Q.ue  les  éditeurs  nous  don- 
«  nent  quelque  chose  des  temps  modernes  et  qui  présente  quelque  intérêt 
«  pour  l'humanité.  . .  et  alors  je  suis  sûr  qu'on  aura  à  conter  quelque  chose 
«  de  nouveau:  on  parlera  de  livres  irlandais  qui  se  seront  vendus  2  ». 

C'est  le  succès  commercial  que  paraît  surtout  estimer  M.  O'Flannaoile. 
II  V  a  des  livres  français  qui  se  vendent,  par  exemple  ceux  de  M.  Zola; 
conclurons-nous  donc  que  les  membres  de  la  Gaelic  Union  devraient  écrire 
en  irlandais  du  Zola?  Il  est  probable  que  même  la  traduction  irlandaise  de 


1.  Academx  du  24  août  1889,  p.  120. 

2,  Academy  du  12  octobre  1889,  p.  239,  col.  2. 


Chronique.  ^oj 

V Imitation  de  Jésus-Christ  n'aura  pas  autant  de  débit  que  le  moindre  roman 
de  l'auteur  français.  Quant  à  nous,  qui  n'ambitionnons  pas  son  succès,  nous 
préférons  écrire  des  livres  qui  ne  se  vendent  pas. 

XI. 

Dans  VAcademy  du  13  juillet,  p.  25,  le  rév.  Mac  Carthy  a  publié  les  ré- 
sultats de  sa  collation  du  manuscrit  Rawlinsun  B.  512  à  la  bibliothèque 
Bodléienne  d'Oxford,  avec  l'édition  de  la  Vit  tripartile  de  saint  Patrice  que 
nous  devons  à  M.  Whitlev  Stokes.  11  v  joint  la  collation  d'un  fragment 
des  Annales  de  Tigernach,  Rawlinson  B.  488,  avec  l'édition  donnée  par 
M.  Whitlev  Stokes  en  appendice  à  la  Vie  tripartite,  t.  Il,  p.  572.  La  plus 
grande  partie  de  ces  corrections  portent  sur  des  mots  latins.  Leur  intérêt 
est  par  conséquent  en  général  beaucoup  moindre  que  s'il  s'agissait  de  mots 
irlandais.  Cependant  le  manuscrit  Rawlinson  B.  312  contient  pour  le  te.xte 
latin  quelqurs  leçons  intéressantes. 

M.  Whitlev  Stokes  étant  allé  à  O-^ford  vérifier  l'exactitude  des  critiques 
du  Rév.  Mac  Carthy,  a  reconnu  qu'une  partie  d'entre  elles  étaient  fondées,  a 
constaté  que  d'autres  ne  l'étaient  point  et  a  trouvé  dans  le  texte  imprimé  de 
la  Vie  tripartite  d'autres  fautes  que  le  rév.  Mac  Carthy  n'avait  poiut  remar- 
quées. C'est  l'objet  d'une  lettre  qui  a  paru  dans  YAcadenix  du  10  août, 
p.  88. 

XIL 

Nous  avons  annoncé,  p.  142,  la  publication  par  le  regrettable  Hennessy 
du  premier  volume  des  Annales  d' Lister.  Cette  édition  est  fondée  principa- 
lement sur  le  ms.  H.  i.  S  du  collège  de  la  Trinité  de  Dublin.  Un  autre  ma- 
nuscrit se  trouve  à  la  bibliothèque  Bodléienne  d'Oxford:  c'est  le  Rawlinson 
B.  489.  Pour  les  premiers  siècles  des  Annales,  ces  manuscrits  sont  deux 
copies  dun  original  perdu.  M.  Whitlev  Stokes  a  collationné  l'édition  de" 
Hennessy  avec  le  ms.  Rawlinson.  Il  a  publié  les  résultats  fort  intéressants 
de  ce  travail  dans  VAcademy  du  28  septembre  dernier,  pages  207-208.  Sui- 
vent une  critique  de  \ct.xrâducùon(Acadeni\  du  5  octobre,  p.  223-225),  et  un 
recueil  d'observations  sur  les  notes  (Acadeniv  du  12  octobre,  p.  240-241). 

XIII. 

M.  J.-T.  Gilbert,  si  connu  par  ses  savants  travaux  sur  l'histoire  d'Irlande, 
dont  le  plus  récent  concerne  la  confédération  irlandaise  et  la  guerre  de  1645- 
1646,  a  été  chargé  de  publier  un  inventaire  analytique  des  archives  munici- 
pales de  Dublin.  L'Irish  Times  du  16  septembre  1889  nous  apprend  que  le 
premier  volume  de  ce  recueil  vient  de  paraître.  Il  est  intitulé  :  Cakndar  of 
Ancient  Records  of  Dublin  in  the  possession  ofthe  Municipal  Corporation  of 
that  city  '. 

I .   Cet  ouvrage  se  trouve  à  Londres  chez  Bernard  Quaritch,  15,  Piccadilly. 


504  Chronique. 


XIV. 

Le  8  octobre  dernier,  la  Société  pour  la  conservation  de  la  langue  irlan- 
daise a,  par  une  délibération,  chargé  son  sxrétaire  d'entrer  en  relations  avec 
les  autorités  de  la  nouvelle  Université  catholique  de  Washington  pour  lui 
demander  la  création  d'une  chaire  de  celtique  dans  cette  université. 

XV. 

Le  Irish  Times  du  19  octobre  dernier  rend  compte  d'une  leçon  publique 
faite  au  siège  de  l'ancienne  Université  catholique  d'Irlande,  University  Col- 
lège, Stephen's  Green,  par  le  professeur  de  langue  irlandaise  qui  est  le  Père 
E.  Hogan,  membre  de  la  nouvelle  Uuiversité  royale  d'Irlande  si  connu  par 
ses  travaux  érudits,  les  uns  déjà  publiés,  les  autres  en  cours  d'impression, 
sur  le  livre  d' Armagh.  Le  savant  jésuite,  après  avoir  annoncé  que  son  cours 
d'irlandais  était  commencé,  a  parlé  des  monuments  les  plus  anciens  de 
l'histoire  d'Irlande,  inscriptions  lapidaires  gravées  en  ogham  et  en  caractères 
latins,  manuscrits  sur  parchemin  ;  puis  il  a  insisté  sur  l'intérêt  qu'offre  au 
point  de  vue  de  la  linguistique  et  de  l'histoire  de  la  civilisation  la  langue  la 
plus  ancienne  de  l'Irlande.  Sa  leçon  s'est  terminée  par  un  hommage  rendu 
aux  savants  qui,  hors  d'Irlande,  s'occupent  de  cette  langue,  et  sans  oublier 
les  Français,  il  a'  surtout  signalé  le  mérite  des  travaux  de  MM.  Whitley 
Stokes,  Ascoli  et  des  savants  allemands,  parmi  lesquels  le  premier  rang 
est  occupé  par  M.  Windisch. 

Je  termine  cette  partie  de  la  chronique  en  priant  les  lecteurs  de  la  Revue 
Celtique  de  vouloir  bien  me  pardonner  le  retard  de  sa  publication.  Ce  retard 
a  pour  cause  le  travail  extraordinaire  que  m'a  causé  la  préparation  de  mon 
cours.  J'ai  même  été  dans  l'impossibilité  de  rédiger  complètement  cette 
chronique,  et  pour  la  suite  je  laisse  la  parole  à  mon  zélé  collaborateur, 
M.  G.  Dottin. 

H.  d'Arbois  de  Jubainville. 

Jubaiiiville,  le  30  octobre  1889. 

XVI. 

La  Revista  Lusitana,  premier  volume,  no  4,  contient,  p.  351-378,  un  ar- 
ticle de  M.  F. -A.  Coelho  sur  des  noms  de  dieux  lusitaniens.  Quelques-uns 
de  ces  noms  peuvent,  comme  l'a  pensé  M.  Coelho,  être  d'origine  celtique, 
par  exemple  Bonnanicus  (cf.  Bormoj,  mais  il  nous  semble  difficile  de  recon- 

Depuis  l'époque  où  la  Revue  Celtique  a  commencé  d'exister,  M.  Gilbert 
n'a  pas  seulement  publié  les  Facsimilcs  of  national  »iss.  of  Ireland  dont  nous 
avons  rendu  compte  dans  cette  revue,  t.  VII,  p.  264-265.  Il  a  donné,  dans 
la  collection  du  maître  des  rôles  :  Historié  and  municipal  documents  of  Jie- 
land  jrotn  thc  archives  of  the  city  of  Dublin  (i  172-1 320),  1870,  et  Chartularies 
of  Saint  Mary  s  abbey ,  Dublin,  vol.  1,  II,  1884-1883. 


Chronique.  505 

naître  des  noms  celtiques  dans  Aernus,  Coronus,  Durh'dicus  et  Cusitncneoeciis. 
D'après  M.  C,  ce  dernier  nom  serait  composé  d'un  grand  nombre  d'élé- 
ments; à  un  thème  ciiso-  serait  venu  s'ajouter  le  triple  suffixe  un-m-oeco.  Il 
n'y  a  point  d'exemple  d'une  pareille  formation.  On  trouve,  il  est  vrai, 
AiUaittunncmi  {Rcv.  Celt.,  VII,  114;  VIII,  380)  qui  nous  offrirait  les  deux 
premiers  éléments  du  suffixe  en  question.  Quant  au  troisième  élément  oeco- 
on  ne  peut  guère  conclure  à  son  existence  d'après  des  mots  difficiles  à  ex- 
pliquer comme  Viiulo-roiciis,  et  quand  bien  même  les  trois  éléments  uiio-, 
eiio-  et  oeco-  existeraient  séparément  dans  des  mots  différents,  on  ne  pour- 
rait démontrer  l'existence  d'un  suffixe  celtique  composé  un-cno-oeco  qui, 
d'après  M.  C,  aurait  servi  à  former  le  mot  Cusimeneoeais. 

XVII. 

On  trouvera  dans  la  Revue  des  Traditions  populaires,  numéro  d'aoùt-sep- 
tembre  1889,  deux  chansons  de  la  haute  Bretagne  «  la  mort  de  l'âne  »  et 
«  le  soldat  de  Rennes  »  recueillies  par  M.  Paul  Sébillot.  Le  même  numéro 
rend  compte  du  Congrès  international  des  traditions  populaires  qui  s'est 
tenu  à  Paris  L  29  juillet  dernier.  Un  concert  organisé  par  le  bureau  du 
Congrès  a  eu  lieu  le  i<-''  août.  On  a  pu  y  entendre  un  sonn  breton,  Syl- 
vestrik,  traduit  par  M.  François  Coppée. 

XVIII. 

Nous  recevons  les  quatre  premiers  numéros  d'une  nouvelle  revue  publiée 
à  Inverness  et  qui  est  intitulée  The  Hi^hJand  Monthly.  Les  éditeurs  se  pro- 
posent de  publier  le  plus  souvent  possible  des  chansons  et  des  contes  gaé- 
liques inédits.  Nous  trouvons  en  effet  dans  les  livraisons  que  nous  avons 
sous  les  yeux  des  chansons  en  gaélique  d'Ecosse  accompagnées  de  traduction. 
Citons,  par  exemple,  p.  148-156,  Seurlus  of  Dovre,  a  gaelic  norwegian 
ballad,  publiée  d'aprè.-;  trois  manuscrits  du  siècle  dernier.  Le  Highhvtd 
Monthly  fait  une  large  part  aux  traditions  populaires,  et  chaque  numéro  se 
termine  par  une  ou  plusieurs  notes  and  qucries  sur  des  points  de  mythologie 
ou  d'histoire  légendaire. 

Nous  désirons  vivement  voir  réussir  cette  nouvelle  revue.  Elle  succède 
au  Gaelic  Magasine,  mort,  paraît-il,  faute  d'abonnés  et  dont  nous  regrettons 
vivement  de  ne  pouvoir  continuer  l'instructive  lecture. 

XIX. 

M.  W.-F.  Wakeman  a  publié  dans  la  revue  de  Dublin  intitulée  :  The 
Journal  of  the  royal  historical  and  archaeological  Association  0/ Ireland  (vol.  IX, 
4=  série,  p.  96-106;  un  article  sur  le  crannoc;  et  les  antiquités  de  Lisnacro- 
ghera.  (Voir  sur  la  sorte  d'Ile  artificielle  appelée  craunog,  la  Revue  Celtique, 
t.  VII,  p.  271-272).  On  a  trouvé  dans  ce  crannog  deux  fourreaux  d'épées 
en  bronze   d'un   beau  travail  et  d'une  ornementation  soignée.   L'article  de 


5o6  Chronique. 

M.  W.-F.  Wakeman  est  accompagné  de  deux  planches  où  sont  reproduits 
(planche  I)  un  des  fourreaux  d'épées  et  (planche  II)  différents  autres  objets 
découverts  également  dans  le  crannog. 

XX. 

Notre  savant  collaborateur,  M.  J.  Loth,  a  publié  dans  la  Roinania  (nu- 
méro d'avril  1889,  t.  XVIII,  p.  281-283),  un  article  sur  la  fable  de  l'origine 
troyenne  des  Bretons.  Parmi  les  généalogies  que  contiennent  les  Anitales 
Camhriae,  aucune  ne  signale  les  Troyens  parmi  les  ancêtres  des  Bretons. 
Trois  de  ces  généalogies  remontent  aux  Romains  ;  l'une  comprend  dans  la 
liste  des  empereurs  le  nom  de  Traianus,  corrigé  à  tort  en  Troianus  par 
M.  Egerton  Phillimore,  auteur  de  l'édition  diplomatique  des  Annales  Cam- 
hriae que  nous  avons  annoncée  dernièrement. 

XXI. 

Le  numéro  de  juillet  de  V Archacohgia  Camhreiisis  nous  signale  (p.  224) 
la  découverte  faite,  il  y  a  quelques  années,  d'une  inscription  ogamique  à 
Eghvys  Cymun.  Le  centre  delà  pierre  porte  l'inscription  latine  AVITORIA 
FILIA  CVNICNT.  Sur  l'un  des  angles  sont  écrits  en  caractères  ogamiques 
les  mots  suivants  :  in'igixa  Cuxigxi,  sur  l'autre  Avittoriges.  La  note  de 
M.  G. -T.  Treherne,  auteur  de  cette  découverte,  est  accompagnée  d'une 
courte  et  fort  intéressante  dissertation  de  M.  Rhys  (p.  225-232)  qui  com- 
pare iiiigiua  à.  l'irlandais  ingcii,  Cttiiigiii  à.  l'irlandais  Coiniii.  Quant  à  Avit- 
toriges, ce  serait  le  génitif  vieil  irlandais  d'un  nominatif  Avittoria.  Le  g  ne 
serait  qu'une  notation  de  la  spirante  y.  Rien  n'est  plus  fréquent  d'ailleurs 
que  de  trouver  au  génitif  le  nom  de  la  personne  à  qui  est  élevée  la  stèle. 
Comparez  à  Avittoriges  les  génitifs  des  inscriptions  latines  suivantes  :  Cu- 
iwcenni  filius  Cuiioceiini  hic  jacit  (HûhneT,  n°  48),  Dervaci  filins  Jttsli  hic 
jacit  (n°  )0),  Latini  ic  jacit  filius  Magari  {n°  20),  etc. 

Le  même  numéro  contient  (p.  198)  une  notice  de  M.  David  Jones  sur 
une  inscription  galloise  du  xvii>;  siècle  découverte  à  Michaelston-super-Ely; 
cette  inscription  est  composée  moitié  en  gallois,  moitié  en  latin.  La  partie 
galloise  est  fort  obscure.  M.  John  Rhys  a  promis  d'en  donner  une  traduc- 
tion avec  commentaire. 

XXII. 

La  Société  pour  la  conservation  de  la  langue  irlandaise  nous  adresse  son 
rapport  annuel.  En  1888,  l'irlandais  était  enseigné  dans  31  écoles  et 
443  élèves  ont  passé  avec  succès  l'examen.  En  1887,  le  nombre  des  élèves 
reçus  n'était  que  de  371. 

XXIII. 

M.  C.  de  Kay  nous  a  envoyé  une  lettre  en  réponse  à  la  critique  adressée 
dans  la  précédente  chronique  à  ses  articles  sur  l'ancienne  histoire  d'Irlande. 
Nous  publierons  cette  lettre  dans  notre  prochaine  livraison. 

G.D. 

Paris,  le  30  octobre  1889. 


chronique.  507 


XXIV. 


POSTSCRIPTUiM. 

Nous  avons  oublié  d'annoncer  dans  notre  précédente  livraison  que 
M.  Gaidoz  a  publié  dans  le  Recueil  des  textes  étrangers,  édité  par  l'imprimerie 
Lanier,  14,  rue  Séguier,  Paris,  1888,  un  texte  en  irlandais  moyen  avec  tra- 
duction française.  Ce  texte  a  pour  sujet  la  naissance  de  saint  Brendan;  il 
est  contenu  dans  le  Livre  de  Leinster,  page  371,  col.  1-2,  du  fac-similé. 

Nous  aurions  dû  signaler  aussi  l'achèvement  du  tome  IV  de  la  Mèliisine. 
M.  Ernault  a  donné  dans  notre  précédent  volume  (t.  IX,  p.  406-408),  un 
compte  rendu  du  tome  III  et  du  commencement  du  tome  IV,  où  il  a  si- 
gnalé un  grand  nombre  de  morceaux  que  les  celtistes  pourront  étudier  avec 
fruit.  La  fin  du  tome  IV  présente,  elle  aussi,  un  grand  intérêt  pour  les  cel- 
tistes. Nous  y  remarquons  deux  textes  irlandais  inédits.  Le  premier,  intitulé 
la  Recommandation  du  Vendredi,  est  publié  par  M.  Gaidoz  (col.  153-135) 
d'après  le  manuscrit  de  Paris,  fonds  celtique  no  i  (fo  29,  vo  b).  Il  est  accom- 
pagné d'une  traduction  française.  Le  second  «  Le  roi  David  et  le  men- 
diant »  tiré  du  ms.  Egerton  92  (fol.  26),  et  complété  à  l'aide  du  Livre  de 
Lismore  (fol.  69),  a  été  publié  avec  une  traduction  anglaise  par  M.  St. 
0'Grady(col.  163-166). 

XXV. 

La  Cbrestomalhie  bretonne  de  M.  J.  Loth  est  sur  le  point  d'être  complè- 
tement imprimée.  Elle  va  paraître  à  la  librairie  Bouillon.  Ce  sera  un  vol. 
in-8  de  vi  et  528  pages,  il  rendra  l'étude  du  breton  de  France  bien  plus 
facile  qu'elle  ne  l'a  été  jusqu'ici. 


XXVI. 

Nous  terminerons  ce  postcriptum  en  annonçant  un  volume  qui  vient  de 
paraître  à  la  librairie  de  M.  E.  Bouillon,  notre  éditeur.  Ce  sont  les  Inscriptions 
antiques  de  la  Cotc-d'Or,  par  Paul  Lejay.  Le  nombre  des  numéros  s'élève  à 
295  et  le  volume  est  terminé  par  dix  index  composés  sur  le  plan  de  ceux 
du  Corpus  iuscriptiontim  lat inarum.  Les  noms  gaulois  s'y  trouvent  en  grand 
nombre.  Tel  est  ^acrovirus,  qui  nous  otTre  la  bonne  orthographe  du  cog- 
nomen  écrit  Sacrovir  par  Tacite  et  sur  l'arc  de  triomphe  d'Orange.  M.  Lejay 
fait  suivre  chaque  inscription  d'un  commentaire  étendu  et  intéressant.  On 
pourrait  cependant  y  ajouter  quelques  observations.  Ainsi,  au  sujet  du  nom 
de  la  divinité  appelée  au  datif  Brigindoni,  on  pourrait  faire  remarquer  que 
ce  nom  divin  est  en  même  temps  un  nom  de  lieu.  Un  diplôme  de  Louis  le 


5o8  Chronicjue. 

Débonnaire  de  l'année  834  nous  apprend  qu'il  y  avait  dans  le  pagus  Atoa- 
riorum  et  Divionensis  un  hcus  appelé  Brigendouis  ' .  Nous  savons  par  une 
charte  de  l'année  974  qu'il  y  avait  en  Maçonnais  une  localité  homonyme, 
un  ager  Briendonensis  2.  Le  Brigendonis  dijonnais  paraît  être  aujourd'hui 
Brognon,  Côte-d'0r3. 

H.  d'ArBOIS  de  JUBAINVILLE. 


1.  Gallia  christiana,  t.  IV,  Preuves,  col.  151a. 

2.  Bruel,  Recueil  des  Charles  de  l'abbaye  de  Cluny,  t.  II,  p.  4SS- 
5  .   Joseph  Garnier,  Xometiclalure  historique  de  la  Côte-d'Or,  p. 


TABLE 


DES 


PRINCIPAUX     MOTS     ETUDIES     DANS     LE     TOME     X 


DE    LA   REVUE  CELTIQUE^. 


I.  Gaulois  ou  vieux-celtiq.ue  ' . 

Acciaca,  Acciagum,  230. 

Aculia,  5  59. 

-acus,  154-159,  161,  162,  164,  169, 

170,  174-176,  229,  230. 
i^nus,  170. 
Agedillus   96,  101. 
Agedomapas,     Agedomapatis,     101, 

.36. 
Agedomopas,  98-101,  103. 
Aguliacus,  155. 
al,  283,  284. 
Albiacus,  156. 
Anciacum,  1 57,  1 58. 
Andagelli,  381 . 
Andarta,  165. 
Andaseta,  381 . 

ande-  particule  augmentative,  165. 
Andematunnum,  165. 
Andorourus   381 . 
Arcia,  160. 
ardu-  haut,  176. 


Arduinna,  176. 

Argentocoxos,  488. 

Argentoratutn,  488. 

Ariacum,  1 59. 

Arica,  Hédic,  3  54. 

Arriaca,  1 54,  1 59. 

-arta  ourse,  165. 

Artaios,  166. 

Artedunus,  Artadunum,  160,  164. 

Artiaca  «  ferme  d'Artius  »,  154,  161, 

162,   164. 
Artiacus,  161 ,  162. 
Articnos  «  fils  d'Artos  »,   160,    167, 

'73- 
Artiliacus,  164,  165. 

Artigenos  «  fils  de  l'ours  (divinisé)  », 

'75,  '74- 
Artio,  166. 
Artius,  160. 
Artobriga    «    forteresse   d'Artos   », 

160,  164. 
Artos  «  ours  »,  160,  162-164,  '^^j 

•74,  '75- 


I.  Celte  table  a  été  faite  par  M.  Emile  Ernault. 


5 1 0  Table  des  principaux  mots  étudiés  dans  le  tome  X. 


Atectorigiana,  97. 

Augustobriga,  161. 

Aventicum,  137. 

Avitoriges,  \oG. 

avvot  a  il  fit?  I),  135, 

Barbariacus,  176,  177. 

Belatacadrus,  481 . 

Belisama,  170. 

Belismius,  170. 

Biliniacum,  230. 

-bodiacos  «  celui  qui  appartient  à  la 

victoire  s,  168. 
Boduogenus  a  fils  de    la  volonté,  du 

bon  plaisir,  peut-être  du  destin  », 

167. 
Braina,  174,  17^. 
Braniacus,  1  7^. 
Brannogenium  «   domaine  du  fils  du 

corbeau  »,  173. 
Brannovices,  175. 
Brano-  corbeau,  174,  175. 
Branodunum  «  château  de  Branos  », 

174. 
-briga  forteresse,  160,  161,  231. 
Brigindo,  ^08. 
Bucculiacum,  230. 
Caesarobriga,  161, 
Caldiniacum,  230. 
Caliniacum,  230. 
Camulogenus   a   fils  de  Camulus   », 

167. 
Camulus,  165,  167. 


■/.avTcijL,  282. 


y.apvjHrompette,  134. 
Catussa,  500. 
Cauliacum,  230. 
Cavetus,  380. 
Cavo,  380. 
-cenna,   172. 
Cernunnos,  487. 
-cnos  fils,  167,  232. 
Cœliobriga,  161. 


Komoneos,  383. 

Condate  confluent,  231. 

Condercus,  501. 

Congavata,  101 . 

Congennicus,  101. 

Conginna,  101. 

Congonetiacus,  101 . 

Congonius,  101  . 

Congonna,  101. 

Congonnetodubnus,  98-101,  103. 

Congonnus,  101. 

Connius,  380. 

Cotini,  374. 

covinus   «  covin,   char,  cabriolet  », 

122,  J28-1 30. 
Crepiacuni,  230. 
Cunigni,  506. 
Darentiaca,   1  ^. 
Divogena  fille  de  Dieu,  167. 
Divogenus  fils  de  Dieu,  107. 
Druticnos  fils  de  Drutus,  167. 
Eburobriga  forteresse  d'Eburos,  160. 
Eburovices,  175. 

Eniboudius  vainqueur  de  rinn,  170. 
Enigenus  fils  de  l'Inn,  1  70. 
Enignus  fils  de  l'Inn,  177. 
Enius,  170. 
-es  génitif  singulier  des  féminins  en  a, 

168. 
essedum  char,  122,    129,  130,   131, 

25S; 

Flaviniaca,  230. 
Flaviobriga,  161. 
-genna  fille  de,  172. 
-genos  fils  de  (par  une  filiation  my- 
thologique),  159,   166-170,    172, 

'73- 
-gnus  comme  -genos,  380. 

Gobannilo  ?  233. 

Gobannitio,  232. 

inigina  fille,  506. 

Isaca,  isca,  482. 


Table  des  principaux  mots  étudiés  dans  le  tome  X.  511 


Juliobriga,  161. 

Litogenus  fils  de  la  fête,  168. 

Litugena  fille  de  la  fête,  168. 

Litugenus  fils  de  la  lête,  167. 

Luciacum,  230. 

Lugduno,  238. 

Lugdunus,  238. 

Lugoves,  1 37,  258. 

Lugudunum,  238. 

Luguselva,  238. 

-magos  champ,  174. 

Maponos,  486. 

matu-  ours  166,  175. 

Matuccius,  175. 

Maluceni,  167. 

Matuco,  175. 

Matuconius,  175. 

Matucus,  175. 

Matugenia,  167. 

Matugenos  fils  de  l'ours,   166,  167, 

'73- 
Matunus,  165. 

Matuus,  Matua,  175. 

Medugenus  fils  de  l'hydromel,  168. 

Naniacui,  380. 

Nanti,  229. 

Nemetocenna,  172. 

Nemetogena  fille  du  temple,  172. 

nemeton  temple,  lieu  consacré,  172. 

Nitiogenna,  172. 

Nodens,  485. 

Ojr|0ioj;j.apo;,  282. 

Paterniacum,  230. 

ratis  fougère.  228. 

Rectugenus  fils  du  droit.   167. 

Regniacus,  169.    . 

Rena,  169,  177. 

Rennius,  169,  170. 

Renus  amas  d'eau,  169,  170,  177. 

Rextugenos  fils  du  droit,  135,  167 

Sacrovirus,  507. 

Sena  Sein,  352-354. 


Siata  Houat,  353,  354. 

sullias,  135. 

Sumelocenna,  172. 

Tanotalicnos  fils  de  Dannotalos,  167. 

Taranis,   Taranus,   265^    266,    270, 

281,  393,  398. 
Ta;;avoo'j  à  Taranus,  282. 
tau,  278,279,  283,  284,  286. 
Teutates,  167. 
Teutobodiaci  (les)  fils  de   la  divinité 

qui   préside  aux  victoires  sur  les 

peuples,  168. 
Totatigen'ujs  fils  de  Teutates,  167. 
Toutatis,  167. 
Toutissa,  500. 

Toutissicnos  fils  de  Toutissos,  167. 
Tulliacum,  230. 
Uriacus,   174. 

Urogenius  fils  de  l'auroch,  173. 
Urogenonertus,  celui   qui   a  la   force 

du  fils  de  l'auroch,  173. 
Uromagus  champ  d'UruSj  174. 
urus  auroch,  173,  174. 
Urus,  I  74. 

Uxama  la  plus  haute,  351. 
uxello-  haut,  262. 
Uxisama  Ouessant,  350-352,  354. 
Varsileos,  385. 
Vindilis  Belle-Ile  ,  3  5  3,  354. 
Vitriacus,  230. 


II.  Irlandais. 
(Voir  361  et  suiv.,  471  et  suiv.) 

aball  pommier;  arbre,  70,  71. 
adnacim  j'enterre,  83,  85. 
ailén  île,  368. 
airecc  désir,  478. 
airichiim  je  prépare.  220,  228. 
ais  :  0  — ,  toute  sa  vie,  toujours  jus- 
qu'alors, 78,  79. 


512 


Table  des  principaux  mots  étudiés  dans  le  tome  X. 


ail  rocher,  écueil,  57. 

allmuir  venu  d'outre-mer,  567. 

almaim  aux  troupeaux,  54,  55,  87. 

ambor,  ammor,  bol,  récipient,  228, 
368. 

amor  lamentation,  367. 

ana  ...  do,  ce  qu'(i!s  avaient  couru) 
de  (dangers),  94,  95,  263. 

anal  haleine,  57. 

andorus  devant,  prép.,  62,  63. 

anteirt  matinée,  61 . 

arco  je  demande,  176. 

art  pierre,  165. 

art  dieu,  165 . 

assan  bas,  chausses,  369. 

atasfébrat  ils  se  mirent  à,  57, 

atchiat  ils  voient,  ils  semblent,  53. 

athinndUd  cuve  216,  228. 

atom-athcomairc  (sont  à  moi  ques- 
tions), tu  m'interroges,  240-242. 

atraig  il  se  lève,  89. 

attoibim    j'adhère,    263,   472,  473, 

478,479- 
aurderg  connu,   dont  on  s'aperçoit, 

222,  228. 
-bar-,  -far-,  vous,  64,65,  67,  91. 
baschrann  (bois  de  la  paume,  de  la 

main),  marteau  de  porte,  92,  93. 
bee  n-  femme,  224,  228. 
beor  de  la  bière,  569. 
biathaim  je  nourris,  73. 
bli'adain  année,  322. 
bordd  et  bord,  table,  369. 
bordd  et  bord,  bord  d'un  vase,  369. 
borg  bourg,  ville,  368. 
brathad,  brafad,  clin  (d'oeil),  57. 
brug  pâturage  éloigné,  245,  246. 
bruth  masse  de  métal  brûlant,  52,  53. 
buiderath  sorte  de  fougère,  220,  228. 
câep  masse,  367. 
caera  finemna  (baies  de  vigne),  raisin, 

74,  7^ 


Caire  chaudron,  170. 

ceil  église,  141 . 

cenn  (à)  cause,  66,  67. 

cern  un  plat,  85. 

cethern,   cetherd,    bande,  troupe  de 
fantassins,  59,  85. 

cimsach  Irangé,  64,  65. 

cingim  je  vais^  228. 

cingit  coupes,  85. 

claideb  glaive,  497. 

claidim  je  creuse,  83. 

clûmadh  plumer,  76,  77. 

coibden  armée,  224,  228. 

coimde  cuve,  85. 

conung  roi,  369. 

cormchéol  musique  accompagnant  les 
buveurs,  80,  81. 

crannog,  505. 

crô  cercle,  366. 

crois  gourmandise,  496. 

cû  chien,  1 39. 

cubur  écume,  70,  71 . 

Cuchulain,  357. 

Cûcummne,  Cucuimne,  139. 

culend  du  houx,  367. 

cumcaim  je  puis,  85. 

Curoi,  357. 

dair  saillir  (une  vache),  228. 

Dairinis,  1 19. 

-da(n)-  le,  pron.,  246. 

deantôg ortie,  327,  328. 

diburned  il  descendit,  58,  59. 

docuirim  je  jette,  91 . 

doforicim  j'arrive  à,  67. 

domuiiiiur  je  pense,  75. 

donfangid  qui  protège,  247. 

dû   droit,  chose  qu'on  mérite,  222, 

223,  228. 
each  buadha  cheval  de  course,  62,63. 
eclaim,eclom  recueillir,  76,  77. 
eicid  adresser  la  parole,  241,  243. 
Elg  Irlande,  366. 


I 


Table  des  principaux  mots  étudiés  dans  le  tome  X. 


515 


-em  superlatif,  3^1. 

enach  chemise,  220,  228. 

erbaid  chargez  de,  247. 

errach  faucon,  ou  aigle  de  mer?  90, 

9'- 
erthu  eterru.  pour  eux,  94,95. 

faisgim  je  presse,  71 . 

faithce  pâturage  situé  près  de  la  mai- 
son, 246. 

-far-,  -bar-,  vous,  64,  G^,  67,  91 . 

farraidh    lun    mal)    touche,    affecte 
(quelqu'un),  90,  91 . 

fetar  |e  sais,  481 ,  482. 

fiad  sauvage,  481. 

fo  par,  en   jurant  par,   364  ;   fôthib 
sous  eux,  54.  55. 

fochrothadh  secouer,  76,  77. 

foiltne  un  cheveu,  79. 

folangim  je  supporte,  55,87. 

folt  cheveux,  chevelure,  78,  79. 

for  sur,  à,  50,  53. 

forbrigh  il  grandit,  88,  89. 

forcongur  j'ordonne,  250. 

friha  dans,  en,  57. 

frisnérachtatar  ils  montèrent,  246. 

fûataigim  j'emporte,  j'enlève,  93. 

fuindeog  fenêtre,  369. 

fuinim  je  cuis,  89. 

gafann  jusquiame,  57. 

gairdechad  réjouir,  94,  95. 

geslach  ouvré,  brodé.'^  64,  6$. 

giostal,  giustal  fait,  exploit,  65. 

goba  forgeron,  232. 

gormac  fils  de  la  sœur,  247. 

grian  gravier,  sable,  54,  55. 

iarla,  comte,  369. 

iasacht  un  prêt  ;, manque.''  82,  83. 

ierngûala  sorte  de  boisson,  369. 

il  beaucoup  239. 

indeôin  enclume  ,  61 . 

indorus  devant,  prép.,  63 . 

ingen  fille,  506. 

Revue  Celtique,  X 


inna-n  ...  do,  ce  qu'(il  avait  faiti  de 

(miracles),  95. 
inneam  richesse,  87. 
inneonaim  je  frappe,  61. 
is,  isel,  bas,  adj.,  262. 
lamgesca  rameaux,  74,  75. 
langfiter  entraves,  1 1 1 . 
leacan  iaoich  milidh  pierre  semi-plate 

du  soldat,  arme,  355. 
lenim  je  m'attache,  69. 
lia  Idimhé  pierre  de  main,  arme,  355. 
lictailme  pierre  de  fronde,  357. 
lind  eau,  lac,  496. 
Ilnscot  drap,  369. 
longaim  j'avale,   1  10. 
luchl  (les)  gens,  ceux  iqui»,  140. 
Lug,  137,  238,  490. 
mac  gor  fils  qui   prend  soin   de  son 

père  infirme,  247. 
Mac-Mahon,  166.  173. 
maél  tête  tondue,  363. 
mêêle  calvitie,  363. 
magsliab  plateau,  terrain  élevé.''  62, 

maidim  je  brise,  364. 

mairbhneanntôg  sorte  d'ortie,  327. 

mang  tromperie,  363. 

mang  faon,  363 . 

marb  mort,  175. 

math  ours,  166. 

mathghamhain  (veau  de  l'ours),  ours, 

166. 
mescaim  je  plonge?  78,  79. 
mescaim  je  mêle,  79. 
môir  plus  grand,  56,  57,  60,  61. 
neip  navet,  115. 
neit   combat,   blessure  ;   dieu    de    la 

guerre,  229. 
némed    dépôt    (d'une  liqueur),   216, 

228. 
nenaid,   néant,  neantôg,  ortie,  327, 

328. 

34 


5'4 


Table  des  principaux  mots  étudiés  dans  le  tome  X. 


nessam  le  plus  proche,  352. 
nith  blessure  mortelle,  229. 
Nuada,  357,  485. 
ocharimmel  frontière,  365. 
oen  un,  61 . 
ôic  guerrier,  363. 
oll  grand,  75. 

-or-  pourro,  particule  du  passé,  250. 
ord  marteau,  ^3. 
ôrpheli  broderie,  64,  65, 
plet  épingle,  attache,  82,  85. 
pollere  tablettes,  72,  73. 
popp,  papp,  brindille,  368. 
promadh  explorer,  5^,  78. 
raith  fougère,  228. 
rian  la  mer,  169. 

roirge  de  grande  royauté?  224,  228. 
roissim  je  balance,  87. 
roscaichset  ils  le  mangèrent,  64,  6^. 
rosnedhbair  il  les  offrit,  250,  251. 
rossocht  arrêt,  86,  87. 
Ruben,  Ruibin,  139,  140. 
-s  prêt,  passif,  3*  pers.  sing.,  89. 
sab  prince,  239. 
sail  saule,  71 . 

samhildânach  qui  a  beaucoup  de  ta- 
lents à  la  fois,  239. 
scibeadh  le  cours  (de  la  vie),  89. 
Sciggire  habitants  desîles  Féroé,  365. 
-seic  suffixe  démonstratif,  92,  93. 
seis,  seist  bruit,  61. 
sénaisil  a  béni,  141,  142. 
senén  (oiseau  [qui  vit]  vieux),   aigle, 

74.  75- 
senoir  clerigh   «  un  vieil  homme  de 

clerc  »,  72,  73. 

sesbeim  coup  de  rame,  60,  61. 

sétim  je  souffle,  89. 

siasair  il  s'assit,  64,  264. 

sid  demeure  des  êtres  divins,  24J. 

sliachtad  lisser,  76,  77. 

sliogadh  polir,  lisser,  77. 


smé  je,  moi,  85. 

snl  nous,  85. 

sonn  bâton,  ^^6. 

stdic  tranche,  369. 

starga  bouclier,  369. 

suan  coiulta  lourd  sommeil,  51. 

-t  prétérit,  250. 

tech  maison,  249. 

tellendaib?  82,  83. 

tibed  rire,  89. 

tibedh  (le  flot)  allait,  frappait  (con- 
tre», 88,  89. 

togu  je  choisis,  246. 

tôib  côté,  263. 

tôibud  adhérer,  adhérence,  relation, 
263,  472. 

tor  foule,  troupe,  86,  87. 

tuag  nime  arc-en-ciel,  58,  59. 

tuargabaim  j'arrive  h,  67. 

tucus  il  fut  donné,  88,  89. 

turtechta  récits,  90,  91. 

uasal  haut,  262. 

uilliu  plus  grand,  74,  75. 

-us  pronom  suffixe  de  la  5^  pers., 
246. 


III.  GAÉLiauE  d'Ecosse. 

deanntag  ortie,  327. 
dubh  noir,  137. 
eanntag  ortie,  327. 
geai  blanc,  1 37. 
glas  gris,  137. 
nan  des,  377. 
neup,  nèip  navet,  115. 
sneup  navet,  1 1  s- 


IV.  Mannois. 


napin  navet,  115. 


Table  des  principaux  mots  étudiés  dans  le  tome  X. 


5>5 


pab,  bab,  touffe,  368. 
undaagagh  ortie,  328. 


V.  Gallois. 

(Voir  105-121  ;  320-J29.) 

a  et,  3S7- 

afar  tristesse^  367. 

afnatwy,  ofnadwy  terribie,  118,  119. 

ager,  agerdd  vapeur,  326. 

allmyr  venu  d'outre-mer,  367. 

alsain  sorte  de  chant,  1 12. 

am-  varié,  divers,  348. 

amminiog  seuil,  1  17. 

-an  suffixe  d'infinitifs,  ii8. 

anadl  haleine,  57,  327. 

Anaugen  fils  de   la  musique  et  de  la 

poésie,  168. 
Aneiren,  357. 
angladd  enterrement,  111. 
anterth  matinée,  61 . 
arglwydd,  arlwydd  seigneur,  329. 
arianllu  armée  d'argent   ou  brillante, 

488. 
Artbeu  vif  comme  un  ours,  163. 
arth  ours,  162,  163. 
Arthmail  roi  des  ours,  163. 
bachgen  enfant,  1  17. 
banadl  genêt,  327. 
barug  gelée  blanche,  329. 
benyw  jeune  femme,  1  17. 
blwydd  année,  322. 
blynydd  année,  322. 
Bran  corbeau,  487 
bretheiro,  bytheiro  roter,  329. 
broder  frère,  1  18. 
bûches  étable  à  vaches;   étable  (de 

brebis;,  116. 
bwrdd  table,  369. 
Cadewalthan,  325. 
cadno.  canddo  renard,  325. 


cadr  beau,  481 . 

canhebrwng  enterrement,  1  1 1 . 

canlyn,  calyn  suivre,  1 14. 

Catgen  fils  de  la  bataille,  168. 

cebystr,  cebyst  licou;  échasse,  324. 

cefndedyn,  cyndedyn  mésentère,  115. 

celyn  du  houx,  366. 

cerdded,  cered  marcher,  326. 

cerddin  sorbier  sauvage,  112. 

chwadan,  canard,  108. 

chwedleua  parler,  326. 

chwefror  février,  105. 

cliwysigen  vessie,  105. 

chwythwm  orage,  1 12. 

claddaf  je  creuse,  8;. 

claddedigaeth  enterrement,  iii. 

cleddyf,  497. 

Cocholyn,  3  57. 

Corroi,  3  57. 

corwg,  corwgl  corps  mort,  528. 

coscor,  cosgordd  famille,  326. 

cosp  punition,  482. 

criafon  sorbier  sauvage,  112. 

crwtt,  crwttyn  jeune  homme,  117. 

crwybr  écume;  rayon  de  miel;  gelée 
blanche,  329. 

crwysedd  dispute,  323. 

cwart  quart,  108. 

cwarter  quartier,  108. 

Kwlit  couvre  pied,  32  i . 

cwndid  chant,  113. 

cwthwn,  cwthwm  orage,  1 12. 

cyfarwyddon  sortilèges,  enchante- 
ments, 3  58. 

cyfrysedd  dispute,  323. 

cymryd,  cymyd  prendre,  114. 

cynfas,  cyfnas  toile,  115. 

•d  suffixe  démonstratif,  523. 

danadi,  danad,  dalaii  ortie,  327,  328. 

dant  dent,  328. 

defaid  (les)  brebis,  1 16. 

deg,  deng  dix,   1 10. 


5 1 6  Table  des  principaux  mots 

derwyddon  prophètes,  358. 

diffryd  protéger,  1 14 

drynid,  dynentyn  ortie,  328. 

dwr  eau,  1 58. 

dwsing  douzaine    i  1  2. 

dyn  jeune  homme,  1  17. 

dynad  ortie,  327. 

einion  enclume,  61 . 

eieni  cette  année,  322. 

ellyn,  elhym  rasoir,  1  1  2. 

ellynedd  l'an  passé,  322. 

eminiog  montant  (de  porte),  117. 

Einrys,  488. 

eny  0  amser  longtemps  après,  1  17. 

eples  levain,  109. 

ereint  (main)  d'argent,  357,  485. 

erfin  navets,  115,  116. 

erllynedd  l'an  passé,  322. 

ewin  ongle,  1  10. 

ffelwn   wr,    ffelwmwr   homme  félon, 

111,112. 
ffonn  bâton;  arme  de  jet,  356. 

flrewyll  fouet,  1  10. 

fTylowr  ddylis  fleur  de  lis.  121. 

ffyrlling  liard,  321,  322. 

garlleg  ail,  322. 

gellaig,  gerllig  poires,  323. 

-gen  fils  de,  168,   173. 

geneth  jeune  fille,  1 17. 

gordd  marteau,  53. 

graian  gravier,  sable,    55. 

Gueithgen,  3  56. 

Guerngen  fils  de  l'aune,  173. 

Guidgen  fils  de  l'arbre,  173. 

guurth  à,  357,  3S8. 

gwadd  taupe,  32^. 

gwadn,  gwaddn  base,  sol,  32^. 

gwarthafl,  gwarthol  élrier,  323. 

gwasgu  presser,  71 . 

gvvefror  février,  105. 

gwinllan  vignoble  ;  champ  (de  navets), 
115,  116. 


étudiés  dans  le  tome  X. 

gwyddoch  vous  savez,  482. 

gwydyn,  gwyddyn  tenace,  324,  325. 

gwyr  il  sait,  480-482. 

gwysigen  vessie,  105. 

lialsing  sorte  de  chant,  noël,  1  12. 

heddig,  huddygl  radis,  116. 

helygen  saule,  7  1 . 

hinham  le  plus  vieux,  351. 

hiniog  montant  (de  porte),  1 17. 

Hodni,  325. 

hoedl,  hoeddyl  vie,  325. 

hoeth  nu,  1  09. 

hog,  hogyn  jeune  homme,  1  17. 

hol  aller  chercher,  109. 

hosan  bas,  chausses,  369. 

hwyaden  canard,  108. 

hwyddel,  hwyfel  saumon,  1  16. 

hyldgwn  cerisier  à  grappes,  1 16. 

hydref  octobre,  324. 

hysbant  poignet,    1  16. 

-i,    -ydd,    suffixes    nominaux,    322, 

32?.  349- 
-i,  -ydd,  sufF.   de  la  2"  pers.   sing., 

322,  325,  349. 

kolas  (saint)  Nicolas,  109. 

■  -leni  année,  322. 

llangc  jeune  homme,  jeune  fille,  i  17. 

Ilawethair  entraves,  110,  111. 

llechu  être  aux  aguets,  355. 

llechwaew  lance  de  pierre  plate,  355, 

356. 
Uefen  levain,  109. 

LIew,  490. 

llewa  avaler,  1  10. 

Ilodes  jeune  fille,  1  17. 

llowethir  entraves,  111. 

lluchwaew  lance  de  jet,  javelot,  355. 

Lludd,  357. 

lluyddawc  chef  d'armée,  488. 

ilwfr,  llwrf  lâche,  323. 

Ilwydrew  gelée  blanche,  329. 

llwynog  renard,  325. 


Table  des  principaux  mots  étudiés  dans  le  tome  X. 


5>7 


llysywen  anguille,  i  lo. 
Iwyddes  dame,  329. 
Mabon  enfant,  486. 
magnel,  mangddel,  machine  de  guer- 
re, 114,  115. 
maip  navets.  115. 
maleithr,  malerth  tumeur,   gerçure, 

524- 
matcyn  serviette,  115. 

Maxen,  488,  489. 

mehiniog  montant  (de  porte),  1 17. 

merch  jeune  fille,  1 17. 

mewn  milieu,  380. 

morddanad  marrube  blanc,  527. 

moronen,  mororen  carotte,  329. 

morwun  jeune  fille,  1 17. 

mwrddwr  meurtre,  324. 

muswg,  mwsogl  mousse,  lichen,  328. 

neplas  levain.  109. 

noeth  nu,  109. 

nol  aller  chercher,  109. 

Nudd,  485. 

-od  pluriel,  1  18. 

ofan    ofon.  ofyn  peur,  1 18. 

ol  trace,  109. 

penfar,  pennor  muselière,  115. 

penwag,  pennog  hareng,  323. 

plentyn  enfant,  1  17. 

plymnwyd,  plymlwyd  lutte,  bataille, 

114. 
possib  possible,  327. 
pylgain,  plygain  aurore,  320. 
pylor,  pluor  poussière,  321. 
pythewnos  quinze  jours,  110,  in. 
rhawg  longtemps  après,  1 17. 
rhedyn  fougère,  228. 
rhewydd  sensualité,  1  10. 
rhiniog  montant  (de  portei,  1  17. 
rhocyn  jeune  homme,  1 17. 
Rhonddu,  32^. 
rhuddgwn,  rhuddwernen,  cerisier    à 

grappes,  116, 


rhuddigl  radis,  i  16. 

rhwyddel  saumon,  1 16. 

sain  saint,  109. 

saith  sept,  1  io._ 

-san, -sen,  suffixe,  118,  119. 

seldrem,  sedrem  faisceau,  328. 

serrigl,  sienigl  déchiré,  329. 

shimie  cheminée,  1 14. 

siarad  parler,  326. 

simdde,  simnai  cheminée,  114, 

surdoes  levain,  109. 

syflyd,  sylfyd  se  mouvoir,  323. 

talmithr  soudainement,  324. 

tarian  bouclier,  369. 

tri  trois,  1 10. 

trothwy  seuil,  1 17. 

trwstan,  twrstan  malheureux,  321. 

twrch  daear  taupe,  325. 

tyrpeg  barrière,  115. 

uchaf  le  plus  haut,  352. 

i»chel  haut,  262. 

wrth  gw's  naturellement,   321. 

Wysc,  352,  482. 

wythnos  semaine,  490. 

-ydd,  -i,  322,  323,  349. 

ymgomio  parler,  326. 

ymsangu  fouler,  320. 

yn  ol,  'n  ol  selon,  après,  il  y  a,  109. 

yr  hawg  longtemps  après,  1 17. 


VI.  C0RNIQ.UE. 

af,ensow  récemment,  482. 

arluit  seigneur,  329. 

blithen  année,  322. 

bowdzhe  étable  à  vaches;  étable  (de 

brebis),  1 16. 
bythquelh  jamais,  349. 
devaz  (les)  brebis,  1 16. 
elgcht  menton,  324. 
gahen  jusquiame,  57. 


^  1 8  Table  des  principaux  mots  étudiés  dans  le  tome  X. 

godentruit  plante  du  pied    325. 
linaz  ortie,  328. 

-yth,   eth,  terminaison  de  la  2'  pers. 
sing.,  348)  349- 


VII.  Breton  armoricain. 

agroazen  églantier,  148. 
-am  superlatif,  351. 
amgroaz,  angroaz  églantiers,  148. 
amliw  de  couleurs  diverses,  348. 
anal,  alan  haleine,  327. 
Anaugen  fils  de  l'harmonie,  168. 
Arthbiu  vil  comme  un  ours,  163,  164. 
Arthmae!  prince,  roi  des  ours,   163, 

164. 
Arthuuiu  digne  d'être  un  ours,   163, 

164. 
augrosent  églantier,  147,  148. 
avalenn  pommier,  147. 
banal,  balan  genêt,  327.  ^ 

barz  barde,  chanteur  ambulant,  372. 
bennoz,  benwac'h  bénédiction,  349. 
biskwas,  biskwac'h  jamais,  349. 
Bran  corbeau,  175. 
Budien  fils  de  la  victoire,  168. 
cazr  beau,  481 . 
c'houevrer  février,  \o\. 
c'houezigell  vessie,  105. 
Congen  fils  du  chien,  173. 
cormelenn  cormier,  147,  148. 
damdostik  tout  près,  372. 
darguid  prophète,  558. 
Dergen  fils  du  chêne,  173. 
Derien,  Derrien  fils  du  chêne,  173. 
difuni,  dihuni  éveiller,  483. 
dour  eau,  1 38. 

Dubrien  fils  de  l'eau,  168,  170. 
edro  octobre,  324. 
efflenn  peuplier,  148. 
eguetou,  egentaou   récemment,  482, 

483. 


-enn  suffixe  de  noms  d'arbres,  148. 

enostant  malgré,  372. 

Eussa  Ouessant,  351. 

•ez  terminaison  de  la  2*  pers.  sing., 

348,  349- 
fec'h,  c'hwec'h  six,  483. 

fi,  c'hwi  vous,  483. 

Finituuethen  qui  combat  en  lançant, 

ou  avec  la  fronde,  356. 
-gen,  -ien  fils  de,   168,  173. 
getou  avec  lui,  483. 
goud  savoir,  372. 
gouzoc'h  vous  savez,  482. 
Guedel,  Guezel,  Belle  lie,  353,  354. 
gùér  verre,  481 . 
guernenn  aune,  147,  148. 
gueth  bataille,  356. 
Guidul,  Guidel,  353. 
gvi^ann  faible,  481 . 
gwar,  gwér  il  sait,  480-482. 
gwez  sauvage,  481. 
Hedic,  354. 
hère  octobre,  324. 
hesent  docilement,  humblement,  41, 

-   503- 

heviene,  hellène  cette  année,  322. 

hirinenn  prunelier,  147. 

hoiarn,  houarn  fer,  354. 

Hoiarngen  fils  du  fer,  168,  170. 

Hoiat,  Houat,  353,  354- 

hous  votre,  349. 

-ien,  -gen,  fils  de,  168,  173. 

irvin  navets,  115. 

ivin  ongle,  1 10. 

jenevreg  genévrier,  148. 

Kemener  tailleur,  :  14. 

langroessêen  églantier,   148. 

linhadenn,  lêrad  ortie,  328. 

lorenn  laurier,  148. 

-mael  prince,  165. 

maen  pierre,  356. 

Maenfinit  qui  lance  la  pierre,  356. 


Table  des  principaux  mots  étudiés  dans  le  tome  X. 


5«9 


Maenuuethen  qui  combat  avec  la 
pierre,  356. 

Maenuuolou  pierre  brillante,  ]\6. 

Maenuuoret  qui  défend  avec  la  pier- 
re, ou  pierre  qui  défend,  356. 

malloz,  malwac'h  malédiction,  349. 

marv  mort,  175. 

mesenn  gland,  147. 

mesperenn  néflier,  147. 

nessa  le  plus  proche,  352. 

Ossa  Ouessant,  351, 

oz  votre,  349, 

perenn  poirier,  147. 


Ploermel  paroisse  d'Arthmael,  164. 

prunenn  prunier,  147. 

quelvezeun  noisetier,  147. 

queresenn  cerisier,  147. 

rogedou  orgies,  1 10. 

scavenn  sureau,  147. 

Seidhun,  Sidun,  Suzun,  Sun,  île  de 

Sein,  352,  353. 
sperneun  épine,  148. 
laillo  grimaces,  minauderies,  372. 
Weitnoc,  Wethenoc,  356. 
Wethien,  VVeidien,  356. 


ERRATA  DU  TOME  X  DE  LA  REVUE  CELTIQUE. 


P.  174,  I.  18:  ass'uhiae,  lisez  assidue. 

P.  183,  4e  ligne  avant  la  fin:  folloms,  lisez  JoUoîvs . 

P.  228,  1.  18  :  pratis,  lisez  [p]ratis. 

P.  247,  1.  9  :  exangues,  lisez  exsangues. 

P.  374,  1.  19:  È'^sÀaaav,  lisez  sÇsÀaTav. 

P-  37S>  ^-  7-8  :  Rohion,  lisez  Robiou. 

P.  377,  1.  6:  en  Ecosse,  lisez  ««  Irlande. 


Le  Propriétaire-Gérant  :  E.  BOUILLON. 


Chartres.  —  Imprimerie  DURAND. 


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